ROSE EST UNE ROSE

ROSE EST UNE ROSE  Théâtre Dunois

Compagnie Sisyphe heureux d’après Le monde est rond de Gertrude Stein, chorégraphie, danse et création vidéo Haïm Adri
Haïm Adri en tunique blanche danse avec ses mains devant un écran où une petite fille, Rose en robe rose se déplace aux quatre coins de l’écran. Ce spectacle pour très jeunes enfants n’a pas captivé les miens entre six et dix ans, ils ont seulement été surpris de retrouver Rose avec sa robe rose à la sortie.
Edith Rappoport


Archives pour la catégorie critique

Les Insomniaques

  Les Insomniaques de Juan Mayorga, mise en scène Anne Cosmao.

webjmayorga.jpgCette pièce de Juan Mayorga , dont avait pu voir cette saison, brillamment montée par Jorge Lavelli Le garçon du dernier rang,  a pour thème et prétexte, comme de nombreuses pièces et films, la nuit dans la ville contemporaine et  le changement des rapports humains qu’elle peut engendrer. Dans cet immeuble, il y a deux couples appelés par Mayorga les Petits et les Grands, sans aucune autre identité, qui se connaissent peu, voire presque pas, et deux hommes l’un appelé L’Homme au chapeau  et un autre nommé Le Docteur; l’Homme Petit a sans doute eu un jour l’intuition que son voisin du dessous était sans-papiers, et commence à exercer un chantage pour s’en faire une sorte d’ami mais cette amitié repose sur un malentendu, puisqu’elle est fondée sur une domination psychologique; quand le Petit rencontre le Grand pour la première fois, alors qu’il le croisait juste dans l’escalier, il commence par lui demander s’il connaît les termes de la loi 3754, et va commencer  par exiger qu’il boive un verre avec lui, alors que le Grand n’en éprouve visiblement aucune envie… Quant aux deux épouses, elles semblent attirées par deux hommes: pour  la Grande l’Homme au chapeau et pour l’autre, Le Docteur….
Le Grand a un travail, quelque chose comme veilleur de nuit/infirmier dans une sorte de résidence pour personnes très âgées et sa femme vient lui rendre visite, de même que la Petite va voir le Petit à son bureau. La Grande, qui est interprète/traductrice fait appel au Petit pour une réparation électrique et parle avec lui des choses banales de la vie; elle semble assez frustrée  et  quittera finalement son mari pour un homme qu’elle a à peine vu et qu’elle va retrouver sur un quai de gare. Ce sont quelques unes des  courtes scènes qui se succèdent et qui sont censées , à partir d’un thème sans cesse reconvoqué: celui des sans-papiers, nous parler de la société contemporaine, des choix que les hommes font, le plus souvent au détriment de leur propre liberté,des rapports souvent ambigus, parfois teintés de manipulation sournoise que les gens- entre curiosité parfois malsaine et vraie gentillesse- entretiennent avec leurs voisins les plus proches. Anne Cosmao  semble éperdue d’admiration devant cette pièce mineure de Mayorga dont la construction fait souvent penser à une impitoyable démonstration mécanique dont se réjouit sans doute l’auteur. Mais les dialogues,parfois brillants, tiennent plus  de l’exercice de style universitaire et  sont d’une sécheresse impitoyable; ils ne sont, sinon à quelques rares moments,  pas très savoureux pour le public, et déclenchent un ennui profond .
On nous rétorquera sans doute que c’est pour mieux  peindre l’anonymat des grandes villes, et les relations à l’intérieur des couples et  pour nous renvoyer à nos propres obsessions.  Mayorga, prétend Anne Cosmao,  revisite  la structure triangulaire chère aux vaudevilles »… On veut bien mais les « revisitations » sur ce mode démonstratif et sans efficacité théâtrale, grand merci , on a déjà donné!
La pièce de Juan Mayorga aurait peut-être pu être sauvée par une mise en scène et une direction d’acteurs efficaces, et une scénographie qui rende service à la pièce, ce qui est quand même en principe le but de l’opération. Malheureusement, on est loin du compte! Seul Thierry Barrèges ( l’Homme Petit) et Marine Segalen ( La Femme Grande semblent parfois crédibles, mieux vaut passer sous silence le jeu des autres acteurs sans doute englués dans une scénographie où il s’agit , dit Anne Cosmao,  » de gérer deux formes d’espace, le public et le privé » ; c’est pourquoi du sable blanc délimite au sol les deux appartements »;  » l’élément central de la scénographie ( de Nicolas Ganter) étant une fenêtre qui peut aussi signifier un écran de télévision ou la vitrine d’un café , un objet qu’on regarde et qui permet de voir »… Encore faudrait-il  que tous ces objets scéniques en carton beige , cet espèce d’écran en polystyrène assez tristounet et ces lignes de sable blanc fassent  sens et rendent service au texte, ce qui est loin d’être le cas. Quant aux costumes des hommes  » qui portent la même veste de travail, ouverte différemment, de façon à ( sic) traduire leur personnalité opposée tout en jouant sur une certaine gemmellité », mieux vaut là aussi oublier le charabia de ces pieuses  intentions!
Quel public Anne Cosmao espère-t-elle conquérir avec ce genre de réalisation, sinon les copains et la famille venus en force soutenir cette mise en scène improbable d’un texte  mineur?

 

Philippe du Vignal

 

Chaque pièce représentée pour le prix Théâtre 13/ Jeunes metteurs en scène 2009 est jouée deux fois; reste à voir Dernier remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Julie Deliquet les 19 et 20 juin à 19h30; La Cruche cassée d’Henrich von Kleist les 23 et 34 juin à 20 h 30,  mise en scène de Thomas  Bouvet et Chaos debout de Véronique Olmi, mise en scène de Nelly Morgenstein les 26 et 27 juin à 19 h 30.

JOURNAL D’UNE AUTRE

JOURNAL D’UNE AUTRE 

D’après Notes sur Anna Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, adaptation et mise en scène Isabelle Lafon et Valérie Blanchon.
« Non, je n’ai pas pleuré toutes mes larme. Elles se sont amassées en moi. Depuis longtemps, mes yeux n’en ont plus, n’en ont plus aucune, et je vois le monde » Anna Akhmatova dialogue avec Lydia Tchoukovskaïa, journaliste.

  Staline est mort, on réhabilite leurs maris qui ont été exécutés. Elles dialoguent dans la douleur, sans pathos et sans haine dans la nudité d’un appartement communautaire. Le spectacle se joue dans un salon du Théâtre Paris Villette, atour d’une simple table remplie de livres, c’est Johanna Korthals qui a repris le rôle de la journaliste créé par Valérie Blanchon. C’est tout simplement beau !

Edith Rappoport

Théâtre Paris-Villette

Les artistes de Wallonie Bruxelles font leur festival d’Avignon

Au Théâtre des Doms
Les artistes de Wallonie Bruxelles font leur festival d’Avignon
du 8 au 28 juillet 2009

chouxaffich72dpi.jpgPour promouvoir la création des artistes de la scène wallonne et bruxelloise francophones,  le Gouvernement de la Communauté Française de Belgique achète en 2001 le Théâtre de l’Escalier des Doms à Avignon. Sa direction est confiée à Philippe Grombeer qui ,dès 2002,  imprime à ce lieu de 120 places l’identité d’un espace de diffusion et d’action culturelle, pluridisciplinaire, en offrant un panorama de la création artistique actuelle de Wallonie Bruxelles. Le théâtre des Doms  fonctionne dans l’esprit de partenariat et de projets fédérateurs avec une programmation sur toute l’année et des temps forts parmi lesquels le Festival des Doms au Festival d’Avignon.
Sa devise « pas de produits formatés à l’usage consumériste, ni de postures d’isolement, élitaires et nihilistes ».
Pour ce Festival d’Avignon , dix  spectacles dont six dans la salle, un dans le jardin, une chorégraphie présentée au  Studio des Hivernales, un spectacle de cirque sur l’île Piot et du théâtre itinérant à « Villeneuve en scène ». Spectacles qui tous, souvent avec humour et sous des formes insolites, inventives, accessibles à tous les publics, pointent les problèmes et les inquiétudes de notre société.
Du théâtre dramatique avec Chatroom d’Enda Walsh, mise en scène par Sylvie de Braekeleer, création du Théâtre de Poche à Bruxelles (à 15 h 15), sur six adolescents dont le jeu du « chat » sur le net dérape, les entraînant dans une spirale de manipulations, alimentées par l’ennui et les frustrations, conduisant l’un d’eux à commettre un acte irréparable.
Le Rideau de Bruxelles présente à 20 heures sa création de Hamelin de Juan Mayorga dans une mise en scène exemplaire de Christophe Sermet, spectacle qui a fait l’événement en janvier à Bruxelles. À travers la référence au conte du joueur de flûte de Hamelin des frères Grimm, la pièce parle des rapports difficiles et parfois pervers entre les adultes et les enfants et met à jour la mauvaise conscience d’une société qui refoule ses réalités sordides : la misère morale, les arrangements pour la survie, le commerce sexuel des enfants etc.
Sans ailes et sans racines (à 13 h 30) écrit et interprété par Hamadi et Soufian El Boubsi (compagnie La charge du rhinocéros). Histoire d’une fracture entre le père, arrivé à sept ans avec ses parents à Bruxelles, totalement intégré, athée, rejetant le fanatisme et son fils né, élevé en Europe, qui en quête de ses origines se tourne vers l’islam militant dans un repli communautaire.
Spectacle jeune public avec Ficelles (à 17 h 30) théâtre d’objets mis en scène par Véronique Dumont avec Valérie Joyeux et Vincent Raoult (Foule théâtre).
La compagnie Le corridor propose Le diable abandonné (11 h) théâtre pictural conçu par Patrick Corillon, interprété par Dominique Roodthoof, spectacle inclassable entre théâtre, arts plastiques et poésie.
Dans le Salon du théâtre des Doms,  à 21 h 30 : Causerie sur le lemming mise en scène  d’Élisabeth Ancion ,qui, partant du lemming, étrange micromammifère de l’Arctique, nous entraîne dans un voyage énigmatique au-delà des mots, des apparences du monde connu.
Enfin, à 22 heures L’atelier 2010 propose L’héroïsme aux temps de la grippe aviaire, mis en scène par Alexandre Drouet. Spectacle drôle et amer, portrait d’un « super héros » du quotidien, fou de films de Kung-fu et de musique de John Williams, chômeur tentant de survivre à la misère sociale ordinaire.
Enfin trois spectacles « décentralisés ». Dans le cadre des collaborations du Théâtre des Doms. Manteau long en laine marine porté sur un pull à encolure détendue avec un pantalon peau de pêche et des chaussures pointues en nubuck rouge, pièce chorégraphique interprétée par Nadine Fuchs et Marco Delgado (10 h 30 au Studio des Hivernales), La légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon, théâtre itinérant, mis en scène par Bernard Massuir  présenté à 19 h 30 à « Villeneuve en scène » et dans le cadre de « Midi-Pyrénées fait son cirque » Slip Inside spectacle de clowns acrobatiques présenté à 22 h 15 à l’île Piot.  Il y aussi une série de rencontres, débats, « Apper’auteurs »,  animés par Émile Lansman dans le jardin du Théâtre des Doms pour les professionnels du théâtre et le public durant tout le festival.

Irène Sadowska Guillon

« Nom de Doms » au Théâtre des Doms
du 8 au 28 juillet 2009
1 bis rue des escaliers Sainte-Anne
04 90 14 07 97
www.lesdoms.eu

La coupe et les lèvres

    Prix Théâtre 13/ jeunes metteurs en scène

La coupe et les lèvres d’Alfred de Musset, mise en scène de Maxime Kerzanet.

prixm.gifLa pièce est la première de ce curieux théâtre d’Alfred de Musset qui continue d’enflammer les écoles de théâtre mais disons-le tout de suite, celle ci n’ a rien de fabuleux; il s’agit de l’histoire d’un jeune homme, quelque peu déboussolé au sortir de l’adolescence.  Le malheureux Frank pourrait être un adolescent d’aujourd’hui, en proie à un profond mal-être que l’on enverrait sûrement consulter vite fait un psychiatre. Le texte de Musset , dit Maxime Kerzanet, « nous interroge sur notre rapport au monde et sur notre identité, sur ce que nous pouvons faire de notre vie, et la pièce est fondée sur l’envie de  confronter nos projets  à la réalité ».

  Et c’est bien ce dont il s’agit, toute la pièce un peu laborieuse porte  sur la désillusion et le désenchantement qui suivent la quête passionnée du jeune Frank, surtout dans les rapports nécessairement compliqués qu’il entretient avec les femmes. Maxime Kerzanet a rajouté un personnage l’adolescent  dont  le rôle est extrait d’autres textes de Musset dont une préface de la pièce Dédicace à M. Alfred Tattet, mais cela ne réussit pas à sauver ce qui n’est guère qu’un brouillon de ses  pièces ultérieures , même si l’on y retrouve les thèmes habituels du fameux auteur romantique.Rien à voir avec la qualité d‘On ne badine pas avec l’amour ou bien sûr de Lorenzaccio.., pour ne citer que les plus  connues.Et comme Maxime Kerzanet éclaire le début de la pièce avec des lampes de poche et la suite avec un éclairage minimal, on devine qu’un ennui de première qualité ne tarde pas à s’installer…

  image8.jpgEt malheureusement, ce n’est ni la mise en scène ni la direction d’acteurs assez flottantes ni la scénographie  non signée qui peuvent arranger les choses: c’est sans doute vue, par Maxime Kerzanet, la chambre d’un jeune homme d’aujourd’hui: soit un joyeux foutoir avec un matelas par terre, et un tas d’objets divers un peu partout: et il faut être bien naïf pour penser comme lui  » que la scénographie consistera à symboliser l’univers quotidien d’un adolescent actuel  » ????? et  » que chaque élément de la chambre pourra se transformer en en un accessoire nécessaire au déroulement de l’histoire de Frank ».  Désolé, une vraie scénographie est d’abord fondée sur une dramaturgie solide .Entre la coupe et les lèvres, il reste encore de la place pour un malheur dit le proverbe que cite Maxime Kerzanet.Cette mise  en scène n’a rien d’un vrai malheur  mais n’aurait jamais dû  arriver là. Daniel Mesguisch, nouveau directeur du Conservatoire national, dont sort  ce jeune homme , peut multiplier les cours de dramaturgie ; cela contribuera peut-être à faire réfléchir les élèves avant de se lancer dans la mise en scène et à écrire des notes d’intention un peu moins prétentieuses… Une petite consolation: une diction tout à fait correcte du texte, ce qui est quand même la moindre des choses-mais qui n’est pas toujours le cas- et la belle présence d’Aurore Paris, jeune et intelligente comédienne.

Philippe du Vignal 

Play Strindberg

 

Play Strindberg, de Friedrich Dürrenmatt

 

playstr.jpgUne phénoménale scène de ménage : Dürrenmatt a fait subir à la Danse de mort, de Strindberg, un traitement comparable à celui que Picasso a infligé, pour notre grand bonheur, aux Ménines de Vélasquez, calque, découpage au scalpel, accentuation des traits, et petits bouts de bois dans les oneilles. Car le Père et la Mère Ubu viennent hanter l’île nordique inhospitalière – autant qu’eux-mêmes – où le rigide capitaine et son ex-star d’épouse tirent leur chaîne depuis vingt-cinq ans. Leurs bien nommées « noces d’argent » : d’argent, il n’y en a plus, sinon caché, escroqué, brandi comme arme de chantage, trempé d’amertume. Un tiers vient ranimer la flamme de l’éternel conflit conjugal : le cousin de Madame, dans les douze rounds du combat, sera tantôt spectateur, tantôt arbitre, esclave, amoureux, garde-malade, et lui aussi escroc, un cran au-dessus des autres, puisqu’il a parcouru le vaste monde, lui.
La mise en scène d’Alain Alexis Barsacq est simple, vive, efficace et pleine d’humour, les comédiens sont carrément grandioses. Philippe Hottier, en bon militaire, éructe, grommelle, hurle, jure, parade, plastronne, barrit et barytonne au delà de l’imaginable, entre deux évanouissements et trois fausses morts ; Agathe Alexis répond au quart de tour, extra fine mouche, une merveille d’énergie et de précision, de culot à aller jusqu’où il faut dans le « trop loin » : il faut l’entendre passer d’un exaspérante douceur à la lourde trivialité d’une haine bien recuite, elle est parfaite. Dominique Boissel, dans un registre d’abord plus feutré – fonction d’ « invité » oblige – dévoile peu à peu une force impressionnante, froide et sèche.
Comme si Dürrenmatt, avec cet inépuisable tourbillon de vacheries bien ajustées, avait été chercher le clown qui sommeille dans le très grave Strindberg : allez, Auguste, fais-les rire ! Et ça, pour rire, on rit.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 20 juin.

Vivant

Vivant d’Annie Zadek, mise en scène de Pierre Meunier.

 » Ni théâtre ni roman ni poésie, mais tout cela à la fois plus le reste. plus tout le reste. Ma conviction est qu’écrire contemporain, ce n’est pas faire table rase du passé ( processus d’exclusion) mais bien plutôt se situer comme héritière de l’histoire de la littérature, de l’histoire de l’art, de l’Histoire tout court dans un processus d’accumulation, ou rien n’est exclusif de rien, où l’on est à la fois vieux et jeune, homme et femme et vivant et mort, tout est rien tout est son contraire » écrit  Annie Zadek.
vivant.jpgEn effet Vivant, paradoxalement ne parle que de la mort ou plutôt de la peur de la mort, à la fois comme souhaitée et redoutée, mais aussi de la vie et des erreurs qu’on a commises mais qu’il faut bien assumer tant bien que mal.  « D’ailleurs c’est MOI qui meurs » dit l’homme, joué par Hervé Pierre, mais Vivant a aussi un écho profond, immédiat dans le bébé prêt à sortir du ventre de Julie Sicard que l’on devine d’abord enceinte dans l’ombre à l’avant-scène, puis que l’on verra attentive envers cet homme qu’elle déshabille puis lave. La dernière image et très belle image, ce sera Julie Sicard, en fond de scène , presque nue, en slip et soutien-gorge noir, debout dans l’ombre, en train de mettre un robe rouge. Message reçu: après cette interrogation sur la mort, la vie dans sa force, la vie encore fragile d’un futur bébé déjà presque là.
Ce monologue d’une heure a été inspiré par la fin, quelque peu suicidaire, à la fois triste et magnifique, de Léon Tolstoi, qui, un jour à 82 ans,  quitta tout ce qu’il aimait:  sa femme Sophie, ses sept enfants qu’il leur  restait sur les treize qu’ils avaient eu, et sa maison d’Isnaïa Poliana,  brutalement et  sans retour; il prit un train pour un ailleurs qu’il ne connaissait même pas, mais, en triste état, fut obligé de descendre dans une petite gare du village d’Astapovo où il mourut, seul ou à peu près, d’une pneumonie, après avoir refusé de voir sa femme. Enfin délivré de ses doutes et de ses obsessions, de ses peurs et des regrets qui le rongeaient.
L’homme- que joue Hervé Pierre-est là , à quelques mètres de nous et, dans une sorte de rêverie poétique sur la mort,  nous parle de sa vie qu’il considère comme ratée au moment où il voit lucidement qu’elle sans s’enfuit sans espoir de retour.Et, malgré son désir de rester vivant, il n’en peut plus de cette existence qu’il trouve absurde, sans intérêt; comme Tolstoï qui considérait avec mépris la plupart de son œuvre gigantesque , et se voulait plus terrien qu’intellectuel, tout en ayant passé cinq années à écrire Anna Karénine ; comme nous tous, il n’en est pas à une contradiction près. Déchiré mais encore vivant, à l’approche de la mort, de  sa mort qu’il veut vivre lucidement.
Pierre Meunier, à la fois brillant créateur de ses propres monologues, poète théâtral et réalisateur de films, vieux complice d’Hervé Pierre, qui avait mis en scène récemment mis en scène Eloge du poil de Jeanne Mordoj  (voir Le Théâtre du blog) a entrepris de donner chair à ce texte d’Annie Zadek pour arriver, comme elle dit, à  créer cette matérialité de la scène dont on la sent très admirative. Pierre Meunier a  bien réussi son coup en dirigeant Hervé Pierre, que vous pouvez aussi voir dans La Grande Magie d’Eduardo de Filippo à la salle Richelieu et qui a obtenu avec raison le Prix de la Critique; il se révèle une fois de plus, être un excellent comédien.
Dès les premières minutes, il sait se rendre crédible et juste; il est là, physiquement, à moitié affaissé sur ce petit plateau de bois incliné,pitoyable et digne en même temps, en donnant exactement le rythme ,l’énergie et la sensibilité qui convient à ce texte d’une heure, et Julie Sicard, apporte en contre-point, silencieuse et attentive, sa belle présence.

Reste la scénographie un peu compliquée, faite de toiles peintes sur châssis qui tombent petit à petit, et finalement peu convaincante, parce que trop prégnante: elle surligne le propos et ne se révèle pas indispensable. Mais il y a tout un travail sur le son d’Alain Mahé, tout à fait remarquable; c’est seulement dommage que le bruit du métro, sourd et pénible, pollue des moments qui devraient être silencieux, après le merveilleux vacarme des ferrailles des trains qui passent. Ce Studio-Théâtre, creusé dans les sous-sols du Musée du Louvre, est une salle décidément froide, sans âme et sans grand intérêt, qu’Hervé Pierre et Julie Sicard arrivent quand même à faire vivre.
Alors à voir, oui, si vous voulez découvrir un texte hors-normes, un peu inégal sur la fin, mais remarquablement interprété.

Philippe du Vignal

Théâtre-Studio de la Comédie-Française jusqu’au 28 juin à 18 h 30.

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Festival du Teyat Zabim

 Festival du Teyat Zabim, ( Guadeloupe)
Après quatre ans de silence, et plusieurs mois d’agitation  sociale en Guadeloupe, les organisateurs du Festival de théâtre des Abymes, une commune à côté de Pointe-à-Pitre, ont pu  nous offrir  un excellent programme  qui a attiré les foules et donné lieu à des manifestations  populaires (musique, danse,)  sur le parvis du Centre Sonis, seul lieu de représenatation cette année,  vu les limites budgétaires.congres.jpg Il y eu la magnifique lecture  de Congre et Homard, une pièce de la martiniquaise Gaëlle Octavia. Lu par Joël Jernidier et Dominik Bernard , ce dialogue serré et  intense nous mène d’une situation apparemment cocasse vers une confrontation inquiétante. Un moins jeune (le mari), donne rendez-vous à un plus jeune, dans un café. Un jeu de chat et de souris verbal (ou plutôt de « congre » et de « homard »).

Alors que le mari  se montre très au courant de la trahison de sa femme avec ce jeune intrus, le désarroi de celui-ci  ne fait qu’agrémenter le plaisir sadique de  ce mari qui joue sur toutes les possibilités de la langue avant d’épingler son adversaire. Le dénouement choc nous laisse dans l’ambiguïté la plus totale.  Toutes les nuances,  dans cette orchestration de voix et de visages ont confirmé la force du texte et le travail absolument remarquable du duo Jernidier-Bernard. La pièce fera l’objet d’une mise en scène par la troupe Grace Art Theatre et sera présentée prochainement en Guadeloupe.

  La création de la pièce Conte à mourir debout, œuvre de Frantz Succab fut plus problématique. Ce texte, accompagné vers une production par ETC. Caraïbe, l’Artchipel, et jouée par la Compagnie Savann (Guadeloupe) était mise en scène par Antoine Léonard Maestrati. Journaliste, poète et rédacteur d’une tabloid   « Mot fwasé »  une sorte de  Charlie Hebdo guadeloupéen ,transporte son mordant sur la scène théâtrale .Roberval (Aliou Cissé), grand tambouyé, vient d’apprendre que ses jours sont comptés. Il attend la mort avec une certaine angoisse mais surtout avec beaucoup de colère et surtout comment le dire à sa bien aimée Bertilia.  Il refuse de devenir une de ces légendes glorifiées hypocritement par le peuple,  exploitée par les médias. Un chroniqueur de la télévision intervient (Harry Balthus) pour nous reconstituer la vie « officielle » du grand homme. Roberval et ses proches qui refusent cette farce médiatisée , interviennent constamment pour « corriger » la version publique par des aperçus sur une vie privée savoureuse, moins glorifiée mais plus humaine. Les différents récits de cette vie mise en abyme  constituent une suite de moments où l’auteur insiste sur la nature ‘jouée’ non seulement des personnages mais de toute la réalité guadeloupéenne. Par la même occasion,  l’auteur semble remettre aussi en question les icônes de la culture guadeloupéenne.

  Le vieux tambouyé est un de ces vieux cadavres qu’il faut démythifier pour ne pas rester figé dans le passé et pour  faire progresser la créativité au pays. Vision optimiste, ludique, voire subversive qui pose des problèmes évidents au metteur en scène. Maestrati semble avoir eu du mal à cerner toutes les complexités de l’œuvre. Il a créé des très beaux moments, comme cet écran  qui transforme les personnages en ombres lorsqu’ils semblent passer de l’autre côté de la vie. Mais la direction d’acteurs est moins heureuse, malgré une distribution excellente dont Aliou Cissé (Roberval). Gladys Arnaud (Bertilia, la femme) et Joël Jernidier qui apporte une bouffée d’air frais  dans un monde un peu étouffant. alvina.jpgHarry Balthus, très bon comédien, joue le  narrateur/chroniqueur à la télévision. Son style de robot , amusant au départ mais  devient lassant.Mais Aliou Cissé a vu son personnage et sa belle voix restreints à une lecture inégale; cloué à son fauteuil, presque immobile, il a beaucoup de mal à  être crédible.  Gladys Arnaud, sa femme ,a souffert des mêmes décisions de mise en scène.

  Et, à  part quelques moments piquants, il y a une absence générale d’énergie ludique:les acteurs  semblent figés dans une temporalité suspendue entre la vie et la mort … Et la médiocrité  la salle du Centre Sonis n’a pas facilité les choses. Mais la pièce doit aussi  être jouée à l’Artchipel et en Martinique. 

  Compte tenu  de la situation actuelle en Guadeloupe, le fait même de pouvoir organiser cet événement hors-série  était un véritable exploit. Avec des moyens limités , la volonté de  l’équipe organisatrice n’a cependant jamais fait défaut .D’autres événements sont prévus cet automne aux Abymes. que l’on attend avec impatience.La pièce doit être jouée prochainement à l’Artchipel et en Martinique…

 

Alvina Ruprecht   

LES BONS, LES BRUTES ET LES TRUANDS

LES BONS, LES BRUTES ET LES TRUANDS  , texte et mise en scène de Christine Pellicane
Ce « western électrique en culottes courtes joué par 24 pieds tendres de Belleville » force l’admiration malgré les inévitables imperfections techniques. Christine Pellicane issue du rock alternatif a fondé Tamérantong en 1992 pour monter des spectacles  dans des conditions professionnelles avec des enfants des milieux défavorisés de Belleville. Depuis elle a monté plusieurs troupes de front, l’une à Mantes la Jolie, deux à Belleville, une autre à la Plaine Saint -Denis ( en lien avec la compagnie Jolie Môme à la Belle Étoile).

  Ce western spaghetti est joué sur des rythmes effrénés conçu par Ludwig von 88, groupe de rock cousin de la compagnie,  avec des décors et des costumes bricolés à partir d’objets récupérés. On ne peut que s’incliner devant cette énergie débordante, cette joie du plateau communiquée à une salle bourrée de parents et d’amis qui ont tous payé un prix symbolique. Comme  la compagnie Image aigüe de Christiane Vericel à Lyon  qui travaille, elle aussi, avec des enfants,avec une grande perfection plastique, Tamérantong , dans un tout autre style,  avec toute la générosité des amateurs engagés , ce qui  nous venge des froides soirées institutionnelles.

 

Edith Rappoport

Théâtre de l’Epée de Bois (  Cartoucherie de Vincenes)

FANTAISIES POUR ALICE

FANTAISIES POUR ALICE

Écriture et mise en scène de Richard Demarcy

Dans ce pauvre et chaleureux grand parquet, Richard Demarcy, grand amoureux de l’Afrique où il voyage souvent, développe une résidence depuis plusieurs années. Jusqu’à la fin du mois de juin, il a repris deux spectacles qui ont beaucoup tourné avec un beau succès populaire, Oye luna et ces Fantaisies pour Alice, interprétés par une troupe généreuse et multicolore. Six comédiens  de Taiwan, d’Angola, du Sénégal, du Portugal et de France  nous emmènent au pays de Lewis Caroll, une Alice noire y croise un lapin portuguais toujours en retard, un loir qui ne cesse de s’endormir, tous les animaux qui viennent la surprendre, l’inquiéter mais aussi  la réconforter quand elle cherche à échapper à l’ire de la méchante reine (noire elle aussi). Ce rêve éveillé ,qui peine  un peu à s’imposer dans les premières minutes, trouve rapidement son rythme et réjouit les spectateurs d’origine très diverse qui remplissent la salle. Quel contraste avec leur riche et vide voisin du  » 104  « qui a tout gardé des Pompes funèbres , son ancienne destination…

Edith Rappoport

 

Le Grand Parquet,  jusqu’au 23 juin.

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