Festival d’Avignon Le Deuil sied à Electre, d’après Eugene O’Neill, adaptation, mise en scène et scénographie de Gwenaël Morin

Festival d’Avignon

Le Deuil sied à Electre, d’après Eugene O’Neill, adaptation, mise en scène et scénographie de Gwenaël Morin

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Demandez-le aux Atrides…La famille et le lieu le plus dangereux et meurtrier qui soit. Chez les Mannon, à la fin de la Guerre de Sécession (moment fondateur des Etats-Unis d’Amérique), les liens se nouent et se jouent par couples, en une ronde fatale. Fils et père, père et fille, fille et mère, mère et fils, voilà tissé un filet de passions et de haines. Sans oublier le catalyseur du drame: l’amant, convoité à la fois par la mère et la fille, au paroxysme de la rivalité féminine. Scandale fascinant que cette figure d’Electre, image d’une vengeance sacrilège qui se veut juste, paradoxe (pas tant que cela), d’une fille choisissant le parti du père dominateur assassiné.

Gwenaël Morin ne s’est guère soucié de psychologie… Eugene O’Neill (1888-1953) s’en est chargé, échantillonnant les pistes incestueuses révélées par la psychanalyse, travaillant sur la culpabilité à partir de Crime et Châtiment.  Le metteur  en scène donne en spectacle (cela ne fait pas pour autant de nous, des voyeurs, quoique…)  les pulsions d’attraction et de haine, les énergies qui dynamisent et foudroient les personnages. Auxquels les six comédiens ne s’identifient pas. Ils « portent » les figures de cette famille, leur nom et  extraient à vif, devant nous, la quintessence de leurs passions.

© Christophe Raynau de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le jardin de l’Hôtel de Mons offre plus qu’une scénographie: un cadre idéal à la représentation de cette pièce. Au fond, la belle façade évoque une demeure de grande famille, les arbres ombragent l’aire de jeu et l’éloignent, la protègent de la ville toute proche…
Tout est prêt pour l’harmonie mais une harmonie menteuse. Y compris  dans la dernière partie du spectacle, quand nous sommes invités à partager l’espace avec les comédiens. Mensonge : le meilleur point de vue reste celui qu’on a, des gradins (terriblement inconfortables), le regard orienté vers la mise en scène.

Mais vrai et malin! L’inconfort visuel où sont plongés ceux qui ont osé occuper l’espace de jeu, lumière d’un projecteur dans l’œil, arbre cachant la forêt – leur fait vivre quelque chose de cette impossible réconciliation. Même le théâtre ne peut rétablir l’harmonie. Pourtant, on sort regonflé du spectacle. Gwenaël Morin clôt avec Le Deuil sied à Electre son cycle avignonnais: « Démonter les remparts pour finir le pont» et opère un grand nettoyage dans la façon de jouer et de lancer les comédiens dans le texte. Des brèches partout ! Une belle catharsis! Le pont ne sera jamais achevé -et c’est tant mieux- et il y a encore de l’espoir pour le théâtre.

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Jean Giraudoux avait bien éclairé la fin de son ElectreLa femme Narsès : «Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève? Electre : «Demande au mendiant. Il le sait.» Le Mendiant: «Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

Christine Friedel

Jusqu’au 23 juillet (relâche le 19) à 22 h,  Jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, Avignon (Vaucluse).

Du 13 au 15 octobre, Théâtre Olympia-Centre Dramatique National de Tours ( Indre-et-Loire).

Du 4 au 10 décembre, Théâtre de la Commune-Centre Dramatique National d’Aubervilliers. ( Seine-Saint-Denis).

Du 19 au 22, puis du 26 au 29 janvier, Théâtre-Centre Dramatique National de Bordeaux-Nouvelle Aquitaine (Gironde).

 

 

 

 

 

 


Archives pour la catégorie critique

Festival d’Avignon The History of Korean Western Theatre concept, texte, mise en scène, musique et vidéo de Jaha Koo

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The History of Korean Western Theatre, concept, texte, mise en scène, musique et vidéo de Jaha Koo

 

 Christophe Raynaud de Lage

Christophe Raynaud de Lage

Cet artiste coréen présente ce volet d’une trilogie où il nous parle de l’histoire socio-politique et culturelle de son pays et de sa vie à lui.  Et il joue aussi Haribo Kimchi ( voir (Le Théâtre du Blog) . Ici, rien sur la scène qu’un cuiseur à riz, un grand écran, un enregistreur à cassettes- en passe de devenir un objet-culte et grâce auquel ont été enregistrés et aujourd’hui conservés nombre d’interviews de tous ceux qui ont fait le théâtre contemporain entre autres : Peter Schumann, Ariane Mnouchkine, Luca Ronconi, Peter Brook, Judith Malina et Julian Beck du Living Theatre, Tadeuz Kantor, Jérôme Savary…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Cet artiste coréen, qui vit en Europe, monte  en silence un origami, ou plus exactement une sorte d’origami, dont les formes rappellent celle d’un très gros crapaud, lequel ensuite fera quelques pas sur la scène. Puis il  va nous raconter avec nombre d’images sur écran ce qu’a été l’histoire du théâtre dans son pays depuis un siècle environ et qu’on connait très mal, voire pas du tout en France… Mais il annonce tout de suite la couleur: « « En Occident, vous avez une conception très étroite de ce que peut être un acteur. »
Aux  images en noir et blanc déjà anciennes, se succèdent d’autres en couleur. Jaha Koo va essayer de nous montrer comment l’Etat coréen a en quelques décennies imposé une japonisation  et une occidentalisation, colonisant ainsi  la culture de son pays. En particulier du théâtre avec, entre autres, un auteur comme William Shakespeare. Cela ressemble à une conférence mais n’en est pas une et pas vraiment non plus du théâtre « documentaire ».
En fait, ce spectacle a à voir avec la mémoire collective d’un pays comme le sien mais Jaha Koo nous raconte qu »il a appris le théâtre avec nos grand auteurs : Shakespeare, Molière, Sophocle et… Arthur Miller.  Et il nous entrer dans son intimité avec la vie de  sa chère grand-mère, nous parle des relations sociales en Corée du Sud, des failles du confucianisme, tout cela en dialoguant avec son auto-cuiseur… qui lui parle. Avec, en filigrane, une remontée dans le temps, comme pour arriver à mieux maîtriser celui qui est le sien mais aussi celui des générations qui lui succéderont.  Il se demande aussi quel artiste il aurait pu être, sans  cette colonisation culturelle. A la fin,  Bibisae, apparait un démon, à la fois oiseau et dragon, mangeur de mauvais souvenirs, un personnage du théâtre traditionnel coréen …
Ce court spectacle  (soixante minutes) créé en 2020 a souvent été joué et est d’une rare perfection artistique. Jaha Koo réussit à  rendre universel ce parcours et c’est un des grands mérites de son  The History of Korean Western  Theatre.  Mais il y a eu juste quatre représentations en Avignon. Dommage…

Philippe du Vignal

Spectacle joué  les 6,7, 8 et 9 juillet au gymnase du lycée Mistral, Avignon ( Vaucluse). 

La prochaine fois que tu mordras la poussière, adaptation du roman éponyme de Panayotis Pascot et mise en scène de Paul Pascot

Festival d’Avignon

La prochaine fois que tu mordras la poussière, adaptation du roman éponyme de Panayotis Pascot et mise en scène de Paul Pascot

 Le fils dans une salle d’attente d’hôpital, à se ronger les pouces, à vider des canettes et le père aux urgences, on ne sait pas trop -ou on ne sait que trop- comment ça va finir… L’un est sur scène, l’autre lui répond des gradins, parfois  coup pour coup, et parfois, ils s’expliquent, ils savent ce qui les relie et leur permettra peut-être de se rejoindre. Pas facile. Le père ne cherche plus rien, sinon quelques souvenirs,  la force et l’écho de son autorité perdue. Le fils, lui, recherche tout ce qui a fait de lui le presque adulte que nous voyons ici. Il fouille dans les souvenirs vrais et faux,  et il essaie d’y voir plus clair.

 

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Ce qui fait plaisir: dans cette pièce, le banal est traité comme tel mais sérieusement, dans la chair à vif des sentiments. Il s’agit de la vie de tout un chacun, mais dramatisée -le théâtre est là pour ça, pour cette concentration «en vrai» du réel. Grandir devient l’objet du récit : le garçon découvre en se racontant ce qui l’a formé, ce qui a fait de lui ce qu’il est. Dire, c’est devenir. La prochaine fois que tu mordras la poussière pourrait n’être que le théâtre «mignon » de la difficile rencontre d’homme à homme, entre père et fils. Mais le jeu, les gestes et le rythme du jeu nous attachent, nous ficèlent : eux, c’est nous. Le jeune Romeo Mariani, déjà expérimenté mais encore capable d’aller chercher en lui-même l’enfance, vulnérable, intraitable, tout entière à la détresse ou aux joies du corps, fait le hold-up. On ne vous dira pas comment la pièce se termine, et si, ou comment, le père (Yann Pradal) reprend sa place.

 Christine Friedel
 
Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 32 76 24 51

 

Raúl, clown brésilien

Festival d’Avignon

Raúl, clown brésilien

© Jean Couturier

© Jean Couturier

Le 6 juillet dernier, Raúl, clown de rue brésilien implanté en France depuis plusieurs années, a écrit cette lettre à Monsieur le Maire d’Avignon. « Je m’adresse à vous aujourd’hui, non seulement comme artiste mais comme citoyen et artisan d’une tradition qui fait l’âme de notre pays et de votre ville : l’art de la rue. Cela fait très longtemps que je viens en Avignon pour le partager.  Et il y a plus de vingt-huit ans que je parcours le monde, pour apporter rire, poésie et spectacle, là où les théâtres fermés ne vont pas toujours… « Mon engagement a toujours été le même: offrir un moment d’inclusion, gratuit et une cohésion sociale à tous sans distinction de moyens. Ces derniers jours, la pression des contrôles policiers à répétition, place du Palais des Papes, est devenue étouffante: menaces de verbalisation, menaces de saisie de matériel… On traite les artistes de rue comme des fauteurs de troubles. »

Le passé éclaire souvent le présent:  c’était il y a cinquante ans! Et Jules Cordières, ancien élève de Normale Sup et remarquable funambule de corde molle, mort cette année (voir Le Théâtre du Blog) se faisait déjà verbaliser boulevard Saint-Germain à Paris! Mais il régnait avec sa petite troupe à Aix, ville ouverte aux saltimbanques,une remarquable opération  imaginée par Jean Digne*. La mairie d’Aix-en-Provence était plus intelligente et généreuse que celle de la Capitale.
Devant les pressions quotidiennes qu’il subissait, Raúl est entré en résistance; aidé par les réseaux sociaux et par un avocat, il a fini par avoir gain de cause et a enfin reçu une autorisation de la préfecture du Vaucluse. Dans mes souvenirs- bientôt quarante ans de festival- les représentations de petites troupes devant le Palais des Papes ont toujours fait, et font encore partie de mon quotidien.  Il est important que cela puisse continuer, surtout quand certains artistes du In témoignent d’une hypertrophie du moi…
Quels que soient les numéros de Raúl, (il ne cherche pas à rivaliser avec le Cirque du Soleil!), son engagement auprès d’un public non captif et authentiquement populaire, est tout à fait remarquable. Il défend ainsi un art de la rue non institutionnel qui existe depuis des siècles.  Raúl termine ses jongleries loufoques en crachant le feu, par deux fois, ce qui illumine les hauts murs du Palais des Papes… Ce n’est rien et c’est pourtant d’une rare beauté…

Jean Couturier

Raúl le clown brésilien sur Facebook et Instagram, et le clown brésilien.com.
* Vous pouvez demander une photo gratuite de Jules Cordières à Philippe du Vignal, via les commentaires du Théâtre du Blog.

Haribo Kimchi, conception, texte, mise en scène, musique, son et vidéo de Jaha Koo

Festival d’Avignon 

Haribo Kimchi, conception, texte, mise en scène, musique, son et vidéo de Jaha Koo

Ce spectacle qui avait été joué il y a quatre ans au Théâtre de la Bastille à Paris (voir Le Théâtre du Blog)  n’a rien perdu de sa fraîcheur. « Je crée, dit cet artiste, des performances qui intègrent la vidéo, le son mais aussi le goût, l’odorat et le toucher, notamment dans Haribo Kimchi. Le titre de cette pièce?  Le nom  de la célèbre marque de bonbons allemands et celui d’un plat traditionnel coréen. »
Jaha Koo vit depuis quinze ans à Gand (Belgique) et parle ici avec délicatesse et poésie, du déracinement. Sans aucun doute, une des plus belles découvertes de ce festival. Une petite échoppe au toit rouge, au milieu du plateau couvert de voiles, avec un écran pour une vidéo: nous sommes plongés dans la mégapole qu’est Séoul: appartements de luxe, bureaux, petites ruelles commerçantes… pour arriver à cette échoppe où  comme au Japon, les employés de grandes entreprises vont se détendre.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le créateur d’Haribo Kimchi invite deux spectateurs à déguster une soupe froide aux algues et des galettes de kimchi qu’ il a préparées devant nous et qu’il offrira aussi à tous à la fin du spectacle. Une voix off va raconter le passé de Jaha Koo, soutenue par des vidéos qui nous font vivre son parcours d’exilé.
Il nous parle avec tendresse de sa grand-mère qui lui avait préparé dix kgs de kimchi! avant qu’il s’installe d’abord à Berlin. Cette même voix nous conte le racisme ordinaire auquel il a été confronté à la gare de Bruxelles: le guichetier lui avait dit qu’il sent l’ail!
Jaha Koo évoque ici le déracinement et la solitude dans un texte dit en voix off et des chansons. Il donne ainsi la parole à ses amis de son quotidien: un escargot, un petit ours gélifié Haribo, une anguille télécommandée qui se promène sur le plateau (un animal symbolique en Corée ). Une manière de se sentir moins seul…
Et la chanson finale est pleine d’espoir, « Je suis en transit, je migre… Les routes sont plus importantes que les racines.On peut avoir plusieurs chez soi.» A la sortie de cette pièce d’une heure dix, un spectateur heureux d’avoir vécu un moment hors-cadre et poétique, a eu cette phrase magnifique: « Ce spectacle est un véritable contre-poison aux méga-créations que nous avons subies dans ce festival! »

Jean Couturier

Jusqu’au 15 juillet à 18 h,  Gymnase du lycée Mistral, Avignon (Vaucluse). 

Uma Luz Cordial (troisième chapitre de la Trilogie Cadela Força) de Carolina Bianchi et du collectif Cara de Cavalo

Uma Luz Cordial (troisième chapitre de La Trilogie Cadela Força) de Carolina Bianchi et du collectif Cara de Cavalo

Un spectacle, vu deux jours après Maldoror de Julien Gosselin (voir Le Théâtre du Blog).  Aux thèmes proches, surtout  ceux  qui unissent la littérature et le mal, via entre autres, Antonin Artaud, avec aussi une référence commune à l’écrivain brésilien Roberto Bolaño.  Le premier opus de la Trilogie de la Cadela Força avait été joué au festival d’Avignon,  il y a trois ans ( voir Le Théâtre du Blog).
Autant Maldoror, assez décevant et un poil racoleur, ne méritait pas la Cour d’Honneur… Autant Carolina Bianchi arrive à imposer des images fortes sur cette  scène à l’italienne à partir surtout du Carnet rose de Lori Lamby, un texte volontairement provocateur et pornographique de l’écrivaine brésilienne Hilda Hilst (1930-2004) où une petite fille de huit ans parle avec précision de ses relations  prostitutionnelles avec des hommes et du plaisir indéniable qu’elle y trouve.  Carolina Bianci traduit ce récit par une très forte scène où une grande marionnette en bois, assise à une table et manipulée par une actrice et un acteur, écrit un récit n, dit par une autre actrice en voix off avec une voix modifiée très métallique et d’une froideur absolue. Une scène formidable.
L’écrivaine brésilienne parle aussi sans détour, comme dans Contes sarcastiques(Fragments érotiques) publiés en français en 94 seulement, des marginalités sexuelles, de l’inceste et de l’érotisme hétéro, comme homo avec, en filigrane, la recherche d’un certain sacré lié au corps humain et une fascination pour la mort.
Carolina Bianci  cite aussi des poèmes de la célèbre autrice américaine Emily Dickinson née en 1830, donc juste un siècle avant Hilda Hist. Fascinée par les nombreux morts qui ponctuèrent son existence et restée ensuite volontairement recluse dans sa maison où l’essentiel de son œuvre ne fut découvert par sa sœur qu’après sa mort.

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Il y a, au commencement, des projecteurs qui se balancent et un étrange et magnifique ballet de femmes et d’hommes nus (dans la pénombre)  qui font l’amour, ou qui, du moins, font semblant. Une  image très proche de celles d’Angélica Liddell. Les choses sont tout de suite claires: Carolina Bianchi, elle aussi en scène, associe  l’écriture et l’acte sexuel. Et dans une même violence, voire une même obscénité, ici,  au sens premier : ob-scène: ce qui déborde de la scène. 
Elle admire et cite aussi Roberto Bolaño mais écrit véritablement un spectacle, avec une remarquable maîtrise du plateau et une solide picturalité: elle sait créer de fortes images conçues par la chorégraphe qu’elle n’oublie jamais d’être. Et il y a ici une fluidité incomparable, celle qu’on aurait bien aimé trouver chez Julien Gosselin.
Sans doute y-a-t-il des erreurs de mise en scène, comme une fois de plus des jets de fumigène qui n’ont rien à faire là et une musique de basses électronique peu convaincante. Et les indispensables surtitrages  sont à la longue assez lassants. L’autrice et metteuse en scène semble aussi avoir eu du mal à boucler ce dernier opus (il y a plusieurs fausses fins). Il est sans doute trop long (deux heures trente), à la fois pour les artistes et le public soumis à la même canicule et donc fatigué, même si le théâtre est climatisé. Mais ce spectacle est d’une esthétique nettement supérieure à celle des autres spectacles  programmés que nous avons pu voir jusque là, et cela fait du bien…
A la fin, encore une belle image les acteurs, debout dans la loge du deuxième balcon proche de la scène y jettent des petites plumes rouges, en chantant Because the Night de Patti Smith et on entend Leonard Cohen interpréter Happens to the heart… 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué à l’Opéra du Grand Avignon du 4 au 7 juillet. Et repris avec La Trilogie Cadela Força, les 12 et 13 juillet.

Photo : © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon

 

Je reviens doucement, tout doucement…

Sans arrêt, des prises de sang. Un mois de silence! Les amis, je vous prie de m’excuser mais je n’avais guère la force de parler. Je reviens doucement, tout doucement…

Calais-Freytin  en 94, l’année de l’inauguration du tunnel sous la Manche… La plus sinistre des gares TGV. ! Je m‘engouffre dans un taxi. « Centre-ville, s’il vous plaît. » Le chauffeur me dit: « Il est réveillé, des milliers de personnes ont assisté à son réveil.  » Tout Calais respire à travers le  Géant du Royal de Luxe!
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Ambiance incroyable, des familles entières viennent ici. Et je me dis  voilà le vrai boulot d’une Scène Nationale, toucher une ville entière et faire en sorte que le subventions ne profitent pas, qu’à un cercle d’abonnés privilégiés.
Cela a été une obsession pendant les neuf années où nous avons dirigé notre  Centre d’Art et de Plaisanterie à Montbéliard (Doubs). Pas un habitant ne devait être laissé à l’écart: nous recevions de l’argent public et tout le monde devait en bénéficier.
Nous avons été, bien sûr, honnis par les soixante directeurs des Scènes nationales qui méprisent fortement, ce qu’ils appellent, l’événementiel.


Notre mot d’ordre était : ne pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais remplir Montbéliard, de théâtre. Ainsi, nous avions créé le Réveillon des boulons le 31 décembre. Ce n’était pas un simple théâtre de rue, mais une mobilisation générale de créativité de toute la ville.
Les gens inventaient des machines, se regroupaient en bande…  Tout Montbéliard descendait dans la rue et au passage de l’an 2.000, nous avions imaginé une tour de Babel avec sonorisation pour 10.000 personnes.

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Mais elle n’a pas été suffisante. J’étais au sommet de la tour et vu qu’il y en avait au moins 40.000… Le sommet d’émotion absolue que j’aurai connue. Faire vibrer toute une ville, c’était notre cahier des charges.

Cela ne nous empêchait pas de programmer du théâtre mais nous refusions la traditionnelle plaquette  de saison et les abonnements. A l’heure du bilan, nous annoncions une fréquentation annuelle de 30.000  spectateurs, même plus mais la D.R.A.C. refusait  de prendre en compte le public sans billetterie.
Le Channel à Calais était, pour nous, le vrai modèle d’une Scène Nationale, avec sa librairie Actes Sud, ses grandes tables, sa brasserie, ses espaces de travail pour le cirque  et toutes sortes de créations, une unité-logement  pour les artistes. Eh! Bien le seul souhait de la Mairie était d’éliminer son directeur et de s’accaparer pour elle seule, François Delarozière, créateur de toutes les machines hors normes.Un scandale passé inaperçu: ce n’était pas la philosophie du Syndéac.

En 2026,  les budgets rétrécissent et les Scènes Nationales hurlent à la mort. On entend aussi Jean Bellorini, directeur du T.N.P. à Villeurbanne (Rhône) dire clairement que quatre-vingt administratifs, c’est trop et qu’il s’en va au Théâtre de  Carouge à Genève. Thomas Jolly et Laëtitia Guédon lui succéderont le 1er janvier prochain. »Leur projet Monde Ouvert (…)  s’articule autour de quatre créations-phares présentées chaque saison et déclinées en écosystèmes artistiques associant médiation, rencontres, formes satellites et partenariats. (…) Ils proposent également une vision ambitieuse des ateliers comme outils de production, de formation et insertion professionnelle (…) et veulent élargir les publics grâce à une multiplicité de formats. Monde Ouvert a été conçu pour répondre aux enjeux d’un théâtre populaire contemporain. »

Mais en ce moment, nous avons une sensation de ronron: programmations sans aucune surprise et surtout public « Toujours Les Mêmes », de plus en plus âgé, au nombre statistiquement compensé par celui des scolaires, aux séances… scolaires. Enfin, hourra! La Scène Nationale de Malakoff-Théâtre 71 programme Opéra Pagaïe ( voir Le Théâtre du Blog) un safari intime, une énorme opération de quartier…Cela  fait du bien de voir enfin une Scène nationale faire du hors piste.
Malheureusement, la canicule va gagner la bataille. Pourtant des centaines de compagnies ruent dans les brancards et veulent en découdre.  Comme le Pudding Théâtre en Franche-Comté, inventeur du Cabaret des locales,  un spectacle conçu, réalisé en une semaine, et en prise sur la population ( voir Le Théâtre du Blog).

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Le Tiers-Théâtre, c’est la précarité extrême…  Les Scènes nationales ont pourtant dans leurs prérogatives l’obligation d’intégrer les compagnies de leur région. Cela partagerait un peu les richesses et permettrait  aussi de mordre sur des franges de non-public. Mais les plaquettes de saison se suivent mais se ressemblent. J’ai coutume de dire : les salles sont pleines certes mais vides d’âme. Maintenant que j’ai pris l’option: vacances éternelles, je prends du recul…  Mais cela ne peut plus continuer comme cela… Merci à Renaud Cojo pour son cri de vérité quand il parle sur Facebook dans un beau texte, de la vie des compagnies. 

Jacques Livchine, ancien directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, à Audincourt ( Doubs).

 
 
 
 
 
 
 
 

Festival d’Avignon: Les annonces récentes de coupes budgétaires (suite )

Festival d’Avignon 

Les annonces récentes de coupes budgétaires  (suite )

Portant sur les budgets des compagnies et structures de spectacle vivant au niveau national, ces annonces font peser une forte incertitude forte sur l’ensemble du secteur. Artistes, techniciens, techniciennes, directeurs et directrices de lieux et de festivals craignent pour l’avenir de leurs métiers et  les missions du service public de la Culture. Le soir du 12 juillet à la Cour d’honneur, les artistes ont interpellé le Président de la République et le festival d’Avignon, membre du Syndeac, a envoyé la lettre  ci-dessous à Emmanuel Macron, président de la République.

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Le festival d’Avignon, membre du Syndeac, est pleinement mobilisé pour demander un moratoire sur les baisses annoncées pour l’année 2026, et défendre la place de la Culture à hauteur de 1% du budget de l’Etat en 2027. Chaque été, depuis  quatre-vingt ans, il offre  un programme riche en créations en théâtre, danse, cirque… grâce à son association, avec de multiples partenaires de l’ensemble du pays, lieux subventionnés, labellisés, théâtres nationaux, compagnies…
Fragiliser cet écosystème national, c’est fragiliser les conditions dans lesquelles ces spectacles seront présentés au festival, et malgré la visibilité qui leur est offerte, et leur succès public, c’est aussi réduire leur capacité à être diffusés largement dans toute la France, faute de moyens suffisants des lieux pour les accueillir. L’Art et la Culture, composantes structurantes de la société, les festivals et lieux de spectacles créent de l’emploi, de l’activité économique, accroissent l’attractivité d’un territoire, ont une mission d’éducation et de cohésion sociale et leurs salles sont pleines.
Le festival d’Avignon est une agora: elle prône le dissensus et la complexité comme richesse de la pensée. Alors que de nombreux élues et élus, de futurs candidates et candidats aux élections présidentielles ,viennent prendre part aux débats et rencontres organisés, le festival réaffirme auprès d’eux sa conviction fondatrice : la Culture doit peser dans un projet de société fort, émancipateur et citoyen. « Culture partout, 1% obligatoire « du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles)

Monsieur le Président,

Nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons aujourd’hui: le théâtre, la danse, le cirque, la musique, la marionnette, la performance… subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite.
Monsieur le Président, à l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce, nous obligent à crier, tant il y a urgence.
Monsieur le Président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables. Un budget est un moyen et ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom, commence par définir ce qu’elle veut rendre possible.

 

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Monsieur le Président, aujourd’hui la Culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’État, soit 14 € par habitant et par an, d’art et de culture. Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit. Comment accepter que soient détruits avec une telle violence, les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.
Monsieur le Président, des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, des lieux contraints de renoncer à leurs missions… Est-ce ce paysage de ruine que vous voulez laisser derrière vous ?
Monsieur le Président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’Etat. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la Culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Monsieur le Président, vous le savez, le service public de l’art et de la Culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes, que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école, à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur économique, nourrit l’esprit critique et fait vivre le dissensus, condition même de toute démocratie.
Monsieur le Président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir, de quel côté de l’histoire, vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit.

Monsieur le Président, l’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la Culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’État les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création,  et de permettre aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres, et à chacune et chacun, de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la Culture sur l’ensemble du territoire.

Monsieur le Président, ce qui est en jeu, n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous.

La Mouette express, adaptation de La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène de Nathalie Conio

Festival d’Avignon:

La Mouette express,  adaptation de  La Mouette d’Anton Tchekhov, mis en scène de Nathalie Conio

Crée en 1896 à Saint-Pétersbourg, la pièce fut un échec total. Reprise deux ans plus tard à Moscou, dans une mise en scène de Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, elle reçut cette fois un accueil triomphal. La mouette est le symbole de  Nina, une très jeune fille qu’aime Treplev une écrivain-débutant de son âge et qui lui a écrit et mis en scène pour elle une pièce, qu’elle va jouer . Arkadina, la mère de Treplev,actrice connue, est assez imbue d’elle-même et méprise le travail de son fils. Désespéré, il essayera de se tuer. Nina persuadée de vouloir être actrice, s’enfuit avec Trigorine, auteur connu et amant d’Arkadina, mère de Treplev. Mais elle ne réussira u’à avoir de petits rôles en province. reniée par sa famille, elle sera vite abandonnée par Trigorine.
Treplev la reverra deux ans après son départ et aura le sentiment  que sa vie est une malédiction. Anton Tchekov aborde aussi  le statut des artistes et de l’art lui-même et de la Nature.  Nina, devenue actrice, sera abandonnée par Trigorine. Les dix personnages  de la pièce cherchent l’amour, sans jamais y arriver.

 

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Quant à la mise en scène, Anton Tchekhov a tenu préciser les situations avec de nombreuses didascalies. Le plus souvent ignorées de metteurs en scènes contemporains. Pour cette Mouette express, jouée sur une aussi petite scène, Nathalie Conio a réuni et bien dirigé quelques jeunes interprètes pour jouer les protagonistes dont  Alena Konstantinova, une merveilleuse  et jeune actrice russe qui joue en français à la fois Nina et Arkadina. Elle dira aussi quelques répliques dans sa langue. Mais le june acteur qui joue Treplev a bien du mal à imposer son personnage et semble souvent ailleurs…Aucun décor qu’un paravent et les costumes des personnages accrochés à des cintres avec leur nom, bien visible. En à peine une heure, la messe sera dite. Mais mieux vaut connaître la pièce si on veut s’y retrouver! Il y a quelques belles scènes entre Treplev et Nina, entre Treplev et Arkadina.

il y a un manque évident de dramaturgie dans ce qui reste l’ombre d’une mis en scène. Enfin, on a le plaisir d’entendre une jeune chanteuse d’opéra interpréter quelques airs classiques célèbres (Le Stabat mater de Pergolèse, l’Ave Maria de Schubert, Ombra mai fu de Haendel. Cela n’a rien à voir avec la pièce d’Anton Tchekhov. Après tout, cela fait du bien, puisque de toute façon, nous n’aurons droit qu’à un avatar d’avatar du célèbre texte. Tiens, au fait, pourquoi Nathalie Conio ne le monte-t-elle pas? 
Côté mise en scène, c’est du genre plus que juste, avec un début dans la rue où la metteuse en scène annonce que la salle est en travaux (ce que personne ne croit!) puis avec le théâtre dans le théâtre…Nathalie Conio aurait pu aussi nous épargner de puissants jets de fumigène inondant scène et salle de quarante-cinq places et un accompagnement au synthé presque permanent du texte, un vieux truc usé et inefficace. Ce travail, encore très brut de décoffrage, mériterait d’être approfondi; pour le moment, un véritable ovni, avec une proposition théâtrale trop légère, au troisième degré. On pense au grand Antoine Vitez disant à ses élèves: « Faites-moi un Hamlet en dix minutes en faisant appel à vos seuls souvenirs. »
Cette Mouette express est aussi une performance,  comme on en trouve quelquefois dans le off. Après tout pourquoi pas? De toute façon, elle se jouera quelques jours seulement. Pour le reste, comme disait l’immense Miguel de Cervantès: « Celui qui sonne les cloches est en sûreté, et tout s’en ira dans la lessive du gouvernement. « 

Philippe du Vignal

Spectacle vu  le 10 juillet au Théâtre du Chapeau-Rouge, rue du Chapeau-Rouge, Avignon ( Vaucluse).

Festival d’Avignon: Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mis en scène de Sandrine Anglade

Festival d’Avignon:

Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Sandrine Anglade

Une pièce d’un Shakespeare déjà âgé, où se mêlent  comique et tragique et qui est assez peu jouée.  Aussi poétique que truffée d’invraisemblances, elle a lieu  en deux temps , à seize années d’intervalle. Cela commence d’abord à un drame en Sicile et finit avec  à un  dénouement heureux dans une Bohème champêtre. Avec des thèmes souvent traités par le grand dramaturge comme le mal, la souffrance, l’exil, la guerre, la paix, la  la réconciliation….
Léonte, roi de Sicile, un peu comme Othello est envahi par une extrême et subite jalousie et accuse Hermione, son épouse d’être enceinte de son meilleur ami, Polixène, roi de Bohème… Polixène échappe de justesse à sa vengeance mais Léonte jette Hermione en prison, et elle y mourra. Perdita, sa fille qu’elle y met au monde est exilée. Son frère, le jeune Marmilius en meurt de tristesse.
Léonte ne tarde pas à se repentir et à pleurer. Quinze années ont passé et Apollon furieux, lui fait savoir par son oracle, consulté à Delphes, que «le roi vivra sans héritier, si ce qui est perdu n’est pas retrouvé. Et alors apparaît le personnage du Temps  : «Chers spectateurs,, imaginez que je m’en suis allé dans le belle Bohème, où vous n’oubliez pas que je vous ai parlé du fils de l’autre roi, Florizel.»

© Nadège Le Lezec

© Nadège Le Lezec

Il dit aussi au public que Perdita a été recueillie par un brave berger et est devenue  une belle jeune femme. Nous sommes  au palais de Polixène, roi de Bohème  puis  à la fête de la tonte des moutons, dans le village du berger qui a recueilli et élevé Perdita. Bien entendu, elle tombera amoureuse de Florizel  le fis du Roi et réciproquement. Puis nous sommes de nouveau  en Sicile pour un heureux dénouement.  » Tu as rencontré ce qui meurt, et moi, ce qui vient de naître. », avait dit le Berger à son fils, quand il avait trouvé Perdita abandonnée sur le rivage désert  de Bohème.

A la fin, Léonte se réconciliera avec lui-même, et tous les autres, entre eux. Pour traduire scéniquement ce conte, la metteuse en scène  a fait le choix de la rigueur, ce qui donne à ce travail une honnêteté indiscutable  et, en même temps, une certaine sécheresse, entre autres dans le décor, malgré de beaux moments. Et on aimerait qu’il y ait parfois plus d’émotion, même si la fête de la dernière partie est assez réussie avec, très émouvante, la musique d’une petite harpe. Et tous les acteurs (mention spéciale à  Sarah Jane Sauvegrain/Hermione) sont solides et font bien sonner les mots de William Shakespeare. Même si nous préférons et de loin, ses merveilleuses Peines d’amour perdues, ce Conte d’hiver est une pièce intéressante et le public, très attentif, la découvre avec plaisir, même traduite en français… 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet, Théâtre du Chêne noir,  rue Sainte Catherine Avignon ( Vaucluse).

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