R+O chorégraphie de Kitsou Dubois

 

R+O chorégraphie de Kitsou Dubois (pour tout public à partir de douze ans)

© Olivier Metzger

© Olivier Metzger

La question de la gravité a toujours occupé danseurs et circassiens en général, et Kitsou Dubois, en particulier. Depuis la création de sa compagnie, la chorégraphe poursuit une recherche artistique et scientifique sur l’apesanteur. Elle s’est ainsi embarquée dans des vols paraboliques au Centre National des Etudes Spatiales (une vingtaine à ce jour). Expérience fondatrice qui oriente son travail autour de la micro-gravité. Elle poursuit sa quête en immergeant ses interprètes dans des milieux où la gravité est altérée: dans une piscine, en vol ou dans des dispositifs de réalité virtuelle (environnements sonores, capteurs sensoriels). Avec R+O, elle essaye de restituer ces sensations de décollage.

En fond de scène, sont projetées des images qu’elle a tournées lors de ses vols mais aussi les évolutions de danseurs en milieu aquatique. Sur les écrans, les corps se meuvent librement, et sur le plateau, les danseuses-circassiennes Pauline Barboux et Jeanne Ragu se livrent à des exercices d’équilibre. Avec la lenteur de cosmonautes sur la lune, chacune se suspend à une longue corde, tombe et se relève en parfaite et délicate symétrie avec l’autre. Vêtues du même costume garni de quelques plumes, elles ressemblent à deux gros oiseaux jumeaux. Puis, réunis au terme du parcours, elles grimpent le long de minces filins qu’elles emmêlent et démêlent tels des écheveaux. Leurs silhouettes aviaires se découpent dans l’espace sur les images projetées, arabesques des corps cherchant appui l’un sur l’autre pour résister à la gravité.

La présence et la musique de Cyril Hernandez apportent un contrepoint à ce spectacle de quarante-cinq minutes. Les premiers numéros d’équilibre, laborieux, peinent à contrebalancer la magie des images projetées. Mais ensuite, de séquence en séquence, la pièce trouve son rythme et la lenteur gracieuse des danseuses finit par nous captiver.  

Mireille Davidovici

Les 14 et 15 février, Festival Pouce ! Le Cuvier Centre de Danse Contemporaine d’Aquitaine- Bordeaux métropole.  Du 23 au 25 février, Espace 1789 de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).


Les 1er et  2 mars, L’Etincelle, Théâtre de la Ville de Rouen,. Le  9 mars – Le Lux, Scène nationale de Valence (Drôme). Les 21 et 22 mars, à La Faïencerie, Scène conventionnée de Creil.  Du 30 mars au 1er avril, Circa d’ Auch (Gers);  le 25 avril, Espace Malraux, Ville de Joué-lès-Tours

Le 4 mai, Le Rayon Vert, Scène conventionnée de Saint-Valéry-en-Caux. Du 10 au 13 mai, MA-Scène Nationale, Pays de Montbéliard (Drôme).


Archives pour la catégorie critique

Richard II de William Shakespeare, conception de Guillaume Séverac-Schmitz, traduction et adaptation de Clément Camar-Mercier

© G. Cuartero

© G. Cuartero

Richard II de William Shakespeare,  conception de Guillaume Séverac-Schmitz, traduction  et adaptation de Clément Camar-Mercier

 Le Théâtre du Blog avait rendu compte de ce spectacle en 2015: il était encore brut de décoffrage mais déjà bien là. Ce Richard II  a encore de beaux jours devant lui : un succès, en un mot, franc et généreux. Et réjouissant! Le bien nommé Collectif Eudaimonia (en grec ancien: bonheur, prospérité) prend le théâtre par la peau du cou, au droit du texte et les pieds bien ancrés sur le plateau. Pourquoi William Shakespeare ? Parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux pour parler avec force,  des faiblesses humaines mais aussi de ce terrible appât qu’est le pouvoir.

Donc, il était une fois un roi, Richard II, content de l’être, non sans divertissement. Un jour, à propos de l’assassinat de son oncle Gloucester, il rend une sentence un peu hâtive, que son cousin et héritier Bolinbroke juge indigne : le bannissement. À quoi, il ajoute la spoliation de son héritage, à la mort de Jean de Gand. Bref, l’injuste Richard oppresse son peuple d’impôts, l’étourdi Richard quitte son royaume pour aller guerroyer en Irlande quand ce n’est vraiment pas le moment…

Bolinbroke revient en triomphateur, Richard abdique avec  une superbe mélancolie, une vraie pensée sur le pouvoir, et des questions qui ressemblent à celles du vieil usurier Shylock dans Le Marchand de Venise : les rois ne mangent-ils pas, comme vous, ne pleurent-ils pas, comme vous, ne meurent-ils pas? Fin. «Asseyons-nous et racontons les histoires tristes de la mort des rois» (Richard II).

Si l’on peut résumer la pièce jouée ici en une si vive cavalcade et avec une telle simplicité, le mérite en revient au travail de la troupe : Eudaimonia visait dès le départ la clarté, l’efficacité, et a eu le temps après deux années de tournée, de s’harmoniser et de s’assouplir. Tout fait signe : la première baignoire remplie d’un «bain de sang», les mains tenant la couronne, les giclées de sang laissant des taches sur le plateau, et ici tout fait sens.

C’est du théâtre «à l’os», rapide, musclé, porté par des comédiens en perpétuelle transformation. Soit sept pour une vingtaine de rôles : l’unique  actrice de la distribution–pas de quotas, c’est la faute à Shakespeare- est aussi crédible en jeune reine éperdue qu’en duchesse-mère défendant son fils avec furie, ou en chevalier. Les acteurs plus âgés circulent entre les diverses fonctions paternelles ou avunculaires, et les deux jeunes rois successifs incarnent des rapports différents au pouvoir : fantaisie et jouissance style rock-star pour Richard, et raideur, justice et droit pour Bolinbroke, devenu Henry IV, au risque de l’injustice et d’une cascade de successions royales violentes : pain blanc et noir chez le grand Will…

Incarnation n’est pas allégorie : rois ou pas rois, tous sont des forces agissantes, y compris sur la scénographie, très simple et très soignée. Les comédiens amènent une nouvelle scène en faisant rouler un trône, bousculant la scène précédente : on avait déjà vu cette dynamique dans le prodigieux Henry VI, mise en scène de Stuart Seide, il y a un vingtaine d’années, héritée elle-même d’une belle tradition de théâtre forain. On la retrouve ici dans toute son énergie contemporaine. Plaisir complet devant ce travail fort et bien fait. Et l’intelligence y trouve son compte, comme  l’histoire, en ces temps de «dégagisme», aux conséquences incalculables. William Shakespeare a pensé tout cela, y compris l’espoir sans illusions d’une réconciliation. Voilà comment on sort, regonflé à bloc, d’un théâtre…

Christine Friedel

Spectacle vu à la MAC de Créteil (Val-de-Marne).
 
Du 27 février au 1er mars, à la Coursive-scène nationale de La Rochelle. Du 15 au 24 mars au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon. Les 28 et 29 mars au Théâtre de la Piscine à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
 Les 4 et 5 avril, au Théâtre d’Angoulême-Scène nationale.

 

L’Autobus de Stanislas Stratiev, mise en scène de Laurence Renn Penel

 

L’Autobus de Stanislas Stratiev, mise en scène de Laurence Renn Penel

2FAFB61E-C5C7-474C-99CE-5EBAE378AE0E Sur le plateau, un décor imposant: un autobus constitué de praticables surélevés, de sièges, d’une poinçonneuse et de poignées pour se tenir. Une bande-son diffuse des bruits de bus en marche. Un petit homme arrive, bientôt suivi d’un autre, encombré d’un gros sac. La discussion s’engage, le petit homme assure à l’autre qu’il doit impérativement payer un second ticket pour son bagage.

 D’emblée, on aborde ainsi la question de l’ordre, du respect de la loi. D’autres passagers font leur entrée. Tour à tour : un musicien maniéré, visiblement peu habitué aux transports en commun, un vrai/faux couple se disant séparé pour garder leurs deux appartements, des amoureux qui passent leur temps à s’embrasser, un homme agressif, un jeune dandy assez observateur et enfin un paumé qui cherche le bon omnibus, et qui finit toujours par monter dans le même. Une fois installés, ils attendent le départ. Le chauffeur manque à l’appel, puis l’autobus démarre enfin: la structure s’ébranle. Un projecteur sur pied recule pour mieux signifier que le bus avance : petit effet réussi. Un voyageur remarque alors qu’on ne suit pas l’itinéraire habituel : tous s’inquiètent mais rien ne peut arrêter cet autobus fou! Le musicien maniéré proteste : on l’attend pour un prestigieux récital. Mais le chauffeur reste invisible et s’exprime  à coups de klaxon quand chacun essaye de le convaincre de les amener à bon port.

Stanislas Stratiev propose des métaphores du communisme. Ici, comme dans La vie bien qu’elle soit courte (Voir Le Théâtre du Blog), l’auteur bulgare part de situations simples et y insuffle une bonne dose d’absurde, féroce mais sans lourdeur. Les compositions des comédiens et les costumes soulignent cet humour quasi-burlesque. La mise en scène réside ici dans un équilibre entre polémique et farce: il faut donner en effet à entendre ce que le texte dénonce  tout en faisant rire, et ce, dans le parfait huis-clos d’un autobus. Une scénographie très aboutie : la structure bouge et grince comme si  elle roulait.

Les petites maximes assez drôles-restent tout de même un peu caricaturales. Mais elles se veulent à message et chaque personnage ou couple de personnages représente une posture idéologique : les jeunes contre les vieux, le respect de l’ordre établi contre l’irrévérence, la préciosité contre le bon sens paysan, le partage face à l’égoïsme. Malgré des dialogues habiles, la pièce manque de poésie et paraît datée. Grâce à la mise en scène, à la scénographie et aux acteurs,  cet Autobus tire cependant son épingle du jeu…

 Julien Barsan

Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, Paris XIIIème.  T. :01 45 88 62 22.

Dom Sganarelle de Jean Philippe Ancelle, mise en scène de Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé

Dom Sganarelle de Jean-Philippe Ancelle, mise en scène de Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé 

 DSC_4221Un plateau vide, avec juste une servante à la lumière blafarde, un paravent, quelques costumes sur un porte-manteaux, trois chaises pliantes, une petite table et un jeu d’orgues pour faire varier la lumière. Un acteur, Philippe Leroy attend son copain Michel Claude qui est en retard à leur répétition. La soixantaine tous les deux, ils ont joué un peu partout mais n’ont jamais eu de grands rôles, et jamais atteint la célébrité. Pourtant autrefois encore jeunes et beaux, ils ont, disent-ils, triomphé avec le Dom Juan de Molière, l’un dans le rôle-titre, l’autre dans celui de Sganarelle.

Et ils ont eu envie de rejouer ce chef-d’œuvre mais avec ces deux personnages seulement et vérifier si cela pouvait tenir la route. Alors ils répètent une heure et demi sur un plateau que leur a gentiment prêté une heure et demi (sic) un de leurs vieux copains, directeur de théâtre. Jean-Philippe Ancelle a choisi  quelques-unes des plus belles scènes où apparaissent certains des personnages masculins: Dom Juan, Sganarelle, le Pauvre dans la forêt et la voix enregistrée du Commandeur. Aucune femme pour des raisons évidentes; c’est donc à un petit aperçu de Dom Juan avec explication un peu lourde du texte-du genre Dom Juan pour les nuls mais pas très éléboré, et l’évocation des grands comédiens plus très jeunes qui ont pourtant joué le rôle-titre : Louis Jouvet, Jean Vilar, Jean Debucourt, Michel Piccoli… Avec des allusions aux autres personnages de la célèbre pièce qu’il vaut donc mieux connaître avant de venir…

Ils parlent aussi d’eux, de leur métier, des autres comédiens avec la vacherie  professionnelle bien connue mais aussi de Dom Juan et un peu de leur vie. Ainsi, Philippe apprendra par son portable qu’il n’a pas coupé (pas très professionnel mais bon!) que la femme avec qui il vit depuis vingt ans le quitte. A la fin… que l’on attendait, le directeur de la salle  qui a depuis son bureau, a écouté leur répétition grâce à un retour-son, leur proposera (au téléphone, sic!!!) de prendre leur spectacle. Ah ! Ah ! Ah !…

On retrouve ici le vieux procédé du théâtre dans le théâtre né au XVIème, et depuis largement utilisé par Shakespeare, Corneille, Molière, Marivaux… et par de nombreux auteurs de comédies musicales.  Mais l’auteur ne nous épargne pas ici les clichés dont les metteurs en scène contemporains ont usé et abusé : les derniers trois coups servant autrefois d’interphone entre les différents régisseurs qui ne se voyaient pas avant de commencer le spectacle, la servante allumée sur le plateau, l’arrivée de personnages par la salle… Tous aux abris!

Point positif : Jean-Philippe Ancelle et Michel  Pilorgé ont une bonne diction, et en entend bien le texte. Mais les célèbres scènes de cette formidable pièce sont comme répétées: ils n’ont en effet pas vraiment le temps de les incarner, puisqu’elles sont souvent interrompues par leurs commentaires et digressions et par le récit de la vie professionnelle de ces personnages de vieux cabots qui n’ a rien d’exaltant! Soyons honnêtes,  il y a à la toute fin, la très belle scène de la mort de Dom Juan…  Mais le texte de Jean-Philippe Ancelle est d’une rare indigence: tout sonne faux ici et ces quatre-vingt minutes sont bien longues! On s’ennuie donc assez vite. «Aucun apitoiement, dit la note d’intention, mais plutôt de la tendresse et de l’humour donnent le ton de ce dialogue impitoyable. » Mais de cela  nous n’avons rien vu, et le compte n’y est pas !

Dans la pièce, les deux compères se demandent bien pourquoi dans cette histoire, leur copain et directeur de salle s’intéresse à leur prestation. Mais la réalité dépasse la fiction: comment cet ovni a-t-il pu atterrir au Théâtre du Ranelagh où nous étions exactement… treize pauvres spectateurs dont quatre dames plus très jeunes, à avoir tenté l’aventure en empruntant le trottoir verglacé de la rue des Vignes. Si, par le plus grand des hasards, cela vous intéressait quand même, c’est à 19h, et les places sont de 30.8 € à 35.2 €!!!  Sans commentaires!

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, Paris XVIème. T : 01.42.88.64.44, jusqu’au 8 avril.

 

Pauvreté, richesse, homme et bête d’Hans Henny Jahnn, mise en scène de Pascal Kirsch

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© Hervé Bellamy

Pauvreté, richesse, homme et bête d’Hans Henny Jahnn, traduction d’Huguette Duvoisin et René Radrizzani, mise en scène de Pascal Kirsch

Nous vous avions dit il y a plus de deux ans tout le bonheur que nous avions eu à voir la mise en scène de cette pièce, nous, au Studio de Vitry-sur-Seine,  et ensuite Christine Friedel, au Théâtre de l’Echangeur (voir Le Théâtre du Blog). Hans Henny Jahnn (1894-1959), romancier et dramaturge allemand de Hambourg  (il écrivit notamment une Médée et Pasteur Ephraïm et était  aussi facteur d’orgue. En 1933, quand Hitler prit le pouvoir, ce virulent anti-nazi, qui avait été aussi pacifiste au moment où éclata la guerre de 14, s’enfuit heureusement à temps et s’installa au Danemark, sur l’île de Bornholm. Il y écrivit cette pièce étonnante et d’une grande poésie, bien ancrée sur la réalité paysanne quotidienne où les gens, comme le titre l’indique, sont très liés aux bêtes qu’ils élèvent. Dans leur vie, comme dans leur mort. Et dans ce monde rural, on assassine parfois des hommes mais aussi des animaux, comme cette pauvre jument… Peu de cadeaux dans une vie où on travaille très dur, sur fond de haines anciennes et vengeances diverses, envoûtements et convoitise de la femme et de l’argent d’un autre, « riche » c’est à dire moins pauvre…

Pauvreté, richesse, homme et bête, comme tout conte, est à mille lieues du réalisme. Pascal Kirsch a montée avec la passion qu’elle exige cette pièce pas facile :un grand texte, sans doute trop long, pas toujours clair et où il faut faire des coupes, mais tout à fait passionnant. Cela se passe dans un fjord en Norvège. Au départ, une histoire d’amour-même s’ils ne passent qu’une nuit ensemble-entre Sofia, une belle jeune fille pauvre (Marina Keltchewsky) et Manao Vinje (Vincent Guédon), un fermier riche qui vit seul avec sa belle jument blanche.  Quand Sofia sera violée et donnera naissance à un enfant que l’on retrouvera tué, elle sera accusée d’infanticide et fera de la prison.

Manao, le riche fermier se mariera ensuite avec Anna (Raphaëlle Gitlis), une femme solide, dure à la tâche et qui s’y connaît quand il faut tenir une ferme, à l’opposé de la pauvre et belle jeune fille. Elle le veut absolument comme mari et lui donnera des enfants dont un seul, si on bien compris, serait de lui… Quant aux deux valets,  il ne seraient guère scrupuleux sur un chantage possible quand il s’agit de sexe ! Manao retrouvera ensuite Sofia… Il y a aussi Jytte, (Florence  Valéro) une très jeune fille: elle prendra soin de Sofia qui avant de mourir, lui confiera Manao… Il y a enfin trois paysans au crâne rasé, en costume et chapeau noirs, qui forment une sorte de chœur tragique qui introduit et commente l’action.

Pauvreté, richesse, homme et bête, c’est d’abord une scénographie réussie, signée Marguerite Bordat, collaboratrice de Pierre Meunier (voir Le Théâtre du Blog). Avec une maquette d’un village-une église, quelques maisons et granges sous la neige-et de longues tables-genre tables de ferme en bois pour les repas de familles nombreuses, qui serviront aussi comme praticables. Dans le fond, côté cour, un magnifique cheval-en vidéo mais d’une absolue vérité-un personnage muet mais que l’on voit apparaître de temps à autre, et qui mourra lâchement tué d’un coup de pistolet… Autrement dit : aucun véritable réalisme dans cet outil scénographique qui sert au mieux tous les comédiens pour créer à la fois des espaces intérieurs et extérieurs. Il y a aussi la musique de Richard Comte qu’il joue sur le plateau, à la guitare électrique.

Ce qui frappe ici : le refus-bien vu-de Pascal Kirsch de tomber dans une sorte de folklore rural. Accessoires réduits au strict minimum, costumes sobres (aussi dus à Marguerite Bordat) et accent mis sur les relations humaines entre les gens de la mer et ceux des montagnes sur fond de haines souvent ancestrales (il faut bien haïr d’autres hommes différents pour avoir une identité et avant tout, ceux du plus proche village!). Il y a ici des ambitions féroces quand on est pauvre, pour enfin arriver à posséder une ferme à soi et ne plus aller travailler à la journée chez les autres, propriétaires. Tout cela sur fonds de superstition, d’érotisme et de convoitise sexuelle. Bref, le quotidien aussi de la majeure partie de la France rurale jusque dans les années 1950. Mais ces femmes et ces hommes norvégiens-rien à voir avec ceux de la Norvège actuelle, très riche grâce à son pétrole-vivaient alors confinés près de leurs bêtes dans  de petits villages coupés du monde, sous la neige qui, à la fin, dans cette mise en scène, n’arrête pas de tomber au milieu du plateau… Un texte et surtout des images qui auraient bien plu à Jérôme Savary: lui, le semi-Argentin, adorait voir tomber la neige, qu’il découvrit enfant quand il revint en France, au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et qui en faisait souvent tomber dans ses spectacles Cette neige-logique!-l’accompagna à sa crémation au Père-Lachaise, il y a juste cinq ans déjà… Salut Jérôme!

Cette pièce est, d’abord-il faut le répéter-un grand texte, remarquablement servi à sa création par une mise en scène d’une rigueur et d’une intelligence absolue. Daniel Jeanneteau, alors directeur du Studio à Vitry-sur-Seine, avait eu raison de l’accueillir. Comme-belle fidélité-il le fait de nouveau à Gennevilliers qu’il pilote maintenant. On retrouve, deux ans plus tard, ce formidable conte-poème-pièce, avec les mêmes mise en scène et direction d’acteurs exigeantes.
Et pourtant, dans cette reprise, le compte n’y est pas tout à fait. Sans doute à cause d’un trop grand plateau où tout se perd un peu et où  à cause d’un mauvais rapport scène/salle, on ne ressent pas l’intimité, qu’on avait à Vitry, avec les personnages de cette communauté paysanne. Et où on peine parfois à entendre les acteurs quand ils parlent dos au public… Sans doute aussi-et cela arrive souvent dans les reprises-à cause d’un rythme inégal mais Pascal Kirsch pourrait facilement resserrer les choses. Vers la fin, les manipulations des tables paraissent interminables et pas très utiles. Et ces trois heures-heureusement sans entracte-nous ont paru cette fois bien longuettes, surtout dans la seconde partie… Une dizaine de spectateurs est même sortie: un signal d’alerte mais quand même…
Malgré ces réserves, que cela ne vous empêche pas d’aller découvrir toute la poésie de ce texte et les grandes qualités de cette mise en scène. N’y emmenez quand même pas votre vieille maman, surtout par ces difficiles temps de neige, même s’il y a une navette gratuite pour rentrer sur Paris.

Philippe du Vignal

T2G, Centre Dramatique National, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis),  en collaboration avec Le Cent-Quatre à Paris, jusqu’au 12 février.

 

Romances inciertos: Un autre Orlando,chorégraphie de François Chaignaud, direction musicale de Nino Laisné

Romances inciertos, un autre Orlando

Romances inciertos ©Nino Laisné

Romances inciertos: Un autre Orlando, conception de François Chaignaud et Nino Laisné, chorégraphie de François Chaignaud, direction musicale de Nino Laisné

Par la magie de son chant et de sa danse, François Chaignaud nous entraîne une heure durant, dans une Espagne baroque, sous les traits androgynes d’un Orlando contemporain. Le titre de cette pièce hors du commun renvoie à la fois à la poésie épique espagnole, au chevalier Roland de la chanson de geste, et à l’Orlando de Virginia Woolf, un lord anglais de la cour d’Elisabeth 1er qui, en s’endormant, change de siècle et de sexe pour échapper aux normes sociales et pour tendre vers un idéal poétique. Comme dans le roman, le danseur mène cette quête de beauté dans une mue perpétuelle, à la fois vocale et corporelle, entre masculin et féminin. Quatre musiciens participent à cette aventure : orchestre hybride aux timbres réputés incompatibles, ils mêlent instruments anciens :  viole de gambe, théorbe, tambourin,  guitare baroque,  aux sonorités plus modernes du bandonéon.

S’appuyant  sur des danses populaires, la chorégraphie emprunte des gestuelle contemporaines, de même la musique s’approprie des mélodies écrites au  XVIème et XVIIème siècles pour accompagner les poèmes choisis par le chorégraphe et son complice Nino Laisné. Les deux créateurs ont mené un travail de recherche conséquent sur le répertoire musical et poétique baroque et populaire de plusieurs époques : « A la confluence de musiques espagnoles de tradition à la fois orale, sacrée et savante ( …)  Les mélodies issues de l’art du romance, du chant séfarade ou de la jota se sont introduites dans la musique baroque, le flamenco andalou ou encore dans les cabarets de travestis de la Movida. Les coplas (vers) eux-mêmes se sont démultipliés, et, à l’ombre des versions les plus connues, les archives gardent la trace de strophes paillardes, retraçant le destin marginal de ces figures. »

 

La scène est ceinte de quatre grands châssis où son projetées des peintures de scènes de chasse dans un paysage romantique ou des décors floraux. Assis aux quatre coins, les musiciens accompagnent le chant et la danse, et jouent librement pendant les intermèdes où l’artiste s’éclipse pour revenir sous les traits d’autres personnages et dans d’autres atours. François Chaignaud entre d’abord en scène dans un costume composite avec dentelles de courtisan, et fragments d’armure. Puis sa voix monte dans les aigus pour interpréter La Doncella guerrera (La Demoiselle guerrière ), une romance populaire qu’il vit intensément dans son corps. «Père, achète-moi un cheval car, à la guerre, je m’en vais », demande la jeune fille. Déguisée en chevalier, elle choisira la mort plutôt que le déshonneur.

Au deuxième acte, le danseur juché sur des échasses et paré d’une jupe bouton d’or et d’un châle somptueux, interprète les couplets de San Miguel, écrits par Federico Garcia Lorca (1898-1936), en hommage à la jota traditionnelle du Jeudi Saint, dansée dans les villages.  «Comment veux tu que j’aime/ce que toi, tu aimes/toi, tu aimes les hommes/et moi, j’aime les femmes», chante-t-il, en tournoyant vertigineusement dans la peau de cette figure populaire androgyne. Quittant  ses échasses avec l’aide des musiciens,  il danse sur pointes Ay Amor, extrait de la zarzuela Amor aumenta el valor du compositeur baroque José de Nebra (1702-1768). Un air écrit pour une voix de femme que François Chaignaud parvient à atteindre grâce à l’étendue de sa tessiture.

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©Nino Laisné_

Au troisième acte, apparaît La Tarara, en gitane vêtue d’une magnifique robe bleu nuit de flamenco. Il quittera cette figure mystérieuse du folklore ibérique, tel un serpent abandonne  sa mue, pour se lancer dans un flamenco vif, déconstruit, à la fois viril et féminin jusqu’au bout des ongles. Héros et héroïnes du folklore hispanique se fondent ici dans la figure de ce nouvel Orlando pour construire métamorphose après métamorphose, une épopée qui nous plonge par la langue, la musique  et la danse dans une culture méditerranéenne métissée.
Ces figures ne nous sont pas aussi familières qu’au public espagnol et nous ne saisissons pas toutes les paroles de leurs chants  mais nous goûtons pleinement le trouble causé par leur identité incertaine. Mais c’est surtout la beauté, l’audace, l’humour parfois, de Romances Inciertos qui nous mettent en joie. Et bien au-delà des questions du genre, à la mode dans la sphère culturelle :  le prochain Festival d’Avignon  aura comme thématique : le genre, la trans-identité et la trans-sexualité…

Ce spectacle créé en 2017 au Théâtre Saint-Gervais à Genève, est repris en fin de tournée à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy où le chorégraphe est artiste associé. Espérons qu’il connaîtra une plus large diffusion.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy  (Haute-Savoie). T. : 04 50 33 44 11.

Festival FeMÀS, Séville, le 18 mars.

Et in Arcadia ego,musique de Jean-Philippe Rameau, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

©-Pierre Grosbois.

©-Pierre Grosbois.

 

Et in Arcadia ego, création lyrique et chorégraphique, musiques de Jean-Philippe Rameau, direction de Christophe Rousset, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

À partir d’un montage des plus belles pièces vocales et chorales du compositeur, la metteuse en scène Phia Ménard nous emmène dans un conte surréaliste, et bouscule les traditions de l’Opéra-Comique dont le bâtiment vient de faire peau neuve. La mezzo-soprano Lea Desandre, chante en solo, accompagnée de l’ensemble baroque des Talens Lyriques, dirigé par Christophe Rousset, et des chœurs de chambre Les Eléments.

Et in Arcadia ego (Moi aussi, j’ai vécu en Arcadie) : une épitaphe en latin sur un tombeau représenté dans deux tableaux de Nicolas Poussin dont une des versions (1628-1630) se trouve en Angleterre. L’autre Les Bergers d’Arcadie (1637-1638) est au Louvre. Ces bergers découvrent le tombeau d’un homme ayant vécu il y a bien des siècles en Arcadie, région de Grèce au centre du Péloponnèse, montagneuse surtout au Nord et baignée à l’Est par la mer Égée, et  réputée être un pays paradisiaque …

Une fois les extraits de partitions de Jean-Philippe Rameau choisis par Christophe Rousset, le chef d’orchestre, Eric Reinhart a écrit pour la soliste et les chœurs, un nouveau livret dont le texte est projeté, en prologue et pendant les entractes, sur le rideau de scène. Trois tableaux : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse de Marguerite. L’héroïne imaginée par le librettiste, retrace son existence, au jour de sa mort, le 8 février 2.088: «Je suis une vieille dame, j’ai quatre-vingt-quinze ans. Pourtant, si vous pouviez jeter un œil à l’intérieur, là, dans ma tête, mon cœur, mes rêves, vous verriez, j’ai toujours vingt-trois ans. Tout vient tout juste de commencer.»

La simple lecture du texte provoque une émotion comme cette mise en scène inventive. L’enfance s’ouvre sur un monde glacé et le froid envahit la salle; un très grand nounours, façon  Pokemon, trône au milieu du plateau, entouré de lys géants qui tombent des cintres. Comme le réchauffement climatique de la planète, la chaleur humaine va faner ces fleurs, et s’affaisser le corps du nounours. Phia Ménard, une adepte de la transformation, nous surprend surtout avec cette ouverture, comme avec le final: un immense linceul en polyane noir, gonfle lentement jusqu’à couvrir la totalité du plateau. La mort étend son empire… La metteuse en scène a voulu travailler ce matériau pour créer des contraintes et  une surprise. 

Cette scénographie innovante a gêné quelques spectateurs, partisans d’une lecture plus classique de cette œuvre et qui n’ont pas goûté pas la liberté que Phia Ménard prenait avec l’œuvre du célèbre compositeur… puisque ce n’est plus le même texte. Mais pour elle, «le théâtre est le dernier endroit de liberté de cette société».

Lea Desandre incarne avec conviction cette Marguerite, en parfaite harmonie avec le chœur et l’orchestre. Il faut remercier Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique, de nous avoir offert cette découverte… iconoclaste. Le librettiste semble en effet avoir pris au pied de la lettre une  phrase rapportée du célèbre compositeur: «Il suffit que l’on entende ma musique, les paroles ne sont rien dans un opéra».

Jean Couturier

Opéra-Comique, Place Boieldieu, Paris IIème, jusqu’au 11 février. www.opera-comique.com 

Solo d’Arturo Brachetti

Solo d’Arturo Brachetti

arturo-brachetti-solo-beaulieu-2018-dsc9717-576x384On le voit d’abord virtuellement en projection 3D, donner les dernières consignes: une  superbe introduction pour ce nouveau spectacle où il sonde ses rêves d’enfance, reflet d’un inconscient universel et se concentre sur son histoire personnelle, entraperçue dans ses précédents et brillants spectacles, L’Homme aux mille visages et Brachetti fait son cinéma. Il reprend ici l’idée du grenier où il jouait, enfant, et le transforme en maison familiale, sous la forme d’une maison de poupée, et en explore une à une toutes les pièces. Un formidable album en saynètes avec, pour fil narrateur, un parcours initiatique fait de bonheurs et de désillusions. Avec aussi une vision douce-amère de sa jeunesse, qui rappelle constamment l’univers de Federico Fellini (un de ses mentors), avec des personnages hauts en couleur…

 Une boîte tourne sur elle-même et il fait son entrée. «Bienvenue dans ma boîte, la maison de mes rêves » et il va nous en faire visiter une à une les sept pièces qu’il illustrera par des tableaux. Au salon, la télé rediffuse des extraits d’émissions de sa jeunesse mais aussi des séries actuelles.  Pour faire passer sans temps mort les transformations, des personnages sortent du petit écran. Au programme : Happy Days, Breaking bad (un mixeur et du cannabis en projection sur le décor), Star Trek (un faisceau laser et une maquette du vaisseau Enterprise), Batman, J. B. Fletcher, Bart Simpson (en peluche), Wonder Woman, Baywatch, Kermite la grenouille (en marionnette), La Famille Addams (une ampoule qui s’allume dans la bouche), Sherlock (avec une grosse loupe), Ghostbusters (apparition d’un fantôme gonflable avec projections 3D pour animer les yeux et la bouche).

« Bonsoir les amis. La pièce de mes souvenirs est le grenier… Toute une archéologie familiale des années 1970. C’est là que j’ai retrouvé le chapeau de mon pépé. Un chapeau troué… Mais moi, j’ai rempli ces trous par la fantaisie… » Arturo Brachetti réalise alors vingt-cinq personnages avec un simple anneau de feutre noir dans la tradition du bateleur Tabarin (1584-1626) : se suivent ainsi d’Artagnan, John Wayne, don Camillo, un cardinal, un torero, Arlequin, l’amiral Nelson, l’horloge Big Ben, Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, Casanova, le capitaine Crochet, un bébé, Sainte-Catherine, etc.

Apparait alors derrière Arturo Brachetti, une Ombre qui suit ses mouvements puis devient vite récalcitrante et se matérialise ensuite en vrai personnage joué par un comédien  africain.La visite de la maison familiale continue avec  la chambre des enfants remplie de jouets, puis la salle de bains. Décor qui se matérialise sur la scène. La chambre d’Arturo va ensuite être visitée par  une micro-caméra tenue par l’Ombre. Une fée en vidéo-projection, et jouée par le transformiste, fait apparaître sur scène un grand livre dont la première page représente le Petit chaperon rouge avec le loup surgisant de l’image projetée. Vont se succéder Peter Pan avec des lucioles vertes qui lévitent et autour de lui, Alladin sur son tapis volant… Il y a aussi le miroir de la Maléfique et Blanche-Neige sortant de la maison des sept nains, entourée d’animaux de la forêt. Puis on entend le Prince charmant arriver sur son cheval et s’arrêter quand la robe de Blanche neige est soulevée. Tableau suivant avec Shrek et Cendrillon, dont la guenille se transforme en magnifique robe de soirée.

On peut voir ensuite la chambre de l’amour et du Pouvoir. « Chez nous, il y avait maman qui faisait toutes ses robes toute seule.» Une machine à coudre  fonctionne et une robe apparait, au rythme d’une valse que danse Arturo Brachetti dans une belle séquence poétique. La caméra se dirigeensuite vers le jardin où l’orage gronde sous un déluge de pluie, dans la tradition des bruiteurs. Tout le monde se réfugie dans la cuisine. Entre un grand comptoir et deux entrées, l’artiste va alors enchaîner une incroyable performance à six personnages où il reprend l’idée du saloon de L’Homme aux mille visages… un thriller espagnol (2016) d’Alberto Rodríguez, à la John Le Carré, Avec une scène de ménage à la Georges Feydeau: un pâtissier, une grand-mère en fauteuil roulant tenant un fusil, ou encore un marié et une mariée, confondus en un même personnage suivant le profil exposé!

Sur l’écran, la pluie, la maison miniature se déplace dans l’orage grâce à un parapluie disposé dans la cheminée. L’Ombre d’Arturo Brachetti lui demande s’il peut faire voler les ombres. Il en réalise alors une série sur grand écran. Nous revoyons avec plaisir ce tableau déjà présent dans ses précédents spectacles, où défilent la Tour Eiffel, la Tour de Pise, un joueur de tambour, un cygne, une colombe, trois races de chien, un éléphant…

«Le couloir est un lieu de passage, de transition, hors du temps. » Le magicien s’arrête devant une fenêtre pour apprécier les saisons qui passent Devant un grand paravent avec projection d’images, il va revisiter de façon magistrale les tableaux des quatre saisons. L’Automne d’abord, en habit et avec un parapluie,  un peu comme dans un tableau de René Magritte. Ensuite l’Hiver minimalisme façon  Piet Mondrian. Après le tour du papier déchiré qui se transforme en poussière, le Printemps de Claude Monet avec ses nymphéas. Pour finir en beauté solaire, l’Eté de Vincent Van Gogh avec un ruban de couleur et  de nombreux tournesols ! L’Ombre écrit différentes pensées sur des feuilles qu’il jette par terre. «Un peu de fantaisie. Vous voyez ça ? – alors imaginez-le. » Comme dans la séquence-culte d’Arturo Brachetti fait son cinéma,  le magicien va mimer des actions avec juste des bruitages… Force du cinéma primitif, alliée à la précision gestuelle.

Arrive un aveugle avec sa canne, attribut fétiche du célèbre Charlot, et qui va se transformer en club de golf, canne à pêche, rame, archet, baguette de chef d’orchestre, etc. Avec de savants bruitages. L’artiste convoque alors le transformisme mais sans aucun costume, et avec des objets invisibles: Arturo Brachetti mime des personnages qui se succèdent par l’intermédiaire d’un objet longiligne. Il y a ici mille fois plus de magie que dans tous les tours de grandes illusions réunis. Une magistrale leçon d’économie et de simplicité.

«Nous pouvons tout imaginer dans une page blanche ou un grain de sable.» Séquence de peinture avec du sable,  comme dans sa Comedy Majik Ch, il réalise ici un tableau d’une maison sous le soleil, puis sous la pluie. Dans une éclaircie, chantent les oiseaux et fleurissent les fleurs. Par une fenêtre, on entrevoit un poste de télévision avec, à l’intérieur, une robe, des livres et le portrait d’Arturo écrivant le titre de son spectacle : Solo. Une belle séquence  que cette mise en abyme.

« Je vous ai ouvert toutes les portes de ma maison, dit-il. C’est maintenant à vous, de m’ouvrir les vôtres.» La caméra, toujours manipulée par l’Ombre, cible une spectatrice au premier rang. Elle confie son sac à Arturo Brachetti qui en sort jumelles, sandwich, téléphone portable, qui déverrouillé, va transmettre des photos de conversations puis la liste musicale de cette  mystérieuse lady… Prétexte un peu lourd, pour faire une transition avec un tableau où apparaissent Luciano Pavarotti qui porte costume en forme d’armoire qui s’ouvre pour laisser apparaître une pizza, Elvis Presley, Les Beatles, Edith Piaf (avec un corps de marionnette), Madonna, Beyonce, Céline Dion (avec la projection du Titanic qui coule et dont le costume va s’envoler), Michael Jackson et Freddy Mercury… Il y a ensuite, en projection 3D, différentes portes  comme dans un tableau de  René Magritte, s’ouvrant sur sept objets que l’on a découvert au fil du spectacle. Arturo Brachetti, muni d’un laser, combat avec son Ombre, puis se dédouble et s’anime à la façon des sabres rouges et bleus dans Star Wars.

Les faisceaux se multiplient et construisent une prison de lumière, puis une boîte triangulaire où sont pris au piège les protagonistes. Arturo Brachetti réussit à s’échapper de cette cage en lévitant jusqu’aux cintres dans une multitude d’étoiles. Il tourne ensuite sur lui-même comme une toupie et on voit alors sur le tulle à l’avant-scène et en fondu enchaîné, des portes prises dans une tornade. Un effet saisissant de beauté et une variation poétique de l’univers ultra-codé du maître des lasers Theo Dari.

La maison apparaît  mais est prise  dans un cyclone qui se matérialise sous forme de papiers tenus par Arturo Brachetti.« Pensée n°1.000 : ton ombre est heureuse de te voir voler.» Les papiers s’envolent et se démultiplient par centaines dans un effet 3D. L’artiste termine en changeant de costume, passant du noir au blanc, de l’ombre à la lumière (une fin de la majorité de ses solos). Un escalier apparaît et il nous fait découvrir l’envers du décor.
Magnifique conclusion  pour clore de façon subtile ce voyage intérieur, fait d’artifices et de rêves, et dont le public est complice et Solo fait bien partie du parcours exceptionnel de ce maître du transformisme à l’incroyable audace et à la formidable présence scénique. Arturo Brachetti, soucieux de recherches et de perfectionnement technique permanents et artiste unique au monde, à la générosité contagieuse, a toujours su se renouveler. Mais l’invention de ce double est sans  doute une fausse bonne idée qui plombe certaines scènes qui deviennent vite répétitives, et cette Ombre qui a un jeu presque inexistant, est plus un faire-valoir… pour laisser le temps de préparer le prochain décor…

Que dire de certains tableaux d’une vulgarité et d’une laideur indignes comme la scène des toilettes horrible et qui n’a rien à faire ici. On lui pardonnera aussi la redite de certains numéros déjà présents dans ses précédents spectacles comme le Chapeau de Tabarin, le Mime sonore, ou les ombres chinoises.  Exceptionnels, ils méritaient d’être revus…

Arturo Brachetti fait l’effort de revisiter son mythique tableau des quatre saisons, en référence à la peinture des grands maîtres modernes, de donner un nouveau cadre au saloon des cowboys avec la scène de la pièce montée, de réinterpréter l’univers de Theo Dari avec ses lasers, et de donner un nouveau souffle à ses  numéros de transformiste à la chaîne,  en utilisant des projections 3D. Mais ce que gagne le spectacle avec ces nouvelles technologies numériques, il le perd en magie. Ces  images-pas toujours pertinentes-étouffent souvent l’artiste qui se contente du minimum en termes de jeu. Dommage !

Malgré certaines réserves, Solo reste un formidable spectacle où on le voit se réinventer avec différents modes d’expression pour les fondre dans un univers nostalgique mais porté par un vent de modernité. Chacun de nous est ici propulsé dans ses souvenirs les plus intimes pour mieux accepter le présent et ne pas oublier que toutes les utopies sont possibles.

Sébastien Bazou

Spectacle vu à Dijon le 23 janvier.

 

Concerto de passions, adaptation de Georges Courteline, Georges Feydeau et Sacha Guitry, mise en scène de Mélisande Guessoum et Jacques Mornas

Concerto de passions, d’après La Peur des coups et Les Boulingrin de Georges Courteline, Le Bain de ménage de Georges Feydeau et Le KWTZ de Sacha Guitry, adaptation et mise en scène de Mélisande Guessoum et Jacques Mornas

768FC13F-F338-4347-85E0-5E1F425177FABelle idée que d’avoir réuni ces petites pièces rarement jouées et que le public ne connaît pas. Dénominateur commun: le couple, et comme trait d’union ici, la petite bonne, figure emblématique du vaudeville à la fin du XIXème, et du théâtre de boulevard, jusqu’il y a peu.. Autre dénominateur commun ici, tout un jeu dans le langage scénique employé, où il y a souvent, semble-t-il, un décalage  entre l’énonciation d’une phrase et la gestuelle du personnage; on ne sait plus trop alors si la parole est action ou représentation, notamment chez Sacha Guitry.
Cela commence ici, d’abord avec deux textes de Georges Courteline. Dans La Peur des coups, Elle et Lui, après une nuit de bal sans doute bien arrosée, règlent leurs comptes. Il lui reproche de s’être laissée approcher d’un peu trop près par un bel officier. Et elle se plaint qu’il ne prenne aucune initiative! Vaste problème encore actuel…

Autre histoire de couple avec Les Boulingrin. Un certain Monsieur Des Rillettes, pique-assiette patenté, est invité par les Boulingrin à prendre le thé. Il y voit tout de suite l’occasion de revenir pour être souvent bien au chaud pendant l’hiver parisien, d’autant que Félicie, la petite bonne ne lui déplait pas du tout: - Merveille ! Vous êtes la femme qu’il me faut. - Vous voulez m’épouser ? – Ne faites pas l’imbécile, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La pauvre Félicie comprend vite: – On peut se tromper. Excusez. Et Madame Boulingrin n’est pas tendre non plus pour elle. D’autant qu’elle a surpris dans une position embarrassante son mari qui marmonne:  -Sur mes genoux ? Elle était sur mes genoux, Félicie ? Et Madame Boulingrin réplique: - Il me semble !… Alors que son mari prétend ne pas s’en être aperçu… - »Vous étiez sur mes genoux, Félicie? », répète-t-il ? Ce à quoi, elle répond merveilleusement devant sa patronne: - « Oh! Tout à fait au bout, Monsieur. »

Bref, le couple Boulingrin semble battre de l’aile et se dispute tout le temps, les insultes et les coups pleuvent. Et Des Rillettes qui croyait avoir fait une bonne affaire, ne boit plus bien ce qu’il  a à voir avec ces bourgeois aisés. Mais tout se passe comme si leurs incessantes querelles avaient été, pour les Boulingrin, un moyen astucieux de se débarrasser de lui. On ne le saura jamais et c’est la petite bonne qui aura le dernier mot: “Qui cherche à désunir un couple, est souvent puni… On ne peut impunément semer la zizanie. ».

Le Bain de Ménage est encore une histoire de couple, celui des Cocarel et d’Adélaïde, leur jeune  femme de chambre qui a son franc-parler: quand le mari veut l’embrasser, elle réplique:-“Ah bien ! dites donc, faudrait pas me prendre pour une horizontale. »  Cette piécette de Georges Feydeau est fondée, comme le reste de son théâtre, sur le quiproquo, vieux truc inoxydable. Laurence voit tout d’un coup son mari dans la baignoire avec Adélaïde! -«Je vous prends en flagrant délit, dit Laurence, je vous trouve, là, tous les deux en tête à tête, au milieu de l’obscurité, et vous voudriez me faire croire ! « Mais la situation s’inversera, quand Cocarel verra le jeune Catulle assis sur les genoux de  Laurence ! Et c’est encore Adélaïde qui conclura: -«Ah ! Que Madame est bonne ! Que le bon Dieu lui rende la pareille! »

Ce Concerto de passions finit par Le KWTZ,  troisième pièce de  Sacha Guitry (1905) -il avait juste vingt ans-sous l’influence d’Alfred Jarry. Maximilien et Hildebrande, deux amoureux qui ne peuvent vivre ensemble, décident alors de se suicider. Il y a aussi une bonne qui semble peu ou pas payée, comme c’était l’habitude à l’époque et priée au besoin par Monsieur et/ou ses fils, de passer à la casserole. On trouve déjà ici la misogynie pas toujours feutrée sur fond de mot d’auteur et dont on ne sait jamais si, chez Sacha Guitry, elle est au premier ou au second degré. Mais elle aura été son fond de commerce théâtral, du genre: «Ce qu’on devrait choisir dans la femme d’un autre… ce n’est pas la femme… c’est l’autre ! »

Sacha Guitry a eu longtemps la réputation d’un écrivain de théâtre facile aux petites phrases ciselées mais depuis une quinzaine d’années, les jeunes metteurs en scène comme les élèves de cours de théâtre le redécouvrent. Et c’est vrai qu’il ne manque pas de finesse, même quand il cherche à être  des plus cyniques: “Notre erreur la plus grande, écrivait-il dans Elles et toi (1946) n’est pas de croire qu’elles nous aiment mais bien plutôt de nous imaginer que nous, nous les aimons.”

Ici, sur tout ce petit plateau, côté jardin, une cheminée avec du feu, juste quelques fauteuils et accessoires. Jacques Mornas et Mélisande Guessoum qui ont cosigné la mise en scène, ont voulu donné à l’ensemble une tonalité espagnole de pacotille avec accent appuyé, nombreux tangos, chansons, habit de torero et tête de taureau naturalisé dont les yeux s’allument parfois… Après tout, pourquoi pas, même si cette distanciation comme on dit, n’est pas vraiment convaincante. Mais plus d’un siècle après, les dialogues bien écrits et très rythmés, tiennent merveilleusement le coup et c’est l’essentiel. Les chansons populaires et musiques actuelles dont celles du groupe Gothan Project servent de liaisons. Et comme c’est interprété avec une grande-mais parfois trop grande-énergie par Mélisande Guessoum (l’épouse) et Marine Tonnelier (la bonne) dans chacune de ces pièces, on se laisse prendre au jeu. Gilles Bugeaud et Arnaud Pontois-Blachère dans les différents rôles masculins, sont plus effacés et nettement moins convaincants. Et on oubliera ce qui tient lieu de scénographie…

En tout cas, on ne s’ennuie pas une seconde et ce spectacle honnête est réjouissant: le public rit beaucoup et applaudit longuement. Pas si fréquent avec les auteurs contemporains qui  se préoccupent plus volontiers de nous décrire leurs états d’âme!

Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs Paris Ier, jusqu’au 10 février.

 

Heroes de Philippe Awat, Guillaume Barbot et Victor Gauthier-Martin

(C) Sylvain Duffard

(C) Sylvain Duffard

 

Heroes de Philippe Awat, Guillaume Barbot et Victor Gauthier-Martin

Cela se passe à la Resserre, là-haut sous les toits, la plus petite des trois scènes du Théâtre de la Cité Universitaire. Dans une petite pièce aux murs noirs avec un coin cuisine, les trois compères, d’âge différent, sont assis autour d’une table où un homme en blouson à capuche dont nous ne voyons pas le visage, regarde un ordinateur. Cela commence par le mode d’emploi  de ce spectacle soit disant itinérant, malgré le froid, dans les jardins et sites de la Cité universitaire… Théâtre dans le théâtre: un beau canular assez bien foutu pour que l’on y croit quand même une minute…

Puis les trois comparses-acteurs mais aussi metteurs en scène (voir Le Théâtre du Blog) vont dévoiler le thème du spectacle: une approche et un essai de compréhension des terribles attentats qui ont  ensanglanté de nombreuses villes de la planète, mais aussi ce que signifie être un héros contemporain, comme ces lanceurs d’alerte qui osent s’en prendre aux modes d’action et à la toute puissance de sociétés internationales, véritables Etats dans l’Etat, aux pratiques plus que limites, au bord de l’illégalité, et en toute impunité…

Philippe Awat, Guillaume Barbot et Victor Gauthier-Martin parlent beaucoup et bien, oralement ou par le biais de projections de quelques textes significatifs. Rien de très nouveau dans le propos mais, sans doute issu d’un bon travail de recherche, le spectacle agit comme une piqûre de rappel concernant la grande machinerie financière qui nous révolte tous, mais… dont nous sommes aussi tous complices malgré nous, via nos  chères banques, loin d’être innocentes quand elles placent les économies des Français, les Dieux seuls savent où…

Et ils évoquent l’affaire des Panama Papers avec la fuite de plus de onze millions de documents du cabinet d’avocats Mossack Fonseca, avec des dizaines de milliers d’informations sur des sociétés dites « offshore » c’est à dire extra-territoriales, donc aux actionnaires exempts d’impôts: politiques, sportifs, chefs d’État ou de gouvernement d’Arabie saoudite, Argentine, Emirats arabes unis, Islande, Royaume-Uni, Ukraine, Russie, Chine, etc. sans oublier notre douce France… Les trois compères donnent même le mode d’emploi qu’ils ont pu facilement trouver sur Internet-c’est vrai-pour placer de façon anonyme leur argent par le biais de ces trop fameuses sociétés offshore (au fait, pas si facile que cela, même légalement… et assez coûteux).

John Doe (un pseudonyme, lanceur d’alerte non rémunéré de son état, a fait parvenir au Süddetsche Zeitung des documents concernent ces sociétés extra-territoriales que Fonseca a aidées à créer. Le grand quotidien allemand les a renvoyées ensuite dans les rédactions de médias dans quelque quatre-vingt pays! Efficacité  mis aussi fureur de la Maison Blanche garanties !

Il y a aussi Denis Robert qui révéla l’affaire Clearstream: «Ma liberté de parole a été chèrement acquise. C’est parce que j’ai résisté à leurs pressions et que j’ai gagné mes procès qu’aujourd’hui je suis audible. Ce n’est pas pour ça que j’ai une solution, mais simplement des explications. » Et encore Edward Snowden soutenu par le fondateur de Wikileaks, Julien Assange, et par Patti Smith et le réalisateur Michael Moore qui le considèrent tous comme un héros national. Il ne mâche pas ses mots: «Il y a deux ans, je révélais que la NSA enregistrait des informations relatives à presque chaque appel téléphonique aux Etats-Unis. (…) La Maison Blanche a reconnu que ce programme n’avait pas permis d’empêcher une seule attaque terroriste, et a ordonné qu’on y mette un terme. Reconnaissant le rôle essentiel que joue un public informé dans la correction des dérives gouvernementales, le Conseil de l’Europe a préconisé l’adoption de nouvelles lois empêchant la persécution des lanceurs d’alerte. »

 Julian Assange a lui, relevé de très graves dysfonctionnements profitant aux États qui contrôlent  la majeure partie des communications et gardent secrètes leurs informations. Même s’il a reçu la médaille d’or de la Sydney Peace Foundation pour la défense du droit des individus à la connaissance, réfugié en Russie, il est poursuivi pour espionnage et peut subir une peine de prison à vie.

Est évoquée aussi Chelsea Manning, alias, avant son changement de sexe: Bradley Edward Manning, ancien analyste militaire américain, et une des sources des documents publiés par Wikileaks sur la guerre en Afghanistan. Lui/elle a été condamnée pour espionnage à trente-cinq ans de prison. Mais, grâce au président Obama, elle en est sortie, après quand même sept ans de réclusion très dure! Une levée de fonds pour sa défense avait permis de rassembler près d’un million de dollars…

Et le spectacle se finit avec projeté un texte magnifique de Georg Büchner (1833), d’une incroyable actualité. «On reproche aux jeunes gens d’user de la violence. Mais ne sommes-nous pas dans un état de violence perpétuelle? Qu’appelez-vous donc légalité? Une loi qui fait de la grande masse des citoyens, un bétail bon pour la corvée afin de satisfaire les besoins artificiels d’une minorité insignifiante et corrompue? »

Et sur le plateau, cela donne quoi ? Du bon, avec une technique certaine et une réelle connivence entre ces trois acteurs-metteurs en scène d’âge différent qui sont ici tout à fait à l’aise Ils s’étaient rencontrés alors d’une résidence à Chelles où officiait encore il y a peu l’actuel directeur du Théâtre de la Cité U, Marc Le Glatin. Mais aussi du moins bon: il y a ici un manque de dramaturgie et de mise en scène évident… Et tel qu’il est, le spectacle qui veut sans doute trop en dire, a du mal à tenir la route. Il ne manque pas d’atouts mais a quelque chose de bavard et d’un peu laborieux, même aéré par quelques belles phrases de Jean-Sébastien Bach jouées sur scène au violon par un quatrième complice.

Et dans cette démonstration économico-socio-politique, rien que le public fréquentant le théâtre de la Cité U. ne connaisse déjà. Et c’est un thème qui sans doute serait mieux traité avec les moyens et les techniques d’un théâtre de tréteaux, comme ceux des fameux « kapouchniks », mensuels et très populaires, du Théâtre de l’Unité à Audincourt.  Hervée de Lafond et Jacques Livchine s’en prennent souvent avec quelques comédiens, façon cabaret et comme à mains nues, aux aberrations du système capitaliste. Simple mais très bien réalisé  ces kapouchniks sont d’une rare efficacité avec chansons, sketches, démonstrations chiffrées  au tableau noir (voir Le Théâtre du Blog).
Il y a ici quelques bons moments où, tout d’un coup, les choses commencent à se mettre en place, comme avec ces enregistrements d’interviews de la classe politique française sur la guerre: François Hollande, Emmanuel Macron, etc. , malgré le son aussi déplorable qu’inutile des micros HF, surtout dans cette petite salle de la Resserre. Désolé, l’ensemble-sans doute un peu frileux et pas assez radical-malgré un titre, selon la manie snobinarde actuelle, en anglais, on se demande bien pourquoi!-n’a rien de très convaincant…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité Universitaire, 17 boulevard Jourdain, Paris XIVème, jusqu’au 16 février.

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