L’Épaule de Dieu de François Marchasson,mise en scène d’Hervé Van der Meulen

L’Épaule de Dieu  de François Marchasson, mise en scène d’Hervé Van der Meulen

EPAULE_AFFICHE_1000Les routes sont mauvaises, parfois : personne, trop de silence. Au bord de celle-ci, dans un espace indéterminé : hôtel, hôpital sans murs ni soignants, hall d’attente, limbes… deux hommes se rencontrent. L’un semble avoir un peu d’avance sur le second et, courtoisement, autour d’un verre, l’informe sur ce qui l’attend, dans un premier temps. Une cure de dépouillement total : il égrène tout ce qu’il lui faudra abandonner, en échange de rien.

L’autre se défend, proteste et lutte ferme. Mourir ou ne pas mourir, là est la question et apercevoir l’épaule de Dieu, ce n’est pas encore le voir tout entier. Bon, l’écriture raffinée, intelligente de François Marchasson tourne habilement autour du pot (on vous laisse deviner la fin) où on finit par tomber. L’auteur lui-même et Patrick Paroux sont délectables et mettent au service de ce texte l’humour froid, une longue expérience et le plaisir de jouer. Et on appréciera autant la mise en scène délicate de leur fidèle complice à l’école du Studio d’Asnières.

On aurait tout pour être heureux devant ce qui relève du « théâtre de l’absurde », s’il n’y avait pas un peu trop de mots, ce  qui met à mal le mystère si bien construit. Mais on salue l’élégance de cette méditation sans pathos, bien aiguisée, sur le difficile passage entre la vie et la mort. On aurait tort de trouver le plat trop compliqué : la gastronomie française à l’ancienne a vraiment du bon et mérite ses étoiles.

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, 10 place Charles Dullin, Paris (XVIII ème) jusqu’au 27 janvier. T. :01 42 23 17 29.

 


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1 #Teatr_rus, une exposition de quatre siècles de théâtre russe

 1 #Teatr_rus, une exposition de quatre siècles de théâtre russe

©Béatrice Picon Vallin

©Béatrice Picon Vallin

Qu’est-ce qu’une exposition de théâtre? Une présentation raisonnée d’objets, documents textuels, visuels, sonores, audiovisuels sur un spectacle, un(e) artiste de théâtre: metteur en scène, acteur, scénographe, costumier, etc. sur une période déterminée ou concernant un genre spécifique : opéra, théâtre de marionnettes… Mais aussi un défi lancé à ses concepteurs et au public… Comment parler de tout, des origines à aujourd’hui, même en n’utilisant que les fonds du seul musée du théâtre Bakhrouchine à Moscou, enrichi de quelques objets de musées de province (Kostroma, Novgorod) et de ceux de républiques autonomes comme la Khakassie. Mais aussi de ceux de réserves des théâtres moscovites.

©Béatrice Picon Vallin

©Béatrice Picon Vallin

Mais comment faire face à la totalité d’une chronologie, mais aussi au désordre inhérent à l’hétérogénéité des objets et documents réunis dans tout musée de théâtre….  #Teatr_rus se vit, plus qu’elle ne se regarde, avec le parcours conçu par l’artiste et conceptrice Vera Martynov pour les espaces du Nouveau Manège…  Un parcours libre mais labyrinthique où les éléments exposés sont le plus souvent visibles à travers des grillages et où, aux traces des œuvres, se mêlent des objets insolites de la vie des coulisses, du quotidien théâtral, des réserves ou entrepôts, des objets « perdus », de curiosités. Bref, tout un bric-à-brac, à première vue sans importance pour l’art : draperies à franges et fleurs défraichies, jambes en carton et masques, chaussures de toute sorte et tuyaux de secours d’incendie, morceaux de mobilier, sacs et malles, etc. empilés pêle-mêle, dans les allées qui composent ce parcours.

On erre entre les puissantes métaphores incarnées : la censure à laquelle a souvent eu affaire le théâtre russe pendant  les quatre siècles de son existence  et  le foisonnement de traces laissées par l’activité collective et ininterrompue des artistes de théâtre. Mais une errance bénéfique qui intrigue et constitue une véritable expérience. Lors de notre visite, deux Russes s’étonnaient de cette étrange et gigantesque installation sur l’histoire de leur théâtre et disaient avec conviction : « Il faut absolument revenir. »
 

©Béatrice Picon Vallin

©Béatrice Picon Vallin

#Teatr_rus est une exposition immersive qui donne à sentir un mouvement, une dynamique artistique puissante mais non orientée vers un «progrès» : magnifiques sont les objets dans les salles du fond, concernant les débuts du théâtre russe : machines à produire les bruits de la nature, personnages du Petrouchka, le Guignol russe, etc. Mais cette exposition montre aussi le cheminement de la conquête de la liberté artistique : traversée en son centre par ce que nous appellerions « le corridor de la mort », dédié à Vsevolod Meyerhold.

A côté d’accessoires comme les vases d’un spectacle de Valentin Ploutchek, son acteur et qui était un cousin de Peter Brook, on trouve la photo anthropométrique bien connue de Meyerhold, quand il fut arrêté! Puis, les uns à côté des autres et, sont placardés, à même le grillage, les documents concernant son arrestation, son procès, ses abjurations, sa condamnation à mort. Des mots manuscrits ou tapés à la machine  où l’artiste se défend et où le pouvoir condamne, assassine.

Autour de ce «couloir de la mort» qui paraît central de par son ascétisme radical, sont aussi exposés sur les grillages et/ou derrière, dans un chaos subtilement chronologique, les fleurons de l’histoire théâtrale de Russie: esquisses, affiches, tableaux et objets. Très peu de photos de spectacles ou de théâtre en-dehors de celle du fondateur du Musée, le grand collectionneur Alexeï Bakhrouchine et sa famille. Merveilleuses esquisses de K. Valts (XIX ème siècle), sobres et impressionnantes propositions de V. Tatline, L. Popova, K. Ryndine, et tant d’autres ! Les  belles affiches des années 1920 dialoguent entre elles et un «vertep» (un castelet à plusieurs étages pour petites marionnettes ) éclairé de l’intérieur, semble revivre ici.

Le spécialiste reconnaît les spectacles-manifestes mais découvre aussi des objets inconnus et passionnants; les visiteurs moins expérimentés, sont attirés, eux, par tant de richesses et de beauté exposées, avec des cartels soigneusement composés et bien lisibles. Et il y a tout un univers sonore : des voix d’acteurs, un bruit lancinant de papier froissé, de pages que l’on tourne, des airs d’opéra, puisque cet art est ici présent, tout comme le théâtre de marionnettes. Un univers sonore-bruit de fond constant, nous accompagne dans un voyage parfois énigmatique comme doit toujours l’être un peu le beau, le grand théâtre… Des voix du passé animent les trouvailles des artistes d’avant-garde ou non, et la pagaille inséparable de la vie quotidienne d’un théâtre.

Mais le but de l’exposition est aussi sans aucun doute pédagogique: un groupe d’enfants de dix ans la parcourait, accompagné par leur instituteur qui la commentait. A la fois amusés, intéressés, curieux de découvertes insolites et silencieux devant les tragédies humaines ou les chefs d’œuvre exposés. Les curateurs: Dmitri Rodionov, Natalia Pivovarova, Natalia Kaminskaïa, comme l’artiste et conceptrice Véra Martynov ont mis en exergue à cette grandiose exposition : «C’est seulement au théâtre, sans l’enseignement personnel de leurs tuteurs scolaires  mais sous le seul charme du divertissement, que les jeunes gens apprennent la qualité dans leurs relations avec les autres, la vertu dans leur vie, et acquièrent de nouvelles capacités pour leur corps et leur esprit.»

Une citation, tirée d’une lettre de 1790 où Ivan  Romanovitch von Liven demande que soit fondé un petit théâtre dans la ville d’Arkangelsk et indique aussi un autre objectif de cette initiative du Musée théâtral Bakhrouchine aux multiples activités : partager la confiance accordée au Théâtre d’hier et d’aujourd’hui, faire sentir son importance indubitable dans la culture et la vie russes, signifier sa lutte pour être entendu, compris, libre et émanciper ses spectateurs…

Béatrice Picon-Vallin

Exposition présentée à Moscou en décembre 2019.

    

 

Hedda de Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et jeu de Lena Paugam

Hedda de Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et jeu de Lena Paugam

2019-hedda-5928En ces temps où le nombre des femmes tuées en France sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, ne cesse de nous hanter, cette pièce offre une plongée très opportune dans la destruction d’une relation. Seule en scène, une femme dévide le fil de son histoire, depuis une rencontre amoureuse. Ici, point de souffrance sociale ou d’enfance maltraitée : le couple appartient à  la classe dite « moyenne supérieure ».

L’amour cimente leur relation et la petite fille qui naît va les rapprocher encore. On sait gré à l’auteure d’avoir pris le temps d’installer cette rencontre, de nous avoir laissé faire connaissance avec les protagonistes. Le temps de croire, nous aussi, à cet amour. Mais le diable dormait sous l’apparence d’une vie confortable… Elle, qui avait quelques difficultés à s’exprimer, a trouvé sa voie. Son succès professionnel éclate et renvoie son homme, du moins, le croit-il, du statut d’un Pygmalion, à celui de simple conjoint. Blessure narcissique. Début des crises de colère, puis des coups.

Sigrid Carré-Lecoindre accorde une place aussi forte au désespoir de l’homme, qu’à la terreur de la femme et n’adopte pas de discours moralisateur. Comment parler d’une folie où chacun joue sa vie, avec ses pauvres moyens, ambiguïtés, contradictions, et espoirs  mais aussi sa culpabilité ? L’autre, sur lequel sont projetés les fantasmes les plus fous, cristallise les peurs enfantines de dépossession et d’abandon. L’affaire se joue à deux. 

L’auteure offre une partition à plusieurs voix, tantôt dans le fil du récit comme une histoire qui nous serait rapportée par une narratrice tantôt dans l’intimité du ressenti de la femme, telle une adresse par-delà le temps qui a passé. Des années de silence se trouvent ramenées à la surface par cette catharsis  et à une distance qui évite le mélodrame. Même si l’homme s’exprime par le seul récit qu’elle rapporte, il n’est pas pour autant cloué au pilori. Vacarmes qui résonnent  dans le silence des humiliations dissimulées, détresses qui habitent les violences tues… Tout ce chaos émotionnel assigne l’un et l’autre à se tenir comme dans une forteresse assiégée. L’issue n’est  pas forcément tragique et le coup de trop peut devenir celui qui sauve : hospitalisation obligatoire et fin du silence.

Comment la violence peut-elle naître d’un amour? De circonstances infimes, de brisures à peine sensibles. Une terrible frustration qui succède à l’humiliation. Et la perte de contrôle n’est alors pas loin… Grâce à cette narratrice, nous pouvons rester à la lisière de l’histoire et éprouver, chacun pour notre compte, le possible dérapage. Lena Paugam navigue avec finesse au milieu des vagues émotionnelles, de la première rencontre amoureuse, à la sortie du tunnel conjugal. Aidée en cela par une création sonore qui  évite toute dramatisation.  Mais une direction d’acteur extérieure lui aurait sans doute permis d’aiguiser son jeu. Et lui aurait d’éviter de se perdre dans quelques déplacements approximatifs…

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 29 mars, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XX ème). Le 6 février, Maison du Théâtre, 8 rue des Majots, Amiens (Somme).

Le 5 mars, Théâtre des Jacobins, 6 rue de l’Horloge,  Dinan (Côtes-d’Armor).

Le 2 avril, L’Agora, Scène Nationale de l’Essonne, allée de l’Agora, Evry (Essonne)  et du 7 au 9 avril, Le Liberté-Scène Nationale, place de la Liberté, Toulon (Var).

Détails de Lars Norén, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

©christophe martin

©christophe martin

Détails de Lars Norén,  traduction de Camilla Bouchet et Amélie Wendling,  mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

Lars Norén, auteur suédois né en 1944, publia ses premiers recueils de poèmes à dix-neuf ans : Lilas, Neige, Résidus verbaux d’une splendeur passagère. Un an plus tard, il fut admis à l’hôpital psychiatrique pour schizophrénie et écrivit alors plusieurs livres sur cette douloureuse expérience. En 1973, publia une pièce Le Lècheur des princes.

Son théâtre d’inspiration autobiographique est proche de ceux d’August Strindberg, Eugene O’Neill ou Ingmar Bergman, avec des situations familiales ou sociales, psychiques tendues. Avec Oreste en 1980 à Stockholm, Lars Norén devient un dramaturge reconnu en Suède et dans les pays scandinaves… En France, ses pièces ont été traduites et souvent montées, notamment par Jean-Louis Martinelli qui avait créé Personkrets, Kliniken, Calme et Détails dans une remarquable mise en scène (2008) avec Marianne Basler et Stéphane Freiss. L’auteur, lui, avait mis en scène une de ses dernières pièces Poussière il y a deux ans à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog).

 Ici, cela se passe dans les années 1990… Emma, une jeune apprentie-écrivaine de vingt-sept ans  est venue rencontrer Erik, un éditeur qui parait assez chaleureux mais qui en fait a un certain  cynisme , même s’il se veut drôle. Elle a envoyé son premier roman mais il ne lui a jamais répondu. Commencera vite une histoire d’amour, même si Emma, encore mariée, va divorcer, et a déjà une  liaison avec Stefan, un jeune dramaturge de trente et un ans qui se retrouvera aux urgences d’un hôpital pour de graves insomnies. Où un médecin Ann, la femme d’Erick -ils ont tous les deux la quarantaine- va le soigner…

Pendant dix ans- la date s’inscrit à chaque fois en vidéo sur le décor- on va suivre ce quatuor intello-bobo qui lit Paul Auster, va dans les cafés branchés, fait du sport et suit l’actualité artistique contemporaine. Dans de très courtes scènes, seuls ou en couple (mais les combinaisons restent limitées à onze ce qui les fait revenir assez souvent!), ces personnages vont se retrouver, par hasard, ou au gré des circonstances. A Stockholm surtout, avec Erick et Stephan dans une salle de sport ou une librairie où Emma travaille pour gagner sa vie et retrouve Stephan. Mais aussi par hasard, à Florence où ces couples visitent le Musée des Offices et se retrouvent devant La Vénus d’Urbin (1538) du Titien, très sensuelle avec son regard posé sur le visiteur. Ou à New York où Erik est allé travailler et où il retrouve Emma. Les couples se font et se défont réciproquement. Union, désunion: à quoi bon et quelle différence à la fin, semblent-ils penser, chacun lourd d’expériences douloureuses… «Plein de petits riens, dit Frédéric Bélier-Garcia, finissent par dessiner la Vie, selon l’angle sous lequel on les observe. »

 Ce théâtre d’inspiration autobiographique est proche de ceux d’August Strindberg, Eugene O’Neill ou Ingmar Bergman, et où le climat psychique sous des airs de grande politesse reste toujours très tendu, et cela quel que soit le sexe ou les relations conjugales. Avec Oreste en 1980 à Stockholm, Lars Norén devient un  dramaturge  connu en Suède et dans les pays scandinaves… En France, ses œuvres ont été traduites et souvent montées, notamment par Jean-Louis Martinelli qui avait créé Personkrets, Kliniken, Calme et Détails en 2008 dans une remarquable mise en scène avec Marianne Basler et Stéphane Freiss. L’auteur, lui, avait mis en scène une de ses dernières pièces: Poussière, il y a deux ans à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog).

Ici, cela se passe dans les années 1990… Emma, une jeune apprentie-écrivaine de vingt-sept ans  est venu rencontrer Erik, un éditeur assez cynique et qui se veut drôle. Elle a envoyé son premier roman mais il ne lui a jamais répondu. Commencera vite une histoire d’amour, même si Emma encore mariée va divorcer et a déjà une  liaison avec Stefan, un jeune dramaturge de trente et un ans qui se retrouvera aux urgences d’un hôpital pour de graves insomnies. Et là qu’un médecin Ann, la femme d’Erick -ils ont tous les deux la quarantaine- qui va le soigner…

Pendant dix ans- la date s’inscrit à chaque fois en vidéo sur le décor- on va suivre ce quatuor intello-bobo. Et que ce soit à Paris ou dans les capitales européennes, il a le même style de vie, lit les romans de Paul Auster, fait du sport et suit l’actualité artistique contemporaine. Dans de très courtes scènes, ils sont en couple ou à trois mais les combinaisons restent limitées, ces personnages vont se retrouver, par hasard ou au gré des circonstances. A Stockholm avec Erick et Stephan dans une salle de sport ou dans une librairie où Emma travaille pour gagner sa vie et retrouve Stephan. Mais aussi par hasard, à Florence où les deux couples regardent ensemble La Vénus d’Urbin au Musée des Offices à Florence. Ou à New York où Erik est allé travailler et retrouver Emma… Les couples se font et se défont réciproquement. Union, désunion… à quoi bon et quelle différence semblent-ils penser, chacun lourd d’expériences douloureuses… « Plein de petits riens, dit Frédéric Bélier-Garcia, finissent par dessiner la Vie, selon l’angle sous lequel on les observe ».

L’auteur suédois sait en effet avec une grande habileté et à coup de petites touches apparemment sans importance, tisser une trentaine d’ instants de la vie quotidienne qu’un détail peut vite faire basculer. De ces couples, l’un a déjà un passé et l’autre vient de se créer mais tous les quatre, sont blessés à vie, à la limite psychotiques et l’un souffre de ne pas avoir d’enfant. Ils n’arrêtent pas de se mentir et de se mentir… Souvent proches des fameux personnages de Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee.

Et ici, cela donne quoi ? Isabelle Carré, Ophélia Kolb, Laurent Capelluto et Antonin Meyer-Esquerré sont heureusement là et créent des personnages tout à fait crédibles dont on suit avec intérêt… mais pendant  quarante minutes seulement les hésitations, la brutale indifférence à l’autre, les revirements, l’ amour et la jalousie,  au gré des détails de ce qu’ils vivent au quotidien: « Ce miroir déformant, écrivait Cervantes, qui grossit les détails insignifiants, transforme les nains en géants et les soupçons en vérité.” Autrement dit l’auteur porte le fer là où cela fait mal: pourquoi un couple amoureux en en arrive,  quelques années plus tard, à se déchirer, voire à se retrouver plus ou moins… “ Tout le monde dit Lars Noren,  a l’expérience de tomber amoureux, celle de vivre une relation, de se séparer, de se sentir coupable, de vivre dans un petit monde comme celui de la culture par exemple… Tout le monde se connaît, vous pouvez retrouver votre ex-petite amie avec votre ex-meilleur ami etc. On connaît tous ça.” (…)Mais je pense qu’on se reconnaît dans ce que j’écris, parce que j’écris sur le monde d’aujourd’hui. Celui où l’on vit. »

Mais ensuite ce texte qui ne manque ni d’intelligence ni de grâce devient assez répétitif dans sa structure: cela doit faire une douzaine de combinaisons de personnages et fait du sur-place: cela se sent peut-être moins à la lecture mais devient pesant sur un plateau de théâtre… Et Frédéric Bélier Garcia a commis trop d’erreurs ou maladresses pour qu’on ait envie de s’intéresser aux dialogues de cette fable théâtrale contemporaine… qui semble déjà un peu datée. D’abord, pourquoi avoir accepté de jouer sur un aussi grand plateau où tout se perd, sous un éclairage parcimonieux…  Et du coup,  même avec des micros HF,  les personnages semblent flotter dans ce trop grand espace. Surtout avec un texte aussi intimiste, souvent plus proche d’un dialogue de cinéma  et trop long! Tout se passe comme si le metteur en scène a bien du mal à gérer cet espace inadapté. Et le tout, avec une certaine sécheresse et sans incarnation ni l’ombre d’une quelconque poésie. Comme les acteurs boulent souvent leur texte et que la diction n’est pas toujours au rendez-vous… forcément, on décroche. Et ces deux heures dix sans entracte auraient mérité  de sérieuses coupes…  Côté scénographie,  rien de bien réussi: on voit mal la nécessité de ces quelques marches d’escalier avec portes battantes, comme de ces longues banquettes et de cette tout aussi longue table à roulettes charge de grands livres  et que les accessoiristes n’arrêtent pas de remettre en place d’une scène à l’autre. Ce qui casse un rythme déjà difficile à tenir…

Bon, Détails (1999) n’est sans doute pas la meilleure des pièces du célèbre auteur suédois mais, à la relire, ces séquences mieux rythmées et situées dans un espace adapté, auraient sans aucun doute été plus efficaces. Il y a de rares moments forts comme celui où une une jeune femme entièrement nue arrive, très troublante, comme une mise en abyme, un double bien réel de la célèbre Vénus… Mais passées les premières quarante minutes, on s’ennuie. Le public a salué mollement et on le comprend… Un spectacle pour inconditionnels de Lars Norén, les autres pourront s’en dispenser.

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 2 février, Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 00. 

 

Les fausses Confidences de Marivaux, traduction en grec d’Andreas Staikos, mise en scène de Fotis Makris

Les Fausses Confidences de Marivaux, traduction en grec d’Andreas Staikos, mise en scène de Fotis Makris

 
79529952_10218576875827703_7029593318623281152_o - copieCette comédie créée par les Comédiens-Italiens en 1737 est une pièce de maturité. Marivaux a en effet quarante-neuf ans. Son écriture dramatique a changé: peut-être moins vive mais  plus transparente à la réalité psychologique. Les répliques de ses personnages souvent distraits,  laisse l’inconscient affleurer. Comme dans tout son théâtre, l’amour et sa naissance sont trahis par des propos dont la signification leur échappe mais sont évidents pour le  public.

L’énonciation qui structure toute réplique  est ici mise au service d’une révélation à double détente : d’abord pour le spectateur: dans un premier temps, le personnage ignore qu’il est amoureux, triche avec lui-même, fuit la réalité de ses sentiments, puis voit enfin clair en lui-même… La pièce s’achève alors par l’aveu, la déclaration, et la mise au net. Le marivaudage raconte toujours un peu la même histoire : celle d’un amour inconscient mais lisible par le spectateur. Et peu à peu, cet triomphe des obstacles, le plus souvent intérieurs. Dans Les Fausses Confidences, Araminte doit accepter d’aimer au-dessous de sa condition et en rupture avec les ambitions de sa mère rêvant qu’elle épouse un aristocrate plutôt qu’un simple intendant désargenté. Marivaux oblige chacun à être au clair avec son propre désir et place le désir amoureux au-dessus des intérêts pour en en faire une force vive.  Araminte parvient ainsi à être en harmonie avec elle-même et à exercer pleinement sa liberté de femme émancipée par son veuvage. Dubois a beau être un valet machiavélique aux motivations un peu mystérieuses mais, avec une véritable maïeutique, aidera Araminte à accoucher de sa propre vérité.

Le personnage chez Marivaux  a peur de se découvrir désirant et de n’avoir plus la maîtrise de soi. Plus le désir est puissant, plus il plonge l’être qui le ressent dans un chaos qui menace son identité. La surprise et la naissance de l’amour, telles que le célèbre auteur français les met en scène, restent d’une profonde actualité. Les sociétés changent, et avec elles, les préjugés et relations entre hommes et femmes. Mais le désir reste toujours une grande révolution intérieure et l’amour, une extraordinaire aventure où l’on se perd, pour mieux se trouver.

Marivaux mieux que personne, décrit avec la plus grande minutie cette révolution intérieure, ce branle-bas dans notre inconscient que nos paroles révèlent en échappant à notre propre intelligence, en devant un « lapsus» sur lequel  -bien avant Freud- est souvent fondé le délicat comique de  ce théâtre.
Mais Fotis Makris n’est pas arrivé pas à saisir l’esprit du marivaudage avec tous ses sous-entendus; il crée une sorte de méta-texte aux trouvailles para-linguistiques et a tendance à commenter presque chaque réplique.

C’est une version « moderne » de la pièce mais ici une gestualité parfois excessive prétend expliquer le texte, et des musiques illustratives  interrompent l’action. Dans un salon  où domine la couleur rose,  à jardin un écran de télévision diffuse à des moments précis, des extraits des documentaires sur la reproduction de reptiles, une émission de gymnastique, des scènes de films pornos…. Bref,  une associations d’images superficielles pour provoquer et/ou désorienter le public. Avec toujours une tendance à commenter  sentiments et motivations des personnages. A la fin, la scène reste vide d’accessoires. Les comédiens, en costume contemporain, jouent selon l’esthétique du metteur en scène, avec force paradoxes: ce qui pourrait être intéressant dans une recherche expérimentale mais qui n’a pas du tout sa place ici. Mais il faut mentionner la traduction d’une qualité exceptionnelle d’Andréas Staikos, spécialiste du dramaturge français, qui a réussi, lui, à recréer l’esprit du marivaudage.    
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes, T. : 0030 210 64 53 330

Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, mise en scène de Marc Paquien

©Giovanni Cittadini Cesi

©Giovanni Cittadini Cesi

 

Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, traduction d’Elisabeth Angel-Perez, mise en scène de Marc Paquien

Un après midi d’été, quatre vieilles dames bavardent en prenant le thé. Sans doute banal… mais sous la plume de l’autrice anglaise, cela prend une tournure surréaliste. Du gâteau pour les grandes actrices ici réunies! La mystérieuse Mrs Jarrett (Dominique Valadié) fait figure d’intruse, porteuse d’un autre récit que le bavardage insipide de ses trois voisines parlant à bâtons rompus de leurs petits-enfants, séries télévisées et animaux de compagnie…. Elle passait par hasard, les aperçoit dans le jardin derrière la palissade… et vient alors s’immiscer dans leur papotage. Déjà âpres, les rapports se tendent de plus en plus entre Lena la râleuse (Charlotte Clamens), Sally, un médecin obsessionnelle, à la retraite (Danièle Lebrun) et une  ancienne coiffeuse à la douceur feinte (Geneviève Mnich). Les vieilles rancœurs ressurgissent: aux phobies de l’une pour les oiseaux et les chats, répondent les soupçons de l’autre sur l’assassinat de son mari: en état de légitime défense… l’a-t-elle poignardé avec un couteau de cuisine…

 Mrs Jarrett s’éclipse de temps à autre pour jouer les Cassandre des temps modernes : «Le vent créé par les promoteurs immobiliers se mit à souffler au début comme une brise sur la joue puis très vite, fort. L’armée projeta des filets pour attraper les voitures volantes mais la plupart tournoyaient des douzaines de personnes s’y cramponnaient en hurlant, et lâchaient prise les unes après les autres. Les immeubles quittèrent Londres pour Lahore, et Kyoto, pour Kansas City. » (… ) « Les bidonvilles furent rasés. Du ciel, il pleuvait des animaux. Un chaton devint célèbre… »

Ce récit sans queue ni tête s’enchevêtre avec celui des petites apocalypses de ses compagnes. Étonnante Dominique Valadié dont la présence insolite tranche avec les postures plus quotidiennes des autres comédiennes qui laissent cependant apparaître sous le vernis des mots, les fêlures de leur personnage. Et les cauchemars de leur vie ordinaire rejoignent les visions eschatologiques de Mrs Jarrett… Du ciel tombaient des animaux nous plonge dans un monde au bord du gouffre mais Caryll Churchill assaisonne son pessimisme de large pincées d’humour.  

Pourquoi connaît-on si mal, en France, cette figure majeure de la scène britannique contemporaine? Cœur bleu, d’après deux de ses pièces, avait été monté par des élèves de l’Ecole d’acteurs de Cannes (voir Le Théâtre du Blog). L’Arche Éditeur a publié en français Top girls, Septième ciel (Cloud Nine) et Copies (A Number). Créée en 2002 au Royal Court de Londres, elle a été consacrée meilleure nouvelle pièce par l’Evening Standard Award et a été  montée pour la première fois en  français par le Théâtre du Rideau de Bruxelles.

Ecrivaine engagée, militante de la cause des femmes, Caryl Churchill mêle dans son théâtre fantaisie et questionnement politique, en prise directe avec le présent. Dans A Number, elle s’attaque aux dérives de la science, à travers l’histoire d’un père et de ses fils clonés. Et avec Not not not enough oxygene, elle décrit un monde où les habitants vivent asphyxiés dans les tours «de Londres». Dans Drunk enough to say I love you, Caryl Churchill s’élève contre la guerre en Irak et avec Sam and Jack, Caryl Churchill met en scène George Bush et Tony Blair, un couple homosexuel alcoolique…

Créée au Royal Court à Londres sous le titre Escaped alone qu’elle écrivit à soixante dix-huit ans, cette pièce, Du ciel tombaient des animaux a de quoi nous régaler, en offrant aux comédiennes un magnifique terrain de jeu. Et la traduction d’Isabelle Angel-Perez reflète bien la richesse d’une langue très construite qui, sous couvert de réalisme, dérape sans cesse.

Malheureusement, le metteur en scène a du mal à faire émerger l’inquiétante étrangeté du texte. Lumières, bande-son, traitement de l’espace, ici, n’aident en rien les comédiennes, par ailleurs excellentes et on aurait aimé que la réalisation soit à la hauteur de leur grand talent ! Ce texte a été écrit pour des actrices «d’un certain âge » comme le précise Caryl Churchill, et qui ne trouvent pas souvent de rôles à leur mesure. En tout cas, Du Ciel tombaient des animaux prouve que les pièces de cette auteure mériteraient d’être plus souvent montées en France…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 2 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris  (VIIIème). T. : 01 44 95 78 00.

 

Phèdre de Racine, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman

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Phèdre de Racine, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman

Le roi Thésée est retenu loin de Trézène par ses travaux guerriers depuis de longs mois. La reine, Phèdre, restée seule au palais, se consume d’un amour interdit pour son jeune beau-fils, Hippolyte. La pièce de Racine, sa dernière pièce profane, s’ouvre sur l’aveu des tortures que s’inflige cette souveraine, recluse et solitaire.

Rien de moral dans les reproches qu’elle s’adresse : c’est l’impossible accomplissement de ses désirs qui la consument. Hippolyte est lui-même confronté à une violente passion, contrariée par l’interdit : la jeune Aricie, prisonnière de son père, descendante d’une lignée vaincue, a conquis son cœur, réputé indifférent. De ces passions humaines, les dieux ne sont pas innocents : Vénus marque férocement de son emprise ceux qu’elle veut perdre, Neptune tient Thésée éloigné et  ne manquera pas ensuite de le trahir, le Soleil enfin, dont Phèdre descend par sa mère Pasiphaé, ne sauvera pas sa petite-fille…

Racine tisse les fils grandioses de la mythologie : un Thésée chtonien, une Phèdre solaire, avec les enjeux de pouvoir (guerre de succession), pour mieux prendre dans ses filets les désirs charnels auxquels se mêlent l’effroi de l’aveu et les conséquences de la faute. Dans Phèdre, tout ce qui touche à la sexualité est angoissant et jouissif. La mort annoncée de Thésée fait sauter le couvercle des amours échauffées par le secret. Horreur d’Hippolyte devant l’aveu de Phèdre et délice de son amour avoué et réciproque pour Aricie… Mais Thésée revient et c’est toute l’autorité du guerrier, du Roi, du père, de l’époux qui s’abat sur Trézène.

Prise au piège de sa passion, reculant devant la faute, Phèdre laisse sa suivante Oenone inventer une histoire qui met l’opprobre sur Hippolyte. Aveuglé par sa toute-puissance, Thésée voue son fils à la mort. Il sera éclairé trop tard : traîné par ses chevaux effrayés par le surgissement d’un monstre marin, Hippolyte meurt, innocent. Oenone, elle, a déjà choisi la mort,  en se noyant. Et Phèdre se pendra.

La captivité, la tyrannie et la solitude, éléments circonstanciels, se combinent pour établir une fatalité sexuelle, le corps se cristallisant en émois, désordres et  imprécations. Au moment de l’aveu, il est appelé à se dénuder, révélant à la fois l’objet de la faute et celui de la séduction. Quant aux états (rougeurs, pâleurs, larmes et soupirs), ils sont énoncées par Phèdre avec la précision d’un manifeste de la passion et constituent une grammaire du corps amoureux.

De cette tragédie, dont certains Français reconnaissent à l’oreille les vers les plus connus, c’est-à-dire presque toute la pièce, Brigitte Jaques-Wajeman a voulu tirer un son nouveau, débarrassé des oripeaux de la royauté et de la mythologie. Sa longue expérience de l’alexandrin  de Corneille et sa fréquentation de textes d’auteurs contemporains (Martin Crimp, Danielle Sallenave, Tony Kushner, Véronique Olmi)… lui permettent de guider ses acteurs vers un souffle naturel, totalement respectueux du vers mais qui laisse transparaître l’agitation des passions.

«La scène érotique chez Racine, écrivait Roland Barthes, est un théâtre dans le théâtre. » A cet endroit, Brigitte Jaques-Wajeman réalis une mise en scène d’une grande force. Un sol de sable noir, peut-être les  restes d’un ancien volcan, devient l’arène de l’aveu : soit un combat à mort avec l’interdit. De Phèdre à Hippolyte, d’Hippolyte à Aricie, ces deux scènes d’aveu évoquent un théâtre de la violence, la mise en scène jouant avec les codes d’une rude prise du pouvoir érotique sur l’autre.

Raphaël Naaz (Hippolyte) a la fougue d’un James Dean quand il s’approche d’Aricie et il garde une figure d’adolescent effarouché en présence de Phèdre. Grâce à lui, ces pics de déversement amoureux font passer un souffle vital bienfaisant.   L’autorité, personnifiée par Thésée, est le carcan nécessaire pour faire exploser la honte de l’aveu, en le rendant plus transgressif et donc encore plus jouissif. La dynamique globale de la mise en scène est particulièrement lumineuse à cet égard et Bertrand Bazos incarne un Thésée surpuissant et mythologique.

On peut regretter le parcours de Phèdre (Raphaèle Bouchard), réduit à une série d’attitudes explosives, quasi-hystériques, qui donne un éclairage par trop démonstratif sur sa sexualité et peu  sur la brûlure intime opérée par la honte. En parlant son malheur, Phèdre n’est certes pas une figure plaintive. Et la frustration amoureuse, sexuelle, hystérise les reines comme les jeunes femmes d’aujourd’hui, on en convient. Mais il eût fallu en trouver la juste poésie : le point faible de ce spectacle par ailleurs servi par des seconds rôles très tenus.

Dans ce très beau décor, sauvagement sobre, tout en verticales, ombres et lumières, les êtres vivent l’horreur de leurs destins. Et celui de Thésée, qui perd son épouse et son fils, n’est pas le moins tragique : il apparaît, avec notre regard d’aujourd’hui, comme la dramatique issue d’un pouvoir aveugle, manipulable et sans limites.

 Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 25 janvier, Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème).

Du 29 au 31 janvier, Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel, Oullins (Rhône).

Les 5 et 6 février, L’Empreinte-Scène nationale, 8 quai de la République, Tulle (Corrèze).

Les 10 et 11 mars, Scène du Beauvaisis, 40 rue Vinot-Préfontaine, Beauvais (Somme)  et du 24 au 27 mars, Théâtre Daniel Sorano, 35 allée Jules Guesde, Toulouse (Haute-Garonne).

Les 31 mars et 1er avril, Théâtre Le Parvis de Tarbes, Route de Pau, Ibos (Hautes-Pyrénées)

Le 12 mai, Théâtre municipal, 9 rue Dénecourt,  Fontainebleau (Seine-et-Marne).

Cannes trente neuf/Quatre vingt dix, texte et mise en scène d’Etienne Gaudillière

Cannes trente neuf/ Quatre vingt dix, texte et mise en scène d’Etienne Gaudillière

72293AF6-D723-4C9A-BF94-8FA1DB999FFDCe jeune auteur a écrit puis monté Pale Blue Dot, une histoire de Wikileaks (2016), puis Utoya de Laurent Obertone, à Bruxelles. De Pale Blue Dot, il a ensuite  tiré Conversation Privée, un spectacle sur certains éléments de l’histoire de Wikileaks. Il mettra aussi en scène Pourquoi les Riches? d’après les travaux de Monique et Michel Pinçon-Charlot. Etienne Gaudillière a aussi co-réalisé une installation artistique téléphonique pour le Printemps des Poètes et pour la Biennale d’art contemporain de Lyon. Et il est aussi le co-scénariste d’A Billion To one (2017), une série télévisée internationale.

Ici, il a voulu montrer toutes les facettes du festival de Cannes: artistiques, commerciales, politiques, socio-économiques…avec ses artistes, producteurs, starlettes et touristes… Etienne Gaudillière  retrace aussi les premières années de ce festival de cinéma qui est parvenu à s’imposer comme le plus grand au monde, supplantant la Biennale de Venise qui avait été annulée en 1938, quand la France s’opposait à Hitler et Mussolini….

Les affiches des éditions depuis qu’il a été créé par défilent sur l’écran… On voit ainsi Robert Mitchum sur une photo qui cache les seins d’une actrice. Puis des extraits de L’Avventura de Michangelo Antonioni puis La Dolce Vita de Federico Fellini qui obtiendront la Palme d’Or en 1960. On présente les metteurs en scène. « Notre festival n’est pas celui des Américains ! » On assiste aussi à un combat entre la Russie et les Etats-Unis  et une jeune actrice minaude, ravie..

«Le ridicule et le sublime, le spirituel et le mondain, l’outrance et le mystère de Cannes laissent, depuis toujours et pour longtemps encore, les foules sentimentales, excitées, énervées, estomaquées, ébaubies, éberluées, étonnées, éblouies, exsangues, épatées » écrivait avec juste raison Henry-Jean Servat. De nombreux films que nous avons vus il y a bien des années résonnent alors dans notre mémoire. Cet étrange spectacle de théâtre sur le cinéma est un peu long mais interprété par une troupe solide:  Marion Aeschlimann, Clémentine Allain, Anne de Boissy, Etienne Gaudillère, Fabien Grenon, Pier Lamandé, Nicolas Hardy, Loïc Rescanière, Jean-Philippe Salério, Arthur Vandepoel. Une évocation par un jeune metteur en scène de cette institution hors-normes et de renommée mondiale est toujours intéressante, surtout quand elle est comme ici très aboutie…

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakoff (Hauts-de-Seine),  jusqu’au 16 janvier. T. : 01 55 49 91 00.

Fosse conception de Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk

Fosse, conception de Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk

©Jean Couturier

©Jean Couturier

En 2016, Christian Boltanski, artiste, Jean Kalman, créateur lumière  et Franck Krawczyk, compositeur et pianiste, accompagnés de musiciens, chanteurs et figurants, présentaient Pleine nuit à l’Opéra-Comique  alors  en chantier: une errance autour du thème de la  mort qui a marqué les mémoires…

A l’occasion de l’exposition de Christian Boltanski (voir Le Théâtre du Blog), le Centre Georges Pompidou et  l’Opéra-Comique  leur ont  proposé de réitérer cette expérience, sous forme d’un opéra immersif en cinquante minutes répondant à trois règles : l’espace scénique est à la base du livret, le spectacle n’a ni début ni fin et le public peut entrer ou sortir à n’importe quel moment  et déambuler au cœur même de cet espace.

Tel  Orphée, nous errons dans la pénombre du parking. Deux sources d’éclairage : les phares de quatre voitures recouvertes d’une bâche laissant apparaître derrière le pare-brise, les silhouettes de figurants masqués; la projection d’un film en noir et blanc, sur les murs, les piliers et sur des voiles blancs qui ferment l’espace de jeu. Pour interpréter cet opéra atypique, six pianistes, douze violoncellistes dont Sonia Wieder-Atherton en solo, des percussions, le chœur Accentus et la soprano Karen Vourc’h.

Les spectateurs marchent comme des spectres parmi les musiciens, contribuant à l’étrangeté de cette performance et pourraient presque toucher du doigt chaque artiste. Grâce à l’acoustique particulière de ce sous-sol, ils perçoivent la partition d’une autre manière que dans un rapport classique scène-salle. Il faut aller découvrir cet opéra qui entre en résonance avec l’exposition Faire son temps de Christian Boltanski.

Jean Couturier

Du 10 au 11 janvier de 19 h à 22 h et le 12 janvier de 17 h à 20 h. Parking niveau – 1 du Centre Georges  Pompidou (entrée rue Saint-Merri),  place Georges Pompidou,  Paris ( IV ème).

L’exposition Faire son temps se poursuit au Centre Georges Pompidou jusqu’au 6 mars.

La très bouleversante confession de l’homme d’après Emmanuel Adely, mise mise en scène Clément Bertani et Edouard Bonnet

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La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté, d’après le roman d’Emmanuel Adely, mise en scène Clément Bertani et Edouard Bonnet

 Il y a cinq ans le magazine Esquire publiait l’interview d’un ancien soldat qui, sous couvert d’anonymat, reconnaissait avoir abattu «le plus grand ennemi de l’histoire des États-Unis d’Amérique et du monde libre ». Une opération menée par vingt-trois guerriers des temps modernes surentraînés, gavés dès leur naissance à la pop culture et aux jeux vidéo, que met en scène aujourd’hui le collectif NightShot. Avec la traque de la star n° 1 du Mal. L’histoire commence par l’effondrement des tours à New York. Elle se poursuit par la traque pendant dix ans du commanditaire de cet acte terroriste, puis par son assassinat au Pakistan. Un vrai succès et une revanche pour les Américains. Quelques temps après, ce militaire, de retour au pays, mais contraint au silence, a quand même raconté sous anonymat comment il s’est retrouvé devant l’homme le plus recherché.

Etrange actualité de ce spectacle qui résonne du récent assassinat télécommandé d’un général iranien respecté, ce qui a déclenché aussitôt une haine irrépressible envers les Etats-Unis. Nous sommes sur une base militaire devant un rideau en lamé qui s’ouvre par instants et où sont projetés des extraits d’images et films de guerre. «La famille, c’est la base, pour un vrai Américain! » Ils s’asseyent tous les six à table avec des drapeaux de leur pays, évoquent le désert afghan, jouent au ballon, attendent «la nation rouge Satan»,  évoquent «vingt-trois mecs qui aiment l’action. 60 000 dollars par an avec des prunes! » (…)  «Il s’est fait arracher les couilles, c’est de la bombe, cette mission!  Frères de combat, se branler ou pas. Ils ont choisi le bien pour sauver le monde libre! » Ils s’exercent à tuer. « Obama doit dormir, il doit se réveiller.  » La torture pour extorquer des aveux, nom de code de l’opération:Trident de Neptune. Ils sortent leurs armes: «On te dit que c’est juste, faut former l’équipe qui va accomplir la mission pour libérer la planète. »

Les hélices décollent et le public est ébloui par les lumières : «En quinze minutes, ils sont à la frontière entre Afghanistan et Pakistan, tous les gens s’achètent avec des dollars ! Tu es le maître de la vie et de la mort !» Sur l’écran, on voit une planisphère.  «On veut niquer le monde ensemble, cette histoire va nous rapporter du fric.» Issu du Théâtre Universitaire et du Centre Dramatique National de Tours, le dynamique collectif  Nightshot avec Clément et Pauline Bertani, Brice Carrois, Juliette Chaigneau, Laure Coignard, Julien Testard, Mikaël Tessié, a une démarche originale et fait preuve d’une grande maîtrise technique. Bref, un spectacle qui, sur ce thème de la guerre  menée à distance par une nation toute puissante, fascine à juste titre, le public.

Edith Rappoport

Le Monfort Théâtre, 106 rue Brancion, Paris (XV ème) jusqu’au 18 janvier. T. :  01 56 08 33 88.

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