Sombre Rivière, texte et mise en scène de Lazare

 

©eanLouis Fernandez

©JeanLouis Fernandez

Sombre Rivière, texte et mise en scène de Lazare

 Sombre Rivière, la création de cet artiste associé au Théâtre National de Strasbourg, s’annonce comme la clôture des spectacles précédents et une ouverture vers un nouveau cycle.  Avec une cohérence : les massacres de Sétif et Guelma en 1945 en Algérie, inspirent ces récits de Passé – je ne sais où, qui revient; la crise des banlieues françaises se glisse dans Au Pied du mur sans porte et la guerre d’Algérie dans Rabah Robert – touche ailleurs que là où tu es né.

Le matériau de Sombre Rivière évoque les blessures de la séparation entre Français dits de souche, une expression honteuse qui rappelle la séparation grotesque du noble et du bourgeois dans Georges Dandin, qui se pensent habilités à dominer les Français issus de l’immigration. Le fourmillement du monde donne rendez-vous à Lazare sur la scène. Foin des amertumes et chagrins, place au refus joyeux des ségrégations, à travers la mise en lumière privilégiée de l’imaginaire et ses pouvoirs : «Je veux qu’elle soit réelle, ma vie », dit Lazare. Les comédiens passent de la déclamation à la danse, du chant aux acrobaties, des revendications intimes au plaisir convivial de partager et d’échanger.

Olivier Leite, Mourad Musset et Julien Villa, casquette vissé  sur la tête et chemise imprimée, disent le peps du narrateur confident. Trois joyeux drilles qui se démènent et sautent tous les obstacles sans jamais se lasser, prêts à exister dans le seul plaisir d’être au-delà des ressassements plaintifs.Anne Baudoux, la collaboratrice, l’âme-sœur, s’amuse d’une présence qui illumine le plateau, et danse  avec une belle énergie. La musicienne et gracieuse Laurie Bellanca, la contrebassiste Veronika Soboljevski, l’actrice et chanteuse Ludmila Dabo, la musicienne et actrice inventive Julie Héga, le compositeur-interprète et batteur Louis Jeffroy: tous édifient un chœur enchanteur et festif qui ravit le spectateur bousculé.

 Sur le plateau, règne la bonne humeur, selon la scénographie déstructurée d’Olivier Brichet, avec mur-panneau de bois et portes qui claquent, symbolisant des temps récents et récurrents où l’on ferme encore la porte à l’intrus… à l’étranger.
 A l’arrière de la scène, surélevé, l’intérieur d’un modeste appartement, avant que les lumières de Christian Dubet n’exercent leur magie et ne fassent éclater les scintillements de l’univers fantastique des songes et des chorégraphies ludiques.

 Pour  Lazare, le théâtre peuple les solitudes de mondes autres, mêlant passé, présent et avenir, quand les disparus ont droit de cité dans la présence des vivants. Qu’elle soit langage quotidien ou écriture poétique, une parole rythmée s’initie et s’accomplit à travers les silences et les percussions vive des mots, le souffle de la marche et ce sentiment intime et précis d’exister, à l’écoute des battements du cœur.

 Une vitalité joyeuse et libératrice avec une volonté d’en découdre, dépasse les stigmates inscrits dans l’histoire de jeunes gens d’origine algérienne ou autre, qui ont fait l’expérience de la différence, sans reconnaissance ni espoir de trouver place : «Cela va être encore plus dur, après les attentats, pour ceux que certains en France appellent les Arabes … », s’inquiète et scande Lazare.

 Heureusement, en échange, la musique et les chansons raflent la mise scénique : des chants surmontent les blessures passées pour laisser advenir la force de vie. Musiques, voix et corps en mouvement racontent l’état d’une société et sa transcendance, après le chaos provoqué par les attentats meurtriers de 2015. Répondant à une veine autobiographique, Lazare raconte cette épreuve collective, ce besoin de comprendre en livrant ses sentiments à deux interlocuteurs privilégiés, sa mère, et son ami Claude Régy.

Les réponses de l’une et de l’autre ne sont pas formulées ici, seul le questionnement de celui qui refuse l’incompréhension, compose une argumentation poétique entêtante : « Ils s’explosent sous la pression/Ils viennent s’exploser les uns contre les autres/amis amis amis amis/ Ils ne sont pas contents d’être au monde/Ils ne sont pas contents de la discipline du monde/L’histoire de France gronde/Ils veulent absolument notre sang/Ils frappent et frappent encore/Veulent s’unir dans la mort. »

 En ce sens, Sombre Rivière de Lazare, métaphore au propre et au figuré des passages escarpés, physiques et moraux, à dépasser sur le chemin de toute existence, se rapproche, dans l’esprit, du dernier spectacle d’Ariane Mnouchkine, Une Chambre en Inde, où elle cherche aussi à percer l’obscurité de nos temps présents, en analysant les pouvoirs du théâtre, entre réflexion et comédie. Avec l’humilité de reconnaître l’incapacité de la scène  à faire cesser la violence du monde, avec aussi la conscience d’une foi dans le théâtre, dans son élan et souffle de vie :« Les gens deviennent fous ? Mais  comment c’est arrivé ? Comment on en arrive là ? Ils disent qu’ils viennent de Dieu ils disent qu’ils sont les enfants de Dieu. Si ! Ils disent on est les enfants de Dieu ! Dieu ne tue pas les gens ?! »

 Entre révolte déclamée, libre envol de joutes verbales, chansons et musiques, Sombre Rivière entraîne à sa juste mesure, ce beau plaisir de débattre et de batailler.

 Véronique Hotte

Théâtre National de Strasbourg, jusqu’au 25 mars,

Nouveau Théâtre de Montreuil, du 29 mars au 6 avril. Liberté /Scène nationale de Toulon, le 28 avril.

 


Archives pour la catégorie critique

Le Horla,d’après Guy de Maupassant, mise en scène de Slimane Kacioui

Le Horla,d’après Guy de Maupassant, mise en scène de Slimane Kacioui

 

le horla Horla, un  néologisme créé par Guy de Maupassant. Peut-être composé de : hors la loi et de horsain en patois normand : étranger, avec la juxtaposition des mots «hors» et «là» où apparaît à la fois l’anormalité de cette créature, et sa présence. Démence du narrateur ou réalité des faits qu’il rapporte, comme dans Soudain l’été dernier chez Tennessee Williams? Guy de Maupassant avait l’impression de se voir à l’extérieur de lui, ou d’être  étranger à la personne qu’il voyait dans le miroir. Avec le suicide- auquel il avait pensé dans cette situation sans issue. Avec Le Horla, on retrouve cette fascination du double dans la littérature fantastique depuis Hoffmann (1776-1822) mais aussi l’intérêt de Guy de Maupassant pour l’hypnose et les travaux sur l’hystérie vers 1865 du grand neurologue Charcot à la Salpêtrière…

Un homme normal  sombre dans une grave  délire et voit vraiment un être invisible près de lui, qui se nourrit de sa vie pendant son sommeil. Est-il victime d’hallucinations ou bien d’un être surnaturel  qui fait de lui son esclave ? Il écrit son journal où il consigne  chaque jour les phénomènes auxquels  le soumet cet Horla, un être invisible donc potentiellement dangereux. Le narrateur croit qu’il a déplacé une page de livre, ou qu’il a bu de l’eau et du lait alors que les bouteilles sont rigoureusement fermées, ou  qu’il se glisse  entre  lui et son reflet de dans un miroir…

 Sur le petit plateau, juste des pendrillons noirs, une chaise en bois paillée et un tréteau. Florent Aumaitre, un jeune comédien sympathique aux yeux bleus, grand et mince, les cheveux blonds, a quelque chose de Pierre Richard, et il s’empare de ce conte, avec parfois un certain bonheur. Ce solo qui a déjà été beaucoup joué, est parfaitement rodé, mais la direction d’acteurs reste approximative. Et Florent Aumaitre va sans cesse du simple récit-ce qui aurait sans doute donné une autre dimension au spectacle-et l’interprétation d’un personnage schizophrène : gestuelle mal maîtrisée comme diction ne sont pas toujours au rendez-vous, et on reste sur sa faim, passé les dernières minutes. Adapter un conte, surtout fantastique, au théâtre: un exercice de haute voltige, surtout quand il est pratiqué en solo…

Il s’agit bien ici d’une fiction avec ce que cela représente d’illusion,  et cela donc met donc en jeu une relation entre un conteur et son public qui doit le trouver crédible… Une opération pas facile pour un metteur en scène obligé de naviguer à vue entre narration et confession en direct, d’un personnage unique  sur  un  plateau nu et dans un temps assez  court. Avec ici une sorte de mise en abyme, puisqu’il s’agit d’une auto-représentation, le conteur étant aussi le personnage central qui joue ses hallucinations devant nous. Avec une nette tendance au sur-jeu.

Et là, cela ne va plus très bien. Malgré la bonne volonté de Florent Aumaitre, on s’ennuie un peu… Une fois de plus, le théâtre actuel fait flèche de tout bois et les metteurs en scène semblent préférer adapter de longs romans ou des contes pour un seul comédien-on le voit tous les ans dans le off à Avignon-plutôt que de s’attaquer à de vrais textes de théâtre, classiques ou contemporains. Avec tous les risques que cela comporte…

Philippe du Vignal

Théâtre Michel 8 rue des Mathurins, Paris VIIIème. T: 01 42 65 35 02, à 19h. jusqu’au 6 mai, les mardis et mercredis à 19h; et les samedi 25 mars à 16h30, dimanche 26 mars 17h00, jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 mai à 19h00.

 

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Pièces, chorégraphie d’Ambra Senatore

 

Pièces, chorégraphie d’Ambra Senatore

 

IMG_0584Ambra Senatore, nouvelle directrice du Centre chorégraphique national de Nantes, mêle, comme à son habitude, danse et théâtre, dans un univers quotidien. Ici, un appartement : coin cuisine, à cour, coin salon, à jardin et une table basse, au centre, avec autour, des poufs rouges.

Dans ce décor familier, les personnages dialoguent autour d’un thé, à propos de situations banales, ou de petits faits-divers : la mort d’un chat, un récit de voyage au Japon… Ces phrases, répétées régulièrement, subissent des distorsions surréalistes, à la manière d’Eugène Ionesco ou de Nathalie Sarraute. La gestuelle, elle aussi répétitive, prend des tonalités burlesques à la Jacques Tati.

La belle bande-son de Jonathan Seilman et Ambra Senatore  rythme cette pièce d’une heure, conçue avec une précision d’horlogerie, avec des mouvements justes et bien contrôlés. La pièce tend progressivement vers l’absurde et ses différents tableaux s’enchaînent  en continu, même si les trois danseuses, dont Ambra Senatore et les deux danseurs évoluent rarement ensemble. La chorégraphe joue avec un humour distancié sur des situations étranges : «Je suis heureux que tu sois imparfaite», dit l’un d’eux au personnage interprété par la chorégraphe.

Une « imperfection » qui demande beaucoup de travail pour produire un divertissement théâtral légèrement dansé et décalé.

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses 31 Rue des Abbesses, 75018 Paris jusqu’au 19 mars.

theatredelaville-paris.com       

Je crois en un seul dieu de Stefano Massini

 

(C)Sonia Barcet

(C)Sonia Barcet

Je crois en un seul dieu de Stefano Massini, traduction d’Olivier Favier et Federica Martucci, mise en scène d’Arnaud Meunier

Le mot terrorisme renvoie à un affect destructeur, et à des passions déchaînées qui bousculent les relations internationales; la notion de guerre, représente alors dans des situations inégalitaires, l’arme suprême du faible ou du pauvre, comme les Palestiniens face à Israël. Dérive religieuse et extrémisme de certains intégristes musulmans ont obscurci la pratique de la violence, exercée par des mercenaires, endoctrinés ou non, ou par des fanatiques incontrôlables..

Arnaud Meunier qui  a déjà créé Chapitres de la chute, saga des Lehmann Brothers et Femme non-rééducable de Stefano Massini, met en scène ce texte où  trois femmes, dignes et respectables sont jouées par une seule comédienne de belle allure, Rachida Brakni. Avec un discours argumenté, elles éclairent, autour des années 2010, le conflit israélo-palestinien, à travers éclats de conscience étrangement similaires, avec des états d’angoisse et la sensation récurrentes d’un malaise bien ancré. Ennemies mais aussi complices qui s’ignorent, elles incarnent le conflit qui oppose Palestiniens et Israéliens sur fond de nationalismes juif et arabo-palestinien à dimension religieuse… Israël étant un Etat à majorité juive, et la Palestine majoritairement musulmane. Juive, chrétienne ou musulmane, la religion qui aurait dû relier les êtres, les sépare. S’imposent à l’esprit, à travers le terrorisme aux Etats-Unis et en Europe, les violentes tensions actuelles entre islamisme et christianisme, ou entre islamisme et judaïsme.

L’une de ces femmes, fille d’un garagiste, étudiante à l’université de Gaza, voit son avenir, un an avant sa mort dans l’attentat de Rishon Lezion au sud de Tel Aviv,  comme un don de soi, en martyre de la cause palestinienne. Bourreau mais aussi première victime de son attentat-suicide, elle perdra la vie  avec, entre autres, les deux autres narratrices, qui disparaissent et ressurgissent ici en alternance, étrangères les unes aux autres. La Palestinienne se livre délibérément à ce martyre, une notion transmise par l’islam chiite, puis instrumentalisée par une pédagogie terroriste. Plus âgée, la professeur d’histoire juive, proche de la gauche israélienne, évoque avec lucidité sa posture éthique, politique et sociale, un an avant l’attentat. Et elle découvre en elle, une part insoupçonnée, quand elle survit à un carnage :« Moi, je veux leur mort ? C’est ça que je veux ? Me venger ? Moi ? Moi qui fais partie des comités pour le dialogue ? Moi qui ai toujours pensé : nous devons trouver une issue ? Moi ? »

Ici,  dans cette parole féminine entrelacée, s’insère le monologue d’une soldate américaine qui arrive en renfort de la police locale israélienne, pour lutter contre le terrorisme actif. Un même destin fatal clôt le parcours raisonné et mis à distance de chacune : une expérience vécue, une aventure existentielle, un fragment lucide d’autobiographie. Pour ce texte, Nicolas Marie a imaginé un sol de moquette blanche duveteuse et des murs d’un beau gris perle, foncé en bas et pâle en haut, comme une brume cotonneuse qui envahirait l’espace, telle les fumées de la ville et des esprits…

Les bruits apparaissent ici feutrés comme pour que l’on entende mieux la douce voix claire de Rachida Brakni qui fait sourdre l’éclat symbolique d’une machine infernale, bombe artisanale ou humaine, ardemment intériorisée. Le public appréhende le récit sincère de celle qui se livre, et attend la déflagration. Rachida Brakni a toute l’élégance et la pudeur exigées dans la parole et la gestuelle, et sait chorégraphier avec grâce les volumes, avec mouvements de bras et petits pas de danse silencieux.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin Roosevelt Paris 8ème, jusqu’au 9 avril. T : 01 44 95 98 21.

Les Scènes du Jura-Scène nationale/Lons-le-Saunier (39), les 13 et 14 avril.

Théâtre des 3 Ponts à Castelnaudary (11), le 20 avril. Théâtre National de Nice, du 26 au 29 avril. Centre culturel de la Ricamarie (42), du 3 au 5 mai. Centre culturel Le Safran à Amiens (80), les 10 et 11 mai. Centre culturel Aragon d’Oyonnax (01), les 18 et 19 mai.

Le texte est publié chez l’Arche éditeur.

 

Providence d’Olivier Cadiot, mise en scène de Ludovic Lagarde

 Providence d’Olivier Cadiot, mise en scène de Ludovic Lagarde

 © Pascal Gely

© Pascal Gely

Créé en novembre dernier à la Comédie de Reims, ce spectacle réunit à nouveau de fidèles comparses, Olivier Cadiot, Ludovic Lagarde et Laurent Poitrenaux.

Depuis le début de leur compagnonnage en 1997 avec Le Colonel des Zouaves au Centre National Dramatique de Lorient, chacune de leurs créations est un événement. Et ici, le public découvre une fois de plus, un théâtre unique en son genre dans la création théâtrale contemporaine.

Le titre Providence, reprend celui de l’avant-dernier roman d’Olivier Cadiot dont est issue cette adaptation, à lui seul déjà riche de références diverses. Comment ne pas penser, en autres, au film d’Alain Resnais…  Elle réunit, sur un même plan dramaturgique, le son, la lumière, la musique mais aussi les arts plastiques, l’écriture et le langage. (Même si Olivier Cadiot dit qu’il n’a pas participé à la mise en scène). Et ces éléments-chacun dans son domaine-appuient un objet théâtral, poétique et sonore, plutôt qu’une pièce, au sens classique du terme. On se sent ici parfois un peu désorienté mais jamais perdu, surpris, oui comme emporté dans un ailleurs étrange qui ne manque point de sensualité: le personnage entre en conversation avec des magnétophones performants… Comme le dit Ludovic Lagarde, «L’action se situe au bord d’un lac dans une maison banale, mais pratique. (…) Le narrateur va y recevoir le public et réaliser une série de performances qui retracent les moments culminants de son existence.» Existence aux multiples visages : « Une créature se retourne contre son auteur; un jeune homme devient brusquement une vieille dame ; une jeune fille monte à la Capitale, et un homme âgé ne comprend plus rien. » En effet, nous assistons parfois un peu déroutés à toute une série d’histoires burlesques, mélancoliques, instructives, et on apprend, entre autres, que le mot « lac » signifie en sanscrit dépression. Ce long monologue commence  quand un homme aux pieds nus, en pantalon gris et chemise blanche, entre dans son salon et s’assoit sur un canapé design. Il se met alors à lire à haute voix ces lignes de Darwin qui, malade, raconte qu’il s’est fait installer une plante fleurie grimpante dont il observe, depuis son lit, l’évolution.

Dans Providence, ce troisième volet du triptyque, en regard des deux autres adaptations (Le Colonel des Zouaves, Un Mage en été), le rythme est plus lent et l’espace de jeu plus vaste. On ne retrouve pas ici autant le même humour qui se manifeste ici de façon plus souterraine. Plus sophistiquée aussi,  l’utilisation toute en finesse  du  son et de l’image. Comme, par exemple, le frottement de l’éponge sur le cuir du canapé, ou bien encore le jeu prodigieux de la voix de Laurent Poitrenaux qui passe par tous les timbres possibles, du chuchotement à l’aigu, ou au grave, etc.  Et certains extraits musicaux diffusés au même moment, laissent entendre une mélodie et non un bruit infernal, même quand ils sont de style opposé, comme celles de Franz Schubert et de Robert Ashley ! Le jeu des lumières est lui aussi parfait.

Chaque champ artistique entre avec les autres en correspondance harmonieuse ou dissonante, suivant le contexte. Ces diverses disciplines, loin d’illustrer le texte ou de le faire juste résonner, font partie intégrante du sens profond du texte et de l’esthétique du poète Olivier Cadiot. Dans une mise en scène de Ludovic Lagarde, réalisée avec intelligence et sensibilité.

Laurent Poitrenaux, quand il s’empare de ce monologue, met en voix plusieurs personnages ordinaires ou hauts en couleurs, avec l’agilité d’un acrobate et une riche palette vocale. Avec lui, la résonance dramatique de la langue envahit comme rarement l’espace. Seul en scène, comme dans Le Colonel des Zouaves et Un Mage en été, il hypnotise le public. Un seul interprète, un seul texte, un seul décor mais on sort saisi, au bout d’une heure trente, par autant de subtilité. Ce spectacle nous parle de notre monde, de l’écoulement du temps, de l’art, de la modernité et de la poésie ! Avec malice, précision mais aussi mélancolie. Belle et étrange création…

Elisabeth Naud

Spectacle vu au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris Xème, le 7 mars. T: 01 45 44 50 21.

Théâtre National de Strasbourg du 15 au 25 mars. Maison de la Culture d’Amiens du 29 au 31 mars.  

Comédie de Clermont-Ferrand, du 4 au 7 avril.   Le roman est édité chez P.O.L.

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Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco

 

 © Steve Olagnier

© Steve Olagnier

  Le  Roi se meurt d’Eugène Ionesco, mise en scène de Julie Duchaussoy

Dans cette pièce créée en 1962, il y a le roi Bérenger Ier et ses épouses, deux reines, la plus jeune, Marie, et Marguerite, un rôle créé par la grande Tsilla Chelton décédée il y a cinq ans, qui a aussi été la remarquable interprète de onze des pièces d’Eugène Ionesco, et de la vieille Tatie Danielle chez Eugène Chatilliez mais aussi la prof de sombres inconnus à l’époque, comme, excusez du peu : Gérard Jugnot, Christian Clavier, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte!

Il y a aussi dans Le Roi se meurt, un médecin qui cumule les fonctions de chirurgien, bactériologue, bourreau et astrologue, et Juliette, la femme de ménage-cuisinière-infirmière-jardinière, et un garde. Des personnages caricaturaux bien sûr… Il fait froid dans le palais car le chauffage ne fonctionne plus: cela fait pleurer la reine Marie, et la reine Marguerite le lui reprochera vertement. Alors que la fin du règne de Bérenger Ier très malade, approche à grands pas selon le médecin-astrologue, lui, très pragmatique!

Marguerite doit l’en prévenir mais le Roi ne veut rien savoir de son état et ne se résigne pas, du moins pour le moment. Désemparé, il va se révolter contre cette situation inadmissible pour lui… mais tout à fait banale pour les autres. Mais il a du mal à se lever, semble aussi en colère contre lui-même et finira résigné, par mourir comme tout le monde! Béranger 1er, c’est aussi chacun de nous. Et son «Je mourrai quand je voudrai, je suis le roi, c’est moi qui décide»  sonne encore plus pathétique! La Reine Marguerite, plus lucide, l’accompagnera dans son agonie et écartera Marie qui veut garder le Roi près d’elle.

Eugène Ionesco tricote ainsi une remarquable-mais parfois longuette-réflexion sur le temps qui passe et la dégradation bien réelle et irréversible du corps humain. S’invitant et nous invitant à réfléchir à notre condition: «J’ai écrit cette pièce pour que j’apprenne à mourir.» Un thème que l’on retrouve dans toute son œuvre…

Ce sacré bonhomme, que nous avions rencontré une fois dans les années 80, ressemblait fort à son personnage, obsédé par sa prochaine disparition, avec une grande tristesse sur son visage qui nous avait frappé. Et il semblait quelque peu amer, et agacé d’avoir été reconnu un peu trop tardivement selon lui: il rappelait que sa célèbre Cantatrice chauve, jouée partout dans le monde depuis sa création en 1950, avait précédé de trois ans En attendant Godot… Allez, tiens, on va faire un cadeau à nos fidèles lecteurs qui pourront toujours le resservir dans les salons à l’heure de l’apéro… Pourquoi La Cantatrice chauve s’appelle-t-elle La Cantatrice chauve ? Selon Nicolas Bataille, son premier metteur en scène qui nous l’avait raconté : à la première lecture de la pièce dans un café du boulevard Saint-Michel à Paris, un comédien avait sauté par mégarde une page et avait enchaîné « cantatrice » à « chauve » ! Pas mal, non? A quoi tient un bon titre de pièce!

On connaît, bien sûr, la magistrale interprétation de Michel Bouquet, dirigé par Georges Werler. Mais il était intéressant de voir comment une jeune metteuse en scène comme Julie Duchaussoy, avec ses copains du Conservatoire de Bordeaux et du Théâtre national de Bretagne (Lucie Boissonneau, Denis Boyer, Yoan Charles, Clémentine Desgranges, Mathilde Monjanel, mais aussi l’excellente Karen Rencurel…) pouvait monter cette pièce moins connue du grand écrivain.
Elle a réussi sur ce plateau peu profond, à maîtriser l’espace  et assez bien la direction de ses acteurs qui ont une bonne diction mais aussi trop souvent tendance à la criaillerie. Là, il faudrait vite faire quelque chose…

Mais Julie Duchaussoy a une belle intelligence d’un texte parfois bavard… Et Yoan Charles s’empare de ce rôle de roi âgé, qu’il finit par imposer, après un début un peu difficile. Pas de décor, sauf un sorte de lit-banquette qui, au besoin, devient table. C’est bien comme cela, mais les costumes qui n’en sont pas vraiment, demanderaient à être revus, mais bon… En tout cas, il faudra suivre Julie Duchaussoy quand elle fera la mise en scène d’une autre  pièce sur un plateau correct.

 Philippe du Vignal

Ciné Théâtre 13, 1 avenue Junot, Paris XVIIIème. T : 01 42 54 15 12, jusqu’au au 19 mars, les mercredi et vendredi à 21h, les jeudi et samedi à 19h et le dimanche à 16h.

 

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Soudain l’été dernier de Tennessee Williams

© © Élizabeth Carecchio

© © Élizabeth Carecchio

 

Soudain l’été dernier de Tennessee Williams, traduction de Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier, mise  en scène de Stéphane Braunschweig


La pièce, écrite et créée en 1958, fut réalisée l’année suivante au cinéma par Joseph L. Mankiewicz avec Katharine Hepburn, Elizabeth Taylor et Montgomery Clift, ce qui la rendit célèbre. Mrs Violet Venable, une très  riche veuve de la Nouvelle Orléans ne cesse de pleurer la mort de Sébastien, son fils chéri mort l’été d’avant, lors d’un voyage en Europe. Par ailleurs, mais on va vite coprendre pourquoi, elle a demandé au docteur Coukrowicz, un jeune neurochirurgien, adepte de la lobotomie!, de soigner sa nièce Catherine, atteinte selon elle de démence. Cette jeune fille avait accompagné Sébastien en voyage en Europe, et en le voyant mort, serait devenue folle! Le médecin qui aimerait bien que la riche veuve l’aide financièrement pour ses recherches (joli conflit d’intérêts.. comme on ne disait pas encore à l’époque !), vient voir  la jeune fille mais ne la considère pas comme folle.

  Mais que s’est-il passé en fait à Cabeza de Lobo,  une plage esapgnole où le jeune et riche poète homosexuel Sébastien est mort? Et qui était-il vraiment ? Selon Catherine, très proche de lui,  Sébastien a été tué par une bande d’adolescents très pauvres et affamés, une “horde de petits moineaux noirs déplumés » prêts à se prostituer aux riches qui passent des vacances dans leur pays. Ils auraient ensuite déchiqueté et mangé le corps de Sébastien…

Alors que  Mrs Venable répète à qui veut l’entendre, que son fils était un être pur et chaste… En fait, arrogante, jalouse et très possessive, elle ne se remet pas de deux vérités qu’elle veut se cacher à elle-même, et aux autres: l’amitié de son fils pour sa cousine qu’il avait emmenée en voyage et non elle, sa mère. Et la seule idée qu’il ait pu être homosexuel et qu’il ait sans doute frayé avec des loubards qui l’ont tué, lui est aussi insupportable pour elle, la grande et riche bourgeoise qui serait en effet la première à être éclaboussée par des révélations sur la vie de son fils.

Quand, paniquée, elle voit que Catherine, dernier témoin de la tragédie, peut se mettre à parler, elle ne reculera devant rien : en lui faisant subir une lobotomie, elle s’assurerait du silence absolu de sa nièce. Mais le jeune neuro-psychiatre décidera  d’injecter un sérum de vérité à  Catherine pour essayer de démêler le vrai du faux, et pour essayer de faire sortir la vérité de la parole. Il et conclura par ces seuls mots: « si cette jeune fille disait la vérité. »… Telle est la fin de cette pièce , à la fois datée, mais qui renvoie aussi à l’actualité la plus récente, sur fond de racisme, de tourisme sexuel et d’homophobie! Pas aussi bien construite que les grands chefs-d’œuvre de Tennesse Williams. Mais en grand conteur, il réussit cependant  à créer des images fortes par la voix de ses personnages, comme celle de la plage surchauffée et du restaurant où déjeunent Catherine et Sébastien, ou comme celle,  allégorique, des oiseaux qui dévorent les tortues des îles Galapagos.

Sur fond de haine familiale, de sexe et de folie,  Soudain l’été dernier  se déroule  dans une  société américaine très normative qui ne tolérait guère l’homosexualité, ce dont Tennessee Williams, qui, même s’il avait reconnu la sienne, devait en souffrir toute sa vie. Comme la lobotomie que sa mère fit subir à Rose sa sœur schizophrène morte il y a vingt  ans, et dont il assura l’existence par testament quand il mourut en 1983 …

Reste à savoir comment, plus d’un demi-siècle après sa création dans un pays qui a considérablement évolué, on peut mettre en scène cette pièce, intéressante mais  souvent bavarde, surtout au début, avec de trop  longs monologues. Plus difficile à aborder  et donc peu montée, elle ne ressemble pas en effet à celles plus connues de l’auteur, comme Un Tramway nommé Désir ou Chatte  sur un toit brûlant. Mais René Loyon avait bien réussi son coup en 2009 avec une mise en scène simple et rigoureuse (voir Le Théâtre du blog).

Pour Stéphane Braunschweig, “Tennesse Williams trouvait trop réaliste, et reprochait à Mankiewicz d’avoir pris au pied de la lettre, sa métaphore de la «dévoration» alors que, pour lui, il s’agissait d’une «allégorie» sur la façon dont «les êtres se dévorent entre eux».
 Il aurait sans doute préféré qu’une part de fantasme demeure, sans doute parce que le fantasme porte parfois plus de vérité, que la réalité proprement dite, donne accès à d’autres strates de la réalité… et cela, le théâtre sait le faire. D’ailleurs, il insiste pour que le décor ne soit pas réaliste, la villa de Mme Venable étant constituée en partie par une jungle de fougères géantes d’avant la création de l’humanité ».

La direction d’acteurs est toujours chez lui soignée et le travail de Luce Mouchel (Mrs Venable) et de Marie Rémond surtout  est tout à fait remarquable, surtout dans le récit final de la jeune fille. Le docteur joué par un comédien français d’origine africaine que l’on a déjà  pu voir chez Braunschweig et l’an passé dans Big Shoot de Koffi Kwahulé  voir Le Théâtre du blog) a plus de mal  à imposer ce personnage ambigu.

Là où cela va moins bien : on comprend bien l’idée de ce « monde halluciné », de ce poème plus que fable théâtrale, que le metteur en scène veut imposer. Mais la scénographie signée de lui-très belle sur le plan plastique et on pense bien sûr aux tableaux du Douanier Rousseau-avec des lianes tombant des cintres, un grand arbre et des fleurs tropicales aussi belles que monstrueuses, ne fonctionne pas.On n’est pas en effet « dans la tête de Sébastien mais aussi dans  celle de Tennesse Williams », comme le souhaite Stéphane Brauschweig.

Ce décor bouffe en effet l’espace scénique mais aussi les personnages qui semblent peu à l’aise pour y circuler. On oubliera aussi leurs costumes assez laids, entre époque contemporaine et années 1950, et, dans la seconde partie, ces grandes lianes qui remontent aux cintres et qui laissent place à des murs capitonnés… Avait-on besoin de ce surlignage inutile et maladroit?
Une autre chose que l’on comprend mal : le recours aux micros HF dans toute la première partie, ce qui donne souvent des voix cassantes, sans nuances, et criailleuses, sans doute à cause d’une balance mal réglée… et que l’on peine à entendre ensuite, quand on en revient à la voix naturelle.

Un travail rigoureux et honnête, mais un peu décevant où il n’y a guère d’émotion, sauf à la fin… et qui n’est peut-être pas vraiment à sa place sur la scène de l’Odéon, trop grande, trop officielle pour en accueillir  toute la dimension tragique…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris VIème. T : 01 44 85 40 40 jusqu’au 14 avril.

Théâtre du Gymnase à Marseille du 25 au 29 avril.
Piccolo Teatro de Milan du 11 au 14 mai.


Tumultes de Marion Aubert, mise en scène de Marion Guerrero

Tumultes de Marion Aubert, mise en scène de Marion Guerrero

 

Neuf jeunes gens qui font du théâtre, décident de faire grève, puis de préparer une révolution et d’occuper les lieux. Ils s’organisent en collectif mais, novices, ne savent pas bien comment faire. Ils parlent politique et des rapports particuliers se nouent entre eux ; la révolution, c’est aussi l’explosion du désir !

 L’écriture de Marion Aubert, drôle, vigoureuse, parfois absurde et irrévérencieuse, génère des scènes très réussies et hilarantes mais jamais trop appuyées. En particulier, dans l’épisode de l’avortement, d’autant plus comique que Maurice Thorez est le père. On rit aussi beaucoup, du moins au début, quand on découvre un fasciste parmi les camarades. Marion Aubert et Marion Guerrero ont bénéficié de trois ans pour élaborer ce spectacle…

Un luxe que la metteuse en scène reconnaît: «S’arrêter et s’asseoir autour d’une table pour parler de l’état du monde, d’histoire, de politique, pour essayer d’éclaircir un peu ce brouillard qui est notre époque-tellement proche qu’on n’y voit plus rien-pour parler de nos aspirations, de nos peurs. Et puis se lever et se mettre en mouvement. Mettre en jeu les imaginaires et les corps. Et voir l’évolution des imaginaires. L’évolution de leurs improvisations en trois ans. Voir qu’à une consigne, ils répondent de plus en plus vite, sans retenue, qu’ils savent se mettre à nu (au propre comme au figuré) avec de moins en moins de pudeur, mais toujours plus d’intelligence et de délicatesse. »

 Mais derrière ces mots légers, se posent de grandes questions : que cherche-t-on vraiment, quand on fait la révolution ? Est-ce pour soi, ou pour la collectivité ? Que se joue-t-il entre  ces jeunes dans cette promiscuité ? Le texte a été écrit pour les élèves de l’école de la Comédie de Saint-Étienne. Du sur-mesure qui épouse leurs particularités physiques et leurs personnalités. A l’aise avec ce texte, et les allers-et retours constants du théâtre dans le théâtre, ils tiennent, en une heure quarante, le rythme rapide des tableaux successifs de la pièce. Au fil des séquences, leurs  costumes évoluent marquant le passage d’une époque à l’autre.

 Tout l’espace du théâtre est utilisé et, au fond, les arcades évoquent un peu celles de la Sorbonne : un cadre idéal pour la situation… On rit beaucoup mais pas seulement, et ici, Marion Aubert et Marion Guerrero confirment leur talent pour un théâtre du questionnement joyeux qui ne se prend jamais pour ce qu’il n’est pas. On en sort enthousiaste !

Julien Barsan

Théâtre Paris-Villette 211 avenue Jean Jaurès, Paris XIXème. T : 01 40 03 72 23, jusqu’au 15 mars.

Théâtre 95 de Cergy-Pontoise, le 24 mars.
Théâtre Dijon-Bourgogne/Centre Dramatique National, du 4 au 7 avril et à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, les 11 et 12 avril.  

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Léo Ferré Bobino 1969

Léo Ferré Bobino 1969, mise en scène et interprétation de Michel Hermon, arrangements  de Christophe Brillaud

 

image006Le spectacle fait revivre le légendaire tour de chant de Léo Ferré, à Bobino, quelques mois après mai 68. Comme lui, le comédien Michel Hermon  est un poète mais aussi un metteur en scène et un chanteur lyrique à la belle basse d’opéra, enclin à dire « le malheur sur les pianos du cœur et les violons de l’âme ».

Léo Ferré, cette année-là, avait une réaction de quelqu’un de droite après les « événements » et laissait sourdre amertume, désenchantement et sentiments de ratage intimes et collectifs, à côté de la conscience toujours renouvelée du salut que peut représenter l’art. Sans jamais être dupe non plus des aberrations et des égoïsmes vains que provoque la gloire factice, quand on se prend pour un autre que soi : «Regarde-moi bien, j’suis une idole… Regardez-moi bien, j’suis qu’un artiste » chante-t-il dans L’Idole.

 Même si nombre des chansons du récital de Bobino ont été composées avant la fièvre soixante-huitarde, elles résonnent étrangement de façon prémonitoire :«Madame la misère écoutez le tumulte Qui monte des bas-fonds comme un dernier convoi … » (Madame La Misère). Faire ce retour à cette époque quelque cinquante ans après, c’est pour l’interprète d’aujourd’hui, embrasser à nouveau sa jeunesse, avec des rêves en pagaille, politiques et sociaux et une belle envie d’en découdre, quand on est porté par une ardente énergie: «Pour tout bagage on a vingt ans, On a un’rose au bout des dents Qui vit l’espace d’un soupir Et qui vous pique avant d’mourir Quand on aime c’est pour tout ou rien C’est jamais tout c’est jamais rien… »  (Vingt ans).
Il chante aussi le Paris populaire des retrouvailles et celui des amitiés et amours des jeunes gens : «C’est extra Les moody blues qui s’en balancent Cet ampli qui n’veut plus rien dire Et dans la musique du silence Une fill’ qui tangue et vient mourir » (C’est extra)

 Il a recours  aux mots de Paul Verlaine ou de Charles Baudelaire :«Âme, te souvient-il, au fond du paradis, De la gare d’Auteuil et des trains de jadis … Et, sous les arbres pleins d’une gente musique, Notre entretien était souvent métaphysique (Âme, te souvient-il ? » (Paul Verlaine). Mélancolie des temps disparus ou bien non saisis à temps pour changer la vie, il reste dans le cœur du poète  les seuls regrets coupables de l’inaccomplissement fatal : « Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir, Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir » (Charles Baudelaire)

 Les accents libertaires chers à Léo Ferré sonnent fort, avec ici, un refus de tous les systèmes de pouvoir  et une révolte contre l’autorité et l’Etat, avec la mise à distance assumée des contraintes imposées par la société et le gouvernement : « Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent La plupart fils de rien ou bien fils de si peu Qu’on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux les anarchistes… »  (Les Anarchistes)

Tel l’aveugle de La Nuit, chanson dédiée à Paul Castanier, son pianiste aveugle, Léo Ferré, grâce à Michel Hermon, attend encore le patient retour de la lumière et de l’espoir : «La nuit C’est cet homm’ qui s’promène La nuit en plein midi Et sa canne qui l’entraîne Dans les autos d’Paris C’est cet homme qu’a pas vu La pitié qui passait Et qu’attend dans la rue Des fois qu’on lui invent’rait Le jour…Le jour… »

 Avec, au piano, un Christophe Brillaud plein de verve, Michel Hermon offre ici un joli sobre récital avec la rage d’un engagement, dans cette petite salle où le public est toujours dans une belle proximité avec le chanteur…

Véronique Hotte

Théâtre de l’Atalante,  10 place Charles Dullin, Paris XVIIIème. T. : 01 46 06 11 90, jusqu’au 19 mars.

 

 

Radio Live

 

Radio Live (Girl Power, Pourquoi faut-il encore marcher pour les femmes ?) par Aurélie Charon et Caroline Gillet

12650161_10153841264590460_1947691006_n-650x487Aurélie Charon et Caroline Gillet dont les voix sont bien connues des auditeurs de France-Culture et de France-Inter, ont réalisé des séries documentaires sur la jeunesse française et du monde entier (Gaza, Beyrouth, Tel Aviv, Sarajevo, Alger, Moscou, etc.).  Riches de ce matériau, elles proposent en direct et en public depuis 2012 ces soirées Radio Live sur les scènes de l’hexagone : «Ce sont, disent-elles, des séries qui font le portrait d’une jeunesse ni triste ni résignée, qui pense qu’elle a un rôle à jouer pour l’avenir de son pays et la réinvention de nos démocraties (…) C’est une nouvelle génération au micro : on ne va pas faire de grand discours, on ne va pas tomber d’accord sur tout, mais au moins, on se sera parlé». Conçues comme des émissions de radio, chacune de ces soirées accueille trois ou quatre jeunes, accompagnés d’ un(e) musicien(ne).

Quelques jours après la Journée des droits des femmes, la thématique était trouvée : la réussite au féminin et les efforts des jeunes filles pour y arriver. Caroline Gillet et Aurélie Charon mènent les débats et régulent les prises de parole dans un bazar bien organisé, se parlant souvent à l’oreille, traversant le plateau. Amélie Bonnin, elle, dessine en direct à la palette graphique, par-dessus les images projetées sur un grand écran ou parfois, se contente d’écrire : mignon mais un peu répétitif… 

Trois jeunes filles prennent la parole, et dessinent au sol leur maison/chambre, avec un marqueur blanc. Sanjida, originaire du Bangladesh, a fui, seule, son pays après un mariage forcé et imprévu. Aujourd’hui en France, elle cherche à finir ses études et reprend peu à peu contact avec sa famille qu’elle a quittée précipitamment. Maya, trente ans, vient du Liban où elle a gagné un prix à une émission de télé-réalité politique: le droit et le financement pour se présenter aux prochaines législatives… qui ont déjà été repoussées plusieurs fois ! Prochaine date annoncée : juin prochain! Enfin, Nour, une Marseillaise voilée, étudiante en droit et féministe, vient tancer les Parisiens amateurs de foot ! Elle apprécie autant Chopin que le rap, et la révolution tunisienne à laquelle elle a assisté, lui a donné envie de s’engager.

Ces témoignages, souvent émouvants, nous ouvrent au monde extérieur. Malheureusement, le spectacle s’attarde sur des détails: plan de la maison, organisation d’une chambre à coucher, etc. occultant l’essentiel: comment quitter son pays et ses proches ? comment vivre de près la Révolution tunisienne? Et, au lieu des 95 minutes annoncées, la soirée a duré plus de deux heures, après avoir commencé avec vingt minutes de retard !

Un peu débordées, Aurélie Charon et Caroline Gillet ont accéléré le rythme sur la fin, et ont donc laissé peu de temps pour s’exprimer à Inna, une jeune Russe mais elle participera au prochain Radio Live. Et les remarquables interventions musicales de Kyrie Kristmanson étaient trop rares. Dans une salle pleine surtout de jeunes gens, cette soirée, un peu décousue, a quand même apporté des témoignages forts et une belle ouverture d’esprit…

 Julien Barsan

Spectacle vu le 10 mars à à la Maison des Métallos, 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème.T. 01 47 00 25 20. Autres soirées de Radio-Live à la Maison des Métallos,  les 18 et 19 avril.

Et en mars, à la Comédie de Reims, 3 Chaussée Bocquaine, 51100 Reims, T. : 03 26 09 33 33, dans le cadre du festival Méli-Mômes.

 

 

 

 

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