Quartett

  Quartett d‘Heiner Müller, texte de Jean Jourd’heuil et Béatrice Perregaux, mise en scène de Fargass Assandé.

 

  Heiner Müller était né en 29 et est mort en 95; déchiré entre les deux Allemagnes ( Ouest et Est pour ceux qui n’ont pas connu cetimage21.jpgte époque), il adapta plusieurs tragédies grecques, traduira ou réécrira des pièces de Shakespeare; il fut aussi dramaturge au très fameux Berliner Ensemble de 70 à 76 et  à la Volksbühne après 76 puis ses premières pièces, Traktor , Germania  et Mort à Berlin  furent créées par Karge et Langhoff à Berlin et à Munich par Ernst Wendt.

Mais, curieusement,  Muller ne s’enfuira pas, comme beaucoup d’autres,  d’Allemagne de l’Est et écrira plusieurs pièces qui firent date dans l’histoire du théâtre contemporain comme Hamlet Machine créée à Paris par Jean Jourdheuil, puis La Mission, et ce fameux Quartett ( 1980) inspiré  du célèbre roman de Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, écrit exactement deux siècles avant. C’est un peu la pièce culte de cet écrivain, à l’intelligence et au sens du théâtre remarquables, que je n’ai malheureusement rencontré qu’une seule fois. Quartett  a été mise en scène, notamment  par Bob Wilson avec Isabelle Huppert et Ariel Garcia Valdes ,puis par Hans-Peter Cloos avec Dominique Valadié et Niels Arestrup, par Langhoff aussi avec Muriel Mayette et François Chattot , et lue par Samy Frey et Jeanne Moreau au Festival d’Avignon . Bref, que du beau monde… Mais  la pièce n’est pas facile à monter…Et tout le monde n’est pas Bob Wilson!
  Il n’en fallait pas tant- et c’est tant mieux- pour impressionner  Fargass Assandé, comédien et metteur en scène ivoirien qui a décidé avec sa petite compagnie de s’emparer du texte de Müller, et qui a réussi à faire coproduire son spectacle par la comédie de Caen et par les centres culturels français de Ouagadougou, Bamako, Niamey et…par  Cahors. Les trois autres comédiens: Odile Sankara est Burkinabé, Mbile Yaya Bitang est Camerounaise, Ibrahim  Malangoni est Nigérien.
  Le texte est relativement court (quelque vingt pages) mais d’une densité et d’une dureté impitoyable où l’on dit les choses sans détour, qu’il s’agisse du sexe, de la mort omniprésente et de l’impitoyable pouvoir que les humains exercent sur d’autres humains. C’est comme une sorte de précipité des Liaisons dangereuses  à l’heure où les deux vieux complices/amants/ennemis se retrouvent pour régler les soldes de tout compte entre leurs relations pour le moins ambigues. Cela se passe dans un salon d’avant la Révolution française puis dans un bunker après la troisième guerre mondiale, dit curieusement  Müller; c’est à dire, en fait partout et nulle part.
  Fargass Assandé a décidé  de projeter ce qu’il appelle un conflit de société, qui est plutôt un conflit entre des êtres humains qui ont fait de leur vie un théâtre cruel où tous les coups, même s’ils sont feutrés, sont absolument permis. Quartett est une sorte de transgression par le biais de la parole. Valmont et Merteuil ne se font aucun cadeau même s’il reste encore, semble-t-il, de leur passion défunte une belle nostalgie: » Ah! l’esclavage des corps, le tourment de vivre et de ne pas être Dieu. Avoir une conscience et pas de pouvoir sur la matière », dit la marquise de Merteuil, après avoir déclaré sans scrupules à Valmont: « Pourquoi vous haïrais-je. Je ne vous ai jamais aimé ». Erotisme et sensualité,passion des corps et cynisme de l’esprit : Heiner Müller ne craint pas d’employer  les mots les plus crus: « Notre mémoire a besoin de béquilles: on ne se souvient plus des diverses courbes des queues sans parler des visages: une ombre ». C’est écrit au scalpel et l’on comprend que nombre de metteurs en scène aient eu envie de monter ce texte magnifiquement traduit Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux.
  Que pouvait en faire un metteur en scène  comme Fargass Assandé qui tenait à le situer dans un contexte africain avec des comédiens issus de différents pays qui possèdent en commun non seulement la langue mais la culture française? Cela valait le coup d’y aller voir; il dit en effet  que les personnages de Laclos revus et corrigés par Heiner Müller peuvent très bien être ceux qu’il appelle  » les émancipés noirs d’aujourd’hui » avec leur perversité, et leurs désirs profonds »  qui sont les mêmes que ceux de leurs homologues européens, Merteuil et Valmont, les chefs d’orchestre de ce jeu malsain ,ne cachent-ils pas un ministre, un député ou un riche commerçant de nos tropiques ».

  Bref, le sexe et la mort, vieux complices de « ces gens de la haute qui n’ont rien d’autre à faire que de se pervertir et pervertir le monde », ajoute Fargass Assandé ,rejoignant la phrase de Müller: « notre métier sublime, à nous est de tuer le temps ». D’un côté ,les puissants et les riches qui peuvent se permettre de jouer avec leur corps, et puis  les autres priés de s’en servir, quitte à les maltraiter, pour faire tourner la société. Autrement dit, les » deuxièmes bureaux » comme on dit au Bénin, les jeux sexuels entre gens qui possèdent le pouvoir politique et social, les jeune filles qu’un personnage important séduit sans  scrupule, grâce à son argent et à ses relations… Rien ne change vraiment , que ce soit au 18 ème siècle, ou après, dans les beaux appartements parisiens, ou dans les  capitales africaines actuelles.
  La mise en scène de Fargass Assandé est d’une rigueur exemplaire; chez Müller, ne sont en scène que Valmont et la Merteuil; il a choisi, lui, de placer côté jardin les deux protagonistes qui jouent leurs personnages en mimant parfois l’autre (Merteuil imite Valmont séduisant Madame de Tourvel  incarnée par Valmont ). Dans un décor miminal: un canapé en cornes et peau de zébu posé sur un tapis de chèvre et mouton.Mais Assandé a aussi choisi d’installer, comme en miroir, un autre couple côté cour, juste assis sur un tronc d’arbre, qui est  comme une extension en images et en mots des sentiments de Valmont et de Merteuil.  Soit la jeune Cécile de Volanges et la Présidente de Tourvel, sorte de victimes expiatoires.Les deux couples ayant de beaux costumes identiques pour renforcer encore l’effet miroir.

  Tout est permis, surtout avec ce type de texte, mais il n’est pas certain qu’ici, cela fonctionne tout à fait. On comprend bien ce qu’a voulu faire Assandé : ne pas raconter vraiment une histoire, éviter  le piège de l’exotisme africain et construire une mise en scène qui irait vers une transgression du texte.
   Mais cet exercice de style autour d’un double anéantissement, était-il bien nécessaire? Pas si sûr mais, en tout cas, l’exercice en question est du genre  virtuose, même si les faibles lumières qui devraient selon Fargass Assandé,  aider au découpage de l’espace et raconter l’opposition des sexes, sont plutôt ratées. Mais, aucun doute là-dessus, le metteur en scène sait diriger ses comédiens, notamment Odile Sankara / Merteuil  qui a souvent joué en France avec  Pierre Guillois, Jean-Lambert Wild, et Jean-Louis Martinelli.Et , comme il y a un excellent rythme, le temps passe très vite.
  Alors, à voir?   Oui, si vous avez envie de voir le travail intelligent et subtil  d’une jeune compagnie africaine, et/ou de découvrir la pièce finalement peu jouée , ou enfin de la redécouvrir sous un autre jour.

 

Philippe du Vignal

 

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Le spectacle, créé à Ouagadougou le 6 février dernier et a été joué un partout en Afrique de l’Ouest; les représentations ont lieu jusqu’au 7 mai à la Comédie de Caen, puis le 13 mai à Cahors et le 1 er, le 2 et 3 octobre aux Francophonies de Limoges.

Si vous avez un euro à dépenser, achetez le petit carneum où il y a quelques beaux textes , notamment  celui d’Odile sankara, un entretien de Farkass Assandé avec Jean-Pierre Han ou encore, à propos de Müller, celui de Jean Jourdheuil.


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La Grande Magie

La Grande Magie, d’Eduardo De Filippo, texte français d’Huguette Hatem, version scénique d’Huguette Hatem et Dan Jemmett, mise en scène de Dan Jemmett.

 

grandemagie.jpgDu célèbre auteur/acteur/ metteur en scène napolitain ( 1900-1984), fils naturel, comme on disait autrefois, du grand acteur Eduardo Scarpetta, on ne connaît en France que peu de pièces: Filumena Marturano, Samedi, dimanche et lundi, Sik-Sik et cette Grande Magie qui est sans doute la meilleure. Nous vous avions déjà rendu compte de cette pièce en janvier dernier quand Laurent Laffargue l’avait créée au Théâtre de Boulogne-Billancourt; donc nous vous resservons sans scrupules l’argument de la pièce avant de vous parler de l’excellente mise en scène de Dan Jemmett.
L’histoire se passe évidemment à Naples, dans les années 30, au Grand Hôtel où l’on annonce aux bourgeois en villégiature, que le célèbre magicien Otto, doit présenter le soir même un spectacle « de tout premier ordre ». Mais le pauvre Otto, accompagné de quelques compères et de sa femme plus toute jeune mais qui cherche encore à séduire, est , en fait, un artiste de dernière catégorie, condamné aux tournées minables et couvert de dettes,et nqui ne mange pas tous les jours à sa faim.
C’est dire qu’il est prêt aux  arrangements douteux qui pourraient lui rapporter quelques billets… Justement, cela tombe à pic: le photographe local voudrait bien se retrouver en tête à tête avec Marta, la jeune et belle épouse de Calogero dont il est l’amant. Otto , après plusieurs tours de prestidigitation un peu  faciles, choisit Marta dans le public et la fait disparaître dans un sarcophage” égyptien”, absolument authentique comme il le prétend, équipé d’une porte de fond qui permettra à Marta de se faire discrètement la belle avec son amant pour quinze minutes … Mais il ne respecte pas le contrat et part avec elle pour Venise. Sale temps pour les mouches et pour Otto… qui reste cependant impassible.
Calogero exige en effet très vite qu’il fasse réapparaître sa femme. Otto essaye alors de le persuader que le tour prend plus de temps que prévu et que… bon, on ne va pas tarder à la revoir! Le mari méfiant, appellera un inspecteur de police à qui, très discrètement, Otto, déjà  presque accusé de meurtre, dévoilera les coulisse de l’histoire. Il y a du drame, de la comédie mais aussi une grande poésie dans cette galerie de personnages aussi fantasques qu’attachants.
Quant à Calogero, Otto lui expliquera avec beaucoup de conviction et d’habileté qu’il est l’objet d’hallucinations et que c’est lui-même, le mari qui a, en réalité, fait disparaître son épouse. Au bord de la folie, Calogero s’isole chez lui, en proie à la colère de sa famille qui le trouve tout à fait dérangé mais Otto lui dit que tout cela n’est qu’une question de temps soumis à variation selon les individus… Il réussit même à lui soutirer un chèque important pour rembourser une dette en lui faisant croire que tout cela fait partie d’un jeu. Et Calogero signe sans  méfiance… “Tu crois que le temps passe mais ce n’est pas vrai, le Temps est une convention; si chacun de nous vivait sans engagements, sans affaires, je veux dire une vie naturelle primitive, toi, tu durerais sans le savoir“. Donc le temps, c’est toi“.  La fin? Assez merveilleuse et amère à la fois,  mais on vous en a déjà trop dit…..
Là où de Filippo frappe très fort, c’est quand il montre « que la vie est un jeu et que ce jeu a besoin d’être soutenu par l’illusion qui ,à son tour, doit être alimenté par la foi » . Effectivement, le pauvre Calogero  n’ a qu’un seul besoin: croire, mais croire à tout prix que sa femme ne l’a pas quitté pour un autre homme, et  Otto est assez roublard et perspicace pour l’avoir bien compris depuis le début et  pour l’impliquer dans cette disparition. Il arrive même à le convaincre que sa femme ou son avatar est enfermée dans une boîte qu’il ne doit jamais ouvrir… Mais la vie n’est pas si simple et Otto se trouvera  beaucoup plus impliqué qu’il ne pouvait le soupçonner dans toute cette affaire. Naïf, Calogero? Pas plus que ceux qui ne résistent pas au charme de nombreux escrocs patentés qui jouent sur l’aveuglement de leurs victimes en leur faisant miroiter des gains fabuleux à condition qu’ils leur fassent  confiance.

De Filippo, qui savait  observer comme personne ses contemporains riches ou pauvres, vieux ou jeunes, se révèle, ici un dramaturge de premier ordre qui sait finement jouer de la frontière entre illusion et réalité, entre folie et normalité, entre grotesque et tristesse,entre passé et avenir, en donnant vie à ces personnages qu’il devait rencontrer au quotidien dans Naples mais qu’il savait rendre exceptionnels comme Otto ou Calogero, dont on demande parfois qui manipule l’autre… Ce n’est pas pour rien, car il devait s’y retrouver, que Pirandello admirait de Filippo. Reste à donner une unité à cette suite d’événements poétiques, et il faut de grandes qualités pour  mettre en scène cette Grande Magie  qui dure, dans sa version complète, plus de deux heures,comprend quelque dix sept personnages,où les tours de magie,  au début de la pièce,  doivent servir de fil rouge s’emparer sans  manger le texte, où  le rythme ne doit pas faiblir pour ne pas nuire aux nombreux rebondissements… Illusion et réalité du quotidien de l’illusionniste, pauvre bougre obligé de gagner le pain de ses compères et de sa femme. La pièce est séduisante mais pas si facile à monter! 

Dan Jemmett, en tout cas, s’en est emparé avec une indéniable maîtrise, en particulier dans la direction d’acteurs. Hervé Pierre (Otto Marvuglia)  atteint une perfection dans le rôle; il a une présence singulière dès les premiers instants où il arrive sur le plateau: tour à tour, roublard, séducteur, angoissé, il décline une palette de sentiments tout à fait étonnante et son complice Denis Podalydès n’ a jamais été aussi meilleur dans ce rôle de mari naïf et obsédé par son idée fixe: il en devient même parfois  inquiétant, quand il a ce regard  que l’on retrouve chez les patients atteints de démence frontale. Vraiment du grand art d’acteur à la fois empreint d’une technique parfaitement maîtrisée et d’une magnifique sensibilité.

Les deux  sont comme deux frères embarqués dans une drôle de galère: l’un sans aucun moyen financier, a perdu la femme de l’autre qui a de l’argent et qui ne comprend absolument rien à l’histoire qu’il est en train de vivre. Il y a aussi Il y aussi autre chose de fascinant  qui n’est pas si courant à la Comédie-Française, C’est l’unité de jeu que Dan Jemmett à réussi à donner au spectacle: on voit que les comédiens ont du plaisir à jouer ensemble et quand ils ne jouent pas dans une scène,  ils sont d’une extrême attention à tout ce qui se dit sur le plateau. Et les derniers spectacles de la Comédie-Française auraient plutôt prouvé le contraire.

  Jamais depuis bien longtemps la troupe n’avait su être autant à cette hauteur pour créer un spectacle d’un dramaturge contemporain ou non. Au chapitre des inévitables réserves , comme dit habituellement Philippe du Vignal: un début mou du collier, en partie dû à une scène d’exposition que de Filippo a eu un peu de mal à construire ,une scénographie pas vraiment réussie qui reste entre le deuxième et le premier degré, des coupures  qui font sauter  quelques nuances du texte, et sans doute parce que Jemmett n’a pas pu faire autrement, les personnages de la fin qui sont joués par certains acteurs du début : il n’est pas évident que les spectateurs non initiés s’y retrouvent bien dans ces identités; Jemmett va même jusqu’à faire jouer l’Inspecteur à Cécile Brune qui joue aussi deux autres petits rôles… ce qui n’était sans doute  pas l’idée du siècle.

  Reste que, malgré ces réserves, c’est  une vraie, grande et belle mise en scène que peu de gens auraient été capables de faire. Ce qui ne diminue en rien les qualités de celle de  Laurent Lafargue qui avait ,lui aussi ,bien réussi son coup, avec un Daniel Martin extraordinaire mais avec un jeu tout à fait différent de celui d’Hervé Pierre. Alors à voir? Oui,sans restriction aucune… si vous  arrivez à avoir des places, mais en vous y  prenant à l’avance…En tout cas, la pièce  nous aura enchanté par deux fois cette saison.

Qui a dit que le théâtre ne se portait pas bien?  Oui, sans doute quand les textes n’ont aucun intérêt, mais Dan Jemmett et Eduardo de Filippo nous offrent un spectacle à la fois populaire , jamais vulgaire et d’une grande intelligence. La loge dite du Président de la République était vide l’autre soir; alors,tiens, une idée de sortie pour Carlita accompagnée de l’Albanel de service qui pourrait se  faire un plaisir d’inviter une dizaine de Caterpillars. Allez un bon geste,Muriel Mayette, cela leur changera les idées,surtout si l’Elysée leur offre un petit cocktail après la représentation…

 

Philippe du Vignal

Comédie-Française, salle Richelieu,en alternance

Somewhere… la Mancha

Somewhere… la Mancha
Librement adapté de Don Quijote de Cervantès par Irina Brook et Marie-Paule Ramo
mise en scène Irina Brook.
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    Irina Brook ne cache pas qu’elle est fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry. Sa dernière création pourtant n’ajoute pas de lauriers au  patrimoine théâtral familial. On n’hérite pas forcément du talent de ses parents! 

L’ambition d’Irina Brook est « de faire un théâtre accessible à l’ensemble des strates du public de théâtre sans aucune autre distinction. » Mais c’est plus compliqué que cela, et un théâtre pour tout public n’est pas synonyme de théâtre nivelé, ramené à un produit prêt à consommer, à un fast-food culturel. Après En attendant le songe, version digest pour tous du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, voici venu le tour du chef-d’œuvre de Cervantès de passer à la moulinette du comics dans le plus pur style américain. Un coup de grâce pour l’héroïque Chevalier à la Triste Figure.
Dans Somewhere… la Mancha , c’est en Amérique d’aujourd’hui que le mythique couple Don Quijote et Sancho Panza va vivre ses aventures, accompagnées de musiques bluegrass gospel, et agrémentées de numéros de cirque, de music-hall et mais aussi de clichés sur la réalité américaine vue d’Europe, bref une sorte de road- movie américain. Une disribution  sur mesure pour incarner la mosaïque culturelle et linguistique de la société américaine : six acteurs d’origine différente , parlant français, québécois, américain avec tout un registre d’accents, espagnol et même polonais. Ce mélange de langues et d’accents, par moments cacophonique, incompréhensible, n’est sans doute  pas une bonne idée. Augustin Ruhabura (Rwandais) interprète Don Quijote, et Gérald Papasian (Arménien) Sancho Panza, Lorie Baghdasarian (d’origine arménienne), Jerry Di Giacomo (Américain), Christian Pelissier (Français), Bartlomiej Soroczynski (d’origine polonaise) jouent les autres personnages sur le mode réaliste, expressif, parfois  outré. « Ce qui nous frappe dans l’extraordinaire récit de Cervantès – explique Irina Brook, c’est la modernité du thème et la vitalité, d’ailleurs très shakespearienne, du texte ».

  Pour nous en convaincre, dans son spectacle , Don Quijote combat les injustices de la société contemporaine et Sancho Panza, apprenti acteur, tente à plusieurs reprises, sans succès, de venir à bout d’une tirade de Shakespeare. Dans l’espace quasi mythique du Théâtre des Bouffes du Nord, pas de décor : quelques chaises, des  sièges pliants apportés à certains moments, des tonneaux métalliques figurant un bar, une toile cirée servant de lit de fortune, un chariot et ,au fond,  une toile tendue sur laquelle on projette un moulin  pour  la scène au Moulin Rouge. Les bruits de la circulation urbaine, les sirènes de police, évoquent l’univers sonore du cinéma américain.

Les costumes, mélange de vêtements actuels de  style country et western, blue-jean, chapeau de cow-boy. Don Quijote en veste, maillot de corps troué, Sancho Panza en jean à bretelles, tee-shirt. Un couple de clodos SDF new yorkais. : Quijote, chômeur, lit des romans de chevalerie qu’il traîne dans une valise à roulettes, Sancho Panza avec sa guitare et un caddie de supermarché, rêve, lui, d’être acteur, mais ils sont chassés par le propriétaire de la maison devant laquelle ils campent. Ils décident alors de partir pour la Californie, une Mancha moderne. Don Quijote  est  là pour accomplir quelques glorieuses actions en pourfendant des injustices, Sancho pour faire carrière à Hollywood.

  Une jeune fille,  rencontrée sur la route, fera l’affaire pour devenir l’incomparable Dulcinée. Suit une série d’aventures traitées avec humour, quiproquos, parfois réussis. Rencontre dans un bar et adoubement de Don Quijote à l’aide d’un drapeau américain noué sur son cou , par une bande de motards qu’il prend pour des chevaliers. Quijote et Sancho affamés rencontrent un vendeur de hot-dogs qu’ils ne payent pas, ce qui vaudra au vendeur une raclée de son patron. On assiste ainsi à bien d’autres situations dans lesquelles Don Quijote intervient en croyant défendre une bonne cause et ne cesse de prendre des coups, victime de son idéalisme héroïque. Tout cela entrecoupé de danses et de chansons  folk américain, d’aphorismes de Woody Allen, de blagues usées du niveau d’une émission télévisée dite populaire, d’anecdotes sur les stars et sur les « beautyful people » d’Hollywood, dont la répétition nous ennuie.

  L’aventure des moulins, transposée au Moulin-Rouge, donne lieu à une parodie caricaturale des numéros d’un acrobate, d’un ventriloque avec un singe qui prédit le passé et le présent, d’un flamenco à l’américaine exécuté par une danseuse en minijupe, bottes et chapeau de cow-boy etc. Une Amérique « typique », avec ses mythes et ses clichés touristiques au complet. Notre couple rencontre même un Amish, des hippies, goûte aux cookies, Sancho Panza apporte un joint à Quijote exténué qui réclame un élixir pour guérir, etc…

   Arrêtés par un policier qui les prend pour de dangereux terroristes,  ils apprennent qu’ils se trouvent toujours dans les alentours de New York, loin de la Californie. Sancho renonce à son rêve d’acteur célèbre à Hollywood, Don Quijote à celui de glorieux chevalier et, mourant, est emmené dans un  chariot de supermarché par son fidèle compagnon. On pourrait y voir la métaphore du traitement infligé par Irina Brook au mythe du héros cervantesque, ramené ici à un produit de supermarché culturel. Mais ce théâtre , à force de vouloir faire populaire,  tombe dans le panneau du populisme. Au lieu de consommer ce « théâtre McDonald », mieux vaut  relire Don Quijote de Cervantès et les romans de Jack Kerouac.

Irène Sadowska Guillon

Somewhere… la Mancha
de et mis en scène par Irina Brook
du 14 avril aux 9 mai 2009 au Bouffes-du-Nord à Paris

Salle des fêtes

  Salle des fêtes, un spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff.salledesfetes4copie.jpg

    Cela fait presque trente ans qu’on les connaît et le premier spectacle Boulifiche et Papavoine de Jérôme Deschamps avait eu lieu dans ce même théâtre quand Antoine Vitez en avait pris la direction…. Depuis la roue a tourné: quelque vingt spectacles, dont plusieurs opéras, (Jérôme Deschamps est devenu directeur de l’Opéra-Comique) dont  Les Précipitations, C’est magnifique, Les Pieds dans l’eau et le très fameux Lapin-Chasseur créé dans cette même salle Jean Vilar;  Canal + s’est fait aussi un plaisir d’aller chercher ces comédiens hors normes dont la plupart  ont fait depuis un beau parcours:  Jérôme Deschamps, bien sûr, Michèle Guigon,  comédienne et metteuse en scène, Philippe Morel, comédien, Yolande Moreau,  comédienne et réalisatrice de films, Olivier Saladin, comédien, Philippe Duquesne qu’on a pu voir récemment dans La Cerisaie, mise en scène d’Alain Françon, et Lorella Cravotta que l’on retrouve dans cette Salle des Fêtes

  Les Deschiens, c’était eux, cette pathétique galerie d’être humains à l’intelligence comme au vocabulaire et à la diction très limités,  à la ridicules et émouvants,  et habillés par Macha Makeïeff d’invraisemblables vêtements à fleurs, à poix ou à rayures, aux couleurs discordantes tels qu’on en voyait dans le catalogue de La Redoute ou de la feue Camif des années 50-60. Et en général, sévèrement dirigés par un patron ou une directrice hurlant ses ordres auxquels ils n’obéissaient jamais, en se contentant de grommeler. Du côté du matériel,, rien n’était non plus dans l’axe: portes à battants que l’on reçoit dans le nez, début d’incendie, fumées, chutes d’appliques lumineuses, et recours fréquent au coup de rouge qui tache,sur fond d’accordéon et de chansons populaires. D’année en année, Jérôme Deschamps, ET Macha Makeïeff à qui ces spectacles doivent énormément pour la scénographie, ont peaufiné leurs méthodes de travail, et il y a peu des spectacles où tout soit en apparence aussi bordélique et aussi magnifiquement mis en scène, joué et chorégraphié, bref, un vrai travail d’orfèvre dont fait partie Salle des Fêtes.
    Le rideau se lève dans un bruit d’enfer; nous sommes dans une espèce de hangar / salle à tout faire dont des fêtes, avec, dans un coin, un petit bar minable avec trois tabourets hauts couverts de skaï rouge, un petite calculatrice à ruban de papier, un poste de télévision de surveillance en noir et blanc un peu partout des bidons de plastique ( dont certains ne sont pas d’époque comme ceux pour poêles à pétrole, on aurait bien aimé ne pas voir cette horrible morceau trapézoïdal de table de conférence  rescapée des greniers de Chaillot et repeint en vert) . Désolé, chère Macha, mais j’ai l’oeil; côté cour, deux portes à battant un peu basses, un petit podium pour  quelques musiciens… Derrière le bar, un gros chien que l’on ne verra jamais, et qui  ne cesse de faire bouger sa chaîne. Et la patronne: madame Cravotta, qui se prend pour la grande chef de cet endroit minable , donne ses ordres par interphone à une tribu de jeunes gens venus probablement là essayer qui, son air de guitare électrique, qui, sa petite chanson ou sa danse dans l’espoir de passer le soir de la fête. Sont convoquées les grands tubes des Rita Mitsouko, Nirvana, mais aussi  des airs disco; Bob Marley aussi bien que Claude François et le fameux  El Condor Pasa de Paul Simon… Bref tout est bon et le public, pas très jeune et ravi de récupérer quelques bribes de sa jeunesse passée,  applaudit pratiquement à la fin de chaque air…
   Quant à Lorella Cravotta, elle joue avec un plaisir non dissimulé son rôle de patronne qui s’emmêle dans ses comptes et qui dicte ses ordres dans le vide , accablant sa pauvre serveuse de sarcasmes et de mépris. L’ancienne élève de  Claude Régy au Conservatoire, qui, à l’époque faisait plutôt dans la tragédie, se livre ici, comme autrefois dans Lapin Chasseur, à un numéro prodigieux d’intelligence verbale et gestuelle. Et il en faut une sacrée dose pour jouer les cintrées de son espèce. Et elle est d’autant plus remarquable qu’elle est presque  toujours seule sur ce plateau qui a 18 mètres d’ouverture… Et elle a cette  maîtrise impeccable du jeu qu’elle impose dès le début, et qui maintient le spectacle en équilibre jusqu’au bout. Deschamps lui doit une fière chandelle comme on dit.
   Mais comme les jeunes comédiens danseurs : Tiphanie  Bovay-Klameth, David Déjardin, Catherine Gavry, Hervé Lassince, Gaël Rouilhac et Pascal Ternisien, ont aussi du talent à revendre, la petite affaire fonctionne à peu près,parce que tout est supérieurement dirigé: on ne rit pas vraiment mais on ne s’ennuie pas non plus, du moins pendant les cinquante premières minutes.  Malgré les gags qui se répètent un peu trop,  il y a quelques moments jubilatoires comme ce lancer  d’oranges qui vont finir dans une lessiveuse pour une sangria douteuse que  va préparer avec  les pieds, Stéphanie, la pauvre serveuse souffre-douleurs, ou cette parodie déjantée de danse africaine. Mais, en général, les dernières quarante minutes  du spectacle ont du mal à s’imposer et révéleraient , s’il en était encore besoin, les défauts de la cuirasse…
  Tant pis: on va jouer aux vieux cons qui en ont beaucoup vu, mais, très franchement, quelle que soit et la qualité de la mise en scène et de la scénographie, quelle que soit le talent de ces comédiens – Cravotta en tête- qui ne quittent pas un instant leur personnage, on a un peu l’impression que Jérôme Deschamps nous recycle ses vieilles recettes qui ont bien marché. Pas un seul gag comique,qu’on n’ait déjà vu chez lui, pas un petite chorégraphie ou une mise en valeur de comédiens qu’il n’ait déjà utilisée, pas un moment d’émotion ou de délire poético-comique qui n’ait déjà servi… Bref, pour dire les choses un peu crûment, il y a un un sérieux manque d’inventivité et les choses  semblent vite plombées.
  Certes le répertoire de gags n’est pas illimité, (chaque artiste comique a allègrement pillé ses prédécesseurs ), puisqu’en général, il s’appuient sur l’inattendu mais, quand même, là, on reste un peu sur sa faim.salledesfetes1.jpg
  De plus,il y a  une erreur de construction qui ne pardonne pas: Lorella Cravotta joue son sketch, puis un des jeunes gens arrive avec son petit air de guitare,  sa chanson ou sa danse, puis on remet le couvert: Lorella Cravotta revient en en maltraitant  sa serveuse, puis une fille improvise une petite danse, etc.. Il y aussi un petit clin d’oeil sur le spectacle contemporain qui réjouit les seuls initiés, c’est à dire une poignée  de spectateurs. Ouf! Tous aux abris! Ce genre de mille-feuilles ne fonctionne pas  et Jérôme Deschamps  a prouvé, surtout jusque vers  les années 2000, qu’il savait faire beaucoup mieux que cela, en créant de véritables scènes presque muettes à plusieurs personnages ,d’un comique tout à fait magistral.
 Mais on dirait qu’absorbé par ses multiples tâches: installation de la Villa Arpel de Mon Oncle au 104, rétrospective Tati à la Cinémathèque française, Direction de l’Opéra Comique- Jérôme Deschamps ait conçu et réalisé ce dernier spectacle dans l’urgence et en utilisant ses bonnes vieilles recettes qui ont autrefois fait la preuve de leur efficacité.Eh! Bien non, le compte n’y est pas vraiment. Il y a aussi une question de dimensions : tout se perd un peu sur cet immense plateau, même quand on en réduit la profondeur, et la salle Gémier,  où il avait créé l’excellent Les Pieds dans l’eau, aurait sans doute été mieux adaptée. Question de durée aussi:  cette heure et demi, on l’a dit, n’en finit pas de finir et l’on quitte la salle en se demandant ce qu’on a bien pu vouloir nous dire en essayant de nous amuser.
  Comme le public hier dimanche après-midi n’était pas trop difficile, cela passait à peu près (mais les applaudissements n’étaient quand même pas enthousiastes) mais, vingt minutes avant la fin, on avait envie de siffler la fin de  partie. En fait, tout se passe comme s’il y avait du troisième degré dans l’air: Jérôme Deschamps regardant ses spectacles d’autrefois qui, eux-même, regardaient une réalité d’autrefois: et là, cela ne fonctionne plus vraiment, malgré la virtuosité des interprètes et un travail technique magistral: rendons hommage aux techniciens remarquables mais invisibles du plateau qui participent à cette mécanique superbement rodée.
  A voir? Oui, si vous n’êtes pas très  exigeant et qu’une grande salle pas trop pleine ne vous fait pas peur quand il s’agit d’un spectacle comique. Mais si  vous ne  connaissez pas encore Macha Makeïeff et  Jérôme Deschamps , invitez plutôt quelques bons copains, offrez-vous une sangria correcte et partagez ensemble la découverte de leurs précédents spectacles devant un grand  écran, ( les DVD ne manquent pas) ;certes, ce n’est pas du spectacle vivant mais, croyez-moi, j’en ai fait l’expérience avec des groupes d’étudiants, cela marche tout à fait bien…Et cela vaut mieux que cette sauce souppe réchauffée… regrets que qui l’enfer se donde disait Apolinnaire.

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot, jusqu’au 16 mai; et exposition de la Villa Arpel de Mon Oncle,au 104 (Paris 19 ème) et exposition Jacques Tati à la Cinémathèque française: Deux temps, trois mouvements.

Pur

Pur
écrit et mis en scène par Lars Norén

pur.jpgNous avons vu ces dernières années plusieurs pièces de Lars Norén, poète, romancier, dramaturge suédois, qui explorent la violence dans la société contemporaine. Pur fait partie de son cycle des pièces « terminales » qui ont pour thème le début et la fin d’une relation, d’un mariage, d’une vie.
Pour sa mise en scène de Pur à la Comédie Française Lars Norén a réécrit la pièce pour ses interprètes et a écrit pour eux Pur II.
« Quand j’écris – dit-il, je ne pense pas à la scène, seulement aux personnes, aux personnages. »
Pas de préoccupations psychologiques ni sociales dans Pur, pas d’histoire non plus, il n’y a qu’une situation dans un lieu fermé, un huis clos d’un appartement vide qui a pour protagonistes quatre personnages, deux couples de  générations différentes, et le temps. « Le jour où on arrive dans un appartement et le jour où on le quitte », dit Lars Norén. Espace nu et immobile ou les temps se rencontrent, se fondent, se superposent « où se croisent une vie passée et une vie à venir ». Un espace épuré de la vie, désencombré du superficiel, ramené aux événements essentiels dont on se souvient et dont on cherche le sens au moment de mourir : mariage, naissance, séparation, maladie, mort du fils, déménagement…

Des événements partagés dont les souvenirs ont un poids, un sens différent pour chacun des personnages. Entre ces événements, ces points spécifiques, qui construisent la trame d’une vie, il y a le temps, les silences, les secrets, les non-dits. Norén  les traduit dans l’écriture dramatique et scénique conçue comme une partition musicale pour un quatuor en trois mouvements : déploiement quasi chorégraphique du jeu et de la parole dans l’espace dans Pur I, immobilité des corps,  jeu concentré sur la voix, regard et expression dans Pur II,  et dans Pur III, sans paroles, la danse sur la musique de Schubert.
Le décor de Gilles Tascher : une pièce vide tout en blancheur, claire, épurée, d’un côté un mur avec un grand miroir, de l’autre deux grandes fenêtres avec des rideaux qu’on décroche et raccroche, au fond un mur blanc sur lequel on voit des projections très discrètes, comme un jeu d’ombres, de souvenirs, qui anticipent les apparitions des personnages venant d’autres pièces de l’appartement. Une chaise à gauche, un grand carton de déménagement tantôt avec des livres, tantôt vide, que l’on apporte et remporte à plusieurs reprises, un tableau blanc sur le mur et, par terre , un petit cadre avec la photo de l’homme enfant avec sa mère, sont les seuls objets dans cet espace vide.
Le vieux couple : (Christian Cloarec), (Catherine Sauval) dont le jeune Il (Alexandre Pavloff) et Elle (Françoise Gillard) est un écho. Les souvenirs de la vie du premier couple apparaissent ainsi en jeu de miroir chez le jeune couple, répétés, décalés, réfractés en deux temporalités différentes, tantôt simultanées, tantôt imbriquées sur scène.
Lars Norén transcrit avec maestria la quête du vieux couple quant au  sens de leur vie dans un jeu temporel. Les temps différents dans lesquels dialogue chaque couple se rejoignent à certains moments,  de sorte que les personnages des deux couples dialoguent entre eux, les deux femmes se parlent directement, disent certaines phrases ensemble, sur le mode choral, répondent ensemble à des questions différentes posées à l’une et à l’autre par chacun des hommes.
« L’épuration » se poursuit dans Pur II, l’espace vital se fige, s’intériorise dans une immobilité des personnages. Dans un temps toujours réfracté leurs propos, recentrés sur le thème de la mort et du deuil, se croisent.
La femme du vieux couple est en train de mourir, le jeune couple qui vient de perdre leur fils a du mal à affronter son deuil et s’interroge sur son avenir.
L’usage des micros intensifie l’intériorité du jeu des acteurs qui parlent doucement, parfois murmurent, comme si leurs personnages se vidaient de leur force vitale.
Dans le finale, Pur III, sous-titré Schubert 3’57, on les voit danser sur la musique de Schubert. Une danse lente du vieux couple dont la femme s’écroule morte et celle du jeune couple, d’abord saccadée, évoquant l’acte sexuel, s’apaise.
À la fin de la séquence, d’une intense poésie, les quatre personnages avancent, telles des ombres, lentement vers la pureté et le vide de la mort, derrière le mur blanc qui devient transparent.
À l’instar d’un chef d’orchestre , Lars Norén organise avec précision et rigueur sa partition scénique : ses variations sur les thèmes, ses leitmotivs, la circulation de la parole dans l’espace faisant penser au théâtre No, les mouvements, les tempi et l’intensité du jeu, le registre vocal, les irruptions soudaines des personnages.
Un magnifique quatuor d’acteurs porte cette partition à la perfection.

Irène Sadowska Guillon

Pur,  écrit et mis en scène par Lars Norén
Comédie Française – Théâtre du Vieux Colombier, Paris
Du 15 avril au 17 mai 2009

LA THÉORIE DE L’ÉCHEC

LA THÉORIE DE L’ÉCHEC  Rencontres de la Villette

De Hichem Djemaï, mise en scène Élodie Chanut, l’œil des Cariatides

Cette théorie de l’échec est une tranche de vie sur le quotidien des jeunes d’un quartier de Nanterre, un groupe traînant autour d’un banc public, l’agressivité entre garçons et filles. Du quotidien bien vivant joué avec une certaine dextérité par des acteurs entraînés au Jeune théâtre national, qui n’échappe pas à d’inévitables clichés. C’est trop long, vingt minutes de trop comme toujours, mais tout de même pas déprimant

Edith Rappoport

Des utopies ?

Des utopies ?
Textes et mise en scène Oriza Hirata, Amir Reza Koohestani et Sylvain Maurice

utopies4.jpgÀ l’origine du spectacle une « utopie » de théâtre, projet rassemblant trois auteurs – metteurs en scène : Oriza Hirata (Japon), Amir Reza Koohestani (Iran), Sylvain Maurice directeur du CDN de Besançon et trois acteurs de la compagnie de chacun d’eux, formant une troupe trilingue, pour aboutir à une création qui croise des artistes de langues et de cultures très éloignées et totalement étrangères les unes aux autres.
Le travail entamé en 2006 au Nouveau Théâtre de Besançon à débouché sur la création Des utopies ? en janvier 2009 à Besançon. L’utopie non pas comme sujet traité mais comme l’utopie d’un travail commun au plateau dans une expérience concrète.
Le principe du travail : chaque auteur – metteur en scène invente une forme théâtrale d’environ 45 minutes mêlant le japonais, le farsi et le français et composant un seul spectacle joué par la troupe trilingue des acteurs. La scénographie commune et les lumières étant assurées par Éric Soyer.
Sylvain Maurice a écrit le prologue et l’épilogue du spectacle. À la première partie, une comédie Noël à Téhéran d’Oriza Hirata, répond en contrepoint dans la deuxième partie, la pièce d’Amir Reza Koohestani sur l’envers du décor dont l’action se passe dans les coulisses pendant que se joue la pièce d’Oriza Hirata.
Fiction de théâtre et réalité du travail théâtral, en l’occurence celle de ce projet, et réalité tout court s’interfèrent. Dans le prologue, devant le rideau fermé, le directeur du théâtre fait un discours d’ouverture des Ieres Rencontres Internationales de Théâtre de Besançon, salue les officiels politiques et les responsables culturels de la ville et de la région, présente le projet utopique. Son discours alambiqué dérape, s’emmêle dans les contradictions.
Le rideau s’ouvre sur un décor réaliste d’un hall d’hôtel d’une station de ski près de Téhéran : chaises, tables, canapé, au milieu un sapin de Noël rachitique décoré. Un espace semi-public coutumier du théâtre d’Oriza Hirata. Le personnel et les hôtes venus pour y passer Noël s’y croisent : un employé, le propriétaire de l’hôtel et sa femme, iraniens, l’investisseur japonais avec sa femme et une Japonaise responsable des services, un Français travaillant à l’hôtel rejoint par sa femme et la sœur de celle-ci dont il est amant. Chacun parle dans sa langue essayant de comprendre l’autre. Des propos échangés : présentations, clichés habituels, tentatives de nouer des conversations, parfois quelques confidences et conflits personnels affleurent : le Français s’entête à faire comprendre aux autres l’histoire de la chansonnette de son enfance sur le renne au nez rouge, on compare les traditions de Noël respectives, le propriétaire de l’hôtel, hospitalité orientale oblige, distribue des cadeaux à ses hôtes etc. On recourt à un english rudimentaire et au langage maladroit des gestes, tentant de pallier aux difficultés de communiquer, aux incompréhensions et aux quiproquos parfois hilarants.
En deuxième partie nous sommes dans les coulisses pendant la dernière représentation de Noël à Téhéran d’Oriza Hirata, dont on perçoit, à travers une toile de fond plus ou moins transparente, quelques silhouettes et par moments des bribes d’échanges et la chanson.
Les acteurs portent leur propre nom, se préparent à entrer en scène. On voit leurs difficultés à nouer des relations, à parler aux autres, les trois groupes s’observent, restent à distance comme si une invisible frontière se dressait entre eux.
Ils parlent entre eux de leurs vies, de leurs problèmes, de leurs projets ou de l’absence de projets. Au terme de cette expérience de vie et de création commune les contradictions, les décalages entre leurs cultures apparaissent inévitablement. L’acteur iranien, tenté de rester, ne voit pourtant aucun avenir pour lui en tant qu’acteur ni ici ni dans son pays. L’Iranienne questionne sa place au théâtre, le port du foulard et ses convictions religieuses l’empêchant de jouer certains rôles. En même temps elle remarque l’artifice dans le port du foulard chez les Françaises et les Japonaises qui devient une caricature de ce qui a un sens pour elle.
La Japonaise apporte pour fêter la dernière un gâteau en forme de champignon atomique et se lance dans un discours enthousiaste sur l’amitié franco-japonaise scellée par divers accords militaires et commerciaux qu’elle cite avec une bonne foi comique.
Le spectacle s’achève par une danse des acteurs portant tous des masques à gaz, les effets sonores, bruits de tonnerre, éclairs d’explosions, faisant soudain irruption dans la musique. Belle métaphore d’une utopie de vivre ensemble dans un monde en permanente guerre.
On pense aux alliés japonais dans la guerre d’Irak, aux Français en Afghanistan et sur d’autres fronts « à pacifier », à la menace nucléaire iranienne. Que peuvent des utopies culturelles et des projets d’artistes face à cette réalité ?
Un spectacle exemplaire autant par l’intelligence, la lucidité de l’approche de l’utopie du dialogue des cultures, que par la conception dramaturgique et sa mise en œuvre sur le mode de la mise en abîme dans une fiction de théâtre de l’expérience concrète de création théâtrale par des artistes de langues et de cultures différentes. À l’opposé des visions idéalistes, angéliques et superficielles de ce type de rencontre des cultures, Des utopies ? rend compte avec un certain humour des difficultés dans le quotidien de sortir des habitudes de penser et d’être, de comprendre et d’accepter l’autre et son environnement culturel, bref d’assumer les différences.
Une remarquable cohérence dans le glissement de la fiction du théâtre dans la réalité de l’expérience vécue. Maîtrise absolue de l’espace, des tensions dramatiques, de la rythmique du jeu tout en nuances. Avec un admirable naturel et savoir-faire les acteurs réussissent à conférer à leur personnage la particularité de l’individu et le caractère spécifique du groupe culturel dans les postures et les comportements sans l’accentuer ni rester dans les clichés.
Un spectacle qui, à travers l’expérience de la création théâtrale, parle avec simplicité et humour, sans didactisme et démagogie, des différences réelles, des difficultés d’arriver à vivre ensemble. Absolument à voir !

 

Irène Sadowska Guillon

 

Des utopies ? Écrit et mis en scène par Oriza Hirata, Amir Reza Koohestani et Sylvain Maurice
Au Théâtre Dijon Bourgogne CDN du 14 au 17 avril 2009
au CDN Thionville Lorraine du 21 aux 24 avril
et au Prisme à Élancourt le 29 avril

L’Ecornifleur

L’Ecornifleur de Jules Renard, adaptation de Renée Delmas et Marion Bierry, mise en scène de Marion Bierry.

ecornifleur.jpg  Jules Renard (1864-1910) est finalement un auteur que l’on redécouvre de temps à autre, surtout pour son Journal (1905), où les vacheries écrites dans un style ciselé fleurissent, sans aucun état d’âme; sans doute,  Jules Renard a-t-il plus ou moins vécu les situations qu’il décrit dans ses textes , en particulier dans Poil de carotte, quand il dut accepter les rebuffades et les sournoiseries d’une mère qui ne l’aima guère et d’un père indifférent. Quant à cette longue nouvelle qu’est  au départ L’Ecornifleur, c’est l’histoire d’ Henri,un jeune homme, brillant et quelque peu cynique, volontiers misogyne qui s’introduit dans l’intimité d’un couple sans enfants, monsieur et madame Vernet; de visite en visite, puis de dîner en dîner, il devient vite leur compagnon inséparable qui se rend presque quotidiennement dans leur appartement parisien. Bref, en quelques mois,il est vite devenu l’ami proche, voire le confident des époux et il acceptera volontiers d’aller passer deux mois de vacances au bord de la mer avec eux. D’autant plus que la jeune femme n’est pas insensible  à ses charmes, et que son mari a tout du bourgeois benêt et satisfait : « Je vous confie mes bagages et ma femme » lui dit-il, avant de prendre le train suivant.
   Il y a aussi dans cette maison de vacances, cadre de tant de pièces du début du vingtième siècle, Marguerite, une nièce que le jeune homme va discrètement séduire sans trop de scrupules.Le chapitre de la nouvelle  est d’ailleurs intitulé: un demi-viol…  Comme la jeune personne ne demandait que cela, tout va pour le mieux…Même si, dans le texte original,  Henri dit de Marguerite que c’est un animal…. Elégant, non? Comment se sortir de ce guêpier où il s’est mis; il choisit la solution classique  qui ne peut tromper que les naïfs, celle du faux télégramme le rappelant d’urgence à Paris.
  C’est écrit dans une langue raffinée et l’on sent que Jules Renard a pesé chaque phrase d’un dialogue souvent brillant qui fait déjà penser à Guitry, et, où, curieusement, on retrouve parfois le charme des films d’Eric Rohmer. Mais, ici, plus rien de la tendresse et du désir rohmériens ! Dans L’ Ecornifleur, tout est noir: aucun amour véritable, aucune amitié réelle, pas de sympathie mais du cynisme et du mépris au kilomètre et la phrase finale ne laisse aucun doute là-dessus! Henri part en laissant  ce billet à ses hôtes:  » Mes chers amis,une dernière fois merci et adieu; il ne me reste plus qu’à me coller au dos l’étiquette trouvée dans le Journal des Goncourt: A céder: un parasite qui a déjà servi. »
   Marion Bierry a réussi à mettre en scène son adaptation  avec une certaine maîtrise, malgré un décor de bord de plage avec rochers  approximatif. Quant aux comédiens, Sarah Haxaire donne une tonalité bizarre à certaines fins de phrase mais Julien Rochefort, Hugo Seksig et, en particulier la jeune Lola Zidi, s’en sortent assez brillamment. La dernière partie du spectacle s’essouffle un peu, et il aurait sans doute fallu couper quelques dix bonnes minutes de ce qui n’est tout de même qu’une adaptation, et trouver un rythme plus rapide, ce qui, par ailleurs,  aurait nui à cette espèce de nonchalance cynique dont sait user si habilement Jules Renard. C’est toute la difficulté de faire passer sur scène une écriture qui ne lui était pas à priori destinée, et où les personnages n’ont peut-être pas la consistance nécessaire  et tiennent davantage d’aimables silhouettes…
  A voir ? Ce n’est pas le genre de soirée dont on ressort ébloui, mais, bon, si vous avez une vieille petite préférence pour les écrits de Jules Renard, pourquoi pas?

Philippe du Vignal

Théâtre la Bruyère
 

Trois pièces cuisine

Trois pièces cuisine de Carole Fréchette et Dominick Parenteau-Leboeuf, mise en scène par Pierre Vincent.

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La Compagnie Issue de secours qui s’est établie à Villepinte à la Ferme Godier a présenté pour quelques représentations au théâtre Paris-Villette trois petites pièces qu’elle a déjà jouées au domicile de spectateurs; Pierre Vincent pense en effet, et avec raison, que les rapports comédiens/ public et les codes imposés depuis des siècles  ne sont plus les mêmes et donnent une autre dimension aux oeuvres: le cadre est très intime,  l’espace scénographique doit être réduit à l’essentiel,la proximité modifie considérablement le jeu,le répertoire et le format ( espace/temps/ nombre de personnages) doit être spécialement adapté,et le public,  limité à deux dizaines de personnes qui se connaissent en général de près ou de loin, est plutôt local, c’est le maître et/ou la maîtresse des lieux qui servent d’ouvreuses, et chacun apporte de quoi boire ou manger, pour dîner après le spectacle: bref, toutes les vieilles habitudes des théâtres parisiens ou banlieusards sont ici bouleversées, et c’est tant mieux…
Serial Killer est une création de l’auteure québécoise maintenant bien connue en France Carole Fréchette qui ne l’avait  pas encore vue mise en scène; cela raconte, au cours d’un repas d’un jeune couple,  la dégradation progressive de leurs amours qui paraissaient pourtant solides, bien que ces deux jeunes gens ne se connaissaient pas depuis très longtemps. C’est d’abord écrit dans une  belle langue, à la fois précise et mordante,  où rien des sentiments n’est éludé, comme une sorte d’autopsie prématurée d’un amour qui commence  à s’effilocher, à cause d’on ne sait pas trop quoi, probablement l’usure du quotidien et une relation peut-être fondée sur quelques malentendus. C’est un peu, comme à l’envers, la si savoureuse Demande en mariage de Tchekov. La scénographie de cette cuisine, toute en polystyrène et mal fagotée,  ne vaut pas un clou mais, qu’importe, pendant cette petite demi-heure,  c’est un vrai plaisir théâtral que nous offrent Nathalie Bastat et Michel Aymard, bien dirigés par Pierre Vincent.
Les deux  petites pièces de Dominik Parenteau-Leboeuf: Vices cachés et 3 1/2 -en réalité un monologue pour chacun des deux comédiens- ne sont tout à fait de la même qualité d’écriture. Peut-être aussi, le monologue, en général plutôt inclus dans un pièce, qui est une très vieille particularité du théâtre occidental,et qui est vite devenu au siècle précédent ( cela fait toujours drôle de dire cela!) jusqu’à investir un peu trop le paysage théâtral, ne trouvait  pas vraiment sa dimension  quand  il prend le ton d’une confidence dans une cuisine; il y faut sans doute un peu plus de distance, alors que le dialogue à deux ou trois fait  souvent merveille, quand, bien entendu, il est adapté au lieu.
Le théâtre d’appartement, qui suppose la maîtrise de bien des paramètres et en particulier le choix des pièces, offre encore de belles opportunités aux compagnies. je me souviens d’un très beau petit spectacle ( dont un  Courteline me semble-t-il) à Villeneuve d’Asq monté par Pierre-Etienne Heymann, et d’une très réjouissante et évidemment déjantée séance Tupperware , écrite et mise en scène par Hervée de Lafond et Jacques Livchine dans une maison ancienne à Montbéliard.
A voir, oui, si vous voulez découvrir cette petite pièce de Carole Fréchette.. et si vous habitez  dans le coin…

 

Philippe du Vignal

 

La Ferme Gôdier 1 ter bd L. et D. Casanova 93420 Villepinte t: 01-43-10-13-89

John Gabriel Borkman.

John Gabriel Borkman de Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier.

arno.jpg

La pièce fait partie d’un quatuor composé de Solness le constructeur, Le petit Eyolf et Quand nous nous réveillerons d’entre les morts, quatuor beaucoup moins joué qu’Hedda Gabler ou Maison de Poupée que l’on peut voir presque à chaque saison. Et dans chacun de ses drames, le personnage principal est un homme plus très jeune qui réfléchit à son passé professionnel, architecte, philosophe, sculpteur.. John Gabriel Borkman appartenait, lui, au monde de la banque mais à la suite d’une faillite, il a été condamné et incarcéré plusieurs cinq ans- ce qui est devenu plutôt rare de nos jours…
Avec des conséquences dramatiques pour sa famille.En effet, Gunhild a mis à l’abri du scandale Erhart leur fils en le faisant élever un temps par sa soeur jumelle El
la Renthiem que Borkman a autrefois beaucoup aimée. Borkman sorti de prison vit dans un étage supérieur de la maison où habite Gunhild, sans la voir… Maison qui appartient à Ulla. Un beau soir, Ella vient rendre visite à sa soeur qu’elle n’a pas revue depuis des années et lui annonce qu’elle est condamnée à brève échéance ; elle voudrait qu’Erhart vienne auprès d’elle pour l’aider pour l’accompagner le peu de temps qui lui reste à vivre. Borkman, homme déjà âgé et sans doute quelque peu cassé par ses années de détention rejoindra  alors les deux soeurs pour essayer de se concilier Erhart qui n’est plus le petit jeune homme qu’ils ont connu, même s’il est encore étudiant. Il a sa vie personnelle maintenant et entend bien échapper à cette O.P.A. familiale où il ne se reconnaît pas.
Borkman  en effet, n’a rien d’un héros exemplaire, et l’on apprend qu’il a sacrifié sans beaucoup de scrupules son amour pour Ella pour pouvoir accéder à un poste de tout premier ordre, en d’autres termes qu’il l’a vendue à un homme qui la voulait . La grandeur d’un homme  se mesure souvent à ses renoncements et, là,  Borkman ne vaut pas très cher… Quand Borkman, après s’être réconcilié  avec Ella- ce que l’on peut avoir du mal à admettre, il comprendra trop tard que sa vie aura finalement pris l’allure d’un magnifique ratage malgré quelques années de réussite flamboyante. Mais son coeur usé  n’y résistera pas.
Ostermeier avait monté la pièce il y un peu plus d’un an au Théâtre national de Bretagne.Et sa mise en scène, comme celles des précédents Ibsen qu’il avait créés,  est d’une grande maîtrise; c’est ,d’abord,  un directeur d’acteurs exemplaire et la distribution est de tout premier ordre, jusqu’aux personnages secondaires, notamment Josef Bierbichier ( Borkman, Kirsten Dene ( Gunhild) , Angela Winkler (Ella) et Et Sabasteine Schwarz ( Erhart). Ostemeier sait donner un rythme, ce qui manque le plus souvent à ses confrères français, et une crédibilité  immédiate aux images qu’il créée, dès le moment où les personnages entrent sur scène. C’est presque magique et donne à tout le spectacle une  grande qualité, que la pièce aux allures de mélo- ne possède sans doute pas, malgré de très beaux  dialogues sur la fin …

 Mais cee n’est ni Hedda Gabler ni Maison de Poupée et les enjeux de la pièce ne sont plus ceux qui nous préoccupent actuellement, en ces temps de crise financière mondiale. Par ailleurs on ne voit pas vraiment la nécessité de mettre un plateau tournant pour changer un décor d’une grande rigueur où il n’y a qu’une table et quelques sièges,pour un autre où ne figurent qu’un petit canapé , un fauteuil et une chaise. De temps à autre, le plateau est envahi d’écharpes de fumigène, sans aucune nécessité dramaturgique. A ces réserves près, Ostermeier, par ailleurs , directeur de la Schaubühne de Berlin , reste un bon metteur en scène . Alors à voir? Oui , si l’on est un inconditionnel d’Ostermeier mais très franchement ,si c’est toujours réconfortant de voir un spectacle bien monté , la pièce d’Ibsen , surtout pendant la première demi-heure assez ennuyeuse, ne mérite sans doute pas le détour…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon; c’était jusqu’au 11 avril et ensuite en tournée

 

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