Le Collier d’Hélène

image1.jpgLe Collier d’Hélène de Carole Fréchette , mise en scène de Nabil el Azan.

La pièce a été écrite par Carole Fréchette après un séjour au Liban il y a presque dix ans. Créée en 2002 puis jouée  au Théâtre du Rond-Point en 2003 ,elle vient d’être reprise à la suite d’une résidence de création au Théâtre national de Palestine à Jérusalem, en collaboration avec la Compagnie La Barraca.  L’argument en est des plus simples: une jeune femme européenne est au Liban, pour un congrès mais est restée un peu. Elle s’aperçoit alors qu’elle a perdu un petit collier de perles en  plastique sans aucune valeur qu’elle va tenter, sans l’ombre d’un espoir,  de retrouver dans une sorte de quête personnelle , en parcourant  une ville en ruines à la fois dévastée et en reconstruction qu’elle ne connaît évidemment pas. Aucun souvenir aucun indice pour l’aider, bien sûr à retrouver ce collier. Elle  va rencontrer quelques figures emblématiques de cette ville; d’abord Nabil, un jeune et beau chauffeur de taxi qui lui sert de guide, à la fois patient,calme et attentif à sa demande qu’il juge sans doute irréaliste . Sans doute Carole  Fréchette a-t-elle dû être frappée par  la beauté des paysages maritimes , difficilement conciiiable  avec des quartiers entiers de rues et de maisons dévastées. Le Liban, Gaza… bref, nous avons tous vu ces immeubles éventrés, ces rues couvertes de voitures calcinées, où quelques gamins continuent quand même à jouer. la guerre, toujours la guerre, puis le temps de l’après-guerre vécu  comme une fatalité avec laquelle il faut bien continuer à vivre Hélène rencontre ensuite un contre-maître quelque peu démoralisé, puis un  jeune femme au bout du bout du désespoir qui n’arrive toujours pas à admettre qu’elle ait pu perdre son petit garçon, victime d’une bombe. C’est bien d’une perte aussi dont cette jeune femme  souffre cruellement et sans aucune commune mesure, bien entendu, avec elle d’un pauvre petit collier. Mais la perte ou plutôt le sentiment de la perte,  est universel et c’est à cause de cette perte , aussi dérisoire soit-elle,  qu’Hélène se sent peut-être plus vite si proche de cette jeune femme arabe dont elle ne connaît même pas la langue… et qui lui dit avoir perdu son fils dans une attaque et qui, elle, est à la recherche d’une petite balle rouge qui lui appartenait. La perte est aussi dérisoiremais l’enjeu est évidemmetn d’une autre dimension.

Hélène va aussi trouver sur ses pas, après encore un parcours en taxi, toujours cornaquée par le beau Nabil, un réfugié qui lui redit dans une souffrance sans fin qu »on ne peut plus vivre comme çà et qui lui fait promettre de dire là-bas dan son pays où il n’ira probablement jamais:  » Dans les soirées, avec vos amies, quand vous buvez du vin, quand vous regardez par la fenêtre la ville toute blanche, si paisible et si bien ordonnée, dite-le, même si personne ne comprend, même si vous n’êtes plus certaine de savoir d’où vient cette phrase, parce que ça fait longtemps et c’est si loin, à l’autre bout de la terre. Dites-le. » Elle  rencontrera enfin un petit revendeur à la sauvette de n’importe quoi , qui veut lui refiler un collier pour remplacer celui qu’elle recherche avec tant de passion inutile.

La pièce  de Carole Fréchette est écrite dans une langue simple et à la fois poétique, bien servie par la mise en scène et l’ intelligente direction d’acteurs de Nabil el  Azan qui donne les choses à voir avec beaucoup de sobriété et de précision. La scène est vide , juste délimitée par des chassis pivotants. Les comédiens jouent , pour Mireille Roussel en français, et pour Hussan Abu Eiseh, Mahmoud Awad, Saled Bakri, Reen Talhami et Daoud Totah en arabe. Leur jeu est précis, calme et toujours juste, et ils ont tous une présence étonnante.

Et il n’y aucune difficulté de compréhension , puisque la traduction  s’affiche en arabe, en anglais, et  français. Saluons la performance de Mireille Roussel, en scène du début jusqu’à la fin ; on avait pu la voir récemment chez Ludovic Lagarde  puis  chez Céline Pauthe dans S’agite et se pavane,  mais elle est  ici exceptionnelle; elle possède  une force intérieure et une présence remarquables . A voir, oui sans aucun doute ; surtout  si vous aimez Carole Fréchette, c’est l’occasion, même s’il y a peu de représentations; Ivry n’est pas toujours facile d’accès et le théâtre des Quartiers d’Ivry est à 7 minutes du métro mais quand on aime, on ne compte pas…  Le Collier d’Hélène est d’une autre dimension et d’une autre saveur que cette Petite Pièce en haut de l’escalier récemment jouée au Théâtre du Rond-Point, ( voir le blog de janvier).

Philippe Duvignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry rue Danièle Casanova, jusqu’au 14 mars. et Salle Max jacob à Bobigny le 17 et le 18 mars.


Archives pour la catégorie critique

Wakan Tanaka

Wakan Tanaka, d’après des contes amérindiens, ou Flecha et les chiens esprits, mise en  scène de Gilles Cuche.

flechasurchienesprit.jpg  La culture amérindienne est, comme on le sait orale, et les contes et légendes se sont transmis de génération en génération depuis dess siècles, avec comme thème essentiel, un respect inconditionnel pour la Terre nourricière.  » Les Anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions et la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la Terre ». Pas mal vu bien avant Tchernobyl, etc..
Gilles Cuche a conçu une aire de jeu  ronde qui , plus tard, sera recouverte de sable et  les 150 enfants sont assis tout autour. Wakan Tanaka, reprend une de ces anciennes légendes,  où un petit garçon  incarné ici  par une marionnette ,pour aider ses grands- parents adoptifs qu’il voit vieillir,  part pour un long voyage qui prend la forme d’une quête initiatique, chercher un beau cheval esprit. Le vieillard du lac qui le reçois, masqué et couvert de lianes comme la marionnette du cheval et petit enfant sont d’une très belle qualité poétique. .

 Il y a trois conteurs musiciens (Herman Bonet, Bernard Cheze, Karine Tripier) qui vont donner vie à ce petit garçon et à son cheval de façon magique; ils passent de  la flûte, des percussions à  la voix parlée ou  chantée, avec aisance et efficacité. Pas d’effets inutiles de lumière ou de son: tout se déroule simplement, dans un calme et une paix propices à l’écoute d’un conte. Les percussions sont faite avec des calebasses, morceau de bois ou colliers de coquillages. Et les enfants sont subjugués par cette histoire simple mais qui dit aussi beaucoup de choses: immense respect pour la nature et la culture des produits indispensables à la vie,nécessaire  transmission des valeurs fondamentales aux enfants, solidarité absolue avec ceux qui devenus âgés, après avoir  donné toutes leurs forces  au bien- être de leurs proches: tout est dit ,avec une place importante consacrée à la musique jouée et chantée.
 Au chapitre des petites réserves: les percussions sur les calebasses couvrent un peu la voix du conteur musicien, l’espèce d’encens fumigène est inutile et fait tousser les enfants; quant aux  panneaux de lames de bois tressé qui encerclent l’espace circulaire, il est fort douteux qu’ils aient été traités avec des produits bio. Le respect de la nature et des être humains  commence aussi par là ; mille regrets, mais ce n’est pas la peine que les enfants respirent ces saloperies, même à toute petite dose pendant  l’heure que dure le spectacle. Allez , un effort, Gilles Cuche, demandez à votre scénographe de vous trouver autre chose…
 A part cela, à voir sans restriction; à partir de six/ sept ans.

Philippe du Vignal

Vaux-le-Penil le 13 et 14 mars; Vert-le-Petit le 31 mars; Marolles -en -Hurepoix les 28 et 29 mai et Boussy Saint Antoine le 13 juin. La compagnie de l’Atelier de l’Orage aussi , à son répertoire, d’autres spectacles pour enfants récents que nous n’avons pas encore pu voir.

WAKAN TANKA

WAKAN TANKA  Théâtre Firmin Gémier d’Antony

Théâtre Firmin Gémier d’Antony Mise en scène de Gilles Cuche, avec Bernard Chèze, Karin Tripier et Hernàn Bonet, compagnie Atelier de l’Orage

L’Atelier de l’Orage qui travaille depuis une dizaine d’années en milieu rural en Essonne a réalisé un joli spectacle pour enfants d’après des contes et légendes amérindiens. Nous sommes assis autour d’un espace circulaire encerclé de palissades de jardin, les 3 comédiens racontent la naissance d’un univers ou Fletcha petit garçon sourd d’abord rejeté par sa tribu, est recueilli par un vieux couple qui l’adopte. Ses grands parents ne pouvant plus suivre la tribu, il part dans une longue quête à la recherche des « chiens esprits » qui pourront porter les lourdes charges nécessaires à leur survie. Il trouvera enfin le cheval qui leur apportera le salut. Avec des accessoires simples et beaux, des morceaux de bois, des bouts de tissu, une marionnette, un costume, sur des rythmes du musicien Bernard Chèze et ses étranges instruments, des mélopées indiennes chantées par Karin Tripier, ce Wakan Tanka enthousiasme les petits enfants qui saluent l’avènement du cheval tournant autour de la piste. En exergue du spectacle une prophétie iroquoise à méditer  « les anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions de la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la terre. Ils disaient qu’alors, la voix des Indiens surgirait et qu’enfin, le monde l’écouterait »

Edith Rappoport

Bones

Bones par Michael Batz (Compagnie Yorick) au Théâtre 95 (Cergy-Pontoise)

Aller voir une pièce montée par Michael Batz, c’est anticiper un moment dense où, les deux pieds ancrés dans le social, et  l’on s’attend toujours à se faire conter une histoire révélant un pan de notre humanité; là où elle atteint ses limites, et aussi là où elle se fait la plus criante.

Résolument signée, à la manière d’un Ken Loach (la comparaison saute vite aux yeux), cette pièce parvient à nous embarquer dans une histoire où la possibilité d’une réconciliation entre Blancs et Noirs d’ Afrique du Sud interroge, tant les silences sont lourds, et masquent une mémoire consumée par les exactions commises. L’histoire met en scène deux femmes opposées en tout point : l’une est blanche, l’autre noire;  l’une est âgée l’autre  jeune;  l’une est riche, l’autre  pauvre, l’une tente d’oublier,  quand l’autre attend son heure pour lui montrer ses fautes…

Deux parcours de vies écorchées dans  un huis clos  bien rythmé qui offre une occasion de libérer les paroles, progressivement portées par des musiques sobres et une magnifique création lumière.
On l’aura compris, la trame est un prétexte qui permet de mettre en lumière des questions fondamentales:le pardon, la mémoire, la réconciliation…, tout  en évitant la tiède opposition et la prise de position facile.
Le texte montre des  faiblesses ( quelques dialogues  inutiles, la suggestion suffisait), le jeu n’est  pas toujours complètement tenu (parfois, les voix dérapent et  certains  déplacements sont hésitants). Malgré tout,  ce travail est une réussite dont il ne faut pas se priver.

Par Jérôme Robert
 
Théâtre 95, du 3 au 6 mars à 21 heures.


LA CHARRUE ET LES ÉTOILES

LA CHARRUE ET LES ÉTOILES  Théâtre 71 de Malakoff

De Sean O’Casey, texte français et mise en scène de Irène Bonnaud, scénographie de Claire Le Gal, production  déléguée de Théâtre Dijon-Bourgogne


Irène Bonnaud dont j’avais vu Music-Hall 56 de John Osborne à Montreuil et Lenz de Bûchner au Studio théâtre de Vitry, continue d’explorer un vrai théâtre politique, « qui appuie là où ça fait mal, les contradictions d’une politique qui avance sur des cadavres et s’allie aux pires valeurs réactionnaires, le nationalisme et le fanatisme religieux ». La charrue et les étoiles, c’est le nom d’un pub où se retrouvent les militants de l’IRA pendant l’insurrection de Pâques 1916.
Jack a quitté sa jeune femme Nora qu’il vient d’épouser, pour aller participer à un meeting qui dégénère. Elle le cherche vainement dans les rues de Dublin, finit par rentrer dans son immeuble où la vieille Bessie qui a perdu son fils dans les rangs de l’armée britannique, clame sa haine rageuse de la lutte pour l’indépendance des Irlandais. Tout le monde se retrouve au pub pour écluser des whiskies, et l’on voit la vie de l’immeuble où Madame Gogan, la concierge, tente de mettre de l’ordre et de calmer les affrontements violents des locataires.
Nora enceinte, retrouvera son Jack qui la quittera à nouveau pour finir  dans les combats, elle perdra son enfant, et au bord de la folie, sera prise en charge par la vieille Bessie et mourra, victime d’une balle perdue. Ce spectacle un peu mélodramatique et sentimental, met en scène une belle équipe d’acteurs où Bernard Escalon campe notamment un barman irlandais plus vrai  que nature, Martine Schambacher  une Bessie étincelante , et Edmond Vuillioud,  un généreux Fluther à l’écart de la lutte.

 

Edith Rappoport

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS  École nationale de musique de Mantes la Jolie

De Bertolt Brecht, mise en scène Frédéric Fachena, Collectif 12

Le Collectif 12 travaille depuis dix ans à  Mantes la Jolie, ils animent nombre d’ateliers et ont réalisé plusieurs spectacles à partir d ‘un lieu  vivant ouvert sur l’international aménagé dans une ancienne fabrique entre Mantes et Mantes la jolie fondé par Catherine Boskowitz et 11 autre artistes. Celle-ci a quitté le groupe il y a un an, Frédéric Fachena a pris le relais, il s’est lancé depuis plusieurs mois dans la réalisation de cet Opéra de quat’sous avec la complicité de l’École nationale de musique sous la direction de Jean-Christophe André. Ils sont 22 comédiens sur le plateau, 9 comédiens professionnels accompagnés par un chœur d’amateurs issu de leur ateliers, accompagnés par 9 musiciens qui nous offrent un vrai régal. La modernité étonnante de cette œuvre écrite au lendemain de la crise de 1929, m’a fait croire à une adaptation, quand j’ai entendu « il vaut mieux être banquier que bandit » dans le final au moment de l’exécution annulée de Mackie le surineur. Peachum qui fait fortune sur une entreprise de faux mendiants veut se venger de Mackie qui vient d’épouser sa fille Polly. En dépit de l’amitié d’enfance qui lie le bandit Mackie à Tiger Brown le chef de la police, le bandit se fera surprendre au bordel où il est allé retrouver Jenny des lupanars qui le dénoncera. L’exécution n’aura pas lieu et Mackie triomphera. Malgré des flottements et quelques imperfections en cette matinée de première, cet Opéra de quat’sous qui impose de véritables acteurs chanteurs complets, la partition de Kurt Weill est respectée et chantée avec une vraie maîtrise, s’avère un spectacle généreux de premier ordre.

 Edith Rappoport

 

Prochaines représentations 6, 7, 13, 14 mars à 20 h 30, 15 mars à 16 h à l’École nationale de musique de Mantes, 21 mars au théâtre de Saint Germain en laye

A LA MEMOIRE DE TADEUSZ KANTOR

 La dernière fois que j’ai vu Tadeusz  Kantor, c’était à l’automne 99 où j’étais allé à Toulouse faire une conférence sur son travail.Il y répétait son dernier  spectacle au Théâtre Garonne , qu’il devait créer quelques mois après ; il ne paraissait pas ses soixante quinze ans; très actif , attentif au moindre détail , il avait des journées interminables mais son visage trahissait souvent une inquiétante anxiété,  et il m’avait dit plusieurs fois qu’il se sentait très fatigué.
Je ne l’ai jamais revu,  et Aujourd’hui, c’est mon anniversaire  fut créé sans lui à Cracovie où il est mort subitement en décembre 99 mais j’ai mis longtemps, très longtemps à croire qu’il pouvait être mort; nous nous voyons en effet  régulièrement deux à trois fois par an depuis 1971, quand il avait créé La poule d’eau à Nancy puis à Malakoff. Nous nous rencontrions  l’occasion d’une création, d’une reprise ou d’un colloque  à Paris, ou à Barcelone ou Milan… ; à l’époque, il était encore peu connu et je me souviens d’une représentation des Mignons et des Guenons au Théâtre national de Chaillot où nombre de chaises étaient vides, et où certains spectateurs  n’hésitaient pas à quitter la salle avant la fin…Ses comédiens venaient en car par économie et logeaient chez des parents ou amis polonais…
Je me souviens de son immense culture et  de son impeccable français; je me souviens des longs entretiens qu’il m’accordait avec générosité pour l’Art Vivant, pour Art-press ou pour d’autres magazines ou quotidiens; je me souviens de son épouse Maria Stangret; je me souviens de tous ses comédiens, en particulier,  les deux jumeaux Waclaw et Leslaw Janicki, la comtesse ,comme l’appelait Tadeusz , Maria  Krasicka; le vieux surveillant de La Classe morte , Kasimierz Mikulski, Lech Stangret, le neveu de Maria, Anna Halczak qui fut un temps la compagne de Kantor, Myra Rycklicka…
Beaucoup l’ont depuis  rejoint au  royaume des morts. Je me souviens de ses colères mémorables, oubliée une demi heure après ;je me souviens aussi  des cadeaux qu’il m’a faits et que je garde précieusement dont plusieurs dessins.
Je me souviens surtout qu’à chaque fois que j’ai parlé de son œuvre théâtrale et plastique- et la dernière fois c’était à l’Institut polonais,-il y avait toujours beaucoup d’émotion , alors que personne dans la salle  ne l’avait rencontré… Chacune des promotions de L’Ecole du Théâtre National a eu, bien sûr, droit à quelques conférences, ce qui était frappant, lorsque je projetais La Classe morte, je ne  donnais la date ( 1975),pas plus que celle du fameux 1789 du Théâtre du Soleil, ( 1970), et jamais les élèves  n’avaient envie de la demander comme si ce spectacle datait d’hier, alors qu’il avait déjà au minimum déjà quinze ans..  Je commençais aussi toujours par rappeler qu’il avait fait partie du jury de recrutement de la première promotion, et comme il avait dû partir avant la fin, il m’avait laissé la liste des quelques candidats qu’il voulait absolument voir retenus, et je dois dire qu’il ne s’était pas trompé. Kantor, longtemps après sa mort , m’a aidé et m’aide encore à vivre,et je suis  vraiment content que Michaël Filller,  élève de la dernière promotion de l’Ecole et son ami, Alexandre Moisescot, comédien et réalisateur, aient pu réaliser un projet qui leur tenait à cœur.

N’hésitez pas à y aller: ce n’est pas tous les jours que vous pourrez faire connaissance avec une œuvre théâtrale d’une telle importance qui continue encore d’influencer nombre de créateurs.

Philippe du Vignal

 

   A LA MEMOIRE DE TADEUSZ KANTOR
rétrospective dédiée à Tadeusz Kantor et au Cricot 2
du 24 au 27 mars 2009 aux Caves Esclangon (Paris) organisée par la Compagnie Gérard Gérard


      Nous avions cinq et six ans quand Tadeusz Kantor est mort. Nous n’avons jamais assisté à un spectacle du Cricot 2. Nous ne sommes pas professeurs, pas chercheurs, encore moins savants, experts ou journalistes. Si notre discours semble décousu, brouillé, sachez que c’est peut être notre intention, mais ce n’est en rien pour vous fâcher. Jacquie Bablet et Patrick Penot viendront nous aider à prendre la parole, Caroline Rose à nous souvenir en mots et en images, des films aussi, et quelques interviews, des traces de notre voyage. Pour vous accueillir, nous avons choisi deux longues caves. Avec quelques ampoules au plafond.
      La rétrospective que nous organisons a pour but de retranscrire cette quête d’un théâtre disparu de la manière dont nous l’avons vécue, de reconstituer le voyage que Kantor nous a permis de réaliser, un voyage dans le temps, à travers des gens, dans une Pologne qui s’efface aujourd’hui peu à peu. C’est pourquoi, nous avons voulu placer cette rétrospective sous le signe de l’évocation, du partage des mémoires, de l’échange et essayer de faire vivre le souvenir de représentations éphémères. Et dans ce fouillis de souvenirs, dans ce hasard de rencontres, dans ces contradictions de paroles et ce décalage de regards, peut-être parviendrons-nous à toucher un instant ce qu’a été le théâtre impossible de Tadeusz Kantor.

Alexandre Moisescot et Michaël Filler
Cie Gérard Gérard

Une rétrospective

La Compagnie Gérard Gérard propose de cheminer dans l’œuvre foisonnante de Tadeusz Kantor en abordant progressivement l’univers de l’artiste à travers la projection de captations des spectacles, des reportages, des enregistrements de happenings, la présence d’invités, des témoignages vivants ou filmés, un concert et une exposition de photographies. L’accent est mis sur l’œuvre théâtrale de Tadeusz Kantor.
En plus des séances publiques, chaque film peut être diffusé sur demande dans la seconde cave Esclangon, conjointe, qui sert d’espace d’exposition et de consultation libre. C’est là que se tiendra l’exposition des photographies de Caroline Rose.
L’intégralité de la manifestation est gratuite et est prioritairement destinée aux étudiants. Les places sont limitées, s’inscrire est fortement recommandé.

Les intervenants

Jacquie Bablet, photographe et réalisatrice (CNRS)
Patrick Penot, directeur du Théâtre des Célestins (Lyon)
Caroline Rose, photographe

le groupe Yankele

Le programme

Au fil de ces séances, nous projetterons les témoignages de B.Renczynski, M.Vayssière, J.J.Lerrant, M.Bataillon, J.P Leonardini, A.Crombecque, J.M.Boeglin, G.Delahaye, W.Znorko, N.Zarzecka, Ph.Du Vignal et A.Ptaszkowska, que nous avons filmés lors du colloque organisé par le Théâtre des Célestins à Lyon en 2006.

retrospectivekantordp.jpgMARDI 24 MARS
10h         Tadeusz Kantor, parcours d’un artiste total
invité : Patrick Penot, directeur du Théâtre des Célestins (Lyon)
14h        « Le Théâtre de Tadeusz Kantor » (1988), 1ère partie
Documentaire de Denis et Jacquie Bablet
16h        « La Classe Morte » (1975) : présentation d’une séance dramatique
18h         Un cricotage : « Où sont les Neiges d’Antan » (1979)
20h         Caroline Rose : confidences de théâtre

MERCREDI 25 MARS
10h        Happenings, Deménagements et Emballages
11h        “Kantor est là” de Dietrich Mahlow (1969)
14h        « Le Théâtre de Tadeusz Kantor » (1988), 2ème partie
15h        “Wielopole Wielopole” (1985)
21h         Soirée concert avec le goupe klezmer Yankele

JEUDI 26 MARS
10h        “Kantor” de Andrzej Sapija (1985)
11h        “Qu’ils crèvent les artistes !” (1987)
15h        “Je ne reviendrai jamais” (1989)
17h         “Kantor en répétition : un portrait” (1984-2006) »
19h         Le spectacle « Je ne reviendrai jamais » et son évolution
séance exceptionnelle présentée par Jacquie Bablet

VENDREDI 27 MARS
10h         Carte blanche à la Cie Gérard Gérard
14h         Entretiens avec Tadeusz Kantor” de Denis Bablet (1977)
16h        “Des répétitions, rien que des répétitions” (1990)
18h        « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire » (1991)
20h         Soirée polonaise

infos pratiquesquilscreventcarolinerose.jpg

RETROSPECTIVE GRATUITE
destinée prioritairement aux étudiants
ouvert de 10h à 20h sauf pour le concert de Yankele et la soirée polonaise (jusqu’à 23h)

CAVES ESCLANGON
Campus de Jussieu
Bâtiment Esclangon, derrière la Tour 66
en sous-sol (prendre l’escalier à droite dans le hall)
2 place Jussieu / Paris 5ème
Métro : Jussieu (7), Cardinal Lemoine (10)
Bus 47, 67 et 89 : arrêts Jussieu et Cardinal Lemoine

La jauge est limitée. Pour vous inscrire, il suffit d’envoyer un mail à contact@ciegerardgerard.fr, précisant les séances que vous avez choisies. L’inscription est obligatoire pour les groupes et les classes.

Ce projet a reçu le soutien du Théâtre des Célestins (Lyon), de la Cricoteka (Krakow) et des universités La Sorbonne (Paris 4), Pierre et Marie Curie (Paris 6) et Denis Diderot (Paris 7). L’exposition des photographies de Caroline Rose est co-organisée par l’association Le Retour d’Ulysse.

www.ciegerardgerard.fr

D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle / morgenstraich

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D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle, mise en scène  de la population,  des autorités municipales et des pompiers.


Comme chacun sait, les carnavals, sont une des spécialités suisses et il y a peu de villes qui échappent à cette tradition. Premier arrêt: Liestal, chef lieu du Canton de Bâle, vieilles rues avec petites rues et maisons à colombages.  Vers quinze heures le premier dimanche de mars,depuis le Moyen-Age, sans doute pour enterrer l’hiver, sur nombre de places de la ville ancienne, des fanfares avec trompettes, trombones et grosses caisses jouent des airs de variétés ou des musiques traditionnelles du canton. Mais avec une maîtrise et une qualité de la musique absolument parfaite, les quelque vingt participants par fanfare (appelée aussi clique) toute âge et sexe confondus, masqués de gueules d’animaux ou tête nue,  jouent sans partition devant un très nombreux public venu de la Suisse entière, mais plutôt germanophone.
Aucun flic à l’horizon, des tonnes de  confettis par terre et  des saucisses qui grillent un peu partout. A la nuit tombante, quelque vingt  chariots  en fer remplis  de bûches empilées arrivent d’un peu partout dans les rues, conduits par des hommes et quelques femmes, masqués le plus souvent de têtes d’animaux avec des lanternes en papier couvertes de dessins humoristiques qui vont se rassembler en haut de la ville.
But de l’opération: faire descendre ces chariots avec leur cargaison de bois auquel on a mis le feu,  dans la rue principale, après avoir franchi l’étroite porte d’entrée de la ville surmontée d’une tour. Toutes les lumières électriques de la ville publiques ou privées ont été éteintes auparavant; il y a des milliers de spectateurs entassés qui attendent le passage de ces foutus chariots qui dégagent une incroyable chaleur. Ils sont précédés et suivis par d’une centaine de  petits groupes d’hommes et de quelques femmes et enfants casqués  qui portent sur l’épaule des espèces de torches faites des mêmes bûches de bois. Les comédiens stagiaires nigériens du Théâtre de l’Unité regardent sans y croire….
Vous n’avez pas dit impressionnant? Si, si,  c’est impressionnant, les images sont sans doute simples mais de toute beauté quand on voit ces chariots de  feu avancer et pénétrer après un arrêt, dans la ville .Même si, ( on est en Suisse), tout se passe dans le calme mais avec quand même  une armada de pompiers qui arrosent, avant chaque passage des chariots,  la voûte de la vieille porte et  veillent au bon déroulement des opérations: la voiture citerne n’est jamais très loin et l’ambulance attend portes ouvertes son premier brûlé. Il faut dire que les flammes de la plupart des chariots atteignent facilement le deuxième, voire le troisième étage des maisons. A quoi cela sert? A rien ou à tout, d’abord à enterrer l’hiver mais aussi à être convaincu que, comme disait Gaston Bachelard, dans La psychanalyse du feu « La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire ».

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 Il est minuit ; très courte nuit de deux heures et l’on repart pour Bâle pour être sur la grande place  ce premier lundi après les Cendres … A  quatre heures pile, horlogerie suisse oblige,la ville entière éteint ses lumières… Les quelque deux cent fameuses cliques  se mettent alors en marche. Une vingtaine de musiciens par clique, tous costumés et masqués, souvent de têtes d’animaux,  avec tambours et fifres aigus que  l’on entend dans toutes les rues. Depuis trois heures du matin,les cafés , échoppes et bars vendent des cafés, de la bière et de la Mehlsuppe, une espèce de soupe à la farine, ni bonne ni mauvaise ,ni chaude ni froide,  saupoudrée de fromage râpé. Les masques  fabriqués  industriellement et vendus un peu partout,parfois retouchés ne sont pas toujours d’une grande qualité esthétique  mais c’est l’ensemble  de la clique qui est impressionnant.
Les trottoirs et les rues du centre ville sont envahis de spectateurs; Les cliques avancent lentement dans la foule avec des lanternes en papier et de grandes boîtes éclairées à l’électricité de l’intérieur, couvertes de dessins et de caricatures politiques… en dialecte bâlois qui nous échappent quelque peu . Là aussi, comme à Liestal, mais, en plus urbain,  l’image de cette ville, sans lumière et livrée à cette débauche de cliques qui jouent souvent les mêmes thèmes musicaux dans un calme et un silence total, est hors norme. Il y a aussi plus tard dans cette même journée de lundi une centaine de schnitzelband, sorte de sketches poétiques et burlesques joués dans les restaurants et brasseries .

Délire total d’une ville assez sévère que l’on voit rarement en Europe, même la nuit de notre fête de la musique. Dans la vieille ville, des gens se baladent en attendant que le jour veuille bien se lever sur le Rhin… Il est temps de repasser la frontière en direction de Villars-les- Blamont…

Philippe du Vignal
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Pour Liestal et Bâle, il faut dormir la veille sur place; mais prenez vos précautions( mais vous avez le temps de vous préparer):  vêtements bien chauds,un peu d’argent suisse pour Liestal, où on ne prise guère les euros,aucun objet précieux vu la foule,pas le moindre soupçon d’agoraphobie et l’envie irrésistible de passer une nuit blanche. Mais cela vaut le coup de voir la chose au moins une fois dans sa vie, et les TGV, comme leur nom l’indique, vous emmèneront très vite à Bâle puis à Liestal par le train.

La carte postale sonore  vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons, qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, et que nous remercions mille fois. 

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LES CHARIOTS DE FEU Liestal (Suisse) MORGENSTRAICH Bâle

LES CHARIOTS DE FEU  Liestal (Suisse)

C’est un étrange carnaval qui remonte au moyen âge qui se déroule dans cette petite cité de la banlieue de Bâle en ce dernier jour de l’hiver. On pénètre dans une ville jonchée d’un tapis de confettis, il y a sur les places des guggenmusiek, toniques orchestres de cuivres masqués qui s’en donnent à cœur joie, peu soucieux du solfège et des cliques masquées qui défilent pesamment, lentement, joyeusement. Des milliers de personnes, vieux, jeunes, femmes, enfants, déguisés ou non, marchent, boivent, mangent des saucisses. On remonte dans la vieille ville, on franchit une porte millénaire et on attend l’heure fatidique de la tombée de la nuit, 19 heures pour assister à l’ébranlement de la tradition. Des dizaines, des centaines de cliques masquées, avec lampions, fifres et tambours vont dévaler la pente, précédant plusieurs dizaines de chariots de feu, précédés de porteurs de lourdes torches portées à dos d’hommes et aussi d’enfants. Les flammes montent à plusieurs mètres de haut, les pompiers veillent au grain, on doit parfois s’accroupir, s’écraser contre nos voisins pour ne pas être brûlés. Tout ce monde de flammes franchit la porte, les pompiers arrosent chaque passage.  On est sidérés par la discipline de ce public, ces milliers de personnes joyeuses et fraternelles assemblées

 

MORGENSTRAICH  Bâle 2 mars

 

Il est 3 h 45 heure du matin, c’est aussi un carnaval vieux de plusieurs centaines d’années. Nous dévalons les pentes de Bâle pour accéder à la grande place, des milliers de personnes masquées, munies de lampions, de fifres et de tambours sont assemblés. A 4 heures précises, la ville s’éteint, les cliques s’ébranlent dans un ordre et un désordre indescriptibles, la ville toute entière vibre, on suit le flot des cliques, on remonte dans les rues jusqu’à l’église qui surplombe le Rhin où on peut voir le bac accroché à un filin qui traverse le fleuve. Nous dégustons une soupe aux poix avant d’errer dans les rues pour retrouver la voiture. Le calme, la joie et la maîtrise de cette foule énorme sont impressionnants.

 

Edith Rappoport

54 ème kapouchnik

54 ème kapouchnik, par le théâtre de l’Unité, à Audincourt, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

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Jacques Livchine annonce plutôt fièrement à un public de plus de 300 personnes: c’est notre  54 ème kapouchnik.

Kapouchnik  en russe signifie soupe et désigne aussi le pot-pourri  de sketches, chansons, etc…que des comédiens concoctent pour fêter un anniversaire, un départ à la retraite,… Livchine d’origine russe  et de Lafond, grands spécialistes du théâtre d’improvisation, sont basés depuis 2.000 à Audincourt dans la banlieue de Montbéliard,  après avoir dirigé le Théâtre d’art et de Plaisanterie de ce même Montbéliard , ville aujourd’hui durement  frappée par la récession et par la mévente des voitures Peugeot . Ils se sont souvenus des petits spectacles préparés dans l’urgence, que donnaient  des comédiens professionnels américains qui ,sinon, auraient été au chômage , au moment de la grande dépression économique des années 30: The Living newspaper .En utilisant les seuls articles de  la presse courament vendue. En France, selon le même principe mais il y eut aussi  le fameux groupe Octobre avec Jacques Prévert et celle qui deviendra la grande prêtresse du « casting » Margot Capelier .Ils réalisaient  alors en quelques jours  de petits spectacles à visée politique; puis, José Valverde dans la mouvance du Parti communiste.Puis enfin le Théâtre du Soleil, avec des principes similaires dans les années 75 pour dénoncer les différenst poids et mesures de la justice de notre cher pays.

Hervée de Lafond et Jacques Livchine  ont expérimenté leur projet, quand ils dirigeaient des stages professionnels à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot que M. Goldenberg, ex-directeur du lieu, n’a jamais voulu reconnaître et que les pauvres  gens du Ministère de la Culture, sauf une plus lucide et plus généreuse,  ont méprisé au-delà de toute attente. Comme quoi, une Ecole de théâtre, cela peut aussi et cela devrait être surtout un lieu d’expérimentation.Enfin, passons; la bêtise est le lot universel du genre humain…

Donc , les deux compères armés d’une des plus solides expériences  de théâtre d’impro  qui soient en Europe , ont imaginé de réunir, une fois par mois, une bande de vingt comédiens venus d’horizons et de régions différents pour réaliser un spectacle d’une quinzaine de sketches à partir d’extraits d’articles de quotidiens, hebdomadaires papier et magazines ou blogs  Internet. Principe absolu: les faits rapportés, souvent étonnants, sont absolument exacts et précis, et traitent de l’actualité la plus récente, à la fois sociale, politique et économique, en France et à l’étranger; par les temps qui courent, la matière ne manque pas.
Mais Jacques Livchine tient absolument à faire remarquer que le Théâtre de l’Unité a sa  sensibilité sociale qui  n’est dictée par aucun parti. «  Nous avons nos colères, notre vision de la société, et nous frappons aussi bien à droite qu’à gauche. Contrairement ce que croyait Souvet, (ex-sénateur-maire UMP de Montbéliard , n.d.l.r ),  rien ne nous inféode à Moscovici et si ce dernier déconne, nous le clamerons haut et fort. C’est ça le contre-pouvoir des citoyens .  C’est aussi la liberté des artistes. »

Et ils ne sont jamais gênés- et  ne se gênent toujours pas – pour  faire de ces articles de véritables pamphlets, avec, quatre ou cinq  comédiens qui changent à chaque sketche. Les conditions matérielles et financières sont un peu  rustiques mais le Théâtre de l’Unité a toujours su vivre de peu : cela se passe dans un grand hall où, autrefois, étaient assemblées les fameuses petites machines à écrire Japy, et que leur a octroyé généreusement la Municipalité d’Audincourt qui a eu le nez fin. Bien entendu, les directeurs de grandes structures de la région comme celui du Théâtre national de Strasbourg  n’ont jamais daigné inviter l’Unité ni même envoyer un émissaire voir ce qui se passait  à Audincourt.

Qu’importe, à une époque où l’on parle souvent dans les dîners parisiens de lien social et autres fadaises, s’il y avait un prix, disons d’une rencontre théâtrale mensuelle du samedi soir, à des années-lumière d’un quelconque  système expérimental cache-misère, le Théâtre de l’Unité l’aurait sans discussion possible. On ne pas vous refiler encore une fois la fameuse phrase de Jean Vilar, mais à Audincourt, on n’est d’un véritable théâtre populaire.

Une petite scène frontale, pas de coulisses, une régie réduite à l’essentiel; aucun décor, pas de véritables costumes, quelques petits accessoires, juste un petit air de fanfare enregistré  entre chaque séquence mais… un public de plus en plus  nombreux et enthousiaste, et  socialement assez mélangé. Une représentation unique, jamais deux , histoire aussi de créer l’évènement.Tiens, tiens :  unique / Théâtre de l’Unité. Ce concept d’unité qu’ Aristote- le premier théoricien du théâtre- considérait  comme très important. …
Pourquoi le public d’Audincourt viendrait-il  à ce rendez-vous mensuel,   avec tant de plaisir s’il ne trouvait pas justement  une unité à ce qu’on lui  propose.?Et d’où vient cette unité ? Sans doute et d’abord, de la qualité du texte et du  jeu : même si ce vrai spectacle est  préparé  et répété une longue journée dans l’urgence, ce n’est jamais dans la médiocrité ni dans une interprétation  approximative (  derrière l’urgence, il y a, bien entendu ,comme un bon paratonnerre , quelques dizaines d’années d’expérience  et de rigueur absolue) et Hervée de Lafond n’a pas l’habitude de faire des cadeaux aux comédiens  à l’heure du bilan …

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Qualité donc mais aussi  quantité  pesée pour chacun des sketches. Aucun amateurisme dans l’écriture, même si- c’est la loi du genre-ils sont  parfois inégaux. Ni trop, ni trop peu, c’est comme pour la pâtisserie… Mais aucun remords possible, puisqu’il n’y a pas de seconde représentation Et c’est d’une précision millimétrique, dans la relation établie entre chaque partenaire mais aussi entre les comédiens et le public . Le  mode de fonctionnement scénique  s’est rodé au cours des années : les faits rapportés sont exacts,  le dialogue  parfois en partie  d’origine est bien construit. Comme il  n’y a aucun miracle au théâtre , c’est dans cet espace / temps  bien défini et pesé que la sensibilité du public peut s’exercer..

Rappelons encore une fois, quitte à paraître gâteux,  la belle phrase de Chikamatsu Monzaemon ( 17 ème siècle ) : « L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ». Au théâtre de l’Unité,  ce qui est imaginé, donc mis en images  n’est ni vrai au sens strict du terme ni mensonger  mais frappe au  plus juste.Et l’on voit rarement un public, installé tant bien que mal , suivre  un spectacle d’une heure et demi avec autant d’attention. Il y a  au premier rang du public , une  jeune femme devenue récemment aveugle qui ne perdait  pas une réplique. du spectacle…et qui a apporté en remerciement un cadeau  au  Théâtre de l’Unité : une  belle corbeille en osier à plusieurs couleurs qu’elle a tressée elle-même…Cela ne s’invente  pas!         

  Condition sine qua non: il faut s’inscrire bien à l’avance si on veut être sûr d’avoir une place  mais on ne paye « content », comme dit Livchine qu’à la sortie:on donne ce que l’on veut et  la recette varie donc en fonction du  plaisir qu’ aura pris le public. Recette  ensuite partagée à égalité entre chacun des acteurs qui dînent tous ensemble dans la maison chaleureuse du Théâtre de l’Unité qui jouxte la salle.

  Un coup de fanfare et les comédiens se présentent , les uns après les autres , en quelques phrases; Hervée de Lafond décline sans état d’âme son identité et son âge :Hervée Gervais de Lafond de Turin de Montvel , 65 ans depuis avant-hier ; Allichina Allakaye, un des trois comédiens stagiaires nigériens accueillis par l’Unité, dit qu’il est père de douze enfants,  dont quatre neveux qu’il a adoptés après le décès de son frère.Jacques Livchine avoue qu’il se remet mal du décès de quatre de ses proches en dix jours. Marjorie Heinrich nous fait part de ses  horribles ennuis de vision: en tournée, elle a oublié de prendre  avec elle ses indispensables médicaments. Aminatou Assaka, raconte avec un rire communicatif qu’elle a rapporté des boîtes d’aliment pour le chat de sa mère à Niamey mais que les enfants du voisin, entre temps , avaient tué le chat pour le manger…

Bref, la vie, la  maladie, la mort, clle des hommes et des animaux, les soucis quotidiens de tout un chacun  en France comme en Afrique: cette rapide présentation a le grand mérite de créer une cohésion presque immédiate entre le public et les  vingt acteurs.
Les thèmes des sketches varient: cela va dune scène avec Sarkozy , qui est un peu la « vedette » du spectacle, absolument furieux d’un incident technique survenu lors d’un tournage sur la 2 : il parlait à vide depuis une minute….Nonce Paolini , le directeur de la chaîne  fut obligé de se fendre d’une lettre d’excuses à notre cher Président  … Interprèté  par un comédien de grande taille qui marche  à genoux- ce qui rend le choses complètement dérisoires- hurlant  des injures et qui finit par virer tous les responsables du plateau.

On évoque aussi la mort de Gilbert , mort seul et retrouvé quinze jours après son décès : un jeune homme s’occupa de faire une collecte auprès des voisins., pour qu’il puisse avoir un enterrement décent.Il y a  quelques belles répliques d’Hamlet quand on retrouve le crâne de Yorrick le bouffon du Roi. Qu’importe que le public ait reconnu la pièce  de Shakespeare, le silence qui se fait dans le public en dit long sur son attention.dscn1083.jpg Une fois de plus, même en Français, les répliques du grand Will sont tout à fait exemplaires: en quelques mots tout est dit sur notre grande peur à tous  de la mort.

Dramatiques aussi deux histoires : l’une relative à une excision au Niger qui prend ici tout son sens, puisqu’il y a  trois comédiens nigériens en scène.Il y aussi cette triste aventure d’une pauvre vieille japonaise de 84 ans qui  finit par poignarder quelqu’un dans la rue pour pouvoir être mise en prison, où elle trouvera enfin  gîte et couvert,  puisqu’un simple vol ne suffit plus et qu’’il n’ y aucune institution pour la recueillir.

Dans un pays riche où 48% des plus de 65 ans vivent avec l’équivalent du R.M.I…. l’avocate commise d’office lui fait remarquer qu’ils sont 30.000 dans ce cas et que cela ne peut plus durer ! Il y a, juste après , un sketch formidable avec un monstrueux lancer de chaussures et d’injures sur le pauvre Sarko  isolé sur le petit plateau, seul président sans doute à avoir été affublé par la presse d’autant de surnoms méprisants…Et puis Livchine fait, avec beaucoup de sérieux et d’humour,  sa démonstration habituelle à chaque  kapouchnik: « Les chiffres  de Jacques ». Vite fait bien fait, il donne une petite leçon d’économie politique , en comparant les deux miliards de bénéfice de la Société Générale et les trois milliards  de la B.N.P.  aux 260 ou 360 milliards( cela dépend des journaux) de prêt accordés par  Sarkozy aux banques. Ce prêt , dit-il,  rapporte 1, 4 milliard mais est fondé sur un emprunt fait aux banques… et devrait être consacré au social, ce qui ferait environ 22 euros par Français….Livchine voudrait bien comprendre- et nous aussi.

Il se demande enfin pourquoi le prix du blé a diminué de 50% , alors que celui  des pâtes a augmenté de 11%.  Il y a aussi l’inoubliable effet d’annonce de Sarkozy : la gratuité des études dans les lycées français à l’étranger, alors que l’on sait bien que le déficit serait considérable et impossible à tenir…. Toujours courageux mais pas téméraire, Kouchner élude! Livchine donne toujours des des chiffres précis  qui, à chaque fois, obligent les spectateurs à se poser quelques questions! Brecht n’aurait pas fait mieux…

Actualité oblige : pour le dernier sketch : on passe par la case Guadeloupe , où la situation sociale et politique  est crûment rappelée en quelques dialogues bien sentis : au pourquoi vous vous en prenez à l’EDF ? », se succède un «  Pourquoi vous mangez des bananes » ?  Plus loin,  un skieur  à Mégève près de sa Carlita ; il téléphone à Jégo ne hurlant: J’ai déjà acheté un forfait de remontées mécaniques ,débrouille toi tout seul. C’est énorme, mais tout est dit en quelques mots sur la lamentable gestion de cette crise.Et le public n’en finit pas de rire.
Y aller ?  Oui, si vous êtes dans le coin, absolument,et sans restriction, vous ne le regretterez pas… Cette formule a suscité une concurrence … qui  reste  très loin de ce formidable cabaret politique.Le 55  ème kapouchnik aura lieu les samedi 18 avril dans ce même lieu et à la même heure. De plus, la Franche-Comté est un région magnifique et vous pourrez franchir la frontière pour aller acheter en euros du chocolat suisse

On dit à  Audincourt que madame Albanel viendra en personne voir ce fameux kapouchnik dont Carlita lui rebat les oreilles et pour savoir si on ne  pourrait pas créer un partenariat avec  la Comédie-Française, la Maison de la Culture de Bobigny et le Théâtre de l’Unité, sous la houlette de Jack Lang qui ,du coup vu les enjeux ,renoncerait à sa mission à Cuba, mais ce doit être une fausse rumeur. sans fondement.. Mais Hervée de Lafond n’a pas démenti… Alors, allez donc savoir!

       Pour finir, citons tous les comédiens:  comme cela, on ne fera pas de jaloux : Alichina Allakaye, Patrick Barbenoire, Nicolas Geny, Aminatou Issaka, Rahila Omar , sont venus prêter main forte à la  B.I.T. ….Brigade d’Intervention Théâtrale composée de: Zeki Aslan Amedine Bello, Audrey Donzelot, Clément Dreyfus, Youssri el Yaakoubi, Marjorie Heinrich, Magali Jacquot, Hervée de Lafond, Michèle Lautrey, Jacques Livchine, Nathalie Mielle, Gaetan Noussouglo, Marilyn Pape , Fred Goobi Patois, Eric Prevost, Fatima Seddiki, avec l’aide précieuse d’Aurélien Pergolesi et de Fabrice Bouteiller.

La plupart sont professionnels, quelques-un sont amateurs au meilleur sens du terme, mais tous ont une solide expérience des kapouchniks. Et nos trois amis nigériens? Ils n’ont eu aucune difficulté à s’insérer dans le spectacle,ils ont tous en effet l’habitude de jouer dehors, dans des conditions proches de celles du hall Japy, et ils apportent une certaine distanciation ,une autre façon de jouer , sans nuire à la cohésion de l’ensemble.Chapeau!

Le kapouchnik se déplace peu, donc si vous voulez le voir, c’est à deux heures trente de Paris par TGV. Vous aurez toutes les informations sur le site du théâtre de l’Unité.

Philippe du Vignal

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P.S. Pina, une  bonne actrice et grande amie de Jacques Livchine et d’Hervée de Lafond, après treize  ans de fidèle compagnonnage mais aussi de loyaux services dans plusieurs spectacles, est partie; c’était un magnifique et très gentil bouvierimg3464.jpg bernois que nous regrettons tous.

 

la carte postale sonore que vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons et qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, que nous remercions mille fois

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