Come Fly Away

Come Fly Away,  comédie musicale écrite et conçue par la chorégraphe Twyla Tharp, voix: Frank Sinatra.

   brodway.jpgLa  chorégraphe a créé le ballet , « Deuce Coupe » en associant des techniques de danse moderne à celles de la danse classique, et en utilisant aussi bien la musique classique, le jazz ou la pop comme support musical.

  Twyla Tharp, danseuse et écrivaine, elle est la chorégraphe du succès de « movin’out » (de Billy Joel) à Broadway, et aujourd’hui  met en scène les chansons de Frank Sinatra . « Come Fly Away », nouvelle comédie musicale est une succession de petites scènes, le lieu est une boîte de nuit et l’ambiance survoltée. Quinze danseurs passent la soirée à s’accoupler et à se séparer, à flirter et à se confronter. Les enregistrements joués sont les originaux, et pour les musiques additionnelles, Tharp fait appel à deux pointures de Broadway: Don Sebesky et Dave Pierce. Les arrangements ont été faits par Nelson Riddle, Billy May et Quincy Jones. Un orchestre de dix-neuf musiciens accompagnent ce show grandiose qui se révèle être une véritable prouesse technique sous la direction de Russ Kassoff, le dernier pianiste accompagnateur et chef d’orchestre de Frank Sinatra.
Le langage chorégraphique de Twyla Tharp mélange le geste contemporain, l’acrobatie, la pantomime et les sauts en l’air. Une véritable énergie se dégage de ses corps à la fois sensuels et virtuoses. Un jeu se crée entre quatre couples de danseurs: le jeu de l’amour entre les hommes et les femmes et les échanges qui se font et se défont. La troupe explose et se recompose en solo, duo ou trio selon les thèmes que Sinatra aimait chanter: les bonheurs et les  tristesses que la vie nous apporte.
Le glamour est au rendez-vous dans « My Way » et la danse devient un combat dans « That’s Life« ; la chorégraphie de Tharp est d’une sensualité extrême et donne un résultat léger et joyeux. Cette comédie musicale cherche un miroir à travers la danse et a peu de dialogues (dont quelques mots en français sur la lâcheté des hommes face à l’amour). Elle se termine bien évidemment sur le thème de « New-York, New-York ». La musique et la danse remplissent leur rôle: celui de nous faire rêver…

Nathalie Markovics.

Théâtre Maquis, 1535 Broadway, New-York
Depuis le 25 mars 2010


Archives pour la catégorie critique

La mère de la mariée- Chinoiseries

Céline Monsarrat, Evelyne de la Chenelière, histoires de couples en formation.

Hasard de la semaine, curiosité pour des représentations plus confidentielles : la Rue du Conservatoire ( association des anciens du Conservatoire national supérieur d’art dramatique les lectures vagabondes) nous ont conviés à la pièce de Céline Monsarrat, La mère de la mariée, une affaire de rencontre entre un homme et une femme en fin de soirée très arrosée, tandis que le Centre culturel canadien nous invitait aux Chinoiseries d’Evelyne de la Chenelière, affaire de rencontre entre un homme et une femme vivant sur le même palier. Points communs, outre le fond de l’affaire et Aneth, l’association vouée aux nouvelles écritures théâtrales : le charme de ces écritures féminines contemporaines.
On pourrait dire que Céline Monsarrat a davantage que sa consœur canadienne les pieds sur terre – encore que l’ivresse de ses deux personnages les fasse assez vite décoller, surtout la femme -, et que si ses répliques font rire, c’est qu’elles font mouche.   On regrettera qu’elle ait dévoilé avec le titre le vrai drame caché sous la coquetterie et le caprice. Bref, un très joli texte qui s’apparente, précisément, au Caprice de Musset, blessure et légèreté, avec un refus bien contemporain de l’illusion comme du pathétique. Le tout fort bien enlevé par Sylvie Lafontaine et Emmanuel de Sablet, sous la baguette bienveillante et tonique d’Ariane Pick et de Françoise Viallon-Murphy.

La pièce d’Evelyne de la Chenelière, mise en scène par Danièle Delaire, s’apparente plutôt au conte : Madame Potée et Monsieur Chiton se croisent et ne se connaissent pas, et il faut une série d’accidents et de transgressions imaginaires – sa mère à Lui meurt, le « lâchant » peu à peu, Elle tue son patron brocanteur par maladresse – pour que leur rencontre soit possible. Racontez -vous des histoires, il en restera toujours quelque chose. Dans une langue merveilleusement pauvre, à leur image, les «  héros  » s’envolent comme dans les dessins de Folon ou se rétrécissent à la taille des petits personnages de Sempé. Le phrasé parfait des acteurs, Christophe Carrère et Aurélia Labayle, rend avec beaucoup de grâce le tendre pessimisme et la fantaisie de l’auteure.

Christine Friedel

Céline Monsarrat est l’auteur d’une douzaine de pièces, jouées entre autres au Théâtre du Bélier, à Avignon.

Evelyne de la Chenelière, est passée par le Nouveau Théâtre Expérimental de Montréal, plusieurs de ses pièces ont été traduites et montées au Québec et à l’étranger. Chinoiseries sera repris l’automne prochain à la Scène Watteau, à Nogent-sur-Marne.

La petite sirène

La petite sirène adaptation théâtrale du conte d’Hans Christian Andersen mise en scène Rouslane Koudachov.

Pénétrer dans le théâtre Maly c’est un peu comme se plonger dans les riches heures du théâtre européen et mondial. Au frontispice de l’édifice est indiqué « Académie dramatique du Théâtre Maly,  Théâtre de l’Europe » Le théâtre Maly est associé  aux  grandes scènes européennes, en particulier  le théâtre de l’Odéon et le Piccolo  Théâtre de Milan, et , dans le hall d’entré, il y a des photos de Giorgio Strehler, Jack Lang et  Lev Dodine , le directeur-metteur en scène du Maly, témoignages des grands moments d’échanges du passé. Dans la galerie d’accueil , sont affichés les portraits des permanents: techniciens administratifs du théâtre, à la différence des autres salles russes qui affichent plutôt leurs comédiens vedettes.
  La troupe revient des Etats-Unis; elle a fêté ses 25ans cet hiver à la MC93 de Bobigny, et  repart prochainement en Asie. La salle de 800 places avec un orchestre et un balcon est sobre, juste peinte en noir.La petite Sirène a été réalisé par l’atelier des jeunes acteurs de l’Académie de Lev Dodine,  mais chacun de ces acteurs participent  à la vie de l’ensemble de la troupe.  Rouslane Koudachov ne cache pas l’illusion théâtrale, et les mécanismes du jeu de scène sont montrés. Une sorte d’illustration du traité de scénographie de Pierre Sonrel où  les poulies,  guindes, praticable mobile et voiles sont manipulés à vue, dans une belle chorégraphie d’Irina Liakhovskaya, par les cinq membres de la troupe, à la fois comédiens et serviteurs de plateau. En fonction des besoins de la fable, le praticable devient bateau, les voiles gonflés d’air , une mer démontée.Comédiens et éléments scéniques mobiles sont mis en valeur par la création lumière de Gleb Filchtinski. Et des musiques de Bach, Vivaldi, F de Milano accompagnent les chorégraphies. 
Deux peintres Alevtina Torik et Andrei Zaporojki ont fabriqué à partir du  même tissu des grands voiles ,les costumes et éléments de décors. Peu de texte, et le spectateur peut suivre l’intrigue sans comprendre le russe : le voyage de cette « petite sirène » qui découvre à ses dépens l’inconstance de l’amour humain d’un jeune prince, qu’elle a sauvé du  naufrage.
Le jeu des jeunes acteurs  dynamique, un peu trop souvent expressionniste, l’acteur russe est, on le sait, toujours  sur le point d’en faire un peu trop… .Le spectacle d’une durée d’une heure vingt, témoigne d’un réel travail professionnel, rarement rencontré dans le théâtre jeune public  chez nous et les enfants  ont déjà acquis les rituels de la scène, très  à l’écoute pendant le jeu, et  viennent offrir à la fin des bouquets de fleurs aux comédiens. Grâce à une démarche d’un théâtre de qualité et  non commercial, le  Théâtre Maly  éduque son  jeune public, qui gardera en mémoire la nostalgie de ce beau moment et reviendra  ensuite découvrir d’autres textes une fois devenus adulte.
C’est ainsi que le « goût du théâtre » en Russie se perpétue et que cet art reste ancré dans la cité.Un exemple à suivre … déjà compris d’ailleurs par des metteurs en scène directeur comme Olivier Py au théâtre de l’Odéon.

Jean Couturier

La vraie fiancée


La vraie fiancée d’après les Frère Grimm, texte , mise en scène et lumières  d’Olivier Py. 

      grimm.jpgOlivier Py reprend cette Vraie Fiancée qui avait connu un beau succès en décembre 2008. Il s’agit d’une sorte de relecture d’un des contes de Grimm avec un scénario et des personnages pourtant différents.
Une jeune fille discute avec un aimable jardinier d’autrefois, comme on en voit dans les  livres pour enfants: tablier bleu, grand nez et grosses lunettes, et arrosoir en métal à la main…. Son père,  veuf, s’est remarié avec une horrible femme qui lui préfère une grande poupée  de cire qu’elle emmène partout avec elle. Et elle va exiger de la jeune fille qu’elle accepte de lui faire coudre trois robes dans la nuit avec, comme aiguille,  une épine de rosier et , comme étoffe, des feuilles mortes. Puis de vider un lac dans la nuit avec une cuiller percée et  enfin de creuser un trou jusqu’au centre de la terre pour en rapporter une tonne d’or. Sinon,  à chaque fois, elle sera très durement battue. Mais il y a un bon ange par ailleurs accordéoniste, qui  réalisera par magie et à sa place ces travaux impossibles.
Avec tout cet or récolté, la marâtre, très perverse, veut construire un palais pour la poupée de cire et elle fait croire à son mari que sa fille veut la tuer, et elle persuade la jeune fille que son père vient de mourir. La jeune fille se réfugiera dans une forêt proche pour échapper à sa méchante belle-mère  où elle rencontrera un beau Pricne à qui elle fait promettre de ne pas l’oublier. mais la marâtre donne une eau d’oubli au prince pour qu’il tombe amoureux de la poupée de cire. Mais la jeune fielle voit bien en se rendant au château du Prince qu’il a bien oubliée. Elle rencontre des comédiens mais elle doit encore subir l’épreuve de la prison  sur ordre de la marâtre, prison où elle retrouve les comédiens…
Et elle va jouer avec eux son propre rôle et, miracle, le Prince acceptera de jouer aussi le sien. Le père de la jeune fille s’aperçoit enfin  des noirs desseins de sa nouvelle épouse , et le Prince et la jeune fille pourront enfin se marier…   On retrouve dans le beau texte d’ Olivier Py les éléments traditionnels du conte tels que les a brillamment analysés Bruno Bettelheim.A la fois, un personnage tout à fait  odieux , et d’autres  bienfaisants comme ce jardinier doux et proche de la nature ou cet ange délicieux qui ne veut que le bonheur de la jeune fille. Olivier Py a ajouté le personnage du père,  et l’autre fiancée du conte des Frères Grimm devient  une   poupée de cire, et  il y a également un grand acteur, chef de troupe.. Bien entendu, le personnage de la jeune fille/ victime de la méchanceté humaine dans un premier temps,  rappelle ceux de Peau d’Ane,de Blanche-Neige ou de Cendrillon.
Mais Olivier Py a ajouté deux scènes avec des comédiens- théâtre dans le théâtre- dont l’une  proche  de celle de l’acte II  d’Hamlet. Et il se livre avec beaucoup d’humour et de férocité à des considérations très actuelles sur le théâtre public:  » Populaire, moral, poétique, on n’avait pas vu cela depuis des siècles , et je serais obligé de faire du théâtre d’Etat, je préfère alors retourner en prison » s’écrie le Grand Comédien.
Le spectacle doit beaucoup à la scénographie  et aux costumes  intelligents et des plus inventifs dûs à Pierre-André Weitz qui a construit des cadres de centaines de petites ampoules qui n’est pas sans rappeler celui des Clowns d’Ariane Mnouchkine ( mais ce doit être le Moyen-Age pour beaucoup de nos lecteurs!). Il y a là un beau travail d’électriciens, puisque la lumière -signée Olivier Py et Bertrand Killy-est à géomètrie variable selon les scènes; cerise sur le gâteau: il y un seule ampoule rouge sur les centaines que l’on change chaque jour de place, uniquement bien sûr pour la beauté du geste. Comme  d’habitude , la mise en scène de  Py  est très soignée et chacun des comédiens/et ou musiciens(Céline Chérenne, Samuel Churin, Florent Galiier, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot et Benjamin Ritter) est excellent, comme la musique de Stéphane Leach sait être à la fois joyeuse et mélancolique, on ne boude pas son plaisir à ce spectacle qui peut être vu à plusieurs niveaux, celui des enfants comme celui de  leurs parents ou grand-parents…  Il y a bien quelques baisses de rythme dans la seconde partie et certains moments ne sont pas toujours d’une clarté absolue mais Olivier Py a le grand mérite d’avoir conçu et réalisé cette Vraie Fiancée , »spectacle pour tous », avec un soin et une exigence de qualité tout à fait remarquable. Et les enfants, même s’ils ne le perçoivent pas immédiatement peut-être, voient bien, comme l’écrit Daniel Loyaza,  qu’au travers  de  » ce conte à la gravité légère, on  a pris au sérieux « leur force et respecter leur volonté de savoir et de grandir ».
C’est finalement une bonne dose d’intelligence et de raffinement qu’offre , chaque soir  au public,  Olivier Py et ses comédiens. Et, dans une époque difficile et souvent injuste, un spectacle comme celui-là,  cela n’a pas de prix…

Philippe du Vignal

Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, spectacle pour tous à partir de sept ans. Dimanche 6 juin,  rencontre avec l’équipe artistique après la représentation. Jusqu’au  11 juin.

Rosa la Rouge

Rosa la Rouge, une épopée musicale de Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo .

    rosa.jpgRosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Le destin tragique de cette femme exceptionnelle avait déjà été évoqué sur scène par André Benedetto avec Rosa Lux en 70. Puis par Pierre Bourgeade ,avec Etoiles rouges ; Maragrethe von Trotta lui consacra aussi un film, avant qu’Anouk Grinberg ne lise ses Lettres à l’Atelier. Enfin, le premier album du groupe alternatif Rosa Luxembourg raconta sa vie en chansons.
Et c’est maintenant Claire Diterzi, auteur et compositeur notamment du chorégraphe Philippe Découflé et des spectacles de Marcial di Fonzo Bo qui a décidé de se lancer dans l’aventure…  Sur la grande scène nue du Rond-point, des images vidéo en très gros plan de corps de danseur musclé et de fesses en slip rouge de danseuse avec musique de percussions et de synthé. Bon..
Puis l’on passe sans transition à une projection de photos de Rosa Luxembourg et à une petite biographie très édulcorée, et à quelques phrases de ses textes également projetées  où son combat politique apparaît vraiment très peu et la jeune chanteuse décline- sans conviction-quelques extraits de ses lettres. Et l’on a droit à des vues de HLM de banlieue parisienne en bordure de Seine sur grand écran. De jeunes gens  peignent soigneusement sur les murs un slogan révolutionnaire.
Et Claire Literzi chante, assise au bord d’un praticable,  quelques chansons et lit des passages de lettres de Rosa Luxembourg en prison. Tiens , comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, on voit alors des images de couloir de prison avec une femme qui semble casser des portes. Il y a aussi un petit film avec une maquette de pavillon de banlieue qui s’ouvre pour laisser voir la vie d’un jeune couple avec des aller et retour fiction filmée et réalité de personnages sur scène, emprunté aux choréraphies de José Montalvo.  Mais le clou de la chose est ce long extrait de La Révolte de Spartacus  avec Kirk Douglas et des centaines de figurants rasés de près et tout propres sur eux.
Il y a aussi, entre autres divertissements, un petit film sur grand écran toujours, où des rouge-gorge  chantent sur les  branches d’ un arbre mort. Et l’on annonce  de façon très sobre, après quelques airs de chanson rock, l’assasinnat de Rosa Luxembourge et Karl  Liebknetch. Avant que l’on ait droit toujours à contempler sur grand écran  toujours ,mais cette fois-ci en fond de scène,le corps nu d’une jeune femme sur lequel tombe la neige, et pour faire bon poids, quelques mesures de l’Internationale jouées par les trois musiciens, avec un éclairage latéral violent. De quel couleur l’éclairage? Vous ne devinerez jamais!!!!!! Que dire devant ce salmigondis spectaculaire, au demeurant bien réalisé, avec des moyens conséquents mais où l’on serait bien en peine de trouver le moindre sens et la moindre pensée.
Pourquoi Marcial di Fonzo Bo, excellent acteur, s’est-il laissé  entraîner  dans cette chose pathétique dont il revendique portant la paternité avec Claire Diterzi.Le programme indique que Rosa la Rouge est née de la rencontre entre eux deux , de leur admiration réciproque et de leur désir de travailler ensemble. Si, si, si c’est marqué!   » Rouge gorge Place Rouge, Viande rouge et Du vin rouge Feu rouge Choeurs de l’armée rouge Moulin rouge Et carton rouge Liste rouge La Croix Rouge Rouge Le petit chaperon rouge Je n’ai pas peur et je veux tout », chante Claire Diterzi.
Nous aussi, on  veut bien tout , d’autant qu’elle sait  ce que chanter veut dire  avec rythme et sens de la scène et que ses trois musiciens jouent et l’accompagnent avec rigueur et générosité… Mais ce concert rock aurait dû rester un concert rock,  et ne pas être  transformé en spectacle avec des images aussi débiles, où le second degré rejoint vite le premier!
On avait compris dès les premières minutes que c’était sans aucun espoir! Alors à voir? A entendre seulement, si vous appréciez la belle voix et la musique de Claire Diterzi mais pour le reste, autant en emportent le vent et les « épopées musicales » de ce tonneau. Aucune épopée et pas plus de véritable Rosa Luxembourg,  dont le nom a simplement servi de prétexte. Et cela, c’est tout à fait dommage! La vie exemplaire de courage politique de Rosa Luxembourg méritait quand même autre chose…

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai.

Un Roi Arthur

Un Roi Arthur d’après Henry Purcell et John Dreyden, par la Compagnie des Grooms, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène d’Etienne Grebot.    18.jpgGerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.
La légende du Roi Arthur a été, on le sait,  source d’inspiration pour de nombreuses pièces, opéras et films mais l’adaptation qu’en ont tirée la Fanfare des  Grooms est un savant mélange de jeu sur scène et dans  le public , et d’interprétation rigoureuse et à la fois ludique de l’oeuvre que Purcell écrivit en 1691 quelques années avant de mourir à trente six ans…

   Il y a une chanteuse soprano:  Macha Lemaître, un contre-ténor Damien Ferrante qui va bientôt quitter les Grooms pour Les Arts florissants… Jacques Auffray, baryton et trombone, Danièle Cabasso, soprano et saxo,  Antoine Rosset bariton et et saxo, Serge Serafini ( tenor et saxo, Bruno Travert saxo et alto et Christophe Rappoport ( trompette). Tous excellents interprètes,  et comédiens.
 Cela commence par  de petites interventions dans la salle, dont une chanson zouloue, en attendant (soi-disant…) que des spectateurs très attendus soient là, histoire de chauffer le public, puis  l’un des Grooms raconte vite fait l’histoire de la création de l’opéra baroque de Purcell  : humour et gentillesse, sens inouï de l’échange avec le public  mais  aussi de l’interprétation chorale.
  Le cocktail a été dosé et testé depuis 1984 par Les Grooms qui ont joué un peu partout dans le monde et ont face à toutes les situations avec  un savoir-faire que n’ont pas toujours bien des compagnies de théâtre dans la rue. Il  ont plusieurs spectacles au chaud dont  La Flûte en chantier et La Tétralogie de Quat’Sous,  où Wagner et Mozart tiennent  compagnie à ce Roi Arthur dans cette reconquête de la musique d’opéra.
C’est à la fois simple- les Groomes ne se prennent pas au sérieux mais font les choses  sérieusement… Dans ce spectacle bien construit,  il y a des moments encore plus poétiques que d’ autres, comme l’arrivée de la princesse aveugle avec son grand bâton blanc, un mini-concert de flûtes, des abeilles qui butinent des fleurs derrière les chanteurs assis, ou bien encore la disparition de la princesse dans une coffre de toile..
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 Que l’on arrive à suivre ou non le scénario du Roi Arthur , ce n’est pas grave, de toute façon , on est  séduit tout de suite par cette musique à la fois complexe et populaire que l’on croit connaître et qui reste magique, et par ce théâtre qui n’en est pas vraiment, puisqu’il  a lieu à la  fois sur scène et dans la salle, avec un remarquable sens de la répartie et de l’improvisation,  sans que les comédiens/ chanteurs/ interprètes ne tombent  dans  la facilité.
Etienne Grebot a su diriger Les Grooms avec beaucoup d’intelligence mais aussi d’invention et d’efficacité: aucun décor,  sinon une dizaine de chaises avec housses , quelques accessoires et une machine à fumée. Il y a bien quelques petites longueurs  sur la fin et  un hors d’oeuvre qui mériterait d’être revu,   mais l’ensemble du spectacle assez court (une grande heure) est une belle réussite.  Les Grooms se baladent beaucoup en France comme à l’étranger : si vous voyez programmé ce Roi Arthur , n’hésitez pas…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses.
 Le 22 mai à St Rémy de Provence; le 29 mai à Dax; le 5 juin à Mayence; le 6 juin à Hachenburg; le 8 juin à Equerdreville; le 12 juin à Clamart; le 4 juillet à Blandy-les-Tours et du 7 au 10 juillet à Rennes; le 12 juillet à Pigna ; le 17 juillet à Sarlat. Puis du 5 au 8 août à Haselt ( Belgique); le 5 septembre à Mably et du 3 au 5 novembre à Charleroi et le 11 décembre à Istres.

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La Ronde du carré

Deux  critiques sur La Ronde du carré: Evelyne Loew, Christine Friedel

La Ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis, traduction Claudine Galéa avec Dimitra Kondylaki, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti, par Evelyne Loew

  carre.jpgDimitriadis propose, dans une construction quasi géométrique, une série d’expériences. Comme en physique chimie, il s’agit de mettre des corps purs en présence.
Expériences relationnelles, à deux ou trois éléments
, en couple, en trio. Quelles explosions, quelles réactions vont se produire? De l’admiration éperdue, à la dépendance absolue, en passant par les attentes inconciliables et inassouvies, ou au dépeçage du corps de l’aimé (e), vont s’exposer à nu les forces du désir, de l’amour, de l’emprise.

  Le texte est une formidable machine à jouer, certes, mais il aurait pu rester une démonstration un peu abstraite et paraître long avec ses personnages baptisés Bleu, Vert, Violet, Rouge, etc, qui viennent et reviennent, trois fois, quatre fois, dans des reprises très légèrement différentes, jusqu’à la contraction et accélération finale, avec un effet « entonnoir » si on peut dire. Mais rien d’abstrait justement,  rien de contraint. Une mise en scène qui rend le spectacle enthousiasmant de bout en bout, rapide et vigoureux, souvent drôle aussi.  Il faut en premier lieu rendre hommage à la distribution parfaite. Huit comédiens magnifiques – Julien Allouf, Anne Alvaro, Bruno Boulzaguet, Cécile Bournay, Luc-Antoine Diquéro, Maud Le Grevellec, Christophe Maltot, Laurent Pigeonnat. – avec une énergie incroyable, une diction parfaite, des voix accordées, belles, chaudes. Chacun a une présence extrêmement forte qui rend son « personnage-couleur » immédiatement humain, attachant.
La scénographie s’agence en tableaux, là aussi très dessinés, superbement éclairés, donnant à chaque scène un angle de vision inattendu. Cela demande aux comédiens un jeu physique qui arrive néanmoins à rester gracieux, aérien. Ils jouent en équilibre dans de tout petits espaces, contre une paroi souple, ou sur une pente accentuée, ou encore accrochés en hauteur derrière un bureau, il jouent en sautant à la corde, en rebondissant sur un lit … Bien entendu, une telle aisance, une telle sûreté de jeu, ne s’obtiennent qu’avec beaucoup de travail et de talent. C’est vraiment une prouesse.
Mais il en est une autre essentielle:  comédiens et metteur en scène rendent le public intelligent. Ils font passer la subtilité de réflexion de l’auteur: il ne s’agit pas en effet  de variantes qui proposeraient des solutions diverses pour échapper à des situations fermées. Il s’agit, pour chaque couple ou trio, d’un jeu qui se reproduit indéfiniment dans les mêmes structures de comportement mental et affectif. Un jeu qui bute, comme un disque bloqué, l’aiguille revenant toujours au même sillon. Le carré se reproduit en boucle. Le carré des quatre situations de départ, mais aussi celui des structures rigides de chaque personnage, « carré » qui se révèle petit à petit, qui devient de plus en plus apparent.  N’en  serait-il pas, au final, la structure, le noyau, la construction de chaque personnalité ?
C’est une réflexion sur l’étrange et difficilement surmontable propension de chacun à l’auto-enfermement, même dans l’effusion de l’amour, sur l’impossibilité de regarder la vérité en face, sur le fait qu’il semblerait que le sexe et le cœur soient non partageables. A la fin du XIXème siècle, Ibsen poussait son héroïne, Nora, dans Une Maison de Poupée, à quitter le foyer où son mari l’ignorait, pour partir à la recherche d’elle-même. La liberté était derrière la porte.
Au XXIème siècle, avec Dimitriadis, c’est le « elle-même », ou « lui-même », qui est interrogé, toujours, partout, dans sa relation amoureuse à l’autre. La liberté n’est plus derrière la porte. La conclusion de Dimitriadis est moins simple que celle que proposait  Ibsen, mais elle n’est ni cynique, ni désespérante…Il faut aller l’écouter, mise en action comme il se doit au théâtre, et la méditer. Un spectacle magnifique, à tous points de vue.

Evelyne Loew

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La Ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti par Christine Friedel

cercle.jpg  Deux postulats, au moins, au départ de cette pièce : un: le temps ne passe pas, il reste en travers de la gorge, deux : quatre fois quatre couples ne font pas seize, mais une ronde presque infinie. On tourne en rond. Là-dessus, lire l’éclairage éblouissant donné par Daniel Loayza dans la feuille de salle distribuée au public, il dit tout ce qu’il faut savoir sur cette dramaturgie de la répétition-variation, mais nous vous en dirons quand même un peu.    Quatre couples, donc, dénommés chacun par une couleur, ou par une rencontre de couleurs, couples à deux et à trois, ça arrive. Avec cette présentation très géométrique, abstraite, les situations sont parfaitement réalistes et triviales. Du couple vert, la femme (Anne Alvaro) revient au foyer de son époux (Luc-Antoine Diquéro) après deux ans de fugue. J’ai échoué, dit-elle, dans mon désir de vivre plus, mieux, de s’accomplir, de trouver ma liberté. Et c’est là que tu vas échouer, répond-il, et tu ne reverras jamais tes enfants, punie, humiliée, poussée à bout. Et il n’y a pas de bout, malgré, beaucoup plus tard dans la pièce, un magnifique discours de dignité sur la solidarité fatale entre maître et esclave. À l’exception d’un moment de revanche, avec échange des rôles, dans la construction en spirale de la pièce, ce couple-là ne fait jamais rire. Les autres, si. Et ce, d’autant plus qu’ils sont plongés dans un aveuglement tragique.
N’attendez pas qu’on vous raconte: il y a des épisodes désopilants, comédie, farce, humour noir. Et soudain, le noir pur. Le plus intéressant, le plus neuf, ce qui vous agace, vous cloue à votre fauteuil, vous fatigue, vous promène et vous retient, c’est le parti pris d’expérimenter le couple – le couple impossible – avec cette écriture particulière. Bombe à fragmentation, elle joue sur le fragment d’une façon inédite, par répétitions et décalages d’un motif. Quelque chose des expériences de la peinture (Henri Cueco s’obstinant sur tel motif emprunté à Philippe de Champaigne) ou de la musique répétitive, « toujours semblable et jamais la même, comme l’eau qui coule » (Terry Riley). Il faut ajouter que la rythmique de la répétition n’est pas la même selon les couples en situation, ce qui fait surgir avec d’autant plus de force les résistances intérieures, les contradictions. D’où le rire, s’il y a lieu, et nous voici nous aussi en boucle.
Le plaisir du spectacle, qui n’a rien de gentil, allant dans la crudité et la cruauté jusqu’au langage de la pornographie, vient du dialogue musclé et de l’accord parfait entre l’écriture et la mise en scène. Les machines du décor s’envolent avec beaucoup d’esprit, entraînent les comédiens dans la véritable haute voltige de leur texte à variations. Les comédiens – « il faudrait tous les citer » – poussent le jeu du tragique au burlesque, et pas à sens unique, mais vers une dégringolade générale – on se relève, on retombe–, catastrophe proprement théâtrale.  Inutile d’insister : il est vivement conseillé d’aller se frotter à ce troisième opus de la saison à l’Odéon pour Dimitris Dimitriadis.

Christine Friedel

Théâtre National de l’Odéon – 01 44 85 40 40 jusqu’au 12 juin

Le texte est édité par Les Solitaires intempestifs.

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LES BOULINGRINS

 LES BOULINGRINS Opéra bouffe de Georges Aperghis, d’après les Boulingrins de Georges Courteline, mise en scène de Jérôme Deschamps par Edith Rappoport

 Le projet avait de quoi séduire, c’est la première commande d’État faite par le directeur de l’Opéra Comique au délicieux Georges Aperghis. qui avait mené de 1976 à 1997 un beau parcours avec l’ATEM de Bagnolet.

Hélas, malgré de vrais moyens, quatre bons chanteurs, dix musiciens, le spectacle s’enlise rapidement ! Des Rillettes, un pique assiette pas très malin, rend visite au couple Boulingrin qui l’ont invité. Il est reçu par l’aimable Félicie, leur bonne qui fait un portrait avantageux de ses maîtres, il s’imagine couler un bonheur paisible en venant diner chez eux trois fois par semaine. Mais il est tout de suite englouti dans d’incessantes querelles de ménage, il est sommé de prendre parti et n’en peut mais. Madame Boulingrin finira par mettre le feu au domicile conjugal, Des Rillettes ne s’en tirera que par miracle. Voilà pour l’argument qui n’est pas d’un intérêt majeur
Le décor de Laurent Peduzzi enferme les musiciens dans une structure métallique à deux étages, ils surplombent l’appartement des Boulingrins qui n’est presque pas utilisé, il y a au rez de chaussée un cuisinier percussionniste, ils restent indistincts dans la pénombre. Les chanteurs sont contraints de jouer sur le plateau en contrebas et on s’ennuierait ferme si le spectacle n’était pas sauvé par une partition dynamique et une durée modeste de 1 h 30.

Edith Rappoport

Opéra Comique

Avril 08, conte moderne

Avril 08, conte moderne, écriture et mise en scène de Fabrice Dauby.

         contebis.jpg C’est en effet à une sorte de conte auquel nous convie ce jeune auteur-metteur en scène. Avec trois jeunes hommes qui constituent autant de types de la société contemporaine; il y a le jeune employé de bourse, fasciné par les transactions financières et par l’argent au point de vouloir toujours en gagner davantage pour en donner toujours plus à  sa future jeune épouse et,  ainsi, du moins le croit-il la séduire.Il veut à tout prix fonder sa propre société, une fois  qu’il aura réuni assez de capitaux. Tout en sachant probablement que cela ne le mènera pas à grand chose…
   Mais la dite jeune épouse, qui ne parle pas du tout pendant une une bonne partie de la pièce dont les journées sont pour le moins mystérieuses, se rend souvent dans une cave pour y lire et penser. Elle  a un amant, assez violent,  qui travaillait au sein d’une ONG mais qui va finalement s’engager dans la Légion étrangère et mourra en Afghanistan. Il y a aussi le frère jumeau de cette jeune femme, directeur de la communication dans le groupe de sociétés que dirige son père et qui a une passion presque incestueuse pour sa sœur. Et, passe de temps en temps un homme inquiétant un peu âgé , qui vient voir la jeune femme sans prononcer un mot.
  La pièce est construite sur une suite de monologues de chacun des hommes ; la jeune femme est, la plupart du temps couchée sur un lit  couvert d’une couette rouge vif qui occupe le centre de la scène dans un espace noir où il n’y a que quelques miroirs. Les premières images sont de toute beauté, grâce à la scénographie épurée et fort efficace de Grégoire Faucheux mais le système dramaturgique-un peu faiblard- a du mal à fonctionner, sans doute et surtout parce que l’auteur  qui voudrait témoigner de la violence de son époque ne sait pas trop comment articuler  ce récit qui avance par à-coups un peu répétitifs.        
On a quelque mal à entrer vraiment dans ce conte philosophique qui en a la forme mais pas les couleurs, qui ne dénonce ni ne conteste vraiment dans son écriture la situation angoissante où se trouvent aujourd’hui nombre de jeunes gens. La pièce aurait mérité- et c’est souvent le cas dans les écritures  contemporaines en France- un scénario qui tienne  vraiment la route.
  On nous rétorquera sans doute que ce n’est sûrement pas ce qu’a voulu l’auteur-metteur en scène mais ce conte moderne parait quand même bien long; d’autant plus que les acteurs sont dirigés assez mollement, et dans une pénombre presque permanente ,ce qui n’arrange pas les choses.
  Et revient sans cesse cette lancinante question: on a souvent l’impression que les auteurs actuels se soucient peu de s’adresser  à un public et semblent pratiquer une sorte d’exorcisme qui ne profite qu’à eux-mêmes. Y-a-t-il un seul moment où l’on parle de l’Afghanistan comme d’un problème politique français? Alors que l’un des personnages va y laisser sa peau…
  Vous n’avez rien compris une fois de plus , du Vignal:  ce n’est pas du tout le propos.! Mais avouons-le, malgré de belles images, cette invitation « à venir écouter, éprouver, expérimenter ce que la vie a d’incertain, de sensible, de singulier », dit  Fabrice Dauby, ne nous a guère touché. Peut-être aurez-vous plus de chance…
Il nous semble que le théâtre peut dire des choses plus fortes et plus vraies à un moment où beaucoup de choses se dérèglent  dans la société française!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête,
Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin. T: 01-43-28-36-36
 
   

 

Roberto Zucco

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès mise en scène de Pauline Bureau.

 

fr12736703745235.jpgC’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers  dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Koltès s’est emparé de ce fait divers hors norme pour essayer de dire l’indicible. Des meurtres sanglants dont celui d’un enfant, une très  jeune fille violée, sa soeur envoyée sans ménagements faire la pute. Mieux valait en effet  ne pas croiser le chemin de cet être profondément meurtri lui-même et aux irrésistibles instincts de mort et de destruction. La pièce donc inspirée par cette tragédie  fut créée à la Schaubühne de Berlin en 90 puis créée en France par Bruno Boëglin au T.N.P. de Villeurbanne, avec notamment Judith Henry, Myriam Boyer, Hélène Surgère;. Et Cédric Kahn réalisa un film: Roberto Succo  du nom véritable du meurtrier (2001) d’après le livre de Pascale Froment.
Que peut nous dire Roberto Zucco aujourd’hui, vingt ans après la création, de la pièce très souvent montée en France comme à l’étranger? Pour Pauline Bureau, c’est, dit-elle, l’envie de voir sur un plateau « nos images sombres et nos fantasmes inavouables. Nos désirs noirs et les forces complexes qui s’emmêlent en nous. Comment la douceur et la violence , l’amour et la destruction, la vie et la mort peuvent exister ensemble. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et que d’interroger ça m’aide à l’accepter ».
En fait, Koltès n’entre pas dans une démonstration psychologique du personnage qui était  d’abord un grand malade et il  préfère évoquer en quinze tableaux cette descente aux enfers et ce passage à l’acte de ce jeune homme qui commença sa carrière de tueur à 19 ans seulement… Pauline Bureau s’est enfin débarrassée des facilités et autres vulgarités qui encombraient souvent ses réalisations précédentes, et il y a une rigueur remarquable dans ce travail.  Elle sait diriger avec beaucoup de maîtrise une équipe de  treize comédiens, même si la distribution est très inégale- et c’est un euphémisme!
Grâce à une scénographie intelligente d’Emmanuelle Roy, aux lumières  de Jean-Luc Chanonat, et aux costumes d’Alice Touvet,  elle réussit  bien aux meilleurs moments à créer le climat glauque des lieux: rue déserte, bordel… appartement sinistre où évolue le jeune tueur.
zucco.jpgMais Benoîte Bureau,  soeur et dramaturge de la metteuse en scène a  raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un  chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et  peine à  donner le rythme nécessaire à cette pièce  sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
Ce qui manque dans ce travail, c’est sans doute une interprétation plus convaincante et un peu plus d’audace dans la mise en scène ,pour que l’on puisse se laisse entraîner dans l’errance et le désespoir de ce jeune homme. Pour  » la tragédie moderne d’un écrivain mourant » , telle que la voit Benoîte Bureau,  désolé, mais il faudra repasser!
Alors à voir?  Si vous voulez découvrir la pièce de Koltès, peut-être, et il l y a de vrais beaux moments – plus picturaux d’ailleurs que véritablement dramatiques – et un sens de la mise en place indéniable chez la jeune metteuse en scène. Mais on aimerait bien que Pauline Bureau nous emmène dans des choix de textes un peu plus originaux… 

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin . T: 01-43-28-36-36

 

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