Conte d’enfants réels de Suzanne Lebeau, musique de Gisèle Pape, mise en scène Véronique Widock

Festival Rumeurs urbaines à l’Avant-Scène de Colombes:

Conte d’enfants réels d’après les textes de Suzanne Lebeau, mise en scène de Véronique Widock

608B3CAD-E0F0-47E2-B12B-8EA0EAC0DDD5Après une carrière d’actrice, auprès, entre autres, de Daniel Mesguich, Jean-Pierre Miquel et Anita Picchiarini, Véronique Widock a installé en 1992 sa compagnie des Héliades dans une ancien atelier de métallurgie à Colombes (Hauts-de-Seine) où elle a créé depuis, une vingtaine de spectacles singuliers. Elle met en scène des écritures contemporaines étrangères comme celles de Stig Dagerman, Gregory Motton, Dea Loher, Hanokh Levin…. « J’aime, dit-elle, les textes qui ouvrent sur les grandes questions de l’existence : l’amour, le lien,  l’abandon, la mort, le rapport au temps. A travers le prisme de la lente construction intérieure, mettre en scène les conflits quotidiens et politiques, l’accès  à la légitimité d’exister. D’exister. Et de faire valoir, telle qu’on l’entend, cette existence. « 

Suzanne Lebeau, auteure dramatique québécoise bien connue (voir Le Théâtre du Blog) avait publié Contes d’enfants réels en 1995. Ces cinq contes impertinents écrits pour la scène mettent enfants et adultes d’aujourd’hui face à face dans des situations qui oscillent entre ludique et  dramatique, insolite et quotidien,  rêve et réalité, poésie et  théâtre… Accompagnées par la musicienne et chanteuse Gisèle Pape.

Dans un jardin, un amas de fleurs et, au centre,  une femme (Lia Khizioua Ibanez) adossée à une pile de papiers; à cour, une table avec un ordinateur. Un enfant veut parler à son père (Sébastien Dalloni) qui continue à lire. « Je m’ennuie, je m’ennuie, nous sommes seuls tous les deux ! ». Elle aperçoit le bocal de bonbons, son papa en engloutit d’une seule bouchée mais étouffe, appelle à l’aide. Il y a une distribution de bonbons et le public est invité à s’asseoir sur le plateau, chacun doit masser la personne assise devant lui. Julie court le long du chemin de terre, puis forme de petits tas de ses mains. «Petit homme était un bébé charmant, adoré de ses parents… ».

On distribue des gâteaux et des boissons. On donne un violon à l’enfant qui rêve d’en jouer mais qui refuse la musique. «Avant de mourir, il faut jouer! » La femme  monte sur une  grande partition accrochée à un trapèze… Un spectacle ludique, simple comme un jeu d’enfants et pourtant révélateur d’une réalité complexe: ces Contes d’enfants réels nous interroge sur notre enfance.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 28 février, au Théâtre Le Hublot, 87 rue Felix Faure,  Colombes (Hauts-de-Seine). T. : 01 47 60 10 33.

Le texte est publié aux éditions Théâtrales Jeunesse

Archives pour la catégorie critique

P. O. Box Unabomber de Zdrava Kamenova et Gergana Dimitrova, mise en scène de Stavros Stagkos

 P.O. Box Unabomber de Zdrava Kamenova et Gergana Dimitrova, traduction de Dimitris Vergados, mise en scène de Stavros Stagkos

P. O. Box UnabomberCette pièce a remporté  le prix Ikar  2.012 de l’Union des artistes bulgares pour le meilleur texte dramatique. Ses auteurs citent souvent Le Manifeste de Ted Kaczynski, dit Unabomber, un militant écologiste américain né en 1942, qui s’est battu contre la société industrielle. Il deviendra un terroriste qui fit l’objet de la chasse à l’homme la plus coûteuse de l’histoire du  F.B.I. . À la suite de la disparition d’un lieu naturel où il se rendait régulièrement, il envoya de  nombreux colis piégés à plusieurs personnes construisant ou défendant le « progrès » technologique.  Et cela durant dix-huit ans; bilan: trois morts et vingt-trois  blessés .

Les auteurs mettent l’accent sur le fait que la technologie, plutôt que de faire avancer l’humanité, la détruit. Comme en contrepoint, ils décrivent le voyage de la dernière femelle d’une espèce en voie d’extinction: l’échidné à long nez, et sa tentative de trouver un compagnon pour éviter de disparaître à jamais. D’un côté, l’Homme qui pense possible d’échapper à la surveillance des satellites et de l’autre, une créature croyant qu’elle ne disparaîtra jamais bien qu’elle soit la dernière de son espèce…  Une réflexion profonde quant aux impasses de l’évolution : celle des hommes, des animaux, de la Nature et  de la société. En cause: des technologies qui se développent de plus en plus vite, des scientifiques auto-satisfaits, la mort proche d’espèces biologiques, la famille humaine qui se dégrade. Un activiste écolo essayera de changer le monde: mais échouera et deviendra juste un simple terroriste. Les personnages essaient de se faire entendre dans un monde qui devient de plus en plus aliéné. Sans visage, ils sont des voix dans la nuit. Sans nom, il semblent s’être perdus dans le temps et dans l’espace, sans aucune chance d’entrer en contact entre eux.

Un homme disparaît et va tout seul dans la montagne, revenant à la fois vers la Nature et vers lui-même. La police et sa famille le cherchent. Inversement, un animal femelle quitte sa forêt et va dans le monde des hommes pour chercher un mâle. Des scientifiques essaient de construire un ascenseur cosmique. Et un satellite supervise tout et tous sur la Terre… Le système actuel peut être changé par la violence ? Pourquoi le plus ancien mammifère est-il menacé de disparition ? Pourquoi les êtres humains veulent aller toujours plus loin et plus loin ? Vers où, tout cela nous mène ?

Dans un décor symbolique, Stavros Stagkos combine divers instantanés comme dans un film  pour souligner le message politique. Sons et musique, éclairage et projections vidéo renforcent le suspense et l’intensité de l’action. Le solide collectif de comédiens  se met au service du texte. Entre autres, Ioanna Kanellopoulou incarne avec une expression remarquable la femelle en voie de disparition. Bref, un spectacle-commentaire du monde contemporain qui fait réfléchir de nouveau sur  l’avenir de notre planète…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Bar-Théâtre Faust 12 rue Athinaïdos, Athènes, T. : 0030 210 32 34 095.
La pièce est publiée en français sous le titre Protohérissé aux éditions l’Espace d’un instant.

Showtime par Holiday on ice, chorégraphie de Robert Cousins

Showtime! par Holiday on Ice,  chorégraphie de Robert Cousins

4349818B-1830-44C1-9405-D69EDC03194BAprès Believe, Time et Atlantis, c’est  le nouveau spectacle de cette célèbre troupe qui célèbre cette année son soixante-cinquième anniversaire. Créé aux Etats-Unis, la troupe appartient à l’histoire des arts scéniques! Sa première tournée, en 1947, l’avait menée au Mexique et à Cuba et depuis elle a parcouru le monde entier, jusqu’en Union Soviétique en 1959 ! Il y a plus d’un demi-siècle déjà, le programme vantait les mérites des interprètes: «Dans cette gigantesque revue sur glace, trente-six ravissantes « glamour icers » représentent le charme du continent nord-américain. Leur entrainement intensif en ont fait des patineuses de premier ordre et elles ont été choisies pour leur beauté comme pour leur talent». Aujourd’hui, ce talent  reste inchangé mais l’origine des artistes s’est diversifiée: d’abord Etats-Unis mais aussi Allemagne, Grande-Bretagne, Ukraine, Russie… et parmi eux, nombre d’anciens champions de patinage artistique.

Malgré un fréquent a priori, cette grande revue en impose par son professionnalisme et son invention. Nous retrouvons ici ,comme au Cirque du Soleil, la même volonté d’éblouir le public et de l’emporter dans un tourbillon, avec une succession de tableaux divers : cabaret, cirque, défilé de costumes hauts en couleurs, acrobatie aérienne… Et sur sur une plateforme suspendue, cinq techniciens sont à la poursuite-lumière! Le maître-mot ici: mobilité. Les quarante patineurs dansent, jouent de la musique et participent, avec une belle fluidité, à la transformation de la piste de glace qui, par moments, peut aussi s’enflammer.

Robin Cousins met les figures acrobatiques du patinage artistique au service d’une chorégraphie harmonieuse et précise. Les costumes de scène conçus par Michael Sharp  ont une qualité égale aux créations de Jean-Paul Gaultier pour son récent spectacle (voir Le Théâtre du Blog). Il faut avoir vu, au moins une fois dans sa vie, cette performance très populaire et qui n’a d’autre but que le divertissement.

Jean Couturier

Jusqu’au 5 mars,  Palais des Sports, Dôme de Paris, Porte de Versailles, Paris XV ème.  T. 01 48 28 46 46.

Aren’Ice de Cergy-Pontoise du 8 au 10 mars 2019, puis tournée en  France.

Le Club des parenticides d’Ambrose Bierce, mise en scène de Georgia Andreou

Le Club des parenticides d’Ambrose Bierce, traduction, adaptation et mise en scène de Georgia Andreou

B56A1126-D98B-47BC-A3D3-8A04874E504EAmbrose Bierce, né dans l’Ohio en 1842, disparaîtra dans des conditions mystérieuses au Mexique à Chihuahua en 1913. La guerre civile où il est immergé de ses vingt à ses vingt-cinq ans, sera pour lui une expérience à la fois traumatisante et un apprentissage profond de l’humanité. On la retrouvera en permanence en arrière-fond de son œuvre  à caractère fantastique. Il est l’un des premiers à inaugurer la figure de l’écrivain-enquêteur de terrain, ce qui expliquerait qu’il n’ait pas été admis à sa vraie place dans le Panthéon de la littérature américaine.

Maître incontesté de l’humour noir (hélas omis par le surréaliste André Breton dans l’anthologie  qu’il dressa avec son Dictionnaire du diable maintes fois réédité, Ambrose Bierce fut sans doute le plus british des écrivains américains. Auteur d’une œuvre foisonnante et hétéroclite, tour à tour journaliste, topographe, écrivain pamphlétaire, il a signé une centaine de nouvelles, axées très souvent sur la mort de l’individu et l’absurdité de la vie. On retrouve l’humour au vitriol d’Ambrose Bierce dans certains de ses écrits où il raconte les destins surnaturels et les funestes hallucinations de ses personnages.

Regroupées sous des titres comme Contes noirs, Fables fantastiques ou De telles choses sont-elles possibles? ces histoires fantastiques représentent la part la plus importante de son œuvre. Souvent racontées à la première personne du singulier, elles résonnent comme de petites scènes horribles font la part belle à la psychologie et aux songes hérétiques d’individus sans raison. Au gré des pages, on rencontre un sacré bestiaire : une machine ayant pris le contrôle de son inventeur, un  Club des Parenticides cherchant les moyens les plus optimaux pour exterminer un proche, de lugubres apparitions nocturnes, de nombreux fonctionnaires corrompus, des soldats perdus et même un Ésope revu et corrigé. Le tout,  bien entendu, des plus macabres.

Georgia Andreou a adapté Le Club des Parenticides, une satire exposant les mille et une raisons de se débarrasser de ses géniteurs:  un bel exemple de nihilisme glacé…  Le spectacle baigne entre  gothique et grotesque mais avec un message politique où l’auteur condamne  la violence arbitraire du pouvoir des régimes totalitaires. Les balades obscures et les mélodies dures du group doom sludge metal Okwaho présent sur scène tout au long du spectacle, mettent en valeur le psychisme des héros, accompagnent l’action et nous poussent vers un espace clos et sans issue. La metteuse en scène combine paroles et musique pour sensibiliser le public à l’atrocité des crimes. Il s’agit aussi d’un cri d’éveil quant aux valeurs spirituelles, morales et sociales.

Les comédiens sont aussi les narrateurs de quatre histoires et incarnent aussi les personnages qui décrivent avec minutie comment ils ont tué leurs parents. Vidéos et lumières contribuent au mysticisme comme à la terreur des meurtres commis. Dimitris Mandrinos raconte Oil of dog avec cynisme. Alexandros Filippopoulos joue avec un remarquable expressionnisme gestuel The Hypnotist. Spyridon. Xenos fait une description dégoûtante dans un monologue An imperfect Conflagration. Marvina Pitychouti, devant une salle de tribunal imaginaire, souligne le caractère macabre de My favourite Murder.
Bref, une «métal performance» que les amateurs du genre  apprécieront beaucoup.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Michael Cacoyannis Foundation, 206 rue Peiraiws, Athènes. T. : 0030 210 34 18 550

Mesure pour Mesure, de William Shakespeare, adaptation et mise en scène d’Arnaud Anckaert

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Mesure pour Mesure de William Shakespeare, adaptation et mise en scène d’Arnaud Anckaert

 On le rencontre dans les comédies ou les tragi-comédies de Shakespeare, ce Duc mélancolique, à la fois homme de bien, dépressif et un peu pervers : au fond des bois de Comme il vous plaira, sur l’île de La Tempête… Mais celui de Mesure pour Mesure doute de lui-même et s’interroge sur la force de la loi et sur l’exercice du pouvoir. Aussi, déguisé en moine, va-t-il, sous le prétexte d’un voyage diplomatique, observer comment le puritain Angelo, le bien-nommé, exerce la régence qu’il lui a confiée. Ça commence mal : Angelo fait condamner à mort Claudio pour “fornication“. Le pauvre garçon a juste été trop pressé de « connaître » sa fiancée… Pas d’excuse et pas de quartier, dura lex sed lex : la loi doit être appliquée à la lettre, et le prévenu sera exécuté dès le lendemain à l’aube.

Qui le sauvera ? Sa sœur, religieuse novice, tente de convaincre le Régent. Tentative risquée: le tyran a un désir d’elle aussi violent que sacrilège. Finalement, sous son masque de moine, le duc, confident de la jeune fille, trouve une solution audacieuse avec substitution de femme (comme dans Tout est bien qui finit bien) et de cadavre. Tout rentrera dans un ordre plus clément et plus juste, conforme à la loi du Monde et à celle de Dieu.

 La pièce traite avec gravité du droit, de la justice, du pouvoir, de l’État, de la violence du désir et du péché. Rien que cela! Elle n’en est pas moins une comédie avec intermèdes bouffons et personnages secondaires de maquereaux et maquerelles: la face grotesque et libre des désirs aristocratiques cadenassés… Arnaud Anckaert place son spectacle sous les auspices du Surveiller et punir de Michel Foucault et prend de front ces questions de loi, de justice et de contrainte des corps. Il s’interroge sur la dangereuse obsession de pureté et sur la mainmise des hommes sur les les femmes, sur l’irruption et la folie du désir. Cette dernière question semblant beaucoup plus difficile à saisir et à traiter.

Les mots sont bien là mais les corps ne jouent pas. Dans un clair-obscur, des images fantasmatiques conventionnelles (un homme se fait fouetter et une religieuse relève sa robe sur son porte-jarretelles) ne suffisent pas à instiller le moindre trouble… Des clichés qui vont à l’encontre d’une mise en scène qui est, par ailleurs, d’une réelle honnêteté. «Je cherche, dit Arnaud Anckaert, à ce que la fabrication du théâtre soit invisible et concrète». Et ainsi fonctionne le spectacle : avec une sorte de saine naïveté. Personne ici ne fait le malin et il n’y a aucune concession à une flatteuse autodérision. Revers de cette naïveté : malgré la présence de comédiens solides, sincères et tout à leur tâche, l’interprétation reste courte et illustrative : rien ne déborde, ni en profondeur, ni dans les prolongements possibles du rôle. Dès lors, comment parler des débordements, en restant dans ces limites ? Même les clowns et bouffons restent ici presque sages.

Arnaud Anckaert est l’heureux metteur en scène en France d’auteurs britanniques importants comme Dennis Kelly. Devant Shakespeare, on le sent intimidé, freiné. Il utilise bien l’espace du théâtre d’Arras: entrées par la salle, plateau à deux niveaux, mais dans une simplicité sans véritable choix esthétique. Le spectacle pêche par une ambition contradictoire et finalement, par trop de modestie. Reste la pièce, étrange, passionnante qu’on entend bien, même avec les ailes et les griffes rognées.

 Christine Friedel

 Spectacle vu le 27 mars, au Tandem, Théâtre d’Arras (Pas-de-Calais).

Le Manège à Maubeuge (Nord) le 8 mars. Comédie de Béthune (Nord) du 26 au 29 mars. Comédie de Picardie, Amiens (Somme) les 3 et 4 avril. Théâtre Romain Rolland, Villejuif (Val-de-Marne), le 6 avril. Théâtre Benno Besson à Yverdon (Confédération Helvétique, canton de Vaud), les 10 et 11 avril.
La Barcarole,Arques (Pas-de-Calais) le 21 mai. Château d’Hardelot (Pas-de-Calais), les 23 et 24 mai.

Une vie politique, conversation entre Noël Mamère et Nicolas Bonneau, conception Nicolas Bonneau, co-mise en scène Caroline Melon

Une vie politique, conversation entre Noël Mamère et Nicolas Bonneau, conception de Nicolas Bonneau et co-mise en scène avec Caroline Melon

9F1E4622-6728-4528-AD05-3B4F12FCBBEBNicolas Bonneau pratique un travail de collecte pour créer ses spectacles (voir l’article précédent Qui va garder les enfants? créé le mois dernier dans ce même théâtre). Cette étrange conversation relève du théâtre mais  aussi de la politique. En juin 2017, avec la complicité du festival Chahuts à Bordeaux, Nicolas Bonneau a convié Noël Mamère, alors député-maire de Bègles, à une rencontre inédite sur un plateau de théâtre. Dans le prolongement des Portraits ordinaires, une de ses précédentes créations, le metteur en scène l’a suivi et l’a interrogé sur sa vie de journaliste puis d’élu. Noël Mamère lui répond au-delà des idées reçues et acceptera d’entrer donc en scène pour se soumettre aux questions… Franchement et sans tabou.

Il parle ici de ses trente années de vie publique, de sa campagne présidentielle, du premier mariage gay qu’il célèbrera à la mairie de Bègles en 2.004 en toute illégalité. Malgré 4.000 lettres de menaces, il n’a pas cédé! « Le mariage est une construction sociale et la procréation n’est pas la condition de sa validité; sinon, il faudrait annuler les unions sans enfants. »  « Le rôle d’un politique n’est pas de se taire pour ne pas gêner. Il faut créer le débat. J’en prends le risque, et j’accepte le terme de provocateur. » L’avenir lui donnera raison. Il parle aussi de ses interventions comme député  à la tribune à l’Assemblée Nationale, d’un fauchage de plants O.G.M auquel il a participé. Là aussi, il aura une attitude de veilleur tout à fait positive. Les questions s’affichent sur écran et il a quelques minutes pour y répondre, avec un minutage précis.

Une rencontre inattendue: on a en effet du mal à croire qu’un homme politique aussi connu  vienne parler de lui sur une scène parisienne. Un spectacle surprenant, ludique mais aussi fort instructif…

Edith Rappoport

Le spectacle a été joué au Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris XI ème. T. : 01 48 06 72 34.

 

Qui va garder les enfants? de Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux, mise en scène de Gaëlle Héraut

Qui va garder les enfants? de Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux, mise en scène de Gaëlle Héraut

© Richard Volante © Pauline Le Goff

© Richard Volante © Pauline Le Goff

Le titre du spectacle reprend la phrase idiote et machiste de Laurent Fabius e (il ne pourrait  plus se le permettre aujourd’hui: il se ferait insulter sur tous les réseaux sociaux), C’était en 2.006 quand Ségolène Royal avait posé sa candidature à la primaire socialiste comme François Hollande avec qui elle vivait. C’est une sorte de théâtre-documentaire, dit à la première personne mais aussi joué, que Nicolas Bonneau va développer en une heure et quelque. Pour parler de la place des femmes en politique dans la douce France d’aujourd’hui, de jeunes femmes ou moins jeunes, de gauche comme droite ou du centre, des élues de petites ou grandes communes, des anciennes ministres dont Nicolas Bonneau a recueilli les témoignages sur plus de deux ans.

C’est la matière même d’un spectacle inégal où son auteur semble parfois avoir du mal à placer le curseur entre un théâtre purement documentaire et un récit personnel où il parle de ses relations avec les femmes. Sur le plateau, un fauteuil, quelques paires d’escarpins qu’il chaussera parfois et dans le fond, un petit escalier en spirale encombré de chaises inutiles. Cela commence bien lentement par une sorte de parodie de la misogynie mais on discerne mal où Nicolas Bonneau veut en venir.  Puis il interviewe en les jouant aussi : Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme sous la présidence de François Mitterrand, Christiane Taubira, Marylise Lebranchu, Ségolène Royal, Roselyne Bachelot, Nathalie Kosciusko-Morizet, et une députée, Clémentine Autain mais aussi Virginie Lecourt, maire d’une petite commune (170 habitants) Saint-Junien-les-Combes, près de Bellac (Limousin). Il passa une journée avec elle sur le terrain : c’est sans doute le meilleur des sketches, à la fois bien construit et plein de vie.

Mais le spectacle tourne parfois au catalogue quand Nicolas Bonneau cite seulement la célèbre Olympe de Gouges qui écrivit en 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Louise Michel, Rosa Luxembourg, ou encore Édith Cresson et Marine Le Pen. Le narrateur parle aussi d’Angela Merkel dont il admire beaucoup les stratégies pour écarter ses adversaires, ou encore Margaret Thatcher, l’intransigeante «dame de fer»…. Cela commence à faire beaucoup de monde! Qui trop embrasse, mal étreint, et aimer, c’est choisir, comme disaient nos grands-mères: ces vieux dictons restent valables et en particulier sur une scène. Par ailleurs, Nicolas Bonneau parle aussi souvent de sa famille et de Caroline, sa première amoureuse. Il avoue l’avoir bêtement quittée parce qu’il était jaloux qu’elle réussisse comme syndicaliste étudiante. Il la reverra mais, entre temps, elle aura aussi réussi à se faire élire députée et lui tiendra la dragée haute.

En passant Nicolas Bonneau rappelle -mais on se demande bien pourquoi- que Zeus avala Métis, son amante, et que la déesse Athéna sortit armée de la tête de Zeus. Il y aussi une chanson sur les femmes à l’Assemblée Nationale. Un sketch pas vraiment drôle et que l’on oublie vite. Bref, un spectacle avec de bons moments: Nicolas Bonneau a un talent indéniable de conteur… Mais on reste un peu sur sa faim; il y a des longueurs et l’ensemble n’est pas toujours passionnant. La faute sans doute à un texte parfois bavard et à une dramaturgie mal maîtrisée sur un thème casse-gueule; on a souvent l’impression que son auteur navigue à vue… Sa Caroline aura le dernier mot du spectacle avec un message qu’elle lui adresse, assortie d’une phrase de Groucho Marx: les hommes sont des femmes comme les autres… Bien vu.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mars, Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris XI ème. T. : 01-48-06-72-34.

 

Le Lien de François Bégaudeau, mise en scène de Panchika Velez

le lienLe Lien de François Bégaudeau, mise en scène de Panchika Velez

« Familles, je vous hais! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur. » La célèbre phrase des Nourritures terrestres (1897) d’André Gide est éternelle. Depuis que l’humanité existe, la tribu et la famille demeurent un lieu de bonheur mais parfois aussi de conflit. Et l’on sait que la majorité des actes de violence  se passe au sein du foyer. Les tragédies grecques ou romaines, ou encore élisabéthaines et autres drames jusqu’à nos jours, en sont de bons exemples. Dans cette pièce, il s’agit plus précisément du rapport mère/fils. Ici, une relation entre une mère aimante, mais gauche et attaquée par un fils dur, mais sensible. Dans les théâtres moderne et contemporain, la liste est longue de ces relations: entre autres, La Ménagerie de verre, une des œuvres les plus émouvantes de Tennessee Williams, avec la figure d’une mère autoritaire et protectrice, ou dans La Mère de Florian Zeller avec Catherine Hiegel en 2.010  et mise en scène par Martial Di Fonzo Bo…

La pièce de François Bégaudeau n’est pas une tragédie et se rapproche plutôt d’une comédie dramatique. Christiane, la soixantaine, une retraitée d’origine modeste, vit dans une ville de province. Elle a su cependant transmettre à son fils, Stéphane (Pierre Palmade) devenu écrivain, le goût de la lecture et des livres. Au début, le ton est celui de la légèreté, de l’humour grinçant, avec une écriture précise et sobre. Mais «le lien» va petit à petit vite prendre un caractère plus tendu. Vont alors s’affirmer toutes les contradictions et la frustration sentimentale de la mère  comme du fils, des êtres tout simplement humains, seuls, et en recherche de l’amour.

Il est venu lui rendre visite et elle a préparé un déjeuner. L’unique décor (Claude Plet) représente un intérieur modeste mais soigné: une pièce à vivre assez grande avec une table, un banc, une chaise avec, en arrière-plan, un coin cuisine. Côté jardin, une fenêtre et une petite entrée. Au début, nous découvrons  la mère et le fils attablés pour un repas, au moment du fromage. Il y a un long soliloque de Christiane. Thème principal de ce flot continu de paroles: le fromage de chèvre : «C’est pas le chèvre que t’aimes, celui-là. Je voulais en prendre comme tu préfères, avec la croûte dure mais la fromagerie du Carrefour City est fermée. » (…) « En fait, ils ont un problème de j’ai pas bien compris quoi, des histoires de … Tiens. (Elle prend l’assiette de Stéphane, y pose un morceau de fromage mais il n’y touchera pas)… des problèmes avec le lait, il m’a expliqué.»

Ce long texte, magistralement interprété par Catherine Hiegel, ouvre cette comédie dramatique dont la suite devient vite moins anodine. Sans elle, l’écriture simple et si juste de François Bégaudeau aux répliques fines et violentes, admirablement agencées dans une langue populaire, charnelle et imagée, n’aurait sans doute pas rayonné avec autant de subtilité et d’intelligence. Le texte chargé de non-dits lourds de sens, du genre: «je t’aime, moi non plus », mais aussi de reproches brutaux à la limite de l’humiliation résonne dans toute sa théâtralité. «Enlève ce blouson, par cette chaleur.» Stéphane lui répond: «Non, puisque je pars. Si j’arrive, j’enlève le blouson, si je pars, je remets le blouson, c’est logique. » (…) « Qu’est-ce que ça change, si je pars ?» Christiane: «Ça change que t’es plus là, tiens. T’es drôle, toi. » Stéphane: «Qu’est-ce que ça change concrètement. Quand tu parles à table, qu’est-ce que ça change, que je sois là ou pas ? (Christiane attend qu’il réponde lui-même à sa question.) « On peut se lever, tu continues à parler tout pareil, t’as pas vu ? Non, t’as pas vu. Justement, t’as pas vu.»

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Le public est vite touché par la violence qui s’empare de ces personnages déchirés par l’incompréhension et le manque d’empathie. Stéphane est devenu célèbre et bourgeois et les chemins existentiels de la mère et de son fils se sont donc écartés. Mais la tendresse, malgré tout et à jamais, finit par s’infiltrer dans ce «lien» qui existe entre eux. Avec ici, l’incommunicabilité, le renfermement sur soi, l’amour-propre et l’amour impossible mais tant désiré, et une blessure. Stéphane: «Je ne réponds jamais à tes questions pour l’unique et simple raison que tu ne m’en poses aucune !» Christiane: «C’est la meilleure celle-là !»  Stéphane: « Oui, c’est la meilleure, là, on est d’accord. La meilleure de toutes. Plus j’y pense, plus ça me scie, je suis estomaqué, estomaqué que ma mère se branle complètement de ma vie.» Au cours de ce face-à-face, Françoise, une vieille amie de Christiane, arrive et va alléger la tension. Là aussi, Marie-Christine Danède, réussit avec  franchise et finesse, à donner une puissance dramatique et une poésie à cette femme sans histoires, ordinaire mais gaie, et encore curieuse de l’existence.

Le  jeu de Pierre Palmade est un peu décevant. Très présent, émouvant ou presque épouvantable, le personnage, dans toute sa splendeur, nous ravit. Puis, on ne sait pourquoi, reviennent ça et là, certaines expressions dont il a le génie mais qui n’ont pas leur place ici. Dommage: cela étouffe parfois les espaces inarticulés et fugaces enfouis dans la pièce et que seule, la magie de l’interprétation peut faire surgir… Mais il ne faut pas se tromper de baguette magique!

Elisabeth Naud

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, Paris XIV ème. Jusqu’au 29 mars. T. : 01 43 22 77 74.

Am Königsweg (Sur la voie royale) d’Elfriede Jelinek, mise en scène de Falk Richter

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Am Königsweg (Sur la voie royale) d’Elfriede Jelinek, mise en scène de Falk Richter

Falk Richter, quarante neuf ans, a créé à partir de 1996, des spectacles  en Allemagne mais aussi à Amsterdam, Strasbourg, Bruxelles, Venise, Paris (voir Le Théâtre du Blog). De 1.999 à 2.017,  il  a été auteur et metteur en scène associé à la Schaubühne de Berlin et est depuis deux ans, artiste associé au Deutsches Schauspielhaus de Hambourg. Falk Richter a été nommé pour ce spectacle par  les critiques de la revue Theater Heute,  le metteur en scène de l’année, Benny Claessens, l’acteur de l’année, le créateur des costumes Andy Besuch le costumier de l’année, et le texte d’Elfriede Jelinek, la pièce de l’année. « Il n’y a jamais eu, dit-il, autant de distinctions pour un seul spectacle dans l’histoire du théâtre allemand !”

 L’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel de la paix 2.004, a commencé à écrire cette pièce le soir où Donald Trump était élu. Elle y parle du pouvoir politique similaire à toutes les époques et marqué  quoiqu’il arrive, par l’autoritarisme, les violences et les discours agressifs. En quelque trois heure trente, sont évoqués ici et entre autres méfaits, ceux de la mondialisation, des trop fameuses «subprimes», ces prêts hypothécaires surtout dans l’immobilier à  des acheteurs au pouvoir de remboursement insuffisant.  Tant que l’immobilier augmentait, la maison acquise  était hypothéquée et en cas de défaillance, la banque remboursait le crédit en vendant la maison.  A une condition: que les prix de l’immobilier ne baisseraient pas… Mais  le contraire s’est produit et ,il y a déjà onze ans, ce fut un immense désastre boursier aux Etats-Unis puis un peu partout dans le monde. Avec à la clé, la perte pour de nombreux petits propriétaires américains de leur logement, la destruction d’emplois et la délocalisation d’industries nationales, des accords financiers plus que douteux entre représentants de l’oligarchie internationale,  et bien entendu, de sérieux dégâts politiques…

Elfriede Gelinek traite aussi des affaires tout aussi douteuses de Donald Trump et de ses liens présumés avec des criminels de haute volée, et de ses fausses déclarations  d’impôt. «Être aveugle : très pratique aussi. Renoncez à moi, vous le faites de toute façon, renoncez à moi, car je suis malade et ne comprends rien, je n’y vois rien, si, je vois, non, en fait non, allez les yeux, allez les Bleus ! Moi pauvre aveugle je ne comprends pas ce que j’ai commandé.  » (…) « Je ne sais pas ce qui va se passer.  » (…) « Si j’ai involontairement une dette envers vous ? (…) Attention, voilà le nouveau roi, mettez vite l’appareil en marche ! (…) Il est là, et moi, je n’ai plus de lumière. Quelle misère. »

Malgré le plaisir d’avoir ce prix, pour Falk Richter: «Demeure pour moi cependant la terreur de voir combien la pièce et la mise en scène collent à l’époque: elles parlent de l’homme blanc, agressif qui revient aujourd’hui sur la scène du monde et, comme récemment à Chemnitz, y déverse sa colère et sa haine, poursuit à travers la ville ceux qui ne sont pas blancs, braille Heil Hitler et rêve d’une révolution nationaliste de droite… et elles parlent de la gauche pétrifiée, choquée, qui sent qu’elle ne domine plus le débat et ne sait pas comment se défendre contre cette fascisation croissante de la politique, ni comment arrêter ce tremblement de terre. Les temps deviennent difficiles, nous devons être solidaires, nous défendre haut et fort, nous soutenir mutuellement et nous battre ensemble contre ce nouveau fascisme ! »

Sur scène, un remarquable décor d’inspiration surréaliste et qui se revendique comme tel, avec de fausses loges de théâtre, un grand cheval doré, quelques fauteuils rouges style Louis XV, de gros coussins, et dans le mur de fond, une fenêtre où une grenouille verte jouée par un acteur va fasciner le public. Il y a une prophétesse aveugle, saignant de la bouche et des yeux, et un roi fou et délirant  (Benny Claessens), coiffé d’une couronne en carton. Le spectacle participe d’un jeu de massacre mais on a quelque mal à s’y repérer (les écrans de sur-titrage sont petits et posés sur la scène côté cour et jardin ou au dessus de la scène, donc difficiles à lire). Mais aussi d’une sorte de revue de music-hall et spectacle de marionnettes avec projection d’images d’actualités (guerres, incendies, inondations meurtrières, etc. passées en boucle et à grande vitesse. Les acteurs sont tous d’une qualité exceptionnelle, en particulier Benny Claessens en roi-père Ubu délirant et Falk Richter sait créer comme personne, un univers aussi poétique et burlesque que terrifiant.

Mise en scène et direction d’acteurs impeccables, comme les décors de Katrin Hoffman et les costumes d’Andy Besuch. Mais bon, quand on n’est pas germanophone et qu’il faut se référer au texte français affiché en surtitrage qui semble intégral, il est difficile de suivre la prose poétique exceptionnelle d’Elfriede Jelinek. Et, comme on a envie de voir jouer les acteurs allemands  mais aussi la remarquable vidéo de Michel Auder et Meika Dresenkamp projetée directement sur le décor, cela fait beaucoup d’informations à absorber pendant quelque trois heures, même avec entracte… Surtout quand il y a aussi des parties improvisées bien entendu sans titrage. Mais cela dit, c’est toujours un grand plaisir de voir d’aussi bons acteurs allemands, ici très bien dirigés par Falk Richter. Stéphane Braunschweig a eu raison d’inviter ce très beau spectacle, même s’il n’a été joué que quelques jours…

Philippe du Vignal

Spectacle présenté à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris VI ème, du 20 au 24 février.
La pièce est publiée dans la traduction de Mathilde Sobottke et Magali Jourdan, est parue aux éditions de l’Arche.

 

La Caisse d’Aris Alexandrou, mise en scène de Fotis Makris et Kleopatra Tologkou

La Caisse d’après le roman d’Aris Alexandrou, adaptation et mise en scène de Fotis Makris et Kleopatra Tologkou

''TO KIBWTIO'' PHOTO_5Aris Alexandrou, de son vrai nom, Aristotelis Vassiliadis, est un écrivain et traducteur grec, principalement connu pour son unique roman La Caisse. Né à Pétrograd en 1922, le jeune Aris Alexandrou suit son père grec et sa mère russe dans leur exil en Grèce en 1930.  Il a une activité de traducteur, notamment du russe (Vladimir Maïakovski, Fiodor Dostoïevski, Anton Tchekhov, Anna Akhmatova) mais aussi du français (Voltaire) et de l’anglais. Et il adhère au Parti Communiste, ce qui lui vaudra des années de persécution et il sera interné quatre  ans dans le camp de Makronissos. Il se réfugie en France en 1967 après le coup d’État des colonels. Il  mourut à Paris en 1978.

Son roman qu’il finit d’écrire en 72, est paru en Grèce deux ans plus tard. C’est une suite de dix-huit lettres, datées du 27 septembre au 15 novembre 1949, adressées au Juge d’instruction par un prisonnier qui reçoit chaque jour quelques feuillets pour écrire sa déposition. Un gardien les emporte aussitôt mais il ne reçoit jamais de réponse. Au cours de la guerre civile grecque, l’auteur de ce récit a été choisi pour participer, avec une trentaine de camarades, à une mission-suicide organisée par le Parti Communiste :  ils doivent apporter de la ville de N. , à celle de K. une caisse fermée dont le contenu leur est inconnu. De la réussite de cette mission dépend entièrement l’issue de la guerre contre les forces gouvernementales. Dès son arrivée à N., le narrateur reçoit,  comme les autres hommes qui ont été choisis, un entraînement militaire spécial, déguisé en entraînement de football. Dans cette ville occupée par les forces communistes, la suspicion est partout et les exécutions pour l’exemple, fréquentes. Ils  s’en vont enfin mais la progression est difficile: le commandement impose un parcours plein de détours. Et il y a des offensives, de nombreux accidents ont lieu et les blessés sont exécutés, si bien que le narrateur se retrouve bientôt seul pour apporter la caisse à K.

Aris Alexandrou utilise sa propre expérience pour décrire une vie coincée entre un communisme intransigeant et une dictature étouffante créant ainsi un monde militarisé où fleurissent les prisons. Le Parti Communiste déshumanise ses adhérents, en les soumettant à une logique hiérarchique suicidaire et à une discipline de fer qui les rend indifférents à leur propre mort comme à celle des autres… Fotis Makris et Kleopatra Tologkou ont adapté le roman  pour en faire un monologue mais en se focalisant sur les scènes d’action. Le narrateur, soumis à un procès imaginaire, se défend devant un public-tribunal en racontant tous les évènements du transport de cette caisse. Les metteurs en scène ont réussi à créer un suspense et le décor simple mais symbolique représente une salle d’instruction. Fotis Makris, seul en scène, joue avec ardeur et passion mais d’une voix parfois criarde et monotone. En quatre-vingt minutes, il arrive cependant à  donner vie à ce texte. Bref, un spectacle intéressant qui fait naître des discussions politiques fécondes.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes. T. : 00 30 210 64 53 330


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