Escapade en Roumanie

Le 19e Festival et Concours international George Enescu a lieu actuellement à Bucarest, et le directeur de l’Opéra nous invite chaleureusement. L’occasion d’une escapade dans la capitale roumaine, à la rencontre non pas de Dracula mais de l’excellence musicale d’un pays qui panse peu à peu les plaies de l’ère Ceaucescu.

Bucarest était décrite, dans les années 30, comme «le Petit Paris des Balkans». Appellation peut-être exagérée, mais qui traduit la vitalité d’une capitale et d’un pays où l’on parle le roumain, c’est-à-dire une langue latine, relativement proche du portugais, de l’espagnol, du catalan, de l’italien et du français, là où dans la plupart des pays voisins, excepté en Hongrie, on s’exprime dans des langues slaves.
Une précision qui n’est pas inutile pour comprendre la francophilie et la francophonie d’un grand nombre de membres de l’intelligentsia roumaine, et le fait que bon nombre d’écrivains, après la guerre, de Mircea Eliade à Cioran et Eugène Ionesco, ont choisi de fuir le régime socialiste et de s’installer en France pour écrire en français. Car la Roumanie, on ne l’oubliera pas, a été sous la coupe d’un régime dictatorial pendant quarante ans.
Bucarest a gardé dans ses rues, et même aujourd’hui dans son ambiance, des traces de ces terribles quarante années. L’état des rues et des façades, les écheveaux de fils électriques, le colossal et inachevé Palais de la République (qui a nécessité, disent certains, la destruction d’un sixième de la ville !) peuvent inspirer la tristesse ou la mélancolie. Mais Bucarest est aussi une cité vivante, qui renaît peu à peu, qui restaure son patrimoine, ses monastères, ses églises, qui entretient ses parcs, qui essaye, en plein marasme économique (et, actuellement, en pleine campagne électorale), de retrouver un art de vivre perdu.

Les 3 priorités du ministre de la Culture
Theodor Paleologu est depuis 2008 ministre de la Culture de Roumanie. Né en 1973, titulaire de la double nationalité roumaine et française, il manie notre langue et l’humour avec un égal bonheur. Il porte également un regard lucide sur la situation politique de son pays, sur l’état de la presse mais aussi sur les atouts de la Roumanie. Laquelle, rappelons-le, est entrée en 2007, avec la Bulgarie, au sein de l’Union européenne.
Ministre, Theodor Paleologu a trois tâches principal à remplir : entretenir le patrimoine de la Roumanie, d’abord, qui se trouve dans un état critique. Quoi de plus fragile qu’une église en bois ? Ce patrimoine va bénéficier d’une loi comparable au plan Malraux des années 60, qui permettra de restaurer des monuments historiques et de mettre en place une politique de secteurs protégés.
Les cultes, ensuite. L’État roumain finance les différents cultes, et principalement le culte orthodoxe. Se posent aussi les questions du soutien à la diaspora, et celles qui accompagnent, en Transylvanie, la restitution de propriétés à l’église catholique.
Troisième souci : le mécénat. Theodor Paleologu a conscience qu’il faudrait concevoir une loi qui encourage davantage, sur le plan fiscal, les mécènes potentiels.
Pour soutenir l’activité culturelle, le ministère est aidé par un Conseil pour le fond culturel destiné aux projets spécifiques. Ce conseil, nommé par le ministre, met sur pied des commissions de spécialistes. Mais aussi, pour l’action culturelle à l’étranger, par l’Institut culturel roumain, même si, pour les projets très ambitieux, comme ce fut le cas pour Faust de Goethe mis en scène par Silviu Purcarete envoyé au Festival d’Édimbourg, le ministère contribue largement.

Un festival comme une vitrine

Créé en 1958, le Festival et le Concours de Bucarest eurent d’abord lieu tous les trois ans, puis tous les deux ans. Puis le Concours s’est pratiquement arrêté à la fin de l’ère Ceaucescu. Un budget indépendant, dont le montant est pérennisé et n’a pas baissé, assure toutefois l’avenir du festival, que Ceaucescu n’a jamais osé menacer, et qui est une vitrine de l’activité culturelle roumaine.
Parmi les bonnes surprises du festival 2009, auquel nous avons pu en partie assister, on citera les Vêpres de Rachmaninov, superbement interprétées par le Chœur académique de la radio, sous la fervente direction de Dan Mihai Goia, dans la splendide salle de l’Atheneum (1888) ; le concert donné le lendemain par la violoncelliste belge Marie Hallynck, pleine de fougue, en compagnie du pianiste français Cédric Tiberghien, dans un programme Enescu-Debussy-Britten ; enfin le récital du pianiste suédois Frederik Ullen dans un programme d’œuvres du XXe siècle (Stockhausen, Ligeti, Messiaen, Scriabine, Xenakis, Enescu) : une prestation peut-être un peu trop près de la lettre des œuvres, bridant la sensibilité de l’interprète. Ces deux derniers concerts eurent lieu tous deux dans la salle du Conservatoire, cependant que les concerts symphoniques, eux, étaient donnés dans un palais des congrès qui contient une salle de 4 000 places.
On ajoutera que le Festival de Bucarest accorde une place importante à la musique roumaine d’aujourd’hui. On a pu entendre, ainsi, notamment, des œuvres d’Octavian Nemescu, Doina Rotaru, Cristian Lolea, Mihai Mäniceanu, Ulpiu Vlad (auteur d’un concerto pour violoncelle joué par Marin Cazacu), Dan Dediu, Theodor Grigoriu, etc.

Le sacre d’Œdipe
A l’Opéra national de Bucarest, on a pu apprécier la reprise de la production d’Œdipe de George Enescu, qui est presque un compositeur national comme Szymanowski en Pologne ou Bartok en Hongrie… mais a tenu à composer là un opéra sur un livret en français. Ce spectacle, on avait pu le voir en octobre 2008 au Capitole de Toulouse. Il est signé Nicolas Joel (metteur en scène et nouveau directeur de l’Opéra national de Paris), avec la fidèle complicité d’Ezio Frigerio et Franca Squarciapino pour les décors et les costumes, d’une constante élégance. Un Œdipe sobre, qui met en scène le mythe et fait entendre l’ouvrage tel qu’il est écrit, sans chercher d’aventureuses interprétations néo-ceci ou crypto-cela.
Au pupitre, à Bucarest : Oleg Caetani, qui n’est autre que le fils d’Igor Markevitch. Franck Ferrari chantait le rôle-titre lors de la première, Stefan Ignat, étonnant chanteur au timbre splendide, lors des suivantes. Un bien bel hommage rendu par le Français Nicolas Joel au Roumain Enesco ! D’ailleurs, pour célébrer l’entente artistique entre les deux pays, le ministre de la culture roumain a tenu à venir en personne à Paris pour remettre à Nicolas Joel et à Franck Ferrari les rubans de Commandeur et de Chevalier du mérite culturel.
On oubliera vite en revanche la production d’Otello de Verdi dirigée par Miguel Gomez-Martinez, mise en scène par Mihai Maniutiu, avec Franco Farina dans le rôle-titre, Alberto Gazale (Iago) et Carmen Gurban (Desdemona). Un spectacle qui accumulait un grand nombre de défauts, scéniques et musicaux, mais qui ne gâte en rien le succès global d’un festival dont le directeur artistique n’est autre que Ioan Holender, directeur de l’Opéra de Vienne, et qui réunit en quelques semaines la crème des solistes (41 concerts avec des solistes tels que Christian Tetzlaff et Martha Argerich, 6 solistes en récital), des chœurs et des orchestres venus de toute l’Europe : Orchestre de la Radio bavaroise, London Symphony Orchestra, Orchestre de la Suisse romande, Orchestre philharmonique de Radio France, Orchestre du Capitole de Toulouse, etc. Rappelons que pour la première fois, cinq concerts (y compris Œdipe et le concert de gala du concours) ont été repris par la chaîne Mezzo.

Un concours d’un niveau international

Foisonnant et divers, le Festival de Bucarest servait d’écrin à une autre manifestation d’envergure : le Concours George Enescu, consacré cette année au piano, au violon et à la composition, et suivi par plusieurs jours de concert dans des villes telles que Sibiu, Brasov, Iasi, Cluj et Timisoara. Ont été couronnés d’un premier prix : le violoniste polonais Nadrzycki Jaroslaw, le pianiste kazakh Tebenikhin Amir et deux compositeurs chinois : Quian Shen-Ying pour la musique de chambre et Lam-Lan-Chee pour la musique symphonique.
Notons que lors du concert de gala qui a conclu ce concours, nous avons eu l’occasion d’entendre Le Son de la méditation du compositeur chinois Hu Xiao-Ou, premier prix 2007 : une pièce étonnante, au cours de laquelle les musiciens chuchotent dans leurs instruments, et qui montre combien la musique contemporaine trouve peu à peu sa place dans nos sensibilités.

Anne Rodet


Archives pour la catégorie critique

La Chaise-Dieu ou la musique au sommet

Le Festival de La Chaise-Dieu a lieu chaque fin d’été dans une abbatiale qui est un miracle d’architecture et d’acoustique, alliance particulièrement rare.

La 43e édition du Festival de La Chaise-Dieu était la septième sous la houlette de Jean-Michel Mathé, son jeune directeur artistique. C’est en 2003 en effet que Guy Ramona, qui fut pendant plus de trente ans le directeur d’un festival voulu, au départ, par Georges Cziffra, en en est devenu le président. Poste auquel il a renoncé en juin dernier : c’est Jacques Barrot, homme politique bien implanté dans la région et par ailleurs commissaire européen, qui a été élu à ce poste.
Sans attendre, saluons la performance de Vaclav Luks à la tête de son Collegium 1704 qui nous a révélé le Requiem pour Auguste II de Zelenka, soirée que France Musique a eu la bonne idée de diffuser. Remarquable interprétation qui nous a fait goûter la manière dont les voix et les instruments se mariaient idéalement. Du velours !
Clermontois d’origine, issu d’une école d’ingénieurs de Lyon où il lui est arrivé d’inviter l’Orchestre National de Lyon, Jean-Michel Mathé a effectué un service civil à l’Auditorium Maurice Ravel du temps d’Emmanuel Krivine puis de David Robertson, qui ont succédé à Serge Baudo au poste de directeur musical de cet orchestre. Il a aussi été bénévole du Festival de La Chaise-Dieu pendant plus de dix ans : «Les bénévoles font un travail remarquable et créent une ambiance chaleureuse, dit Jean-Michel Mathé. C’est dans ce cadre que j’ai été un beau jour remimage6.jpgarqué par Guy Ramona, qui m’a proposé d’être son successeur.» Aujourd’hui, Jean-Michel Mathé est aussi trésorier de la fédération France Festival.

 

Accents lyriques

Parmi les œuvres qui sonnent le mieux à La Chaise-Dieu, il y a bien sûr le Requiem de Verdi, familier des passionnés du festival. Cette fois, c’était le Chœur et l’Orchestre de la Philharmonie nationale d’Ukraine, dirigés par Mykola Dyadyura, qui l’interprétait : une lecture superbe, aux accents on ne peut plus lyriques.
Accusé ça et là d’élitisme, le festival a réussi à triompher des préjugés et à s’imposer comme étant la grande manifestation artistique de l’été en Auvergne. A ce titre, il bénéficie d’une convention signée pour 3 ans avec le Conseil régional, et reçoit aussi des subsides de l’agglomération du Puy-en-Velay, du Conseil général de la Haute-Loire, etc. «Mais notre première source de financement est la billetterie», ajoute Jean-Michel Mathé.
Le Festival de La Chaise-Dieu, qui bourdonne pendant quinze jours, n’occupe durant l’année que sept emplois permanents. Outre le directeur, on trouve un administrateur, deux postes pour le mécénat, la communication et la presse, un comptable et deux assistants.

De la Renaissance à la musique d’aujourd’hui

Sur le plan artistique, Jean-Michel Mathé reste fidèle aux choix de son prédécesseur : on retrouve régulièrement à l’affiche de La Chaise-Dieu les noms de Paul McCreesh, Françoise Lasserre, Michel Corboz, mais d’autres ensembles comme l’Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon ou le Collegium 1704, qu’on a cité, ont fait leur apparition ces dernières années. «J’ai aussi ajouté la musique contemporaine, qui apparaît à petite dose mais dans plusieurs concerts, ainsi que la musique de la Renaissance, avec l’ensemble Doulce Mémoire, qui était peu représentée jusque là. Je fais aussi appel aux forces musicales locales, quand elles sont de grande qualité : le Concert de l’Hostel-Dieu installé à Lyon, l’Orchestre d’Auvergne. Mais nous n’avons fait appel qu’une seule fois au Chœur d’Auvergne, formation amateur, et ce pour un projet qui avait été précisément défini.»
Jean-Michel Mathé ne dédaigne pas non plus des formations de l’est de l’Europe, si elles placent la barre très haut. «Je me suis rendu en Ukraine, et j’ai compris que je pouvais inviter les interprètes que dirige Mykola Dyadyura, à jouer dans l’abbatiale la Symphonie des mille de Mahler, qu’ils avaient rodée à Kiev. Ce concert a produit un effet magistral à La Chaise-Dieu.
Depuis quelques années, le festival propose, au sein de plusieurs de ses concerts, une page de musique de notre temps. Cette année, entre autres, on a pu entendre le Concerto pour flûte de Marc-André Dalbavie interprété par Benoît Fromanger en compagnie du plus qu’excellent Orchestre français des jeunes dirigé par Kwamé Ryan. Maîtres de la technique, ces jeunes musiciens peuvent aller au-delà de la grammaire et se donner tout entiers à leur passion de jouer. Autre exemple, le Festina lente (1988), pour orchestre à cordes et harpe ad libitum, d’Arvo Pärt par l’Orchestre d’Auvergne dirigé par Ari van Beck. Un beau moment de sérénité.
Un nouveau site internet, des actions pédagogiques, des conférences gratuites, etc. ont par ailleurs renouvelé un festival qui, avec un budget d’1,8 million d’euros (dont 1 million pour l’artistique), propose plus de trente concerts payants par édition. «Il nous reste à améliorer le stationnement, la restauration, l’hôtellerie ; songez qu’il n’y a que 600 habitants à demeure à La Chaise-Dieu ! Et que certains soirs il nous faut 300 chambres pour loger un chœur et un orchestre !»

 

L’espace et le temps

Depuis quelques années, certains concerts du festival ont lieu ailleurs dans la région (au théâtre du Puy, où sont donnés des opéras en version de concert, à Brioude, etc.). Mais le rayonnement du Festival de La Chaise-Dieu est tel que son activité tend à s’accroître aussi dans le temps : il collabore, pendant la saison, avec le théâtre du Puy et le Centre lyrique d’Auvergne. Le plan de soutien à l’économie permet par ailleurs à des travaux d’êtres menés dans les bâtiments qui jouxtent l’abbatiale et qui permettront de mieux en mieux accueillir l’Académie de la Chaise-Dieu, dont le directeur artistique est le pianiste Cyril Huvé, et qui depuis trois ans fait vivre la musique l’hiver, à La Chaise-Dieu. Un nouvel auditorium de 220 places est en outre prévu dans les anciennes écuries, et les projets sont nombreux qui poussent à imaginer la naissance d’un centre culturel sur la présence monastique, sur le rôle des bénédictins, sur le thème de la danse macabre (il y en a une magnifique à l’intérieur de l’abbaye, ainsi que de somptueuses tapisseries). «L’évêque est très bienveillant à notre égard, les frères de la communauté de Saint-Jean, qui vivent dans l’abbaye, également.» Enfin, un Centre de recherche sur les maîtres de musique de province, à partir de partitions retrouvées à la cathédrale du Puy, pourrait lui aussi voir le jour dans cette ville.

 

En 2010 ?

 

«En 2010 (ne le répétez pas !), il y aura du Chopin, peut-être du Schumann – ils sont nés tous deux en 1810 –, et nous fêterons les 400 ans des Vêpres de Monteverdi avec le chœur du King’s College et The Academy of Ancient Music. Nous avons aussi des projets, à l’avenir, avec l’Orchestre de Saint-Étienne, que dirige Laurent Campelone. Et j’aimerais bien programmer le Requiem allemand de Brahms.»

 

Anne Rodet

JE PENSE A VOUS

JE PENSE A VOUS ÉPISODE XX  Festival Sens Interdits Théâtre du Point du Jour Lyon
Mise en scène Didier Ruiz, compagnie des hommes.

Le Festival Sens interdits organisé par le Théâtre des Célestins s’intéresse aux problématiques des mémoires, des identités et des résistances, notamment sur le continent européen. J’avais   vu, il y a 7 ou 8 ans l’un des premiers épisodes de Je pense à vous à Théâtre ouvert avec des retraité parisiens. Didier Ruiz, grand explorateur du réel, de la parole des gens ordinaires, rassemble pendant plusieurs semaines une dizaine de personnes âgées de plus de 70 ans, qui racontent des moments de leurs vies. Cette fois, il est parti à Moscou, il a travaillé avec un groupe de personnes dont il ne connaissait pas la  langue, dans une ville inconnue. Et les difficultés qu’il a dû surmonter  ont donné naissance à un spectacle bouleversant, bien plus fort que les témoignages français dont je garde un souvenir terne. Même facture pourtant, les 10 personnes assises sur des chaises se lèvent à tour de rôle pour parler de leurs vies souvent détruites mais simplement sans pathos, c’était leurs vies et ils sont toujours debout, élégants et fiers de témoigner. Quelques projections de photos, eux dans leur enfance, dans leur jeunesse, on est émus, malgré la traduction avec les écouteurs qui brouille un peu la relation.

 

Edith Rappoport

ORDET

ORDET  Théâtre du Rond Point de Kaj Munk, mise en scène Arthur Nauzyciel

Ordet, veut dire la parole. Mikkel Borgen gère son domaine avec ses trois fils, Johannes l’un d’eux devenu fou avec la perte de sa femme se croit investi de pouvoirs divins, Inger la femme de Mikkel fils attend un garçon. Elle tente de raisonner son beau-père qui s’oppose au mariage d’Anders le troisième avec Anne Skraedder, fille d’un autre fermier, pour de confuses histoires de religion dont la rigueur imprègne la vie du village. Inger perd son enfant à la suite d’un accouchement difficile, elle meurt malgré le combat acharné du médecin. Le désespoir s’abat sur les Borgen, mais Peter Skraedder  arrive avec sa femme pour offrir sa fille Anne en mariage à Anders. Et Joannes qui avait disparu depuis trois jours ramène à la vie sa belle-sœur Inger. L’extraordinaire présence des acteurs, superbes Pascal Gregory en Borgen, Jean Marie Winling en Skraedder, étonnante Catherine Vuillez en Inger, au sein d’une distribution solide accompagnée par l’Ensemble Organum, impose une dimension mystique bouleversante, bien rare au théâtre.
Edith Rappoport

 

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ÉLOGE DU RÉEL

ÉLOGE DU RÉEL  Théâtre du Rond Point
Mise en espace, musique et direction de chœur Christian Paccoud, paroles de Valère Novarina

J’ai découvert avec surprise cet étonnant personnage et son accordéon entouré de quatre chanteuses et du gros chœur (chœur contemporain à géométrie variable créé en avril 2000 dans l’arrière salle du restaurant le Picardie à Ivry sur seine). Arrivée en retard, je n’avais pas lu le programme, et j’ai vu ce groupe de quarante personnes assises sur le plateau entonner avec conviction des refrains insolites, derrière Paccoud. Il a fallu arriver à la fin du spectacle pour que je découvre l’auteur des paroles avec l’énumération de ses pièces par l’une des choristes. Novarina qui écrit tous les jours depuis 1958, mais qui n’a été publié qu’à partir de 1978 livre ici une langue ordinaire, aux antipodes des pièces créées par Claude Buchvald entre autres. Christian Paccoud qui l’accompagne depuis plus de dix ans déclare : »je n’ai jamais travaillé les textes de Valère, je les ai voyagés, je les ai rencontrés, palpés, respirés, parfois même vomis. Ils se sont collés à mes musiques avec la dignité des petites gens et sont devenus des paroles de chansons que tout le monde du facteur au pompier, de l’infirmière à la boulangère peut ramener à la maison pour les chanter les soirs d’hiver.

Edith Rappoport

Les enfants de Saturne

Les enfants de Saturne, texte et mise en scène d’Olivier Py, décors et costumes de Pierre-André Weitz.

image21.jpgOlivier Py,  à la fois comédien, metteur en scène des ses propres pièces et du Soulier de satin comme de l’Orestie; il est aussi depuis presque trois ans directeur du Théâtre de l’Odéon. Il s’était fait surtout connaître en Avignon  en 95 pour son grand cycle de 24 heures La Servante. Il nous présente maintenant son dernier opus Les Enfants de Saturne, une sorte de grande saga familiale qui a pour cadre une scénographie imposante. On entre directement sur la scène soit un bureau de patron de presse avec bureau bas et fauteuil noir capitonné. Il y a des tas de journaux un peu partout, une cheminée avec une pendule en marbre un buste et un tourniquet à cachets en caoutchouc. Un peu plus loin , quelques plantes vertes en plastique ou desséchées sur l’appui d’une des deux  hautes fenêtres à 102 petits carreaux chacune répandant une lumière blafarde, un porte-manteau perroquet, un ancien poste de télévision installé sur une table roulante en stratifié et un drapeau français assez sale, deux chaises copie Louis XVI .
  Tout est chez Weitz précis et extrêmement réaliste, et d’une grande poésie: il sait parfaitement rendre l’écriture d’Olivier Py. Nous sommes installés sur un plateau de gradins tournant à 360 degrés à l ‘inverse des aiguilles d’une montre et les trois autres côtés  de la salle comportent aussi chacun un décor: d’abord une chambre d’hôtel assez pauvre et sale avec un couvre lit à chenilles, et une douche, puis  un quart de tour plus loin, une sorte de grand vestibule de château avec les mêmes deux hautes fenêtres. Encore un quart de tour , une boutique de pompes funèbres sordide et  sale , tenue par un vieil homme avec quelques plaques funéraires, des urnes et statues de la Vierge Marie en vitrine, et tout autour des toiles peintes gris et noir de tombes .
  Il est important de situer les choses ainsi ; en effet, Olivier Py doit une fière chandelle à Pierre-André Weitz qui a, sans doute conçu un des plus beaux dispositifs scéniques que l’on ait pu voir depuis dix ans. C’est à la fois sensible, intelligent et efficace, et les jeunes gens qui sont ses élèves aux Arts Déco de Strasbourg ont bien de la chance de l’avoir comme enseignant.
  Reste le texte : c’est l’histoire d’un quotidien qui va sans doute disparaître parce que son fondateur âgé n’a pas su, pas voulu sans doute non plus,  assurer sa succession. Comme Kronos, le Saturne des Romains, il  semble finalement tirer une certaine   satisfaction  d’amour-propre de n’avoir pu trouver de repreneur à sa hauteur et donc il doit bien constater  l’impossibilité de confier le journal à l’un de ses deux fils Paul ou Simon, ou à sa fille Ans. Paul fait l’amour avec sa sœur qui va bientôt être enceinte. Quant à Simon, il éprouve une sorte de passion pour son fils Virgile , qu’il va essayer d’assouvir en achetant les services de Nour ( en arabe: lumière), un jeune émigré qui a besoin d’argent pour offrir une sépulture digne de ce nom à son père récemment décédé, et qui apparaît comme une sorte d’ange à la fois damné  et merveilleux à la fois .Il y aussi Ré, une sorte de fils illégitime qui veut prendre la place du patriarche chef d’entreprise qui finira par lui confier son héritage. Mais il va se retrouver paralysé sur un fauteuil roulant, ne pouvant plus communiquer que par des battements de paupière… que traduit Ré, en interprétant évidemment les volontés paternelles….A la fin, Ré impose au vieillard de manger en pâté sa main gauche qu’il lui sacrifie ( il a déjà perdu l’usage de la droite dans un accident ).
  Soyons honnêtes: cela commence plutôt bien avec une espèce de discours patriotique revanchard  et assez drôle sur la violence de l’histoire qui se permet de prendre aux pauvres même ce qu’ils n’ont pas, que vocifère le vieux patriarche. « Mitterrand,  ajoute-t-il, son génie venait de la mort et nous ne le savions pas. Et c’est joué par un Bruno Sermonnne absolument magnifique,  comme le sont tous les autres interprètes, en particulier, Pierre Vial, très impressionnant dans le rôle de l’entrepreneur dune boutique de Pompes funèbres appelée Repos éternel -, à fois cynique et goguenard qui donne une grande profondeur à ce personnage secondaire, Michel Fau ( Ré) qui réussit à imposer à l’arrache ce personnage assez glauque, et Philippe Girard dans le rôle de Simon le fils. Il y a au fil du temps quelques belles scènes mais qui restent noyées dans une espèce de torrent qui charrie toutes les obsessions d’Olivier Py et qui paraissait ennuyer souverainement Lionel Jospin… Il faut dire qu’il y avait de quoi!
  En vrac: l’écriture de l’Histoire à la fois individuelle et collective, la notion d’apocalypse, l’obsession récurrente du rapport père/fils, la tyrannie de ce père mais aussi la fidélité au père, les relations homosexuelles, le sexe , le sang, la puissance de l’argent, le défi de l’Amour qui revient comme un leitmotiv, qu’il soit fondé ou non, réel ou supposé, le Temps qui nous engloutit, le suicide ,et l’avortement ( il n’y a dans la pièce qu’une seule femme: Ans, la fille du patriarche), l’idée de l’impossible transmission si chère pourtant au cœur de l’homme et que l’on retrouve à  chaque héritage, la mort qui guette en permanence, le sado-masochisme, la pitié, le meurtre, etc… tout cela sur fond de références  bibliques, catholiques surtout, claudéliennes et philosophiques (Py, on le sait est un grand lecteur),  et mouliné, repassé en boucle deux heures et demi durant. Tous aux abris…
  Ce qui en une heure vingt serait sans doute  intéressant ( mais ce n’est pas dans les habitudes d’Olivier Py) devient à la longue assez insupportable, et c’est dommage!  Malgré le petit tour de manège que nous effectuons à intervalles réguliers, le compte n’y est pas tout à fait; on se demande même finalement s’il y a un rapport au temps qu’Olivier Py n’aurait  pas réussi à maîtriser , quand on voit  la masse de thèmes qu’il traite sans pour autant épargner au public bon nombre de stéréotypes , si bien que cette pseudo saga familiale, dont les personnages sont  mal dessinés et où l’auteur prend prétexte de la pièce pour se confesser,  devient assez vite indigeste), malgré une solide mise en scène et une impeccable direction d’acteurs. Comme disait le cardinal Lustiger : qui trop embrasse mal étreint….Mais maintenant que tout est construit, c’est évidemment trop tard. Restent quelques  images d’une grande beauté qui parfois font penser à Bob Wilson, et quelques belles envolées lyriques., mais perdues dans un magma assez estoufadou.
  Alors à voir ? Oui, si vous êtes un inconditionnel de la prose d’Olivier Py, oui, si vous aimez voir d’excellent acteurs faire un travail de tout premier ordre, même s’il les fait souvent crier sans raison, mais à cette condition- là seulement…Et ne nous envoyez pas de commentaires acides en vous plaignant de vous être ennuyés: on vous aura prévenu…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe Atelier Berthier (17 ème) jusqu’au 24 octobre.

L’écrivain public

    L’écrivain public , texte et mise en scène de Juliet O’ Brien.

ecrivainpubliccopie.jpgIl s’agit d’une sorte de rencontre entre  Rouvesquen ,un écrivain public , qui n’a jamais réussi à être vraiment un écrivain à part entière et que l’on vient voir pour toutes sortes de textes: discours , requêtes,  lettres d’amour, etc… et  Lansko, un jeune émigré qui a laissé sa femme dans son pays d’origine , Morland, pays plombé par un régime totalitaire. Rouvesquen, d’abord très méfiant, finit par se laisser apitoyer par ce jeune homme malheureux, illettré  qui, la rage au ventre,  essaye de maîtriser les fondements du Français parlé dans un pays pas très accueillant. Rouvesquen finira par lui apprendre le Français, lui écrira ses lettres pour sa femme et lui lira les siennes quitte à tricher un peu beaucoup et  l’aidera dans ses nombreuses et obscures démarches administratives, en échange de quelques travaux de peinture. Il lui enseignera aussi à comparer la qualité des vins. On ne vous dévoilera pas pas  la fin tragique de l’histoire, même si elle est quelque peu téléphonée… Mais Rouvesquen, en écrivant à la femme de Lansko, recouvrera une sorte de virginité littéraire qui le sortira de son cynisme et des lettres banales  et des discours stéréotypés qu’il est obligé d’écrire à la place des autres, alors qu’il n’en a bien entendu aucune envie.Il  va y avoir entre eux des relations presque filiales, même si, au début,  Rouvesquen est constamment sur la réserve devant ce jeune homme dynamique qui veut mordre la vie à pleines dents , malgré l’absence de sa femme et tout ce qu’il a subi dans son pays.Et cela lui donne sans doute une force, une intelligence des choses et une volonté de s’en sortir particulièrement convaincantes
Rouvesquen a en effet d’autre clients comme ce brave homme très simple,  qui doit prononcer un petit texte en l’honneur de sa  fille qui se marie avec un jeune homme issu d’un milieu très bourgeois, ou de cette dame quelque peu hystérique en tailleur rouge, un peu  déjantée qui veut écrire une sorte de  testament pour ses enfants qui ne lui parlent plus.
Nous avions vu la première version de la pièce montée au Théâtre Romain Rolland de Villejuif quand Juliet O’Biren y était en résidence , invitée par Alain Mollot. La pièce depuis s’est bonifiée, même si les ressorts dramaturgiques  sont parfois un peu gros et s’il aurait mieux valu que la mise en scène soit confiée… à un metteur en scène qui traduise un plus efficacement cette. Juliet O’Brien ne s’en sort pas mieux qu’à Villejuif: la  scénographie , toute en éléments à roulettes, ne sert ni la pièce ni les comédiens  et il y a beaucoup de maladresses ,de naïvetés ( les apparitions de Leila, la jeune femme de Lansko à l’avant-scène,des ombres chinoises et de la lumière rouge quand cela devient tragique) et de longueurs qui auraient pu être évitées, ce qui aurait donné au texte beaucoup plus de force et de précision.
La direction d’acteurs est aussi quelque peu flottante, et Dominique Langlais/ Rouvesquen qui compose très finement ce personnage d’écrivain public, se met parfois à réciter son texte,  mais Bob Kelly / Lansko est tout à fait remarquable d’intelligence et de sensibilité. Malgré  tout cela, la pièce s’en tire et L’Ecrivain public est un théâtre  qui n’est pas sans rappeler celui de Pagnol: si l’on  veut bien accepter ou  les règles du jeu, pour ne pas dire les ficelles   de cette histoire d’amour et d’exil, un peu taillée à la tronçonneuse mais qui ne manque pas de charme.
Alors à voir? Oui, pourquoi pas; en tout cas, le public était enthousiaste…

Philippe du Vignal

Théâtre 13  100 rue de la Glacière. Métro Glacière, jusqu’au 18 octobre.

CONTRÔLE D’IDENTITÉ

CONTRÔLE D’IDENTITÉ (168) Tarmac 15 septembre

Mise en scène Alexandra Badea, compagnie Europ’Artes, avec Madalina Constantin, Corentin Koskas, Razvan Oprea et Carine Piazzi
Le parcours christique d’un homme fuyant les tortures de l’armée pour une insupportable émigration, où amour, métier, domicile lui sont refusés. Les quatre acteurs circulent dans un quadrilatère de barreaux lumineux, ils mâchent avec rage un verbe d’où sont exclus tout rapports humains. L’apogée du spectacle, c’est la lecture de la déclaration des droits de l’homme dans des explosions de rires, aucun des articles n’étant respecté par notre Europe libérale.  On est saisi par l’intensité du jeu des acteurs et un peu gênés par l’omniprésence des micros, on aurait envie de respirer un peu !

Edith Rappoport 

RENCONTRE KICK THEATRE CORPUS

RENCONTRE KICK THEATRE CORPUS. Théâtre du Cormier

 

Jérôme Rosemberg, dynamique chargé de mission pour le théâtre de l’ADIAM du Val d’Oise a un vrai talent parmi les multiples cordes à son arc, celui d’organiser des rencontres entre des artistes novateurs et des structures culturelles du département . Cette rencontre organisée dans ce joli théâtre du Cormier de Cormeilles en Parisis, rassemble deux compagnies expérimentées, plus d’une quinzaine d’années chacune, le Kick Théâtre de René Chéneaux et Corpus de Fabrice Macaux vibrant sur un même sujet, celui des désastres de la guerre, la perte, la disparition d’êtres chers, l’angoisse irrépressible devant la mort. René Chéneaux présente deux séquences de Trois voix pour les sirènes de Bagdad de Yasmina Kadra, créé l’an dernier, trois comédiens sur un plateau nu, dans un dispositif bifrontal évoquent d’abord l’exécution d’un jeune handicapé blessé à un barrage américain en Irak devant son père et le chauffeur terrifiés, puis le départ d’un jeune homme et ses adieux à sa sœur, pour aller combattre à Bagdad.
Une deuxième séquence évoque le désastre de la prise du Théâtre du Nordost et l’échec des revendications sur la Tchétchénie d’après le témoignage d’Anna Politovskaïa, courageuse journaliste exécutée depuis, le dernier tableau traitant de la guerre d’Algérie et des massacres de Sétif. La beauté, l’extraordinaire présence des acteurs donnent un dimension quasi rituelle à cette représentation, on reste saisi, sans voix, au bord des larmes et pourtant la mise en scène reste sobre et dénuée de pathos.
Fabrice Macaux, quant à lui présente Rapaces un « work in progress » sur les conséquences humaines provoquées par le terrorisme à partir d’un événement qui l’a personnellement touché, l’attentat survenu à Bagdad contre le siège des Nations Unies. Laurence Mayor qui incarne une mère ayant perdu son fils se déchaîne dans une invraisemblable gesticulation sans parole, accompagnée au banjo par Corentin Seznec. C’est le fruit d’un travail de 3 semaines qui livre l’insoutenable rapport au deuil. Fabrice Macaux qui doit réaliser parallèlement un documentaire, ne sait pas encore si le verbe jaillira sur le plateau, il y a encore plusieurs mois de travail devant lui.

Edith Rappoport

COUSCOUS GUINGUETTE

COUSCOUS GUINGUETTE . Friche André Malraux Mantes la Jolie
Collectif 12

C’est la soirée de rentrée du Collectif 1, dynamique équipe installée depuis une dizaine d’années dans cette ancienne fabrique rénovée, où ils disposent d’une salle de spectacle équipée, de lieux de réunion et d’un lieu d’hébergement. Le rêve pour pouvoir créer, accueillir en résidence, animer des ateliers ! Turandot ou le congrès des blanchisseurs monté par la compagnie TOC (voir ci-dessous en Avignon) y a été répété. Je rate la première partie, une centaine de personnes sont attablées, servies avec une belle énergie par une vingtaine d’acteurs des compagnies qui vont nous servir ensuite de beaux numéros : la chanson du Brésilien par Xavier Tchili, l’impressionnant Mackie de l’Opéra de Quat’sous et Moi ma gueule, qu’est ce qu’elle a ma gueule, du Brecht lu par Jean-Pierre Renaut en short, des Madisons endiablés menés par Anna Mortley, des morceaux d’Éric Garmirian, des chansons chantées ensemble ( mon amant de Saint-Jean, la Javanaise…). Le couscous est excellent, le vin est bon, les gens sympathiques, c’est rare ! Le public du voisinage et des ateliers qui ne revient pas forcément voir les spectacles professionnels jubile.

Edith Rappoport

 

 

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