Ensorcelés par la mort

p1.jpg

Ensorcelés par la mort de Svetlana Alexéivitch, adaptation et mise en scène de Nicolas Struve.

Ce sont trois récits choisis parmi d’autres tirés d’entretiens qu’elle a recueilli dans les années 90.Cette journaliste de Biélo-Russie, maintenant bien connue en France- elle a notamment écrit des textes comme La Guerre n’a pas un visage de femme, Les Cercueils de zinc qui a souvent été adapté pour le théâtre, en particulier par Jacques Nichet, et La Supplication à propos des conséquences de Tchernobyl- est une empêcheuse de tourner en rond et elle dénonce bien des choses innommables qui se sont passée dans son pays. C’est dire qu’elle est beaucoup appréciée par le pouvoir en place de Loucachenko….
 Il s’agit ici de trois  confessions douloureuses, celles  d’un homme et de deux femmes qui ont  voulu se suicider, sans doute pour échapper à leur atroce désillusion : la première, celle de Vassili Petrovitch N. , 87 ans, membre du Parti depuis 1920,  » Le parti, dit-il, c’est ce que j’ai de plus cher au monde. C’était ma passion, mon amour ». Il avait une foi inébranlable dans l’étoile rouge, dans Lénine et Staline, et il possédait une fascination sans limite pour cette utopie qu’était la création d’un monde nouveau. « Que notre monument commun- il cite  Maiakowski- soit le socialisme bâti dans les combats » . Comme si le rêve d’un monde meilleur et le sang des innocents allaient de pair ,et comme si la misère était  un mal incontournable au nom de la Révolution. Il fut, comme tant d’autres,ensorcelé, victime consentante d’un système  où le chantage, la délation et le meurtre étaient les bras armés d’un pouvoir qui ne se privait pas de les utiliser.
 Mais l’arrestation arbitraire de sa femme qu’il ne reverra jamais, les tortures un peu partout,l’extrême misère subie au nom d’un idéal, bref,  le versant noir de cette utopie l’a  placé dans une contradiction qu’il ne peut pas assumer. Il  a, toujours cette foi dans le parti mais il cite Eschyle ou Euripide,( il ne sait plus): » Les hommes ne pourraient pas vivre si les dieux ne les avait dotés de la faculté d’oubli ».Et lui, justement, il ne peut pas oublier, incapable de renoncer à tout ce qui a été sa raison de vivre quand il était jeune. Mais il  est bien conscient qu’il est devenu  très vieux, que les temps ont changé. Tous ses amis ont disparu!  Résigné, seul, insomniaque et perclus de rhumatismes articulaires, il a essayé en vain d’ en finir avec la vie qu’il aime tant…
 Margarita Pogrebitskaia, 52 ans, est médecin; elle aussi , possède un amour  et une foi sans défaut pour son pays; elle avait  juré,  quand elle était  komosol ,de donner sa vie,  s’il le fallait, pour sa patrie. On lui avait tellement répété depuis son enfance que Staline était un  grand camarade protecteur qui ne pouvait pas se tromper et  que son pays était plus fort que tous les autres. Oui, mais… Comment concilier cette foi inébranlable dans le Parti avec les arrestations en pleine nuit, les pleins pouvoirs donnés à la police, les grossiers mensonges d’Etat?  Son père, ingénieur agronome, a été victime innocente des répressions de 1937 et jeté en prison: on lui a cassé les dents et , suprême déshonneur, et à sa libération, on ne lui a même pas rendu sa carte du parti? Et bien sûr, devant tant de contradictions impossibles à assumer, elle n’arrive plus à aimer ,comme le dit , ce qui faisait partie d’elle-même?
   Le cas d’Anna M. , 55 ans architecte ,est un peu différent mais elle  a eu aussi une  vie brisée dès ses premiers mois. Père et mère arrêtés, elle est internée avec sa mère pendant douze ans  dans un camp stalinien au Kasakstan, dans des conditions épouvantables, puis placée dans un orphelinat  où on ne lui a pas épargné  les  mauvais traitements. Très mal nourrie, battue,  elle a eu le corps couvert de gale et de furoncles. Avec, toujours, cette vie collective imposée et cette même dévotion obligatoire au petit père des peuples, debout au garde à vous pendant des heures,  le jour de son enterrement. Elle a peur de tout  et a acquis, dit-elle, une mentalité de détenue; elle  n’a jamais pu communiquer avec ses enfants ni avec sa mère qu’elle retrouvera à seize ans. Prête au suicide, parce qu’elle a sans doute perdu toute confiance dans ses semblables, elle reste, en même temps, assoiffée du bonheur de la vie….
 Au fond, ce que ces trois intellectuels ne peuvent  admettre, c’est comment on a pu en arriver là, comment toute une population a accepté de telles horreurs et pendant si longtemps, à la fois victime et finalement complice à son corps défendant.
  Nicolas Struve a choisi des comédiens de grande qualité pour interpréter ces confessions: Bernard Waver, Christine Nissim, Stéphanie Schwartzbrod ; aucun  sentimentalisme chez eux, mais une présence exceptionnelle  et une sincérité que l’on ne voit pas tous les jours; ils disent les choses les plus insoutenables avec une sorte  de grâce qui les illumine,  parce que Nicolas Struve a su les diriger au plus juste.
  C’est un   comédien remarquable  et c’est sa première mise en scène,  mais il se révèle être  un excellent directeur d’acteurs. Sur la scène presque vide du beau Studio Théâtre de Vitry,lieu d’expérimentation, installé dans une ancienne petite usine et dirigé maintenant par Daniel Jeanneteau , la vie est bien là, même si ce qui se dit tire parfois les larmes.
Sans doute, faudrait-il que Nicolas Struve revoit très vite la construction dramaturgique de ces  quatre récits: le spectacle est beaucoup trop long ( une heure cinquante)  et devrait être absolument resserré: c’est indispensable et il y gagnerait encore en efficacité,  et ce n’est ni long ni compliqué à faire.
 A voir? Oui, absolument,

 

Philippe du Vignal.

 

Le spectacle est repris au Théâtre des Sources à Fontenay aux Roses le 6 et 7 mars, puis à la Maison de la Poésie en mai prochain, puis en tournée.


Archives pour la catégorie critique

ENSORCELÉS PAR LA MORT

 

ENSORCELÉS PAR LA MORT  Studio Théâtre de Vitry

D’après le livre éponyme de Svetlan Alexeievitch, mise en scène de Nicolas Struvep10408901.jpg
Le Studio Théâtre de Vitry vient d’être rénové par l’équipe de Daniel Jeanneteau qui a pris la succession de Frédéric Fisbach depuis un an. Des gradins confortables ont été installés, l’accueil est chaleureux. Nicolas Struve, traducteur, comédien, metteur en scène que j’avais découvert il y a une dizaine d’années à Dijon dans un beau spectacle autour de Marina Tsve
taïeva s’est emparé de ces textes terribles et pourtant pas désespérés . Toute une génération entraînée dans la grande marée de la révolution d’octobre raconte son engagement forcené, sa foi dans Staline au travers des épreuves et les désillusions d’une fin de vie. Trois personnages clament une foi toujours vivante, leur espoir d’arriver à une société juste faite pour l’homme, « notre religion c’est un avenir qui ne viendra jamais ». Le spectacle s’ouvre et se referme sur les confessions d’un vieil homme, deux fois veuf qui se remémore son engagement aveugle et sa fois dans Staline « n’est solide que ce qui est bâti du sang », puis ses désillusions, l’arrestation puis la mort de sa femme, la sienne, sa déchéance du parti avant sa réhabilitation dont il conserve une grande fierté. Le récit de l’enfance dans un camp, dans un orphelinat d’une jeune femme séparée de sa mère jusqu’à l’adolescence, sa vie de mère impuissante à obtenir l’amour de ses enfants est conté avec une joie simple. Bernard Waver, Stéphanie Schwarzbrod et Christine Nissim portent ces paroles douloureuses de Svetlana Alexeïevitch sans pathos, avec une lumineuse force de vie.

Edith Rappoport

Oui, aujourd’hui j’ai rêvé d’un chien

Oui, aujourd’hui j’ai rêvé d’un chien de Daniil Harms, mise en scène de Marie Ballet 

Alors qu’ailleurs on serre les boulons, Jean-Marie Hordé, lui, multiplie les ouvertures aux artistes venant d’horizons divers, au méconnu, ose l’effroi et le transversal » Il renforce cette démarche en initiant dès 2009 un hors-Série, et en offrant aux artistes invités dans ce cadre des conditions confortables pour aboutir et présenter leurs créations : répétitions, technique, communication.
Avec  de bonnes et de mauvaises surprises. Oui, aujourd’hui j’ai rêvé d’un chien de Daniil Harms, mis en scène par Marie Ballet, est un montage intelligemment composé de divers textes de l’écrivain russe (1905-1942) un des meilleurs de l’avant-garde futuriste et auteur de poèmes « transrationnels », saynètes, aphorismes, et d’un Journal.   Dans ces fragments brillamment agencés, se dessinent l’univers poétique de Daniil Harms, son humour caustique, son désespoir sublimé en ironie, le regard qu’il promène sur son environnement immédiat et sur le monde qui ressemble étonnamment au nôtre, «un monde qui ne trouve son unité que dans la démultiplication et la superposition d’images et de sons ».
Une mise en scène d’une grande simplicité avec juste un fauteuil, un banc, un portemanteau et une petite table pour quelques accessoires. Dans une belle harmonie, Boutaïna El Fekkak et Jean-Christophe Folly  avec un ton et une distance justes, d’évocation et non pas d’incarnation, tantôt se partagent le texte, tantôt jouent ensemble  des extraits de saynètes. Une très bonne maîtrise de l’espace, des mouvements, du rythme qui ne faiblit jamais.
Quelques souffles musicaux de Wax Taylor et de John Coltrane s’inscrivent dans le spectacle. À voir absolument dès qu’il réapparaîtra sur d’autres scènes.

Tâtez là si j’ai le cœur qui batimage4.jpg d’après Anton Tchekhov, mise en scène d’Aurélie Leroux

Soyons clairs: le spectacle est à fuir! Aurélie Leroux, la metteuse en scène et ses acteurs,  disent-ils, ont potassé  pièces, nouvelles et correspondance du grand auteur, et se sont trouvés « à côté de Tchekhov, vers Tchekhov – à la fois en direction de, et dans sa proximité » ! ? Comprenne qui pourra !
Bref, de ce travail «de mémoire, de passage, de traversée», resteraient des traces.En réalité, dans ce spectacle prétentieux qui tient de la mascarade, et fait de pauvres clichés, ils pompent, sans vergogne et maladroitement, les esthétiques de Tadeusz Kantor, Pina Bausch, Bob Wilson, Wladylslaw Znorko , etc.
Un réalisme appuyé règne dans un décor qui encombre la scène : tables, chaises, plusieurs meubles, armoire, lit à roulettes qui ne sert à rien, tourne-disque, portes qui s’ouvrent, etc.  mais aussi dans le jeu des acteurs qui mangent une vraie soupe dans de vraies assiettes puis du melon en pique-niquant. Et, comme pour contredire ce réalisme, ils se mettent à grimacer, à produire une gestuelle indigeste…

Le rythme lent, parfois des plages de silence, parfois des morceaux de dialogues ou de récits superposés et incompréhensibles, des chansons, dont une en pseudo russe, un pot-pourri de musiques: tango, cha-cha-cha, etc. Et Tchekhov dans tout ça ? Quelques brèves citations, quelques personnages campés par des acteurs, caricaturés, dérisoires, et d’autres évoqués par leur nom dans une ronde grotesque. Et pour couronner le tout,  à la fin, comme la cerise sur le gâteau, la belle neige bien russe qui tombe des cintres.
Un spectacle où il y a de tout pour ne rien dire. D’emblée, on a bien compris qu’il ne s’agissait ni de Tchekhov ni de son œuvre mais de ce qui en reste pour les artisans de ce spectacle. C’est à dire pas grand-chose ! Pas la peine de s’en vanter et de proposer au public cette misère intellectuelle et artistique.

Irène Sadowska-Guillon

Théâtre de la Bastille « Hors Série » du 2 au 13 février. T: 01 43 57 42 14

RÊVE D’A

RÊVE D’A  Théâtre Berthelot de Montreuil

 

Texte et mise en scène d’Olivier Brunhes, compagnie l’Art Éclair

Olivier Brunhes, après une carrière d’acteur aux côtés de Laurent Terzieff, Mocky et d’autres non des moindres, a fondé en 2004 l’Art Eclair, compagnie qui a réalisé deux spectacles importants Week-end de rêve et Aziou liquid avec des acteurs handicapés mentaux. Il est tenaillé par l’écriture et ses deux premières pièces Le fossé de l’aumône et Spirituo Perpet seront montées prochainement au Royal Court de Londres et en Ile de France par Magali Leiris. Rêve d’A-est-ce un rêve d’amour ?-met en scène une bande de jeunes qui se déchaînent dans un bar, Orf ne cesse de chanter, il a oublié l’anniversaire de sa compagne qui part en moto avec un autre et tombe d’une falaise pour échapper à un viol. C’est ensuite la quête de la disparue dans un étrange hôpital qui ressemble aux enfers où un couple machiavélique lui donne l’espoir de retrouver son aimée. Comme Orphée, il la perdra. Malgré une distribution impeccable, le spectacle souffre encore d’un  mauvais réglage sonore. Il y a de belles envolées poétiques, mais ce Rêve d’A qui séduit le public me semble encore étrangement disparate.

Edith Rappoport

LE MUSÉE DES LANGUES

LE MUSÉE DES LANGUES  Cour du collège Elsa Triolet Saint Denis

 

Compagnie Notoire, mise en scène Thierry Bédard
La compagnie Notoire s’est lancée depuis plusieurs années dans un cycle de recherches lié aux écritures du monde où est énoncé l’ordre et le désordre du monde, sous forme d’histoires, d’essais, de correspondances, de rencontres et d’expositions. Ce musée des langues qui a déjà sillonné la France depuis 2006 avec 300 représentations est installé dans un vaste container muni de deux alvéoles, de part et d’autre d’une galerie centrale vitrée montre la richesse en perdition des 6000 langues encore parlées dans le monde. Une linguiste accueille les enfants dans chaque alvéole, classe de CM2 d’un côté, 6e de l’autre et commente les graphiques. Il n’y a plus qu’une dizaine de langues parlées par plus de 100 millions de locuteurs. De nombreuses langues dans des régions encore isolées vont s’éteindre avec la disparition de leurs locuteurs. Parfois bruyants lors des déplacements dans le container, les enfants sont fascinés par la déclinaison des mercis déclinés dans une trentaine de langues, ravis d’entendre que l’arabe n’est pas menacé et d’apprendre que leur diversité est une richesse. Il faut saluer le Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, qui avait accueilli Bédard à plusieurs reprises, d’avoir su promouvoir cette entreprise généreuse et essentielle pendant une semaine.

Edith Rappoport

Représentations à 10 h et 14 h jusqu’au 6 février.

Le Cas Blanche-Neige

 Le Cas Blanche-Neige de Howard Barker, mise en scène de Frédéric Maragnani.


jf.jpg   L’un des plus célèbres contes de Jacob et Wilhem Grimm, l’un philologue, l’autre spécialiste de littérature , a depuis le 19 ème siècle, été  adapté au théâtre, au cima, pour la danse ( avec récemment encore un ballet d’Angelin Prejlocaj). Mais autant dire tout de suite que,chez Barker, seule  subsiste la trame de l’histoire et qu’il n’a pas du tout destiné sa pièce à un public enfantin.
Donc, il y aune très belle jeune Reine ( 41 ans),  à la démarche provocante et à la sexualité irrésistible, mariée avec le Roi d’Angleterre qui a déjà une fille ,Blanche-Neige ( 17 ans) d’un précédent mariage; Blanche-Neige est très jalouse de sa belle-mère et de l’attraction  érotique qu’elle provoque.Elle partira pour la forêt où, nue derrière des bosquets ,  elle fera l’amour avec sept partenaires inconnus. Le Roi continue, lui, à être très jaloux de la Reine; Blanche-neige, elle, sera secourue par le Prince d’Irlande, qui la demandera en mariage, après être tout de même  passé par le lit de sa mère qu’il rendra enceinte… Mais, au soir du mariage de Blanche-Neige, le Roi se vengera et  fera enfiler à la Reine des escarpins chauffé au rouge,  et elle mourra dans d’atroces souffrances… La boucle est en quelque sorte refermée: le corps jouissif de la reine finira sa vie terrestre dans d’atroces souffrances.
Le cas Blanche-Neige a évidemment un lien de parenté avec Gertrud ( Le Cri) du même Howard Barker dont nous avions parlé récemment, puisque Gertrud vit une passion dévorante avec Claudius, et finira par accoucher d’une petite Jeanne , ce qu’Hamlet ne supportera absolument pas. C’est dire qu’il est encore ici beaucoup question de pulsion sexuelle et de pouvoir. Et l’on retrouve chez Barker  tout ce qu’avait déjà décrypté le grand Bruno Bettelheim dans le conte des frères Grimm: le narcissisme de la belle-mère de Blanche-Neige, sa jalousie féroce, parce qu’elle se sent menacée par la concurrence féminine et sexuelle de Blanche-Neige, le rite de passage de la toute jeune fille pour accéder à l’âge adulte.( Comme l’indique le sous titre de la pièce: Comment le savoir vient aux jeunes filles).
Le texte d’Howard Barker ne manque pas d’intérêt à la lecture, surtout quand on est censé connaître le conte des Grimm , mais « porter à la scène le conte d’une humanité et donner à voir et à entendre la force d’une théâtralité réaffirmée », comme il prétend, ne va pas de soi. D’autant qu’Howard Barker précise sans sourciller qu’ »un nouveau type de théâtre doit situer sa tension créatrice, non pas entre les personnages et les problèmes sur la scène mais entre le public et la scène elle-même »+.Et pour Barker, l’expérience de la tragédie est pour lui, dit-il encore, « le malaise qui est l’extrême inverse de l’apathie  que le public ressent quand il est diverti ».  Ce qui est quand même, n’en déplaise à Howard Barker , un tout petit peu prétentieux. Mille regrets mais Le Cas Blanche-Neige crée sans doute moins de malaise dans le public que d’ennui.
La mise en scène de Frédéric Maragnani est exemplaire  de sobriété et de précision mais a quelque chose de sec et de formel qui aggrave sans doute les défauts d’ un texte souvent brillant mais où Barker s’est refusé à infiltrer la moindre  émotion. Les acteurs, bien dirigés, font un travail de premier ordre, en particulier Marie-Armelle Deguy qui joue la Reine. Malgré tout, le spectacle déjà bien rôdé, puisqu’il avait été créé l’an passé à Suresnes, ne fonctionne pas vraiment. Il y a bien un conte- ou du moins l’apparence d’un conte- avec une  morale, selon des règles décryptées depuis longtemps par Vladimir Propp dans sa Morphologie du conte, mais quelque chose coince…

   Bien sûr Barker a-t-il  tout fait pour que cela coince, que le divertissement soit banni du lieu scénique  et que le narratif ne garde dans l’aventure qu’une place mineure Et c’est bien la tension entre la narration et son contraire qui intéresse  Frédéric Maragnani mais sa mise en scène tient souvent davantage d’une sorte de jeu esthétique, et  la pièce de Barker, assez sèche,  n’a peut-être pas  l’efficacité théâtrale requise pour supporter l’épreuve du plateau. Il n’est pas du tout certain que le théâtre de Barker, en tout cas cette pièce , soit un théâtre populaire,  comme l’avance Maragnani! Ou bien cela se saurait depuis lontemps…
A voir? Oui, si vous avez envie de prolonger l’aventure de Gertrud ou de découvrir Barker ( cela  ne dure qu’une heure vingt ) et si vous voulez  voir  de très bons acteurs. sinon, replongez-vous dans Grimm , c’est peut-être moins courageux que d’aller jusqu’au boulevard Berthier mais plus satisfaisant et, surtout,  relisez Bettelheim… 

  Vous pouvez avoir aussi une pensée pour Ödön von Orvath – l’auteur de cette pièce formidable qu’est Casimir et Caroline qui sera bientôt mise en scène par Emmanuel Demarcy-Motta au Théâtre de la Ville ; le 1 er juin 1938 , Von Orvath qui avait  fui l’Autriche après l’Anschluss, se rendit à Paris; le dernier  soir de son séjour, ils’en alla voir Blanche-Neige sur les Champs-Elysées mais il y eut une tempête et une branche d’arbre lui fracassa le crâne, juste en face du Théâtre Marigny…

 

+ Dans Arguments pour un théâtre, édité aux Solitaires intempestifs.

 

Philippe du Vignal

Odéon-Berthier du 4 au 20 février

Le supplément au voyage de Cook

Le supplément au voyage de Cook de Jean Giraudoux, mise en scène de Patrick Simon.

 Jean Giraudoux est un auteur ( 1882-1944), dont les premiers écrits remontent déjà à un siècle ( eh! oui le temps passe!) qui fut beaucoup joué grâce à Jouvet d’abord, et qui continua à l’être( La Folle de Chaillot, Ondine quelquefois, Intermezzo et Siegfried plus rarement, mais la plus connue reste La Guerre de Troie n’aura pas lieu, non sans raison. Patrick Simon a choisi d’aller butiner du côté du Supplément au voyage de Cook, une petite pièce d’une heure et quelque, qui servit d’ailleurs de prélude, en 1935, à La Guerre de Troie.- ce que l’on appelait autrefois ucook.jpgn lever de rideau.

 Tout le monde connaît  l’histoire du Capitaine Cook, navigateur et cartographe anglais du 18 ème siècle qui explora entre autres la Côte Est de l’Australie, la Nouvelle Calédonie, Tahiti et fit une cartographie détaillée de la Nouvelle-Zélande…Jean Giraudoux imagine donc un Supplément à son voyage sous la forme d’une pochade qui dit cependant beaucoup de choses, et non sans cruauté: un couple: M. Bank , naturaliste hors pair et son épouse  débarquent sur une plage de sable fin de Tahiti et rencontre quelques indigènes, hommes et femmes. Les rapports sont courtois mais, très vite,  Bank met les choses au point: les valeurs qu’il défend sont : Travail, Propriété, Moralité, ce dont les Tahitiens n’ont évidemment aucun souci, puisque la terre leur fournit de quoi vivre en abondance, que la propriété qu’elle quelle soit, leur est chose inconnue, et que la Moralité est un terme inconnu de leur vocabulaire; en effet,les relations sexuelles sont tout  à fait libres entre hommes et femmes ,et  pas du tout de celles que l’on peut admettre  au pays de sa gracieuse Majesté. Les femmes  sont très offusquées que Bank ne veuille pas passer la nuit avec l’une d’entre elles. Et ce refus est considéré comme une provocation par les hommes : bref, l’incompréhension est totale, et les malentendus vont bon train… Puisque les Tahitiens, eux, n’admettent évidemment pas que la réciproque ne soit pas vraie quelque part dans les brumes londoniennes, très loin de leur paradis ensoleillé…
 D’un côté donc, l’Ordre incarné par  la Royauté et un Etat où le corps est considéré comme instrument de travail et de reproduction de l’espèce, de l’autre une nonchalance délicieuse  dans un pays libre où  des corps superbes et nus sont  à disposition  de la jouissance de l’autre… Bref, rien n’est dans l’axe mais Monsieur Bank campe sur ses positions jusqu’au moment où… il commencera à se laisser séduire par une belle vahiné quand surgira Mrs Bank, corsetée et sûre d’elle , jalouse et autoritaire qui entend bien après plusieurs décennies de mariage, continuer à régner sans partage, laquelle Mrs Bank , qui s’y  surprendra elle-même, ferait quand même bien un petit écart en compagnie d’un beau Tahitien , quand, tout à coup, surgit M. Bank.
  Hommes d’affaires avisé, il reste  doté d’un cynisme à toute épreuve: « Nous ne voulons pas te prendre ton  bois, dit-il à Outourou ( en l’occurrence une parure que porte le beau jeune homme), les perles et les  diamants nous suffiront ». Et il n’oublie quand même pas de lui  signaler avec un certain mépris que les mots Repentir  et Honte feront leur apparition, quand une petite troupe de quinze pasteurs arrivera bientôt: la religion  protestante reste bien le bras armé au service de l’état, au cas où Outourou pourrait l’oublier. Et la colonisation, nous rappelle  non sans lucidité  Giraudoux, commence par celle  de la pensée.
 La prose de Giraudoux est fluide, souvent très fine, même si elle sent un peu l’esprit Normal Sup dont l’écrivain  était issu. Nous en sommes en 1935, et la colonisation des grands pays occidentaux, en particulier,  Les Pays Bas, la France, la Grande Bretagne et le Portugal fonctionne encore parfaitement et cette charge virulente reste  souvent  des plus réjouissantes, notamment quand Bank fait l’apologie du travail en citant l’exemple des mineurs anglais., ou quand une jeune Tahitienne ose dire à Bank que les Anglais sont égoïstes, alors que Bank n’admet absolument pas  l’idée que l’on puisse offrir  sa  femme à un  hôte de passage en signe de bienvenue. Giraudoux n’a quand même pas osé , lui le fonctionnaire des Affaires Etrangères, prendre ses compatriotes pour cible… les Anglais ont dû apprécier!
Il n’est pas si si sûr que M. Kouchner, toujours donneur de leçons, dont les services n’ont pas craint de censurer sans aucun scrupule à l’étranger le travail de Thierry Bédard sur l’histoire des massacres de Madagascar par l’armée française,  apprécierait tellement ce genre de pièces .
 La mise en scène de Patrick Simon est des plus honnêtes et il dirige au mieux les deux protagonistes du conte imaginé par Giraudoux: Patrick Paroux et  Yveline Hamon ont un beau métier et sont tout à fait remarquables ; mais le reste de la distribution ( il y a douze acteurs au total mais cela ne justifie rien!) est très insuffisante pour dire les choses gentiment: cabotinage , minauderie  et jeu  approximatif  empoisonnent les dialogues. Quant à la scénographie , costumes , maquillages: et lumières:  on nage en plein amateurisme au plus mauvais sens du terme. Patrick Simon n’a sans doute pas eu les mains absolument libres mais aucun élève en scénographie des Arts Déco, même débutant , n’oserait présenter de telles médiocrités . Il faut dire et redire qu’un décor même réduit a une importance capitale et que les costumes  font partie intégrante d’un spectacle. Alors, Patrick Simon, épargnez-nous par pitié cette laideur,( ah! les poteaux de la salle transformés en tronc de palmiers! Tous aux abris!) , votre mise en scène mérite beaucoup mieux.
 Alors à voir?  Si vous habitez à côté, si vous avez envie de découvrir un Giraudoux que vous ne connaissez sûrement pas et si vous n’êtes pas du tout mais pas du tout regardant sur la qualité d’une interprétation qui , mis à part ,encore une fois Patrick Paroux et Yveline Hamon, reste vraiment trop faiblarde. sinon, pas la peine de vous déplacer.

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre d’Asnières, jusqu’au 8 février .

La dispute

disputegm.jpgLa dispute de Marivaux mise en scène Muriel Mayette

En digne enfant de son siècle épris de science et de philosophie, Marivaux se livre dans cette comédie amère à une « étude » empirique de la nature et des comportements humains dont les avatars contemporains seraient entre autres le roman de Golding Sa Majesté des mouches ou aujourd’hui un reality show comme L’île de la tentation.
Le débat : lequel des deux sexes est plus infidèle en amour, divise la Cour du Prince donnant la palme de l’inconstance aux femmes et le Prince qui, comme son amante Hermiane, l’attribue aux hommes. Pour résoudre la question le Prince et Hermiane mettent en œuvre une expérience qui aura pour cobayes quatre adolescents, deux garçons et deux filles, préservés à cet effet à l’état quasi naturel, ignorant tout jusqu’à leur propre apparence, étrangers les uns aux autres, élevés loin de tout par deux domestiques noirs Mesrou et Carise. On lâche les adolescents et on les laisse circuler librement dans l’enceinte de la propriété tandis que Hermiane et le Prince dissimulés, observent et commentent la mise à l’épreuve des jeunes gens affrontant le choc traumatisant de la rencontre de l’autre, la découverte de soi à travers l’image renvoyée par les autres, l’amour, le désir, la jalousie, la déception, la trahison, bref tous les sentiments qu’ils ignoraient totalement.
L’expérience, arbitrée par les domestiques noirs, aboutit à un constat déconcertant : pas de partage, pas de compassion, l’égocentrisme et l’égoïsme règnent dans les rapports qui s’instaurent entre ces êtres au demeurant naturels, l’inconstance, la trahison étant propres autant aux hommes qu’aux femmes. Seul un couple qui apparaît le dernier se voue une fidélité sans faille.
Pas de réponse à la question mais une conclusion : l’infidélité est un vice partagé également par les deux sexes mais il se manifeste ouvertement chez les hommes et plus hypocritement chez les femmes. La nature humaine n’a pas changé depuis Marivaux qui la saisit avec acuité et lucidité. Nul besoin donc de souligner la modernité de son propos. Écueil qu’évite Muriel Mayette en laissant la pièce en costumes, dans son époque, sans pour autant la priver de sa dimension métaphorique, par exemple des débats attisés par les féministes portant aujourd’hui sur les hypothétiques vertus des femmes : plus sensibles, moins cruelles, plus pacifiques, etc.
Muriel Mayette inscrit sa mise en scène dans un espace clos en demi-cercle, cerné par un mur d’une demeure avec trois petites fenêtres, un balcon et au centre un bassin rempli d’eau (scénographie d’Yves Bernard) qui évoque à la fois une propriété seigneuriale, un piège, un laboratoire, un théâtre et pour certains, aficionados, peut-être une arène. Un dispositif idéal pour l’exercice du voyeurisme.
Le parti pris de jouer en mettant en évidence les niveaux de langage, marqueur des strates sociales, est relevé sans fautes par les acteurs. Le phrasé lent, l’artifice, la préciosité du discours raffiné du Prince et de Hermiane, ponctué par des interventions musicales répétitives et trop longues, paraissent toutefois trop étirés. Soit, nous sommes dans la célébration du rituel formaté, rigide de la Cour. Marie-Sophie Ferdane en Hermiane évite l’excès, Thierry Hancisse dans ses postures rajoute au Prince inutilement de l’artifice. Le rythme s’accélère dans le déroulement de l’expérience, la drôlerie, l’humour, la cruauté frivole et perverse s’imbriquent. C’est la face cachée de l’apparent raffinement affiché à la cour. On est dans un magasin de jouets, dans une cour de récréation ou un reality show. Ou simplement dans notre société contemporaine où un jouet chasse l’autre, où l’autre est réduit à un objet de désir immédiat, interchangeable et le rival écrasé sans scrupules.
Les acteurs : Anne Kessler (Églé), Benjamin Jungers (Azor), Stéphane Varupenne (Mesrin) et Véronique Vella (Adine), campent avec conviction et sincérité ces personnages frivoles, égoïstes, qui, ignorant les formes et les manières, vont droit au but pour satisfaire leurs désirs. Le dernier couple de deux jeunes, Maxime Kersanet (Meslis) et Mathilde Leclère (Dina), fidèles à leur amour, apportent une note émouvante, surprenante, tellement peu attendue dans cet « exchange party ». Les domestiques noirs, joués par deux acteurs hommes noirs Eebra Toore (Mesrou) et Bakary Sangaré (Carise) confèrent une authenticité, une humanité à leurs personnages à la fois ordonnateurs et spectateurs de l’expérience. Une mise en scène réussie, honnête, qui, sans effets racoleurs d’une pseudo modernité, restitue la pièce de Marivaux en l’ouvrant à des lectures contemporaines.

La dispute de Marivaux, nouvelle mise en scène Muriel Mayette
Comédie-Française – Vieux-Colombier du 28 janvier au 15 mars 2009
réservations 01 44 39 87 00

Irène Sadowska Guillon

EAUX VIVES

EAUX VIVES  Théâtre du Tambour Royal

 

Colombe interprète Nougaro, Salvador et les compositions de Milor, direction musicale Jessica Saraf, Colombe Barsacq chant et langue des signes, Jean Bardy à la contrebasse, Frédéric Delestré à la batterie et Milor au claviers.
Colombe Barsacq qui a longtemps accompagné les artistes de l’autre côté du plateau et notamment les artistes sourds d’IVT, se lance sur les planches avec un certain bonheur au creux de cette jolie petites salle du Tambour royal. Ronde et pulpeuse elle chante ces vieilles chansons oubliées  avec une belle dextérité manuelle. On a trop rarement l’occasion d’apprécier ce genre de spectacle. La dernière a lieu le 9 février,  94 rue du Faubourg du temple, myspace.com/collombe

Edith Rappoport

Ce que j’ai vu et appris au goulag

Ce que j’ai vu et appris au goulag de Jacques Rossi, conception et mise en scène de Judith Depaule.

Jacques Rossi, espion russe en Espagne, a été prié de rejoindre Moscou en 1937 où il est, sans aucune preuve,  accusé de trahison au profit de l’Espagne et de la France; aussitôt arrêté ,puis envoyé dans ces camps de rééducation chers à Staline mais- ce que l’on sait moins- déjà programmés par Lénine et Trostski dès 1918  . Jacques Rossi, lui,  y restera  jusqu’en 1951, mais  finira par retrouver la France où il mourra  en 2004 à 95 ans .C’est dire qu’il a dû mettre une incroyable énergie pour arriver à survivre dans cet enfer…puis à en sortir.

Le goulag comme outil de la révolution? Bien sûr, comme le dit très bien Rossi, ce fut un  moyen de pression très efficace sur les populations et un inépuisable réservoir de main d’oeuvre à très bon marché pour les travaux les plus durs: mines,construction de villes entières, dans des régions désertiques les plus au Nord de l’URSS où le froid peut atteindre – 50 degrés, avec une mortalité de 7 à 25 %,  due  au manque de nourriture et d’hygiène la plus élémentaire. Rossi, très lucide,reconnait qu’il a été victime de 1229426861.jpgs1229426756.jpgon propre aveuglement quant à la pureté de la cause qu’il voulait défendre. Mais c’était une autre époque et quand on sait combien d’intellectuels français communistes n’ont jamais voulu croire aux crimes par millions commis par la police soviétique….

Judith Depaule, qui a écrit une thèse sur Le Théâtre dans les camps staliniens, s’est emparé du texte de Rossi avec beaucoup de rigueur. Elle a fait construire par sa scénographe Chloé Fabre, une boîte aux murs ,sol et bancs en mélaminé blanc,  où chacun des 45  spectateurs admis ne peut entrer qu’après avoir revêtu une blouse et des chaussons d’hôpital. Soit. Une fois entré, il est prié de s’asseoir sagement et de mettre un casque stéréo pour suivre la parole du témoin habillé en costume noir, comme son assistante. Le récit est entrecoupé de films muets en 16 mm qui reconstitue certains épisodes de la vie de Rossi ,et d’ images d’époque de la vie des camps. La mise en scène de Judith Depaule est intelligente et soignée:  jeu très épuré,lumière froide et parfois  violente, univers sonore : rien n’a été laissé au hasard et programmé comme peut l’être un  camp concentrationnaire dont  cette froideur méticuleuse et cette exigence sont la métaphore visuelle.

Mais au-delà de ce professionnalisme exigeant,était-ce bien nécessaire de convoquer une scénographie aussi lourde- donc chère, et sans doute fragile- pour dire ces extraits du texte de Rossi; il y a là, malgré tout un travail scénique et filmique indéniable, un côté bon chic bon genre agaçant  dont on serait bien passé, et qui continue aussi  à encombrer les spectacles de Sentimental Bourreau auxquels participa souvent Judith Depaule.

En fait, ce qui manque sans doute à  » Ce que j’ai vu et appris au goulag », c’est un parti pris, une véritable esthétique théâtrale où la metteuse  en scène affirmerait ses convictions.Le spectacle est remarquablement fait, mais il semble que Judith Depaule confonde,  un peu  une illustration / pédagogie de l’histoire et un spectacle théâtral qui aurait de véritables enjeux  politiques, ce qui, par les temps qui, courent, ne serait pas un luxe. Ce qui manque ici, c’est sans doute l’absence de relation entre autrefois et maintenant, entre là-bas et ici. Comment depuis presque un siècle maintenant des humains ont-il été assez fous pour concevoir de tels camps? Pourquoi et comment les générations qui leur ont succédé en ont-elles accepté l’idée comme une norme parmi tant d’autres?  » Le camp, disait déjà très bien Robert Antelme, est simplement l’image nette de l’enfer plus ou moins voilé dans lequel vivent tant de peuples ».

A cela,le théâtre  quand on  s’appuie autant sur une scénographie aussi sophistiquée pour mettre en scène un texte comme celui de Jacques Rossi, peut-il être à même de répondre? Sans doute pas…Et ce spectacle prouve une fois de plus que l’Histoire ne fait pas toujours  très bon ménage avec la scène… Dommage.Mais Judith Depaule aura au moins  prouvé qu’elle avait les moyens artistiques de répondre à ses ambitions et la rigueur indispensable pour mener à bien un projet d’une autre nature.

 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué quelques jours au Théâtre de la Forge à Nanterre, puis sera sans doute prochainement repris en tournée.

1...443444445446447...452

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...