LE SOLITAIRE

LE SOLITAIRE d’ Eugène Ionesco mise en scène de Jean-Louis Martinelli.

 

121265ionescoune34818.jpgNe pas agir, ne pas penser, ne pas se lier d’amitié ou d’amour, c’est le luxe que se permet le personnage de Ionesco dans « Le Solitaire », son unique roman.

L’homme a fait un héritage inattendu, il est riche, il quitte sa chambre d’hôtel et son travail qui ne lui apportent aucune satisfaction, il peut vivre comme il veut. Et lui, l’homme sans désirs, s’achète un appartement dans une banlieue proche de Paris, entre une avenue bruyante et une ruelle provinciale. Il peut choisir, tantôt l’agitation de l’une ou le calme de l’autre. Il a ses habitudes au petit restaurant le plus proche. Sinon, il reste là, dans sa chambre, à moitié habillé. Il se dit que s’il pouvait philosopher, il saurait beaucoup de choses. Mais il vaut mieux s’abstenir de philosopher si on n’est pas un grand philosophe. Alors il s’abstient.
La serveuse du restaurant fait un passage dans sa vie , elle le quitte vite, car comment vivre avec quelqu’un qui ne vous parle pas. Il sera donc seul. Et il revient à sa non vie .Il n’a même pas peur de la mort puis qu’il ne sait pas ce que c’est. L’alcool parfois fait s’entrouvrir le ciel pesant qui borne sa vie. Après quelques verres il entend et voit des choses étonnantes. La petite banlieue calme devient un territoire d’émeute et de révolution. Parfois il voudrait y prendre part, mais personne ne l’écoute. Mieux vaut alors rentrer chez lui, retrouver cette chambre et attendre le jour où le ciel s’ouvrira enfin et lui donnera envie d’aller vers cette lumière inconnue qui ressemble peut-être au matin du monde ou à l’innocence de l’enfance.
Un très beau texte. Ce solitaire, frère de l’homme du Terrier de Kafka ou de l’homme du sous-sol de Dostoïevski, ces hommes qui se refusent à la vie mais attendent un signe qui les ferait croire, nous fait découvrir une autre facette de Ionesco.
L’adaptation , la mise en scène, l’interprétation nous font entendre cette si totale solitude . François Marthouret qui n’a pas l’âge du personnage de Ionesco dont le renoncement au monde alors qu’il a à peine 40 ans,  est beaucoup plus troublant. Mais son corps, ses étonnements, ses colères, nous disent autre chose sur l’homme qui n’en finit pas de s’interroger sur l’agitation vaine des autres hommes.

Françoise du Chaxel. .

 

Théâtre de La Madeleine,19 rue de Surène, 75008, 01 42 65 07 09, jusqu’au 31 juillet.

 


Archives pour la catégorie critique

NUNZIO

NUNZIO  de Spiro Scimone, mise en scène de Thierry Lutz Lucernaire

Thierry Lutz originaire de Strasbourg y a créé ses premiers spectacles à partir de 1994, il a rejoint le Tam-Tam Théâtre à Pau en 1998, espace de création et de recherche qu’il co-dirige avec Alice Gheorghiu. Nunzio a été monté en 2008 avant d’être accueilli au Lucernaire. Nunzio est chez lui, il est étouffé par des quintes de toux. Survient son ami Pino de retour de voyage avec un cadeau, une belle veste que Nunzio est tout heureux de revêtir. Pino veut l’entraîner dehors prendre l’air, mais Nunzio semble terrorisé à l’idée d’aller à l’hôpital. Pino reçoit des messages, il doit partir au Brésil, mais avant son départ il cuisine des pâtes pour son ami. Nunzio abandonné recommence à tousser, on apprend qu’il s’est échappé de l’hôpital pour accueillir Pino dont les missions relèvent de la mafia sicilienne. Sa mort est inéluctable. Christian Lucas donne à Nunzio une dimension émouvante, grand enfant sensible un peu demeuré, Christian Abart  affectueux et mystérieux a un belle dimension humaine.

Edith Rappoport

LA VIE D’UN SEUL HABITANT

LA VIE D’UN SEUL HABITANT de Matei Visniec, Compagnie de la Gare Nous n’irons pas en Avignon Vitry

Avec Mustapha Aouar, Sébastien Maillet et Aurélien Rozo à la guitare et au violon


Mustapha Aouar, le patron exalté de Gare au théâtre est un formidable diseur de poèmes, on a pu le voir aux cabarets de la Gare nous plonger dans le feu de Garcia Lorca et bien d’autres. Il nous emmène dans son grenier parsemé de vieux trains électriques et d’objets au rebut .Les trois complices en costumes blancs cravatés de rouge  nous plongent dans ces poèmes inédits de jeunesse que Matei Visniec a conçus  entre 1977 et 1987 avant de devenir célèbre par son théâtre régulièrement interdit en Roumanie. Mustapha Aouar déclame, clame, mâche, braille le verbe de Visniec, il en est possédé surtout dans ce premier poème pour chien qui est un sommet. Il garde jusqu’au bout son humour accompagné avec subtilité par ses deux musiciens complices. Il y a du Maïakowski chez lui, il avait d’ailleurs monté son Nuage en pantalon. Un seul regret l’absence de public qui ne fréquente guère Nous n’irons pas en Avignon, la plupart des spectacles étant à découvrir.

Edith Rappoport

WARUM WARUM

WARUM WARUM  mise en scène de Peter Brook  

Texte de Peter Brook et Marie Hélène Estienne d’après des textes d’Artaud, Craig, Dullin, Meyerhold, Motokiyo et Shakespeare.
Miriam Goldschmidt, énergique et séduisante actrice, coiffure afro en courte robe noire drapée dans une écharpe sanglante, fait irruption sur le plateau, elle appelle Francesco Agnello et son han, étrange tambour issu des steel bands du carnaval de Trinidad. Seule en scène, elle entame un beau dialogue en allemand ( pour une fois, la lecture de la traduction projetée à sa hauteur, de part et d’autre de ce beau plateau ocre est naturelle) autour de grands textes de ces artistes qui ont ouvert de nouvelles pistes, avec la complicité musicale de Francesco Agnello. “Le théâtre est une arme dangereuse avec laquelle il ne faut pas jouer (…), sprechen verboten (…), cher public les acteurs sont remplacés par des poupées de cire, vive Staline (…), théâtral faire comme si foutaises (…), jeune homme ouvre bien tes oreilles, tu es toujours trop lent (…), warum” ! Pourquoi, c’est le mot de la fin.
Miriam Goldschmidt a participé aux premières aventures de Peter Brook en France au sein du Centre international de création théâtrale, elle a été du voyage fondateur en Afrique en 1971, joué dans les Iks, le Mahabarrata  et bien d’autres spectacles bouleversants de Peter Brook. On se prend à rêver que ce Warum warum se joue encore longtemps. Puisse Peter Brook se poser encore de nouvelles questions dans ces merveilleuses Bouffes du Nord !
Francesco Agnello travaille par ailleurs depuis 3 ans avec Eugenio Barba et ses comédiens de l’Odin Teatret. On pourra le voir avec son Hang Solo au Festival d’Avignon Chapelle de l’Oratoire à 22 h 30 du 8 au 31 juillet aircac@free.fr

Edithe Rappoport

Théâtre des Bouffes du Nord

CHEZ LES NÔTRES d’après La mère de Gorki

CHEZ LES NÔTRES d’après La mère de Gorki, m e s Olivier Coulon-Jablonka

Impatience festival de jeunes compagnies
D’après La Mère de Maxime Gorki, des paroles documentaires, des textes du comité invisible, mise en scène Olivier Coulon-Jablonka

Six comédiens sur un grand plateau nu parlent d’aujourd’hui, de leur désarroi, de notre monde sans vertèbre sociale, sans lutte exaltante. Et de cette absence de perspectives, des scènes de Gorki jaillissent, la mère qui ne comprend pas tout d’abord l’engagement de son fils dans la grève, mais qui finit par l’approuver, puis empoignera le drapeau et s’engagera dans le combat après sa mort. On retourne à aujourd’hui “plutôt que me faire niquer par le système, je préfère y participer un peu (…), j’ai l’impression que notre génération a renoncé à quelque chose…”. Olivier Coulon-Jablonka découvert avec Des batailles, Pylade  de Pasolini autour des scènes extraites de la mythologie confrontées à notre époque, à l’Échangeur de Bagnolet  voilà deux saisons travaille dans la veine dynamique du théâtre documentaire, il est un héritier de Peter Weiss. Il ira loin avec son équipe si les institutions daignent lui prêter attention.

Edith Rappoport

Odéon Berthier

KING KONG THÉORIE

King Kong Theorie de Virginie Despentes, mise en scène de Cécile Backès

 

Un portrait de femme insolite: Salima Boutebal, perruque blonde, très maquillée, robe décolletée courte, un peu épaisse, entre en scène pour  lancer le propos de Virginie Despentes, rendue célèbre par son film Baise moi : “J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbattables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf.
Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerai ma place contre aucune autre.”
Elle cadre tout de suite son propos, violée comme tant d’autres dès son plus jeune âge. Mais pourquoi faisait-elle du stop en minijupe, elle n’avait pas à monter dans ce camion ! Elle se prend au jeu de l’évocation de figures de femmes, s’amuse à transformer son corps en monstre,  exhibe ses blessures intimes, joue à King Kong.

Edith Rappoport

Du 7 au 27 juillet à 21 h 05, Théâtre de la Manufacture Avignonwww.lamanufacture.org

Le festival off en Avignon.

pont.jpgLa question que l’on nous pose souvent mais nous n’avons pas vraiment les clés avant d’être sur place: comment s’y retrouver dans cette jungle de plusieurs centaines de spectacles où le meilleur côtoie souvent le pire, et où toutes les jeunes compagnies considèrent souvent, et malheureusement à tort, qu’Avignon est un précieux sésame et une chance inespérée de trouver la structure qui les accueilleront et.. qui les feront vivre.
  Alors,  déjà quelques pistes: commençons par les lieux connus depuis longtemps:  à la Chapelle du Verbe Incarné, dirigée par Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet le 15 juillet à 10 h 30, le film de Manthia Diawara qui a suivi le grand poète Edouard Glissant sur le Queen Mary II pour une traversée de l’Atlantique; Edouard Glissant sera « présent »,  en liaison depuis la Martinique, et c’est un homme aussi passionné que passionnant. Inutile de vous dire que vous avez intérêt à réserver… D’autant plus que l’entrée est libre!
  Il y a aussi deux jeunes femmes remarquables;  chacune dans un genre différent: au Théâtre du Chêne noir dirigé par Gérard Gélas, celui qui, en 68, mit le feu aux poudres avec un spectacle écrit et mis en scène par luiLa Paillasse aux seins nus qui fut aussitôt interdite par le préfet du Gard pour « risque de trouble à l’ordre public et atteinte à la personne du chef de l’Etat » sans crainte du ridicule!
L’acteur principal un inconnu ( Daniel Auteuil, si, si c’est vrai) tomba malade et Gélas dut le remplacer mais très peu de gens purent voir la pièce ce  qui, paradoxalement, l’aida beaucoup en le plaçant  tout de suite sur orbite. Donc chez Gélas, vous pourrez voir Alice Belaïd qui vient de remporter un Molière pour Confidences à Allah qu’il a mis en scène .
laylametssitanecolor.jpgIl y a aussi Layla Metssitane, une autre jeune femme à la fois intrépide et talentueuse, à l’énergie sans défaut qui monte et qui joue  des extraits de Stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb; c’est à Présence Pasteur à 12 heures 15;
  Gélas crée cette année dans son Théâtre du Chêne noir: Ernesto Che Guevara, La dernière nuit de José Pablo Feinman. Et il a invité  Jérôme Savary- inoxydable et généralement haï par une bonne partie de la profession… Après avoir dirigé Chaillot et l’Opéra- Comique, il continue à faire des mises en scène un peu partout à l’étranger; et il a mis en scène Paris Frou Frou avec son vieux copain Michel Dussarat, excellent comédien mais aussi costumier;  c’est encore on s’en doute du théâtre dans le théâtre mais aussi une occasion de voir Dussarat et  les costumes du Magic Circus qui lança Savary, il y a… plus de quarante ans.
  Pas très loin au Théâtre des Carmes, d’André Benedetto qui crut bon de  s’envoler l’an passé à la même époque, on pourra voir Urgent crier, avec des textes et des poèmes de lui,  par ses amis acteurs, musiciens et performeurs. Une occasion aussi pour beaucoup de découvrir un homme attachant qui fit partie du paysage théâtral avignonnais.
  Philippe Avron qui fut autrefois  comédien chez Vilar et qui vient souvent au Festival, monte cette année Montaigne , Shakespeare , mon père et moi avec la collaboration  d’Alain Timar, le directeur du Théâtre des Halles qui l’accueille à 19 h 30. L’humour et l’impertinence du grand comédien au service de Montaigne, cela donne très envie d’aller voir. Dans ce même Théâtre des Halles, Timar met en scène une adaptation de Simples mortels du roman bien connu de Philippe de la Génardière.
  Vous pourrez aussi avoir une bonne occasion de voir cette pièce incroyablement violente et la plus jouée de l’Autrichien Werner Schwab Les Présidentes qu’avait magnifiquement joué la regrettée Christine Fersen: c’est à Présence Pasteur à 16 heures, mise en scène par Françoise  Delrue.
Edith Rappoport vous recommande: KING KONG THÉORIE  (voir son article)  Du 7 au 27 juillet à 21 h 05, la manufacture Avignon www.lamanufacture.org

 

  Signalons aussi,  loin du bruit ,de la fureur et de la chaleur d’Avignon, la 37 ème édition des  Rencontres d’été de la Chartreuse de l’autre côté du Rhône,  avec tout un programme de spectacles comme La Mort d’Adam de Jean Lambert-wild, ( voir Le Théâtre du Blog)  et sur une  thématique associant des gens  de théâtre et des scientifiques l’opération: Théâtres du Globe avec nombre de performances, spectacles installations, lectures, conférences ,dont celles de Frédéric Ferrer à l’origine, géographe devenu metteur en scène ,sur l’importance de la glace dans la compréhension du monde.
  La suite du programme après demain….

Philippe du Vignal
 

The Giant Match

The Giant Match, création de la compagnie « Les grandes Personnes » en Afrique du Sud.

article1.jpgLa compagnie Les grandes personnes  ont débarqué en Afrique du Sud, afin de réaliser The Giant Match. Leurs marionnettes géantes ont participé à l’inauguration de la coupe du monde de football et vont la clôturer. Mais ce spectacle n’est pas lié au football. A l’initiative de Laurent Clavel, directeur de l’Institut culturel Français de Johannesburg, de la province du Gauteng, et du responsable de la compagnie, Christophe Evette, ce parcours spectacle a été découvert par un vaste public, dans différents lieux symboliques comme : les townships de Soweto, la Johannesburg Art gallery du centre de la capitale ou le National Arts festival de Grahamstown.

Il s’agit d’un spectacle déambulatoire joué, chanté, et dansé par 30 marionnettes géantes, autour d’une adaptation sud africaine de « Roméo et Juliette ». La magie du travail de la compagnie est de donner une mobilité incroyable à ces marionnettes, manipulées chacune par un seul acteur; elles sont faites d’une structure légère, de montage et de manipulation aisée. Une première parade effectuée par quelques marionnettes, avec des distributions de journaux relatant l’événement, prépare le public.

Puis selon une scénographie de rue, définie à l’avance en fonction du lieu , les marionnettes viennent attirer les spectateurs, dans une histoire familiale opposant la famille Mkhize et la famille Majakathat. Le plus remarquable dans cette création est le résultat, depuis plusieurs mois, d’un échange et d’un partage, entre un collectif d’artistes français, et une centaine d’artistes Sud-Africains, danseurs, musiciens, artisans, provenant de différentes communautés en particulier des townships de la périphérie de la capitale. Chacun de ces partenaires, ayant apporté son savoir-faire d’univers très différents. Une fois de plus, le théâtre de rue s’est inscrit au cœur de la vie de la cité, pour le plus grand plaisir d’un public non formaté; cela n’avait évidemment rien à voir avec nos habitudes de sorties culturelles occidentales…  

Jean Couturier

Le 3 et 4 juillet National Arts Festival : Grahamstown

Du 5 au 11 juillet Publics Viewing Areas and Fans Parks : Gauteng

Le 11 juillet Soccer city : Soweto, Clôture de la Coupe du monde de football de la FIFA 2010

 

  www.lesgrandespersonnes.org

 

 

 

 

Entretien avec Jean Lambert-wild.

Entretien avec Jean Lambert-wild.

 jean.jpg Jean Lambert-wild, qui passa les dix sept premières années de sa vie à La Réunion,  fut d’abord acteur, puis metteur en scène et fut un jour nommé  à la tête de la Comédie de Caen à 34 ans où il succéda à Michel Dubois; il a monté cette année Le Recours aux forêts sur un texte du philosophe Michel Onfray, et une libre adaptation de La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, spectacle qui sera aussi présenté en Avignon.
Exigeant avec lui-même, créateur hors normes , s’il ne craint pas d’arborer sa casquette de directeur de centre dramatique avec les responsabilités que cela suppose,il a surtout , chevillée au corps, la volonté d’accomplir une œuvre personnelle, autant sur le plan du texte que sur scène.Mais  il n’est bien, dit-il qu’entouré de ses partenaires, que ce soit pour la musique, la vidéo, la scénographie, l’art de la magie, et bien entendu, l’équipe technique et administrative son théâtre: Comédie de Caen et Théâtre d’Hérouville. L’homme, simple et direct,
sait de quoi il parle…

- Il y a beaucoup de gens dans le milieu du théâtre contemporain qui vous prennent comme une sorte d’électron et qui ont un peu de mal à vous situer…

-  Ce n’est pas étonnant. J’ai toujours revendiqué,et ce n’est pas d’hier, un travail personnel d’écriture et un travail d’équipe, en particulier avec mon compositeur Jean-Luc Therminarias qui m’accompagne dans mes projets depuis douze ans mais aussi, l’an passé,  avec des artistes comme avec Carolyn Carlson pour Le Recours aux forêts. J’aime bien, ou plutôt  je ressens profondément la nécessité de bouleverser les codes de la narration.
Pour  La Mort d’Adam, j’ai demandé à  François Royet, scénographe et chef constructeur une machine à jouer exceptionnelle et avec Thierry Collet, magicien et comédien qui fut élève au Conservatoire,  des effets que j’ai intégrés au spectacle. Ce  sont des gens qui ont une grande culture théâtrale qu’ils savent mettre au service d’une création, humblement mais avec un grand savoir-faire et  beaucoup d’efficacité.

   En fait,  ce que j’aime dans le théâtre, c’est que les gens puissent y  trouver leur autonomie; d’accord, c’est moi qui dirige et  qui ai le regard final, parce que c’est indispensable et , croyez-moi, j’ai une mémoire éléphantesque mais je leur fais totalement confiance. Parce que je suis certain d’être entouré de gens ultra-compétents qui arrivent toujours à trouver la solution dont j’ai besoin et qui, surtout, savent accompagner un projet.
 François Royet possède  à la fois une formation  de menuisier-charpentier, de machiniste,mais a aussi été chef-opérateur de cinéma…et cinéaste: c’est lui qui a tourné ce beau documentaire sur le monde des exclus et vous l’avez vue: la scène qu’il a construite ressemble beaucoup aux magnifiques scènes en bois du 18 ème siècle;  quant à Thierry Collet, il sait tout de la magie traditionnelle, je le connais depuis quinze ans  mais il se sert aussi  de moyens électroniques  sophistiqués. pour moi, la magie participe d’une réflexion profonde sur le théâtre et j’ai une obsession : retrouver le savoir-faire et les techniques du théâtre à l’italienne pour faire pénétrer le spectateur dans une espèce de fantasmagorie. Il y aura, je pense une relation très particulière avec le public quand il verra le mouchoir voler au-dessus de la scène, faire un tour dans la salle puis revenir à son point de départ.
   Thierry Collet, lui, a toujours eu une réflexion dramaturgique, et il cherche à lier magie et perception/quête de sens; ce n’est pas pour rien qu’il a travaillé avec des gens comme Kokkos ou Laurent Laffargue, et qu’il enseigne aussi au Conservatoire. Tous sont comme des « traducteurs » de ce que je veux scéniquement parlant: ils me sont d’une aide très précieuse.

-  Et cette Mort d’Adam, c’est un voyage de retour vers l’enfance disparue avec votre fils  comme guide, comme une sorte d’Hermès…

  Oui, je dirais que c’est comme une  mélopée qui est un des éléments de cette grande fresque personnelle que je peins depuis pas mal d’années: L’hypogée avec trois Mélopées, trois confessions: Crise de nerfs-Parlez moi d’amour  que je n’avais pas pu présenter au Festival, en 2003.
   Autour précisément de cette île de mon enfance où j’essaye de raconter , à travers la vie d’un taureau appelé Adam, qui est mort et que j’ai mangé avec ma famille, et c’est le sacrifice de cette bête qui me rend particulièrement attachante l’histoire fameuse du Minotaure qui me fascinait quand j’étais enfant. Et  cette  autobiographie un peu fantasmée, c’est celle de mes racines,toute la part un peu sauvage qui a construit mon identité. C’est la fable  qui m’intéresse dans  cette quête incroyable du passé et de l’enfance, dont on sait pas trop , dans le cas de cette Mort d’Adam, ce qu’elle comporte de réalité ou d’imaginaire d’imaginaire; beaucoup de choses enfouies  étaient encore présentes ( les parfums de la nature, l’odeur de la terre mouillée, etc..), quand je suis retourné il y a quelques mois à la Réunion pour filmer certains paysages qui font partie de ce spectacle. C’est impossible mentalement pour moi  de m’échapper de cette île…
   Pour en revenir à l’enfance, j’avais emmené là-bas Camille mon fils et ce thème des relations père/fils et de l’enfance est aussi celui qui est,  bien sûr, au cœur de cet autre spectacle qu’est cette adaptation de La chèvre de M. Seguin. L’enfance , c’est surtout la continuité de l’enfance qui ne cesse de me surprendre, même arrivé à l’âge adulte et   père de deux jeunes enfants. C’est ce que j’ai voulu montrer dans les images de ce film, avec cette relation si particulière entre un père et son fils.
   Vous avez parlé tout à l’ heure d’exorcisme: oui, c’est cela, j’ai vécu dix sept ans à la Réunion et seul, le théâtre, me semble-t-il, me permet d’accomplir cet exorcisme des dieux  et de mes peurs. Pas le cinéma.
Ce qui est irremplaçable au théâtre, c’est cet  espace de vie et de mort à la fois, cet espace hors normes:  comment imaginer un théâtre sans public? Une représentation participe de  tout un rituel et je crois que je travaille sur des ellipses et surtout sur un échange de signes entre la salle et la scène, grâce aussi à la narration de la fable que je fais dire par Bénédicte Debilly.
Le spectateur verra les images du film de François Royet et entendra le texte sans  qu’il ait nécessairement un lien entre les deux, et ce sera au spectateur de relier cette fable à son histoire personnelle à lui.

- Pouvez-vous nous parler de Jeremiah McDonald, seul acteur mais silencieux  qui est sur scène?

 - C’est en surfant sur You Tube que je l’ai découvert, grâce à une incroyable ressemblance avec moi qui m’a aussitôt frappé. Comme une sorte de sosie… Et ensuite,  j’ai découvert  son personnage de clown et la série de courts métrages assez étonnants qu’il a réalisés, alors qu’il gagnait sa vie comme contrôleur de parking… Et, à son étonnement, je l’ai fait venir des Etats-Unis : il a accepté, et je l’ai engagé comme artiste associé à la Comédie de Caen. Il ne parle que quelques mots de français mais  je communique avec lui en anglais et il est d’une rigueur tout à fait remarquable dans le travail sur scène.

 - Comment voyez vous votre avenir théâtral?

 - Bonne question! Ce qui compte pour moi, c’est de parvenir à boucler mon  projet d’écriture et de le mettre en scène; ensuite,  j’irai vendre des crêpes en Bretagne!  Ou bien  je ferais du théâtre mais  tout à fait autrement!  Après tout, j’ai commencé le théâtre à 20 ans à partir de zéro, j’ai été à l’ école de la marine marchande, j’ai joué de petits rôles  chez  Langhoff, et puis enfin, j’ai travaillé avec Michel Dubois… Donc je verrai bien,  mais,  en ces temps difficiles, une chose  dont je suis sûr, c’est  que le théâtre peut être un lieu de rassemblement des énergies  qui appartient à tous, un véritable bien collectif, un lieu où peuvent œuvrer des artistes engagés dans des processus de création différents. Et je reste convaincu qu’il n’y a que le théâtre pour accomplir cette mission…

Philippe du Vignal

 A Caen, mai 2010

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Festival d’Avignon 2010

  Festival d’Avignon 2010

 

    pont.jpgDans à peine quinze jours, cette soixante quatrième édition  aura déjà commencé, avec,  pour aider à la préparer, deux artistes associés: l’écrivain Olivier Cadiot et le metteur en scène  Cristof Marthaler pour qui le Palais des papes et sa grande Cour seront le point de départ d’une nouvelle création musicale et théâtrale: Schutz vor der zukunft ( Se protéger de l’avenir). Marthaler a voulu attirer notre attention sur les pratiques de l’euthanasie et de la  sélection biologique à partir d’écrits politiques, d’essais théoriques et de biographies de patients. Ce sera sans doute l’un des moments forts de ce festival.
La grande Cour, immense-et parfois dangereux- cadeau fait aux créateurs, a aussi été confiée à Jean-Baptiste Sastre pour La Tragédie du Roi Richard II ,avec un une distribution haut de gamme dont Axel Bogousslavski, Pascal Bongard, Pierre Michon (si, si!), Denis Podalydès, Nathalie Richard: affaire à suivre.
Ludovic Lagarde mettra en scène Un nid pour quoi faire d’Olivier Cadiot  avec, entre autres, ce formidable acteur qu’est Laurent Poitrenaux, qui sera seul en scène dans Un mage en été du même auteur. Dirigé par le philosophe, musicien et chanteur Rodolphe Burger sur le plan artistique, il y aura aussi l’inoxydable bal du 14 juillet avec des tubes et des invités surprise, et évidemment son feu d’artifice, seul soir où il n’y pas de représentations dans le in, seul événement gratuit et populaire de ce festival où les prix ne connaissent pas la crise , (on attend la visite de Carlita et de son cher mari qui veut à tout prix, dit-on , faire comme Mitterand et aller en Avignon prendre un bain de foule)…
Le bal aura lieu au bord du Rhône devant le pont Saint- Benezet.(Conseil d’ami: comme vous ne serez pas seul, vous DEVEZ arriver tôt pour essayer de stationner votre carrosse sur le parc de stationnement  de l’île de la Barthelasse (gratuit mais déjà complet vers midi).  Quoi d’autre en théâtre ? Le toujours passionnant flamand Guy Cassiers avec une adaptation par Filip Vanluchene de L’Homme sans qualités, le grand journal intime  de Robert Musil, premier d’un cycle théâtral en trois volets et surtout ne ratez pas Le Procès mis en scène par le metteur en scène allemand Andreas Kriengenburg. (Ces  deux spectacles , rassurez-vous sont sous-titrés).
Avec sa troupe de comédiens/chanteurs,  le Corse François Orsoni présentera Baal, la fameuse et première pièce de Brecht avec une musique de Tomas Heur ex- membre de Bérurier noir. Mais aussi Jean la chance du même auteur au Rond Point de la Barthelasse, cadeau du CCAS: profitez-en c’est gratuit, alors que les prix d’entrée en tarif normal au Festival in sont quand même aux environ de trente euros… Il y aura aussi La Mort d’Adam de l’auteur-metteur en scène Jean Lambert-wild, accompagné par son musicien Jean-Luc Therminarias, les images de François Royet et  les effets de magie de Thierry Collet.
Si l’on en juge d’après les répétitions, ce court spectacle  où nous est contée toute une aventure poétique  qui a pour cadre l’Ile de la Réunion devrait être  intéressant. Du même Jean Lambert-wild, Comment ai-je pu tenir là-dedans, d’après la chèvre de M. Seguin de Daudet , partir de sept ans ( voir la critique dans Le Théâtre du Blog). Côté espagnol: La casa de la Fuerza ( La maison de la Force , texte et mise en scène d’Angelica  Liddel  sur le thème de la difficulté d’être femme au Mexique ( attention:cinq heures entractes compris). Et toujours d’Angelica Liddel, El ano del ricardo (L’Année de Richard), inspiré de Richard III. Signalons aussi le projet de l’écrivain et metteur en scène allemand Falk Richter et de Stanislas Nordey; la nouvelle création de Philippe Quesne  ( voir Théâtre du Blog) , Big band et 1973 où Massimo Furlan va essayer de  reconstituer le  concours d’Eurovision à la télévision.. Il y a aura aussi -et ses spectacles ne nous sont jamais indifférents, le Gardenia d’Alain Platel avec neuf interprètes, pour la plupart âgés de plus de 60 ans, et dédié  à la grande Pina Bausch  Out of context.
Il y a aussi généralement des bonnes surprises des petites formes comme disait Vitez; d’abord, du côté de La Vingt cinquième heure à ‘Ecole d’art à 23 heures et au Gymnase du lycée Saint-Joseph à 15 ou 21 heures: en particulier une lecture de Dors toi de Sacha Rau avec Marc Bodnar , Charlotte Clamens, et La leçon du Loup par Silke Mansholt, performeuse allemande qui joue par ailleurs dans Comment ai-je pu tenir là-dedans. Enfin, dans la série Sujets à vif, en coproduction avec la SACD, Agnès Sourdillon, la formidable actrice, s’emparera de La relève des dieux par les pitres du jeune auteur Arno Bettina dont lui avait parlé Lucien Attoun.
Voilà: on ne peut pas tout vous raconter, ce serai trop long et de toute façon,vous ne pourrez pas tout voir, et nous non plus mais ce sont quelques pistes ; il y aura forcément  quelques  grands bonheurs et sans doute bon nombre de choses, disons, plus approximatives. Nous vous en rendrons compte le plus régulièrement possible accompagné d’Edith Rappoport, Christine Friedel, Françoise du Chaxel et Béatrice Picon-Valin… A cinq,  c’est bien le diable si on ne vous ramène pas des choses intéressantes dans nos filets, dans le in comme dans le off qui nous intéresse tout autant.  Ensuite,Le Théâtre du Blog prendra un peu  de vacances jusqu’aux Festivals de Bussang et d’Aurillac que nous suivrons avec Edith Rappoport et Barbara Petit. Demain, on vous parlera du off officiel, du off non officiel (voir du off-ff-off) qui ressemble parfois  à s’y méprendre au in, et, où il y a dans le genre plus humble , moins imposant, moins prétentieux aussi de formidables petits spectacles. Le off affiche de plus en plus complet, et ce n’est que justice: les choses ont bien changé en quelque cinq années:  Savary est dans le off (enfin quand même au Théâtre du Chêne noir et le grand comédien Philippe Avron y fait sa dernière création.
Bon été paisible, ensoleillé et fructueux, chers lecteurs, et surtout merci de votre confiance et de votre fidélité; nous allons atteindre  grâce à vous,les 1.000 articles parus depuis octobre 2008; et  la courbe de fréquentation ( 34.000 en juin 2010) n’a cessé  de progresser…

 

Philippe du Vignal

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