Les confinés parlent aux futurs déconfinés…

Les confinés parlent aux futurs déconfinés…

Une de nos fidèles lectrices professeur à la retraite (qui sait ce dont elle parle) nous a gentiment communiqué le protocole sanitaire mis au point par les services du Ministère de l’Education nationale pour  la rentrée scolaire à partir du 11 mai. Quels sont les signataires de ce texte génial qui en reconnaissent quand même les difficultés d’application?

 ancienne salle de classe

ancienne salle de classe

Nous tenions à vous en offrir un extrait savoureux et  nous souhaitons un immense courage à ceux qui seront chargés de l’appliquer dans une classe de maternelle ou primaire, même avec la moitié des élèves… Vive la République et vive la France !

« Le lavage des mains est essentiel. Il consiste à laver à l’eau et au savon toutes les partes des mains pendant trente secondes, avec un séchage soigneux si possible avec une serviette en papier jetable ou sinon à l’air libre. Les serviettes à usage collectif sont à proscrire. A défaut de disposer de points d’eau en nombre suffisant, et si les mains ne sont pas visiblement sales, l’utilisation d’une solution hydro-alcoolique peut être envisagée, y compris pour les plus jeunes sous le contrôle étroit d’un adulte.
Le lavage doit être réalisé, à minima :     A l’arrivée ;
    Avant de rentrer en classe, notamment après les récréations ;     Avant et après chaque repas ;     Avant d’aller aux toilettes et après y être allé ;     Après s’être mouché, avoir toussé, avoir éternué ;
    Autant que de besoin, après avoir manipulé des objets possiblement contaminés ;
    Le soir avant de rentrer chez soi. Les échanges manuels de ballons, jouets, crayons et. doivent être évités ou accompagnés de modalités de désinfection après chaque utilisation.
Le respect des gestes barrières en milieu scolaire doit faire l’objet de sensibilisation, d’une surveillance et d’une approche pédagogique adaptée à l’âge de l’élève. La sensibilisation des parents est aussi prépondérante dans la continuité des messages sur l’application permanente de ses règles.
Le port du masque
Les autorités sanitaires recommandent le port du masque anti-projection, également appelé masque «grand public». Le ministère de l’éducation nationale mettra donc à disposition de ses agents en contact direct avec les élèves au sein des écoles et des établissements des masques dit «grand public» de catégorie 1 (filtration supérieure à 90%) dès le 11 mai à raison de deux masques par jour de présence dans les écoles et établissements.
Il appartient à chaque employeur de fournir en masques ses personnels en contact direct avec les élèves ainsi que les personnels d’entretien et de restauration. »

 


Archives pour la catégorie critique

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin)

Le Théâtre de l’Unité

Ne ratez pas ce bon documentaire sur le Théâtre de l’Unité dirigé par Hervée de Lafond et Jacques Livchnine. Créé en 1968- eh!oui déjà!- il a été le pionnier du théâtre de rue avec, entre autres Noces et banquets un spectacle créée au festival d’Avignon, La 2 CV Théâtre, pour deux spectateurs à l’intérieur de la voiture et beaucoup d’autres à l’extérieur…220px-La_2cv_théatre

Mais aussi La Célébration de la guillotine créée au festival d’Aurillac, Le Théâtre pour chiens, etc. et plus récemment Vania à la campagne, une version du célèbre Oncle Vania d’Anton Tchekhov mise en scène dans un pré, comme à Porrentruy en Suisse ou Macbeth dans une forêt près d’Audincourt, là où est établi le Théâtre de l’Unité. Tous les mois d’hiver et de printemps, a lieu en salle, un kapouchnik, un cabaret conçu le jour même par une bande d’acteurs sur l’actualité politique, très drôle et d’une remarquable causticité qui fait un tabac à Audincourt voir Le Théâtre du Blog).

Extraits du Gala Monteverdi, direction d’Emmanuelle Haïm, à la tête du Concert d’Astrée Mais attention c’est encore pour quelques heures exclusivement ce samedi 2 mai.

Photo X

Photo X


C’est un bonheur d’entendre ces extraits du concert filmé à sa création en 2014 au Théâtre des Champs-Elysées, avec Rolando Villazón ténor, Magdalena Kožená, mezzo-soprano, Topi Lehtipuu, ténor, Katherine Watson, soprano, Lenneke Ruiten, soprano, Emiliano Gonzalez-Toro, ténor, et Nahuel Di Pierro basse.

www.theatrechampselysees.fr

Philippe Caubère

Pour ceux qui voudraient voir ou revoir Philippe Caubère et son personnage devenu fameux de Ferdinand. Cet ancien acteur du Théâtre du Soleil, qui va avoir soixante-dix ans, même si ses derniers spectacles étaient moins convaincants ou franchement médiocres (voir Le Théâtre du blog) , aura porté haut le seul en scène, avec juste un ou deux accessoires. Il aura été un exemple de professionnalisme et de rigueur pour de nombreux comédiens qui se sont lancés dans des solos.

Philippe du Vignal

https://vimeo.com/413642549Photo X

Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

 

Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

-Nos lecteurs avaient beaucoup apprécié la réponse que vous aviez faite à Matthias Langhoff (voir Le Théâtre du Blog) et cela donne envie d’ en savoir plus sur la vie actuelle de cette maison que vous dirigez depuis octobre dernier…

Photo X

Photo X

-Vous vous en doutez… Pour tous les directeurs de lieux comme le nôtre, la situation est difficile et c’est un euphémisme. Le bâtiment est fermé au public mais on continue à y travailler: le service de comptabilité reste ouvert pour assurer les salaires et on fabrique des masques -déjà plus de 1.400- pour les premiers de cordée à Chalon: éboueurs, personnel de crèche, etc… Et nous avons mis les appartements d’artistes à disposition de infirmières, médecins et personnel soignant de l’hôpital pour qu’ils ne soient ps obligés de rentrer chez eux: cela  leur fait gagner un temps précieux. Et tous les soirs, de 18h à 22h, on allume le grand lustre à leds du hall, pour dire que l’Espace des Arts reste vivant.

-Et après le 11 mai?

- Le déconfinement aura bien lieu chez nous mais avec toutes les limites draconiennes de sécurité. Cela me semble gérable: nous avons 14.000 m2 à notre disposition. Le télétravail restera de mise pour ceux de mes collaborateurs qui le peuvent. Et il faut quant à moi que je fasse tout un plan de reports possibles ou d’annulations des spectacles déjà programmés. Pas simple mais Bonnet blanc ou Blanc bonnet, un projet de Matthias Langhoff avec son très ancien complice Manfred Karge reste programmé  avec le grand acteur François Chattot et Emmanuelle Wion qui a beaucoup joué avec Langhoff (Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, Femmes de Troie d’après Euripide, L’Inspecteur Général de Gogol, Lenz, Léonce et Léna de  George Büchner). On attend le décor pour le 11 mai. Mais il y aura un protocole sanitaire très contraignant. C’est le prix à payer pour assurer cette création…

Par ailleurs, Léna Bréban mettra en scène un cabaret d’une cinquantaine de minutes qui aura lieu à partir du 21 mai, avec six comédiens-chanteurs -dont  Alexandre Zambeaux- qui sont aussi musiciens et qui savent danser, au pied des E.P.H.A.D de Chalon. Leurs résidents assisteront au spectacle depuis leur balcon. Ce projet est travaillé en amont avec un médecin généraliste pour développer une certaine forme d’interactivité avec le public. Le spectacle sera filmé  puis envoyé aux résidents. C’est une expérience à travailler avec souplesse car les paramètres ne sont plus du tout les mêmes et les répétitions ont lieu sur une surface de quelque 200 m2 pour que les interprètes n’aient pas de contact physique…

- Et l’histoire du festival d’Avignon cette année?

- Il faudrait sans doute que notre  Ministère de tutelle, celui de la Culture dise enfin comment il entend accompagner, repenser un festival comme celui-ci soumis que ce soit le in mais surtout le off  à un système ultra-libéral à bout de souffle. Et la situation ne peut que s’aggraver si on ne prend pas de mesures radicales.  Il y a un beau passage  là-dessus dans la lettre que Matthias m’avait envoyée (voir Le Théâtre du blog).  Et les prix de location des appartements et des salles  pratiqués depuis un bonne dizaine d’années à Avignon intra-muros et que vous citiez dans un précédent article, tiennent du scandale. Mais il faut aussi plutôt que tout attendre de l’Etat, que le secteur culturel se mobilise contre des pratiques plus que douteuses pour réussir enfin à faire émerger une demande artistique et citoyenne de production et de diffusion. Il faut que cesse cette mercantilisation à outrance où on  oublie  l’art et le besoin d’expériences au théâtre,  mais souvent aussi le public…

- Comment voyez-vous le spectacle français à l’horizon 2021?

- Cela peut vous surprendre mais plutôt bien… Je suis peut-être naïf et optimiste mais cette immense crise une fois passée obligera dans quelques mois les artistes à être plus réactifs. Mais  bon, si des acteurs un peu âgés et/ou qui ne sont pas dans un très bon état de santé, ne veulent pas prendre de risques en venant jouer, il ne faudra prendre aucun risque et trouver des solutions. Un vaccin contre le corona, n’est pas, on le sait pour demain… Autre crainte souvent évoquée par des directeurs de lieux comme le nôtre: le public voudra-t-il revenir, disons en septembre?  Devant cette situation inédite, nous devrons inventer, inventer encore un nouveau champ économique situé entre deux extrêmes, dit avec juste raison, Matthias Langhoff.

- Et dans le reste de la France, comment voyez-vous les choses?

- Les théâtres à Paris qui programment des spectacles avec des vedettes comme Isabelle Huppert,  le Théâtre National de la danse à Chaillot, etc. pourront s’en sortir ,comme les Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales.  Loi oblige, ils doivent avoir un fond de réserve, ce qui permet de mieux affronter l’avenir. Le cas des compagnies indépendantes comme celles de Pauline Bureau ou Julien Gosselin est différent  mais elles ont quand même des portes de sortie. Quant au vivier que représentent les petites compagnies régionales soutenues par les collectivités territoriales et et les grandes Régions, cela sera beaucoup plus difficile si elles n’ont pas la capacité de se réinventer!  Il faut bien voir aussi que c’est toute une richesse potentielle qui risque de disparaître en quelques années du paysage théâtral. Il faudra trouver des commandes et sans doute aussi modifier un système artistique devenu pervers. On peut citer le cas de compagnies à qui le dossier d’aide de la Région a été déclaré irrecevable au motif qu’elles n’avaient pas de contrat signé! Et il faut bien savoir qu’actuellement, quand un lieu refusera un projet artistique, pour beaucoup de compagnies cela équivaudra le plus souvent à un arrêt de mort…

Pour nous, la saison 2020-2021 avait été déjà programmée et s’il faut procéder à des annulations, on le fera avec le plus grand discernement, même si parfois, il faudra couper la poire en deux. L’essentiel à mes yeux est que personne n’y perde. Il y a ici trente permanents et vingt intermittents…

Photo X

Photo X

Mais Sébastien Martin, le président de la Communauté d’agglomération nous a tout de suite apporté son soutien et il n’y aura pas chez nous de chômage partiel. “On n’a pas, dit-il, refait entièrement tout ce théâtre pour avoir trois jongleurs sur son parvis!”

Philippe du Vignal

Espace des Arts-Scène Nationale, 5 bis avenue Nicéphore Nièpce, Chalon-sur-Saône. T. : 03 85 42 52 12

 

Et après?

Et après?

« Peut-être, au redémarrage de la vie sociale, après avoir été ébranlées, les grandes institutions théâtrales sauveront-elles les murs » écrivait Robert Abirached* On peut imaginer, dans le silence tonitruant du ministre de la Culture, bâillonné par le covid 19 et par son masque, que les Théâtres Nationaux, les Centres Dramatiques Nationaux, la Philharmonie, les grands musées… survivront à la catastrophe économique. Et encore, les scènes prestigieuses jusque là plutôt bien dotées (jamais assez !) par l’Etat,  comme risquent en effet de perdre l’apport de leurs mécènes. Les milliardaires, chefs d’entreprises  du luxe, trouveront-ils assez d’éclat pour leur image, en subventionnant des festivals incertains comme Avignon  avec des spectacles qui auront réduit la voilure… faute de pouvoir inviter l’élite mondiale de la mise en scène ?

Le Théâtre National de Chaillot

Le Théâtre National de Chaillot

Les grands théâtres pourront sans doute sauver les apparences, avec des salles remplies un siège sur deux par leurs fidèles têtes blanches jusque là préservées du virus. Mais les sorties en groupe des collégiens, avec ou sans masque ?

Mais l’action culturelle, déjà réduite à des effets d’annonce et à des statistiques ? Mais le spectateur moyen qui, précisément, n’a plus les moyens de s’offrir une soirée au théâtre ? Mais les membres du personnel non protégés par un statut ?

Pour les acteurs et metteurs en scène qui n’ont rien, cela ne changera rien et ils feront du théâtre avec leurs propres forces, en espérant le montrer à ceux qui pourraient donner consistance à leurs espoirs. Et ceux qui ont peu, auront du mal à trouver une scène publique où jouer, comme le dit La Lettre des directeurs de théâtres parfois historiques mais toujours sur le fil et risquant plus que jamais, la faillite. Surtout s’ils ne peuvent vendre qu’une place sur deux, pour un public qui, encore un fois, ne fera pas d’une sortie au théâtre, une priorité, surtout quand frappera une crise économique née de la pandémie.

Il ne reste qu’à pleurer dans son masque, à un mètre cinquante les uns des autres…

Les couturières du théâtre Le capitole fabriquent des masques

Les couturières du théâtre Le Capitole à Toulouse fabriquent des masques

Ou  à réinventer des «jours heureux» (on ne va pas laisser l’expression au seul président de la République). Peut-être une utopie, mais si les métiers de la Culture faisaient entendre une voix solidaire ? Une pétition des intermittents et précaires court déjà sur le Net et confirme ce que l’on sait déjà: les métiers de la Culture dont le théâtre, n’échappent pas au sort commun et aux modèles imposés par le capitalisme financier. Et ses représentants s’aperçoivent «par intermittence» de l’énorme importance économique de cette Culture : l’annulation même d’un petit festival -sans parler d’Avignon-  est, on l’a dit (voir Le Théâtre du Blog) une catastrophe pour une ville.

 Mais on oublie vite les catastrophes! Et quelle Région et quel gouvernement veilleront à faire vivre cette vache à lait qui est aussi une précieuse chimère ? Comment rappeler aux gouvernements successifs qu’il faudra prendre en considération les artistes ? Et autrement que sous la forme de menaces comme celles qu’avait brandies Maurice Druon, ministre de la Culture de 1973 à février 1974, sous la présidence de Georges Pompidou. Druon qui avait osé dire à propos des revendications des artistes en mars 73 : «Les gens qui viennent à la porte de ce ministère, avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre, devront choisir. » En réaction, le Théâtre du Soleil, le Théâtre de la Tempête, le Théâtre de l’Aquarium, etc. avaient réalisé un formidable Enterrement de la liberté d’expression 22-73-05-manif-comediens-3bavec un grand cortège de comédiens tous vêts de noir battant le glas sur des tambours. (Philippe du Vignal me charge de vous dire que vous aurez toute la série de photos en couleurs qu’il en avait prises mais ce sera après le déconfinement et si vous êtes toujours aussi fidèles au Théâtre du Blog. De ce côté-là, guère d’inquiétude si l’on en juge les récents chiffres de fréquentation. Et merci au passage, dit aussi du Vignal)

 On a envie de dire à tous ces jeunes acteurs sortant des grandes écoles de théâtre : prenez le pouvoir. Celui que vous avez : votre talent, votre  pouvoir de création, votre dynamisme. Faites du bruit. Pas obligatoirement avec du  gros son comme dans les concerts  rock que nous ne retrouverons peut-être que dans un an ! Mais avec du jamais vu, du jamais dit et puisqu’il est question de création, créons. Mais allons-y fort, fabriquons-nous des intelligences collectives à la hauteur. Pas étonnant si, dans les quelques dernières années, les aventures théâtrales qu’on a eu envie de suivre, étaient celles de « collectifs ». Mais surtout travaillons, pensons. Monter sur les planches ou jouer sur une place publique, ce n’est pas se montrer, c’est montrer une parole, une pensée dans la vérité des corps à la fois maîtrisés et libres, étonnés de ce qu’ils créent.

En ces temps de crise, on se met à parler comme ça : par slogans. Ou nous restons au fond du trou : et ce sera comme avant mais encore plus difficile, encore plus précaire, avec moins de théâtre. Mais personne ne s’en apercevra, surtout pas les gouvernements occupés uniquement d’économie et de grande industrie, oubliant encore une fois que le secteur de la Culture pèse autant que celui de l’automobile, et surtout peu gourmands de découvertes et de liberté. Ou nous sortons  -vous sortez-  avec une énorme exigence pour aller voir un théâtre nécessaire. Les compagnies emploient souvent ces expressions : théâtre « dérangeant », « urgent », ou de « résistance ». D’abord, il faudrait que ce soit vrai et que ce théâtre sache exactement à quoi il résiste. Bref, réhabiliter la dramaturgie… Et pour cela, déborder les générations ! Vous, jeunes comédiens sortant des grands écoles (ou pas), aller voir du côté des « vieux ». La crise, tout le monde l’a dit, c’est le moment décisif, la pointe de l’épée (Chrétien de Troyes), qui blesse et fait que l’on peut basculer d’un côté ou de l’autre : c’est l’épreuve de l’amour…

Fatalement, arrive Arthur Rimbaud qui a inspiré -restons au théâtre- au moins Paul Claudel et Bertolt Brecht.  Le poète « arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! » C’est déjà du pur Che Guevara, qui, lui, appliquait cette vision au combat : « Le devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution ». Une parfaite tautologie qui nous inspire ces mots: «Le devoir de tout artiste est de faire de l’art ». Pas moins.

Après, on ne demandera pas aux jeunes comédiens et aux artistes en général, un si grand sacrifice. Mais au moins, qu’ils se donnent l’ambition de prendre ce pouvoir qu’ils possèdent. Sinon, il leur faudra essayer autre chose mais ce sera presque aussi difficile en ces temps de crise, au sens cette fois de marasme. C’est peut-être le moment de donner le coup de pied au fond pour remonter à la surface, inventer une nouvelle économie du théâtre, puisque l’ancienne fonctionne de moins en moins bien et que cela risque d’être pire…

Après tout, les pionniers de la Décentralisation théâtrale comme Jean Dasté, Jean Vilar, Roger Planchon, André Steiger, Pierre Debauche… dans les années cinquante et ensuite, ont fait feu de tout bois, y compris en récupérant juste après la Libération, les Chantiers de jeunesse du maréchal Pétain, pour inventer, suivis par l’État, une remarquable économie du théâtre… Qui commence à être à bout de souffle soixante-quinze ans plus tard. L’âge de la retraite, quand même…

Christine Friedel

* Robert Abirached, resté directeur du Théâtre au ministère de la Culture après Jack Lang dirigé par François Léotard en 1986, dans le gouvernement de cohabitation Jacques Chirac, sous la présidence de Jacques Chirac. Ce qui lui avait été reproché…

** À lire La Décentralisation théâtrale, (quatre volumes) de Robert Abirached, éditions ANRATT-Actes Sud-Papiers (1991-1994).

Missions d’artistes, les centres dramatiques de 1946 à nos jours, ouvrage collectif sous la direction de Jean-Claude Penchenat, éditions Théâtrales 2006.

À voir :

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, film de Daniel Cling, 2017

Entretien avec Stéphane Delvaux et Françoise Rochais

 

Entretien avec Stéphane Delvaux et Françoise Rochais

Ces artistes internationaux se sont rencontrés en septembre 2015. Lui (alias Elastic), liégeois d’origine, forme de 1986 à 1991, avec son jeune frère, un duo de clowns en Belgique, se font remarquer et parrainer par Annie Fratellini.  Puis en 1992, Stéphane Delvaux quitte le duo et se lance dans « un seul en scène » avec un nouvel univers, complètement visuel, mais toujours sous le pseudonyme d’Elastic: il joue de l’élasticité de son visage et de son corps et crée un personnage burlesque attachant. Primé lors de différents festivals d’humour, il fait aussi quelques apparitions télévisuelles à  la RTBF et à  TF1, et se fait remarquer par le Cirque du Soleil. Depuis 2001, Elastic joue dans toute l’Europe son The Gag Man.

 Puis en 2005,  Stéphane Delvaux  crée un spectacle pour la salle Artisto ! et le personnage d’Elastic emporte le public durant plus de quatre-vingts minutes dans une suite de numéros de cabaret excentrique et de poésie. Elastic est invité dans l’émission de télévision Le plus Grand Cabaret du Monde sur France 2. L’année suivante Patrick Sébastien lui propose la première partie de son spectacle au Casino de Paris. La  profession lui offre une ovation debout au festival d’Angers  et il jouera ensuite au  Crazy Horse à Paris, mais aussi au Japon. Il y a cinq ans, il crée en salle Momento !  qui eut un grand succès au festival off d’Avignon. Il obtiendra de nombreuses récompenses dans des festivals internationaux de cirque: Saint-Paul-Lès-Dax,  Les Mureaux et le Prix du Président de la République à Massy avec sa compagne Françoise Rochais et L’éléphant de Bronze, aussi avec elle, au festival International du Cirque Nikulin de Moscou. Et cette année  trois prix à celui de de Monte-Carlo.

Elle, a été initiée au jonglage à huit ans et se fait remarquer à dix!  Elle acquiert au long de sa scolarité de l’expérience et continue à faire de la scène régulièrement.

Photo Eric Rochard

Photo Eric Rochard

Elle remportera ensuite de multiples récompenses, notamment une médaille d’argent au festival mondial du Cirque de Demain en 1989 à Paris. En 1991, le bac en poche,  devient professionnelle et en 1995, obtient la médaille d’or à Las Vegas ( deuxième femme en cinquante ans!) Françoise Rochais inscrira son nom au Guinness World Record pour un jonglage avec sept bâtons en 2000 et détient toujours ce record… Elle obtient une reconnaissance internationale notamment en travaillant au Wintergarten de Berlin, au Hansa Theatre d’Hambourg mais aussi en Chine, au Japon, etc. 

Leurs univers se sont alors fondus en un quand ils ont créé Elastic, un personnage burlesque, loufoque et un peu fou qui rencontre Francesca, une princesse du jonglage. Elastic veut prouver au public qu’il est un grand artiste en employant différentes techniques de cirque et de music-hall. Mais son assistante Francesca accentue le côté burlesque du spectacle et son côté amateur  mais  se révèlera, à la fin, être une plus grande artiste que lui. Le spectacle se termine à la Chaplin avec un happy end où ils tombent amoureux l’un de l’autre, à la scène comme à la ville. Leur dernier spectacle, créé en 2018, est une comédie visuelle El Spectacolo ! où on découvre comment un pseudo grand artiste, assisté d’une pseudo assistante, vont malgré eux transformer, un pseudo grand spectacle, en un tourbillon de moments déjantés, cocasses et maladroits à souhait.

Photo Eric Rochard

Photo Eric Rochard

 

 » Il y a la magie, dit Elastic,  qui fait partie du monde de l’illusionnisme, mais aussi celle qui « touche les cœurs » et celle du jonglage omniprésente pour nous à condition qu’on l’utilise sous différentes formes. J’ai surtout été influencé par le cirque, le music-hall, le cinéma muet, le burlesque et le monde du clown moderne. Et Françoise, par le jonglage. J’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis dans le monde de la magie et j’aime dans cette discipline actuelle ou plus ancienne, que l’interprète illusionniste apporte une part artistique et créative dans les techniques qu’il utilise.

« On voit malheureusement très souvent les mêmes numéros, copiés-collés avec les mêmes gestes et les mêmes musiques. Il est plus intéressant de réfléchir sur la technique et les effets, même communs, pour qu’ils deviennent quelque chose d’unique et nouveau. Cette appropriation personnelle de l’artiste  va lui permettre d’élever sa discipline et de construire une personnage singulier. En détournant ainsi les effets  du répertoire, le public se retrouve devant un numéro tout neuf  dont il ne reconnait pas les techniques employées quand elles sont astucieusement détournées. »

Sébastien Bazou

A voir :site d’ Elastic & Francesca. A lire:  Artisto ! d’Elastic.

 

 

 

 

 


 

Des appels en tout genre…

 

Des appels en tout genre…

Cela bouge un peu partout en France dans le domaine du spectacle sévèrement touché par cette crise sanitaire sans précédent, même si notre pays (mais nous avons la mémoire courte!) a déjà connu la grippe asiatique -environ 25.000 morts en 57-58 . De cette mobilisation qui a parfois des airs joyeux de mai 68, naîtra sans doute une autre façon de concevoir le spectacle. Et les artistes comme les lieux de spectacle subissent ou vont subir dans les semaines à venir une diminution drastique de leur activité et de leurs finances.

Tous les grands festivals sont annulés: on attend des nouvelles de celui d’Aurillac mais on voit mal comment, dans cette petite ville charmante mais aux rues étroites, la Préfecture donnerait l’autorisation au  public et aux artistes le droit de se rassembler, de manger le plus souvent dans de petits cafés ou restaurants, de dormir dans des tentes serrées les unes contre les autres dans des campings officiels ou sauvages. Et on voit mal aussi comment la S.N.C.F arriverait à gérer avec les mesures-barrière actuelles, cette augmentation annuelle de voyageurs souvent venus de toute la France à la fin du mois d’août… Bref, c’est une politique locale sur le plan socio-économique que, comme ailleurs, la ville d’Aurillac et le département du Cantal devront sans doute revoir… Comme à Avignon, cette petite semaine est d’un apport financier non négligeable pour toute l’agglomération.

Mais, et cela quelle que soient les dispositions finales prises par le Gouvernement pour cet été, les festivals et le théâtre français dans son ensemble, qu’il soit en plein air ou dans les  salles, vont devoir évoluer très vite. Les jeunes gens, récemment sortis des écoles ou plus âgés, inventeront d’autres formes artistiques avec, on l’espère peut-être plus de solidarité dans le milieu du spectacle…  Le plus souvent inspirées du théâtre de rue dont le Théâtre de l’Unité aura été le précurseur il y a déjà une cinquantaine d’années. Par exemple, Léna Bréban mettra en scène un cabaret devant des E.P.H.A.D.,  un spectacle produit par L’Espace des arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône.

Et il y a de nombreux  appels collectifs comme celui, entre autres  de la Coordination des Intermittents et précaires et  celui né en Occitanie avec un texte rédigé en commun le 27 avril et déjà signé par quelque 900 structures de production, diffusion, formation, insertion professionnelle, compagnies, artistes et techniciens indépendants, présents sur l’ensemble du territoire occitan pour la refondation d’une politique publique de la Culture.

Philippe du Vignal

Une action ce 1er mai

La Coordination des Intermittents et Précaires propose une vidéo  avec des intermittents du spectacle mais aussi de l’hôtellerie et de la restauration, tous condamnés à la pauvreté. « Les mesures d’urgence que nous réclamons, disent-ils, ne sont pas discutables mais vitales. »

lily-of-the-valley-5083800__340
https://youtu.be/EX1aI8ElliA
Page Facebook “Luttons pour ne pas mourir” :

https://www.facebook.com/LPPM2/

Appel collectif en Occitanie, pour la refondation d’une politique publique de la culture

  »À l’heure où, dans notre région comme partout, la crise sanitaire révèle les limites d’un modèle marchand appliqué à tous les secteurs d’activité, cet appel émanant d’acteurs et d’actrices de la culture en Occitanie, n’a pas pour but de réclamer sa part dans les décisions à venir, mais de prendre part aux réflexions collectives qui s’imposent. (…)carteweb_2019_b

« Mais depuis une dizaine d’années, la promotion progressive et agressive d’une logique de rentabilité, rongeant l’ensemble des politiques publiques, ne s’est pas arrêtée davantage aux portes des salles de spectacles qu’à celles des hôpitaux, des écoles, des exploitations agricoles ou des transports. Il nous paraît donc moins digne aujourd’hui de défendre la sauvegarde de cette exception que de travailler, avec d’autres, à transformer la règle commune.
La raison artistique, comme les autres (médicales, éducatives, agricoles…) a sa singulière nécessité. Elle crée, à travers ses pièces, ses musiques, ses danses, ses images, ses ateliers, des formes où se travaillent nos sensibilités, où se réfléchissent nos histoires, où se questionnent nos contradictions, où se pensent nos expériences collectives. C’est là sa fonction, qui n’est ni strictement utilitaire ni de pur divertissement. Nous demandons que ces raisons soient remises au centre, car ce sont elles qui nourrissent nos pratiques, et non leur attractivité touristique, leur supplément d’âme ou leur indice de performance. (…)
On parle beaucoup, ces temps-ci, du Conseil National de la Résistance et, en termes de politiques culturelles, on revient aux aventures fondatrices de la décentralisation. Dans les deux cas, il y eut moins d’union que de combats pour que les politiques publiques d’un pays se tiennent à la hauteur d’une histoire inédite, à l’écoute de l’intérêt général. Le temps ne connaît pas la marche arrière et l’Age d’or n’a jamais existé. Mais nous avons sous les yeux un âge de fer, et nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins.
Va-t-on encore une fois, dans cette période de crise, procéder à une austérité sélective, se soumettre à l’impératif de la croissance à retrouver, et sacrifier à l’urgence du moment des pans entiers des politiques publiques ? (…)

 Mais cela ne se fera pas sans une volonté politique qui affirme son soutien sans faille et pérenne aux missions publiques de la culture. Cela nécessitera de nouveaux moyens, laissés au soin de ceux qui, depuis des années, déploient une expérience de leurs métiers et de leur art. Pour ce secteur, comme pour les autres, il faudra bien se décider à inverser la maxime productiviste. »

#urgenceculture
#refondationculture
#culturepublique

 

Des Etats généraux pour le off d’Avignon?

Cela bouge aussi de ce côté-là! L’AAFA, (Actrices et Acteurs de France Associés), les E.A.T. (Écrivains Associés du Théâtre), les Sentinelles, une fédération de compagnies professionnelles, le SYNAVI (Syndicat National des Arts Vivants) ont appelé à la réunion d’Etats généraux du off d’Avignon menacé à l’horizon même 2021. Les compagnies sont déjà exsangues: incapables de payer les salaires, rembourser des emprunts et sans véritable perspective d’avenir.  Comme Alain Timar, le directeur du Théâtre des Halles à Avignon l’a bien vu (voir Le Théâtre du Blog), il y aura un avant et un après cette crise. Et les festivals off et in d’Avignon mais aussi les autres devront trouver un nouveau modèle socio-économique…  A quelque chose, malheur est bon et cette crise sanitaire aura été au moins le révélateur efficace… d’une dérégulation qui ne pouvait perdurer très longtemps. Certes la Ville d’Avignon comme le département du Vaucluse en auront profité mais c’est maintenant au Ministère de la Culture de jouer son rôle et de proposer des solutions au lieu d’être aux abonnés absents…

Philippe du Vignal

 

« Ce festival creuse sa propre tombe. Soumettre le travail des compagnies à la loi de l’offre et de la demande engendre trop d’inégalités et trop d’incertitudes, de tout ordre. Il pousse à prendre des risques démesurés, accentués par la pression croissante d’une bulle immobilière incontrôlée qu’il contribue à développer. La course au profit fait s’envoler tous les prix des locations des théâtres, logements, matériel technique, prix des places, alimentation, transports, ne cessent d’augmenter, mettant en péril d’effondrement le fragile édifice. »

Photo X

Photo X

« Comment se fait-il qu’aucune mutualisation des pertes ET des profits n’ait été mise en place ?Comment se fait-il que nombre d’artistes, de techniciens, de saisonniers et d’emplois précaires ne soient pas, ou soient si mal rémunérés ? Nous appelons à des États Généraux du Festival Off d’Avignon qui auront pour but d’interroger le modèle économique du off et de proposer des mesures concrètes pour le faire évoluer. Les idées ne manquent pas. (…)

Nous appelons l’ensemble des organisations impliquées dans le festival à nous rejoindre Adami, Sacd, Spedidam, Audiens, Congés Spectacle, A.F.D.A.A.S… les partenaires sociaux: syndicats, fédérations, organisations professionnelles, associations de commerçants, etc. Nous appelons les programmateurs et les réseaux de diffusion à nous rejoindre et la direction du In à nous rejoindre. Nous appelons les pouvoirs publics (Mairie, Conseil Général, Conseil Régional, Préfecture, D.R.A.C., Direccte, Ministère de la Culture, Ministère de l’Education Nationale, etc.) à soutenir ces Etats Généraux et à y participer.

Nous invitons l’association Avignon Festival et Compagnies à s’impliquer pleinement dans l’organisation de ces Etats Généraux, avec impartialité et dans la concertation, comme elle en a démontré la volonté depuis quelques mois. Le festival off n’appartient à personne, il nous appartient à tous. C’est tous ensemble que nous inventerons un festival plus juste, plus fraternel et, dans le même temps, faisons en le pari, un festival encore plus créatif et plus beau. »

 

Marie-Agnès Gillot

Un texte de Marie-Agnès Gillot, lu par Augustin Trapenard, le 30 avril à Lettres d’intérieur sur France-Inter

La danseuse-étoile nous offert ce beau texte où elle nous parle de son corps aujourd’hui confiné. Nous avons croisé plusieurs fois Marie-Agnès Gillot depuis sa retraite de l’Opéra de Paris, (voir Le Théâtre du blog). Elle devait les 13 et 14 mars, dates fatidiques, danser trois chorégraphies de Roland Petit, Brigitte Lefebvre et Carolyn Carlson à la Seine Musicale…

Jean Couturier

Houlgate, le 29 avril,

Mon Doux, mon tendu, mon athlète, mon esthète et mon être. Mon cher corps, je tenais à t’expliquer le pourquoi de mon délaissement récent. Je suis confinée à l’extérieur de toi car je dois achever des tâches qui ne sont pas de mon ressort. Des tâches quotidiennes et indispensables. Mon bar est devenu ma barre, mon radiateur, mon tuteur. J’utilise plus le fouet électrique que je ne fais de fouettés. Pour la première fois ,tu n’es pas ma priorité. Tu n’es plus mon art. Il n’y a plus d’art. Il y a la vie.

Photo Virginie Le Duault

Photo Virginie Le Duault

Sache que je ne t’ai jamais pour autant oublié, ni même vraiment délaissé. Je t’ai juste mis en suspens. La suspension, c’était notre atout de couple à toi et à moi, mais là, c’est la tension qui a pris le dessus. Je m’excuse auprès de toi. Puis je m’assouplis de nouveau sous tes ordres, sous tes éclairs pour un ou deux moments d’abandon. Furtifs.

Je ne suis pas surentraînée comme ces guerriers de l’espace confiné qui connaissent vraiment l’empoisonnement moral et physique de l’enfermement au long terme. Je suis provisoire. Nous nous reverrons un jour ou l’autre et nous retournerons à nos routines indispensables. J’aimerais te bander, te surprendre, te tournoyer, t’envoler mais aujourd’hui, je ne t’envie pas, je ne te ressens plus. Mon âme peut-elle aller vers une physicalité morale? Depuis quand la pensée de ce que l’on veut, toi et moi, est-elle devenue incontrôlable? Qu’en est-il de notre alchimie ?

Vais-je perdre ou retrouver ma flemme? Est-ce perdre ou retrouver la flamme? Ou l’inverse ? Je le pense sûrement. J’ai toujours cette peur d’être feignante ce qui, pour moi, équivaut à l’ennui. Cela vient de ressortir, sans revenir. Fulgurance effrayante d’une nature humaine bien enfouie.

Ma perception du temps a beaucoup poussé comme notre fleur de vie. Ma conscience et ta présence se passent toujours en temps et bientôt un nouveau temps présent se présentera à nous. Ma chair et tes grands airs ne feront bientôt plus qu‘un. Nos mouvements et notre temps ne feront bientôt plus qu’un. Nous irons au combat ensemble. Nous tomberons et nous nous relèverons. Et 5, 6, 7 et 8… Porté, plié, arabesque, fouetté… Et 7, et 8… Pas de bourrée, chassé, jeté, pirouette…

Mes pointes, mon vieux tee-shirt, le miroir où me projeter de nouveau. Ce miroir parfois cruel, aujourd’hui absent, sans lequel mon ombre est mon seul reflet, ma seule réalité perçue. Ce sera long et fulgurant. En ce temps présent, j’adopte la douleur physique pour m’accepter et te dépasser, même si ce n’est qu’en rêve. Ma science contient mon cœur.

Mon Doux, mon tendu, mon athlète, mon esthète et mon être. Mon cher corps. Je t’aime toujours. Attends-moi. Je reviens.

Marie-Agnès Gillot

https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-avril-2020

Réponse de Nicolas Royer à la lettre de Matthias Langhoff

Réponse de Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône à la lettre de Matthias Langhoff

De la promesse à la persévérance

Le 18 avril 2020, je recevais une lettre du metteur en scène Matthias Langhoff. Je partage avec vous, cher public, ma réponse. Il y a alors quatre semaines que nous avons fermé les portes de l’Espace des Arts et que nous avons dû prendre la décision d’annuler tous les spectacles de la saison pour cause de pandémie.

Je reçois ta lettre, onze longs feuillets que tu as écrits dans la langue qui t’est la plus familière, l’allemand, et que je fais aussitôt traduire par Irène Bonnaud, une metteuse en scène que tu connais bien, elle-même confinée en Grèce où ses travaux sur l’histoire grecque contemporaine la font régulièrement se rendre.
 
Dans une autre lettre -il faut croire que c’est une forme où la pensée se sent à son aise- Franz Kafka écrivait à son ami Oskar Pollak que, si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, il était inutile de le lire. Et un peu plus loin (« comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes » !), qu’un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous.
Ta lettre, Matthias, a cette puissance-là. Et j’hésite encore à cette heure matinale entre le coup de poing et le coup de de hache…
 
Que dit cette lettre, pourtant bienveillante mais intranquille ? Elle dit, de la hauteur d’un maître de théâtre qui a passé le siècle dans l’intimité des auteurs et des philosophes, qui a porté à la scène Euripide et Sophocle, Brecht et Goethe, Shakespeare, Tchekhov, Ostrovski, Büchner et Heiner Müller, que nous ne devons pas reprendre le monde là où nous l’avons laissé.
Qu’avant de gagner ces forêts intérieures dont parle Kafka, nous ne vivions pas au paradis. Que cette peste qui aujourd’hui nous accable, qui révèle la laideur stupide des uns tout comme les promesses lumineuses des autres, doit être un socle avec lequel fendre l’avenir.

Dans l’une de tes mises en scènes, Le Désir sous les Ormes d’Eugene O’Neill, tu montrais un cheval – un vrai cheval de labour et de labeur – attelé à une charrue qui ouvrait littéralement la terre du plateau pour qu’on y ensemence les récoltes futures. Il y était déjà question de terre promise d’une lointaine Californie où il suffirait de se baisser pour ramasser des pépites d’or…C’est de ce théâtre-là dont nous avons demain besoin.
 
Quandj’ai reçu ta lettre qui a l’intimité amicale d’un texte adressé à celui qui entend modestement être au service des artistes et du public, et la puissance d’un manifeste politique et poétique qu’il ne faut pas garder pour soi seul, nous travaillions déjà, avec quelques-uns non résignés, à rompre l’isolement artistique qui nous paralyse. Parce que la sidération n’est pas d’une grande fertilité, nous avions décidé de jouer, coûte que coûte et plus que jamais pour le public.
 
Léna Bréban, metteuse en scène associée à l’Espace des Arts nous a proposé le projet d’un cabaret joué devant le balcon des E.P.H.A.D devant les fenêtres des cités HLM. Je sais que nous parviendrons à le réaliser dans les semaines à venir. Un cabaret où l’on chantera et où l’on fera chanter, que la vie peut-être en rose et que l’on peut encore danser au petit bal perdu, que l’on ait vingt ans ou que l’on en ait cent: accueillir le public, c’est aussi aller au-devant du public. Partout où la parole peut poser un tréteau  -hier ceux de Copeau, ceux de Vitez– il peut y avoir théâtre.
Il faut réapprendre à jouer pour chacun. Nous saurons ensuite jouer pour tous. Faire entendre le théâtre comme on ferait entendre de la musique de chambre, dans l’intimité de l’humain, dans la proximité attentive de l’humain. Et il n’est pas dit que ce théâtre de résistance  -à l’ennui, à l’isolement, à l’apesanteur léthargique du moment- ne soit ensuite un modèle permettant d’explorer de nouveaux chemins.
Bertolt Brecht, auquel tu te réfères ici -on sait la place que le Berliner Ensemble et la Volksbühne ont tenu dans ta vie d’artiste –, avait imaginé avec une lucidité visionnaire pouvoir redonner au public, grâce à la radio, le rôle autrefois dévolu au chœur dans le théâtre antique. Texte en main, l’auditeur se voyait proposer de lire, donnant en quelque sorte la réplique aux comédiens professionnels qu’il écoutait sur les ondes, la partie de texte qu’Eschyle, Euripide ou Sophocle, avaient imaginé pour le chœur. À peine avais-je rendu publique ta lettre sur le site de Médiapart – ce dont tu étais d’accord -que Charles Berling, Directeur du Théâtre Liberté à Toulon m’appelait. Dans le sillage de tes réflexions, nous avons aussitôt décidé de nous associer pour commander à des auteurs contemporains, des textes permettant d’utiliser, on dirait presque détourner, tant l’usage qui en est trop souvent fait est éloigné des questions de sens, les écrans numériques pour y inoculer une contamination citoyenne, solidaire et salutaire.
 
La période de confinement a suscité de la part des créateurs un grand nombre d’initiatives pour contourner l’impossibilité du « jouer ensemble ». Ce qui vaut pour les musiciens d’orchestres classiques, les formations jazz, la musique pop-rock, vaut également pour les comédiens. Mais il semble possible de développer à cet endroit des propositions qui dépassent le « faute de mieux » et utilisent pleinement les potentialités d’un médium qui, pour reprendre les mots de Mac Luhan, a transformé le monde en village. On aimerait que ce soit pour le meilleur et pas seulement pour le pire. Sur cette place de village numérique, prenons la parole, reconstruisons nos amphithéâtres d’Epidaure.
 
À peine avais-je raccroché avec Charles Berling, que je recevais de Cyril Teste, metteur en scène du collectif MxM, ces quelques mots que lui avait inspirés la lecture de ta lettre ! « Nous fermons nos théâtres et les paysans continuent de labourer la terre pour que nous puissions manger demain. Labourer et élaborer. Nous devons écrire un manifeste pour reprendre nos terres pour labourer de nouveau. L’heure de la récolte n’est pas encore de mise certes, mais cela ne nous empêche pas de préparer la terre, ça s’appelle la rotation des cultures. Réhabiter nos Théâtres, comme autant de terres en friches, pour y travailler à nouveau. Nos théâtres vides, qui n’attendent que nous pour être habités et ne peuvent se résoudre à vibrer avec les fantômes du monde passé, élaborer simplement l’avenir et ne pas attendre comme des enfants qu’un seul représentant de l’État nous dicte nos règles. Proposons un manifeste d’élaboration et que le théâtre redevienne avant tout une démarche citoyenne. »
 
Ta lettre, Matthias, nous est une brassée de genêts qui vient alimenter le feu de notre campement de fortune. Elle nous invite à penser plus loin, plus large, plus grand. Là où est le péril, là est aussi le salut. Il faut poser l’espérance en principe. Cela aussi est une belle promesse.
 
Nicolas Royer
 

Quelques petits cadeaux à saisir ( suite et non pas fin)

 

Quelques petits cadeaux à saisir ( suite et non pas fin)
 
La compagnie Annibal et ses Éléphants propose une diffusion le dimanche 3 mai  à 16 h sur You Tube d’Economic Strip mise en scène d’Evelyne Fagnen.

photo benoît moyen

photo benoît moyen

Un spectacle de rue créé juste il y a trois ans. Cela se passe chez Vidal, on fabrique des bancs, mais son directeur  est  mort récemment  et  les héritiers ont  décidé de vendre l’entreprise. Vieille histoire, hélas, dans l’industrie française! Les six ouvriers ont donc reçu leur lettre de licenciement mais décident de ne pas baisser les bras et de se lancer dans une lutte pour préserver leurs outils de travail !
Situation tendue: pas facile de prendre les bonnes décisions mais ils vont voter à l’unanimité, l’occupation de l’usine. Et les ouvriers vont  se lancer  dans une loterie avec énigmes à deviner par le public pour récolter un peu d’argent…

 Proche de l’agit-prop et de la comedia del arte, le spectacle, au texte parfois un peu faiblard  est heureusement servi par  Thomas Bacon-Lorent, Irchad Benzine, Jean-Michel Besançon, Frédéric Fort, Jonathan Fussi et Thierry Lorent, tous excellents et des comédiens rompus  au théâtre de rue.  Un style pas facile à maîtriser: la rue comme le cabaret, ne pardonne aucune erreur  sur les plans gestuel et vocal…

Hideto Iwaï, artiste associé au T2G de Gennevilliers (Seine-Saint-Denis) confiné au Japon, a envoyé un message vidéo où il explique comment il construit ses accessoires. Cet ancien hikikomori (reclus volontairement chez lui de seize à vingt ans), il a transformé son expérience en matière scénique.

838_medias_banner_image_27a9d3048bde34f1ce64a1e47f0dfe32
À l’invitation du T2G, il a créé son premier spectacle en français, inspiré de la vie de participants, professionnels et amateurs, rencontrés à Gennevilliers au fil de plusieurs séjours. Après avoir écouté leurs récits de vie, il a composé avec eux un spectacle sur-mesure qui traite des relations humaines, de l’amour aux liens entre parents et enfants.

Philippe du Vignal

Quelques petits cadeaux ( suite et non pas fin)

 

Quelques petits cadeaux (suite et non pas fin)

Notre amie Ekaterina Bogopolskaia, critique russe qui vit depuis longtemps à Paris,  nous signale la saison virtuelle à 18 h de L’Electrothéâtre Stansilawski de Moscou  avec une trilogie : L’Âne d’or. Espace de travail ouvert. Le premier volet  La Composition poilue a déjà été diffusé mais vous pouvez voir le deuxième: La Composition blanche aujourd’hui  29 avril et le troisième, La Composition noire-la ville,  le 1 mai. C’est en russe mais sous-titré en anglais.

anedor2Metteur en scène,  réalisateur mais aussi  acteur et pédagogue, Boris Yukhananov élève d’Efros et de Vassiliev bien connus en France, a créé au centre de Moscou, un espace de théâtre expérimental qui existe maintenant depuis cinq ans. C’est, pour dire les choses rapidement,  à la fois un théâtre grand public et un grand laboratoire artistique avec déjà plus de cinquante spectacles présentés! Yukhananov  a mis en scène  une trilogie:  L’Oiseau bleu d’après Maeterlink et Pouchkine, des opéras comme Les Tourbillons et L’Âne d’or-Espace de travail ouvert en  développement perpétuel en trois soirées de quatre heures. Avec ldes spectateurs sélectionnés qui participent à l’action scénique.


Boris Yukhananov a aussi créé Galilée, un Opéra pour violons et un savant…  Mais aussi  Les jeux orphiques. Punk macramé sur le mythe d’Orphée et Eurydice en trente-trois actes, douze spectacles, douze  décors avec trente-trois fresques! Cela se passe  en six après-midis et six soirées. Le tout réalisé par cent jeunes metteurs en scène sortis de son Ecole de Mise en Scène Individuelle (MIR 5).  Et on a pu y voir  vu aussi des réalisations de metteurs en scène bien connus en Europe comme Théodore Terzopoulos, Roméo Castellucci,  Katie Mitchell, Heiner Goebbels…

Le théâtre  édite les programmes des spectacles, les journaux et les livres sur la création des spectacles, des textes de Boris Yukhananov sur ce qu’il appelle le processus de développement perpétuel… Une utopie mais qui a bien vu le jour il y a déjà  cinq ans et cinquante spectacles y ont été créés. Yukhananonov a réussi à créer ce grand laboratoire  d’avant-garde, avec une scène transformable capable d’accueillir une sorte de synthèse entre théâtre et opéra  que fréquente un public d’habitués et de jeunes.

Yukhananov a créé une série de voyages-spectacles ésotériques sur trois jours comme L’Oiseau bleu d’après Maurice  Maeterlink

oiseaubleu
Et en deux jours de représentation,  Le Prince constant d’après  Calderon et Pouchkine. L’Âne d’or. Espace de travail ouvert ( 2016) est fondé sur  le  processus de développement perpétuel, d’après Les Métamorphoses d’Apulée. La création du spectacle en est le thème même. Sur quatre heures par jour durant cinq jours, les comédiens  présentant chacun un module.sur le thème de L’âne d’or ».
Mais la représentation pouvait être arrêtée à tout moment  et Boris Yukhananov commentait de façon très précise le travail en  cours.

 OLYMPUS DIGITAL CAMERALa troupe de l’Electrothéâtre, mais aussi des anciens élèves de  MIR4: l’Atelier de mise en scène Individuelle, créé par Yukhananov en 1988, ont  travaillé à la réalisation de cet  L’âne d’or. De cet Espace de travail ouvert, sont sortis des metteurs en scène, comédiens, producteurs, auteurs dramatiques, compositeurs…. L’Electrothéâtre est fondé sur la recherche de nouvelles formes théâtrales et sur leur union en vue de la création. Avec  des réussites mais aussi des échecs, comme dans tout laboratoire, ce qui est normal… En tout cas, une visite dans cet espace exceptionnel du théâtre russe contemporain… Cela  fait du bien, loin des médiocres captations des compagnies françaises qui veulent à tout prix, disent-elles, garder un lien avec leur cher public…

Philippe du Vignal

Crédit photo:  Андрей Безукладников/Andrei Bezoukladnikov

 

 

12345...631

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...