Solomonde

Solomonde, spectacle écrit par Lucie Gougat et et jean Louis-Baille ,  mise en scène de  Lucie Gougat et  jeu de Jean-Louis Baille.

solom.jpgC’est un peu comme une mauvaise farce, celle  d’un clown qui voudrait bien sortir de sa pièce, mais qui ne le peut pas : le monde extérieur lui fait peur. Il n’y a pas grand chose sur scène: un fauteuil en cuir 1930, un paravent bleu foncé et une porte dans le fond. Solomonde rêve de tout et de rien , surtout de pouvoir sortir; il a peu d’accessoires avec lui juste une grande valise d’autrefois d’où il fera surgir une petite cheminée d’où il fera surgir un petit ( faux bien sûr). Il a aussi une cuirasse avec un casque, ce qui fait un curieux contraste avec son nez rouge et son chapeau en carton à ailettes. C’est un personnage aussi angoissé que comique, et qui possède une volonté farouche d’en découdre avec l’univers hostile qui l’entoure.
 Lucie Gougat a cru bon de mettre -manie de ces dernières années- une vidéo où on voit Solomonde sortir par la vraie porte. Pourquoi pas? Mais cela ne présente guère d’intérêt: il y a cinquante ans, l’on aurait crié au miracle et au tour de magie, mais comme maintenant la vidéo est partout jusque dans le métro, les bus et les bureaux de poste, cela ne fascine plus personne, même les enfants.. La gestuelle est d’excellente qualité mais le texte est souvent très faible, ce qui affaiblit le traitement poétique de l’image. La tête que s’est faite Jean-Louis Baille est surprenante et il possède un incontestable  métier: mais si l’ on ne s’ennuie pas vraiment, l’ensemble n’a tout de même rien de bien passionnant. On sourit parfois mais ce n’est pas la franche hilarité que l’on pouvait soupçonner au début du spectacle.
 Alors à voir? Pas sûr du tout. C’est sans doute un spectacle techniquement tout à fait au point mais qui manque à la fois d’un vrai texte  et d’une petite flamme délirante qui l’ ouvrirait  sur un univers poétique personnel comme celui de James Thierrée. Le public vincennois n’avait pas l’air mécontent, sans pour autant  paraître vraiment enflammé de bonheur.

Théâtre Daniel-Sorano 16 rue Charles Pathé Métro Château de Vincennes jusqu’au 21 février.


Archives pour la catégorie critique

ÉCOLE DE L’OPÉRA DE PÉKIN : AU BORD DE L’EAU

 AU BORD DE L’EAU ,   préface de Shi Nai-An, mise en scène Patrick Sommier.

Patrick Sommier travaille depuis sept ans avec l’École de l’Opéra de Pékin qu’il avait reçue à Bobigny pour la première fois en 2002. Après plusieurs séjours à Pékin, Patrick Sommier a voulu  travailler à changer le regard  que nous avons sur ce théâtre légendaire,  montrer comment se forme un acteur chinois et révéler ce théâtre à un public ignorant ses codes. Au bord de l’eau est tiré de célèbres romans chinois, et  s’inspire d’une révolte contre le pouvoir central, à la fin de la dynastie des Song du Nord au XIIe siècle. Plusieurs versions fondées sur des récits de conteurs populaires  nous sont parvenues.

  Le spectacle comporte 18 scènes introduites par un prologue. C’est Alain Enjary, seul acteur français qui est l’interprète du grand maréchal Hong Xi qui libère les forces du mal contre l’avis de ses sujets, en ordonnant de creuser au- delà des interdictions divines. Vingt acteurs élèves, neuf professeurs et sept musiciens mènent le spectacle avec une virtuosité étincelante, passant des livres ( chaque tableau étant affiché comme « une revenante enlève son bien aimé », « le vrai et le faux Li Kui » ou Blizard sur le temple »), aux exercices d’école toujours éblouissants, de la Chine du passé raffinée et obscure, à celle d’aujourd’hui. Malgré les difficultés que l’on peut éprouver à suivre le fil des histoires , malgré les sous-titres, on reste sidéré par tant de virtuosité…

Edith Rappoport

Jusqu’au 24 janvier.

LE VILLAGE D’À CÔTÉ


  Solo  par la Compagnie  Gravitation.
Nous arrivons près d’Arc-et- Senans, après un long parcours sous la neige, dans la salle polyvalente d’Ettrepigney, un  petit village où sont rassemblées plus d’une centaine de personnes qui ont préparé cette soirée:  des jeunes servent au bar, installent les chaises dans désordre chaleureux. Max Bouvard-le docteur d’Oncle Vania à la campagne – cravaté, le nez chaussé de lunettes noires se présente:  » Kropps, chargé par la commune d’une étude pour accepter ou non le legs- quelques objets dérisoires du défunt Robert Chambard ». Il commence alors  à procèder à un sondage sur la composition socio-professionnelle et les diplômes du public, ce qui déclenche une joyeuse hilarité. Puis, Kropps  sélectionne une douzaine de personnes au sein du public pour interpréter la séance du conseil municipal, où sera discuté de ce legs.  On me choisit pour interpréter la pharmacienne Marie-Louise Magne et l’on  nous distribue alors  un texte  plutôt lucide sur le quotidien d’une petite commune de néo-ruraux.

  Kropps  commente des séquences vidéo, en particulier, celle de son père fermier parlant de la situation politique. Malgré quelques petites   longueurs   et une absence de fin, la soirée qui finissait par la dégustation d’une soupe et  de gâteaux était sans commune mesure avec l’accueil policé la veille à l’Opéra du Rhin ! Mais la Compagnie Gravitation a  encore du travail pour mener à bien  son entreprise.. .

Edith Rappoport

 

Foyer d’Éttrepigney (25)

 

Vienne 1913

Vienne 1913, comédie dramatique d’Alain Didier-Weill, mise en scène de Jean-Luc Paliès.

 vienne.jpg C’est l’histoire à  Vienne ,  dans les années 1913 d’un jeune homme très pauvre qui vient d’avoir vingt ans; il est  SDF ou à peu près , dort là où il peut, sur un banc de square ou dans des asiles de nuit; il suit des cours à l’ Ecole des Beaux-Arts  et il essaye de vendre. ses dessins. Parfaitement inconnu, il le deviendra assez rapidement: il s’appelait Adolf Hitler.
Vienne est une capitale brillante avec des peintres et des artistes exceptionnels,  et Hitler, même pauvre et inconnu,  va finir par fréquenter l’intelligentzia de la ville. Il y reviendra  quelques années plus tard pour proclamer l’Anschluss…
Mais  Alain Didier Weill explique qu’il n’ a pas voulu faire de ce jeune Hitler une brute raciste mais a  essayé de comprendre pourquoi le pire avait côtoyé le meilleur dans la capitale mythique de l’Autriche il y a déjà un siècle maintenant, et a enfanté la barbarie la plus violente depuis longtemps..Il y a la fois les tenants du nationalisme le plus virulent, des marxistes mais aussi des antisémites.
On voit ainsi Freud le cigare au bec et son disciple Jung avec lequel il va se brouiller, première scission dans le mouvement psychanalytique encore dans l’enfance, et un jeune homme,  Hugo , antisémite,   que Jung enverra consulter Freud.
gardien1.jpgJean-Luc Paliès a conçu son spectacle- dont c’est ici une reprise-comme une sorte d’oratorio avec deux chanteuses, un musicien :Jean-Claude Chapuis qui joue sur des verres en cristal, et plusieurs récitants qui incarnent les différents personnages; c’est rigoureusement dirigé,   le jeune acteur Miguel-Ange Sarmiento qui incarne Hitler est  remarquable, et Jean-Luc Paliès recrée un Docteur Freud tout à fait crédible.
Mais du côté dramaturgie, c’est beaucoup moins bien et les petites scènes se succèdent aux petites scènes, avec de temps en temps, une partition chantée ou jouée.Il y parfois des moments  pleins d’humour. Mais l’ensemble n’ a rien de très passionnant et a des côtés pédagogiques dont on aurait aimé être dispensé; il n’y a pas vraiment de fil rouge et  les discussions entre Freud et Jung semblent plaquées, sorties tout droit d’une pas très bonne série télé, même si l’auteur sait ce dont il il parle, puisqu’Alain Didier Weil est psychiatre et psychanalyste.
En fait,  quel que soit l’intérêt que l’on peut porter à une évocation de l’esprit qui souffla sur Vienne autrefois, la forme hybride d’un oratorio-fiction dramatique n’était  sûrement  pas la mieux adaptée…. Mais le spectacle, dit le petit  programme sans beaucoup de scrupules, bénéficie d’une écriture intelligente et d’une mise en scène très étonnante( sic). Puisqu’on vous le dit! Encore une fois même  si la mise en scène est rigoureuse,, elle aussi des côtés brouillons, ce qui n’est pas incompatible et  le spectacle hésite constamment entre la forme de l’oratorio et celle d’un comédie avec des personnages historiques.
Alors à voir?  Pas sûr du tout!

Philippe du Vignal

Théâtre du Lierre, 28 rue du Chevaleret,  jusqu’au 24 janvier.

Note à benêts: 

  Le directeur du lieu:  Farid Paya demande à l’entrée  de son  théâtre que l’on signe une pétition contre la diminution des ses moyens  par la DRAC Ile de France, ce qui est parfaitement son droit mais quand il prétend que ce sont quelques experts de la commission théâtre qui ont décidé de cette mesure, cela relève de la manipulation et/ou de la mauvaise foi. puisqu’il sait très bien que c’est la seule DRAC qui décide, et non les experts dont l’avis est seulement consultatif.

LE COURONNEMENT DE POPPÉE

LE COURONNEMENT DE POPPÉE opéra de Claudio Monteverdi, livret de Giovanni Busenello, direction musicale deJérôme Correas, mise en scène de Christophe Rauck.

              4415md.jpgL’ARCAL, fondée par Christian Gangneron au début des années 1980, une vraie compagnie lyrique a su « rendre l’art lyrique vivant et actuel pour nos contemporains, y compris ceux qui se pensent les plus éloignés de notre monde…». Le couronnement de Poppée ouvre leur 27 ème  saison, cet opéra de Monteverdi,  vieux de plus de trois cent cinquante ans,  est donné, chose rarissime, pour 23 représentations en banlieue parisienne mais aussi à  Besançon, Reims et Martigues;  la dernière est  à Villejuif le 9 avril.  A ne pas manquer !
C’est la première réalaisation lyrique de Chistophe Rauck,, directeur du Théâtre Gérard Philipe  de Saint Denis, metteur en scène  remarquable (entre autres Le rire des asticots de Cami et un beau spectacle sur Nougaro L’araignée de l’Éternel).

Avec l’Ensemble des Paladins- neuf instrumentistes dont viole de gambe et théorbe- dirigé par Jérôme Correas, et douze  chanteurs qui s’imposent, ce spectacle est un pur délice musical. Néron,  tombé amoureux de Poppée, doit répudier Octavie qu’il déclare frigide et stérile. Son précepteur Sénèque veut l’en empêcher mais  il le condamne à mort. Poppée vient d’abandonner Othon qui se désespère et se réfugie dans les bras de Drusilla. Celle-ci lui prêtera ses vêtements pour tenter d’assassiner Poppée sur ordre d’Octavie. Découverts, ils seront graciés et condamnés à l’exil par Néron qui couronnera sa Poppée.    Maryseult Wieczorek,  bonne soprano très féminine qui interprète le rôle de Néron conçu pour un contre-ténor, peine à s’imposer au début , mais on se laisse vite  fasciner par son personnage: un  monstre amoureux qui ne recule devant rien pour satisfaire ses passions. Les protagonistes,  comme les personnages secondaires, donnent un relief étonnant à cette conquête amoureuse.  La scénographie d’Aurélie Thomas , décalée par moments- on passe des draperies de la gondole dorée qui doit emporter les amoureux, à un tableau fellinien avec  scooter et à l’incendie du globe autour duquel Néron s’enivre de son pouvoir- offre un cadre effficace  à la mise en scène  de Christophe Rauck. C’est du beau, du vrai, du grand théâtre lyrique.

Edith Rappoport

www.arcal-lyrique.fr

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Le couronnement de Poppée
Opéra de Claudio Monteverdi
Direction musicale Jérôme Corréas, mise en scène Christophe Rauck


2010 sera-t-elle l’année de la démocratisation culturelle ? Si la création d’un opéra à Saint-Denis (93) tend à prouver que l’espoir est permis, le succès qu’il remporte atteste le bien-fondé de cette initiative. Car ce spectacle est tout simplement exceptionnel.
Non, l’opéra n’est pas réservé aux seuls initiés ou aux élites. Christophe Rauck, directeur du TGP et metteur en scène, et Jérôme Corréas, directeur des Paladins, les interprètes, ont conjugué leurs efforts pour faire de ce chef-d’œuvre baroque un remarquable spectacle contemporain. L’argument en est simple : Néron et Poppée sont farouchement amoureux, et décident d’éliminer tout ce qui entravera leur projet de mariage. Ainsi, Octavie, la femme de Néron, sera répudiée ; Sénèque, le philosophe précepteur gênant parce qu’il exhorte à la raison, se suicidera avant d’être assassiné ; Othon, le chevalier amoureux de Poppée, sera envoyé en exil. Les machinations réussies, Poppée est couronnée impératrice.
Ici, les passions l’emportent sur la raison, la violence sur la tempérance, les puissants sur ceux qui ne sont rien. La souffrance, le mépris et la solitude finissent d’être pulvérisés par la vengeance, la volonté et la toute-puissance des amants terribles. D’ailleurs, le texte de Monteverdi comprend de superbes passages sur l’exercice du pouvoir, la loi, l’usage de la force, et bien sûr, la passion amoureuse dont la métaphore incandescente embrase concrètement toute la pièce.
Les chants sont sublimes et incarnés avec une grande justesse. Les interprètes, très expressifs, sont irréprochables : Poppée est gracieuse, Drusilla sensuelle, Néron viril, Octavie superbe et digne…
L’esprit espiègle de Christophe Rauck a tout imprégné : c’est une femme exsangue, blême, chauve et en fauteuil roulant qui incarne Fortune ; c’en est une autre, aveugle et voilée, qui incarne Amour. La nourrice,  la demoiselle, Lucain, Néron, sont joués par des hommes.
La scénographie fait s’alterner des décors qui sont autant d’hommages à l’esprit subversif du baroque : grand panneaux imitant le ciel ou représentant plantes et animaux sur un fond or, globe doré en cage (le monde est cerné) qui à la fin s’enflamme littéralement (la passion brûle tout);  au faste du carnaval vénitien : gondoles, masques, travestissements ; au dépouillement le plus extrême : cierges brûlant chez Sénèque comme dans un temple, et au cinéma italien des années 50 : Vespa, images de Rome et robe à pois évoquent La Dolce Vita ou Vacances Romaines.
Encore une fois, Christophe Rauck n’a donc pas tari en inventivité, ni l’ensemble des Paladins épargné sa peine pour réaliser un très beau moment.
La durée de la représentation, plutôt courte (trois heures en tout), et la simplicité de l’intrigue rendent cet opéra vraiment accessible, même aux plus néophytes. L’attention soutenue des adolescents ce soir-là, le déluge d’applaudissements et l’ovation finale sont l’expression la plus évidente de sa réussite.

Barbara Petit

Du 8 au 20 janvier au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis puis en tournée jusqu’avril 2010 à Vélizy, Reims, Besançon, Nanterre, Beynes, Clamart, Le Vésinet, Angoulême, Martigues, Guyancourt, Villejuif.

Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter

 Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter, mise en scène Johan Simons

   unevoix.jpgDeux voix, et une demi-douzaine de discours : la voix multiple du capitalisme, sous les avatars de l’homme politique, de l’homme de main, de l’entrepreneur, du journaliste porte-parole des valeurs marchandes, et d’un autre côté  la voix mal assurée de l’intellectuel, sous les espèces de la soumission, de la maladresse ou de la provocation, tout cela à la fin d’un banquet, sorti de diverses potions magiques alcooliques.
Ce qu’on entend, c’est l’amoralisme tranquille, l’irresponsabilité du profit pour le profit, la fuite en avant d’un dirigeant comme ce Cor Herkströker, président de la Shell, co-auteur du spectacle avec ses authentiques discours. Sûr de soi et dominateur. Face à ce rouleau compresseur, la pensée critique ne peut qu’être effarée, balbutiante, quand elle n’est pas honteuse et complice : là-dessus, avec sa lucidité jamais prise en défaut, Pasolini ne nous laisse aucune illusion.
L’acteur et le spectacle non plus, mais la critique passe par le rire. Pas à gorge déployée : on reste plutôt dans le hoquet de cette fin de banquet sans retenue. On est fasciné par  Jeroen Willems, qui joue tous les rôles, par sa virtuosité (d’autant plus qu’il est néerlandais et joue en français), parfois poussée jusqu’au cabotinage, par sa précision. Les passages d’un personnage à un autre constituent de précieux moments de théâtre : l’acteur prend le temps de trouver la situation qui amène ce changement, de se donner un nouveau visage, un nouveau rire, une nouvelle élocution, et de répondre aux personnages qu’il vient de quitter.
Exploit théâtral. Et aussi image terrifiante d’un monde unipolaire : où l’on voit des “autres“, alors qu’ il s’agit bien du même. Heureusement, un ou deux gestes en rupture (on ne vous les dira pas, allez voir vous-même) brisent cette continuité. On admire, on rit un peu; l’apologue sur le bien gagné en passant par le mal, dit par l’acteur en semi-travesti exhibitionniste, est un peu long. Mais on reste glacé par l’actualité de la pièce, jouée pour la première fois en 1997, présentée en français à Avignon en 2004 : crise boursière, G 20, Copenhague, font résonner encore et encore ces Deux Voix.

Christine Friedel

 

Théâtre des Amandiers Nanterre – jusqu’àu 10 février. 01 46147000

L’IMMEDIAT

L’IMMEDIAT la mere Boitel , spectacle de Camille Boitel

limmediat.jpgCeux qui ont vu « L’Homme d’Hus » en Mars 2004 au Théâtre de le Cité Internationale se rappellent sûrement le plateau envahi par des tréteaux capricieux qu’un personnage mi-clown, mi-prophète tentait de maîtriser.
Ce dompteur de tréteaux, c’était Camille Boitel, nourri de théâtre de rue, de cirque, de lectures aussi- car il lit beaucoup, les poètes et les philosophes surtout -, qui nous proposait ce spectacle qu’il avait travaillé longtemps, dont il avait présenté plusieurs étapes, dont une à la manifestation « Jeunes Talents Cirque » qui l’avait révélé. Après sa création au Théâtre de la Cité Internationale, le spectacle était parti  pour une longue tournée.
 Et déjà un autre projet occupait Camille Boitel , un autre chantier qui a abouti après différentes étapes à cet « Immédiat » qui nous est donné à voir au Théâtre de la Cité Internationale à nouveau, sur le grand plateau de la Coupole transformé en entrepôt, en grenier fantastique.
Pendant des mois, lui et ses danseurs-bricoleurs-acrobates, cinq garçons et une fille, ont patiemment construit et déconstruit le chaos, ont exploré toutes les facettes du déséquilibre. et ils sont là, six personnages peu différenciés, tantôt en robes, tantôt en sous vêtements comme des enfants qui prennent tellement de plaisir à retarder le moment de s’habiller.
D’abord le plateau comme un bric à brac incroyable fait d’objets qui se dérobent, qui s’animent, se rebellent, de murs qui s’ouvrent, de meubles qui s’effondrent face à des corps qui eux aussi lâchent, désobéissent. Après l’écroulement et le chaos, le plateau se vide de cet enchevêtrement d’objets en révolte. Restent  quelques meubles plus sages mais plus inquiétants encore qui s’ouvrent sur des bras, des jambes, des têtes. Puis des panneaux animés, des murs qui tenteraient de reconstruire un espace, vont et viennent, laissent apparaître l’un ou l’autre des danseurs acrobates, mais jamais celui qu’on attendait.  Apparitions, disparitions, toujours aussi difficile d’affirmer sa présence dans cet univers en mouvement.
Au final, les six amoncellent à nouveau les objets du bric à brac du début, tout peut recommencer.Le spectacle de Camille Boitel et de ses complices est à l’image de notre lutte dérisoire pour exister dans un monde en désordre. Un désordre auquel nous participons, dans lequel nous nous faisons des peurs ridicules pour ne pas affronter la grande peur.
Entre excitation ludique  et angoisse existentielle,  se mêlent  dans la salle les rires des enfants et des adultes, des rires différents bien sûr ,  devant ces tentatives burlesques pour apprivoiser le chaos.

Françoise du Chaxel

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L’IMMÉDIAT Théâtre de la Cité internationale

 

Spectacle de la Mère Boitel avec Marine Boise, Jérémie Garry, Aldo Thomas, Pascal Le Corre, Jacques-Benoît et Camille Boitel.
Camille Boitel, jeune circassien formé chez Annie Fratellini s’est révélé au Théâtre de la Cité internationale en 2003 dans le cadre de Jeunes talents cirque, avec un personnage sale et agressif L’homme de Hus. Après deux ans de tournées, il a remis le fer à l’ouvrage pendant de longs mois en élargissant progressivement son équipe pour inventer L’immédiat. Il aime le paradoxe : les circassiens recherchent l’équilibre, lui le déséquilibre. Un personnage, semi clochard entre en scène dans un bric à brac hallucinant, chaque mouvement provoque un écroulement de la table, des chaises, des parois de la maison, il arrive à un lit où il remplace la jeune femme qui y dormait, elle enfile sa vieille robe de chambre et continue à provoquer des catastrophes. Chaque mouvement déclenche une avalanche de rires bienfaisants dans la salle, on est tout d’abord sidéré par l’invraisemblable audace acrobatique des six acteurs vêtus d’oripeaux féminins, qui finissent par empiler une véritable montagne de vieilles poussettes, de chaises de tricycles, de tableaux, de tous les rebuts dont notre société est envahie. Malheureusement, le spectacle durant une heure trente, cette puissante métaphore finit par s’user avant ce splendide final. C’est néanmoins de la belle ouvrage.

Edith Rappoport

Au Théâtre de la Cité internationale, 17 Bd Jourdan, 75014 Paris; 01 43 13 50 50, du 7 au 31 janvier, A L’Hippodrome de Douai, 03 27 99 66 66, les 25 et 26 février, au Théâtre de l’Espace de Besançon, 03 81 51 03 12, les 10 et 12 Mars.  

ALICE POUR LE MOMENT

ALICE POUR LE MOMENT, de Sylvain Levey, mise en scène d’ Anne Courel.
Les scènes prestigieuses du Théâtre de la Ville ou de L’Odéon  proposent aux enfants et aux adolescents des spectacles qui font entrer le monde d’aujourd’hui sur les plateaux. Mais au Théâtre Nouvelle Génération de Lyon dirigé par Nino d’Introna, les auteurs « vivants », bien vivants, sont aussi  à l’honneur.

 big0.jpgLa dernière création coproduite par le Centre dramatique, « Alice pour le moment » de Sylvain Levey par la compagnie Ariadne nous fait très justement entendre l’histoire de cette Alice pas encore tout à fait définie.
Alice est au bord de l’adolescence et marche sur cette frontière ténue qui la sépare du monde des adultes. Elle est à ce moment de la vie où l’on sent son corps changer et où il faut trouver sa place , au collège comme dans la vie. Et pour elle,  c’est encore plus difficile: elle vient en effet  du Chili et ses parents ont un accent « circonflexe » et,  de  plus, ils déménagent souvent, au gré des emplois que trouve le père. Alors Alice trace des parcours provisoires qui la rassurent pour quelque temps.

 

  La pièce commence  quand sa mère vient la chercher à la sortie du collège et l’appelle d’un « Ma chérie » tonitruant. La honte !, qui annonce une nouvelle: le père a trouvé du travail, il faut charger la vieille Mercedes qui sert d’armoire, de garde-meubles et  de garde-manger, et partir  aller ramasser des noisettes dans le Sud . Partir, une nouvelle fois. Difficile alors de garder des amies, des amours. Alice va de rencontre en rencontre et grandit ainsi au gré des mots et des gestes furtivement échangés.
Ses parents  gardent une fantaisie insouciante malgré les coups durs, tandis que leur fille, comme souvent les adolescents, les regarde se coltiner une vie qui ne fait pas de cadeaux, avec une lucidité joyeuse. Alice adulte aura trouvé sa place, tracera des parcours plus rassurants sans oublier d’où elle vient. La force du récit d’Alice, car c’est la forme qu’a choisie Sylvain Levey, en passant en douceur du récit au théâtre, c’est la vitalité de cette toute jeune fille qui n’est ni dans la plainte ni dans l’agressivité. Elle est avant tout bien vivante.
Alice c’est Charlotte Ligneau, très jeune comédienne, dont c’est le premier rôle important qui est étonnante de justesse et d’énergie. Elle porte le texte et le spectacle; aussi à l’aise dans le monologue que dans le dialogue, et occupe magnifiquement ce grand plateau, que des voilages clairs font vivre  et qui  se transforment même en corde d’escalade , quand Alice nous dit son corps qui se transforme.
Quelques réserves sur les scènes avec les parents, les comédiens soulignant trop leurs personnages, comme si Anne Courel avait eu peur de ne pas  faire assez » théâtral  ». Les deux scènes avec Gabin (Sébastien Valignat) le premier amoureux d’Alice, sont elles, très belles, tendres et cocasses à la fois, teintées de la mélancolie des amours sans lendemain. Sylvain Levey a écrit ce texte en résidence et surtout en complicité avec la compagnie d’Anne Courel et la ville où elle est installée, Bourgoin- Jallieu en Isère
Six mois de présence , des ateliers , des rencontres, un feuilleton, un thème à explorer avec les habitant: l’adolescence et l’errance. Un premier texte est né de cette complicité, Mon Alice en ville  qu’il a retravaillé pour lui donner sa forme finale: Alice pour le moment qui nous est présentée là. Sylvain Levey est un auteur heureux; très demandé, il va de résidence en résidence, et mêle subtilement dans son réalisme poétique ce qu’il sait de la vie et ce qu’il en apprend de rencontre en rencontre. Ce spectacle est une belle occasion de découvrir son écriture.

Françoise du Chaxel

Spectacle vu le 5 Janvier 2010 au TNG de Lyon.
En tournée à l’Espace 600 de Grenoble le 19 janvier, à la Maison des arts de Thonon Evian le 26 janvier; au Festival A Pas Comptés de Dijon, les 3 et 4 Février; au Tobogan de Décines les 1 et 2 Mars; au Dôme -Théâtre d’Albertville, les 3 , 4 et 5 Mars; à l’espace Tonkin de Villeurbanne le 11 Mars; à l’Espace Malraux de Chambéry du 27 au 30 Avril, et au Théâtre de l’Est Parisien en mai.

Le Cas Jekyll

Le Cas Jekyll , adaptation de Christine Montalbeltti de Dr Jekyll et M. Hyde de Robert Louis Stevenson, mise en scène de Denis Podalydès et d’Emmanuel Bourdieu.

     resizesmmedia1fichierjekyll2.jpgRobert Louis Stevenson, l’auteur britannique de L’Ile au Trésor fit paraître en 1886 sa fameuse nouvelle Docteur Jekyll et M. Hyde qui connut depuis plus de cent ans, nombre  d’adaptations au  théâtre , au cinéma, à la télévision, en bandes dessinées comme en chansons. A part Faust, il n’y a sans doute pas eu de  mythe plus célèbre que celui créé par cet écrivain. Et  ce médecin  obsédé par l’idée du bien et du mal , qui met au point une sorte de drogue pour l’aider à plus de clairvoyance, et qui, finalement, se laisse emporter par son double horrible et monstrueux qu’est M. Hyde,  n’a pas fini de nous hanter, chaque époque renouvelant le personnage…
  Donc, Denis Podalydès,  devenu l’acteur fétiche de la Comédie-Française et que l’on a pu voir récemment dans L’Avare,  s’est emparé à son tour du personnage dans une sorte de récit/monologue, en fait réécrit par Christine Montalbetti où l’on nous raconte l’histoire de ce  Dr Jekyll qui va se transformer en M. Hyde ,incapable de résister à ses pulsions malfaisantes  et criminelles comme disent tous les assassins devant  les tribunaux. Dans une sorte de dédoublement de la personnalité que nous avons tous ressenti à certains moments de notre vie.  Podalydès se transforme ainsi avec virtuosité, avec seulement un gant plein de poils hirsutes  et une perruque, en M. Hyde.
  Dans une chambre sordide,  éclairée d’une lumière glauque où il nous détaille d’un air complice ses tribulations,  avant de se mettre à frapper violemment un édredon, métaphore du corps qu’il est en train de saigner à mort. Et, quand il s’avance, dans une sorte de danse de mort,  le corps un peu disloqué, juste appuyé sur deux cannes, comme une marionnette, il est aussi  franchement inquiétant que fascinant. Du grand art d’acteur.
  Ce type de double personnage est évidemment du gâteau pour un comédien brillant comme Denis Podalydès, seul en scène,  qui joue constamment sur cette dualité profonde de l’être humain, et sur la lente déchéance qui va conduire le Docteur Hyde à sa perte.
Rien à dire : la prestation du comédien est brillante, un peu trop parfois,, comme si Denis Podalydès se laissait entraîner et  voulait nous prouver qu’il peut  passer facilement du vieux grigou d’ Harpagon à celui de ce double personnage.
Ce monologue a été conçu pour lui, mais disparaissent,  en même temps,  la trame réelle et  les  détails angoissants qui font le charme de la longue nouvelle… Le public est admiratif mais ne semble pas quand même vraiment convaincu par cette adaptation qui semble quand même un peu ( beaucoup?)  faite pour une démonstration d’acteur.

   Enfin, cela fait quand même du bien de voir la Salle Gémier bourrée à craquer, même par ces temps de froidure, et  rendue au théâtre, loin des mises  en scène approximatives et assez prétentieuses  de Jean-Baptiste Sastre et des ersatz de spectacles de Sophie Perez, programmés par Ariel Goldenberg, l’ancien directeur de Chaillot. Alors  à voir: oui, si vous voulez voir Denis Podalydès, plus brillant que jamais;  sinon, il y a sans doute d’autres priorités…

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot, T: 01-53-65-30-00 jusqu’au 23 janvier.
  

Le point sur Robert

  Le point sur Robert de Fabrice Lucchini.
D’abord un  déjeuner avec l’équipe du spectacle et Lucchini  qui  est un vrai festival, nous sommes écroulés de rire. Il baratine la serveuse, se fait photographier avec elle, signe le livre d’or…Et  entre en scène un quart d’heure après être sorti de table;  les bras chargés de livres qu’il pose sur une table, il commence par proférer doctement quelques phrases de Paul Valéry, puis dérive sur Roland Barthes, sa conférence inaugurale de Roland Barthes au Collège de France du 7 janvier 1977, sa rencontre ambiguë dans son appartement, les folles soirées du Palace.Il pratique avec une aisance folle l’art de la digression, saute d’un sujet à l’autre, évoque son passé de garçon coiffeur qu’il n’a pas oublié, puis Éric Rohmer son père en cinéma (mort ce 11 janvier et curieusement Fabrice Lucchini n’avait pas sa voix de comédien à la radio pour évoquer sa disparition !).   Le comédien se déhanche, fait à tout moment hurler de rire le public de cette immense salle de 1200 personnes. Nous avions déjà vu Le point sur Robert au Petit Montparnasse, il y a cinq ans, et  le spectacle nous avait semblé plus fin que dans  cette grande salle, où, au balcon, une partie du texte restait inaudible). Mais Le point sur Robert reste un solide fonds de commerce, et Robert, c’est le vrai prénom de Fabrice Lucchini !

 

Edith Rappoport

 

M.A.L.S. de Sochaux, et en tournée.

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