Afghanistan

Afghanistan de Véronique-Marie Kayeafganistan.jpg

Cette pièce,  destinée aux élèves  du secondaire  (14 à 17 ans) est une œuvre qui fait tout, sauf prendre les jeunes pour des imbéciles. En effet, les propos sont sérieux, la manière d’exposer les conflits subtile et la conclusion  exigeante , puisqu’elle ne résout rien, et ne cherche ni à rassurer ces jeunes,  ni à confirmer leur regard sur le monde, ni à proposer des solutions irréalistes.
Un jeune homme d’origine afghane  (Jim) travaille dans une salle de Quilles qui appartient à sa famille.  Axelle, une copine arrive pour reprendre contact avec lui,  après une séparation de plusieurs mois. Tout a changé depuis cette dernière nuit qu’ils ont passée ensemble et dont le résultat est un bébé qui doit bientôt naître.
Pendant  les premières trente minutes, nous avons vraiment l’impression que la pièce n’ira nulle part : l’auteur mène un jeu tout à fait racoleur  avec des blagues trop faciles, des réactions presque clownesques, surtout celles  de Jim qui ne semble pas prendre au sérieux le fait qu’Axelle soit   hors d’elle.
Ce bébé  à  naître  l’empêche en effet de réaliser son rêve: partir avec l’armée canadienne  pour faire la guerre en Afghanistan. Mais c’est Jim qui partira à la guerre  contre son gré.  Le jeune homme  voudrait plutôt rester chez lui et  s’occuper de cette salle de Quilles. Voilà les rôles masculins et féminins renversés, apparemment. Mais  tout va basculer: après une demi-heure, la situation se corse et la  stratégie dramaturgique de l’auteur se clarifie. Le dialogue entre au fond des choses;  les deux jeunes commencent à révéler leurs pensées les plus profondes et les raisons de leurs choix  émergent dans un flux de paroles qui avancent et reculent, comme le ressac d’une mer qui coulent dans tous les sens à la fois. Jim est bouleversé lorsqu’il apprend que « son » bébé sera adopté par d’autres… Il nous raconte le passé de sa famille, ses rêves, ses espoirs, les déceptions. Axelle  parle  aussi de son passé familial avec une mère célibataire et alcoolique. Les arguments s’accumulent. Pourquoi partir à la guerre, pourquoi refuser la guerre, pourquoi ne pas rester ensemble, la discussion s’ouvre vers toutes les préoccupations des jeunes actuels : la guerre, la famille, l’immigration, les rapports avec les parents,  la sexualité, la grossesse et le rôle de la femme  et de l’homme dans cette société où la femme  est souvent livrée à elle-même. Le dialogue est un peu coq-à-l’âne.
Toutefois,  l’auteur a bien capté le rythme chaotique de la vie actuelle  qui  oblige les jeunes  à faire des choix, à comprendre pourquoi ils agissent de la sorte, tout en prenant la responsabilité de leur propre avenir. La vie devient presque trop lourde et nous le sentons bien. Nous avons assisté à une matinée scolaire où la salle était bondée de jeunes et où tout le monde écoutait attentivement. Quel beau public! Evidemment  interpellé par ce qu’il voyait : même quand les propos deviennent parfois pénibles, le rire n’est pas absent. Mehdi Hamdad ( Jim) a une aisance en scène et un charme  captivant qui le servent bien servi  quand il  fait  le jeune qui s’en fiche un peu, réaction  d’autant plus choquante quand il est devant l’excellente Julie Grethen qui incarne une Axelle enceinte, nerveuse, très amère et presque révoltée.
Pourtant, les deux personnages vont évoluer.  Jim mûrit (même si Mehdi Hamdad pourrait   calmer un jeu parfois trop agité ),  alors qu’Axelle  est enfin capable de  sourire…  Nous entrevoyons la lueur d’une réconciliation encore possible, mais pas du tout sûre. Patricia Marceau a bien  dirigé les acteurs  dans un  décor efficace d’Ivo Valentik. La guerre devient  une métaphore pour parler de l’avenir des jeunes et Patricia Moreau a réussi  ce pari scénique et textuel.

Alvina Ruprecht

 

Production du théâtre La Catapulte,  théâtre franco-ontarien à Ottawa. à la Nouvelle Scène. Réservations : 613-241-27 27  Poste 1.


Archives pour la catégorie critique

La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Paul Desveaux.

  Décidément La Cerisaie n’a pas trop de chances cette saison: après la mise en scène très médiocre de Julie Brochen, on a eu droit à quelque chose d’aussi inutile avec celle de Paul Desveaux que l’on a connu plus inspiré. p924724.jpgDès l’entrée dans la salle, nous avons été saisi par un mauvais pressentiment… Soit une scénographie d’amateur conçue par Paul Desveaux lui-même : un plancher à grosses planches non fini ou déjà défait avec dans le fond, un mur lui clairement en ruine ( bonjour les symboles! Plus vulgaire, je meurs!) ) avec une petite galerie; ( à gauche sur la photo ) l’on y  monte par un escalier étroit  où viendra dormir Lioubov et où l’on remise les valises.
Côté cour,  une armoire, la fameuse armoire de la chambre des enfants, un vieux canapé aux bois  dorés, avec, à côté, une bergère. et un arbre avec des branches sans feuilles façon cubiste planté là pour donner du sens aux scènes  qui se passent  à l’extérieur..
Plus loin,  côté cour, la table de la salle à manger,  mais on ne sent ni le froid ni l’aube, et tout est sec comme un coup de trique. Et l’on ne sent évidemment pas  non plus  la présence même lointaine de cette cerisaie en fleurs qui est, que l’on le veuille ou non le symbole et le nœud central de la pièce.. Tous les personnages sont en costumes contemporains. Pourquoi pas, même si les jeunes femme sont habillées de robes d’été… Mais ce n’est pas cela qui peut faire sens, quand les enjeux mêmes de la pièce sont comme gommés et réduits à quelques images qui ne sont fondées sur aucune dramaturgie.
Quant à la direction d’acteurs, là, très franchement, on ne comprend pas  bien ce que Desveaux a voulu faire: ni Christophe Grégoire ni Océane Mozas, que l’on sent pas très à l’aise, ne sont  Lopakhine  et Lioubov, et crédibles à aucun moment. Alors, dans ces conditions, il n’y plus qu’à tirer l’échelle comme disait Molière.
Tout est mou:  la pièce s’étire sans rythme ,  fade et pâlichonne , et  même les scènes culte ( comme l’annonce de la vente de la cerisaie, ou le dernier dialogue entre Lioubov et Lopakhine ) sont ratées. Que sauver de ce désastre? La scène du bal peut-être, bien chorégraphiée par Yano Iatridès, où  tout d’un coup quelque chose se met à vivre dans cette triste chose, et  il y a aussi la belle présence de Jean-Claude Jay dans  le vieux Firs. Dès qu’il apparaît sur le plateau, c’est un peu de ce temps tchekhovien, si cruellement absent pendant ces quatre actes, que l’on retrouve pendant quelques minutes. Pour le reste.. autant  en emporte le vent dans les branches de cette cerisaie invisible…
Alors à voir? Non, surtout pas; ce ne serait pas du tout honnête que de recommander cet erzatz de Tchekhov… Revoyez plutôt chez vous dans le silence et , si possible ,avec un  ( tout petit)  verre de vodka à la main,  La Cerisaie de Brook ou celle de Strelher, impeccables de vérité et de vie, ces deux monuments tchekhoviens du 20ème siècle, dont les images sont encore présentes dans la mémoire de tous ceux qui les ont vu.
A chaque fois que nous les avons montrés à de jeunes étudiants qui n’en avaient évidemment jamais entendu parler, ces deux mises en scène ont provoqué l’admiration. C’est un signe qui ne trompe pas…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet jusqu’au 11 décembre.

Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge , d’après le conte populaire, texte et mise en scène de Jöel Pommerat.

C’est une » petite forme », comme  aurait dit Antoine Vitez  ce qui peut dire bien sûr que c’est   une grande et merveilleuse forme théâtrale. Joël Pommerat a repris le célèbre conte populaire de tradition orale très ancienne dont s’était déjà emparé chez nous Perrault à la fin du 17 ème siècle, et les Frères Grimm en Allemagne au I9 ème siècle. La version de Perrault est plus dure puisque le méchant loup croque, et la grand mère et le petite fille. Dans la version proposée par Pommerat, elles se retrouvent toutes les deux dans le ventre du loup mais un chasseur les en délivre et elles en ressortent toutes les deux indemnes.
Sur le plateau un peu en pente absolument dépouillé de tout accessoire, il y a seulement deux chaises de bois pour raconter l’histoire. Et comme personnages, un conteur en complet noir , trois femmes: une petite fille qui s’ennuie à la maison, sa Maman qui, sans doute trop occupée, ne joue guère avec elle,  sauf, de temps en temps, quand elle s’amuse à lui faire peur, comme si cela  préfigurait déjà la suite des aventures du petit chaperon rouge, et enfin la Grand-Mère, malade, située loin du monde de la petite fille et de la maman, seule dans une maison éloignée. Et puis le Loup.
Mais , le plus curieux de la fable est cette absence de personnages secondaires qui ne sont même pas évoqués. La maman n’a pas de mari, la petite fille n’a pas de papa ni de frère ou sœur, et la grand mère n’a pl
photochaperonrougehautedefelisabethcarecchio1105pcr57.jpgus ou pas de mari. Il y a aussi l’Ombre qui accompagne la Petite fille quand elle part seule avec le flan qu’elle a réussi à confectionner pour l’offrir à sa grand- mère.
La mise en scène de Joël Pommerat est une vraie merveille d’intelligence et de sensibilité;  et son travail est fondé sur la scénographie et les lumières absolument  exemplaires d’Eric Soyer, avec un rare sens des formes et des  couleurs, et un univers sonore de François et Grégoire Leymarie tout aussi efficaces. Il faudrait tout citer mais le moment où le loup mange la petite fille et la grandmère, uniquement sonore, est une pure merveille.Les costumes de Marguerite Bordat sont aussi d’une sobriété exemplaire, avec un clin d’œil que l’on ne remarque pas tout de suite: c’est la mère qui est habillée de rouge!
Alors que bien des spectacles actuels sont dans ce domaine d’une   pauvreté affligeante. Et c’est cet accomplissement absolu  dans la mise en scène, dans le texte, comme dans l’interprétation de tout premier ordre Ludovic Molière( le narrateur), Isabelle Rivoal ( la mère et le Loup) et Valérie Vinci ( le petit chaperon rouge et la grand mère) qui permet à Joël Pommerat de jouer subtilement entre le merveilleux  et la peur, et cette fascination mélangée de crainte pour l’inconnu que nous avons tous connu enfants… et sans doute adultes, avec juste ce qu’il faut de distance et d’humour pour que le cruel et l’horrible soient supportables pour les enfants.
Et il y a des répliques d’anthologie entre la petite fille et le loup »: Le loup est humain , il a seulement faim.- mais je n’ai pas envie tellement- Ce ne sont pas les enfants qui décident ». Le spectacle a beaucoup été joué et sa tournée continue avec une distribution parfois différente .Mais s’il passe près de chez vous en 2011 ( Sablé sur Sarthe, Ajaccio ,Champigny-sur-Marne Perpignan, Saint-Nazaire et Saumur y compris chez nos amis romains et barcelonais, ne le ratez surtout pas., et les enfants étaient visiblement heureux Il y a peu d’exemples d’un spectacle à la fois pour enfants et pour adultes qui dise autant de choses sur notre pauvre condition d’être humains par le biais d’un conte porté à la scène.

Philippe du Vignal

Odéon-Ateliers Berthier 17 ème jusqu’au 26 décembre.

NUIT DE LA MARIONNETTE

NUIT DE LA MARIONNETTE MARTO 

marionnette.jpgDepuis plusieurs années, cinq théâtres des Hauts de Seine conjuguent leurs efforts pour organiser MARTO, festival de marionnettes et théâtre d’objets pour adultes. Du 19 novembre au 16 décembre, c’est Antony, Chatenay-Malabry, Bagneux, Clamart, Fontenay aux Roses et Malakoff que l’on peut découvrir ou revoir des compagnies insolites.
Le Théâtre Jean Arp de Clamart a organisé une Nuit de la marionnette, avec une dizaine de compagnies qui présentaient de courts extraits de spectacles en devenir. Plusieurs parcours étaient organisés dans les différents lieux du théâtre, on nous remettait un bracelet pour suivre un guide.
Les histoires sans paroles de la compagnie Alinéa, puis Power of Love de Gare Centrale mettaient en scène un contrebassiste et de minuscules marionnettes au dessus d’un castelet quadrangulaire, n’avaient rien de bouleversant.
Par contre, Le Plaisir d’offrir de la S.O.U.P.E. compagnie qui présentait un magasin de dessous érotiques du début du siècle dernier, maniait un humour ambigu et des accessoires habilement conçus avec une belle présence du bonimenteur. Enfin Les grands classiques à domicile du Laboratoire itinérant Conte et objets, interprétés par un bon comédien, qui repassait et manipulait des objets de la vie quotidienne en mettant à sa sauce les contes de Perrault parvenait à capter son auditoire. Il y avait encore six spectacles annoncés jusqu’à 5 h 15 du matin la nuit était trop longue pour qui devait travailler le lendemain…

Edith Rappoport

Théâtre Jean Arp de Clamart

M.A.R.T.O jusqu’au 16 décembre www.festivalmarto.com

 

PETITES HISTOIRES DE LA FOLIE ORDINAIRE

PETITES HISTOIRES DE LA FOLIE ORDINAIRE de Petr Zelenka , mise en scène du collectif DRAO.

     h2023128281290364039.jpgPetr Zelenka est  est né à Prague en 1967. Il a connu la contrainte et la liberté., liberté ne rend pas forcément la vie facile. Les personnages de ses petites histoires sont lâchés dans une vie à laquelle ils n’étaient pas préparés, eux qui avaient vécu sous des regards inquisiteurs. L’inquiétude a changé de nature puisqu’il s’agit de savoir qui on est et que personne ne vous le dit.
Au cœur de cette folle comédie noire, deux jeunes gens, Pierre et son copain La mouche. L’un, Pierre, n’arrive pas à retenir les femmes qu’il aime, l’autre, La mouche a décidé de se passer des femmes que, pourtant, il collectionnait. La mouche donne des conseils à Pierre comme de couper les cheveux de son amoureuse, de les faire bouillir puis brûler et de répandre les cendres à l’endroit de leur première rencontre, lui se console avec un tuyau d’aspirateur, la conduite d’eau du lavabo ou un mannequin de cire.
Autour de Pierre, des parents et des voisins qui ajoutent à la folie ambiante. Son père fut autrefois une voix célèbre de la radio officielle qui commentait les grands évènements, il occupe maintenant son temps à des expériences étranges avec des ampoules électriques, sa mère inonde Pierre de coupures de presse concernant les évènements dans le monde et se désole d’avoir un fils aussi peu performant.
Ses voisins, Alice et Georges passent le temps entre insultes et scènes d’amour torrides pour lesquelles ils ont besoin d’un témoin. Pierre a aussi un patron qui lui avoue son amour pour les petits garçons. Et il connaît Sylvia la sculptrice qui réalisera le buste de son père. Les objets aussi participent à ce dérèglement, sa couverture s’anime, le mannequin de cire que lui a confié La mouche part se promener. Tout s’accélère, son père s’est remis à dire ses commentaires d’autrefois, sa mère est à l’hôpital psychiatrique et Pierre décide de se consacrer à la poésie avant de s’envoyer lui-même en Tchétchénie dans un grand carton. Fin de cette galerie de portraits de solitaires en mal de regards. Et une interrogation de l’auteur lui-même: la folie ne serait-elle pas plus séduisante que le génie. Un dispositif astucieux, un cercle de voilages qui s’ouvre et se ferme pour nous faire passer d’un espace à l’autre,  et il y a surtout une énergie de troupe autour de Stéphane Facco qui est un Pierre remarquable de poésie loufoque.Le collectif DRAO depuis quelques années, a mis toute son énergie à faire entendre et voir le répertoire contemporain, de Jean-Luc Lagarce à Fausto Paradivino. En nous faisant découvrir Petr Zelenka dont la pièce a fait date dans son pays, il nous donne une image forte et vivante du théâtre qui s’écrit aujourd’hui et qui raconte le monde.

Françoise du Chaxel

Théâtre de La Tempête, Cartoucherie de Vincennes.
Jusqu’au 12 Décembre.T: 01 43 28 36 36.

 Tournée : les 14, 15 et 16 décembre au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise.

 

 

 

 

La Chienne dans les orties

La Chienne dans les orties, texte et mise en scène de Marc-Michel Georges.

lachiennedanslesortiesphotomichelbocage101d64.jpgHenriette est seule, accompagnée seulement par sa chienne et ses « petits ». Elle parle de façon crue et sans complaisance, elle se raconte. On ne comprend tout d’abord pas par quel bout prendre son monologue et le lieu dans lequel elle se situe est aussi imprécis. Plusieurs canisses tracent des sentiers et deux escaliers, l’un contre le mur en avant-scène, l’autre étalé par terre dans un coin, complètent le décor.
Pourtant, la solide présence de l’actrice Chantal Péninon happe le spectateur, qui comprend peu à peu, à force de répétitions et de recoupements qu’Henriette se trouve juste à côté de son épicerie, maintenant presque à l’abandon – l’image des jambons envahis par les mouches l’obsède. Son mari est mort, ce qui n’est pas une grosse perte vu le calvaire qu’il lui faisait vivre.
En face, il y a la maison de Madame Clabert, l’amante de son mari. C’est à elle que s’adresse la plupart du temps Henriette, rejetant sur ce personnage imaginaire toutes les imprécations et la haine qu’elle semble avoir contenu . Dans le dénuement le plus total, il ne lui reste plus que sa chienne auprès d’elle. Dans un langage brut de décoffrage, elle est tour à tour drôle et tragique.
Elle s’adresse parfois à nous, ou alors est-ce à Madame Clabert qu’elle parle, et par des gestes simples et évocateurs elle se dévoile, comme lorsqu’elle se rapproche de sa chienne, représentée par une chaine qu’elle manipule bruyamment derrière une canisse ; ou encore lorsqu’elle monte dans le bus qui va l’emmener à la plage : elle grimpe sur l’escalier dans le coin de la scène et aidée par la musique, elle évoque la route cahotante.
Il y a quelques longueurs dans ce texte dense, et on regrette qu’il n’y ait pas davantage de rythme dans la mise en scène, mais la performance de Chantal Péninon, avec son phrasé clair et juste , mérite d’être remarquée.

 

Davi Juca

Théâtre Aire Falguière, les vendredis et samedis à 20h45, les dimanches à 15h30, jusqu’au 19 décembre.

Klaxon, trompette et pétarades

 Klaxon, trompette et pétarades, texte de Dario Fô, traduction de Marie-France Sidet, adaptation et mise en scène de Marc Prin.

On connaît bien en France depuis quelque quarante ans Dario Fô  (notamment son  fameux Mistero Buffo, Couple ouvert à deux battants, Faut pas payer; cette dernière pièce  avait obtenu un beau succès l’an passé dans ce même théâtre etc..) . Quant à cette pièce, elle  fut mise en scène et  jouée par Dariô Fô en 1981…  » C’est une pièce ancrée dans une actualité spécifique: l’ Italie des  » années de plomb » 1970 avec ses luttes sociales violentes, les séquestrations comme et l’assassinat d’Aldo Moro, nous dit Marc Prin. Quand, nous découvrions tous horrifiés les photos de son corps dans le coffre arrière d’une voiture, dans un pays très proche aux liens séculaires avec le nôtre…
Cette époque , se demande le metteur en scène, a-t-elle quelque chose à voir avec la nôtre. Oui, dit-il dans la mesure où elle annonce l’avènement d la prédominance et de l’omnipotence du pouvoir économico-financier sur la « chose politique ».  Et il ne craint pas de parler de théâtralité joyeuse et irrévérencieuse, véritablement populaire, en quête ce rire acéré qui aiguise la lucidité du spectateur »…
Bon,bon mais que voit-on sur le plateau? En vérité pas grand chose!  Une comédie à l’argument des plus minces, qu’il dit avoir adaptée et resserrée ( qu’en serait-il été si elle n’avait  été resserrée!) mais où l’on s’ennuie ferme pendant une heure quarante. Le thème: Antonio, l’un des ouvriers d’ Agnelli le tout puissant patron de la FIAT ; il roule avec sa  132 dans les faubourgs  de Turin quand il assiste à un horrible accident: une voiture, celle justement d’Agnelli percute un bas-côté de la route et a pris feu. N’écoutant que son courage, il cherche à sauver ses occupants bloqués à l’intérieur de la voiture; il en enveloppe un dans sa veste; l’homme- évidemment c’est Agnelli !- a le visage brûlé et  est dirigé d’urgence à l’hôpital où les chirurgiens vont lu refaire un visage correspondant à la photo qui est dans la veste que l’on croit la sienne. Sa femme et sa petite amie viennent rendre visite à cet Antonio qui n’est pas le bon.
Sur cette improbable confusion d’identité,quiproquos en rafales, gags usés jusqu’à la corde, etc… Ce qui pourrait à l’extrême rigueur faire l’objet d’une petite farce vite expédiée, étirée sur une heure quarante devient très vite quelque chose d’à peine supportable. D’autant plus que la mise  en scène, sans parler de ce qui fait office de scénographie  et  la direction d’acteurs sont misérables: cabotinage, criailleries permanentes, courses dans la salle. Dix minutes après le début, on a compris qu’il n’y avait plus rien à espérer, et la pièce se traîne lamentablement jusqu’à une fin qui n’en est pas une. Rien à sauver , tous aux abris. Pathétique… Aussi pathétique qu’un des petits textes du programme dont nous ne voudrions pas  priver nos lecteurs:  » La voix de la dissidence, une fois débondée, interdit-elle la dissension? (…) Entre le comédien et le personnage, entre la salle et la scène, entre la représentation et le réel, la farce remet du jeu, transforme en jeu la dénonciation elle-même. La destruction a ainsi son pendant positif de recomposition: ce que la dissidence farcesque défait du corps social qu’elle démembre en le représentant, elle le recompose dans l’ici et le maintenant de la représentation. Elle construit en direct l’utopie concrète d’une pratique lucide du spectacle qui vaut saisie lucide du réel ». ( sic)
Deux questions: Que pouvait être cette pièce de Dario Fô, à l’origine et non adaptée en 81? Comment et pourquoi Jean-Louis Martinelli , qui a d’habitude des choix plus rigoureux, a-t-il programmé ce  texte indigent et qui n’aurait sans doute pas attiré grand monde, s’il n’avait  été signé Dario Fô? On ne lui fera pas l’injure de croire qu’il ne l’avait pas lu? Le mystère reste entier.

 

Philippe du Vignal

Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 18 décembre.

http://www.dailymotion.com/video/xfkb75

LA DERNIÈRE INTERVIEW

LA DERNIÈRE INTERVIEW  dialogue imaginaire entre Dieudonné Niangouna et Jean Genet, conception et mise en scène de  Catherine Boskowitz

Catherine Boskowitz, après avoir découvert la dernière interview de Jean Genet donnée à la BBC en 1985, a proposé à Dieudonné Niangouna, comédien, auteur, metteur en scène de Brazzaville d’inventer avec elle un dialogue avec le poète disparu dont on fête le centenaire de la naissance. Depuis une dizaine d’années, l’écrivain congolais s’est imposé en France, notamment avec Les Inepties volantes au Festival d’Avignon 2009.
Gageure  séduisante pour Catherine Boskowitz, engagée dans une vraie recherche de théâtre populaire, et, par ailleurs, très bonne connaisseuse de l’Afrique où elle va souvent et où elle a des attaches familiales. Mais la metteuse en scène n’a pas ,du moins en ce soir de première, atteint son but. Quelques  panneaux blancs posés au hasard, un fond sonore continu de bruitages télévisés,: un dialogue lent, entrecoupé de silences,  s’établit entre une  journaliste à peine audible et l’artiste, tour à tour Jean Genet et Niangouna. Le ton monte par moments, il quitte le plateau pendant plusieurs minutes, etl’on pourrait croire que le spectacle est fini, mais Niangouna revient pour fracasser une table dont les morceaux s’éparpillent au risque de blesser les spectateurs ! La déception en ce soir de première était à la mesure de l’attente.

 

Edith Rappoport

 

 Confluences jusqu’au 11 décembre.

resa@confluences.net

Cadmus et Hermione

Cadmus et Hermione, tragédie de Jean-Baptiste Lully, mise en scène Benjamin Lazar

495c03cef65111df94c9ed5d2c545735.jpgÀ température hivernale, besoin de réconfort. Et l’on peut dire que Vincent Dumestre, le maître de la musique baroque, sait s’y prendre pour nous réchauffer le cœur et l’âme. Depuis un moment déjà, le directeur musical du Poème harmonique s’est associé avec Benjamin Lazar pour commettre de splendides mises en scène (comme ce Pyrame et Thisbé monté l’an dernier à l’Athénée, voir notre article dans Le Théâtre du blog).
Et pour une semaine, l’Opéra Comique a programmé une reprise de cette production créée en janvier 2008. Cette tragédie en un prologue et cinq actes (poème de Philippe Quinault d’après Les Métamorphoses d’Ovide), est le tout premier opéra français, et que Lully y pose les bases de l’art lyrique. Les danseurs, chœur et orchestre du Poème Harmonique se sont emparés avec talent de ce livret pour nous offrir un petit joyau, digne de la cour du roi Soleil.
Ce régal pour les yeux et l’esprit étant très prisé, à défaut de pouvoir y assister, nous ne saurions trop vous recommander de profiter des « rumeurs » que l’Opéra comique propose jusque fin décembre autour de ce spectacle, et qui, peu ou prou, sont élaborées avec les mêmes équipes. Ainsi, les 13 et 14 décembre, Benjamin Lazar proposera sa dernière création, Cachafaz, tragédie-barbare en deux actes de Copi (partition d’Oscar Strasnoy), sous la direction musicale de Geoffroy Jourdain, avec notamment l’ensemble 2E2M et les Cris de Paris. Les 22 et 23 décembre, Vincent Dumestre, Cécile Roussat et le Poème Harmonique invitent avec un spectacle :Arts du cirque, musiques et danses à Rome au XVIIe siècle , pour découvrir acrobates, mimes, chanteurs et musiciens dans l’esprit festif et masqué de la comedia dell’arte du traditionnel Carnaval romain. Les 14, 16 et 18 décembre, la compagnie Divertimenty offrira un spectacle didactique autour de la danse baroque, Belles lettres de danse. Et les 22 et 23 décembre, Louise Moaty, accompagnée de Bertrand Cuiller au clavecin, mettra en scène La Lanterne magique de M. Couperin, un concert optique, poétique et magique.
Il n’y a pas d’âge pour pénétrer l’univers baroque, comme en témoigne cette programmation riche et éclectique, et qui s’adresse à tous. Mais hâtez-vous, car le but d’un bruit, c’est de courir…

Barbara Petit

 

Festival Cadmus et Hermione jusqu’au 23 décembre.
Renseignements et programme www.opera-comique.com

Image de prévisualisation YouTube

 


Debout

Debout ! de Carole Thibaut d’après une idée et mise en scène d’ Agnès Desfosses en collaboration avec DKbel

   debout.jpg« Debout ! » nous dit Carole Thibaut (auteure engagée de théâtre contemporain travaillant aussi la mise en scène avec la Cie Sambre), traduisant l’intention initiale d’Agnès Desfosses qui porte ce projet artistique avec sa Compagnie Acta en collaboration avec DKbel, compagnie chorégraphique locale.

Le projet est ambitieux, à la hauteur de l’enjeu : pour Carole Thibaut recueillir la parole d’habitants de – la très médiatiquement stigmatisée – Villiers-le-Bel et la traduire de façon allégorique et non caricaturale en un grand poème théâtral pour comédiens amateurs et professionnels réunis autour de monologues, de dialogues et en chœur.
Pour Acta, il s’est agi d’animer des ateliers de théâtre par tranches d’âge (allant d’enfants à un groupe d’adultes) afin de s’assurer de la bonne représentativité de ce qui se jouerait sur le plateau, une microsociété tendant à représenter le plus fidèlement possible celle de la ville.
Ensuite, à partir du magnifique texte de Carole Thibaut, Acta et DKbel ont respectivement mis en scène et en chorégraphie les quarante artistes amateurs et professionnels qui ont fait vibrer le plateau de leur élan, de leur panache,  accompagnés par un remarquable travail de réglages d’entrées et sorties, des plus complexes dans un tel dispositif. Le plateau est un cercle dessiné au sol, à la manière d’une piste de cirque, et le public est placé dans une configuration tri-frontale. D’habiles découpes lumières ajoutées à un travail de projections d’images de la ville et de ses habitants (non décoratives, résolument signifiantes) viennent servir une scénographie qui oscille entre épure et foisonnement.
« Debout ! », nous disent-ils, avec leurs corps habiles – il en est de même pour la présence de plusieurs comédiens handicapés qui, jouant sur des fauteuils roulants – tout en portant le verbe haut. Ils nous racontent que cette ville est un melting pot, que la vie n’y est pas toujours rose, mais  pas toujours noire non plus, et appellent à ce qu’on pourrait qualifier d’un « sursaut citoyen » pour reprendre l’estime de soi et le faire vivre collectivement dans l’espace public. Ils nous disent aussi la violence de la stigmatisation, la honte parfois d’avoir été à ce point pris en otage par une représentation caricaturale de la situation locale par les medias, tout en fustigeant des formes de violence qui ne sont ps niée et qui existent dans la ville.
C’est bien un texte poético-politique exhortant à améliorer le cadre de vie – en l’illustrant aussi par de très jolis moments vécus par les habitants – qui nous est adressé. Trois destinataires en somme, les médias pour qu’ils arrêtent d’écrire n’importe quoi, les habitants, pour qu’ils soient pleinement acteurs d’une existence collective plus apaisée, et les publics étrangers à la ville, pour leur exposer une toute autre vision du vivre-ensemble dans cette cité, toute en nuance.
Ce projet  artistique, dont la forme, très visuelle (on reconnaît les talents de plasticienne et de photographe d’Agnès Desfosses) est bien servi par un texte poétique  qui fait varier sonnets (c’est à vérifier en lisant le texte, mais c’est l’impression dégagée), des formes plus incisives (presque des haïkus japonais) et des dialogues « plus théâtraux »; les comédiens amateurs et professionnels jouent des rôles, non leurs propres rôles dans cette société. Nous sommes dans la distanciation.
Le propos doit aussi être interprété comme une volonté d’artistes, inscrits depuis longtemps dans ce paysage local (tout en ayant une reconnaissance nationale et internationale, soulignons-le) d’utiliser leurs compétences propres pour agir comme acteurs du social (et pas comme travailleurs sociaux !). C’est aussi cela que parvient à nous dire cette association d’artistes, comme un hymne à un  théâtre politique non dogmatique.
Vous l’aurez compris, c’est fou ce que cela fait comme bien !

 Jérôme Robert

  Au centre Marcel Pagnol de Villiers-le-Bel Spectacle vu le 28 novembre 2010

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