D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle / morgenstraich

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D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle, mise en scène  de la population,  des autorités municipales et des pompiers.


Comme chacun sait, les carnavals, sont une des spécialités suisses et il y a peu de villes qui échappent à cette tradition. Premier arrêt: Liestal, chef lieu du Canton de Bâle, vieilles rues avec petites rues et maisons à colombages.  Vers quinze heures le premier dimanche de mars,depuis le Moyen-Age, sans doute pour enterrer l’hiver, sur nombre de places de la ville ancienne, des fanfares avec trompettes, trombones et grosses caisses jouent des airs de variétés ou des musiques traditionnelles du canton. Mais avec une maîtrise et une qualité de la musique absolument parfaite, les quelque vingt participants par fanfare (appelée aussi clique) toute âge et sexe confondus, masqués de gueules d’animaux ou tête nue,  jouent sans partition devant un très nombreux public venu de la Suisse entière, mais plutôt germanophone.
Aucun flic à l’horizon, des tonnes de  confettis par terre et  des saucisses qui grillent un peu partout. A la nuit tombante, quelque vingt  chariots  en fer remplis  de bûches empilées arrivent d’un peu partout dans les rues, conduits par des hommes et quelques femmes, masqués le plus souvent de têtes d’animaux avec des lanternes en papier couvertes de dessins humoristiques qui vont se rassembler en haut de la ville.
But de l’opération: faire descendre ces chariots avec leur cargaison de bois auquel on a mis le feu,  dans la rue principale, après avoir franchi l’étroite porte d’entrée de la ville surmontée d’une tour. Toutes les lumières électriques de la ville publiques ou privées ont été éteintes auparavant; il y a des milliers de spectateurs entassés qui attendent le passage de ces foutus chariots qui dégagent une incroyable chaleur. Ils sont précédés et suivis par d’une centaine de  petits groupes d’hommes et de quelques femmes et enfants casqués  qui portent sur l’épaule des espèces de torches faites des mêmes bûches de bois. Les comédiens stagiaires nigériens du Théâtre de l’Unité regardent sans y croire….
Vous n’avez pas dit impressionnant? Si, si,  c’est impressionnant, les images sont sans doute simples mais de toute beauté quand on voit ces chariots de  feu avancer et pénétrer après un arrêt, dans la ville .Même si, ( on est en Suisse), tout se passe dans le calme mais avec quand même  une armada de pompiers qui arrosent, avant chaque passage des chariots,  la voûte de la vieille porte et  veillent au bon déroulement des opérations: la voiture citerne n’est jamais très loin et l’ambulance attend portes ouvertes son premier brûlé. Il faut dire que les flammes de la plupart des chariots atteignent facilement le deuxième, voire le troisième étage des maisons. A quoi cela sert? A rien ou à tout, d’abord à enterrer l’hiver mais aussi à être convaincu que, comme disait Gaston Bachelard, dans La psychanalyse du feu « La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire ».

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 Il est minuit ; très courte nuit de deux heures et l’on repart pour Bâle pour être sur la grande place  ce premier lundi après les Cendres … A  quatre heures pile, horlogerie suisse oblige,la ville entière éteint ses lumières… Les quelque deux cent fameuses cliques  se mettent alors en marche. Une vingtaine de musiciens par clique, tous costumés et masqués, souvent de têtes d’animaux,  avec tambours et fifres aigus que  l’on entend dans toutes les rues. Depuis trois heures du matin,les cafés , échoppes et bars vendent des cafés, de la bière et de la Mehlsuppe, une espèce de soupe à la farine, ni bonne ni mauvaise ,ni chaude ni froide,  saupoudrée de fromage râpé. Les masques  fabriqués  industriellement et vendus un peu partout,parfois retouchés ne sont pas toujours d’une grande qualité esthétique  mais c’est l’ensemble  de la clique qui est impressionnant.
Les trottoirs et les rues du centre ville sont envahis de spectateurs; Les cliques avancent lentement dans la foule avec des lanternes en papier et de grandes boîtes éclairées à l’électricité de l’intérieur, couvertes de dessins et de caricatures politiques… en dialecte bâlois qui nous échappent quelque peu . Là aussi, comme à Liestal, mais, en plus urbain,  l’image de cette ville, sans lumière et livrée à cette débauche de cliques qui jouent souvent les mêmes thèmes musicaux dans un calme et un silence total, est hors norme. Il y a aussi plus tard dans cette même journée de lundi une centaine de schnitzelband, sorte de sketches poétiques et burlesques joués dans les restaurants et brasseries .

Délire total d’une ville assez sévère que l’on voit rarement en Europe, même la nuit de notre fête de la musique. Dans la vieille ville, des gens se baladent en attendant que le jour veuille bien se lever sur le Rhin… Il est temps de repasser la frontière en direction de Villars-les- Blamont…

Philippe du Vignal
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Pour Liestal et Bâle, il faut dormir la veille sur place; mais prenez vos précautions( mais vous avez le temps de vous préparer):  vêtements bien chauds,un peu d’argent suisse pour Liestal, où on ne prise guère les euros,aucun objet précieux vu la foule,pas le moindre soupçon d’agoraphobie et l’envie irrésistible de passer une nuit blanche. Mais cela vaut le coup de voir la chose au moins une fois dans sa vie, et les TGV, comme leur nom l’indique, vous emmèneront très vite à Bâle puis à Liestal par le train.

La carte postale sonore  vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons, qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, et que nous remercions mille fois. 

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Archives pour la catégorie critique

LES CHARIOTS DE FEU Liestal (Suisse) MORGENSTRAICH Bâle

LES CHARIOTS DE FEU  Liestal (Suisse)

C’est un étrange carnaval qui remonte au moyen âge qui se déroule dans cette petite cité de la banlieue de Bâle en ce dernier jour de l’hiver. On pénètre dans une ville jonchée d’un tapis de confettis, il y a sur les places des guggenmusiek, toniques orchestres de cuivres masqués qui s’en donnent à cœur joie, peu soucieux du solfège et des cliques masquées qui défilent pesamment, lentement, joyeusement. Des milliers de personnes, vieux, jeunes, femmes, enfants, déguisés ou non, marchent, boivent, mangent des saucisses. On remonte dans la vieille ville, on franchit une porte millénaire et on attend l’heure fatidique de la tombée de la nuit, 19 heures pour assister à l’ébranlement de la tradition. Des dizaines, des centaines de cliques masquées, avec lampions, fifres et tambours vont dévaler la pente, précédant plusieurs dizaines de chariots de feu, précédés de porteurs de lourdes torches portées à dos d’hommes et aussi d’enfants. Les flammes montent à plusieurs mètres de haut, les pompiers veillent au grain, on doit parfois s’accroupir, s’écraser contre nos voisins pour ne pas être brûlés. Tout ce monde de flammes franchit la porte, les pompiers arrosent chaque passage.  On est sidérés par la discipline de ce public, ces milliers de personnes joyeuses et fraternelles assemblées

 

MORGENSTRAICH  Bâle 2 mars

 

Il est 3 h 45 heure du matin, c’est aussi un carnaval vieux de plusieurs centaines d’années. Nous dévalons les pentes de Bâle pour accéder à la grande place, des milliers de personnes masquées, munies de lampions, de fifres et de tambours sont assemblés. A 4 heures précises, la ville s’éteint, les cliques s’ébranlent dans un ordre et un désordre indescriptibles, la ville toute entière vibre, on suit le flot des cliques, on remonte dans les rues jusqu’à l’église qui surplombe le Rhin où on peut voir le bac accroché à un filin qui traverse le fleuve. Nous dégustons une soupe aux poix avant d’errer dans les rues pour retrouver la voiture. Le calme, la joie et la maîtrise de cette foule énorme sont impressionnants.

 

Edith Rappoport

54 ème kapouchnik

54 ème kapouchnik, par le théâtre de l’Unité, à Audincourt, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

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Jacques Livchine annonce plutôt fièrement à un public de plus de 300 personnes: c’est notre  54 ème kapouchnik.

Kapouchnik  en russe signifie soupe et désigne aussi le pot-pourri  de sketches, chansons, etc…que des comédiens concoctent pour fêter un anniversaire, un départ à la retraite,… Livchine d’origine russe  et de Lafond, grands spécialistes du théâtre d’improvisation, sont basés depuis 2.000 à Audincourt dans la banlieue de Montbéliard,  après avoir dirigé le Théâtre d’art et de Plaisanterie de ce même Montbéliard , ville aujourd’hui durement  frappée par la récession et par la mévente des voitures Peugeot . Ils se sont souvenus des petits spectacles préparés dans l’urgence, que donnaient  des comédiens professionnels américains qui ,sinon, auraient été au chômage , au moment de la grande dépression économique des années 30: The Living newspaper .En utilisant les seuls articles de  la presse courament vendue. En France, selon le même principe mais il y eut aussi  le fameux groupe Octobre avec Jacques Prévert et celle qui deviendra la grande prêtresse du « casting » Margot Capelier .Ils réalisaient  alors en quelques jours  de petits spectacles à visée politique; puis, José Valverde dans la mouvance du Parti communiste.Puis enfin le Théâtre du Soleil, avec des principes similaires dans les années 75 pour dénoncer les différenst poids et mesures de la justice de notre cher pays.

Hervée de Lafond et Jacques Livchine  ont expérimenté leur projet, quand ils dirigeaient des stages professionnels à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot que M. Goldenberg, ex-directeur du lieu, n’a jamais voulu reconnaître et que les pauvres  gens du Ministère de la Culture, sauf une plus lucide et plus généreuse,  ont méprisé au-delà de toute attente. Comme quoi, une Ecole de théâtre, cela peut aussi et cela devrait être surtout un lieu d’expérimentation.Enfin, passons; la bêtise est le lot universel du genre humain…

Donc , les deux compères armés d’une des plus solides expériences  de théâtre d’impro  qui soient en Europe , ont imaginé de réunir, une fois par mois, une bande de vingt comédiens venus d’horizons et de régions différents pour réaliser un spectacle d’une quinzaine de sketches à partir d’extraits d’articles de quotidiens, hebdomadaires papier et magazines ou blogs  Internet. Principe absolu: les faits rapportés, souvent étonnants, sont absolument exacts et précis, et traitent de l’actualité la plus récente, à la fois sociale, politique et économique, en France et à l’étranger; par les temps qui courent, la matière ne manque pas.
Mais Jacques Livchine tient absolument à faire remarquer que le Théâtre de l’Unité a sa  sensibilité sociale qui  n’est dictée par aucun parti. «  Nous avons nos colères, notre vision de la société, et nous frappons aussi bien à droite qu’à gauche. Contrairement ce que croyait Souvet, (ex-sénateur-maire UMP de Montbéliard , n.d.l.r ),  rien ne nous inféode à Moscovici et si ce dernier déconne, nous le clamerons haut et fort. C’est ça le contre-pouvoir des citoyens .  C’est aussi la liberté des artistes. »

Et ils ne sont jamais gênés- et  ne se gênent toujours pas – pour  faire de ces articles de véritables pamphlets, avec, quatre ou cinq  comédiens qui changent à chaque sketche. Les conditions matérielles et financières sont un peu  rustiques mais le Théâtre de l’Unité a toujours su vivre de peu : cela se passe dans un grand hall où, autrefois, étaient assemblées les fameuses petites machines à écrire Japy, et que leur a octroyé généreusement la Municipalité d’Audincourt qui a eu le nez fin. Bien entendu, les directeurs de grandes structures de la région comme celui du Théâtre national de Strasbourg  n’ont jamais daigné inviter l’Unité ni même envoyer un émissaire voir ce qui se passait  à Audincourt.

Qu’importe, à une époque où l’on parle souvent dans les dîners parisiens de lien social et autres fadaises, s’il y avait un prix, disons d’une rencontre théâtrale mensuelle du samedi soir, à des années-lumière d’un quelconque  système expérimental cache-misère, le Théâtre de l’Unité l’aurait sans discussion possible. On ne pas vous refiler encore une fois la fameuse phrase de Jean Vilar, mais à Audincourt, on n’est d’un véritable théâtre populaire.

Une petite scène frontale, pas de coulisses, une régie réduite à l’essentiel; aucun décor, pas de véritables costumes, quelques petits accessoires, juste un petit air de fanfare enregistré  entre chaque séquence mais… un public de plus en plus  nombreux et enthousiaste, et  socialement assez mélangé. Une représentation unique, jamais deux , histoire aussi de créer l’évènement.Tiens, tiens :  unique / Théâtre de l’Unité. Ce concept d’unité qu’ Aristote- le premier théoricien du théâtre- considérait  comme très important. …
Pourquoi le public d’Audincourt viendrait-il  à ce rendez-vous mensuel,   avec tant de plaisir s’il ne trouvait pas justement  une unité à ce qu’on lui  propose.?Et d’où vient cette unité ? Sans doute et d’abord, de la qualité du texte et du  jeu : même si ce vrai spectacle est  préparé  et répété une longue journée dans l’urgence, ce n’est jamais dans la médiocrité ni dans une interprétation  approximative (  derrière l’urgence, il y a, bien entendu ,comme un bon paratonnerre , quelques dizaines d’années d’expérience  et de rigueur absolue) et Hervée de Lafond n’a pas l’habitude de faire des cadeaux aux comédiens  à l’heure du bilan …

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Qualité donc mais aussi  quantité  pesée pour chacun des sketches. Aucun amateurisme dans l’écriture, même si- c’est la loi du genre-ils sont  parfois inégaux. Ni trop, ni trop peu, c’est comme pour la pâtisserie… Mais aucun remords possible, puisqu’il n’y a pas de seconde représentation Et c’est d’une précision millimétrique, dans la relation établie entre chaque partenaire mais aussi entre les comédiens et le public . Le  mode de fonctionnement scénique  s’est rodé au cours des années : les faits rapportés sont exacts,  le dialogue  parfois en partie  d’origine est bien construit. Comme il  n’y a aucun miracle au théâtre , c’est dans cet espace / temps  bien défini et pesé que la sensibilité du public peut s’exercer..

Rappelons encore une fois, quitte à paraître gâteux,  la belle phrase de Chikamatsu Monzaemon ( 17 ème siècle ) : « L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ». Au théâtre de l’Unité,  ce qui est imaginé, donc mis en images  n’est ni vrai au sens strict du terme ni mensonger  mais frappe au  plus juste.Et l’on voit rarement un public, installé tant bien que mal , suivre  un spectacle d’une heure et demi avec autant d’attention. Il y a  au premier rang du public , une  jeune femme devenue récemment aveugle qui ne perdait  pas une réplique. du spectacle…et qui a apporté en remerciement un cadeau  au  Théâtre de l’Unité : une  belle corbeille en osier à plusieurs couleurs qu’elle a tressée elle-même…Cela ne s’invente  pas!         

  Condition sine qua non: il faut s’inscrire bien à l’avance si on veut être sûr d’avoir une place  mais on ne paye « content », comme dit Livchine qu’à la sortie:on donne ce que l’on veut et  la recette varie donc en fonction du  plaisir qu’ aura pris le public. Recette  ensuite partagée à égalité entre chacun des acteurs qui dînent tous ensemble dans la maison chaleureuse du Théâtre de l’Unité qui jouxte la salle.

  Un coup de fanfare et les comédiens se présentent , les uns après les autres , en quelques phrases; Hervée de Lafond décline sans état d’âme son identité et son âge :Hervée Gervais de Lafond de Turin de Montvel , 65 ans depuis avant-hier ; Allichina Allakaye, un des trois comédiens stagiaires nigériens accueillis par l’Unité, dit qu’il est père de douze enfants,  dont quatre neveux qu’il a adoptés après le décès de son frère.Jacques Livchine avoue qu’il se remet mal du décès de quatre de ses proches en dix jours. Marjorie Heinrich nous fait part de ses  horribles ennuis de vision: en tournée, elle a oublié de prendre  avec elle ses indispensables médicaments. Aminatou Assaka, raconte avec un rire communicatif qu’elle a rapporté des boîtes d’aliment pour le chat de sa mère à Niamey mais que les enfants du voisin, entre temps , avaient tué le chat pour le manger…

Bref, la vie, la  maladie, la mort, clle des hommes et des animaux, les soucis quotidiens de tout un chacun  en France comme en Afrique: cette rapide présentation a le grand mérite de créer une cohésion presque immédiate entre le public et les  vingt acteurs.
Les thèmes des sketches varient: cela va dune scène avec Sarkozy , qui est un peu la « vedette » du spectacle, absolument furieux d’un incident technique survenu lors d’un tournage sur la 2 : il parlait à vide depuis une minute….Nonce Paolini , le directeur de la chaîne  fut obligé de se fendre d’une lettre d’excuses à notre cher Président  … Interprèté  par un comédien de grande taille qui marche  à genoux- ce qui rend le choses complètement dérisoires- hurlant  des injures et qui finit par virer tous les responsables du plateau.

On évoque aussi la mort de Gilbert , mort seul et retrouvé quinze jours après son décès : un jeune homme s’occupa de faire une collecte auprès des voisins., pour qu’il puisse avoir un enterrement décent.Il y a  quelques belles répliques d’Hamlet quand on retrouve le crâne de Yorrick le bouffon du Roi. Qu’importe que le public ait reconnu la pièce  de Shakespeare, le silence qui se fait dans le public en dit long sur son attention.dscn1083.jpg Une fois de plus, même en Français, les répliques du grand Will sont tout à fait exemplaires: en quelques mots tout est dit sur notre grande peur à tous  de la mort.

Dramatiques aussi deux histoires : l’une relative à une excision au Niger qui prend ici tout son sens, puisqu’il y a  trois comédiens nigériens en scène.Il y aussi cette triste aventure d’une pauvre vieille japonaise de 84 ans qui  finit par poignarder quelqu’un dans la rue pour pouvoir être mise en prison, où elle trouvera enfin  gîte et couvert,  puisqu’un simple vol ne suffit plus et qu’’il n’ y aucune institution pour la recueillir.

Dans un pays riche où 48% des plus de 65 ans vivent avec l’équivalent du R.M.I…. l’avocate commise d’office lui fait remarquer qu’ils sont 30.000 dans ce cas et que cela ne peut plus durer ! Il y a, juste après , un sketch formidable avec un monstrueux lancer de chaussures et d’injures sur le pauvre Sarko  isolé sur le petit plateau, seul président sans doute à avoir été affublé par la presse d’autant de surnoms méprisants…Et puis Livchine fait, avec beaucoup de sérieux et d’humour,  sa démonstration habituelle à chaque  kapouchnik: « Les chiffres  de Jacques ». Vite fait bien fait, il donne une petite leçon d’économie politique , en comparant les deux miliards de bénéfice de la Société Générale et les trois milliards  de la B.N.P.  aux 260 ou 360 milliards( cela dépend des journaux) de prêt accordés par  Sarkozy aux banques. Ce prêt , dit-il,  rapporte 1, 4 milliard mais est fondé sur un emprunt fait aux banques… et devrait être consacré au social, ce qui ferait environ 22 euros par Français….Livchine voudrait bien comprendre- et nous aussi.

Il se demande enfin pourquoi le prix du blé a diminué de 50% , alors que celui  des pâtes a augmenté de 11%.  Il y a aussi l’inoubliable effet d’annonce de Sarkozy : la gratuité des études dans les lycées français à l’étranger, alors que l’on sait bien que le déficit serait considérable et impossible à tenir…. Toujours courageux mais pas téméraire, Kouchner élude! Livchine donne toujours des des chiffres précis  qui, à chaque fois, obligent les spectateurs à se poser quelques questions! Brecht n’aurait pas fait mieux…

Actualité oblige : pour le dernier sketch : on passe par la case Guadeloupe , où la situation sociale et politique  est crûment rappelée en quelques dialogues bien sentis : au pourquoi vous vous en prenez à l’EDF ? », se succède un «  Pourquoi vous mangez des bananes » ?  Plus loin,  un skieur  à Mégève près de sa Carlita ; il téléphone à Jégo ne hurlant: J’ai déjà acheté un forfait de remontées mécaniques ,débrouille toi tout seul. C’est énorme, mais tout est dit en quelques mots sur la lamentable gestion de cette crise.Et le public n’en finit pas de rire.
Y aller ?  Oui, si vous êtes dans le coin, absolument,et sans restriction, vous ne le regretterez pas… Cette formule a suscité une concurrence … qui  reste  très loin de ce formidable cabaret politique.Le 55  ème kapouchnik aura lieu les samedi 18 avril dans ce même lieu et à la même heure. De plus, la Franche-Comté est un région magnifique et vous pourrez franchir la frontière pour aller acheter en euros du chocolat suisse

On dit à  Audincourt que madame Albanel viendra en personne voir ce fameux kapouchnik dont Carlita lui rebat les oreilles et pour savoir si on ne  pourrait pas créer un partenariat avec  la Comédie-Française, la Maison de la Culture de Bobigny et le Théâtre de l’Unité, sous la houlette de Jack Lang qui ,du coup vu les enjeux ,renoncerait à sa mission à Cuba, mais ce doit être une fausse rumeur. sans fondement.. Mais Hervée de Lafond n’a pas démenti… Alors, allez donc savoir!

       Pour finir, citons tous les comédiens:  comme cela, on ne fera pas de jaloux : Alichina Allakaye, Patrick Barbenoire, Nicolas Geny, Aminatou Issaka, Rahila Omar , sont venus prêter main forte à la  B.I.T. ….Brigade d’Intervention Théâtrale composée de: Zeki Aslan Amedine Bello, Audrey Donzelot, Clément Dreyfus, Youssri el Yaakoubi, Marjorie Heinrich, Magali Jacquot, Hervée de Lafond, Michèle Lautrey, Jacques Livchine, Nathalie Mielle, Gaetan Noussouglo, Marilyn Pape , Fred Goobi Patois, Eric Prevost, Fatima Seddiki, avec l’aide précieuse d’Aurélien Pergolesi et de Fabrice Bouteiller.

La plupart sont professionnels, quelques-un sont amateurs au meilleur sens du terme, mais tous ont une solide expérience des kapouchniks. Et nos trois amis nigériens? Ils n’ont eu aucune difficulté à s’insérer dans le spectacle,ils ont tous en effet l’habitude de jouer dehors, dans des conditions proches de celles du hall Japy, et ils apportent une certaine distanciation ,une autre façon de jouer , sans nuire à la cohésion de l’ensemble.Chapeau!

Le kapouchnik se déplace peu, donc si vous voulez le voir, c’est à deux heures trente de Paris par TGV. Vous aurez toutes les informations sur le site du théâtre de l’Unité.

Philippe du Vignal

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P.S. Pina, une  bonne actrice et grande amie de Jacques Livchine et d’Hervée de Lafond, après treize  ans de fidèle compagnonnage mais aussi de loyaux services dans plusieurs spectacles, est partie; c’était un magnifique et très gentil bouvierimg3464.jpg bernois que nous regrettons tous.

 

la carte postale sonore que vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons et qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, que nous remercions mille fois

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KAPOUCHNIK 54

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Théâtre de l’Unité
C’est le 54e kapouchnik du Théâtre de l’Unité créé le jour de la déclaration de guerre à l’Irak. 21 comédiens présentent 17 séquences tirées le la presse publiée dans la semaine, certaines sont prises sur internet.  Ce kapouchnik, comme les autres présentés chaque mois depuis plusieurs années a été répété dans l’après-midi. La salle est bourrée de 300 personnes  enthousiastes, beaucoup de jeunes, un public très bigarré, peu familier des salles de spectacles. Trois stagiaires venus du Niger et Gaétan Nossouglo colorent le plateau pour les tableaux les plus percutants. Il y a un grand retour d’Éric Prévost en Sarko plus vrai que nature notamment pour le tableau de la panne d’enregistrement de son discours à la télévision. Les plus belles séquences Balance ascendant Besson, la passage des mules (voir Maria pleine de grâce et Les hommes ne pipent mot.

Edith Rappoport

Parasites

parasites.jpgParasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario

   C’est une des récentes pièces de Marius von Mayenburg, dramaturge allemand très en vogue actuellement. Pour Philippe Calvario, l’intérêt de Parasites consiste entre autres en ce qu’elle parle « d’un monde en dépression où chacun devient un parasite pour l’autre et pour lui-même ».
Si Marius von Mayenburg veut nous dire que nous sommes tous des parasites dépendant plus ou moins les uns des autres, quémandant égoïstement l’amour, l’aide, la compréhension, un brin d’empathie ou d’humanité, sans rien donner en échange, le propos est superficiel. La pièce n’interroge guère les blocages, les traumatismes, le poids des préjugés sociaux qui pourraient être à l’origine de ce type de comportements et de conflits.
Cinq personnages, dit Philippe Calvario  » décident de rester debout, alors que tout autour d’eux s’écroule lentement, que leur confiance en l’autre et en eux-mêmes s’amenuise jour après jour »Deux couples : Ringo (Manuel Blanc) paralysé, dans un fauteuil roulant, enfermé dans l’appartement, dépendant entièrement de l’assistance de son amie Betsi (Sophie Tellier) et ne supporte pas qu’elle héberge chez eux sa sœur Friderike (Julie Harnois), enceinte, retrouvée sans conscience au bord de l’autoroute. Friderike ne cesse de menacer de se suicider, désespérée par l’indifférence de son mari Petrik (Philippe Calvario) lequel finalement viendra lui proposer une hypothétique réconciliation. À ce quatuor, s’ajoute le vieux Multscher (Éric Gueho) responsable de l’accident de voiture et du handicap de Ringo et qui veut à tout prix racheter sa faute. Tous les cinq s’encombrent réciproquement de leurs présences, de leurs frustrations et de leurs demandes. La culpabilité et le ressentiment jouent à fond. Chacun enfermé dans son égoïsme et sa souffrance, attendant tout sans rien donner, compense par la violence, l’humiliation, la haine et la destruction de l’autre son incapacité de dire l’amour ou d’assumer son manque, l’injustice ou la fatalité qui le frappe.
Évidemment,  tout ira trop loin : Friderike ,que Petrik conserve comme un animal de compagnie, rate son suicide; Ringo tente de s’échapper, ce qui enlève à Multscher tout espoir de rachat, et Betsi s’enfuit dans la folie. Nul besoin de psychanalyse pour décortiquer tous ces conflits. L’auteur s’en est déjà chargé, et le metteur en scène enfonce le clou avec un traitement de la pièce démonstratif; le décor est hyperréaliste , c’estun espace correspondant à deux appartements que les éclairages délimitent tour à tour, meublés : canapé, lit, petite table, W.C. On représente tout : on mange vraiment, on boit du café, de la bière, on fornique, on se frappe, on chie etc. Le jeu est appuyé, souvent hystérique. Tout cela sonne faux, on n’y croit guère. Le texte (ou peut-être seulement la traduction) pèche par  lourdeur, encombré de quelques envolées pseudo poétiques. Philippe Calvario, investi dans le personnage de Petrik , n’a pas su gérer la mise en scène qui s’étire, manque de rythme, et ne décolle jamais.

Irène Sadowska Guillon

Parasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario
du 3 au 20 mars 2009 au Théâtre Nanterre-Amandiers
tel : 01 46 14 70 00

Les cahiers de la Maison Jean Vilar numéro 107

Les cahiers de la Maison Jean Vilar numéro 107 (janvier mars 2009)
Mallarmé notre contemporain

Constituée autour de l’œuvre, de la pratique du théâtre populaire de Jean Vilar, de son héritage et de ses parentés, la revue élargit chaque fois sa réflexion sur d’autres champs, restant dans la proximité de la création théâtrale.
Son dernier numéro articulé sur l’œuvre de Stéphane Mallarmé et ses liens avec d’autres disciplines artistiques, questionne la problématique à la fois vilarienne, mallarméenne et bien sûr vitézienne de l’élitaire et de l’accessible. L’élitaire et le populaire s’opposent-ils ? L’élitaire pour tous est-il possible au théâtre ?
Au-delà de cette problématique qu’est-ce qui relie Mallarmé et Avignon ? Il y est venu à plusieurs reprises entre 1864 et 1867. Nommé au lycée Impérial d’Avignon il y a vécu entre 1867 et 1871 et y a écrit son œuvre fondamentale Igitur autour de laquelle se sont articulées cette année les « Hivernales » en Avignon.
Au sommaire de nombreux articles sur Mallarmé et son œuvre (C’est quoi « mallarméen  » ? de Jaques Téphany, Mallarmé et Avignon, Un hermétisme populaire ? de Pierre Marie Danguigny, Mallarmé homme de spectacle d’Hélène Laplace Claverie, etc.), Mallarmé et ses amis artistes (Verlaine, Manet, Monet, Degas, Renoir, Gauguin), Mallarmé vu par Anatole France, Claudel, Gide, Goncourt, Paul Valéry… Un texte sur Mallarmé de Marcel Proust, un entretien avec Pierre Boulez qui s’est inspiré de trois poèmes de Mallarmé pour une de ses œuvres essentielles Pli selon pli.
Enfin Bernard Faivre d’Arcier et Vincent Baudriller, ancien et actuel directeurs du Festival d’Avignon, livrent dans des entretiens avec Jaques Téphany leurs réflexions sur les notions d’élitarisme, d’hermétisme et de populaire dans leurs programmations du Festival d’Avignon.
Outre le catalogue de l’exposition Craig et la marionnette qui sera présentée à la Maison Jean Vilar en Avignon de mai à juillet 2009 les prochaines livraisons des Cahiers de la Maison Jean Vilar seront consacrées (numéro 108, été 2009) à Gérard Philipe disparu il y a 50 ans, et le numéro 109 (automne 2009) à l’œuvre de Shakespeare en Avignon.

Irène Sadowska Guillon

Les Cahiers de la Maison Jean Vilar
Montée Paul Puaux
8 rue de Mons
84000 Avignon
téléphone 04 90 86 59 64
site Web http://www.maisonjeanvilar.org

LES NÉVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS

LES NÉVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS  Théâtre Paris Villette

Maître de jeu Hauke Lanz, vidéaste Bruno Geslin, montage Nicolas Sburlati
Étrange soirée, on  est censés assister à un jeu d’internautes avec les personnages d’une pièce qu’on aurait vue, la veille ou l’avant veille. Les 4 comédiens doivent réagir aux injonctions du metteur en scène qui se déplace sur le plateau pour leur indiquer les propositions des internautes. Il faut bien avouer que ça ne fonctionnait pas pendant une heure trente, hormis de rares instants, ar Pierre Maillet Frédéric Leidgens, Murielle Martinelli et Laure Wolf, bons acteurs au demeurant ne sont pas rompus à l’improvisation. Un grand mannequin manipulé figurait le cadavre d’un enfant tué par sa mère, diversement violé par les protagonistes, enfermé comme certains personnages  dans de grands coffres blancs que mon voisin Aristide disait être les cercueils du théâtre. Fallait-il avoir vu auparavant le spectacle ? Pour se livrer à ce jeu, tout le monde n’en a pas le loisir.

Edith Rappoport

Baby Doll


   Baby Doll de Tennesse Williams, mise en scène de Benoit Lavigne.babydollbalanoire.jpg

 

 Tennessee Williams né en 1911, mourut seul, un peu oublié dans une chambre d’hôtel à New York  en 1983 ) alors qu’il  fut à trente quatre ans l‘auteur reconnu et vite célèbre avec sa célèbre Ménagerie de verre ; se succédèrent les autres célébrissimes Un tramway nommé Désir, La Rose tatouée, La chatte sur un toit brûlant, La Descente d’Orphée, Soudain l’été dernier, La Nuit de l’Iguane  que Georges Lavaudant met en scène à la MC 93 de Bobigny, toutes pièces portées à l’écran avec les acteurs les plus prestigieux des Etats-Unis. Mais Baby Doll, le film de Kazan (1956) fut traité par Time magazine » de film le le plus obscène jamais diffusé légalement » et ce crétin de cardinal Spelmann avec ses Ligues pour la vertu ultra cathos réussit à faire interdire le film!  Williams avait écrit le scénario lui-même  pour le cinéma, à partir de deux courtes pièces: Vingt sept remorques  de coton , ( très bien montée récemment en France par Véronique Widocq ) et Le long séjour interrompu. Avec  des acteurs aussi remarquables que  Karl Malden ( La loi du Silence, Un tramway nommé Désir) , Ellie Wallach (qui jouait  Vaccaro), et la merveilleuse Caroll Baker. Tous encore en vie:  les deux premiers ont 96 et 94 ans, elle n’en a que 78 . .. Williams conserve!

 

En 1978, l’auteur  réécrit le scénario d’origine pour en faire une pièce The Tiger tail. Pierre Laville, qui a signé l’adaptation, réduit le nombre de personnages à cinq et semble avoir revu  nombre de dialogues pour en faire une oeuvre plus personnelle mais finalement assez loin du texte d’origine. Et les répliques ont parfois un ton presque boulevardier peu plaisant. Il semble , comme le souligne finement Daniel Loyaza ,le traducteur de La nuit de l’Iguane, pièce  que va mettre en scène Georges Lavaudant à Bobigny que la figure des textes de Williams apparaisse de plus en plus brouillée  par les adaptations que l’on en a fait et que son écriture, pour concrète et vivante qu’elle soit, ait quand même plus  à voir avec le symbolisme  qu’avec le théâtre de boulevard.

  Baby Doll va avoir vingt ans dans deux jours; cette magnifique et pulpeuse jeune femme  a été mariée à dix huit ans par son père mourant-qui voulait la protéger-  à Archie, un entrepreneur de coton assez à l’aise qui avait une belle maison. Avec toutefois,la promesse qu’Archie qui doit avoir la quarantaine, ne  » consommerait » pas le mariage comme on disait autrefois, avant qu’elle n’ait vingt ans. Elle y vit souvent seule, en compagnie de Rose, une vieille tante et de Moïse,un ouvrier agricole noir.
 Mais un jeune voisin d’origine sicilienne,  Silva Vaccaro,   a acheté une nouvelle machine à égrener le coton beaucoup plus performante ,  qui  ruine Archie,  dont la grande maison est déjà vide de meubles qu’il a fallu rendre au magasin. La déchéance est toute proche. Mais Archie n’oublie quand même pas la date anniversaire et  aimerait bien  pouvoir enfin faire l’amour avec sa femme enfant…. qui n’est pas du tout  séduite par cette perspective.Et il ne voit qu’une solution pour échapper à une faillite imminente: aller mettre le feu à l’égreneuse concurrente de Vaccaro.  Ce qu’il fera, mais en faisant jurer à Baby Doll de se taire et en niant les faits  devant lui.

 Vaccaro a vite compris la situation et menacera Baby Doll qui essayera en vain de lui mentir sur l’emploi du temps de son mari le soir de l’incendie; il  lui soutirera un témoignage écrit qui peut envoyer Archie en prison, puis  il  séduira cette proie facile qui ne demande que cela.. .Mais  Archie n’est pas dupe: » Vous me croyez sourd, aveugle et tout le reste » mais Vaccaro se sait en position de force et Baby Doll devient une précieuse  monnaie d’échange. Soit il emmène Baby Doll qui ne demande que cela, soit Archie la garde mais pas pour longtemps, puisque Vaccaro a les moyens de l’envoyer en prison. Et il lui renvoie cyniquement  sa petite phrase quand Archie lui proposait de lui prêter sa machine après avoir incendié la sienne: » entre voisins,  on peut toujours s’arranger ». Fou furieux, Archie, qui a tout perdu , femme et travail, se mettra à tirer des coups de fusil dans toute la maison. Rideau.
 Benoit Lavigne qui avait réalisé  un Roméo et Juliette, et Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre 13 , puis  trois petites pièces de Woody Allen au Théâtre de l’Atelier, déborde souvent d’imagination  mais ne dirige pas très bien ses acteurs  qui s’en donnent à coeur joie et sont aux limites du cabotinage. Cela donne quoi pour Baby Doll? Une mise en scène assez conventionnelle  avec un  décor à étage en planches , chichiteux et dangereux pour les comédiens , au réalisme appuyé mais  toc.. L’incendie de la grange , comme la scène de la fin,  quand  Archie pète les plombs, avec une débauche de musique,de coups de feux et de lumière sont vraiment trop  médiocrement traitées.
 Il y a une brutalité et une violence qui irradie  la moindre des scènes de Tennesse Williams,  de Caldwell ou de Faulkner, pour ne citer qu’eux, que l’on ne retrouve pas ici, et qu’avec trois francs six sous, Véronique Widocq avait su, elle, recréer.  Mais le Sud des Etats-Unis, si chers à ces écrivains, est bien absent. Tout est traité ici , sauf à de rares moments, de façon trop gentille, parfois à la limite du boulevard, sur l’air bien connu du mari, de la femme et du futur amant .Et c’est  surtout la direction d’acteurs qui est déficiente:  Xavier Gallais, comédien fétiche de Benoît Lavigne  surjoue les jeunes et beaux siciliens, ténébreux et machos,  sans beaucoup de nuances, et à la limite de la caricature; il y a cependant une très belle scène d’amour sur le capot d’une vieille voiture pourrie où,là, il sait rester sobre et discret.
  Mélanie Thierry ,à 27 ans, a déjà un belle expérience  au cinéma et à la télévision,notamment dans la série produite pour la 2  par Pascale Breugnot, Fête de famille. Et ,même si elle a peu joué au théâtre, elle sait se débrouiller toute seule; et elle a une telle présence et une telle intuition des choses à faire ou pas , qu’elle est toujours crédible. Elle EST Baby Doll sur le plateau avec une sensualité lumineuse , et comment dire,  un mélange de naïveté et de perversité tout à fait étonnant: elle  peut passer d’un sentiment à l’autre d’une façon que pourraient lui envier bien des comédiens plus expérimentés.
  Quant à Chick Ortega qui,lui, aussi a beaucoup tourné au cinéma (Wenders, Jeunet, Gilou), il a  une présence magnifique et fait preuve d’un très solide métier d’acteur, dans le rôle difficile de ce mari beaucoup plus âgé que Baby Doll, aimanté par elle, menteur et roublard,  violent mais pitoyable dans sa déchéance et son malheur. Monique Chaumette joue avec bonheur les vieilles tantes sourdes, tout comme comme  Théo Légitimus, aussi discret qu’efficace: son personnage rappelle que les usines à coton fonctionnaient grâce aux seuls ouvriers noirs.
 A voir? Pourquoi pas, mais seulement  si vous n’êtes vraiment  pas trop difficile et si vous voulez bien considérer qu’il s’agit là d’une adaptation ( l’affiche le précise bien) un peu réductrice, et/ou si vous voulez voir Mélany Thierry et Chick Ortega. Sinon, le DVD du film de Kazan , sorti il y a trois ans,  se trouve un partout.

Philippe du Vignal.

P.S.  1. Vous pourrez en passant  rendre son sourire  à Charles Dullin , autrefois grand metteur en directeur de ce merveilleux petit théâtre, dont la photo est accrochée derrière le contrôle et qui est mort il y a soixante  ans cette année.

P.S. 2   » Si le créateur n’avait pas tout ordonné pour le mieux, du moins avait-il accordé un don inestimable aux animaux, en les privant de la faculté inquiétante de réfléchir sur l’avenir  » Pas mal non ?  C’est signé du grand T. Williams…


Théâtre de l’Atelier,du mercredi au vendredi à 21 heures; le samedi à 17  et à 21 heures; le dimanche.

POMPES CIRCONSTANCES

POMPES CIRCONSTANCES  au Cent quatre à Paris

Concert de Gérard Pesson avec des élèves du Conservatoire national de musique, l’ensemble Cairn et d’autres artistes venus d’autres horizons musicaux.
Je pénètre pour la première fois dans cet immense bâtiment des pompes funèbres rénovées, de belle allure, mais pour l’instant peu habité. Gérard Pesson y est en résidence, bénéficiant d’une commande artistique de la ville de Paris. Il y réalise à chaque nouvelle lune un ensemble de pièces courtes de 10 secondes à 10 minutes qui vont explorer peu à peu tous les espaces du Cent quatre, constituant une cosmologie des formes, courtes, évolutives, écrites pour divers instruments, exécutants, récitants, chanteurs, mimes, figurants, animaux, lumières, objets, accessoires de tous types. Les trois pièces présentées ces soir-là tournent autour d’un ensemble vocal énumérant les objets du château de Lacoste du marquis de Sade, un ensemble musical sur des textes écrits par Pesson et un mélodrame numéro 1 sépulcral cadavérique. Pesson présente avec humour chaque morceau devant une salle pleine et réjouie. L’entrée est libre, rendez-vous à la prochaine lune.

Edith Rappoport

Non, je ne veux pas chanter


 Non, je ne veux pas chanter d’Anne Baquet, mise en scène et chorégraphie de Claudine Allegra.

  Cela se passe dans le seul théâtre du 16 ème arrondissement, petite  salle autrefois privée d’un monsieur richissime qui l’avait fait construire pour son plaisir personnel près de son hôtel particulier aujourd’hui détruit . Au-dessus de la porte  d’entrée du théâtre, il avait fait apposer cette maxime en latin:   mihi amicisque meis ( pour moi et mes amis)… Vous  avez dit égocentrisme?
Bref, une sorte de monument historique  de la grande bourgeoisie de Passy-La Muette de style Renaissance avec un salon muni d’une fausse cheminée en pierre.
p7260534l.jpg Mérite le détour comme on dit dans les guides touristiques.
  Mais revenons à  Anne Baquet,  que l’on  connaît bien et depuis un bon moment. Après son premier spectacle: J’aurai voulu dev’nir chanteuse, elle a renouvelé son répertoire- et c’est tout à fait intelligent- en s’adressant à d’autres auteurs et compositeurs pour constituer une sorte de collage musical: cela va de François Morel, Juliette, René de Obaldia, Jean-Jacques Sempé, Jacques Prévert , Roland Topor, etc.. pour les textes. Elle a fait appel  à Serge  Rachmaninov, Francis Poulenc, Frédéric Chopin, Charles Gounod, Léonard Bernstein mais aussi à Roland Vincent, Claude Bolling , Marie-Paule Belle, pour la musique d’origine et à François Rauber , le collaborateur entre autres de Juliette Greco, pour les arrangements.. Elle a ainsi constitué une sorte de patchwork  très varié, mais d’une absolue précision. Avec,  dans le rôle du partenaire qui est plus qu’un accompagnateur: le jeune pianiste et compositeur : Grégoire Braumberger.
 C’est une sorte de voyage musical avec 24 chansons auquel nous convie Anne Baquet , visiblement  heureuse d’être là sur la petite scène du Ranelagh, espiègle et pétillante comme une petite fille qui a envie de faire un bon tour, pleine d’humour , excellente diseuse et à l’impeccable gestuelle. Les chansons s’enchaînent sans à- coups et  il y a de véritables petites merveilles comme,  entre autres, cette parodie de rapp qu’elle réalise sur les cordes basses du piano à queue ouvert, ou cet air de Juliette de Gounod qu’elle essaye, sans y arriver bien sûr , de chanter faux. Quoi qu’elle fasse, ce qui est admirable chez elle, c’est le manque de prétention, l’intelligence des textes  et la maîtrise absolue quelle garde,et de sa voix et de son corps, bref: une grande leçon de sensibilité et de technique à la fois.
 Cela dit, il faudrait sans doute revoir une mise en scène assez approximative qui n’ôte rien à son grand talent et à celui de son partenaire mais qui parasite certains moments du spectacle, surtout quand les deux complices se mettent à jouer la comédie– ne serait-ce qu’un court dialogue- cela sonne faux . On comprend bien l’intention  de Claudine Allegra : aérer un peu les choses mais ,très franchement , cela n’a  pas une grande utilité.  Il y a aussi une chose que l’on pourrait rectifier, c’est la balance entre le son du piano qui, par moments,  écrase souvent  la belle voix de soprano d’Anne Baquet, et dans des chansons difficiles , en particulier  Vertu virtuose de Philippe Decamp sur une musique de Chopin; elle devrait aussi surveiller davantage sa diction car on peine parfois à la comprendre. C’est dommage, car on a tellement envie de  recevoir ce qu’elle nous donne avec tant de générosit…A ces réserves près, c’est vraiment impeccable, et c’est un beau cadeau à offrir.
 A voir? Oui, vraiment  au Ranelagh ou en tournée.

P.S. Profitons-en pour rendre hommage à son papa le comédien violoncelliste et par ailleurs alpiniste,  Maurice Baquet disparu en 2004, qui aurait été fier du spectacle imaginé et chanté par sa fille.

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh, du mercredi au samedi à 21 heures, et à 11 heures le dimanche, 5 rue des Vignes. Métro La Muette ou à la rigueur Passy.

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