LE DERNIER CRI

LE DERNIER CRI  Textes de Louis Calaferte, Olivier Couder, Patrick Dubost, Don Duyns, Matei Visniec, mise en scène Olivier Couder, Théâtre du Cristal

    J’avais déjà vu au Théâtre Silvia Monfort le 9 juillet 2008, ce spectacle raffiné de cette étonnante compagnie menée avec flamme par Olivier Couder avec des personnes en situation de handicap,depuis 1989 dont j’ai vu presque tous les spectacles depuis 1991. Dans ce chaleureux et modeste Grand Parquet, la compagnie est attablée autour du bar avant l’arrivée du public, les acteurs se présentent simplement, heureux de voir les spectateurs arriver. La salle est bourrée, il y a plusieurs groupes de jeunes gens eux-mêmes handicapés, le spectacle se déroule dans une belle tension. Il a été resserré, plus percutant, toujours très soigné plastiquement, comme tous les spectacles de la compagnie. Paradoxalement, la première partie inspirée de Magritte (dont je viens de visiter le beau musée à Bruxelles) m’a paru transformée, alors que c’est la seconde une revue musicale dans un cabaret qui a été revue. J’avais gardé le souvenir de l’enfant mort dans un landau cercueil  qui réapparaît .
En voyant plusieurs fois le même spectacle, j’ai toujours l’impression que tout a été transformé, mais ma mémoire me joue des tours. En tous cas les 13 comédiens peuvent rivaliser avec les professionnels de la profession !ette image  réapparaît . La mémoire des spectacles joue parfois des tours…En tous cas les treize comédiens peuvent rivaliser avec les professionnels !

Edith Rappoport

 

Le Grand Parquet


Archives pour la catégorie critique

La petite Catherine de Heilbronn

La petite Catherine de Heilbronn de Kleist, mise en scène d’André Engel.

catherine.jpgDe Kleist qui fut à peu près méconnu durant sa courte vie (1777-1811), on connaît souvent davantage son Essai sur le théâtre de marionnettes, tout à fait prohétique prophétique, et bien sûr,  Le Prince de Hombourg, révélé par Vilar au grand public il y a déjà plus de cinquante ans avec Gérard Philipe ( voir article récent d’Irène Sadowska dans le théâtre du Blog, et qu’avait  superbement monté Peter Stein, puis Large et Langhoff en 84,  puis plus récemment La Marquise d’O, en 2006  mise  en scène par Lucas Hemleb. La Petite Catherine de Heilbronn l’avait été autrefois par Eric Rohmer puis l’an passé déjà par André Engel dans cette même mise en scène au Théâtre de l’Odéon. 

  La pièce n’est pas du genre facile, puisqu’elle tient à la fois d’une sorte de conte fantastique et du récit fabuleux , écrite par un jeune écrivain, méprisé par Goethe, et qui ne fut reconnu qu’à la fin du XIX ème siècel  obsédé par le jugement de Dieu et par l’intervention possible d’une puissance absolue dans les affaires des pauvres humains. C’est, pour faire vite, l’histoire de Catherine, une jeune  orpheline, fille d’un pauvre armurier qui va tout quitter , sans aucune explication plausible,pour suivre sur les routes le Comte Wetter von Strahl. Son père, le vieux Théobald va alors demander à un tribunal religieux  de juger le Comte qu’il soupçonne de sorcellerie. Celui-ci déclare qu’il n’avait jamais vu le visage de Catherine, sauf par hasard en présence de son père. Mais alors pourquoi Catherine, comme doudroyée, s’est elle jetée aux pieds du Comte? Pourquoi a-t-elle sauté par la fenêtre. Comme si le Comte et Catherine s’étaient connus dans un ailleurs spatial et temporel. Comme deux êtres qui devaient un jour se retrouver , après avoir subi leur lot d’épreuves. Ce qui arrivera, puisque le Comte doit se marier à un personnage inquiétant: la très belle et  très mauvaise Cunégonde. Catherine est-elle ne fait une jeune fille possédée par le démon et la folie, ou incarne-t-elle l’innocence absolue? Catherine ne pourra confier ses secrets au Comte qu’au moment  où elle se s’endormira. Le château du Comte  sera incendié mais Catherine aura quand même réussi sur l’ordre de la méchante Cunégonde à aller chercher des documents secrets dans sa chambre… L’ordre réapparaîtra après cette série d’épreuves infligées aux jeunes gens; en effet Catherine se révèlera être la fille de l’Empereur  qui accordera sa main, avec son père adoptif au jeune comte.

   Oui, mais voilà, que fait-on avec ce genre de pièce qui pourrait vite mal …tourner . Ici, nous sommes, à condition de bien vouloir se laisser entraîner un tout petit peu dans cet univers fantastique, dans la beauté absolue. Les Dieux savent qu’en général, la scénographie dans le théâtre contemporain est essentielle. Et le travail d’Engel et celui de son vieux complice Nicky Rieti sont indissociables. Rieti a conçu, pour cette Petite  Catherine de Heilbronn des éléments d’architecture de palais qui, au gré des scènes ,tournent en silence sur eux-mêmes pour représenter le dehors ou l’intérieur: Comme dans un livre pour enfants: absolument sublime de précision mais aussid’intelligence et de beauté plastique, sans aucune erreur de proportions ni de couleurs. Une vraie leçon pour les futurs scénographes, et ce qui n’aurait eu aucun sens sur une scène à l’italienne, devient ici  évident, simple et magistralement efficace. Rieti, depuis quelque vingt ans, qu’il collabore en parfaire osmose avec Engel, nous a prouvé sa maîtrise d’une dramaturgie et d’un lieu  parfois complexe ( entre autres exemples, le sublime décor qu’il avait conçu, à Strasbourg, pour  Kafka, Hôtel moderne) mais là, Et comme la mise en scène et la direction d’acteurs d’André Engel sont des plus remarquables (Jérôme Kircher et Julie-Parmentier en tête d’une distribution de  haut niveau où rien, absolument rien n’est laissé au hasard) , on se laisse vite prendre au jeu de cette légende, même si cela dure plus de deux heures. C’est un travail qui est d’une telle précision, d’une telle rigueur – et ce n’est pas un paradoxe mais c’est  au contraire tout à fait logique- qu’il ouvre les portes au rêve éveillé, même si parfois le récit est quelque peu obscur, comme il convient  à ce type  de spectacle légendaire au meilleur sens du terme. Si vous n’aviez pas eu l’occasion d’y aller l’an passé, trouvez-vous une soirée, et emmenez-y  même de jeunes adolescents, cela vaut vraiment le coup.

Théâtre de l’Odéon- Ateliers Berthier jusqu’au 27 décembre.

L’affaire Danton

L’Affaire Danton, texte et mise en scène de Jan Klata,  Théâtre Polski de Wroclaw.

Après Transfer au Festival Sens interdits du théâtre des Célestins de Lyon, c’est la deuxième pièce que l’on peut voir en France de ce jeune et dynamique metteur en scène polonais qui a déjà monté une dizaine de spectacles joués surtout hors de la Pologne où il dispose de vrais moyens.
L’Affaire Danton parle des révolutions,  en particulier de celle de 1789  avec les personnages qui ont mis en route la Terreur ( Marat-on le voit au début dans sa baignoire où il se plonge tout habillé, sur qui la République se précipite – mais  n’en meurt pas-, Danton, Camille  et Lucile Desmoulins,  , Robespierre, Fouquier, soit  une quinzaine de conventionnels). Mais  Klata évoque aussi les révolutions perverties et récupérées par les perversions capitalistes, en Pologne et ailleurs. L’action qui suit de près la chronologie historique est campée dans un immense bidonville,  à l’image des transformations capitalistes  qui détruisent les structures sociales. Parfois le noir se fait, les structures s’illuminent et on peut y voir les lumières de Manhattan.
Jan Klata a voulu suggérer les  constructions qui se sont répandues dans les villes polonaises après 1989, avec des marchés où l’on peut acheter n’importe quoi, des DVD aux culottes…Une formidable équipe de quinze acteurs met une belle énergie au service de personnages plus vrais que nature,  et l’on peut s’amuser à repérer les personnages avec leurs prénoms ( c’est parfois un peu difficile au début) ; un merveilleux Robespierre, un fascinant Danton séduisant les foules jusqu’au bord de l’échafaud, aet un ttendrissant Camille Desmoulins avec sa Lucile… Les costumes, perruques avec quelques éléments du XVIIIe, se font contemporains à la fin . Les ruptures musicales rock rugissant parlent de la révolution. Un beau spectacle ,  à l’image de l’ homme simple et chaleureux qu’est Jan Klata…

Edith Rappoport

 Maison de la Culture de Créteil le 2 décembre

 


Vie et destin

Vie et destin d’après Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

   vieetdestin.jpgDans la série « adaptation des romans fleuves pour la scène », Lev Dodine persiste et signe avec Vie et Destin de Vassili Grossman. cette adaptation est plus réussie que celle de Frères et soeurs ou des Démons. Et la durée du spectacle : trois heures trente au lieu des sept et neuf heures pour les précédents, y est certainement pour beaucoup. L’intrigue resserrée , va à l’essentiel. Cette fois, le spectacle ne cherchpas à reproduire le roman en adoptant un point de vue extérieur, omniscient, ni à représenter la vie de nombreux personnages avec la même intensité. Elle se concentre sur la famille Strum, les aléas de ses membres et leurs destins tragiques, alors que le pays est en proie à la bataille de Stalingrad, que l’antisémitisme déchaîne les passions, entraîne des atrocités, et que stalinisme et nazisme régentent le monde.
Pour ceux qui n’avaient pas lu la pièce, les identités des différents personnages et les relations entre eux restent un mystère pendant un bon moment, avant de commencer à s’éclaircir. Mais la scénographie, astucieuse et originale, offre des tableaux aux chorégraphies bien orchestrées. La scène, qui représente l’intérieur de l’appartement des Sturm, est traversée, comme un terrain de volley-ball, par un filet en dessous duquel les comédiens peuvent passer en se courbant.
Dans les scènes d’intérieur, la lumière éclaire les meubles, tandis que dans les scènes de camps, elle se focalise sur le filet d’où tombe la neige et sur les soldats alignés comme des prisonniers derrière des barbelés. Les personnages restent sur scène quand ils ne jouent pas, et vaquent à leurs occupations, tout en écoutant attentivement les autres. Ce mélange de jeu et de hors-jeu est très plaisant. Chaque situation concernant chaque spectateur.
A souligner: la beauté du texte qui met en perspective nombre de réflexions tenant à l’identité (qu’est-ce qu’être juif ? russe ? communiste ?), à la condition humaine (qu’est-ce que la fidélité à la patrie ? à la famille ? à soi-même ? peut-on ne pas trahir ?), à l’idéalisme, et dresse des parallèles désabusés entre les systèmes totalitaires. Ainsi, la scène de l’appel des prisonniers au goulag est une copie conforme de celle du camp de concentration allemand, à ceci près que les vêtements ont changé. Elle est constituée des mêmes ordres, des mêmes chants et d’un repas à la cantine.
Une pièce intéressante, donc, pour comprendre une certaine réalité russe.

Barbara Petit

Les 30 novembre et 1er décembre à la MC93 de Bobigny

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VIE ET DESTIN  MC 93 de Bobigny
Basé sur le roman de Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine Maly Drama Théâtre

« Pourquoi la peur est-elle si profondément enfouie dans nos consciences ? Pourquoi ceux que ce système anéantissait continuaient à croire en lui ». Lev Dodine a mis cette phrase en exergue du roman-fleuve polyphonique de Vassili Grossman, qu’il a monté en 1999. Cette œuvre sublime de 1173 pages qui retrace la vie de  deux sœurs et de leurs couples éclatés au lendemain de la bataille de Stalingrad quelques années après les purges de 1937, met en parallèle les répressions dans les camps staliniens et nazis. Grossman, écrivain célèbre engagé dans le combat des communistes verra son roman saisi, Vie et destin ne sera pas publié de son vivant

destinetvie.jpgVie et destin s’ouvre sur un terrain de volley-ball des jeunes gens jouent  au soleil, l’espace s’assombrit et une frêle petite femme en sage robe noire s’avance, elle interprète la mère de Vassili Grossman, enfermée dans le ghetto de Berditchev qui envoie à son fils une bouleversante et ultime lettre d’amour avant de succomber (comme 1 500 000 juifs de l’est) à la shoah par balles. Cette lettre sera délivrée en quatre parties, on voit les vies bouleversées de deux sœurs Lioudmilla qui a quitté Arbatchouk bolchevik pur et dur pour Viktor Strum, grand physicien nucléaire, et Genia qui elle-aussi a quitté Krymov commissaire politique pour Novikov, commandant d’une division blindée. La bataille de Stalingrad va tout bouleverser, les plus fidèles serviteurs de Staline vont se retrouver enfermés dans des camps. Dans le socialisme, la fin justifie les moyens, l’homme devient une marionnette. Certains continuent à s’accrocher à la cause à laquelle ils ont consacré leur vie. Il y a de splendides tableaux de trente déportés à la manœuvre, alignés derrière le filet de volley-ball éclairé par une lumière blanche avec des flocons de neige et de belles montées musicales, pendant des scènes d’amour entre les deux couples. Strum sauvé in extremis des persécutions antisémites par un coup de fil de Staline qui tient à sa bombe atomique, devra se compromettre en signant une lettre dénonçant les « mensonges » de la presse occidentale sur la répression politique en URSS. « Où trouverez-vous des idiots pour croire qu’il a la moindre ressemblance entre l’état socialiste et l’état fasciste ? ». Vie et destin est assurément pour moi, le plus beau spectacle que j’aie vus de Dodine.

Edith Rappoport

 

 

Merce Cunningham performs stillness ( in three movements)

Merce Cunningham performs stillness ( in three movements ) to John  Cage » with Trevor Carlson , New York City , 28 april 2007, une installation  de  Tacita Dean.

    cage.jpg Quelques mots pour dire tout l’intérêt de cette installation que nous avions vue au Musée d’Art contemporain de  Montréal mais dont, faute de temps, nous n’avions pu parler, et que l’on peut voir encore à Paris pour quelques jours au 104. Imaginez une  salle  rectangulaire , sans fenêtres, de quelque 300 mètres carrés, absolument vide, où six projecteurs de cinéma délivraient  inlassablement un film avec leur bruit de crécelle mécanique tout à fait caractéristique : une sorte de chorégraphie silencieuse  et immobile,  conçue et réalisée par Merce Cunnignham.

  Cela se passe dans le plus petit de ses studios au onzième étage de Bethune Street. Il y a , bien sûr, un parquet impeccable, de grands miroirs aux murs, des baies vitrées,  et, absolument seul, Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant . Et parvenant de la rue en bas, la rumeur presque inaudible de New York , et un peu plus près de nous, le son  faible d’un piano accompagnant  la répétition de danseurs dans un  studio voisin.
   Absolument seul donc,  Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant  et immobile, le regard un peu lointain. Seul avec nous. Et Trevor Carlson, un de ses proches collaborateurs muni d’ un chronomètre, signale à Merce Cunningham   les cinq dernières secondes de chacun des trois mouvements de la pièce silencieuse de John Cage intitulée 4, 33 . Et comme  l’indique Tacita Dean, Merce Cunnignham se réinstalle après ces cinq secondes dans une nouvelle position, en déplaçant un peu son fauteuil. Les six films sont légèrement différents, mais l’un des plus beaux est celui où l’on voit Cunningham regarder fixement, et  en même temps, nous pouvons voir des  des empreintes de doigts sur l’un des miroirs de la salle,  celles de ses danseurs dans cette salle mythique où le grand chorégraphe a conçu ses spectacles.
  C’est aussi bien évidemment un hommage à son compagnon John Cage décédé en 92 ; à eux deux, ils ont exploré l’idée du temps  dans leur  travail musical pour l’un, chorégraphique pour l’autre, et très souvent musical et chorégraphique quand ils concevaient une pièce ensemble. Il y a un beau  documentaire, tourné quelques années avant la mort du compositeur , où on les voit tous les deux dans leur cuisine à New York où les bruits domestiques et urbains, les gestes de Cage et de Cunnignham forment une s chorégraphie tout à fait impressionnante. Et il y a une belle phrase du compositeur qui écrivait en 1968:  » La relation entre la danse et la musique en est une de coexistence; celles-ci sont en lien parce qu’elles existent en même temps ». 

  Nous n’avons connu Cage que le temps d’un déjeuner, (c’était presque hier: en 72!) pour le tournage d’un film à lui consacré où je deavias l’interviewer  et ce fut une expérience inoubliable, parce que l’on nous  avait demandé de ne pas bouger , de manger sans faire de bruit inopportun  et  de manipuler fourchettes et couteau en silence, pour ne pas créer d’interférences dans la bande-son, ce qui avait l’air de beaucoup réjouir le compositeur…Et effectivement, chez Cunnignham, il n’y a pas de hiérarchie  entre le geste,   mouvement , la musique et le son: le seul dénominateur commun étant le temps.
  C’est peut-être ce que l’on perçoit le mieux , quand on on entre seul dans cette salle, cette perception du temps, alors que le seul mouvement perceptible est celui des bandes de film noir  qui s’enroulent dans les bobines de métal. Cela  peut paraître très conceptuel mais non, nous ne pouvons qu’être sensible à ce grand espace et à ce temps réparti en six moments qui n’en sont pas vraiment… Et, c’est encore plus impressionnant de se retrouver si proche de  l’image de Cunningham disparu cet été.
  Le 104 est un peu excentré, et il n’y a que peu de jours encore pour voir cette installation mais , surtout, si  vous le pouvez, ne ratez pas cette pièce….d’autant plus que l’entrée  est libre.

Philippe du Vignal

Le 104 , 11 bis rue Curial  75019 Paris Métro: Crimée ou Riquet, du mardi au samedi à partir de 11 heures. T: 01-40-05-51-71

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires, création librement inspirée du Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Gianni Guadalupi, mise en scène et écriture d’Anouch Paré, accompagnée de Bénédicte Bonnet.

  Le spectacle a été créé  en 2006, à la demande du Conseil général de la Marne, pour être joué dans les bibliothèques de prêt; mais il a été aussi représenté dans des établissements scolaires. Il est fait pour être joué n’importe où,  dans des conditions de proximité, sans aire de jeu  surélevée et sans régie lumière. En général donc, dans des salles polyvalentes, comme celle d’aujourd’hui, endroit improbable aux murs rose pâle, rideaux défraîchis, faux plafonds blancs munis de plafonniers à tubes fluorescents, et cloison mobile en plastique crème : le rêve……. Mais bon, il faut bien faire avec: les communes n’ont pas beaucoup d’argent et ce n’est pas M. Sarkozy  ni ses amis banquiers de tout poil qui vont  les aider.
  Les opérations sont dirigées par Act’Art/Scènes Rurales: les comédiens ont séjourné en Seine-et-Marne, pour créer  un spectacle, en général une petite forme écrite par des auteurs contemporains, et le jouent pour un courte  série de représentations dans des salles polyvalentes ou foyers ruraux, mais assurent aussi des ateliers de pratique artistique auprès d’enfants et d’adolescents.
Nous avions pu ainsi voir dernièrement Broadway-en-Brie au Châtelet-en-Brie, réalisé par Laurent Serrano, dont Anouch Paré était la coauteure avec  le metteur en scène ( voir Théâtre du Blog de novembre).

   L’Histoire d’une fille qui lisait trop d’histoires est une sorte de voyage dans les lieux qu’ont imaginé depuis toujours les romanciers et dramaturges, toute langues et tous pays confondus. Avec seulement deux personnages parodiques : Lui, un détective privé de film noir, imperméable mastic et feutre noir, cigarette au bout des lèvres,  qui mène une enquête délicate, et Elle, la  femme fatale, aux longues jambes gainées de bas résille et au regard provocant. Avec ,bien entendu, en filigrane, la silhouette des deux immenses acteurs qu’est toujours Lauren Bacall,  et qu’était Humphrey Bogart son mari,décédé en 57.
  Le détective enquête donc sur la brutale disparition de la  fille de cette femme fatale: il y a juste quelques livres, avec des marque-pages, qu’elle a laissées – maigres indices qui fournissent un prétexte à un  dialogue entre Elle et Lui, ou plutôt à une  lecture déguisée d’Alberto Manguel. Aucun décor, juste une table,  deux chaises  et un gros magnétophone qui assure quelques phrases musicales et commentaires… Le théâtre contemporain nous a habitué depuis longtemps à des spectacles  faits de peu de choses.

  Mais ce petit scénario parodique d’une heure, manque de chair et de véritables personnages et  pas des plus passionnants, sonne un peu trop comme un exercice d’acteurs, à consommer en privé et hors public. Il y a quand même bien des textes contemporains qui auraient fait  dix fois mieux l’affaire…
  Et donc, même si Cécile Leterme et Eric Malgouyres,  qu’on avait déjà pu voir dans Broadway-en-Brie, sont bien dirigés, on reste un peu sur sa faim. D’autant plus qu’Anouch Paré  n’a pas voulu se servir des deux projecteurs installés, pour respecter, dit-elle, les conditions habituelles de jeu; et ils  ne seront allumés qu’au moment où  six collégiens du village viendront entourer  Elle et Lui,  quelques minutes avant la conclusion… ce qui n’était  pas l’idée du siècle.
Là, en effet, dans la lumière douce,  il se passe vraiment  quelque chose, et les personnages prennent alors un relief et une intensité des plus remarquables. Et cette salle polyvalente un peu minable devient alors comme un vrai décor… Mais c’est évidemment trop tard.

  Et le public? Celui du village  de Nanteau-sur-Essonne, et de ses environs,  jeunes et plus âgés réunis, installés  sur un gradinage  hors normes de sécurité (le directeur d’Act’Art ferait bien d’être plus vigilant!) regarde le spectacle avec bienveillance mais sans plus de passion que cela.
Le meilleur moment de la soirée étant sans doute…le petit pot sympathique qui réunit ensuite les gens, ceux de village, les élus, les comédiens et la metteuse en scène. Question lancinante : comment amener un  spectacle théâtral vraiment fort, dans de bonnes conditions techniques, jusqu’à l’Est de l’Ile-de-France, où il n’y  a guère de véritable salle, sauf à Melun…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 29 novembre à Nanteau-sur-Essonne ; prochaines représentations le 16 janvier à Sourdun, le 12 mars à Féricy, le 13 mars  à Chamigny, le 26 mars à Verneuil -l’Etang, le 27 mars à Montarlot et le 7 mai à Villiers-sur-Seine.

La fin d’une liaison.

 La fin d’une liaison de Graham Greene, adaptation et mise en scène d’Alain Mollot

    Le roman  adapté par le metteur en scène de Roman de familles, fait glisser le théâtre-récit auquel il  nous a habitués,  celui du témoignage direct -presque sociologique, ce qui n’ôte rien à son charme – à une mise en valeur de la psychologie de personnages. Il ne s’agit plus de la vie de tous les jours, mais de l’histoire tragique d’une femme qui aimait trop être aimée, d’un écrivain qui n’aimait pas dire qu’il aimait, et d’un homme qui aimait assez pour supporter de n’être pas aimé assez. Sans compter le quatrième homme…

  Qui dira que l’amour n’est pas la chose la plus importante? Si chaque vie est un roman, il y a bien de la vie dans quelques romans ? La question du passage à la scène est toujours la même : ne pas en rester à l’illustration, ni en prélever les dialogues comme s’il s’agissait d’un texte dramatique autonome, ne pas  nier non plus la présence de l’écrivain, ni celle de ses personnages. Pour Philippe du Vignal et Edith Rappoport, le passage à la scène ne fonctionnait pas. 

   Au contraire, la réussite évidente de cette adaptation  tient à une invention  efficace d’Alain Mollot et de Jean-Pierre Lescot, grand spécialiste du théâtre d’ombres et son complice pour l’occasion : la table et le fauteuil de l’écrivain ne bougent pas – quitte à assumer diverses fonctions -c’est le décor qui bouge, comme une lanterne magique, entraînant dans ses glissements le passage de lieux et du temps. Quelques fantaisies clownesques et silencieuses jouent en contrepoint d’une histoire que l’on suit avec émotion.

Christine Friedel

 

Théâtre des quartiers d’Ivry, du 8 au 18 décembre

Lorenzaccio

Lorenzaccio

    Pire que le tyran, le complice de ses débauches : il n’a pas l’excuse du pouvoir, mais la bassesse du courtisan. On peut le mépriser, Lorenzaccio,  ce sale  et minable Lorenzo. Seules,  sa mère et sa douce cousine croient encore en lui et se souviennent du jeune homme droit, de l’étudiant modèle qu’il a été. Lorenzo aussi s’en souvient, et regarde autour de lui : compromis, corruption, la ville de Florence est sale, mais la disparition d’Alexandre de Médicis la laverait peut-être de sa honte… Il n’y croit pas beaucoup, mais ce meurtre le blanchirait, lui, à ses propres yeux, même s’il sait qu’on ne joue pas les cyniques et les débauchés impunément, qu’on en reste imprégné, et que rien ne peut vous innocenter. Autour de lui, ce n’est pas très beau non plus : le cardinal Cibo met toute son onction au  service de la plus laide des politiques, sa belle-sœur, la marquise avec sa naïveté à céder au désir d’Alexandre et à se croire capable de le ramener sur le droit chemin, et quant aux “républicains“ Strozzi , ils mettent  leur énergie à récupérer leur ancien pouvoir oligarchique, noblement, pour le père, avidement pour le fils…

  La mise en scène d’Yves Beaunesne est d’une remarquable efficacité : les lieux, les scènes circulent à toute vitesse, dans une sorte d’excitation politico-érotique, le tout clair comme une épée. Une belle distribution fait fonctionner la machine : Mathieu Genet donne à Lorenzo  le charme de sa fragilité cruelle, l’ambiguïté de sa provocation perpétuelle, Thomas Condemine fait un Alexandre plutôt attachant d’irresponsabilité, Philippe Faure, dans le rôle du cardinal et Océane Mozas dans celui de la femme vertueuse tombée par désir et par politique sont tous les deux parfaits. Evelyne Istria et Jean-Claude Jay sont un peu laissés à leur fonction de mère et père nobles, avec ,pour chacun, un beau moment près de la mort. Les autres rôles sont bien en place, mais peu fouillés. On imagine ce qu’aurait été le spectacle avec une direction d’acteurs encore plus fine et plus riche…

  Yves Beaunesne a choisi deux partis originaux : placer Lorenzaccio dans la Russie du XIXe siècle – ça ne gêne pas, mais on est plutôt dans l’intemporel – et utiliser de grandes marionnettes, qui jouent en effet les “ marionnettes du pouvoir“ (et l’on en connaît aujourd’hui qui tirent elles-mêmes leurs propres ficelles ou leurs tringles), mais pas seulement ; cette liberté est la bienvenue, comme la grâce indiscutable de ces poupées à taille presque humaine (créées par Damien Caille-Perret). Mais la voix de ces délicates créatures n’est pas à la hauteur de leur présence, et c’est dommage. Mais quelle mise en scène pourrait tout résoudre ? À l’image du personnage de Lorenzo, il reste une place pour l’insatisfaction, les questions, le désir d’aller plus loin.


Christine Friedel


Spectacle vu à  Cergy-Pontoise Pontoise, Théâtre des Louvrais. En tournée en France jusqu’en avril 2010.

Slava’s Snowshow

Slava’s Snowshow

« La neige est dans la mémoire de mon enfance », c’est ainsi que Slava Polunin parle, d’un élément clef de sa création. En 1968 il fonde à Leningrad le théâtre Licedei. Son nom est ensuite attaché à l’aventure, de la mythique Mir Caravan qui s’en est allé de Léningrad à Blois, peu de temps avant la chute du mur de Berlin.
Après la disparition de l’Union Soviétique, le groupe se sépare, et Slava crée son spectacle. Accueilli depuis 20 ans sur toutes les scènes du monde, le Slava’s Snowshow est présenté, en ouverture de l’année  France-Russie  2010,au théâtre le Monfort à l’ initiative de ses deux codirecteurs, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel ( anciens des Arts Sauts).   
L’ entreprise de Slava n’a rien d’artisanal, et sa logistique est impeccable mais la magie perdure. Slava et ses clowns partenaires mêlent, pantomime, danse, jeu avec le public, avec une réelle poésie et une belle extravagance.Toute notre enfance perdue est là: bataille de boules de neige, bulles de savon, ballons multicolores et ce spectacle fait exploser les limites de la scène, parfois dans un excès sonore qui demanderait à être modéré ! Les Russes disent qu’il ne faut pas donner trop de liberté à leurs comédiens, sinon ils en abusent. C’est exactement ce qui se passe dans le final un peu excessif de ce Snowshow. Mais après le salut, Slava et ses partenaires, se sont assis sur le plateau pour regarder les spectateurs « jouer », en toute liberté dans la salle ! Un beau cadeau pour Paris, en ce début d’hiver. 

 Jean Couturier

Théâtre Le Monfort jusqu’au 3 janvier

SUBLIM’INTERIM

SUBLIM’INTERIM

L’amour c’est un boulot de tous les jours de Louise Doutreligne, mise en scène Jean-Luc Paliès.

  C’est un  comédie douce amère sur les tribulations d’une famille “ordinaire”argentine: une mère  qui a  survécu aux persécutions, un père heureux de pouvoir faire vivre sa famille avec des travaux d’intérim qui lui laissent un peu de liberté, deux enfants branchés et révoltés, une belle-mère argentine qui regrette d’avoir choisi l’immigration et qui pense à son fils préféré resté au pays, est interprétée par sept comédiens, musiciens et chanteurs qui se donnent à fond.

  L ’amour de ce couple qui surmonte le quotidien et cette fête de famille pour les 75 ans de Mamita sont après tout un thème qui en vaut d’autres…. Mais le spectacle reste un peu lourd, démonstratif et… plein de bons sentiments.Ce qui, on le sait depuis longtemps, ne fait pas nécessairement du bon théâtre!

Edith Rappoport

 

Vingtième Théâtre, les 28 et 29décembre.

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