Festival d’Avignon Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, mise en scène de Laure Vallès

Festival d’Avignon

Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, mise en scène de Laure Vallès

La  pièce a été créée au théâtre de l’Alliance française à Paris en 1962 par Jacques Mauclair qui tenait le rôle du roi Béranger 1er. L’année suivante, dans un entretien avec le critique Paul-Louis Mignon, l’auteur parle de ce personnage que l’on retrouve dans plusieurs de ses œuvres: “Béranger est l’homme universel et, comme certains critiques ont dit que dans mes pièces, c’était un petit bourgeois, j’en ai fait un Roi pour les déconcerter. En réalité pour moi, tout homme est une sorte de roi au centre de l’univers, l’univers lui appartient, jusqu’au moment où tout s’écroule. C’est lui-même qui s’effondre et tout disparaît avec lui. Béranger Ier est bigame, nous avons tous deux épouses: c’est la vie et la mort. »

 Il y a donc ici, la reine Marguerite et la reine Marie. Et aussi, Juliette la femme de ménage. Cela se passe dans la salle du trône fermée par de grandes lanières de vieux draps. Un piédestal où le Garde s’installe, deux chaises pour les Reines et un trône complètent le décor. Des éléments provenant de récup… L’ensemble en parfaite adéquation avec l’esprit d’effondrement progressif du roi qui ne cesse de vouloir résister à sa future mort. Il souffre d’un mal inconnu et a du mal à croire à cette issue: il s’estime, lui, en bonne santé.
Sa disparition est pourtant estimée inéluctable par le médecin du royaume et le roi va mourir dans l’heure… le temps de la pièce! Il fait froid dans cette Salle du Trône et le garde explique que c’est à cause d’une fissure dans le mur qu’il a tenté de colmater avec Juliette! Avec elle, Le Garde, le Médecin et les deux Reines forment une sorte de chœur qui essaye de raisonner Béranger Ier.

© Théâtre de l'Autre Scène

© Théâtre de l’Autre Scène

Catherine Gémon, Valérie Chardon, Carole Guidotti, Pierre Chalaron, Fabio Orlando, Nicolas Barrière-exceptionnels- incarnent parfaitement  mais… avec un petit truc en plus, les personnages loufoques imaginés par Eugène Ionesco. Laure Valles  sait donner à sa mise en scène un rythme soutenu et quiil est bon d’entendre un vrai texte de théâtre dans un festival  où le In en comporte de moins en moins. Une belle découverte…
Le Théâtre de l’Autre Scène créé en 89 à l’Unité de soins du Centre hospitalier spécialisé en psychiatrie à Montfavet (Vaucluse)… est constituée ici, d’une metteuse en scène professionnelle, de soignants qui jouent Le Garde, Juliette, la Femme de ménage, et de résidents: le Roi, les Reines et le Médecin. Ici,, la psychothérapie se fait par la création au Théâtre de l’Autre scène mais aussi grâce à des enseignements de peinture, sculpture, détournement d’objets, danse contemporaine…

Depuis quelque vingt ans, plusieurs équipes ont présenté leur création à la Fabrik Théâtre dans le Off. Celle-ci, avec deux pièces en alternance et  avec deux groupes de patients. Chaque année, un projet commence à naître en septembre, pour être ensuite représenté au festival d’Avignon. Merci à Muriel Culmet, infirmière dans cette Unité qui nourrit d’informations le Facebook de la troupe, de nous avoir reçus.  Eugène Ionesco aurait certainement adoré cette initiative. L’année prochaine, il y aura  d’autres spectacles… Ne les ratez pas.

Jean Couturier

Fabrik Théâtre, 70 impasse Favet, route de Lyon, Avignon (Vaucluse) jusqu’au 24 juillet à 13 h 30, en alternance avec Amphitryonne II , jusqu’au 25 juillet, aussi à 13 h 30.


Archives pour la catégorie critique

Very Math Trip 2 de Manu Houdart, mise en scène de Thomas Le Douarec

Very Math Trip 2 de Manu Houdart, mise en scène de Thomas Le Douarec

Cet ex-prof agrégé de maths revient avec la suite de Very Math Trip que nous avions tant aimé (voir Le Théâtre du Blog). Manu Houdart, une fois de plus, va essayer de nous réconcilier avec les maths. Notre douce France, selon le rapport PISA 2022, se situe en dernière position des pays européens…
Reste la grande question, récurrente depuis des décennies : que manque-t-il dans notre scolarité et dans notre éducation,  pour qu’enfants, puis ados, nous soyons aussi effrayés par les maths,  et pour certains d’entre nous restés tellement nuls ou presque ! Un apprentissage raté au début, donc sans doute une répulsion à cause d’une pédagogie défaillante et d’un manque de coordination entre maths et vie courante…

 

©x

©x

Manu Houdart, lui,  n’a aucune prétention de réparer les choses mais  il propose de façon très ludique en quatre-vingt dix minutes sinon de nous montrer les relations complexes et passionnantes entre les maths et les arts  plastiques:  d’où sort cette proportion 21cms x 29,7cms de  la feuille;  il explique aussi le  théorème de Pythagore avec une simple corde toute simple ou comment le mathématicien Carl Friedrich Gauss a réussi à additionner très vite les nombres de un à cent, en additionnant le premier et le dernier nombre de la série, le deuxième et l’avant-dernier nombre de la série, et ainsi de suite…
Bien aidé par un assistant qui envoie les images et sons au moment exact, Manu Houdart est un excellent pédagogue, et quand il parle entre autres  de mentalisme, il montre bien qu’il n’y en a pas plus que de beurre en broche mais que, démonstration à l’appui, une application mathématique rigoureuse et une bonne mémoire suffisent! Le public  est médusé…

C’est un spectacle à la fois intelligent, passionnant et souvent drôle, dont on a l’impression de ressortir, plus intelligent et pour certains, un peu réconcilié avec les maths, même si on n’ a pas tout compris… La mise en scène de Thomas Le Douarc ne fait pas toujours dans la légèreté et les images récurrentes de Johnny sont peu estouffadou et on se demande bien entre autres pourquoi il y a des jets de fumigène et pourquoi on a doté Manu Houdart d’un micro H. F., alors qu’il a une bonne voix et une bonne diction. Mais qu’importe, ce Very Math Trip 2 est encore meilleur que le premier opus, et c’est une fois de plus, une bonne trouvaille dans le Off cette année. 

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet, Théâtre Notre-Dame, 13 rue du Collège d’Annecy, Avignon ( Vaucluse). T : 04 90 85 06 48. Manu Houdart joue aussi Very Math Trip I au Théâtre des Brunes à 10 h . T. : 04 84 36 00 37.

Very Math Trip 2, Théâtre du Lucernaire, Paris (VI ème) , à partir du 21 septembre, les lundis et mardis à 19 h 00.

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Frédéric Cherbœuf

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Frédéric Cherbœuf

Un chef-d’œuvre absolu (la plus célèbre et la plus jouée des pièces de Marivaux à la Comédie-Française mais aussi, en France comme l’étranger), fondé sur un scénario  auquel l’auteur fait semblant de croire et il  invite le public à en faire autant… pour son plus grand plaisir! C’est sans doute la marque des grandes pièces. Comme l’écrivait le grand dramaturge japonais Chikamatsu Monzeamon né en 1653, et mort en 1725: soit cinq ans juste avant la création de cette pièce en 1730: « L’art du théâtre se situe dans un espace qui n’est pas la vérité, et un mensonge qui n’est pas un mensonge. » Trois siècles après, Le Jeu de l’amour et du hasard reste une pièce à la fois brillante, aux personnages solides, même s’il sont embarqués dans une histoire amoureuse rocambolesque, teintée d’une certaine amertume…

©x

©x

M. Orgon, père de Silvia, souhaite qu’elle épouse Dorante, fils d’un de ses vieux amis. Mais elle refuse ce mariage arrangé et obtient de son père, l’autorisation de se déguiser en Lisette, sa femme de chambre. Dorante a eu la même idée… Silvia est attirée par le valet qui lui fait une cour discrète, alors qu’elle déteste Arlequin, faux Dorante. M. Orgon, un père qui se révèle finalement assez pervers, s’amuse de la situation et n’a pas l’intention d’arrêter ce petit jeu amoureux, même s’il peut faire des dégâts… Ici, les rapports maître/valet, fille de bourgeois/servante, sont inversés. Marivaux remet en cause l’ordre social établi et ses préjugés.
Grand maître des travestissements: La Fausse SuivanteLe Triomphe de l’amour, La Double Inconstance, Le Prince travesti, et des quiproquos, il sait mener une intrigue à la perefction et Lisette finira par avouer au faux Arlequin qui elle est, quand il aura avoué qui il est.  Silvia elle, s’aperçoit que le valet est bien Dorante mais elle lui cachera soigneusement qui elle est. Et pour en tester les sentiments, elle attend qu’il lui propose de l’épouser, alors qu’il la croit encore servante… Bien vu!
Vous avez dit compliqué? Oui, mais même si l’on peut se perdre dans cette lutte d’amour et de classes, la pièce tient  bien la route et il y a des accents déjà presque féministes chez Marivaux, mais bon, chacune et chacun retrouvera sa classe sociale. Silvia et Dorante se marieront de leur côté comme  Arlequin et Lisette. L’ordre établi, un temps bousculé, – il faut bien que la pièce existe -restera en place.
C’est la morale, assez amère ,chez Marivaux: tant pis pour ceux qui ont voulu quitter leur classe sociale et qui ont perdu au jeu…
Ce spectacle  qui a déjà été joué est impeccablement  rodé…On oubliera la scénographie non créditée mais assez laide: redoutable tapis d’herbe en plastique, boule à facette, canapés et bar fabriqués avec d’anciennes palettes, frigo des année cinquante, guirlande d’ampoules… Et jets de fumigène comme partout… 

©x

©x

Mais, et c’est l’essentiel, la direction d’acteurs très soignée de Frédéric Cherbœuf est efficace et le texte tout à fait respecté, joué jusqu’au bout avec une belle fluidité par Adib Cheikhi, Matthieu Gambier (en alternance avec Marc Schapira), Jérémie Guilain, Céline Laugier, Dennis Mader, Justine Teulié.  Diction et gestuelle impeccables… Et mention spéciale à l’actrice qui joue Silvia, au jeu d’une précision exemplaire et tout en nuances.


Que demande le peuple? Le peuple a chaleureusement applaudi et avec juste raison. 
Cette année dans le off, Marivaux n’est joué qu’ici (Molière quatorze fois!). S’il reste des places, cela vaut le coup d’aller voir ce Jeu de l’amour et du hasard en Avignon, ou sinon en tournée.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet  à 15 h 50 (relâche le 23  juillet), Théâtre de Lucioles  10 Rempart Saint-Lazare, Avignon ( Vaucluse).

Le 18 septembre,  Espace Culturel avionnais, Avion (Pas-de-Calais).

 

Le 15 octobre, Théâtre Émile Loubet,  Valence ( Drôme); les 16 et 17 octobre,  Théâtre du Parc : Andrézieux-Bouthéon (

Le 6 novembre,Salle des Cordeliers, Romans-sur-Isère (Isère). Les 9 et 10 novembre, Théâtre des Miroirs ( (Manche). Le 13 novembre,  EPIC Archipel, Cherbourg (Manche) . Le 14 novembre, Théâtre de la Garenne, La Garenne-Colombes( Hauts-de-Seine). Le 17 novembre, Théâtre Armande Béjart, Asnières (Hauts-de-Seine). Le 25 novembre, Théâtre de Puteaux  ( Hauts-de-Seine). Le 27 novembre,  L’Orange Bleue-Espace Culturel d’Eaubonne (Val-d’Oise). 

Le 4 décembre,  Grande Scène du Chesnay  (Yvelines) Du  8  au 13 décembre , Anthéa-Antipolis Théâtre d’Antibes (Alpes Maritimes).

Le 12 janvier,  Théâtre de la Licorne, Cannes (Alpes-Maritimes) ; le 14 décembre, salle Émilien Ventre, Rousset  (Bouches-du-Rhône). Le 19 janvier, salle Rabelais, Saint-Maur (Indre) ; le 21 janvier,  Théâtre des Arcades, Buc (Yvelines). le 22 janvier Espace Jacques Tati, Orsay (Essonne) . Le 29 janvier, salle Jean Renoir, Bois-Colombes (Hauts-de-Seine). 

Le 4 février,  Centre Culturel Athéna, La Ferté-Bernard (Sarthe);  le 9 février, Radiant-Bellevue, Caluire-et-Cuire (Rhône). Le 19 février, La Balise, Saint-Hilaire de Riez (Vendée).  

Le 3mars , Théâtre Jean Vilar, Bourgoin-Jallieu ( Rhône); Le 5 mars, Théâtre de Poissy (Yvelines); le 9 mars , La Castélorienne ,Montval-sur-Loir. Le 12 mars, La Cidrerie, Beuzeville, (Calvados); le 16 mars,  Théâtre de Compiègne-Espace Jean Legendre 

Le 14 avril, Carré du Perche, Mortagne.  

 

 

 

Festival d’Avignon: Revue, de Sarah Adjou

Festival d’Avignon

Revue, de Sarah Adjou

Ni grand escalier, ni coiffes de plumes, ni strass, mais, à elle toute seule, elle danse la grande revue de cabaret. En même temps, même si ce n’est pas le plateau de l’Opéra Garnier ou du Théâtre de la Ville à Paris, elle nous donne une magnifique pièce de danse contemporaine. Elle a travaillé  avec Akram Khan, La Batsheva…. et a aussi chorégraphié plusieurs ballets. Mais ici, à Avignon, elle est venue seule.
Sarah Adjou danse de tout son corps, elle explore tout, se détend et s’étire comme un animal, se replie, bondit sur place, suivant le rythme de la musique jazzy qu’elle a choisie, se rétracte, se relève… Un sommeil de quelques secondes, puis sa main se réveille, se déplie, s’avance, comme une bête monstrueuse.

© Laurent Philippe

© Laurent Philippe


Puis le corps reprend les commandes. La danseuse s’accroche à son agrès, cage ouverte faite de tubes métalliques, le renverse. Il lui échappe mais elle s’en saisit pour y reprendre des forces qui ne la quittent jamais…
Elle enfile une vaste jupe noire doublée de volants rouges, et voici les exploits, la brutalité et le sourire provocant du french-cancan.
La même jupe, côté noir, l’empaquette comme une créature des abysses… Onduler au rythme du cabaret, avec une parfaite maîtrise : on dirait que la lumière a baissé, ou est-ce la musique et la danse qui nous le suggèrent ?


Le titre: Revue, nous emmène du côté des grands cabarets. Avec sa façon de casser les rythmes, Sarah Adjou, elle nous emmène bien plus loin, qu’un « genre ». Elle danse décidément tout. Ou au moins, nous donne l’impression qu’elle danse tout. Pas de grands sauts ni de grandes traversées du plateau: elle n’en n’a pas la place. Mais, sur le moment, on n’y pense même pas, tant elle a d’autres façons d’exprimer l’élan et l’espace. Avec cette Revue, elle nous fait tout simplement cadeau, à nous, les piètres danseurs, de sa joie de danser. Et nous, nous bougerons mieux.

 Christine Friedel

 Théâtre du Train bleu, à 11 h, 40 rue Paul Saïn, Avignon ( Vaucluse).

 

 

Cabaret mythique des Mauvais élèves, mise en scène de Shirley et Dino

Cabaret mythique des Mauvais élèves, mise en scène de Shirley et Dino

Nous n’avons  pu voir ce spectacle créé l’an passé ; cette fois, Les Mauvais Élèves, une compagnie née il y a déjà quatorze ans ont chois de s’attaquer à la mythologie grecque… comme Jacques Offenbach l’avait fait au XIX ème siècle !  Ici,  dès l’entrée dans cette ancienne chapelle, on sait où on en est: tables de maquillage, perruques, travestissements, robes à paillettes, boas, talons vertigineux, fumigènes à gogo, colonnes doriques en tissu, anachronismes à la pelle….
Sous les belles lumières volontairement kitch de Jacques Rouveyrollis, cela fonctionne très bien avec en plus,  merveilleuse cerise sur ce gâteau,  des extraits d’écrivains comme Sophocle, Euripide,  Sénèque… qu’on n’attendrait pas dans un cabaret! Et des personnages comme Médée, Antigone, Zeus,  Aphrodite tous aussi  déjantés et si peu crédibles, qu’ils en imposent encore plus ! Un petit miracle: un texte bien écrit et des interprètes, tous remarquables, d’une vraie drôlerie. Mention spéciale  à l’actrice qui joue Aphrodite.  Très rodé, ce cabaret avec chansons contemporaines et extraits de textes anciens parfaitement respectés, comme la réplique tout à fait étonnante de la Nourrice dans la Médée de Sénèque qui enchante le public:  

©

©x

Deux acteurs et deux actrices chantent, dansent ou parfois jouent d’un  instrument: le tout avec une grande précision et une unité de jeu mais aussi avec fluidité, poésie, second degré totalement assumé,  références à notre actualité, irrespect savoureux. Et la mise en scène est d’une redoutable précision. Shirley et Dino ne font pas dans la dentelle mais ont visé très juste pour nous parler de ces Dieux grecs, pas très à l’aise avec leurs histoires d’amour et de sexe… qui ressemblent curieusement à celles des pauvres humains. Seules réserves : les costumes ne sont pas très réussis et Shirley et Dino pu nous épargner ces appels à la salle mais ce spectacle -jamais prétentieux (ce qui est fréquent dans le théâtre contemporain)  est vraiment drôle…
Loin des grandes machines sans fin et souvent ennuyeuses du In et  à prix élevé. Exemple:  55 € à la carrière de Boulbon+ 9 € pour la navette! Tiens, au fait pourquoi les spectacles du In  sont-ils si peu souvent comiques?  Ce Cabaret mythique, d’une grande qualité artistique, y aurait toute sa place…

 Ici, la messe est dite en quatre-vingt dix minutes et le public en sort ravi.  Pas besoin d’être grand expert  pour voir que le  Off  gagne chaque année des parts de marché, en offrant ce genre de spectacle à un prix tout à fait raisonnable. Allez voir ce Cabaret mythique en Avignon -s’il reste des places- ou s’il passe près de chez vous. 

Philippe du Vignal 

Le Petit Louvre, 5 rue Félix Gras, Avignon (Vaucluse). T.  04 44 32 76 02 79.  

Sillages, conception et mise en scène de Léo Ricordel

Festival d’Avignon

Sillages, conception et mise en scène de Léo Ricordel

Ces trente-cinq minutes dans le jardin d’un hectare d’un ancien Carmel sont une pause poétique qui fait du bien: Avignon,  ville-théâtre, est une ruche agitée donc peu propice à la méditation. Sur une musique de Zoé Lammarti jouée par elle en direct, Erika Matagne et Léo Ricordel créent des figures acrobatiques, sur  une trampoline au milieu du public.

© Charlie Meunier

© Charlie Meunier

L’improvisation est un des moteurs de cette création. En amont de chaque représentation, l’équipe artistique part à la rencontre des passants et des habitants,  là où ils jouent ce spectacle itinérant  et recueille leurs envies et leurs rêves.
On entend : « Je rêve d’une île au milieu de la mer. «    » Je rêve de pouvoir chanter dans une chorale.  » Je rêve de mes activités du passé.  » Je rêve d’une caravane. » Sélectionnées, elles nourriront  ensuite un nouveau spectacle dans un nouveau lieu: cela fait l’originalité de cette pièce. Parfois, elles sont moins concrètes: « Cela serait un chemin lumineux avec beaucoup de couleurs. Ou le relationnel est mis en évidence: » Ce qui important, c’est l’humain, on peut passer trois semaines à Dunkerque et trouver des gens géniaux  mais trois jours à New York avec quelqu’un d’insupportable”. Ces phrases nourrissent un moment un peu hors du temps et trop rapide….

Jean Couturier.

Théâtre du Train bleu, 40 rue Paul Saïn, jusqu’au 23 juillet (jours impairs) à 16 h 30. 

The Last Hamlet, conception et mise en scène de Ben Duke, avec Hannah Shepherd, Miguel Altunaga et lui-même (en anglais surtitré en français)

The Last Hamlet, conception et mise en scène de Ben Duke, avec Hannah Shepherd, Miguel Altunaga et lui-même (en anglais surtitré en français)

Après Haribo Kimchi, deuxième et grand coup de cœur dans le In. Quel bonheur de voir les spectateurs enfin heureux à la sortie du magnifique Cloître des Célestins. On ne vient pas au théâtre pour souffrir mais pour réfléchir et avoir quand même du plaisir, vivre un moment unique qui s’inscrira dans notre mémoire. « J’ignore, dit le chorégraphe, metteur en scène et ici acteur,  si, à travers cet Hamlet, je fais une critique du théâtre. Je suis sûr qu’il doit convaincre son public. Parce que c’est ce que je ressens aujourd’hui : le théâtre a de la valeur, en particulier au Royaume-Uni ou en France, où la Culture est attaquée de toute part, où l’on nous fait sentir qu’en temps de guerre, nous sommes bien peu de chose. Alors, oui, comme acteur, Hamlet est menacé, et en œuvrant pour sa survie, il défend le théâtre .». (…) « En voulant monter  The Last Hamlet,  je suis sans doute provocateur. C’est un acte d’hybris, n’est-ce pas? Je sais pertinemment que ce projet est impossible…Mais j’aime les tâches impossibles. Je sais que cela ne va pas se passer comme prévu, que cela va même mal se passer mais qu’ainsi, je trouverai une forme de liberté. Je n’y arriverai pas mais je vais tenter le coup, essayer de le faire. »

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

La créatrice Katie Mitchell s’exprime en voix off, dans l’émission de radio The Cultural Life : « J’en ai marre des pièces de théâtre sur les hommes dépressifs et misogynes. » Ben Duke, avec ce trait d’humour, nous rappelle que le théâtre est fragile et que la bien-pensance peut à tout moment le censurer.
Autre moyen de censure : l’argent… Le metteur en scène nous explique qu’il va devoir jouer seul et pour des raisons budgétaires, faire interpréter les personnages par des peluches : «Je vais vous demander de m’aider. »  Et donc parfois, des spectateurs donneront leur voix à ces peluches. Aidé par deux acolytes, Ben Duke nous fait voyager dans une création jubilatoire, intelligente et sensible. Tout est présent ici: émotion, réflexion, beauté du texte.
Au milieu de ce spectacle qu’il faut absolument aller découvrir le public entend parfois, entre des boîtes en carton et des peluches, les phrases de Shakespeare. Impossible d’énumérer chaque moment intense, entre autres:  la présence charismatique du spectre-père d’Hamlet, roi du Danemark (Miguel Altunaga) au magnifique crâne de lion qui a gardé sa crinière. Mais aussi la fausse bonhomie de l’oie en peluche qui incarne, Gertrude, veuve du roi et mère d’Hamlet (parfois jouée par Hannah Shepherd) et le serpent en peluche qui fait vivre, Claudius, l’oncle d’Hamlet.

L’humour décalé est indissociable de cette création: ainsi,  le spectre demande à son fils ce qu’il en est  de sa carrière théâtrale et affirme qu » il doit y avoir des moyens plus faciles de gagner sa vie .» Hamlet est dans le doute. « Je sens, dit Ben Duke,  que mon ancrage dans la réalité est difficile ».
Quand, , après une longue absence,  Hamlet revoit Ophélia et qu’il l’interroge sur son passé, la loutre incarnée par Hannah Shepherd lui répond: «Des bites , des bites, des bites .». Au cours de cette folle soirée,  il y a deux moments exceptionnels: Claudius et Gertrude dans un corps à corps animal dansé par Hannah Shepherd et Miguel Altunaga. Et Hamlet, le lionceau a sept ans mais se souvient  et revit  cette danse à trois avec sa mère et son père: de l’émotion pure.
Le spectacle sera repris à la rentrée au théâtre de la Ville, courez y!

Jean Couturier.

Jusqu’au 24 juillet, Cloître des Célestins, Avignon (Vaucluse).

Festival d’Avignon Everithing must go, mise en scène, texte, composition musicale et création sonore de Tim Etchells

Festival d’Avignon

Everithing must go, mise en scène, texte, composition musicale et création sonore de Tim Etchells

 « We can make it. Don’t lose heart. » (Nous pouvons le faire. Ne perdez pas espoir. ).  Fin de soirée dans un bistrot sinistre aux tables  et chaises sommaires. Dominés par le clignotement de téléviseurs diffusant catastrophes naturelles et dessins animés kawaï, six hommes et femmes aux tenues clownesques, pauvrettes et pailletées, jouent les derniers jours de l’humanité. Ils remplissent des caisses, de bouteilles vides puis  vident ces caisses, les déplacent, les remplissent,  les vident à nouveau. Empiler des centaines de gobelets en plastique sur un plateau, les faire tomber au sol, d’un coup de coude ou d’un coup de pied. Encore. Encore. Musique. Echanger les rôles, les perruques, de façon aléatoire : quelque chose va se jouer ? Une pièce ? Mais elle se joue déjà, avec une énergie impitoyable.

 Les mots sont-ils des paroles ? Le sort des voix a été confié à une I.A. et les comédiens ont improvisé sur ces voix. On veut bien mais le léger décalage entre corps et voix ne crée pas grand-chose… Mais faisons confiance au travail de plateau : avec ces données, les acteurs -tous épatants- ont improvisé. Le résultat? Une puissante et constante énergie à ce terminus du monde qui n’en est peut-être même pas la fin : « Fini, c’est fini, ça va peut-être finir » dirait Samuel Beckett, s’il venait faire un tour ici.

©x

©x

Le catastrophisme du spectacle fonctionne bien mais le dialogue avec le public, beaucoup moins… Nous avons du mal avec l’art répétitif (à l’exception autrefois des œuvres du compositeur Phil Glass) et attendons la fin pour applaudir. Ici, la machine du cabaret  même sollicitée -échange direct et spontané- ne fonctionne pas. Quelques rangs se sont vidés mais à la fin, des spectateurs ont applaudi fortement. Nous avons regretté d’avoir manqué, au festival d’Avignon 2012, The coming Storm et Tomorrow’s Parties du même Tim Etchells, avec le collectif Forced Entertainment et  L’Addition (2023).

Cela nous aurait donné, sans qu’on ait réellement besoin d’un mode d’emploi, -le titre de la pièce est assez clair- une piste à suivre pour mieux apprécier l’objet. Arts plastiques, art en plastique (on a bien le droit de jouer avec les mots) en voyant les centaines de gobelets qu’un léger vent (bienvenu !) fait rouler sur le plateau. Art léger mais à ne pas prendre trop au sérieux, même si le thème, lui,  n’est pas à prendre à la légère. Léo Ferré chantait déjà Temps du plastique en 1956…

Parmi les formules répétées et martelées par les interprètes: « We can make it. Don’t lose heart. » (Nous pouvons le faire. Ne perdez pas espoir.  Si on répète les dernières syllabes prononcées, cela donne : Lose heart. Vous voilà prévenus. Ce spectacle répétitif, foisonnant, drôle mais trop long, symptomatique des désastres rampants de l’époque mais à la mode actuelle (théâtre-performance-arts visuels)  ne vous donnera pas une réponse sur l’état du monde. Ni sur la force, la place, les bienfaits et méfaits de l’hyper-technologie. Il ne peut offrir… juste ce qu’il a: un outil pour le regard…

 Christine Friedel

Les 20, 21 et 22 juillet à 22 h, cour du lycée Saint-Joseph, rue des Lices, Avignon ( Vaucluse).

 

Juste la nuit d’après La Nuit juste avant les forêts, mise en scène de Sébastien Truchet

Festival d’Avignon

Juste la nuit de Bernard-Marie Koltès, d’après La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Sébastien Truchet ( tout public à partir de douze ans)

Ecrite pour l’acteur Yves Ferry en 77, donc il y a déjà quarante ans, c’est la première pièce reconnue par cet auteur, hélas mort si jeune du sida et qui aurait aujourd’hui soixante-dix huit ans.  Elle a été créée la même année sous sa direction au Théâtre de l’Oulle. C’était encore dans les premiers temps du off…  Souvent mise en scène d’abord par Moni Grégo, puis entre autres  en 2011 par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, ensuite par Catherine Marnas, il y a sept ans, et en 2021 par Mathieu Cruciani…

 ©  Valérie Labadie

© Valérie Labadie

En une seule et longue phrase, ce monologue dont le premier mot -révélateur- est : « Tu » ‘est une sorte d’appel en urgence à un  inconnu, sans aucun doute étranger et anonyme, tard dans une grande ville. Pas de véritable intrigue. Sous la pluie, il demande une chambre pour la nuit. Mais sans succès et, à la fin l’homme se trouvera toujours sous la pluie.
Entre temps, il aura beaucoup parlé d’une rencontre avec des racistes, d’une nuit d’amour avec la  » mama », d’une prostituée suicidée, d’une agression dans le métro…

Bref, le quotidien nocturne d’une société où sont racontés en filigrane ce qu’ont pu être des moments de la vie de Bernard-Marie Koltès. Avec cette obsession qui fut la sienne: la rencontre avec l’autre et l’amour vécu pour le meilleur, ou pour le pire…
Un texte devenu un classique du théâtre contemporain et d’une écriture exceptionnelle…  « Je ne sais pas son vrai nom, celui qu’elle m’a dit n’était pas le sien, alors je ne dirai pas non plus comment elle était faite, personne ne saura jamais qui a couché avec qui, toute une nuit, sur un pont, en plein milieu d’une ville, des traces y sont encore, là-bas, dans la pierre : tu te promènes n’importe où, un soir par hasard, tu vois une fille penchée juste au-dessus de l’eau, tu t’approches par hasard, elle se retourne, te dit : moi mon nom c’est mama, ne me dis pas le tien, ne me dis pas le tien, tu ne lui dis pas ton nom, tu lui dis : où on va ? elle te dit : où tu voudrais aller ? on reste ici, non ?, alors tu restes ici, jusqu’au petit matin qu’elle s’en aille, toute la nuit je demande : qui tu es ? où tu habites ? qu’est-ce que tu fais ? où tu travailles ? quand est-ce qu’on se revoit? « 

Ici et maintenant, cela donne quoi?  D’abord, une retrouvaille avec un texte imposant. Même s’il a subi des modifications… On aimerait tout de même bien savoir ce qui signifie ce curieux intitulé: Juste la nuit de Bernard-Marie Koltès, d’après La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès. A la fois pour dire qu’il est bien de lui, malgré tout? En tout cas, les ayant-droits de l’auteur ne sont vraiment pas très regardants…
Dans ce petit lieu vraiment pas fabuleux où, au quatrième rang de dures banquettes, on ne voit pas le bord de scène, Léa Dumont, une jeune comédienne au visage rayonnant et très expressif, arrive à s’emparer de ce monologue difficile pendant une heure. Chapeau. Sur le plateau nu, juste un gros sac à dos contenant quelques accessoires..Nous ne sommes peut-être pas tombés sur le bon soir mais la direction de Sébastien Truchet n’était pas au rendez-vous et il y avait des moments bien dits, et d’autres, avec un manque regrettable de diction.
Plutôt embêtant et à revoir de toute urgence! La langue de cette longue phrase au rythme étincelant exige justement une précision d’orfèvre!  Et que dire de cette  idée de mise en scène « participative » où, au feu vert piétons qui s’allume, les projecteurs s’éteignent et six spectateurs à qui on a remis une lampe-torche, sont priés d’éclairer l’actrice. Tous aux abris !

Le spectacle qui avait été joué au Studio Hébertot à Paris, doit poursuivre sa route au Théâtre du Chariot à l’automne prochain. D’ici là,  il faudrait que Sébastien Truchet revoit sa mise en scène… Léa Dumont mérite vraiment beaucoup mieux.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet ( relâche le 22 ) à  20 h 05, salle Bayaf, 10 rue de la Carreterie, Avignon ( Vaucluse).

How Romantic, conception et chorégraphie de Katerina Andreou & Carte Blanche

Festival d’Avignon 

How Romantic, conception et chorégraphie de Katerina Andreou et Carte Blanche

Invitée par la compagnie nationale norvégienne Carte Blanche, l’artiste grecque Katerina Andreou demande à quatorze interprètes quel est comportements de couples dans un marathon de danse. Cette pièce s’inspire de ceux qui existaient aux États-Unis dans les années trente.
On achève bien les chevaux, ce film américain réalisé par Sydney Pollack (1969) et adapté du roman éponyme d’ Horace McCoy (1935),  a été porté à la scène l ‘an passé, avec une certaine réussite par Bruno Bouché, Clément Hervieu-Léger et Daniel San Pedro l (voir Le Théâtre du blog).

©Carte Blanche - The Norwegian National Company of Contemporary Dance/ Øystein Haara

©Carte Blanche – The
Norwegian National Company of Contemporary Dance/
Øystein Haara

Ici, les danseurs forment un groupe mais il n’y aura pas d’élus: ils commencent et finissent à quatorze.  «Tout au long de la représentation, dit la chorégraphe, nous jouons avec la question du regard et du témoignage. Il s’agit d’un spectacle, assumé comme tel jusqu’à la fin  mais en même temps, les performeurs deviennent, par moment, un public sur scène. C’est alors un spectacle dans le spectacle et nous en sommes les témoins : une manière de créer une complicité  avec la salle. Cette mise en abyme permet aussi de faire apparaître le côté reality-show des marathons de danse. »

Belles intentions… mais How Romantic déçoit. L’énergie et l’engagement des interprètes sont évidents mais au service de quoi? Trois tableaux: au premier, les danseurs, tous sur une estrade centrale, se regardent, s’évaluent et quelques petits mouvements naissent… Au deuxième, des couples se forment et s’enlacent au ralenti.
Le troisième, enfin, est plus dynamique: ils courent autour du plateau pour enjamber cette estrade comme des chevaux sautent un obstacle. Le tout sur des extraits du Sacre du Printemps d’Igor Stravinski, mêlés à une musique électronique. Une fois de plus, beaucoup trop forte, même sur une heure! Les créateurs actuels sont-ils sourds, ou veulent-ils, à tout prix, générer des générations de sourds et/ou d’acouphéniques?

Jean Couturier

 Le spectacle a été joué du 13 au 16 juillet à  la FabricA, Avignon ( Vaucluse). 

12345...707

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...