LES AVENTURES DE PEER GYNT

LES AVENTURES DE PEER GYNT   f1000010.jpgd’après HenrikIbsen, adaptation de François Régnault, mise en scène Yaël Bacry.

Peer Gynt est une fabuleuse épopée écrite en 1867. J’ai conservé dans ma bibliothèque le livre témoin de la très belle mise en scène de Patrice Chéreau au TNP en 1981 avec Gérard Desarthe dans le rôle titre et je garde de vifs souvenirs de celle d’Éric da Silva et Catherine Boskowitz au Théâtre de Gennevilliers, il y a une dizaine d’années. Yaël Bacry s’est emparée avec subtilité de cette oeuvre qu’elle conçoit comme“un hymne à la liberté, à la poésie et au jeu (…) fabuleuse histoire à rêver et à penser pour tous”. La version conçue par Patrice Chéreau durait 7 heures, Yaël Bacry en a fait une version pour le jeune public d’une heure qui a fasciné les spectateurs de 2 à 97 ans. Peer Gynt est épris de liberté, il n’accepte aucune contrainte, fuit sa mère qui le réprimande, séduit puis abandonne une jeune fiancée à l’instant de son mariage avec un autre, commet avec grâce et le plus légèrement du monde les forfaits les plus méprisables. Une seule femme l’émeut, Solvejg, il en est amoureux mais il l’abandonne pour épouser la fille du roi des Trolls. Elle l’attendra pure et blanche au fond des bois, pendant des décennies, alors qu’il s’épuise dans ses rêves absurdes à l’autre bout du monde.

Les 7 comédiens jonglent avec beaucoup de finesse dans la forêt des rôles (la distribution de Chéreau était servie par 23 comédiens avec Maria Casarès, Dominique Blanc Henri Virlojeux et Andrezj Seweryn entre autres ! ), Julien Nguyen Dinh est un magistral Peer Gynt, elfe léger et moqueur dans la première partie, vieillard allègre et déterminé à vivre coûte que coûte dans la deuxième. Les autres comédiens jonglent habilement avec les autres personnages, avec de pauvres et poétiques accessoires, une poubelle, des panneaux de photos de glacier… Du plus petit au plus vieux, nous sommes émus, c’est remarquable ! La compagnie des Pas n’a qu’une seule représentation en perspective, avis à ceux qui n’auraient pas encore bouclé leur saison .

Edith Rappoport

Gare au Théâtre Vitry
Diffusion idablaska@wanadoo.fr


Archives pour la catégorie critique

Mon cœur caresse un espoir

 Mon cœur caresse un espoir, création et mise en scène de Valérie Antonijevich, d’après les archives de l’Occupation et Déposition, Journal de guerre 1940-1944 de Léon Werth.

    moncoeur70.jpg Le beau titre du spectacle » Mon cœur caresse un espoir et nous partons pleins d’ivresse » est l’un des messages codés envoyé par Radio-Londres annonçant le débarquement en Normandie, et le commencement de la fin d’un cauchemar de plus de quatre ans pour de millions de Français, et c’est en lisant le Journal de guerre de Léon Werth, (1878-1955) , qui fit la guerre de 14 et devint un pacifiste convaincu,  que la metteuse en scène eut l’idée de ce spectacle qui est une comme une sorte de chronique  au quotidien,  de la vie de  ceux qui entraient secrètement dans la Résistance, mais aussi ceux qui n’hésitaient pas à collaborer avec l’occupant, sous l’influence du maréchal Pétain, et tous les autres qui, surtout dans la France rurale de l’époque avaient peu d’informations et attendaient que les choses se calment, sans vouloir prendre parti.
  « La mise en scène, écrit Valérie Antonijevich , met à distance la reconstitution d’une vérité historique, exclut tout naturalisme et s’appuie sur une métaphore de la mémoire ». Donc un plateau nu, dans le bel espace du Théâtre de l’Epée de Bois avec ce grand mur de fond aux pierres apparentes, et, avec de chaque côté , des portants pour les costumes, quelques chaises et tables. La metteuse en scène pense que « ce plateau dépouillé exhausse l’éphémère et la fragilité tangible  d’existences disparues ».On veut bien mais cela ne fonctionne pas du tout.
Sur le mur du fond apparaissent des textes, notamment de Pétain… où il y a un savant mélange de flatterie, mais aussi de naïveté douceâtre chez ce vieil homme ( né en 1854!  ))qui ne voulait -pouvait?  pas voir ce qui allait se passer. Et,  en contre-point, ceux de Ribbentrop, Goebbels, qui sont précis et menaçants. 

  C’est tout le pays qui ne sait plus du tout où il en est,  et les faits sont bien connus: compromissions avec l’armée allemande, marché noir, mais aussi manque de nourriture permanent dans les villes,  amours de jeunes femmes avec des officiers ennemis, qui seront tondues sans pitié après la victoire, familles dispersées,  bombardements, exécutions sommaires, graves conflits  quant à l’attitude à avoir, position des plus ambigües du gouvernement, débâcle  sur les routes vers le Sud qui voyait arriver des milliers de réfugiés, soldats faits prisonniers en Allemagne pour de longues années séparés des leurs * et,  de l’autre côté de la Manche, la revanche de de Gaulle  et le salut de la France qui se préparaient. Oui, il faut se rappeler que notre pays il y a quelque soixante ans a vécu cela… Et au moins, un  spectacle comme celui-ci  peut y contribuer.
  Oui, mais voilà! Comment dire les choses  maintenant, alors que pour nombre de spectateurs, cette époque, à part quelques grands faits, doit être synonyme de Moyen-Age ou presque, et que faire vivre ce genre d’épopée sur un plateau de théâtre n’est pas du genre facile… Il y faut évidemment une dramaturgie et une mise en scène de premier ordre, claire et efficace, des dialogues forts, et des personnages  convaincants, et une interprétation des plus solides.
   Mais, comme il n’y a rien de tout cela, le spectacle s’enlise dès les premières minutes, et il y en a pour presque deux heures de saynètes sans intérêt et bien mal jouées. D’autant plus que  l’éclairage est des plus parcimonieux… Sans doute pour faire plus tragique? Bref, que peut-on sauver de ce spectacle qui a des allures de B D mal fagotée.? Sans doute les textes qui s’affichent: là au moins, on est bien dans le concret le plus impitoyable, et non dans la petite illustration de scènes qui se succèdent donc  sans beaucoup d’unité, et si l’ on parle tout le temps de l’armée allemande, on ne voit pas le moindre uniforme et l’ on n’entend même pas les ordres qui étaient hurlés dans les rues!  Dans les villes du moins, l’armée allemande imposait une présence permanente et obsédante,  de jour comme de nuit avec couvre-feu obligatoire.
   On veut bien que le spectacle soit mis sous le haut patronage de François Marcot, historien et spécialiste de la Résistance mais Valérie Antonijevich  qui assure, avec un sérieux inimitable  » que la violence n’est pas dans l’acte mais dans la potentialité de l’acte » ne s’est pas beaucoup fatiguée pour rendre  les choses crédibles un instant, et il y a loin des intentions affichées au médiocre spectacle proposé. Et des extraits du Journal de Léon Werth dits en voix off n’ont guère plus d’efficacité!
   Quand il s’agit d’une période tragique que beaucoup de Français vivants ont connu, on ne traite pas les choses aussi légèrement. Désolé, mais mieux vaut dire les choses, on n’a pas le droit de faire n’importe quoi dès lors que l’on veut faire du théâtre et que l’on dispose d’une belle scène et de quelques moyens.
  Que Valérie Anronijevich relise Antonin Artaud et Roland Barthes. Mais de toute façon, c’était sans doute un faux bon sujet que la metteuse en scène aurait mieux fait d’éviter, au lieu de nous infliger cette épreuve; mieux vaut donc relire  Léon Werth, et son analyse lucide et désespérée d’une des époques les plus dures que la France ait jamais connues….

* Une des histoires que l’on chuchotait dans la petite ville où ma famille habitait: le mari d’une jeune  femme  avait été fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il  travaillait dans une ferme. Mais il avait été porté disparu. Et la jeune femme s’était donc retrouvée présumée veuve. Oui, mais voilà, quelques années après la fin de la guerre, un habitant de cette petite ville avait croisé par hasard  et bien reconnu cet homme-qui avait sans doute refait sa vie avec une autre femme- dans une rue d’un village allemand…
  Il me souvient aussi de cette autre jeune femme, mère d’une amie,  dont le mari officier était mort au combat, alors que son beau-frère, lui, milicien, avait été fusillé à la Libération… Pas très belle,  la vie de l’époque…

Philippe du Vignal

 
Théâtre de l’Epée de bois. Cartoucherie de Vincennes.  

Les Oiseaux

Les Oiseaux d‘Aristophane, traduction, adaptation et mise en scène d’Alfredo Arias.

   oiseaux.jpg La  pièce parodique fondée sur une satire sociale écrite par le dramaturge grec en 412 avant J. C. , après Les Nuées, Les Guèpes et La Paix , et avant l‘Assemblée des Femmes devait être à l’origine montée par Luca Ronconi qui avait monté avec ses acteurs italiens, dans les années 70,  un magnifique Utopia d’après plusieurs pièces d’Aristophane. dont justement Les Oiseaux. Et , malgré la barrière de la langue, on en garde un souvenir très fort. Mais qu’aurait fait Ronconi avec les acteurs de la Comédie-Française???? En tout cas, le metteur en scène italien étant malade, on a fait appel à Alfredo Arias. Le metteur en scène argentin , avec son groupe TSE, n’est pas n’importe qui,  et a réalisé de formidables spectacles  comme son célèbre Peines de coeur d’une chatte anglaise, La Bête dans la Jungle ou Mortadella,  entre autres.
Mais,  ici, c’est un peu la catastrophe: rien n’est  dans l’axe.  Il y a un magnifique ( mais peut-être justement trop beau) décor de Roberto Platé qui  a reconstitué l’entrée du Palais-Royal et ses colonnades  avec,  à côté, la Comédie-Française et une descente de métro qu’on ne se lasse pas d’admirer. Vraiment de la belle ouvrage.Et les costumes de Françoise Tournafond sont plutôt drôles et réussis…
Mais pour le reste! On veut bien qu’Alfredo Arias s’autoproclame sans trop de scrupules, auteur de la traduction mais très franchement, là il y a tromperie sur la marchandise! Il a cru bon d’ »agrémenter » le texte d’anachronismes faciles ( du genre Edith Piaf, Nicolas Poussin, Pierre Corneille..), et on vous épargnera le reste… Si i l’on peut bien sûr adapter le texte comme l’avait fait Bernard Chartreux pour la mise en scène de Jean-Pierre Vincent, autant ne pas faire n’importe quoi.
 » J’ai essayé, dit-il,  d’aborder la pensée d’Aristophane directement en donnant à voir ma propre interprétation des oiseaux. Comme Aristophane traite d’une réalité immédiate, je voulais faire de même en situant sa pièce dans la réalité d’aujourd’hui » . Sic!  » Comme je vois dans le monde des oiseaux une métaphore du théâtre  et dans leur langue une métaphore de la poésie même, j’ai eu l’idée de charger les comédiens du Théâtre-français d’incarner ces oiseaux. Quant au choix de transposer la pièce sur la Place Colette, il découle de la métaphore et des circonstances ». (Re sic)  Quel verbiage prétentieux! Tous aux abris!
Ronconi avait lui choisi de situer ces Oiseaux pendant  l’entre deux guerres et  c’était prétexte à de merveilleuses images poétiques . Mais là que voit-on?  Pas grand chose! Ce sont deux femmes au lieu de deux hommes comme dans le texte original mais peu importe! Camarade Constance et Belle espérance  en ont assez des humains et décident de rejoindre La Huppe et les oiseaux assimilés à des personnages de théâtre , pour la convaincre de fonder une cité idéale, Coucou sur scène ( ah! ah! ah!)  face à la Comédie-Française. Intermédiaires obligés entre les hommes et les dieux, les comédienzeaux ( sic)affament  et assujettissent les puissants, » XXL des stratosphères », non pas en les privant des fumets des viandes des sacrifices mais en perturbant l’importation des viandes hachées. La guerre est déclarée avec les XXL , tandis qu’afflue sur la place du Théâtre de Coucou-sur-scène, une nuée d’immigrants que les contrôleurs du ciel, en dépit de leurs ailes , ne peuvent maîtriser ». ( Sic).
Plus prétentieux et plus vide de sens, je meurs! Cela ne vole pas très haut – c’est le cas de le dire- dans la transposition…Mais surtout,  quelle vulgarité- on a même  droit à une parodie de Karl Lagersfeld-et quelle lourdeur à la fois dans la direction d’acteurs et dans la mise en scène à l’électrocéphalogramme presque plat où Arais essaye de pousser les choses vers la comédie musicale. Les acteurs crient souvent et surtout, on ne les entend  pas,  pas plus qu’ on ne comprend où Arias veut nous emmener… La fantaisie,  le délire, le grotesque d’ Aristophane sont passés à la trappe, et ce n’est même pas drôle!
Il y a bien- mais cela ne suffit pas- quelques petites chansons interprétées  par le choeur des élèves-comédiens de la Comédie-Française qui ne semblent quand même pas être très à l’aise dans la bouillie concoctée par Arias. Paradoxe pur jus de la maison et qui ne manque pas de saveur: ce sont deux sociétaires aimablement remerciées , et promues sociétaires honoraires: Catherine Salviat ( La Huppe)  en 2006 , et Catherine Hiegel ( Camarade Constance) en janvier dernier qui réussissent à tenir le spectacle. Elles font un travail irréprochable: à la fois humble et très solide.
Le comité qui a viré sans ménagement une actrice de la classe et de la personnalité de Catherine Hiegel a fait une belle connerie et commis une erreur historique;  le Ministre de la Culture avait le pouvoir de rectifier le tir, mais en tout cas, jusqu’à nouvel ordre, rien n’a été fait… Bravo!
Alors y aller ou non? Oui, si vous voulez vous ennuyer pendant une heure et demi, oui, si vous voulez dégoûter à jamais une nièce ou neveu d’âge scolaire du théâtre contemporain ( même s’il y a, les Dieux savent pourquoi,  deux chansons : Black bird  et Quelle étrange nature chantées par Emily Loizeau, avec l’aimable autorisation de Polydor , un label Universal Music France ( sic);  oui, si vous voulez faire un mauvais coup à quelqu’un que vous n’aimez pas ou plus , mais il vous faudra quand même supporter de voir avec lui  cet ersatz de spectacle…Quitte à vous excuser hypocritement après… Sinon, vous pouvez vous abstenir.
Le public qui n’est pas dupe, n’ pas beaucoup apprécié et les commentaires à la sortie étaient acides… Allez , pour vous consoler, on va essayer de vous mettre en ligne ces jours-ci  quelques photos de scènes  d’Utopia  de Luca Ronconi . Vous verrez : plus de trente ans après, elle n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur efficacité.

Philippe du Vignal

 

Comédie-Française, salle Richelieu jusqu’en juillet prochain.

Le texte est publié à l’Avant-scène théâtre (n° 1281, avril 2010)

Montaigne

Montaigne, d’après Les Essais de Montaigne, mise en scène de Thierry Roisin.

essais.jpgLe triomphe de la modestie…Au-delà des poses, des chichis, des snobismes, des avant-gardes et des effets de manche, vive la belle simplicité de Montaigne ! Vivent sa sincérité, son hommage lumineux à l’amitié, vivent les encouragements fraternels qu’il nous donne pour « »faire bien l’homme  » . Nous avions vu au CDN de Montreuil la saison dernière ce spectacle merveilleux, et nous l’avons revu avec un bonheur égal au Paris-Villette. C’est un spectacle à ne pas manquer, tout public, à partir de 13 ans.
Yannick Choirat est un excellent Montaigne, précis et vif. Il nous entraîne avec humour dans le parcours de sa vie, sur un tapis qui roule, lentement mais inexorablement, sous ses pieds. Il croisera moult objets et événements, s’étonnant, se révoltant, s’émerveillant, dialoguant avec Samuel Maître, clarinettiste, et Agnès Raina, flûtiste.
Il faudrait citer toute l’équipe, car tout est juste et net. Une adéquation parfaite entre les objectifs du metteur en scène, le sujet, et sa réalisation. Dramaturgie, adaptation, musique, lumière, objets, manipulations, parti pris de costume dont il faut laisser la surprise au spectateur, tout est réussi, jusqu’au petit livret vendu à la sortie, deux euros seulement, qui comprend divers textes d’auteurs sur Montaigne, une interview de Thierry Roisin et le texte du spectacle. Un beau cadeau.
Plonger dans cette pensée vive, d’une liberté totale, est salutaire. Certes on peut lire les Essais de Montaigne chez soi – c’est un livre de chevet inépuisable – mais quel bonheur de pouvoir partager cette pensée ! Avec le théâtre, avec un spectacle de cette qualité, le plaisir est redoublé par les sourires, la connivence, l’attention, la communion en une fête de l’intelligence sans prétention, d’un humanisme fondamental, qui réaffirme, l’air de rien, l’importance de la tendresse pour les autres, et pour soi-même …

Evelyne Loew

Théâtre Paris-Villette jusqu’au 17 avril

Puis tournée, renseignements à la Comédie de Béthune.

ALICE ET CETERA

ALICE ET CETERA de Dario Fo et Franca Rame, mise en scène de  Stuart Seide

  Stuart Seide a choisi de reprendre trois textes anciens du célèbre couple italien, Alice au pays des merveille, Je rentre à la maison et Couple ouvert à deux battants, tous trois très datés. Techniquement bien élaboré, servi par une distribution solide, le spectacle fait beaucoup rire mais il a mal vieilli.
Trois jeunes beautés, chevelure longue, bandeaux, collants, minijupes, coiffées de micros h.f. servent la scène, on croirait voir la publicité pour les bas Dim. Les deux premières pièces n’offrent rien de capital, la troisième, même si elle peut rester d’actualité a bien mal vieilli.
Ce couple ouvert, le reste du côté du mari, quand la femme est en passe de s’affranchir, il devient fou. Malgré l’énergie de deux bons acteurs, Jonathan Heckel et C
aroline Mounier, le texte s’enlise

Edith Rappoport
Théâtre du Rond-point

L’ATELIER DU PEINTRE

troupe.jpg

L’ATELIER DU PEINTRE ,écriture, mise en scène et scénographie Bernard Kudlak, composition et direction musicale Robert Miny.

Le magnifique chapiteau jaune du Cirque Plume, planté en contrebas de la gare de Besançon, aux abords d’une rue de la vieille ville consacrée à la musique, accueille une énorme foule . Le Cirque Plume, très populaire sur le plan national, joue  à Besançon en auto programmation, puisqu’ aucune autre institution de Franche-Comté ne l’a invité depuis dix ans ! Mais le cirque Plume a dû rajouter trois représentations  pour faire face à l’afflux des spectateurs.
Une immense reproduction des Ménines de Velasquez occupe le plateau, le cyclo est recouvert de cadres vides, on y voit la Vénus du grand maître espagnol et ô surprise, c’est une actrice qui se détache du tableau. L’atelier du peintre est brossé par une quinzaine d’acteurs virtuoses dans le domaine du geste comme de la musique, les références à la peinture ne constituent pas toujours le fil rouge du spectacle, un peu lent dans la première partie. Mais il y a d’étonnants tableaux vivants et une belle générosité musicale qui enthousiasme le public.  mais l’on peut regretter Plic et Ploc, leur précédent spectacle.

Edith Rappoport


L’atelier du peintre sera présenté à Elbeuf, Lannion, Lisbonne, Épinal etc. jusqu’au 30 juin 2011.Voir le calendrier sur leur site.http://www.cirqueplume.com/atelier/

MON COEUR CARESSE UN ESPOIR

MON COEUR CARESSE UN ESPOIR d ’après Le Journal de guerre 1940-44 de Léon Werth, mise en scène  de Valérie Antonijevich, compagnie Maquis’arts.

Cette évocation des années sombres de l’occupation allemande et du comportement ambigu des Français moyens est brossée avec une belle précision par cinq comédiens dans le vaste espace de la salle de pierre de l’Épée de bois.
Il y a de beaux effets de voix off et des projections qui s’inscrivent lettre par lettre sur les mensonges de la politique de collaboration du maréchal Pétain qui prétendait sauver la France dont Valérie Antonijevich avait présenté l’an dernier une ébauche à Aubervilliers…

Edith Rappoport

Théâtre de l’Epée de bois,( Cartoucherie de Vincennes ) jusqu’au 25 avril, reservations@epeedebois.com

Chroniques des bords de scène, saison 3: USA

Chroniques des bords de scène, d’après Saison 3: USA,  d’après John dos Passos , conception et réalisation de Nicolas Bigards.

    usa.jpgL’an passé, Nicolas Bigards nous avait offert une remarquable promenade à travers plusieurs polars américains; cette fois, il a choisi de nous emmener  voyager dans la célèbre trilogie de Dos Passos ( 1896-1970) : Le 42 ème parallèle, 1919 , La grosse galette qu’il écrivit de 1930 à 1936. Une scène carrée qui sert aussi de salle. Au milieu, une étendue de sable fin avec des chaises rouges de théâtre installées un peu partout, quelques autres en plastique, un lit en fer, un bureau et sur chaque côté, des sortes de mini-scènes qui se ferment avec un rideau plastique translucide blanc et des passerelles construites avec des éléments d’échafaudage métalliques où joueront aussi les acteurs.
Ce sont des sortes de tranche de vie issues de ces trois romans que donne à voir Nicolas Bigards. Des monologues, quelques chansons, et c’est à un portrait de l’Amérique à ses heures les plus sombres que nous sommes conviés. Dos Passos avait en effet un regard assez pessimiste quant à l’avenir politique de son pays, comme si ses compatriotes n’avaient pas vraiment su prendre le tournant d’une véritable modernité après la conquête.
D’un côté les riches, banquiers, hommes d’affaire ou industriels qui, à force de travail et de ruses ont pu très vite prendre le pouvoir  avoir un rôle déterminant dans l’évolution de la société, et de l’autre, un peuple d’ouvriers et de petits employés qui ont fait l’Amérique mais laissés au bord de la route. Pour eux, l’ascenseur social n’a pas  fonctionné et ils ont été jusqu’au bout de leurs désillusions.

 Mais les personnages de cette fresque sont à peine entrevus qu’ils disparaissent pour laisser place à d’ autres que l’on retrouve un peu plus loin derrière nous ou plus haut sur les passerelles. Il y a par moments  de fabuleuses images dues à la scénographe Chantal de la Coste, et  les dix comédiens font honnêtement leur travail mais il manque le souffle qui existait l’an passé.
Trop de monologues sans doute, un éclairage assez parcimonieux et pas de véritable scénario; certes, on veut bien que dans l’optique de Dos Passos, Nicols Bigards ait choisi le collage,  mais il manque une unité et un souffle dramatiques au spectacle qui, passée la première demi-heure commence à s’étirer… D’autant plus que les spectateurs étant souvent debout, on peine à à voir certaines scènes si l’on n’est pas au premier rang. Et , même s’il y a quelques beaux monologues/récits comme celui de la vie d’Isadora Duncan, l’ensemble n’est pas vraiment convaincant… Dommage.

 Alors à voir? Peut-être, si l’on est fou de dos Passos, mais on est quand même un peu loin de cette peinture géniale de la société américaine de l’entre deux guerres  qu’il avait si bien réussie dans ses trois romans cultes et dans Manhattan Transfer. Peut-être était- ce mission impossible au départ…

Philippe du Vignal

MC 93 à Bobigny jusqu’au 18 avril  à 20 h 30; le dimanche à 15 h 30 et le vendredi à 19 heures.

Kean

Kean, comédie en cinq actes par Alexandre Dumas et Due Hamletmaschine par Heiner Muller, mise en scène de Frank Castorf.

      kean.jpgAlexandre Dumas n’est pas seulement le romancier bien connu des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo. mais ce fut aussi-on le sait moins- le premier auteur d’un bonne vingtaine de  drames historiques à succès.Où l’action se passe aussi bien dans la Rome ancienne -Caligula- qu’au Moyen-Age- La Tour de Nesle ou au 19 ème siècle comme ce Kean qu’il écrivit en 1836 soit trois ans seulement après la mort du célèbre acteur anglais Edmund Kean qui défraye la chronique londonienne en séduisant l’épouse d’un personnage important. Jean-Paul Sartre en fit une adaptation que joua Pierre Brasseur, puis en 87 Jean-Paul Belmondo. avec Béatrice Agenin.
Quant à   Frank Castorf, l’intendant et metteur en scène du grand théâtre allemand le Volksbühne am Rosa Luxembour-Platz où officièrent jadis de  très célèbres metteurs en scène comme Max Reinhardt, Pisactor et Beno Besson, il ne fait pas à proprement parler une adaptation de la pièce mais se livre à une une sorte de chantier de démolition auquel il associe- en hommage post mortem- le grand Heiner Muller avec des extraits d’ Hamlet-Machine. Mais tout cela ait un peu brouillon et n’ guère de ligne directrice…
Il introduit aussi quelques citations de Goethe et de Kleist, une publicité pour une crème anti-rides, et un faux enregistrement d’une conversation téléphonique d’Andy Warhol avec ses copains de la factory- écrite par Castorf lui-même. Pas vraiment de décor sinon une grande bâche vert acide et trois cabines de plage en carton ondulé, quelques lits et accessoires divers. Castorf s’amuse aussi à braquer pendant de longues minutes une batterie de projecteurs sur le public, et il y a des litres de faux sang généreusement dispersés sur les comédiens.  De temps en temps, un chanteur guitariste rock accompagne une chanson de Kean..Bref, on l’aura compris, Castorf essaye de  se livrer à une provocation tous azimuts quatre heures durant, provocation- on ne voudrait pas être méchant-qui date d’une bonne quarantaine d’années ( Voir Le Living Theater avec  Julian Beck et Judtih Malina qui fut l’élève de Reinhardt, ,justement. Castorf est un incomparable directeur d’acteurs et les siens  sont tous excellents, en particulier Inka Löwendorf, Luise Berndt, Silvia Rieger et  Alexander Scheer. Ce qui frappe surtout, c’est à la fois la personnalité, l ‘humilité et en même temps la solidité du jeu en particulier gestuel, la maîtrise de l’espace,et l’unité de la troupe. Zéro défaut. Ce sont tous des comédiens de grande valeur… Et on ne voudrait pas dire mais on le dira quand même: quel est le théâtre national français qui pourrait aligner une pareille distribution? Ne répondez pas tous à la fois… Du côté de la dramaturgie -on voit mal où Castorf veut nous emmener avec cette mosaïque de textes assez sèche- comme de la mise en scène, c’est beaucoup moins moins réussi et Castorf , à vouloir trop s’amuser, est un peu trop
nombriliste et ne parait guère se soucier du public qui se met vite à somnoler. ce n’est pas pour rien si, après deux heures, la salle s’est en partie vidée. à l’entracte. Et un ex ministre de la Culture qui s’y connaît bien en matière de  théâtre,  n’ a pas résisté, et, en sortant,  avait l’air bien peu convaincu par la démonstration assez prétentieuse de Castorf.
En fait, même s’il y a quelques images très fortes comme cet entassement de corps dans une cabine de bains , ces glissades sur la grande bâche ou ce corps de Christ emmêlé dans des fils de fer barbelé, tout couvert de sang, et les deux autres heures après l’entracte, même si elle sont plus  vivantes , nous laissent quand même un peu sur notre faim.
D’autant plus que la traduction signée Pascal-Paul Harang du surtitrage est bourrée de fautes d’orthographe, et que le fonctionnement de l’engin surtitreur est assez défectueux, ce qui est inadmissible dans un théâtre national… Alors y aller ou pas? Si c’est pour un vrai plaisir théâtral, la réponse est non; si ces quatre heures bien pesées qui passent assez lentement ne vous font pas peur et si vous voulez  savourer un jeu de comédiens exceptionnel, vous pouvez tenter l’expérience. Mais Castorf avait mieux réussi son coup avec Les Mains sales de Sartre il y a quelques années… Voilà; comme dirait du Vignal, vous êtes prévenu…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 avril. Attention, c’est  à 19 heures. T: 01-44-85-40-40

Richard II

Richard II de Shakespeare, traduction de Thomas Brasch, mise en scène de Claus Peymann.

 

richard.jpeg Après l‘Opéra de Quat’Sous monté par Bob Wilson pour quelques représentations, c’est une autre réalisation du très fameux Berliner Ensemble qui est jouée pour la première fois à Paris: Claus Peymann , moins connu en France qu’en Allemagne, a pourtant beaucoup fait pour le théâtre contemporain (il monta Outrage au public de Peter Handke, alors qu’il n’avais que 29 ans… Et il aida au maximum Thomas Bernhard à se faire connaître , et est maintenant à la tête du célèbre Berliner fondé par Brecht en 1954.
Mais il aussi fait la part belle aux auteurs classiques , que ce soit Lessing, Goldoni ou Shakespeare qui est régulièrement monté. Et disons tout de suite que ce Richard II, qui est finalement peu joué en France, est d’une qualité absolument exceptionnelle. D’abord un texte, que l’on avait un peu oublié, dont on retrouve la langue incisive, d’une crudité qui fait mouche mais aussi avec des nuances poétiques d’une merveilleuse intensité. Thomas Brasch -depuis découvrir un texte qui apparait comme neuf et d’une violence inouïe.
Et puis, il y a la mise en scène de Claus Peymann et la scénographie très expressionniste d’Achim Freyer, toute en noir et blanc, comme les costumes de Maria -Elena Amos qui lui donnent une rigueur et une force de tout premier ordre. Claus Peymann a axé sa mise en scène sur le caractère sacré de la monarchie et et sur le double personnalité du Roi. « Deux âmes habitent la poitrine de Richard, dit-il, son propre moi et le corps du roi d’Angleterre créé par Dieu. Ici l’individu-là l’homme politique. C’est bien un phénomène très contemporain. le politicien d’aujourd’hui fait lui aussi, la différence entre la personne et la vocation. C’est de cette schizophrénie que souffre sa crédibilité ». Me conduire en roi avant que j’ai oublié d’être roi, dit Richard que l’on sent complètement perdu,après avoir manqué à ses devoirs, et qui abdique plutôt qu’il n’est dépossédé de sa couronne par Bolingbroke. Mais qui retourne d’une certaine façon, la situation à son profit en se montrant comme victime.
Roi peu efficace, maladroit dans sa fonction , peu scrupuleux quand il s’agit de trouver l’argent nécessaire à ses guerres et lui-même meurtrier de son oncle, il retrouvera cependant une certaine dignité, que n’a pas vraiment Bolingbroke, en se dépouillant lui-même de ses attributs royaux avant d’être assassiné. Et c’est donc une toute autre image de Richard II, habituellement présenté comme une sorte d’esthète, homosexuel , que nous offre Claus Peymann, et le moment où il demande à sa femme de le quitter pour gagner la France, est à la fois simple et émouvant.
Il y a aussi cette scène formidable où Richard II essaye de s’abriter des mottes de terre et des canettes vides qui pleuvent sur lui ( photo plus haut) , celle où Bolingbroke , devant le corps ensanglanté de Richard enveloppé dans une bâche plastique, qui reconnaît que le meurtre était nécessaire mais renie l’acte du meurtrier qui pensait l’avoir délivré de sa » peur vivante »… Tout cela est joué simplement, sans effet inutile mais avec une force et un rythme exemplaire, et il faudrait tout citer de ce spectacle exceptionnel.
Et le metteur en scène sait diriger ses comédiens qui sont de grande qualité, en particulier et d’abord Michael Maertens/ Richard II, mais aussi Dorothee Hartinger/la reine Isabelle , Manfred Karge/ le duc d’York, Martin Siefert/ Jean de Gand et Veit Schubert/ Bolingbroke.
Cette galerie de personnages souvent inhumains et monstrueux s’anime devant nous de façon parfaitement crédible, et ne cesse de nous fasciner. Et l’ensemble de la distribution possède une maîtrise de l’espace et une unité de jeu comme on en voit peu; le public , y compris Lionel Jospin, ne s’y est pas trompé et , avec raison, était enthousiaste…Merci à Emmanuel Demarcy-Motta d’avoir invité le Berliner Ensemble.

 

Philippe du Vignal

 

Le spectacle ne s’est joué seulement quatre fois au Théâtre de la Ville mais poursuit sa carrière au Burgtheater de Vienne. Si vous passez par là, n’hésitez pas…

 

 

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