Pulvérisés d’Alexandra Badéa, mise en scène de Vincent Dussart

 

Pulvérisés d’Alexandra Badéa, mise en scène de Vincent Dussart

©Stéphane Szestak

©Stéphane Szestak

 Cette pièce de la jeune auteure roumaine avait reçu le grand Prix de littérature dramatique de la S.A.C.D. en 2013, et avait été ensuite mise en scène par Jacques Nichet l’an passé (voir Le Théâtre du Blog). La thématique du travail est un vieux thème du cinéma,  avec les très fameux Temps modernes de Charlie Chaplin. Mais il l’a été d’abord été au théâtre et souvent, avec déjà en 1897 Les Mauvais bergers d’Octave Mirbeau, avec Lucien Guitry et Sarah Bernhardt.

Le monde de l’entreprise aura ainsi sans doute fait l’objet d’une bonne centaine de pièces depuis quelques décennies! Avec récemment, La Compagnie des hommes d’Edward Bond qui y dénonce le monde de  l’industrie et la société actuelle… A la Renverse, Les Travaux et les jours, La Demande d’emploi de Michel Vinaver qui Hors-jeu d’Enzo Cormann, L’Amour dans une usine de poissons d’Israël Horovitz, Cambrure fragile de Dominique Paquet qui se déroule dans une entreprise de chaussures de luxe, Débrayage de Rémi de Voos, L’Usine de l’auteur suédois Magnus Dahlstöm, Sous la glace de Falk Richter qu’a aussi mis en en scène Vincent Dussart* où l’auteur montre la contradiction entre le sentiment d’exister et la nécessité absolue de performance financière dans un cabinet de consultants. Mais aussi A plates coutures de Carole Thibaut avec la révolte des ouvrières de Lejaby, Et Lettres de non-motivation de Vincent Thomasset; derniers nés de cette longue série, Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon, par le collectif L’Avantage du doute, un travail à base d’enquêtes sociologiques, et bien sûr, le très brillant  Nobody de Cyril Teste (voir Le Théâtre du Blog pour tous ces spectacles) où il épingle de façon virulente les doubles sens du langage des entreprises et surtout la peur de l’échec qui traumatise les employés… Et enfin de Blandine Métayer, Je suis top !, un monologue  écrit sur la base de témoignages d’employés.

Vie intime en contradiction avec celle de l’entreprise, violences physiques et/ou psychologiques, état d’épuisement, humiliations, chantages et menaces à peine voilées de dirigeants, violents conflits entre proches collègues, exploitation, manque de place, cadences infernales, sous-rémunération, bruit/et où froid et ou chaleur trop élevées, absence d’hygiène, travail dangereux avec non-respect total des normes de sécurité, intoxications chimiques, blessures voire accidents mortels, tricheries diverses et variées sur les contrats de travail, machisme, mépris et harcèlement sexuel, angoisse permanente de perdre son travail: les corps comme les esprits prennent souvent des coups dans un monde surpeuplé et anxiogène, propice aux révoltes et grèves intensives: bref, un cadre idéal pour des comédies,  mais plus souvent pour de vraies et très lourdes tragédies collectives ! Surtout dans le privé mais aussi dans  les entreprises publiques et les ministères loin aussi d’être  exemplaires ! Ici, l’auteure d’Europe Connexion créée la saison dernière (voir Le Théâtre du Blog) a pris pour cible la délocalisation et la mondialisation du travail avec une pièce axée autour de deux femmes à Shangai et Bucarest, et deux hommes à Dakar et Lyon Comme une sorte de concentré fictif aux allures de petit traité pour les nuls de la vie en entreprise sur la planète. Avec par exemple, ce qui reste de vie personnelle à cette ouvrière chinoise soumise aux objectifs de rentabilité de l’usine : “Alors tu restes à ta place sur une surface d’un mètre carré dans un espace illimité. Et tu regardes la caméra de surveillance le temps d’écouter les instructions de sécurité et les slogans de l’entreprise : « Si tu ne t’appliques pas au travail aujourd’hui, demain tu t’appliqueras à trouver du travail» Après les dix minutes de gymnastique obligatoire, la bande se met en route, tu mets ton masque, et tu commences à répéter le même geste, toutes les huit secondes. »

L’ingénieure roumaine d’études et développement, très expérimentée mais elle aussi sous pression permanente, témoigne pourtant de sa difficulté à s’intégrer, à réussir et donc à gravir les échelons… Et le dirigeant de plate-forme téléphonique sénégalais, exploité, dénonce la cruauté de son chef pour faire du chiffre mais rouage involontaire du système, précise : «Ici, il est interdit de parler en langue. Ici, on pense français, on mange français, on a des noms français. »

Le «responsable-qualité» français, rivé à son écran comme des millions d’autres, est lui aussi, près de l’épuisement. Tous les quatre reliés par leur travail à des milliers d’inconnus, tous aussi voués à la solitude, alors qu’ils fabriquent souvent ordinateurs, téléphones mobiles justement destinés à mettre les gens en relation… Tous les quatre,  en proie à la solitude dans une entreprise de plusieurs centaines d’employés et  avec un mal de vivre permanent : comment ne pas s’effondrer sous la contrainte physique-la pire sans doute, puisque double peine, elle s’accompagne d’un état dépressif sous-jacent…

Vincent Dussart a imaginé un dispositif scénographique qu’on a déjà vu mais qui est assez peu utilisé: quatre passerelles en croix au sol blanc immaculé, avec, au bout, une fauteuil en plastique à échancrure tout aussi blanc sous l’éclairage sinistre de quatre lampadaires à tube fluo blanc cru. Le public étant placé entre ces passerelles donc très-trop?-proches des personnages. Cela fonctionne mais pas toujours  bien car il y  a, avec ce dispositif, un inévitable côté statique.

Mais Vincent Dussart a parfaitement dirigé Patrice Gallet, Tony Harrisson, Simona Maicanescu et la jeune et formidable actrice franco-chinoise Haini Wang; ils sont impeccables et interprètent avec beaucoup d’intelligence ces travailleurs qui gagnent sans doute à peu près correctement leur vie mais qui sont enfermés dans un système inhumain-ils n’ont pas d’autre choix!-au prix de leur identité : «Pas aujourd’hui après quarante-huit heures de vol sur les 122 dernières heures de ta vie /Tu ne sais pas quoi dire à ton fils /Tu devrais peut-être lui parler de ton voyage, du monde, de l’autre mais tu n’as rien à dire /Tu ne peux pas lui mentir, tu ne peux pas lui dire vrai, car au fait tu aimes l’être humain malgré tout /et c’est de ton devoir de préserver l’innocence d’un enfant /Alors tu manges tranquillement ta glace. » Alexandra Badea analyse finement ici le système qu’a généré la mondialisation sur le monde du travail, mais Pulvérisés a parfois un côté démonstratif et un peu sec (genre brechtisme mal digéré).

Malgré tout, le message auprès des lycéens et collégiens, à entendre les questions d’une redoutable intelligence de certains d’entre eux après la représentation, semble être passé. Et pour cause : Soissons (28.000 habitants) a vu depuis le début de ce siècle, disparaître des sites industriels importants comme Wolber, BSL et AR Carton !

Philippe du Vignal

Spectacle  vu le 9 novembre au Mail, Scène culturelle de Soissons. Les 13 et 14 novembre, Théâtre Jean Vilar de Saint-Quentin; les 15 et 16 novembre, à La Maison du Théâtre d’Amiens et le 17 novembre, salle Demoustiers à Villers-Cotterêts. Le texte de la pièce est publié par  L’Arche Editeur.

*Sous la glace sera joué le 24 novembre à La Manekine, Pont-Sainte-Maxence (Oise). Et du 6 au 22 décembre, Théâtre de l’Opprimé, Paris. Et le 19 janvier, au Mail-Scène culturelle de Soissons.


Archives pour la catégorie critique

Les Larmes de Barbe-Bleue, d’après Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók

Photo Jean-Louis Fernandez

Photo Jean-Louis Fernandez

Les Larmes de Barbe-Bleue d’après Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók, et divers textes de Georges Didi-Huberman, conception et mise en scène de Mathieu Bauer

 L’antre étroit et sombre de la péniche Pop offre une ambiance propice à ce Château de Barbe-Bleue, où Evelyne Didi nous entraîne sans façon, comme si elle nous conviait à partager sa cuisine. Cet unique opéra du compositeur hongrois s’inspire du conte de Charles Perrault  mais s’en éloigne par la nostalgie qui se dégage de sa musique et des paroles. L’intrigue aussi diffère :  Barbe-Bleue ouvre les sept portes de sa demeure, répondant contre son gré, et malgré ses mises en garde, à la curiosité insistante de sa nouvelle épouse Judit.

 Avant de nous faire pénétrer dans le cœur de l’oeuvre, la comédienne s’essaye aux sonorités heurtées de la langue hongroise, et traduit les mots-clefs du livret de Béla Balázs :  « mélancolie, tristesse, larmes… ». En écrivant ce poème amer et pessimiste, l’écrivain hongrois (1884-1949) a su trouver la tonalité des ballades anciennes de Transylvanie, région natale de Béla Bartók. Sans les comprendre, on entend bien sonner ses vers brefs de quatre pieds. « Je voulais dépeindre une âme moderne avec les couleurs primaires du chant populaire », dit-il. Le musicien se plait lui aussi à revisiter ce folklore, comme en témoigne une lettre de lui, à sa mère, lue par Evelyne Didi.

 Mathieu Bauer met en regard du Château de Barbe-Bleue différents écrits du compositeur, et des textes de Georges Didi-Hubermann : « Le philosophe y défend la puissance active de nos émotions, dit-il, ainsi les larmes, loin d’être le signe d’une impuissance à agir, deviennent au contraire, ce qui nourrit un désir de transformation du monde.» Tout au long du spectacle, on entendra des bribes de cet opéra condensé et atypique, sans récitatifs ni grands airs, avec deux personnages seulement: Barbe-Bleue et sa femme Judit, dans un crescendo de violence. Certaines parties ont été recomposées par Sylvain Cartigny, qui met en lumière le caractère contemporain de l’œuvre avec des instruments peu utilisés à l’époque : xylophone, célesta, orgue, clarinettes dans l’extrême aigu, trompettes en saccade… Avec un côté répétitif et lancinant : les portes successives, et partout, du sang et des larmes. Une musique contrastée qui crie et pleure…

 En parallèle, Evelyne Didi se livre à un travail d’archéologue et décrypte la partition, y débusquant les émotions, et la sombre inquiétude qui suinte des murs. Des secrets terribles se cachent derrière les portes. Et le château de Barbe-Bleue pleure littéralement… «Au fond, nous faisons notre entrée dans le monde, avec des larmes et nous en sortons avec des larmes. Elles encadrent notre existence… », dit Béla Bartók à propos de son opéra. Comme si le compositeur avait pressenti,  quand il l’écrivit en 1911, les tragédies à venir en Europe et qui frappèrent aussi directement cette œuvre : d’abord rejetée, elle ne vit le jour qu’en 1918.  Et  deux ans plus tard, le régime fasciste de l’amiral Horthy interdit  que Béla Balázs soit cité, parce que socialiste et juif. Béla Bartók en refuse alors toute représentation..

 La présence lumineuse de la comédienne et sa gouaille toute contemporaine agissent en contrepoint de la demeure sombre et sinistre de Barbe-Bleue qui personnifie les états d’âme du châtelain. Elle évolue dans une scénographie conçue par Chantal de La Coste: un capharnaüm, dont elle exhume des documents ; elle prépare une recette de cuisine, avec les sons et les instruments convoqués par Béla Bartók … Elle orchestre des fragments de textes, d’extraits musicaux, d’images…

« De quoi, cette émotion qui inonde l’opéra est-t-elle le signe ? se demande Mathieu Bauer. Les larmes de Barbe-Bleue seraient-elles donc une réponse sensible à même de transformer notre époque et les émotions qui en découlent ?» Béla Balázs a intitulé « mystère » son conte symbolique, et sa forêt de métaphores. Mystère que le spectacle nous invite à déchiffrer,  avec une nouvelle écoute de cet opéra, et avec notre sensibilité actuelle. Evelyne Didi fait de Judit un personnage combattant qui, à l’instar de l’héroïne, apporte avec malice sa lumière au château, en ouvrant les portes.

Ce spectacle intelligent et passionnant, créé à la Pop, en coproduction avec le Nouveau Théâtre de Montreuil devrait être repris la saison prochaine. A ne pas manquer.

 Mireille Davidovici

 Spectacle joué à la Pop Péniche, amarrée 34 quai de la Loire, Paris XIXème du 7 au 10 novembre.

Peuples en Larmes peuples en armes, de Georges Didi-Hubermanéditions de Minuit, 2016  
Quelle émotion ? Quelle émotion ! de Georges Didi-Huberman éditions Bayard, 2013.

 Le Château de Barbe-Bleue, livret de Béla Balázs est à paraître à l’Avant-Scène opéra en 2018

 

 

Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza

 

Crédit photo : Pascal Victor

Crédit photo : Pascal Victor

Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza

 «Un homme et une femme se tiennent sur un parking de restaurant de province, dit l’auteure et dramaturge;  elle, Andrea, mère célibataire, préparatrice en pharmacie, est encore dans la voiture. Son amant, Boris, patron d’une entreprise de minoterie, essaie de la convaincre d’en sortir  malgré l’erreur qu’il vient de commettre: il a mentionné que ce restaurant lui a été conseillé par sa femme! Bella Figura explore la soirée consécutive  à cette faute originelle… »
La pièce a été créée il y a deux ans par Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin, avec dans le rôle principal, une de ses égéries, Nina Hoss (voir Le Théâtre du Blog). Une histoire d’adultère qui pourrait verser dans le théâtre de boulevard, mais aux propos raffinés et moqueurs. Emmanuelle Devos dans une petite robe courte estivale d’ado, allonge ses longues jambes sur le siège avant d’une magnifique Audi jaune, objet de désir pour les avides de clinquant. On est ici dans le non-dit, l’implicite et le sous-entendu, et dans  un monde à l’humour âpre et à l’ironie acerbe, un rien angoissant.

Boris, dont l’entreprise est en grande difficulté, joue les rustres sensibles, avec pourtant des pointes judicieuses de souffrance et de mélancolie. En voulant quitter les lieux en marche arrière, il a failli renverser avec sa voiture, une dame âgée, qui, accompagnée de son fils et de sa femme, fête son anniversaire au restaurant (malicieuse Josiane Stoléru). Elle a un début d’Alzheimer et l’envie d’agacer son fils. Micha Lescot joue les clowns à merveille pour détendre l’atmosphère pesante, et sa belle-fille, incarnée avec une belle réserve par Camille Japy, est l’amie de l’épouse de Boris ! D’où… un sentiment de malaise.

Entre les scènes, résonne la musique de Nathan Zanagar et Théodore Eristoff avec une revisitation de Gimme shelthe des Rolling Stones, et des images vidéo font vivre la campagne nocturne alentour: herbes et roseaux en ombres chinoises  et croassements des crapauds. Andrea, fâchée contre Boris et qui le lui fait payer, traverse le plateau et n’en finit pas de fumer cigarette sur cigarette; en talons rouges, petit sac à la main et tirant sans cesse sur sa robe trop courte, elle avale en pagaïe calmants et autres antidépresseurs.

Souriante et avenante,  elle interpelle les convives qui s’apprêtent à fêter cet anniversaire et s’invite à la table  de fête, à la plus grande gêne de Françoise, agacée par cette intruse sans vergogne qui, peu à peu, s’enivre pour le plaisir d’Eric, charmé, et pour le bonheur de la mère qui s’entiche de cette provocatrice. Mais rien n’arrive, et il y a une atmosphère pesante que le public-patient-éprouve… trop longuement! Les acteurs, vifs, facétieux et précis, sont heureux d’en découdre, mais à quelle fin? Le téléphone blanc du  boulevard d’autrefois-symbole de luxe, car l’abonnement des P.T.T. était plus cher!-sont remplacés ici par une belle Audi jaune, et par des canapés de jardin. Frivoles et désenchantés, tous ces personnages qui se rencontrent ici, n’ont rien à se dire…

 Reste la gracieuse Emmanuelle Devos qui mime les Marylin émerveillées…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, 2 avenue Franklin-Roosevelt, Paris VIII ème, jusqu’au 31 décembre. T. : 01 44 95 98 21.

 

L’Hypothèse de la chute, chorégraphie de Frédéric Cellé

L’Hypothèse de la chute, chorégraphie de Frédéric Cellé

 

Crédit photo : Denis Darzacq

Crédit photo : Denis Darzacq

La chute, défi à l’attraction du sol, correspond au fait de tomber, jolie source d’inspiration pour Frédéric Cellé. Ne plus rester droit, s’écrouler, s’effondrer silencieusement dans une glissade fluide, ou décider librement l’abandon de soi, le lâcher-prise de l’existence. S’affaisser un court instant suffit à mieux se relever. Ici, on tombe pour réapprendre l’ascension, dans une posture de risque et de spectacle.

Un quintette d’interprètes, danseurs et circassiens, explorent, pour le bonheur des spectateurs, l’art de la chute et sa fatalité redoutée… Justine Berthillot, Tatanka Gombaud, Maxime Herviou, Clément Le Disquay et Aurélie Moulhade s’élancent dans le vide, comme pris d’un vertige préparatoire à la chute. Ils s’en donnent à cœur joie, se soutiennent les uns les autres et préviennent les conséquences des lois de la pesanteur. Déplacements latéraux et verticaux, sous le souffle du vent, précipitation des corps dans une neige et une pluie symboliques. Ils s’élancent, commencent à tomber puis se rattrapent adroitement  ou se lancent  dans des cascades répétées. Comme dans une chute improvisée d’anges facétieux, ils perdent leur équilibre, semblent s’affaisser au sol,  comme pour descendre plus bas encore. Culbutes et glissades, vols planés et trébuchements, jusqu’à un plongeon  dans l’eau.

 Tout commence par la confrontation avec en effet un plongeoir d’un blanc fellinien, inspiré de celui de Saint-Malo et caché d’un rideau léger de filets blancs. Le premier personnage n’ose pas monter les marches de l’escalier, pris de panique et de vertige. Mais latéralement surgit un quatuor d’artistes habités par le plaisir de chuter puis de se relever. Jubilation et excitation, ivresse et emportement, les corps ne s’appartiennent plus et jouent leur partition à la fois singulière et chorale, en électrons libres subissant l’attraction, avec des images fragmentaires recomposant un tableau d’ensemble. Les interprètes  se jettent dans une danse infernale joyeuse et tonique. Pas question ici de défaite, échec ou capitulation. Les danseurs allongés sur un tapis matelassé, tels des gisants pâles, rappent ceux de tous les Radeaux de la Méduse  et de tous les Massacre des Innocents et font écho aux migrants entassés sur des embarcations précaires.

 Dans la seconde partie du spectacle, moins grave, se développe le bonheur collectif d’être au monde,  et le sentiment joyeux d’un réconfort,  sur une musique disco. Des costumes colorés et délicats accentuent une impression de fraîcheur printanière. Une aventure esthétique, grâce aussi à la lumière et à la scénographie de Gilles Faure, à la création sonore de Camille Rocailleux, entre danse, cirque et acrobatie : bref, et une fête de tous les instants avec une gestuelle royale.

 Véronique Hotte

Spectacle vu à L’Arc-Scène nationale du Creusot, le 9 novembre. Théâtre Mansart de Dijon, le 30 novembre.

Maison de la Culture de Bourges, le 5 décembre. Scènes du Jura-Scène nationale de Lons-le-Saunier, les 7 et 8 décembre.Théâtre-Scène nationale de Mâcon, les 14 et 15 décembre.

Théâtre de Vitry-le-François, les 22 et 24 janvier. Théâtre de Charleville-Mézières, le 26 janvier. Théâtre Gaston Bernard de Châtillon-sur-Seine, le 30 janvier. Théâtre des Arts de Cluny le 1er février. Espace 110 d’Illzach , le 17 mars.

Théâtre Gérard Philipe de Frouard, le 6 avril. L’Embarcadère de Montceau-les-Mines (71), le 25 avril. Théâtre d’Autun (71), les 17 et 18 mai

 

 

Les Ombres errantes, musique de François Couperin, mise en ombre et en lumière de Philippe Beau, mise en espace de Chine Curchod

 

Les Ombres errantes, musique de François Couperin, mise en ombre et en lumière de Philippe Beau, mise en espace de Chine Curchod

9ff8b16c74a5c63dcba293c233d4b7ecIddo Bar-Shaï, pianiste et Philippe Beau, ombromane, magiciens l’un du clavier, et l’autre, du théâtre d’ombre vont nous faire «entendre-voir» la musique de François Couperin (1668-1733). Avec une dizaine de petites pièces baroques aux titres évocateurs. Comme d’abord, Les Ombres errantes, l’une de ses dernières œuvres pour clavecin, publiée en 1730, alors que le musicien était déjà bien malade. Grâce à une seule lampe de poche,  Philippe Beau projette l’ombre du grand piano qui prend des allures de monstre sur un écran. L’espace s’anime en noir et blanc, et dans la lumière, les notes d’Iddo Bar-Shaï prennent lentement corps; une étrange nostalgie  nous étreint.

Mais des moments plus joyeux suivront avec un allègre Sœur Monique. Dans Le Rossignol en amour suivi de Double du Rossignol, des oiseaux en ombre convolent et puis s’enfuient. L’Ame en Peine retrouve une tonalité mineure, pour un moment de recueillement intense. Suivront le drôle et fameux Tic Toc Choc en fa majeur, ou Les Tambourins, en sol majeur. Les non moins fameuses Barricades Mistérieuses, témoignent, elles, du style dit « brisé»,  propre aux clavecinistes français de l’époque et emprunté aux joueurs de luth qui  avaient brisé les accords écrits dans les partitions pour mieux moduler l’intensité et l’expression du son. Avec la superposition de lignes mélodiques, cela fait alors penser au contrepoint.

Ces petites séquences sentimentales s’égrènent avec finesse… Naissent alors sous les doigts habiles de Philippe Beau, paysages, animaux et silhouettes humaines : un oiseau s’envole vers le nid de ses cheveux ou se perche sur son bras, un cheval galope, une grenouille bat du tambourin… Tout un bestiaire éphémère, mais aussi des images plus abstraites et avec de délicates découpes, sont projetés les titres des pièces. Ombre et lumière en adéquation avec cette musique baroque.  Bien que souvent figuratives, les saynètes de Philippe Beau ne viennent pas illustrer les pièces mais surgissent littéralement de la force évocatrice du piano. Musique et images se conjuguent en douceur. «J’ayme beaucoup mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend, disait François Couperin. »

 La metteuse en scène suisse Chine Curchod a, pour ce concert, imaginé une scénographie dépouillée,  et a trouvé un accord parfait entre des artistes qui n’avaient jamais travaillé ensemble avant cette création en 2015. «La musique crée des ombres», dit le pianiste israélien.”(…) « Dans l’ombre, précise Philippe Beau, on peut tout imaginer: l’invisible est parfois plus intéressant que le visible. Je sens ça dans la musique.” Ils sont  quelques-uns comme lui, à pratiquer l’ombromanie (ballet de mains), un art proche de la magie. Il a collaboré à de nombreux spectacles, comme ceux, entre autres, de Philippe Decouflé, Robert Lepage, ou Peter Brook…

On pourra apprécier les effets spéciaux conçus par Philippe Beau dans Faust de Johan Wolfgang von Goethe, au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris, à partir du 21 mars.  .

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 8 novembre, à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy

 Théâtre des Pénitents, Montbrison, le 14 décembre. 

 Le concert d’Iddo Bar-ShaÏ, Couperin/ Les Ombres errantes est édité en DVD ( Mirare)

Robert-Houdin, le roi des magiciens de Philippe Beau est publié aux éditions A dos d’âne.

 

 

Crocodiles


Crocodiles de Fabio Geda, d’après l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat

09432CE4-28D0-4019-AC3F-260E5E432C03Nous sommes assis de part et d’autre d’une longue piste, face à deux écrans où l’on projette par instants les frontières qu’Enaïat Akbari, un jeune Afghan de dix ans, va traverser dans des conditions invraisemblables. Sa mère l’a conduit au Pakistan et l’y abandonnera dans l’espoir de lui préserver la vie. Enaïat  va faire entendre ici la voix de tous ceux qui sont tus là-bas. Afghanistan. Pakistan, Turquie, Grèce, Italie… les frontières se passent en cordée dans les montagnes, dans le double-fond d’un camion, à bord d’un canot pneumatique! Le temps ne passe pas à la même vitesse partout mais est toujours accompagné de son cortège d’angoisses et de désirs.

Rémy Fortin nous fait vivre les épreuves douloureuses d’Enaïat qui va traverser les frontières, et dans cette  aventure aux multiples dangers, quelques-uns de ses amis y laisseront leurs vies, exploités, affamés, enfermés parfois, mais lui, réussira, malgré tout, à survivre et même à retrouver le contact avec sa mère.

  Ce solo formidable et  magistralement enlevé,dénonce sans pathos une émigration provoquée en partie, il y a des décennies par le pillage de ses anciennes colonies par les pays occidentaux. Un spectacle traversé par un beau souffle d’espoir dans la morosité et l’égoïsme de notre monde repu.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, 108 rue du Chevaleret, Paris XIIIème. T.  : 01 45 84 72 00, jusqu’au 18 novembre, en matinées scolaires, et le 16 à 10 h et 14 h 30, 17 à 10 h
Tout public : en novembre: le 15 à 15 h, le 18 à 18 h et le 12 à 16 h.

 

 

La Vita ferma (La Vie suspendue), texte et mise en scène de Lucia Calamaro

 

La Vita ferma (La Vie suspendue), texte et mise en scène de Lucia Calamaro, traduction française de Federica Martucci, (spectacle en italien, surtitré en français)

photo : Lucia Baldini

photo : Lucia Baldini

 Les défunts-les nôtres, les proches et les êtres chers  pour nous, ne meurent jamais : physiquement absents, ils n’en restent pas moins présents mentalement. L’auteure, metteure en scène et scénographe italienne évoque avec délicatesse, un léger sourire et une belle sensibilité, la dimension existentielle de cette «vie suspendue» des morts, soit «leur façon d’exister en nous et en dehors de nous».

 La pièce, avec une perspective temporelle nous montre l’intérieur de la vie d’un couple, Simona et Riccardo, et de leur fille Alice, comme si la première, défunte, revenait auprès des siens, ressuscitée. Le temps s’est fracturé depuis la mort de leur mère, en un avant et un après. Douleur et souvenir, sentiment de la perte et de l’abandon d’une aventure humaine et terrestre entamée, prolongée naturellement, puis arrêtée avec brutalité. L’histoire débute avec le bouleversement post-mortem des repères habituels et le déménagement de lieux habités  au quotidien jusqu’au décès de Simona. Avec un comique réconfortant et des jeux d’esprit stimulants, Riccardo fume une cigarette au balcon, puis entasse, à l’intérieur de ce qui fut un foyer à tous les trois, les cartons vides pour une délocalisation prochaine, tout en conversant et en plaisantant avec Simona, très présente. Il raconte comment il range encore les robes à fleurs de cette femme à côté de ses costumes gris, côté printemps ou côté hiver à l’intérieur de l’armoire parentale. La vie reprend ses droits, avec toute la présence de la disparue :voix, gestes, silhouette.

 Les livres entièrement lus ou presque, ceux de Fiodor Dostoïevski, Michel de Certeau et Paul Ricœur, empreints de questions spirituelles et chrétiennes, sont inventoriés, puis négligemment déposés sur la table de nuit de la défunte. Et Riccardo de se moquer des prétentions intellectuelles et philosophiques de Simona en réalité peu intéressée à cela, mais investie par la fulgurance absolue d’un moi intérieur aux interrogations persistantes. Avec grâce et légèreté, les figures meurtries, ici convoquées, ont une présence sensuelle et ludique, et assurent les rôles des vivants et des morts. Avec humour, désir instinctif du jeu et besoin de parler, bouger et danser, Riccardo Goretti, Alice Redini et Simona Senzacqua incarnent de belles personnes qui s’affrontent, se rapprochent, se séparent, mais s’avouent aussi leur amour. Simona porte un seau de cailloux dorés et argentés qu’elle verse sur la scène, en une pluie d’étoiles scintillant dans l’espace mystérieux, tel un firmament inversé, car la vie est partout, ici et au-delà, dans l’infini de l’univers.

 Les adresses au public donnent à ce théâtre chaleur et proximité, à la manière du cinéma de Nanni Moretti aux confidences badines. Avec des conversations à bâtons rompus, entre bavardages frivoles et questions politiques. La crainte angoissée de la mort de l’autre, le pressentiment de son absence définitive repose sur l’égoïsme, et sur une aventure conçue comme un destin. L’idée inconfortable de la mort berce l’être, entre le prix de sa vie à lui et celle des autres, obligeant à rectifier toujours la compréhension du sens d’être au monde. Le sentiment existentiel participe d’une inquiétude qui ne nous laisse jamais en repos. « Au début, quand tu penses à un mort, rien que de l’évoquer, c’est déjà le pleurer, et déjà le désespoir, déjà une tentative de le rejoindre par la voie intraveineuse de la souffrance. Partant de là, de ta douleur, toi aussi, tu es près d’eux, pour presque quelque temps, tu es un presque vivant. Et puis un jour : rien. », dit Alice à Riccardo.

Lucia Calamaro a choisi de faire théâtre de l’existence entière pour la révéler davantage avec  une fraîcheur et un désir de vivre, en dépit des accidents de parcours. Les vivants et les morts se mêlent et se croisent dans une fresque animée,  avec la grâce des souvenirs, une mémoire éclairée qui étaye sans fin l’imaginaire. Les vivants retrouvent leur  respiration après les brusqueries et les douleurs infligées.

 Véronique Hotte

Odéon-Théâtre aux Ateliers Berthier 1 Rue André Suarès, Paris XVIIème. T: 01 44 85 40 40. (Festival d’Automne à Paris), jusqu’au 15 novembre.

 La pièce est éditée chez Actes-Sud Papiers.

 

Festen, mise en scène de Cyril Teste

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Festen, mise en scène de Cyril Teste, d’après Festen, un film de Thomas Vinterberg, co-scénariste Mogens Rukov, adaptation de  Bo Hr. Hansen, traduction française de  Daniel Benoin

 

«Quand on fête ses soixante ans, on n’a plus vraiment de projet (…) On peut regarder en arrière (…) On peut être fier de sa famille. (…).  » Dans le noir, on entend la voix du père qui nous convie à un banquet en son honneur. A la fin, on verra qu’il aura été servi… mais pas comme il l’entendait ! Le rideau s’ouvre sur une immense pièce où trône une longue table nappée de blanc ornée de bouquets de fleurs. Les domestiques s’affairent et les convives arrivent, suivis par une caméra, entre la cuisine où se prépare le repas d’anniversaire, le vestibule où l’on pose son manteau, et la grande salle à manger-salon. Avec allers et venues des personnages dans des plans-séquences et gros plans en alternance, projetés sur un écran au centre.

La caméra s’attarde, au dessus du piano, sur l’étrange scène bucolique du tableau de Jean-Baptiste Camille Corot (1796- 1877), Orphée ramenant Eurydice des enfers. Ce sera aussi la dernière image du spectacle. Toute une ambiance… Ici l’Enfer s’apparente à ce repas de famille où, en pleines festivités, Christian, le fils aîné, va faire tomber les masques, et dévoiler au grand jour les crimes d’un père incestueux qu’il tient pour responsable du suicide de Linda, sa sœur jumelle. Pour Thomas Vinterberg, «Festen établit un lien entre la montée du fascisme dans un pays et la pression du mensonge structurant tous les membres de cette famille ».

 Mais ce drame familial jusque là bien caché et brutalement mis à nu est aussi une histoire de fantôme, d’un lieu hanté par les démons du passé et par une soeur Linda qui a laissé derrière elle une lettre expliquant son geste et corroborant les révélations de Christian, d’abord fermement démenties par ses parents. La jeune fille, de temps en temps apparaît sur l’écran, vue du seul Christian et, bien sûr, du public, par le truchement de séquences préenregistrées, les seules du spectacle.

 La scénographie de Valérie Grall permet au chef-opérateur de se transporter dans tous les espaces de cet hôtel particulier cossu : le spectateur devient ainsi voyeur et découvre l’envers d’un décor d’apparat, jusque dans les chambres, où l’on débusque des scènes intimes entre les personnages… et les secrets, nombreux, qui pèsent sur la famille. Ce sont les coulisses de la fête, analogues à celles du théâtre, en attente de l’action principale.

 Après le remarquable Nobody (voir Le Théâtre du Blog), Cyril Teste avec cette nouvelle  «performance filmique», s’empare de l’un des deux premiers films-culte labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg (1998) avec Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier, les instigateurs de ce mouvement. Premier-nés de la Nouvelle Vague danoise dont l’esthétique participe d’une sobriété formelle, avec tournage,  caméra à l’épaule, en son direct, et enregistrant sans artifices, des situations brutes. Leurs auteurs adoptent un style vif, nerveux, brutal et réaliste.

 Comme Lars von Trier et Thomas Vinterberg, Cyril Teste, le directeur artistique du collectif MxM,  s’est lui aussi donné des règles strictes :  “cette performance filmique  doit être tournée, montée et réalisée en direct sous les yeux du public. Musique et son doivent ainsi être mixés en temps réel, et les images pré-enregistrées ne doivent pas dépasser cinq minutes et sont utilisées pour des raisons pratiques (…) »

Homme de théâtre autant qu’artiste plasticien, Cyril Teste, revisite sur un plateau qui devient à la fois scène et studio de cinéma, la théâtralité d’une réception, en trois chapitres. Il tient bien son spectacle et nous offre une plongée d’une heure cinquante dans un univers dramatique et plastique où théâtre et cinéma cohabitent dans la plus grande complémentarité.  Avec un travail méticuleux de tournage et montage en direct, réalisé par une habile équipe. Seize excellents comédiens jouent magistralement le jeu, pour la caméra comme pour la salle. Le film, par écran interposé, et avec une sonorisation constante, opère une distance entre public et acteurs, une  «déréalisation»,  comme si  manquait parfois la présence réelle des corps et les voix. Quelques spectateurs sont invités chaque soir à partager le repas cuisiné, servi et dégusté le temps de la représentation, mais cela ne nous inclut pas pour autant dans le vif.

Il faut saluer ici un remarquable travail d’équipe, cohérent et très bien réglé : il aura fallu deux ans au metteur en scène pour élaborer ce projet. Le collectif MxM confirme ici sa capacité d’invention et la beauté formelle de ses réalisations. Le public a réservé à ce brillant exercice de style, un accueil enthousiaste. Ne le manquez pas…

 

Mireille Davidovici

Spectacle créé du 7 au 10 novembre à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy.

Du 24 novembre au 21 décembre, Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris.

Du 10 au 12 janvier, Le Quai, Centre Dramatique National d’Angers-Pays de la Loire. Du 23 au 27 janvier, MC2 de Grenoble .
 Le 11 février, Théâtre du Nord, Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing-Hauts de France. Du  20 au 24 février, Théâtre National de Bretagne, Rennes.
Les 8 et 9 mars, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines ; le 15 et 16 mars, Le Liberté, Toulon; les 20 et 21 mars, Comédie de Valence ; les  29 et 30 mars, Le Parvis, Tarbes.
Les 3 et 4 avril, Théâtre de Cornouaille,Quimper; du 10 au 13 avril, Comédie de Reims ; les 17 et 18 avril, Equinoxe, Châteauroux; du 24 au 26 avril, TAP, Scène nationale de Poitiers.
Du 12 au 16 juin, Les Célestins, Théâtre de Lyon.

Amour, conception et mise en scène de Guillaume Barbot.

Amour, conception et mise en scène de Guillaume Barbot.

Que signifie « amour », aujourd’hui ? Ce spectacle ambitieux résulte d’un an d’enquêtes et recherches sur le sens de ce mot. Des artistes, musiciens, comédiens et danseurs répondent en toute liberté à la question. Une heure avant, et une heure après le spectacle, le public est invité à  parler sur ce thème avec les comédiens, pendant quatre minutes dans de petites cabines intimes ou autour d’une table, ou au Foyer du théâtre.

compagnie-coup-de-poker-685x1030Cela rappelle Les Chambres d’amour, un spectacle du Théâtre de l’Unité  où  on  vous chuchotait un poème à l’oreille dans des chambres d’hôtel, (voir Le Théâtre du Blog).  Le décor ressemble à une salle de bal qui aurait été colonisée par la nature : des touffes d’herbe sortent du tapis de danse, «comme si la nature reprenait ses droits», dit le metteur en scène.
Le spectacle se compose de textes d’Alain Badiou, Roland Barthes, Charb…, de questionnements personnels des artistes, et de réflexions recueillies auprès du public. Des variations chantées, dansées ou jouées, évoluant d’une  représentation à l’autre, en fonction du retour du public. Avec quatre témoignages vidéo, très puissants, dont ceux de deux jeunes enfants, et celui d’une veuve qui vécut cinquante ans d’un amour unique, avec son défunt  mari. Mariko Aoyama, une ancienne danseuse de Pina Bausch et ses partenaires nous font vivre des moments d’amour éphémères.

Il ne s’agit pas ici de peindre un tableau exhaustif autour du thème universel de l’amour, mais de se laisser porter par des récits intimes. «Je n’ai gardé pour cette pièce, dit  Guillaume Barbot, que des choses politiquement naïves et tendres. »

Jean Couturier

Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XIVème, jusqu’au 20 novembre.

D.Quixote, chorégraphie d’Andrès Martin

 

D.Quixote, chorégraphie d’Andrès Martin

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©Jean Couturier

Une danse flamenco déclinée sous toutes ses formes: Andrès Martin-maillot de foot noir et rouge au numéro 10- porte le casque du héros de Cervantes. Plus tard, il revêt une armure sonorisée, que les partenaires frappent de leurs pieds. Ici, le flamenco se danse avec cape brodée de pièces métalliques, short de boxe, combinaison d’escrimeur,  tenue de jouer de  foot. Toutes les excentricités sont permises, comme cette  délirante performance  avec des chaussures à crampons difficile à réaliser…

Les tableaux se succèdent à un bon rythme, et les artistes enchaînent entrées et sorties avec fluidité. Certaines séquences, surtout vers la fin, paraissent peu lisibles et moins abouties, comme une évocation de James Bond ou un combat d’escrimeurs. Malgré ces réserves, ce spectacle est à voir pour sa folie joyeuse : une bonne introduction à ces journées d’art flamenco, riches en découvertes potentielles, et qui vont envahir tous les espaces de Chaillot.

 Jean Couturier

 Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème, du 7 au 10 novembre.

                

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