Estelle Woog, magicienne
Petite, elle allait chaque été en Normandie pour les vacances et y retrouvait toujours sa copine Candice. Elle avait neuf ans quand sur la plage, celle-ci lui a montré des tours de cartes et elle a été fascinée: premier déclic. Estelle faisait de la gymnastique rythmique sportive et lui a montré quelques pas: elle a adoré.
« C’est fou: nous avons échangé nos rêves… et chacune les a menés jusqu’au bout. Elle est devenue championne en équipe de France en G.R.S. et j’ai suivi le chemin de la magie. Le même été, retour sur Paris, cette fascination pour cet art ne m’a pas quittée. Ma mère a trouvé une annonce dans un journal et m’a inscrite à des cours dans un centre d’animation… Et là, j’ai commencé et rencontré un professeur, Hervé qui m’a suivie tout au long de mon parcours et a réellement contribué au travail que je pratique aujourd’hui. »

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A dix-huit ans, elle a intégré entre autres, le Cercle Magique de Paris et récemment le Cercle Français de l’Illusionnisme. Elle a enrichi ses connaissances, grâce aux boutiques et aux livres mais elle pense avoir appris encore plus oralement, avec un professeur ou dans les échanges entre magiciens: « L’échange humain a toujours été essentiel pour moi. J’aime qu’on m’explique, qu’on partage et c’est vraiment comme cela que j’ai construit ma magie. Avec l’aide de mes parents qui m’ont inscrite à des cours, acheté mes premiers tours et encouragé toujours dans cette passion.
Je me souviens d’un voyage à Las Vegas avec eux. Pour me faire plaisir, ils m’ont emmené voir le spectacle à l’américaine de Lance Burton qui m’a émerveillée. Et pour m’encourager, ils m’ont offert un tour spectaculaire: du lait disparait d’un journal pour réapparaître dans l’ampoule d’une lampe.
Et nous avons dû faire entrer cet énorme objet dans une valise! Un cadeau qui traduisait leur confiance et l’idée qu’un jour, je présenterai ce numéro devant un public.
Mon frère a d’abord été mon administrateu et nous avons construit mon image sur les réseaux sociaux. Ma sœur a organisé mes premiers spectacles, parfois gratuitement mais toujours avec beaucoup de cœur. Et mon mari, fan inconditionnel, m’a toujours poussé toujours vers le haut et a testé mes nouveaux tours. Et bien sûr, Hervé, mon professeur m’a transmis une grande partie de ce que je pratique encore aujourd’hui. Enfin, j’ai eu la chance de rencontrer des magiciens amateurs et professionnels, tous passionnés; ils ont toujours pris le temps de me transmettre leur savoir, notamment: Henry Mayol, Cocodenoix, Stéphane Lydo… Chaque scène, chaque échange ou retour nourrit le travail et m’a permis d’avancer. »
Estelle Woog a longtemps pratiqué la magie générale, en travaillant les grands classiques: cordes, foulards, anneaux chinois, balles éponge… Ces dernières années, elle s’est surtout consacrée au mentalisme, ce qui correspond maintenant davantage à son univers: « J’ai toujours trouvé fascinant d’arriver à entrer dans la tête d’un spectateur, où à influencer ses choix. Face à un beau tour, on se dit souvent: «Il est très fort ».
Mais devant un numéro de mentalisme, on se dit plutôt: «Comment est-ce possible? » On ne parle plus de technique, mais presque de génie. Le mentaliste trouble, dérange, questionne et selon moi, marque plus le spectateur: cela le concerne directement. Je travaille sur scène, ou en « close-up » pour des événements d’entreprise ou soirées privées. La création et la personnalisation sont au cœur de mon travail. J’ai une structure de numéros bien définie, mais, avant chaque spectacle, je prends le temps d’adapter le contenu: intégrer le nom d’une marque, noter un message particulier à faire passer…
Le travail de Lé Kyle m’a particulièrement fascinée: elle pratique le « quick change » ou art de changer très vite de costume, aujourd’hui, avec des robes, instantanément et sans paravent. Aux Folies Bergère, j’étais assise au premier rang pour The Illusionnist et, même si près, je n’y ai vu que du feu. Petite, j’allais voir Arturo Brachetti: il me paraissait déjà incroyable avec ses changements de costumes derrière un paravent. Voir aujourd’hui Léa repousser encore plus loin les limites, en rendant ces transformations visibles, est pour moi une véritable innovation. Au-delà de la prouesse, c’est aussi très inspirant de voir une femme connaître un tel succès dans ce domaine: nous aussi femmes, pouvons aller loin, innover et nous imposer sur scène. Et c’est très motivant. »
Léa Kyle a une préférence pour le mentalisme mais, avant tout, est attirée par le spectacle dans son ensemble: « J’aime quand il y a une vraie mise en scène, une vraie intention artistique. Ce n’est pas le tour en lui-même qui me touche mais ce qu’il fait vivre : l’évasion, l’émotion, parfois le rire, quand il y a une touche d’humour. Pour moi, un bon magicien est avant tout un bon acteur qui sait raconter une histoire, faire voyager le public et créer un vrai moment de spectacle. Ainsi Gus l’illusionniste: un personnage si attachant que j’aime beaucoup le regarder. Même si, à la base, je ne suis pas sensible à tous ses tours, l’ensemble fonctionne : son univers, son énergie et sa présence font que j’adhère tout à fait à ce qu’il propose.
Et dans le spectacle de Xavier Mortimer, il y a un moment construit autour d’un écran avec des jeux d’ombres. Très drôle, il tombe dans des trous, se déplace et interagit avec la vidéo; il n’y a plus alors de magie au sens strict, puisque c’est une séquence filmée mais si bien rythmé, intelligent et plein d’ humour que j’ai adoré! Un bon spectacle de magie ne repose pas uniquement sur des tours, mais sur la mise en scène, le rythme, le personnage et l’émotion que l’on fait vivre au public. »
Cette artiste a été très influencée par les mentalistes contemporains et elle apprécie beaucoup le travail de Victor Vincent et d’Antonio, entre autres, pour leur présence, leur sens de la mise en scène et leur capacité à créer de véritables expériences. Leur travail à la télévision l’a beaucoup inspirée: « C’est un exercice très exigeant : il faut savoir s’imposer sans arrogance, capter tout de suite l’attention et impressionner. Plus que dans une prestation en soirée, la pression est plus forte à la télé. Nous devons vite convaincre à la fois le public présent dans la salle… et les téléspectateurs pour éviter qu’ils ne changent de chaîne! Et tout est filmé, donc il y a un angle difficile à respecter et aucun droit à l’erreur.
Et cela demande une créativité permanente: en « close-up », on peut s’appuyer sur des routines bien rodées mais, à la télé, on doit sans cesse innover souvent sans pouvoir prendre bien le temps de tester les choses. Cela demande une véritable aisance et une grande maîtrise. Ces artistes répondent très bien à ces exigences et j’espère avoir un jour l’occasion, moi aussi, de faire du mentalisme sur un plateau télé et me confronter à ces mêmes règles.
Que recommander aux débutants? « Eclate-toi, amuse-toi, expérimente et prends du plaisir! La magie est un art magnifique avec, pour but premier: émerveiller les gens. Bien sûr, il y aura du travail comme dans tous les domaines, si tu veux aller loin. Mais, quand on est vraiment passionné, on ne compte pas et les heures passent vite. Ne sois pas avide présenter tes numéros: il faut d’abord que tu les maîtrises, comme la mise en scène: aussi importante, que le tour lui-même et indissociable.
Trop souvent, surtout quand on commence, on apprend uniquement la technique et on la présente telle quelle. Mais seule, elle n’a guère d’effet, si elle n’est portée par une histoire, une intention, un univers: le spectateur est captivé par ce que l’on raconte autour d’un tour. Enfin, essentiel: présenter -et souvent- ses numéros devant un public. Au début, les tours ne seront pas toujours aboutis: normal, cela fait partie du jeu. Commencer avec sa famille et/ou ses amis est une bonne chose.
La magie évolue forcément avec son temps. Autrefois, on impressionnait avec des phénomènes d’électricité, quand elle n’était pas encore dans tous les foyers. Aujourd’hui, le principe reste le même: notre art s’adapte aux nouveaux outils et supports. Les réseaux sociaux en font partie et représentent un formidable terrain de jeu… mais sont aussi à double tranchant. Beaucoup de tours vus en ligne ne sont pas réalisables dans les conditions réelles d’un spectacle: il faut savoir prendre du recul par rapport à ces tours.
Mais cela m’amuse beaucoup. J’ai un « compte » très développé avec vidéos pensées pour les réseaux sociaux : des effets visuels, rapides, souvent très «flash », sur des formats courts (une trentaine de secondes). Mais selon moi, un magicien ne doit pas se consacrer seulement à ces réseaux qui restent un espace d’amusement et de création à part. Dans mes spectacles, je présente des numéros qui n’ont souvent rien à voir avec ce que je montre en ligne.
Il est possible de faire coexister et adapter certains effets de réseaux à la scène, mais en fait, très peu y arrivent. Xavier Mortimer est exceptionnel et ses vidéos sont si fortes qu’on pourrait croire à des trucages, alors qu’il réalise ces effets en conditions réelles: ainsi dans un célèbre numéro, il vole avec un caddie de supermarché. »
A part la magie, elle a toujours aimé explorer et se dit très créative: elle a fait plus jeune dix ans de piano, mais aussi de peinture, en testant de nombreuses techniques. Aujourd’hui, surtout, du pastel sec. Elle aime fabriquer des bracelets ou des bijoux pour téléphone et adore partager des moments de création avec ses neveux et nièces.
Mais elle fait aussi du sport: » Indispensable à mon équilibre. J’ai besoin de ma dose chaque semaine et je cours un semi-marathon par an. Et, en salle, je fais du vélo de façon intensive du « body attack » et aussi la boxe. Je jongle entre tous ces sports et récemment, pendant ma grossesse, je me suis découvert une passion pour la natation. Le sport fait aussi partie intégrante de mon énergie au quotidien. »
Sébastien Bazou
Interview réalisée le 30 janvier.
Site d’Estelle Woog: https://www.illusionnisteenvogue.com/
Et: https://www.instagram.com/illusionniste_en_vogue