KNUT

 

KNUT  Sentier des Halles 

De Fred Tousch, le nom du rire

 

En guise de présentation du spectacle « Knüt est un engagement personnel sur le plan politique, moral, juridique et militaire. Le spectateur est projeté dans un tourbillon iconoclaste et surréaliste ». Fred Tousch est un étrange géant qui me fait mourir de rire quand il fait exprès de tomber de sa chaise pour me dérider. Je l’avais beaucoup apprécié dans Looking for Mister Castang, improbable spectacle d’Edouard  Baer à la Cigale. Il arrive avec une coiffe d’Indien emplumée, se propose d’être le fluidifiant qui permettra à 57% de ses propos d’être compris par le public présent (ce qui est énorme). En farfadet farceur, comme il se désigne lui-même, qui « préfère le doute et la persévérance aux oripeaux de l’apparence » il déploie un arsenal de quolibets et de diatribes, des chroniques pamphlétaires. Son extraordinaire présence insolite lui permet de faire passer n’importe quelle divagation, comme ce stage où il distribue de faux prénoms aux spectateurs montés sur le plateau, qui se termine dans une imaginaire partouze. Au pays du non sens, Fred Tousch se demande si tout cela  sert à quelque chose. En fait, c’est l’homme le plus sérieux du monde. Il est célèbre dans le théâtre de rue, où je ne l’ai pas encore vu.

Edith Rappoport

 

 


Archives pour la catégorie critique

FOLIES COLONIALES

FOLIES COLONIALES  Grande Halle de la Villette
Conception et mise en scène de Dominique Lurcel, collaboration artistique Françoise Thyrion

Plus que jamais, les passeurs de mémoire méritent leur beau nom. Dominique Lurcel a longtemps médité sur ce projet né de la lecture du livre de son grand-père René Weiss, sur le centenaire de l’Algérie en 1930. Dix comédiens brossent une revue sur les « bienfaits » du colonialisme entièrement tirée de textes publiés à l’époque, tournant essentiellement autour des fêtes franco-françaises de ce centenaire. Autour d’un joli cadre de scène monté sur un plateau tournant et d’une table où se pressent les Français pour l’invraisemblable et pourtant authentique discours du Président de l’époque Gaston Doumergue, la compagnie décline avec une joie appliquée, chansons et slogans d’où sont totalement exclus les « indigènes » qu’on a dépossédés de leurs terres et de leur langue. Malgré quelques longueurs, le texte gagnerait à être élagué car il est  un peu surchargé de répétitions, ces Folies coloniales méritent un très large public.

Edith Rappoport

Koltès La rhétorique vive par André Job

Note de lecture

Koltès
La rhétorique vive
par André Job

koltes.jpg
André Job concentre son étude de la sophistique revisitée dans l’écriture de Bernard Marie Koltès sur sa pièce culte Dans la solitude des champs de coton relevant sa place singulière dans l’œuvre de l’écrivain qu’elle surplombe tout en étant dans et à part. Une écriture en quête de sa propre forme qui crée sa propre origine et résiste à toute tentative d’appropriation. « Koltès nous a mis entre les mains une littérature que nous ne savons pas encore jouer » avait dit François Chatôt. Patrice Chéreau a été le premier à s’y affronter et à expérimenter les énigmes de l’écriture koltèsienne.Dans Dans la solitude des champs de coton il s’agit en effet d’une œuvre d’expérimentation d’une nouvelle forme de traitement de la problématique du lien social, du désir, du rapport social sur le mode de l’échange, de la transaction, qui met en jeu un changement de point de vue.La démarche de Koltès : alliance des procédés du discours empruntés au marché et d’une rhétorique érotisée, relève en effet de l’actuelle manipulation des valeurs.En croisant les approches multiples : anthropologique, philosophique, psychanalytique et sociologique, André Job s’attache à interroger le sens et la portée du retour de Koltès, dans cette pièce, sur le modèle antique de la sophistique qu’il réinscrit dans la modernité pour en tester l’efficacité tragique. Établissant des passerelles et des points de contact avec d’autres œuvres de Koltès, y compris romanesques, qui portent également des marques de l’expérimentation du changement de point de vue, de l’alternance de deux narrateurs, André Job repère quelques lignes de l’évolution de la recherche koltèsienne d’une forme intellectualisée, sophistiquée, d’échange, souvent sur le mode du dialogue, dont les protagonistes communiquent dans un constant effet de décalage.
Il analyse la sophistique revisitée par Koltès en décryptant les divers aspects de la relation vendeur – acheteur, dealer – client : dispositif textuel, scansions temporelles, possibilités des positions des protagonistes dans l’espace, en nourrissant largement son analyse de références aux modèles et à la pensée des anciens et des modernes : philosophie et tragédie grecques (Aristote, Protagoras…), lecture de l’inconscient de Lacan, réflexion de Baudrillard sur l’échange symbolique, virtuel et concret, point de vue de la philosophie politique d’Anna Arendt.
En concluant sur l’ambiguïté de la rhétorique, sociale ou rituelle ? mise en œuvre par Koltès, André Job met en évidence l’actualité de Koltès aujourd’hui où la rhétorique politique risque de perdre sa propre légitimité face à la rhétorique de masses s’imposant sur la scène sociale.
Une exégèse extrêmement complexe, documentée, de la sophistique revisitée et renouvelée chez Koltès. Fondé sur une connaissance solide de l’œuvre de Koltès, recourant à un dispositif référentiel et à un vocabulaire savant, spécifique, parfois hermétique, cet ouvrage risque cependant d’être peu accessible aux lecteurs non-initiés.

Irène Sadowska Guillon

Koltès
La rhétorique vive
par André Job
Éditions Hermann
Collection « Savoir lettres » fondée par Michel Foucault,
Paris 2008, 135 pages, 25 €

Le Collier d’Hélène

image1.jpgLe Collier d’Hélène de Carole Fréchette , mise en scène de Nabil el Azan.

La pièce a été écrite par Carole Fréchette après un séjour au Liban il y a presque dix ans. Créée en 2002 puis jouée  au Théâtre du Rond-Point en 2003 ,elle vient d’être reprise à la suite d’une résidence de création au Théâtre national de Palestine à Jérusalem, en collaboration avec la Compagnie La Barraca.  L’argument en est des plus simples: une jeune femme européenne est au Liban, pour un congrès mais est restée un peu. Elle s’aperçoit alors qu’elle a perdu un petit collier de perles en  plastique sans aucune valeur qu’elle va tenter, sans l’ombre d’un espoir,  de retrouver dans une sorte de quête personnelle , en parcourant  une ville en ruines à la fois dévastée et en reconstruction qu’elle ne connaît évidemment pas. Aucun souvenir aucun indice pour l’aider, bien sûr à retrouver ce collier. Elle  va rencontrer quelques figures emblématiques de cette ville; d’abord Nabil, un jeune et beau chauffeur de taxi qui lui sert de guide, à la fois patient,calme et attentif à sa demande qu’il juge sans doute irréaliste . Sans doute Carole  Fréchette a-t-elle dû être frappée par  la beauté des paysages maritimes , difficilement conciiiable  avec des quartiers entiers de rues et de maisons dévastées. Le Liban, Gaza… bref, nous avons tous vu ces immeubles éventrés, ces rues couvertes de voitures calcinées, où quelques gamins continuent quand même à jouer. la guerre, toujours la guerre, puis le temps de l’après-guerre vécu  comme une fatalité avec laquelle il faut bien continuer à vivre Hélène rencontre ensuite un contre-maître quelque peu démoralisé, puis un  jeune femme au bout du bout du désespoir qui n’arrive toujours pas à admettre qu’elle ait pu perdre son petit garçon, victime d’une bombe. C’est bien d’une perte aussi dont cette jeune femme  souffre cruellement et sans aucune commune mesure, bien entendu, avec elle d’un pauvre petit collier. Mais la perte ou plutôt le sentiment de la perte,  est universel et c’est à cause de cette perte , aussi dérisoire soit-elle,  qu’Hélène se sent peut-être plus vite si proche de cette jeune femme arabe dont elle ne connaît même pas la langue… et qui lui dit avoir perdu son fils dans une attaque et qui, elle, est à la recherche d’une petite balle rouge qui lui appartenait. La perte est aussi dérisoiremais l’enjeu est évidemmetn d’une autre dimension.

Hélène va aussi trouver sur ses pas, après encore un parcours en taxi, toujours cornaquée par le beau Nabil, un réfugié qui lui redit dans une souffrance sans fin qu »on ne peut plus vivre comme çà et qui lui fait promettre de dire là-bas dan son pays où il n’ira probablement jamais:  » Dans les soirées, avec vos amies, quand vous buvez du vin, quand vous regardez par la fenêtre la ville toute blanche, si paisible et si bien ordonnée, dite-le, même si personne ne comprend, même si vous n’êtes plus certaine de savoir d’où vient cette phrase, parce que ça fait longtemps et c’est si loin, à l’autre bout de la terre. Dites-le. » Elle  rencontrera enfin un petit revendeur à la sauvette de n’importe quoi , qui veut lui refiler un collier pour remplacer celui qu’elle recherche avec tant de passion inutile.

La pièce  de Carole Fréchette est écrite dans une langue simple et à la fois poétique, bien servie par la mise en scène et l’ intelligente direction d’acteurs de Nabil el  Azan qui donne les choses à voir avec beaucoup de sobriété et de précision. La scène est vide , juste délimitée par des chassis pivotants. Les comédiens jouent , pour Mireille Roussel en français, et pour Hussan Abu Eiseh, Mahmoud Awad, Saled Bakri, Reen Talhami et Daoud Totah en arabe. Leur jeu est précis, calme et toujours juste, et ils ont tous une présence étonnante.

Et il n’y aucune difficulté de compréhension , puisque la traduction  s’affiche en arabe, en anglais, et  français. Saluons la performance de Mireille Roussel, en scène du début jusqu’à la fin ; on avait pu la voir récemment chez Ludovic Lagarde  puis  chez Céline Pauthe dans S’agite et se pavane,  mais elle est  ici exceptionnelle; elle possède  une force intérieure et une présence remarquables . A voir, oui sans aucun doute ; surtout  si vous aimez Carole Fréchette, c’est l’occasion, même s’il y a peu de représentations; Ivry n’est pas toujours facile d’accès et le théâtre des Quartiers d’Ivry est à 7 minutes du métro mais quand on aime, on ne compte pas…  Le Collier d’Hélène est d’une autre dimension et d’une autre saveur que cette Petite Pièce en haut de l’escalier récemment jouée au Théâtre du Rond-Point, ( voir le blog de janvier).

Philippe Duvignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry rue Danièle Casanova, jusqu’au 14 mars. et Salle Max jacob à Bobigny le 17 et le 18 mars.

Wakan Tanaka

Wakan Tanaka, d’après des contes amérindiens, ou Flecha et les chiens esprits, mise en  scène de Gilles Cuche.

flechasurchienesprit.jpg  La culture amérindienne est, comme on le sait orale, et les contes et légendes se sont transmis de génération en génération depuis dess siècles, avec comme thème essentiel, un respect inconditionnel pour la Terre nourricière.  » Les Anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions et la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la Terre ». Pas mal vu bien avant Tchernobyl, etc..
Gilles Cuche a conçu une aire de jeu  ronde qui , plus tard, sera recouverte de sable et  les 150 enfants sont assis tout autour. Wakan Tanaka, reprend une de ces anciennes légendes,  où un petit garçon  incarné ici  par une marionnette ,pour aider ses grands- parents adoptifs qu’il voit vieillir,  part pour un long voyage qui prend la forme d’une quête initiatique, chercher un beau cheval esprit. Le vieillard du lac qui le reçois, masqué et couvert de lianes comme la marionnette du cheval et petit enfant sont d’une très belle qualité poétique. .

 Il y a trois conteurs musiciens (Herman Bonet, Bernard Cheze, Karine Tripier) qui vont donner vie à ce petit garçon et à son cheval de façon magique; ils passent de  la flûte, des percussions à  la voix parlée ou  chantée, avec aisance et efficacité. Pas d’effets inutiles de lumière ou de son: tout se déroule simplement, dans un calme et une paix propices à l’écoute d’un conte. Les percussions sont faite avec des calebasses, morceau de bois ou colliers de coquillages. Et les enfants sont subjugués par cette histoire simple mais qui dit aussi beaucoup de choses: immense respect pour la nature et la culture des produits indispensables à la vie,nécessaire  transmission des valeurs fondamentales aux enfants, solidarité absolue avec ceux qui devenus âgés, après avoir  donné toutes leurs forces  au bien- être de leurs proches: tout est dit ,avec une place importante consacrée à la musique jouée et chantée.
 Au chapitre des petites réserves: les percussions sur les calebasses couvrent un peu la voix du conteur musicien, l’espèce d’encens fumigène est inutile et fait tousser les enfants; quant aux  panneaux de lames de bois tressé qui encerclent l’espace circulaire, il est fort douteux qu’ils aient été traités avec des produits bio. Le respect de la nature et des être humains  commence aussi par là ; mille regrets, mais ce n’est pas la peine que les enfants respirent ces saloperies, même à toute petite dose pendant  l’heure que dure le spectacle. Allez , un effort, Gilles Cuche, demandez à votre scénographe de vous trouver autre chose…
 A part cela, à voir sans restriction; à partir de six/ sept ans.

Philippe du Vignal

Vaux-le-Penil le 13 et 14 mars; Vert-le-Petit le 31 mars; Marolles -en -Hurepoix les 28 et 29 mai et Boussy Saint Antoine le 13 juin. La compagnie de l’Atelier de l’Orage aussi , à son répertoire, d’autres spectacles pour enfants récents que nous n’avons pas encore pu voir.

WAKAN TANKA

WAKAN TANKA  Théâtre Firmin Gémier d’Antony

Théâtre Firmin Gémier d’Antony Mise en scène de Gilles Cuche, avec Bernard Chèze, Karin Tripier et Hernàn Bonet, compagnie Atelier de l’Orage

L’Atelier de l’Orage qui travaille depuis une dizaine d’années en milieu rural en Essonne a réalisé un joli spectacle pour enfants d’après des contes et légendes amérindiens. Nous sommes assis autour d’un espace circulaire encerclé de palissades de jardin, les 3 comédiens racontent la naissance d’un univers ou Fletcha petit garçon sourd d’abord rejeté par sa tribu, est recueilli par un vieux couple qui l’adopte. Ses grands parents ne pouvant plus suivre la tribu, il part dans une longue quête à la recherche des « chiens esprits » qui pourront porter les lourdes charges nécessaires à leur survie. Il trouvera enfin le cheval qui leur apportera le salut. Avec des accessoires simples et beaux, des morceaux de bois, des bouts de tissu, une marionnette, un costume, sur des rythmes du musicien Bernard Chèze et ses étranges instruments, des mélopées indiennes chantées par Karin Tripier, ce Wakan Tanka enthousiasme les petits enfants qui saluent l’avènement du cheval tournant autour de la piste. En exergue du spectacle une prophétie iroquoise à méditer  « les anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions de la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la terre. Ils disaient qu’alors, la voix des Indiens surgirait et qu’enfin, le monde l’écouterait »

Edith Rappoport

Bones

Bones par Michael Batz (Compagnie Yorick) au Théâtre 95 (Cergy-Pontoise)

Aller voir une pièce montée par Michael Batz, c’est anticiper un moment dense où, les deux pieds ancrés dans le social, et  l’on s’attend toujours à se faire conter une histoire révélant un pan de notre humanité; là où elle atteint ses limites, et aussi là où elle se fait la plus criante.

Résolument signée, à la manière d’un Ken Loach (la comparaison saute vite aux yeux), cette pièce parvient à nous embarquer dans une histoire où la possibilité d’une réconciliation entre Blancs et Noirs d’ Afrique du Sud interroge, tant les silences sont lourds, et masquent une mémoire consumée par les exactions commises. L’histoire met en scène deux femmes opposées en tout point : l’une est blanche, l’autre noire;  l’une est âgée l’autre  jeune;  l’une est riche, l’autre  pauvre, l’une tente d’oublier,  quand l’autre attend son heure pour lui montrer ses fautes…

Deux parcours de vies écorchées dans  un huis clos  bien rythmé qui offre une occasion de libérer les paroles, progressivement portées par des musiques sobres et une magnifique création lumière.
On l’aura compris, la trame est un prétexte qui permet de mettre en lumière des questions fondamentales:le pardon, la mémoire, la réconciliation…, tout  en évitant la tiède opposition et la prise de position facile.
Le texte montre des  faiblesses ( quelques dialogues  inutiles, la suggestion suffisait), le jeu n’est  pas toujours complètement tenu (parfois, les voix dérapent et  certains  déplacements sont hésitants). Malgré tout,  ce travail est une réussite dont il ne faut pas se priver.

Par Jérôme Robert
 
Théâtre 95, du 3 au 6 mars à 21 heures.


LA CHARRUE ET LES ÉTOILES

LA CHARRUE ET LES ÉTOILES  Théâtre 71 de Malakoff

De Sean O’Casey, texte français et mise en scène de Irène Bonnaud, scénographie de Claire Le Gal, production  déléguée de Théâtre Dijon-Bourgogne


Irène Bonnaud dont j’avais vu Music-Hall 56 de John Osborne à Montreuil et Lenz de Bûchner au Studio théâtre de Vitry, continue d’explorer un vrai théâtre politique, « qui appuie là où ça fait mal, les contradictions d’une politique qui avance sur des cadavres et s’allie aux pires valeurs réactionnaires, le nationalisme et le fanatisme religieux ». La charrue et les étoiles, c’est le nom d’un pub où se retrouvent les militants de l’IRA pendant l’insurrection de Pâques 1916.
Jack a quitté sa jeune femme Nora qu’il vient d’épouser, pour aller participer à un meeting qui dégénère. Elle le cherche vainement dans les rues de Dublin, finit par rentrer dans son immeuble où la vieille Bessie qui a perdu son fils dans les rangs de l’armée britannique, clame sa haine rageuse de la lutte pour l’indépendance des Irlandais. Tout le monde se retrouve au pub pour écluser des whiskies, et l’on voit la vie de l’immeuble où Madame Gogan, la concierge, tente de mettre de l’ordre et de calmer les affrontements violents des locataires.
Nora enceinte, retrouvera son Jack qui la quittera à nouveau pour finir  dans les combats, elle perdra son enfant, et au bord de la folie, sera prise en charge par la vieille Bessie et mourra, victime d’une balle perdue. Ce spectacle un peu mélodramatique et sentimental, met en scène une belle équipe d’acteurs où Bernard Escalon campe notamment un barman irlandais plus vrai  que nature, Martine Schambacher  une Bessie étincelante , et Edmond Vuillioud,  un généreux Fluther à l’écart de la lutte.

 

Edith Rappoport

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS  École nationale de musique de Mantes la Jolie

De Bertolt Brecht, mise en scène Frédéric Fachena, Collectif 12

Le Collectif 12 travaille depuis dix ans à  Mantes la Jolie, ils animent nombre d’ateliers et ont réalisé plusieurs spectacles à partir d ‘un lieu  vivant ouvert sur l’international aménagé dans une ancienne fabrique entre Mantes et Mantes la jolie fondé par Catherine Boskowitz et 11 autre artistes. Celle-ci a quitté le groupe il y a un an, Frédéric Fachena a pris le relais, il s’est lancé depuis plusieurs mois dans la réalisation de cet Opéra de quat’sous avec la complicité de l’École nationale de musique sous la direction de Jean-Christophe André. Ils sont 22 comédiens sur le plateau, 9 comédiens professionnels accompagnés par un chœur d’amateurs issu de leur ateliers, accompagnés par 9 musiciens qui nous offrent un vrai régal. La modernité étonnante de cette œuvre écrite au lendemain de la crise de 1929, m’a fait croire à une adaptation, quand j’ai entendu « il vaut mieux être banquier que bandit » dans le final au moment de l’exécution annulée de Mackie le surineur. Peachum qui fait fortune sur une entreprise de faux mendiants veut se venger de Mackie qui vient d’épouser sa fille Polly. En dépit de l’amitié d’enfance qui lie le bandit Mackie à Tiger Brown le chef de la police, le bandit se fera surprendre au bordel où il est allé retrouver Jenny des lupanars qui le dénoncera. L’exécution n’aura pas lieu et Mackie triomphera. Malgré des flottements et quelques imperfections en cette matinée de première, cet Opéra de quat’sous qui impose de véritables acteurs chanteurs complets, la partition de Kurt Weill est respectée et chantée avec une vraie maîtrise, s’avère un spectacle généreux de premier ordre.

 Edith Rappoport

 

Prochaines représentations 6, 7, 13, 14 mars à 20 h 30, 15 mars à 16 h à l’École nationale de musique de Mantes, 21 mars au théâtre de Saint Germain en laye

A LA MEMOIRE DE TADEUSZ KANTOR

 La dernière fois que j’ai vu Tadeusz  Kantor, c’était à l’automne 99 où j’étais allé à Toulouse faire une conférence sur son travail.Il y répétait son dernier  spectacle au Théâtre Garonne , qu’il devait créer quelques mois après ; il ne paraissait pas ses soixante quinze ans; très actif , attentif au moindre détail , il avait des journées interminables mais son visage trahissait souvent une inquiétante anxiété,  et il m’avait dit plusieurs fois qu’il se sentait très fatigué.
Je ne l’ai jamais revu,  et Aujourd’hui, c’est mon anniversaire  fut créé sans lui à Cracovie où il est mort subitement en décembre 99 mais j’ai mis longtemps, très longtemps à croire qu’il pouvait être mort; nous nous voyons en effet  régulièrement deux à trois fois par an depuis 1971, quand il avait créé La poule d’eau à Nancy puis à Malakoff. Nous nous rencontrions  l’occasion d’une création, d’une reprise ou d’un colloque  à Paris, ou à Barcelone ou Milan… ; à l’époque, il était encore peu connu et je me souviens d’une représentation des Mignons et des Guenons au Théâtre national de Chaillot où nombre de chaises étaient vides, et où certains spectateurs  n’hésitaient pas à quitter la salle avant la fin…Ses comédiens venaient en car par économie et logeaient chez des parents ou amis polonais…
Je me souviens de son immense culture et  de son impeccable français; je me souviens des longs entretiens qu’il m’accordait avec générosité pour l’Art Vivant, pour Art-press ou pour d’autres magazines ou quotidiens; je me souviens de son épouse Maria Stangret; je me souviens de tous ses comédiens, en particulier,  les deux jumeaux Waclaw et Leslaw Janicki, la comtesse ,comme l’appelait Tadeusz , Maria  Krasicka; le vieux surveillant de La Classe morte , Kasimierz Mikulski, Lech Stangret, le neveu de Maria, Anna Halczak qui fut un temps la compagne de Kantor, Myra Rycklicka…
Beaucoup l’ont depuis  rejoint au  royaume des morts. Je me souviens de ses colères mémorables, oubliée une demi heure après ;je me souviens aussi  des cadeaux qu’il m’a faits et que je garde précieusement dont plusieurs dessins.
Je me souviens surtout qu’à chaque fois que j’ai parlé de son œuvre théâtrale et plastique- et la dernière fois c’était à l’Institut polonais,-il y avait toujours beaucoup d’émotion , alors que personne dans la salle  ne l’avait rencontré… Chacune des promotions de L’Ecole du Théâtre National a eu, bien sûr, droit à quelques conférences, ce qui était frappant, lorsque je projetais La Classe morte, je ne  donnais la date ( 1975),pas plus que celle du fameux 1789 du Théâtre du Soleil, ( 1970), et jamais les élèves  n’avaient envie de la demander comme si ce spectacle datait d’hier, alors qu’il avait déjà au minimum déjà quinze ans..  Je commençais aussi toujours par rappeler qu’il avait fait partie du jury de recrutement de la première promotion, et comme il avait dû partir avant la fin, il m’avait laissé la liste des quelques candidats qu’il voulait absolument voir retenus, et je dois dire qu’il ne s’était pas trompé. Kantor, longtemps après sa mort , m’a aidé et m’aide encore à vivre,et je suis  vraiment content que Michaël Filller,  élève de la dernière promotion de l’Ecole et son ami, Alexandre Moisescot, comédien et réalisateur, aient pu réaliser un projet qui leur tenait à cœur.

N’hésitez pas à y aller: ce n’est pas tous les jours que vous pourrez faire connaissance avec une œuvre théâtrale d’une telle importance qui continue encore d’influencer nombre de créateurs.

Philippe du Vignal

 

   A LA MEMOIRE DE TADEUSZ KANTOR
rétrospective dédiée à Tadeusz Kantor et au Cricot 2
du 24 au 27 mars 2009 aux Caves Esclangon (Paris) organisée par la Compagnie Gérard Gérard


      Nous avions cinq et six ans quand Tadeusz Kantor est mort. Nous n’avons jamais assisté à un spectacle du Cricot 2. Nous ne sommes pas professeurs, pas chercheurs, encore moins savants, experts ou journalistes. Si notre discours semble décousu, brouillé, sachez que c’est peut être notre intention, mais ce n’est en rien pour vous fâcher. Jacquie Bablet et Patrick Penot viendront nous aider à prendre la parole, Caroline Rose à nous souvenir en mots et en images, des films aussi, et quelques interviews, des traces de notre voyage. Pour vous accueillir, nous avons choisi deux longues caves. Avec quelques ampoules au plafond.
      La rétrospective que nous organisons a pour but de retranscrire cette quête d’un théâtre disparu de la manière dont nous l’avons vécue, de reconstituer le voyage que Kantor nous a permis de réaliser, un voyage dans le temps, à travers des gens, dans une Pologne qui s’efface aujourd’hui peu à peu. C’est pourquoi, nous avons voulu placer cette rétrospective sous le signe de l’évocation, du partage des mémoires, de l’échange et essayer de faire vivre le souvenir de représentations éphémères. Et dans ce fouillis de souvenirs, dans ce hasard de rencontres, dans ces contradictions de paroles et ce décalage de regards, peut-être parviendrons-nous à toucher un instant ce qu’a été le théâtre impossible de Tadeusz Kantor.

Alexandre Moisescot et Michaël Filler
Cie Gérard Gérard

Une rétrospective

La Compagnie Gérard Gérard propose de cheminer dans l’œuvre foisonnante de Tadeusz Kantor en abordant progressivement l’univers de l’artiste à travers la projection de captations des spectacles, des reportages, des enregistrements de happenings, la présence d’invités, des témoignages vivants ou filmés, un concert et une exposition de photographies. L’accent est mis sur l’œuvre théâtrale de Tadeusz Kantor.
En plus des séances publiques, chaque film peut être diffusé sur demande dans la seconde cave Esclangon, conjointe, qui sert d’espace d’exposition et de consultation libre. C’est là que se tiendra l’exposition des photographies de Caroline Rose.
L’intégralité de la manifestation est gratuite et est prioritairement destinée aux étudiants. Les places sont limitées, s’inscrire est fortement recommandé.

Les intervenants

Jacquie Bablet, photographe et réalisatrice (CNRS)
Patrick Penot, directeur du Théâtre des Célestins (Lyon)
Caroline Rose, photographe

le groupe Yankele

Le programme

Au fil de ces séances, nous projetterons les témoignages de B.Renczynski, M.Vayssière, J.J.Lerrant, M.Bataillon, J.P Leonardini, A.Crombecque, J.M.Boeglin, G.Delahaye, W.Znorko, N.Zarzecka, Ph.Du Vignal et A.Ptaszkowska, que nous avons filmés lors du colloque organisé par le Théâtre des Célestins à Lyon en 2006.

retrospectivekantordp.jpgMARDI 24 MARS
10h         Tadeusz Kantor, parcours d’un artiste total
invité : Patrick Penot, directeur du Théâtre des Célestins (Lyon)
14h        « Le Théâtre de Tadeusz Kantor » (1988), 1ère partie
Documentaire de Denis et Jacquie Bablet
16h        « La Classe Morte » (1975) : présentation d’une séance dramatique
18h         Un cricotage : « Où sont les Neiges d’Antan » (1979)
20h         Caroline Rose : confidences de théâtre

MERCREDI 25 MARS
10h        Happenings, Deménagements et Emballages
11h        “Kantor est là” de Dietrich Mahlow (1969)
14h        « Le Théâtre de Tadeusz Kantor » (1988), 2ème partie
15h        “Wielopole Wielopole” (1985)
21h         Soirée concert avec le goupe klezmer Yankele

JEUDI 26 MARS
10h        “Kantor” de Andrzej Sapija (1985)
11h        “Qu’ils crèvent les artistes !” (1987)
15h        “Je ne reviendrai jamais” (1989)
17h         “Kantor en répétition : un portrait” (1984-2006) »
19h         Le spectacle « Je ne reviendrai jamais » et son évolution
séance exceptionnelle présentée par Jacquie Bablet

VENDREDI 27 MARS
10h         Carte blanche à la Cie Gérard Gérard
14h         Entretiens avec Tadeusz Kantor” de Denis Bablet (1977)
16h        “Des répétitions, rien que des répétitions” (1990)
18h        « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire » (1991)
20h         Soirée polonaise

infos pratiquesquilscreventcarolinerose.jpg

RETROSPECTIVE GRATUITE
destinée prioritairement aux étudiants
ouvert de 10h à 20h sauf pour le concert de Yankele et la soirée polonaise (jusqu’à 23h)

CAVES ESCLANGON
Campus de Jussieu
Bâtiment Esclangon, derrière la Tour 66
en sous-sol (prendre l’escalier à droite dans le hall)
2 place Jussieu / Paris 5ème
Métro : Jussieu (7), Cardinal Lemoine (10)
Bus 47, 67 et 89 : arrêts Jussieu et Cardinal Lemoine

La jauge est limitée. Pour vous inscrire, il suffit d’envoyer un mail à contact@ciegerardgerard.fr, précisant les séances que vous avez choisies. L’inscription est obligatoire pour les groupes et les classes.

Ce projet a reçu le soutien du Théâtre des Célestins (Lyon), de la Cricoteka (Krakow) et des universités La Sorbonne (Paris 4), Pierre et Marie Curie (Paris 6) et Denis Diderot (Paris 7). L’exposition des photographies de Caroline Rose est co-organisée par l’association Le Retour d’Ulysse.

www.ciegerardgerard.fr

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