BIENVENUE AU CONSEIL D’ADMINISTRATION

 BIENVENUE AU CONSEIL D’ADMINISTRATION de Peter Handke, mise en scène d’Etienne Pommeret, .

 2010bagnoletbienvenueau.jpgUn espace vide ou à peu près, sombre, un lieu en cours d’installation, un homme entre, une mallette d’ordinateur à la main. Il s’adresse en souriant à nous, spectateurs/acteurs de ce conseil d’administration qui devrait se tenir dans ce lieu improbable. L’homme explique pourquoi rien n’est installé, pourquoi il fait froid. Le » portier » n’a rien pu préparer, il a dû partir soudainement :un de ses enfants qui faisait de la luge a été écrasé par une voiture.
L’absence du » portier » explique que rien ne soit prêt mais pas que le conseil d’administration doive se tenir dans cette maison isolée, à moitié écroulée, où il nous souhaite la bienvenue. Tandis que l’homme s’active, prépare, branche des câbles, règle la lumière, teste l’écran, il décrit le parcours que nous avons dû faire pour arriver jusque là, malgré la tempête de neige.
Au détour d’une phrase, nous apprenons que l’enfant a été écrasé par une des limousines qui nous amenaient là. La charpente de la maison craque sous le poids de la neige, mais , dit l’homme, la charpente de l’entreprise est solide et ne risque rien.
De quelle entreprise s’agit il? Pourquoi son conseil d’administration doit-il se tenir là? Nous ne le saurons pas.L’angoisse monte doucement malgré le sourire de l’homme qui nous rassure sur la santé de l’entreprise mais pas sur l’état de la maison, nous incitant à ne pas bouger pour ne pas provoquer l’écroulement du toit.
Marc Ernotte est cet homme à la douceur inquiétante qui mêle dans son discours de bienvenue les détails les plus concrets à des considérations plus générales tout en installant ce qui est nécessaire à ce conseil d’administration qui ne se tiendra pas. Ses yeux clairs et rieurs rassurent , nous emmènent doucement-car il nous impose son temps-vers la catastrophe. Il nous quitte , en nous laissant dans le noir. Bientôt, derrière un piano caché sous une bâche, une jeune fille lumineuse, Trami Nguyen fait retentir avec la même douceur trompeuse la musique composée pour le spectacle par Alexandros Markéas, prolongeant notre inquiétude et à notre perplexité. Et notre plaisir.
Etienne Pommeret avait découvert Peter Handke avec Claude Régy au Conservatoire lorsqu’il travaillait « La Chevauchée sur le lac de Constance » dont l’énigme ne s’ouvrait que sur le plateau. Puis, pour lui comme beaucoup d’entre nous, il y eut le choc de « Par les villages » à Chaillot, ce poème dramatique que beaucoup de comédiens portent en eux. « Bienvenue au conseil d’administration », il l’avait travaillé également au Conservatoire. C’est dire que Peter Handke est pour lui un compagnon de route théâtrale. Dans ce texte, publié avec d’autres récits d’abord publiés dans des revues, Kafka n’est pas loin , dont la découverte fut capitale pour Handke. Kafka qui savait faire naître l’inquiétude du quotidien le plus banal et qui atteignait le mystère en décrivant le réel le plus précisément du monde. « La langue est capable de n’importe quoi: elle peut parler de tout, de la neige, d’un seau, d’une luge, de la mort d’un enfant avec la même objective indifférence », écrit ,à propos de ce texte, G.A Goldschmidt , son traducteur et analyste.
La langue fait partie du mystère du théâtre que Handke veut faire partager au spectateur et Etienne Pommeret a réussi à l’atteindre avec ce spectacle en s’entourant de beaux complices.

 Françoise du Chaxel

 Théâtre de L’Echangeur à Bagnolet jusqu’au 28 novembre. 01 43 62 71 20.

 


Archives pour la catégorie critique

Didon et Enée

Didon et Enée , livret de Nahum Tate, musique d’Henry Purcell, direction musicale de Jean-Marie Puisant, adapté pour la scène par le Théâtre de la Mezzanine, mise en scène de Denis Chabroullet.

    ann4cd041d5cd626.jpgDenis Chabroullet  est, comme il se qualifie lui-même, un « auteur scénique » avec une propension à fabriquer des images souvent influencées par celles de la B. D. , où les effets lumineux et, le son et la lumière jouent un rôle important sans que l’on sache toujours trop bien quelles sont ses intentions. Pas ou très peu de texte mais un univers  personnel authentique. D’un spectacle à l’autre, (et nous avons dû en voir au moins six ), on retrouve ces bâtiments industriels hors d’usage,avec des fûts métalliques, des tuyauteries compliquées, des plans d’eau où les comédiens pataugent et/ou tombent, de belles  jeunes femmes en sous-vêtements,des vélos ou des motos que conduisent deux danseuses à la perruque rousse de la brume, beaucoup de brume, des palissades en bois, de vieux faux tableaux électriques, des robinets que l’on ouvre et  de petites cheminées de zinc qui  laissent alors échapper des jets de fumée blanche..:  Tout est parfaitement agencé et  pas de surprise: dès les premières secondes, on sait que c’est du Chabroullet pur jus.
Ce Didon et Enée n’échappe pas à la règle mais, opéra faisant loi, il y a quand même une certaine rigueur imposée par la dramaturgie du livret et qui est -enfin!- la bienvenue;  dès le le lever du rideau, on peut voir  un grand plan d’eau où flottent des centaines de petites bougies de paraffine qu’un homme va ramasser avec une grande épuisette: aucun doute l’image est très belle  et les enfants qui étaient là regardaient  fascinés. Coté cour, un sorte d’installation en tubes métalliques,avec une estrade de bois  où s’installeront  les jeunes musiciens: et un petite cabane d’où part un monte-charge qui fait descendre l’enchanteresse à la chevelure incroyable  jusqu’au plateau..
Au dessus du plan d’eau, un gros tuyau horizontal qui sert aussi de passerelle aux personnages, comme on en voit dans les raffineries de pétrole. Et très vite, des personnages apparaissent dans la brume, avec des habits qui ont dû être autrefois de de bonne qualité mais un peu usés et vieillis. Un homme porte un hélicon accroché sur son dos; brume épaisse , pluie et, à la fin , violent orage sont au rendez-vous. Les images, pour n’avoir rien de très original, se laissent pourtant voir comme celles d’un vieux livre que l’on avait enfant et que l’on retrouve trente ans plus tard mais mieux vaut ne pas être trop exigeant quant à la gestuelle. Qu’importe le livret, pourvu que l’on ait la brume et  l’ivresse provoquée par une  certaine nostalgie des vieilles choses hors d’usage  et des être abimés; cela tombe bien, puisque Didon comme Enée ont eu tous les deux bien des malheurs avant de se rencontrer.
On ne va pas vous  raconter la triste histoire de  Didon et Enée un peu trop compliquée pour être vite résumée; mais on se laisse vite envelopper par la musique magnifique de Purcell, en particulier par le chœur,  chantée en anglais; côté solistes, sans être spécialiste, il nous a semblé que les voix étaient un peu inégales. mais aucun doute, on se laisse prendre par un certain charme, et il y a une très belle scène quand Didon et Enée se séparent.
Alors à voir? Les spécialistes d’opéra semblaient rester sur leur faim, et c’est vrai que, depuis une bonne vingtaine d’années, on a trop souvent vu ce genre de mise en scène fondée sur une imagerie techniquement sans reproche mais sans grand intérêt non plus: ce genre  de scénographie passe-partout et un peu racoleuse pourrait facilement resservir à beaucoup d’autres opéras… ou à un prochain spectacle de Denis Chabroullet. Mais il y a la musique de Purcell et, comme le spectacle ne dure qu’une heure quinze, encore une fois, on peut se laisser prendre… A vous de choisir.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à l’Onde de Vélizy le 19 novembre; le 8 janvier à Meaux; en janvier le 14 à Fontenay; le 21 au Théâtre Romain Rolland de Villejuif; le 29 à Ermont; le 5 avril au Théâtre Alexandre Dumas de  Rueil; le 17 et le 18 à La Coupole de Melun-Sénart et le 20 mai au Théâtre 95 de Cergy.

crédits photographiques: Christophe Raynaud de Lage

D’où va-t-on ?

D’où va-t-on ? de et par Clémentine Yelnik, mise en scène Clémentine Yelnik et Clélia Pirès

   douvaton.jpgLa planète est foutue, et vous ? La question surprend un peu. Pourtant, elle pourrait bien être le titre d’une émission de radio ou même le propos d’une pièce , comme celle à laquelle nous assistons ce soir… mais reprenons.
Revêtue d’un manteau de cosaque bleu, harnachée de bottines et d’un sac à dos militaires, une femme déboule sur scène. Elle porte un casque d’aviateur  avec écouteurs, si bien que  l’on croit avoir affaire à un cosmonaute ou quelque chose du genre. Eh!  Bien pas du tout. Il s’agit en fait de Victoire Coschmik (Clémentine Yelnik), auteur de 887 tomes de réflexions et de pensées qui seront éditées après sa mort. Comme chaque jeudi depuis longtemps (puisque ce soir est la 93e émission), elle s’entretient avec le journaliste Robert-André Robert (délicieuse voix de Pierre Carles) sur son œuvre et l’état du monde, dans le lieu où elle se situe à ce moment-là. Et ce soir, Victoire est dans un théâtre, d’où elle prendra donc  la parole.
Nous découvrons alors une femme qui possède à elle seule la mémoire de l’humanité, revenant par exemple à la période préhistorique pour nous raconter la naissance du mot « bonjour », relatant son amitié avec Galilée, Napoléon, Jean-Sébastien Bach… Avec grâce et persuasion, la comédienne interprète tous les personnages (et ils sont nombreux) qu’elle évoque.
Au gré des histoires, réelles ou imaginaires,  Victoire Coschmik (le personnage), comme Clémentine Yelnik (l’auteur du texte), sont traversées par des questions existentielles : celles du sens, de l’origine ou encore de la souffrance. L’une comme l’autre ne sont mues que par les rapports humains, comme un patchwork cousu de rencontres et d’échanges. Mais,  c’est sur un ton badin et, en apparence,  léger, avec délicatesse et poésie, que tout cela nous est soufflé à l’oreille. Ainsi, la conversation prend-t-elle un tour à la fois burlesque et mélancolique, déjanté et  piquant. Sympathique et malicieuse, Victoire est, à elle seule,  le clown blanc et l’auguste. Un pitre touchant, expressif et, à l’image de son spectacle, surprenant et original.  Clémentine Yelnik fait partie de ces gens qui pensent que sur la scène d’un théâtre, des choses peuvent être dites… et entendues. Avec la fulgurance des météores dont elle nous parle, Victoire arrive et puis s’en va. L’émission Radio terminée, c’est le moment de se quitter.
Merci, Victoire, d’être venue nous rendre visite. De nous avoir rappelés un moment à notre humanité.

Barbara Petit

Au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise les 18, 19 et 20 novembre.

 

Julius Caesar

Julius Caesar de William Shakespeare, mise en scène d’Arthur, spectacle en anglais surtitré.

jc.jpgJules César est , comme le rappelle Arthur Nauzyciel, la première de la série des grandes tragédies de Shakespeare. Pièce politique où la force du langage et du discours peuvent modifier profondément le cours de l’Histoire, hier comme aujourd’hui. Il y  a deux grandes parties dans cette tragédie de cinq actes: dans les trois premiers, c’est d’abord, à Rome,  la conspiration des proches de César avec la réconciliation difficile de Cassius  et de Brutus qui a fomenté et organisé l’assassinat  et  la mise à mort de César, dont le sang versé est comme le signe annonciateur d’autres morts.
Et ensuite, après que Brutus et Marc Antoine se soient adressés au peuple  dans un discours célèbre:  » Brutus est un homme honorable… »L’ armée de Marc Antoine, Octave et Lépide affrontera à Philippes loin de Rome,celle de Brutus et de Cassius. Par un de ces  revirements dont l’Histoire est friande, les morts se succèdent: Cassius se suicide, Titinius, Caton et Brutus seront tués. C’est pour Shakespeare, l’occasion d’une réflexion sur le pouvoir politique, notamment sur l’erreur de jugement , thème que l’on retrouve notamment dans Troïlus et Cressida, et Le Roi Jean.
Réflexion aussi sur le temps et le destin sur lequel les hommes n’ont pas prise, aussi puissants soient-ils  ( l’apparition fantôme de César revient hanter  ses assassins). Les morts chez Shakespeare en particulier influencent la vie des vivants, et le passé donne naissance au futur comme dans une circulation infernale que les hommes ne peuvent en rien maîtriser. » Ma vie a tracé sa boucle » dit Brutus.
Quatre siècles plus tard c’est Tchekov qui dira aussi : « Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ». Mais comment mettre en scène cette pièce sans la dénaturer? L’épreuve est difficile; Stanislawski puis Antoine en France, et Dullin quelque trente ans plus tard avec des moyens et un espace limité, puis  à sa suite Barrault puis encore Hossein l’avaient montée en gardant l’aspect monumental et épique, en représentant la foule romaine… Ce qui parait plus que difficile aujourd’hui.
Denis Guénoun avait  dans la banlieue d’Avignon réussit en 77 si nous souvenirs sont bons, à mettre en scène Jules César de façon très convaincante dans une église moderne en mettant l’accent sur l’aspect politique de la pièce. Ce qu’a chois de faire aussi Arthur Nauzyciel en en proposant une lecture personnelle , sans doute influencée par l’adaptation qu’en avait faite Brecht, Nauzyciel a travaillé avec des acteurs américains, à la suite d’une commande faite par l’American Repertory Thetaer de Boston. C’est, disons le tout de suite, à la fois  intelligent et superbement dirigé; Arthur Nauzyciel   a  voulu replacer la pièce dans le contexte des années 60, qui resteront marquées par l’assassinat de Kennedy, même s’il n’est resté que quelques années au pouvoir: une ère finissait et une autre commençait, un peu comme dans Jules César.
Les personnages sont  tout à fait crédibles; pas de peplum et de grands effets: les hommes sont habillés en costume et cravates noirs et chemise blanche;  les deux femmes, elles sont en  robe longue: Calpurnia ,qui  a des rapports difficiles avec son mari César, et  Portia, l’épouse de Brutus; il y a conversation  entre les deux époux particulièrement bien traitée par Nauzyciel , avant l’assassinat.de César.
Le metteur en scène a privilégié la vision politique de la pièce ; cela dit, le peuple romain semble un peu lointain,  un peu absent de ce conflit entre les grands dont il est  pourtant l’enjeu et le spectateur impuissant.   Mais quel bonheur d’entendre Shakespeare en anglais…   Les comédiens, même dans les scènes les plus violentes, ne crient jamais ( nous ne visons personne dans l’hexagone mais…),  sont toujours justes  et possèdent une force intérieure de sentiments tout à fait étonnante. Côté scénographie, le grand rideau de fond, photo d’ une grande salle de spectacle  qui , bien entendu , figure le sénat ,n’est pas vraiment convaincant. D’où l’impression d’une certaine démonstration, d’une certaine  sécheresse un peu comme dans Lulu mise en scène par Stéphane Braunschweig- Vitez, dont ils ont été tous  les deux les élèves, aurait-il encore frappé?-.
Et il y a une certaine lenteur, surtout au début, qui tient  à la construction de la pièce, mais Arthur Nauzyciel a eu la bonne idée de faire appel à un trio de jazz avec Marianne Solivan,une chanteuse formidable, dont les chansons qui malheureusement ne sont pas sur-titrées parlent  de suicide et de mort, et ce commentaire musical  aère et ponctue  cette pièce fleuve.
Alors à voir? Oui, sans hésitation, surtout pour la direction d’acteurs d’Arthur Nauzyciel qui est vraiment remarquable. Mieux vaut sans doute connaître la pièce (le surtitrage, très en hauteur et en petits caractères est peu efficace), et oblige à un constant aller et retour pour ceux qui ne maîtrisent pas comme nous la langue anglaise, mais cette mise en scène nous offre une lecture de la pièce  solide et  intelligente, ce que l’on ne voit pas tous les jours.

Philippe du Vignal

Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis jusqu’au 28 novembre; attention: c’est à 19 h 30, le samedi à 18 heures et le dimanche à 16 heures; il y a une navette pour le retour sur Paris. T:01-48-13-70-00

Quel musée pour le spectacle vivant ?

Colloque international interdisciplinaire:  » Quel musée pour le spectacle vivant? »

museetheatre.jpgPourquoi n’y-a-t-il  pas en France de musée du théâtre ? Nous avons des bibliothèques-musées (Comédie-Française, Opéra), un musée du costume à Moulins, un musée de la marionnette à Lyon, mais pas de Maison du théâtre qui donnerait à voir et à comprendre l’histoire du théâtre et des spectacles en France dans un contexte élargi et  nécessaire du théâtre européen et mondial, puisque  c’est un art voyageur, nomade par excellence. Pourquoi donc les artistes de théâtre en France sont-ils les seuls  avec ceux de la danse, à ne pas avoir un contact direct avec l’histoire de leur art ?

C’est cette question – complétée par celle du comment inventer aujourd’hui un tel musée ? – qui a été au centre  du colloque international qui réunissait les 21 et 22 octobre derniers près de quarante intervenants de plus de dix nationalités différentes à l’I.N.A et à la BnF pour deux journées de travail bien remplies.

La question de la nécessité  de ce musée  a d’abord été posée, au cours d’une première table ronde, à des directeurs de théâtre nationaux, représentant trois générations différentes qui ont, chacun à leur façon, appelé de leurs vœux la réalisation de ce que d’aucuns nomment le « serpent de mer du théâtre français » : un lieu à même d’offrir aux professionnels et au public la mémoire des métiers, des styles, des utopies, la continuité d’une histoire dont l’absence risque d’handicaper la création, et de contrer le processus de démocratisation théâtrale. Le désir ne venait donc pas seulement des chercheurs, mai s aussi des  praticiens.
On a commencé par dresser   » l’état des lieux « en France. Il fallait rappeler les tentatives, les échecs, les expériences oubliées ou peu connues, et le silence des institutions sur ce sujet pourtant brûlant que … Les conservateurs français ont décrit le fonctionnement de leurs établissements quant à la  conservation et d’expositions temporaires pour leurs très riches collections.
Au cours de la session suivante, intitulée  « Regards d’ailleurs », on a pu s’étonner du nombre et s’émerveiller de la qualité des musées du théâtre en Europe dont ont parlé les étrangers invités. Les Russes de Moscou et de Saint-Pétersbourg ont décliné les différentes modalités données depuis le début du XXème siècle: musée généraliste issu de la collection raisonnée d’un mécène, ou à l’intérieur d’un théâtre en activité,  ou encore dédié à une personnalité théâtrale – metteur en scène ou acteur… La fermeture de certains musées ,comme celui de Londres dont il y a quelques années la communauté théâtrale s’était alarmée,  s’est soldée par l’ouverture d’une section Arts du du spectacle à l’intérieur du musée Victoria and Albert, ce dont la conservatrice se félicitait, en indiquant les avantages de cette situation nouvelle.
On a pu ainsi établir la typologie des musées du théâtre aujourd’hui, à travers le panorama illustré qu’ont dressé les intervenants venus d’Angleterre, de Russie , de Suède, d’Autriche, de Grèce, d’Ukraine ou de Monaco, chacun présentant la variété des collections, les différentes manières de les mettre en valeur et en scène, le fonctionnement de « leur » musée, entre exposition permanente et expositions temporaires , et la place qu’il pouvait tenir dans la vie théâtrale contemporaine , en tant que lieu de rencontre actif (débats , manifestations, visites) entre le passé et le présent – en indiquant aussi les réussites, les obstacles et les manques. En découvrant des lieux inconnus comme le merveilleux musée de Kiev, chacun pouvait mettre « son » musée en perspective,  mais aussi considérer  le sien sous un autre point de vue, permis par la large farandole internationale des cas étudiés. L’exemple de celui du cirque à Sarasota en Floride a opportunément rappelé que tout art de la scène devait être présenté dans son interdépendance avec les autres .
La dernière partie du colloque a traité de l’imaginaire contemporain d’un tel musée, de son désir et de son rêve. Dans cette section prospective, bénéficiant du concours d’autres disciplines comme l’anthropologie, la muséologie ou les sciences de l’information et de la communication, on s’est interrogé sur l’opportunité, la pertinence de sa création aujourd’hui, en proposant de dépasser les apories et les clichés persistants liés au caractère éphémère de la performance, à l’impossibilité de restituer la totalité de l’évènement spectaculaire, ou de sélectionner la bonne information  pour tenter d’en rendre compte…   L’utilisation possible des nouvelles technologies informatiques, a aussi été évoquée: l’expérience des musées en ligne (celui du Piccolo Teatro ou  du musée des Arts du spectacle de Catalogne), sur la création de musées du théâtre qui sont acytuellemtconcevoir (Canada).  Il s’agissait du premier colloque organisé en France sur ce sujet. Les différentes interventions et les questions traitées ont fait apparaître la nécessité,  de prendre en compte toutes les étapes et dimensions du spectacle (on a d’ailleurs évoqué la possibilité du musée d’un seul spectacle  à partir de l’ expérience de Saint-Petersbourg et de Monaco où des salles entières sont dédiées à un spectacle légendaire) et de veiller à intégrer, voire à créer des archives sur les réactions du public, sur les modalités de sa co-présence, sur la mémoire d’un fait scénique qui se transmet à travers lui.

Il semble que le musée devrait exister à l’intérieur d’une structure élargie qui engloberait à la fois la formation des artistes à tous les niveaux – formation continue y compris -, la recherche et la création: ainsi, les processus de l’éducation, du vivant et du présent contamineraient  cette « Maison du passé »,  pour en faire un lieu authentique  de connaissance et de ressourcement destiné aux professionnels, aux amateurs, et au public en général. La mise en réseau des richesses européennes serait  souhaitable; l’histoire du théâtre ne peut en effet être pensée dans un cadre étroit. Mais de nombreuses questions restent à traiter et il faudrait aussi étudier la vie des musées que l’on n’a pas encore évoqués. Le travail continue :une publication sans doute, et puis d’autres rencontres, colloques, et ateliers. A suivre donc, de près…

 Béatrice Picon-Vallin

 Colloque international interdiciplinaire organisé par Béatrice Picon-Vallin et Martial Poirson, avec la collaboration de Joël Huthwol.

Partenaires : BnF, ARIAS/ CNRS, ministère de la Culture et de la Communication, Festival International Tchekhov Moscou, LIRE/Université de Grenoble, Année France-Russie 2010, etc…

 

http://www.arias.cnrs.fr/colloques/Prog_Quel_musee_pour_le_spectacle_vivant.pdf

 

 

 

 

 

 

 

EL VIENTO EN UN VIOLIN

EL VIENTO EN UN VIOLIN  l
Texte et mise en scène de Claudio Tolcachir

   Le public avait pu découvrir Claudio Tolcachir à Créteil dans le cadre du festival Exit en 2009. Il avait été accueilli au Rond Point avec La omision de la familia Coleman (cf ce blog du 20 octobre). C’est une autre page de famille que l’on découvre, celle d’amours violentes et étranges. Un fils de famille couvé par sa mère, riche célibataire échoue dans sa psychanalyse, et ne parvient pas à s’intégrer dans la société. Il se fait agresser dans l’appartement familial par un couple de lesbiennes désireuses d’avoir un enfant, l’une d’elles est la fille de la bonne de la maison !
Un enfant va donc naître, mais étrangement, c’est le père naturel et la riche grand-mère qui en revendiquent la paternité ! On rit beaucoup de cette aventure insolite interprétée avec une belle virtuosité par une troupe soudée.

 

Edith Rappoport

 

Jusqu’au 20 novembre, MAC de Créteil 01 45 13 19 19 ( Festival d’Automne à Paris(Argentine).

Le Chemin de la Mecque

magalietviola1.jpgLe Chemin de la Mecque,d’Athol Fugard

D’abord, il y a la silhouette fragile d’un petit bout de femme appelée Viola Léger  dont la voix un peu rauque laisse présager une défaillance éventuelle du corps, ce qui n’arrive pas, mais pas du tout. Bien campée  sur sa chaise,  entourée de ses murs  lumineux, de ses bougies magiques, de ses sculptures fantômatiques et  petites bouteilles remplies de morceaux de verre étincelants, (il faut saluer le  beau décor de Julie Giroux), Helen Martins, est une femme sud-africaine qui semble fragile, mais qui incarne l’esprit qui a préparé la libération de Nelson Mandela.
Elle est pourtant blanche et afrikaner. 
  Helen Martins, conçue d’après un personnage qui a vraiment existé, refuse de quitter sa maison, sa  « Mecque » à elle,  son refuge contre  toute  la haine qui l’entoure. Ce courage devant l’insistance des membres de la communauté afrikaner pour la faire partir dans une maison de retraite incarne la résistance contre la noirceur de la période de l’apartheid en Afrique du sud.  La pièce d’Athol Fugard est une belle métaphore de la lutte de ceux qui s’opposaient au régime  pré-Mandela.
Grâce à la subtilité  de son écriture, l’auteur a su livrer une leçon politique cuisante en faisant comprendre toutes les nuances d’une pensée « officielle », engluée dans des habitudes et incapable d’aller au-delà de ses propres préjugés. Une manière de ne pas se faire censurer dans une société toujours aux aguets d’une expression « subversive » face au régime.
Pourtant, la dame en question incarne cette même subversion dans un gant de velours, à la fois évidente mais  ensevelie sous des références  qu’il faut chercher.  Cette œuvre donc  ne risquait donc pas de provoquer les autorités.

  Trois personnages s’affrontent.  Helen Martins, l’artiste vieillissante qui refuse de quitter sa maison, Elsie Barlow (jouée par Magali Lemèle avec beaucoup de passion) une jeune institutrice de 28 ans qui adore cette dame et son art, et qui  représente le nouvel ordre du pays, prête à tout remettre en question;  finalement le pasteur Marius Byleveld, le vieil Afrikaner , accroché à une terre dont il croit qu’elle appartient aux blancs, vision confirmée par une forme d’intégrisme chrétien qu’il érige comme un mur impénétrable entre lui et tous ceux qui ne sont pas de son avis.  D’ailleurs
Gilles Provost se trouve dans la peau d’un personnage  inhabituel pour son parcours.  A ce rôle de personnage de vieux monsieur intolérant, et surtout bien-pensant à outrance, il  apporte une douceur, assortie d’intransigeance quasi joviale, qu’un autre acteur aurait sûrement interprété avec plus de dureté.
  La pièce commence par l’arrivée d’Elsie, après un voyage de douze heures en voiture. Elle vient de  Cape Town et nous raconte entre autres l’histoire d’une  veuve africaine  qu’elle a rencontrée sur le chemin  « de la Mecque » et qui doit quitter  sa maison puisque le  propriétaire, un Afrikaner, la chasse après la mort du mari. Ce récit qui choque Helen annonce la confrontation qui aura  bientôt lieu entre elle et le Père Marius,  qui veut faussi aire sortir l’artiste de sa maison  mais plus « gentille » puisqu’ Helen n’est  pas africaine mais afrikaner et que les rapports avec une femme blanche sont,évidemment, tout  à fait différents.
  Sous prétexte de penser au bien-être physique de la vieille dame, le Pasteur Marius  montre qu’il est surtout préoccupé par la présence de cet esprit trop indépendant et critique au  sein de sa communauté qu’elle risque de perturber.  Les mots ne sont jamais prononcés, les motivations sont toujours voilées, évoquées subtilement par des discours  soi-disant sensibles aux souffrances des personnes âgées mais les signes qui sous-tendent ce jeu verbal sont évidents.
  Helen Martins est une artiste et l’indépendance des artistes, dans cette société raciste qui n’ose pas dire son nom, est une force dangereuse : elle risque de miner la stabilité d’un régime qui a tout mis en place pour assurer sa survie.  De son côté,  elle étouffe., et ressent la peur,  voit la lumière de la liberté qui s’éteint. Même son refuge étincelant,  « sa Mecque », ne brille plus du même éclat.  Elle ne supporte plus cette vie  et son dernier  geste  de révolte est un moment de véritable émotion qui réunit les deux femmes dans une grande complicité.

  Sylvie Dufour, directrice artistique de la troupe du Théâtre de l’Ile fait preuve  de sensibilité en faisant ressortir les multiples sens de cette rencontre problématique entre un auteur dramatique qui n’ose pas trop dire, et un personnage flamboyant qui dit tout!  Cet  hommage à une artiste sud-africaine  devient aussi celui rendu à une grande dame de théâtre acadienne à qui on peut pardonner quelques erreurs de mémoire, mais qui exprime la passion de l’artiste dévouée à la vie et à l’expression de la liberté. 
 Le Chemin de la Mecque est un bonne pièce, dont la traduction anglaise de Jean-Michel Ribes a révélé quelques ambiguïtés. Une soirée émouvante et qui finit dans la splendeur d’une affirmation  dramatique qui ne laisse personne indifférent.

Alvina Ruprecht Théâtre de l’Ile,  1 rue Wellington, Gatineau, jusqu’au  18 décembrewww.gatineau.ca/arts-spectacles Pour info et  billets : 819-243-8000

 

DESSUS DEVANT DERRIÈRE

DESSUS DEVANT DERRIÈRE 

Trois majuscules pour le D 3, Performance chorégraphique et plastique dirigée par le chorégraphe Christophe Zaorski et le photographe Olivier Perrot, avec l’équipe soignante du Relais Mutualiste, action culturelle et artistique en psychiatrie.
Madeleine Abassade, danseuse, mène depuis de nombreuses années une action artistique capitale au sein de l’hôpital psychiatrique de la Verrière, le seul en France à être doté d’un véritable théâtre depuis la fin des années 60.
Le danseur Christophe Zaorski y anime un atelier depuis plusieurs années, celui-ci a commencé en janvier dernier et mobilisé une quinzaine de patients, aux côtés de l’équipe soignante. Et c’est un véritable travail artistique qui nous est présenté, bien au-delà des aspect thérapeutiques. L’enthousiasme du public qui remplissait la salle, pensionnaires comme invités, en témoignait. Cette performance sera présentée en Italie dans le cadre du programme européen GRUNDTVIG.

Edith Rappoport

Théâtre de l’Institut Marcel Rivière MGEN la Verrière

Tél 01 39 38 78 08

Gardénia

 Gardénia, mise en scène d’Alain Platel et Franck Van Laeckep

gardenia4lukmonsaert1024x681.jpg« Il dépend de celui qui passe, que je sois tombe ou trésor, que je parle ou me taise, ceci ne tient qu’à toi, ami n’entre pas ici sans désir« , cette phrase  de Paul Valéry au fronton du palais de Chaillot, pourrait être une invitation à ce cabaret perdu auquel nous convient Alain Platel, Frank Van Laecke et Vanessa Van Durme.
Loin des palabres actuelles sur l’âge de la retraite et sur ce que cela peut  représenter…l’actrice transexuelle, Vanessa Van Durme qui a déjà joué dans le spectacle  » Tous les indiens » d’Alain Platel, nous propose de découvrir de vrais retraités, orphelins de la scène.
Elle a réuni ses amis interprètes  de spectacles de travestis,  qui  ont aujourd’hui entre 56 et 67 ans. Ils pourraient être considérés comme de vieux messieurs tristes, d’autant qu’au début du spectacle, Vanessa demande au public d’observer une minute de silence au nom de la fermeture récente de ce cabaret imaginaire. Pourtant la vie ,comme la fleur qui donne le titre au spectacle  Gardénia , va renaître grâce à la scène, aux costumes, à la musique et à la danse.
Le temps est passé, il a laissé des traces sur le corps de ces hommes, ils ont la pudeur de ne pas se regarder mais ils nous regardent , nous . Puis,  chacun d’eux va retrouver son costume de scène et les musiques du spectacle. Ces musiques du Boléro de Ravel aux chansons de  Dalida, en passant par Over the Rainbow chanté par Judy Garland nous emportent avec eux. La lumière transforme peu à peu  cette salle de patronage du début en un cabaret de tous les possibles.
La maîtresse de cérémonie Vanessa Van Durme le dit, « nos robes à paillettes ce sont nos armures et nos perruques des casques de sécurité ».Deux personnages décalés sont les témoins de cette métamorphose. Une femme autour de la cinquantaine, à la fois sœur et mère, accompagne un bouleversant jeune acteur russe Timur Magomedgadzhiev, à la recherche de l’amour et du sens de la vie. Ce comédien qu’Alain Platel a trouvé au Gitis, l’Académie du théâtre d’art de Moscou , parle russe sur scène. Il véhicule en lui une mélancolie,volontaire qui accompagne le bonheur éphémère de ses partenaires.
Gardénia est une belle réflexion sur la vieillesse et la différence. Etre artiste aujourd’hui, est sans doute un des rares remparts  contre le temps qui passe. Pina Bausch,Merce Cunningham, Laurent Terzieff, Roger Planchon, Jean-Paul Roussillon, tous disparus dernièrement, en auront été les témoins.
Un seul reproche  par rapport à la représentation donnée en Avignon:  la grande salle Jean Vilar n’est pas du tout adaptée au relations presque intimistes qui se crée ,entre les regards de cette femme, de ces hommes et celui  des spectateurs. Ces regards que nous ne pourrons oublier.  En cet automne triste et froid, allez quand même voir fleurir Gardénia, vous ne le regretterez pas.

 

Jean Couturier

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Vous pouvez aller voir Gardenia mais nous ne partageons pas tout à fait l’enthousiasme de Jean Couturier; bien sûr, il y a cette transformation sidérante de ces vieux messieurs , parés de robes à paillettes, bien sûr, le spectacle est  d’une rigueur  absolue mais on s’ennuie quand même un peu, et il y a quelques tunnels que Platel aurait pu nous épargner. Comme cette démonstration du jeune danseur russe vraiment pas très passionnante…
La faute à quoi: surtout à un manque de rythme et de provocation réelle: les numéros se succèdent aux numéros , sans fil conducteur,sans grande unité, et tout reste un peu sage , trop convenu, comme s’il s’agissait d’une commande dans laquelle Platel ne se serait pas vraiment investi. Et ce n’est effectivement pas une salle comme celle de Chaillot même réduite en haut et sur les côtés qui convenait à ce type de spectacle. Le plancher posé sur la scène Jean Vilar doit quand m^me bien faire dans les 130 m2 !
Malgré quelques bons moments, l’ensemble est décevant, surtout quand on pense aux premiers spectacles de Platel,  plus réjouissants et pleins d’humour et de fantaisie.  Vous avez dit décevant? Oui, décevant…Le public ne boude pas mais les applaudissements ne sont pas vraiment francs du collier!

 

*A signaler:

Il y a dans le numéro d’Alternatives Théâtrales 105 paru a en 2010, un article très pertinent d’Olivier Hespel sur le parcours d’Alain Platel et sur les rapports entre théâtre et danse; à lire dans ce même numéro une excellente analyse d’Yannic Mancel sur la trop fameuse « distanciation » et sur cette notion d Unheimlich  « inquiétante étrangeté », concept forgé par Freud qui, on le sait pas assez fut d’abord neurologue, au début du 20 ème siècle.   Il y a enfin dans ce numéro un entretien avec la chorégraphe Odile Duboc disparue cette année.

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot (salle Jean Vilar), jusqu’au 27 novembre puis en tournée en France et en Europe.

EN SOMME

EN SOMME 

Conception et scénographie de Marion Lévy, textes de Fabrice Melquiot
« Toi aussi, tu aimerais dormir, mais tu n’y parviens pas ! » Marion Lévy nous emmène dans un beau voyage onirique,  où dans un espace d’une blancheur immaculée où cinq personnes se déhanchent à la recherche du sommeil.
Cyrille Casmeze, l’étonnant homme chien du cirque Plume mène la danse, une danse aérienne et frénétique, parfois ironique et grave, pour ceux qui ont connu les tortures de l’insomnie. Il y des interrogations « Est-ce que je dois me déshabiller ? », « sais-tu que tes ronflements peuvent être liés à des apnées du sommeil ? », une pluie d’oreillers blancs, l’espace immaculé qui se transforme par magie…En somme peut transporter très loin au-delà du sommeil.

Edith  Rappoport

Le Monfort Théâtre Jusqu’au 20 novembre www.lemonfort.fr

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