corpus eroticus, une proposition de Virginie Deville

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  Corpus eroticus est composé de deux volets: l’Opus 1 que nous n’avions pu voir mais qu’Edith Rappoport, elle a vu, ( voir son compte-rendu dans ce même blog et l’Opus de 2. Il s’agit dans les deux Opus de trois dispositifs scéniques carrés de 16 m2 qui accueille chacun une sorte de monologue/confidence de 25 minutes, pour 12 spectateurs: soit:  Aficionada de Christian Siméon, Libérez-moi de José Pliya et Par exemple de Nathalie Fillion. Comme pour les trois premiers textes, il s’agit d’une commande faite à ces auteurs par  Virginie Deville ,aidée par la SACD/ Fondation Beaumarchais, la Maison des Métallos, la ferme du Buisson, j’en passe et des meilleurs… Les spectateurs reçoivent  des mains d’une hôtesse court-vêtue d’une robe en bande de plastique rouge et perruque rousse un ticket d’alcôve dont les photos indiquent le parcours à suivre; les comédiens disant donc leur texte trois fois de suite pour chacun des groupes. Rendons d’abord à César c’est à dire à Jacques Livchine, cette idée scénographique qu’il avait utilisée autrefois pour son spectacle culte Mozart au chocolat.
  Le monologue d’ Aficionada, est interprété par Virginie Deville qui a assuré avec beaucoup de maîtrise: il s’agit d’une femme allongée sur une arène de sable fin et reliée, du moins au début, à deux goutte-à-goutte de sang ( qui n’en est pas vraiment, rassurez-vous) qui s’écoulent  dans une rigole à l’extérieur du cercle( âmes trop sensibles aux perfusions au sang, s’abstenir). Mais, hier soir, les longs tuyaux de plastique devaient être bouchés, et cela ne fonctionnait pas, dommage…
 Elle nous raconte  son désir amoureux, profond ,exclusif pour un torero  mais une vingtaine de minutes plus tard le taureau tuera son amant ou son amant supposé, on ne sait trop, sans, dit-elle , qu’elle ait rien fait pour l’empêcher de toréer ce jour-là; la jeune femme donne des pinceaux aux spectateurs pour qu’ils inscrivent des marques rouges sur  son corps.Le texte n’est pas toujours convaincant mais Virginie Deville est si proche des douze spectateurs qu’elle finit, avec beaucoup de savoir-faire, et d’intelligence,  par les emmener dans son délire. Cela tient presque autant de la performance que du simple monologue dramatique; en tout cas, il règne un curieux mélange de gêne et de sympathie entre les douze spectateurs, qui commencent à prendre conscience qu’ils vont devoir devoir passer trois fois 25 minutes ensemble dans un espace confiné.
  Le second monologue Libérez-moi de José Pliya est une sorte de confession d’un homme qui a été statufié nu avec un sexe démesuré dans le jardin d’un musée. Gravier par terre, chaises de jardin, murs tapissés de gazon en plastique et de grosses marguerites. L’homme- remarquable Pascal Renault- disserte sur les rapports homo et hétérosexuels, interpelle les spectateurs avec beaucoup d’humour et une pincée de cynisme sur les rapports entre les deux sexes. Pascal Renault aurait mérité une meilleure statue qui est franchement ratée, d’autant plus qu’elle est très bien éclairée par une douzaine de spots au sol. Mais bon…
  Quelques secondes d’attente dans le hall, pas plus- c’est impitoyablement synchronisé par Virginie Deville- et l’on pénètre ensuite dans  l’alcôve du peep-show de Par exemple: un carré toujours de  16 m2 avec douze petits compartiments sur trois des côtés, éclairés au début par une ampoule rouge. Chaque spectateur, seul dans sa case,  est assis sur une chaise haute en fer, devant un miroir sans tain mais ses jambes  sont à découvert et à portée de main de la comédienne qui, parfois, les caresse du bout du pied… Une jeune femme en guépière,  slip rouge et bas noir( un seul) nous raconte ses fantasmes de femme mariée avec enfants, qui passe du quotidien le plus banal: les courses,le menu des enfants aux jeux plus torrides et à ses fantasmes les plus personnels. Dans une sorte de quête érotique sans cesse renouvelée, où elle se caresse lentement mais sûrement, très proche, voire collée aux miroirs sans tain. Sophie Torresi ne peut voir  du public que les jambes mais elle arrive à installer une belle complicité, en jouant sur une présence physique et mentale sans défaut. Un vrai et beau travail d’actrice .
  Ce Corpus Eroticus se joue encore jusqu’au 8 novembre à la Maison des Métallos (11 ème);  ce serait dommage de le rater, si vous avez un moment, après une visite/ chrysanthèmes  chez vos morts préférés; c’est, en tout cas, un bel hommage à la vie érotique et à la vie tout court. Quant à nos amis provinciaux, il faudra qu’ils patientent… Le spectacle n’a que quatre comédiens mais il faut une semi-remorque pour transporter les alcôves. Producteurs intéressés, soyez les bienvenus…

Philippe du Vignal
                                                                           


Archives pour la catégorie critique

CORPUS EROTICUS Maison des Métallos par Edith Rappoport

Conception et mise en scène Virginie Deville, compagnie Ce dont nous sommes faits, textes de Roland Fichet, Camille Laurens, Marie Nimier

Virginie Deville nous accueille au seuil de la salle d’expositions de la Maison des Metallos, dans une affriolante robe rouge en lamé, nous donne les règles du jeu pour ce parcours insolite que les 36 spectateurs vont faire entre trois cabanes où nous allons écouter quelques confidences. La première se passe dans le noir, c’est un homme qui me frôle à plusieurs reprises, je n’aime pas ça, cela m’a bloquée pour écouter le texte. Mais Nathalie Yanoz et Anne de Roquigny, l’une debout sur son container, l’autre dans son bain de de billes blanches, mutines et séduisantes sans jamais tomber dans la vulgarité, m’ont captivée.

 

Edith  Rappoport

 

LA JEUNE FILLE DE CRANACH Maison des Métallos 25 octobre par Edith Rappoport

 

Texte et mise en scène de Jean-Paul Wenzel, avec Claude Duneton, Lou Wenzel, Gabriel Dufay

 

Un vieil homme dans son fauteuil feuillette un gros livre dans son immense bibliothèque, un orage éclate, on frappe et une jeune fille nue survient dans la pénombre. Elle nageait dans le lac, elle a trouvé ce refuge en attendant la fin de l’orage. Le vieil ouvre une malle, lui propose de revêtir une somptueuse robe bleue et lui montre une peinture de Cranach dont elle est le portrait vivant. La jeune fille revient, une amitié étrange se noue à chaque visite, où elle revêt d’autres robes, elle s’inquiète pour Pierre qui se nourrit de livres, de noix et d’eau du lac. Chacune des robes qu’elle revêt dans ses visites lui font toujours ressembler à Cranach. Elle veut faire rentrer la lumière et la vie dans cet antre sombre, ramener le vieillard à la lumière en faisant abattre l’arbre énorme qui barre la porte d’entrée, faire réparer la barque abandonnée par son ami Michel, le vieillard refuse de revenir à la vie du dehors. Il s’attache à elle et disparaît en lui léguant son château abandonné. L’extraordinaire présence de Claude Duneton et de Lou Wenzel tient le public en haleine.

 

Wenzel s’est ouvert au théâtre grâce à Duneton, ce magicien des mots qui était son professeur en Corrèze et l’a envoyé à l’école de Strasbourg. Jean-Paul a écrit cette pièce en quelques semaines. Lou Wenzel, sa fille a une splendide et très pudique nudité.

 

Edith Rappoport

- Une chambre à soi par Christine Friedel-Virginia Woolf – Anne-Marie Lazarini

Que serait-il advenu de la sœur surdouée de Shakespeare ? Bonne question, posée dès les années vingt du siècle dernier par Virginia Woolf, suivie de quelques autres : pourquoi si peu de livres signés par des femmes ? Et parmi ceux-ci, pourquoi tant de romans (voir l’actuelle rentrée littéraire, triomphe des écritures “féminines “) et si peu d’essais ? Et pourquoi la table des universités féminines était-elle si pauvre par comparaison avec celle de la fameuse “Oxbridge“, bastion des privilégiés masculins ? La mixité généralisée a balayé tout ça. À voir : qui osera prétendre que le féminisme est dépassé ?
Sylviane Bernard-Gresh (adaptation), Anne-Marie Lazarini (mise en scène) et Edith Scob, dans le riche et beau décor  de bibliothèque de François Cabanat, avec vue sur le paysage londonien, réveillent le gai savoir de Virginia Woolf et piquent là où il faut : les filles, ce n’est pas gagné ! Le tout avec un grand charme : le théâtre, avec cette conférence, est ans la présence de l’actrice, dans sa vitalité, ses colères, dans le plaisir partagé avec le public, hommes et femmes.

Théâtre Artistic Athévains.


Christine Friedel

Festival franco-ibérique et latino-américain « Les Translatines » 2008 à Bayonne Biarritz par Irène Sadowska Guillon

 

 

aff2008.jpgFestival franco-ibérique et latino-américain « Les Translatines » 2008 à Bayonne Biarritz.

Le « mini festival » 2008 ( du 23 aux 25 octobre) marquait la transition des « Translatines » vers des éditions biennales à partir de 2009. Ce changement de périodicité s’étant imposé face aux difficultés budgétaires insurmontables auxquelles le festival se confronte depuis des années. On sait à quel point la pérennité des festivals en province et en particulier de ceux qui ont affirmé une spécificité identitaire, dépend du jeu de l’échiquier politique local et national.
Les Translatines est en effet depuis un quart de siècle l’unique carrefour en France des théâtres français, espagnols et latino-américains.
En attendant les Translatines 2009 qui donnera un coup de projecteur à la création artistique actuelle théâtrale, plastique, musicale en Argentine, pour répondre aux attentes d’un nombreux public fidélisé, le festival a proposé en 2008 une programmation plus réduite et néanmoins très forte.
Rencontre et dialogue avec Florence Delay de l’Académie Française, écrivain et traductrice, autour de l’œuvre de José Bergamin (1895 – 1983) une des figures majeures de la littérature espagnole contemporaine.
Découverte d’une jeune auteur chilienne Ana Hancha Cortés qui dans son écriture novatrice, très condensée, réinvente une structure dramatique et spatiale tissée de paroles adressées parfois directement aux spectateurs interpellés et entraînés dans le jeu, de silences, de mouvements, d’actions surprenantes, provocantes. C’est ce qui se passe dans Lulu d’Ana Hancha Cortés, mise en scène par Jean-Marie Broucaret et interprétée avec fougue par Viviana Souza. Lulu, une jeune femme en recherche d’elle-même, dont le cerveau est agencé comme un CD, par pistes, par plages numérotées, livre ses multiples facettes cherchant à rétablir le contact, à renouer les liens qui l’unissent aux autres et à elle-même. Elle tente de se retrouver, de se comprendre elle-même, à travers un discours intermittent, désordonné, parole intime adressée à nous, à quelqu’un en particulier, déconcertante, provocante, violente et transgressive, assassine par son humour féroce. La comédienne Viviana Souza s’investit totalement dans le personnage multiple, attachant de Lulu à la fois naïve, vulnérable, fragile, impuissante et rebelle face à la société égoïste, conformiste, dominée par le plaisir immédiat, matériel. Quelques objets très concrets : mixeurs, cafetières, tabourets, bols, cuvette, légumes et fruits, servant à des actions surprenantes, ancrent ce vagabondage mental dans le réel du quotidien.
Enfin une création de la Comédie-Française Yerma de Federico Garcia Lorca dans la mise en scène et avec une musique originale de Vicente Pradal qui restitue à cette œuvre toute sa substance poétique et musicale, sa force passionnée, sauvage, son enracinement profond dans la terre andalouse et en même temps sa contemporanéité.
La tragédie de Yerma, son désarroi, sa solitude et son enfermement dans la tradition étouffante et la tyrannie du devoir, résonne comme une métaphore du poids des valeurs morales, de l’immobilisme conservateur, paralysant nos sociétés. L’appel de Lorca à se libérer de Dieu, des préjugés, à choisir et vivre librement sa vie, n’est-il pas toujours d’actualité ?
La musique interprétée au piano par Rafael Pradal intégrée dans la trame dramatique, tout comme le chant flamenco faisant irruption ou prolongeant certaines scènes sont autant de jaillissements de l’indicible, de la passion violente, du désespoir, de la douleur profonde. En relevant avec une absolue justesse la tension dramatique, les rythmes, les ruptures de ton, Vicente Pradal imprime à sa mise en scène une structure quasi musicale. L’harmonie du jeu tout en nuances des acteurs, tous remarquables et particulièrement Coraly Zahonero (Yerma) et Évelyne Istria (une vieille femme) est une des qualités de ce spectacle qui incarne sublimement la poésie de Lorca et touche à cette grâce du duende.
On pourra encore voir Lulu de Anna Hancha Cortés au festival Mira à Bordeaux le 8 novembre à 18 h au Studio de création du TNBA et Yerma de Lorca par la Comédie-Française en tournée.

Irène Sadowska Guillon

Raté Rattrapé Raté ,mise en scène de Christian Lucas par Philippe du Vignal

rat.jpgOn connaît depuis longtemps Nikolaus  ce clown plein d’humour ,excellent jongleur et acrobate, qui a débuté au cirque Archaos. Il revient avec un spectacle sous chapiteau  avec deux comparses Pierre Déaux, funambule et Mika Kaski. Ils démontrent- scientifiquement si l’on peut dire- que le chaos est  l’aboutissement irréversible de tout acte humain.I

  Il y a d’admirables jonglages de grosses boules rouges, des échafaudages de cartons qui, grâce à une minuscule dose de dissolvant versée dans un verre en plastique,  basculent de façon magnifique là où ne s’y attendait pas, un numéro de funambule comme on en voit rarement, la construction d’une machine délirante où une bougie qui brûle une ficelle finit par déclencher une suite de catastrophes.  Les trois clowns savent comme personne dire l’absurdité et le burlesque, le logique et l’inattendu. Résultat d’un long travail technique. Ce ne serait pas correct de vous dévoiler la suite de gags mais sachez que c’est merveilleusement drôle et intelligent aux meilleurs moments ; il y a un test qui ne trompe pas:  le visage ébloui et le rire des enfants. 

  Mieux vaut oublier certains gags qui se répètent comme cette baguette de pain sec qu’ils  cassent sur la tête de l’un ou l’autre, ou les longueurs dues à une mise en scène  laborieuse qui plombe un peu le spectacle, surtout vers la fin. Mais les trois comparses de la Compagnie Pré-O-ccupé , s’il sont bien dirigés, peuvent vite rejoindre le niveau d’excellence des fameux clowns Les Cousins, eux aussi réunis en trio.

Philippe du Vignal

 Dans le cadre de la 4 ème édition du Village de Cirque, Pelouse  de Reuilly jusqu’au 2 novembre.

 

Le Shaga de Marguerite Duras, mise en scène de l’auteur.

La pièce avait été créée en 68 au feu Théâtre Gramont  devenu un salon de coiffure!( où Michel Simon avait joué autrefois Du Vent dans les branches de Sassafras )  après cinq mois de répétitions, ce qui était rendu nécessaire, puisque Duras partait en fait d’un canevas. On retrouve ici l’une des actrices ,Claire Deluca, accompagnée de Jean-marie Lehec et Hervine de Boodt, tous les trois exemplaires de rigueur et d’intelligence. Le Shaga est une  langue inventée par Marguerite Duras,  à partir de mots cambodgiens,siamois et malais que parle une jeune femme; les deux autre personnages, un homme et une femme ,eux parlent notre vieux bon français et tentent,avec beaucoup de mal, de dialoguer avec elle…
Et ils parlent, ils parlent  sans cesse pendant une petite heure, »impudiques et gais » disait Duras, ils fabulent  aussi beaucoup  mais les mots quotidiens et les expressions les plus usuelles employés minent le langage de l’intérieur, jusqu’à le nier dans une sorte de subversion où l’absurde et le non-sens font bon ménage avec un humour corrosif. Entre Beckett, Lewis Caroll parfois , Ionesco et Devos… Pas de décor, quelques projecteurs, pas de musique, un bidon en plastique comme seul accessoire, une petite scène.Du pur artisanat mais cousu main et luxueux dans son extrême simplicité. C’est à la fois jubilatoire et magnifiquement théâtral.
 Un bémol: cela se passe dans un tout petit théâtre:le théâtre du temps qui se trouve 9 rue Morvan, à deux pas du métro Voltaire et il ne vous reste que trois jours: aujourd’hui dimanche à 17 heures et lundi et mardi  à 20 h 30.Et comme il n’y a que cinquante places, mieux vaut réserver: 01-48-73-12-38. Voilà, vous être prévenus. Le spectacle se rejouera sans doute mais où et quand: parlez-en à Muriel Mayette, l’administratrice de la Comédie-française, elle aura peut-être une idée…

Philippe du Vignal

Le Roland, librement inspiré de La Chanson de Roland, écriture et mise en scène d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

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   On connaît plus qu’en général on ne lit ,la fameuse Chanson de Roland  ( XI ème siècle) considéré comme l’un des premiers romans français, et peut-être une sorte de texte incitatif aux Croisades en Terre sainte, avec des épisodes majeurs dont la fameuse trahison de Ganelon, beau-frère et de Charlemagne et beau-père de Roland, qui va négocier avec Marsile le roi de Sarrazins pour s’assurer la mort de Roalnd, qu’il déteste. Roland sonnera du cor pour appeler des renforts dans une grande bataille entre Maures et français. Mais Charlemagne arrivera trop tard pour aider son neveu qui aura déjà été tué. Il se vengera en faisant condamner Ganelon à être écartelé… Le tout en quelque 4.000 vers!
  Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a eu l’idée de transposer  les relations entre les personnages de cette Chanson de geste: Roland, le Grand Charlemagne,Ganelon le traître, Aude la Fiancée de Roland « dans l’univers fantasmé des principaux actionnaires d’une grande entreprise de couteaux: Montjoie Monde « . Avec, ajoute-t-il  » l’irruption du Moyen-Age au sein d’un couple, d’un groupe puis d’un individu ». Avec une parodie du Moyen Age au début du moins assez heureuse; certes, le filon a été largement exploité au cinéma ( Les Visiteurs, etc.. mais cela fonctionne un petit peu: après tout, s’est-il sans doute dit,  nous sommes restés de grands enfants…
  Il y a une scène  presque carrée avec de chaque côté une banquette pour une quinzaine de spectateurs, avec des tables de cuisine en inox avec dessus, tomates et poulets pour préparer un poulet basquaise dont Aude a oublié la recette, et c’est grave, puisqu’il s’agit de recevoir toute une bande  d’employés de la fameuse entreprise de couteaux. On engage David un spectateur pour aider Aude à préparer  son fameux poulet, David finalement ravi d’être pris en otage. On engage aussi trois spectateurs à venir jouer sur scène; justement, cela tombe bien; il y a , par hasard, dans la salle un pianiste, un batteur et un contre-bassiste!  Les recrutements  dans la salle, c’est un vieille ficelle que le théâtre  utilise depuis la nuit des temps…
 Plus c’est gros, mieux cela marche: Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre l’a bien compris, et il n’hésite pas: courses dans la salle, coup de vent froid avec de gros ventilateurs, anachronismes  et décalages de bon aloi: genre cotte de maille et costumes noirs contemporains, champagne versé dans la casserole de poulets  qui vont tomber par terre avec les tomates, quand on essaye de l’avaler Ah! Ah!. Ah!, et , dans la salle un peu clairsemée, quelques rires de collégiens  qui disent : beurk…(J’ai personnellement une répulsion profonde quand on joue avec de la nourriture sur scène, quelle que soit le type de nourriture, et je ne suis pas certain que les gens qui s’occupent des Restaurants du coeur apprécieraient).
 Les acteurs, bien dirigés, en font beaucoup  mais les bonne idées ne sont pas  exploitées (après tout,  s’ils faisaient vraiment cuire ce fameux poulet basquaise et en offraient aux spectateurs des banquettes, puisqu’il y a largement le temps: la chose dure deux heures  quarante sans entracte!!!  On peut imaginer avec bonheur ce que le Théâtre de l’Unité aurait fait avec un pareil texte.
Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre aurait intérêt à réfléchir sur ce qu’est une véritable dramaturgie, et un scénario bien bâti . On s’étonne au passage que  le Conservatoire national ne lui en ait pas au moins donné les quelques bases indispensables,  quand on veut affronter ce genre de métier…C’est dommage, puisqu’il disposait au départ d’une scène et d’un théâtre  neuf et tout à fait remarquables; deux heures quarante plus loin,on se demande encore bien pourquoi  il a tenu à rendre indigeste et souvent ennuyeuse un spectacle qui aurait pu être drôle s’il avait été mené sans complaisance- on a parfois l’impression gênante d’une bande de copains de promo qui s’amusent plus que le public-  et avec plus d’efficacité  en une heure vingt.

 

Philippe du Vignal

Centre dramatique de Montreuil ,mais c’était jusqu’au 17 octobre puis en tournée

Scènes étrangères à Paris par Irène Sadowska Guillon Avant la séance de cinéma – Cabaret russe- L’opéra paysan

Avant la séance de cinéma – Cabaret russe de Yuri Pogrebnitchko Théâtre Okolo Stanislavskogo de Moscou
et L’opéra paysan de Béla Pintér Théâtre Szkené de Hongrie

 

Ce n’est pas que le théâtre français aille mal, même si parfois on en doute au vu de certains spectacles étrangers qui émaillent cette rentrée théâtrale.
C’était au Théâtre de la Ville, du 19 septembre au 10 octobre, un grand moment de théâtre avec La trilogie du pouvoir du metteur en scène néerlandais d’Anvers Guy Cassiers qui réinterprète l’histoire avec le regard et les moyens scéniques d’aujourd’hui, donne une grande place au texte littéraire traité avec une immense inventivité scénique,  scénographique, sonore dans l’agencement de la mise en scène.
C’était aussi deux pures merveilles de théâtre musical : un spectacle russe Avant la séance de cinéma – Cabaret russe de Yuri Pogrebnitchko, du 13 au 18 octobre, dans un petit théâtre, l’Atalante, et L’opéra paysan spectacle en hongrois de Béla Pintér du 16 au 21 octobre au Théâtre de la Cité internationale dans le cadre du Festival d’Automne. Tous les deux, tels des étoiles filantes, programmés seulement pour cinq ou six représentations, laissent une trace lumineuse dans le firmament théâtral parisien partagé entre la pesante gravité, le télescopage des messages et des discours et la frivolité des divertissantes comédies à trois sous.
Avant séance de cinéma – Cabaret russe, spectacle en français et en russe de Yuri Pogrebnitchko qui inscrit dans une ambiance de cabaret le récit Le sermon aux railleurs de William Saroyan, écrivain américain d’origine arménienne. L’histoire d’Aram, qui part chercher fortune à New York, racontée avec simplicité, une certaine naïveté et humour. Faute de fortune trouvera-t-il au moins le salut ? Trois musiciens, deux acteurs et une extraordinaire comédienne chanteuse jouent avec virtuosité d’un surprenant registre de tons, de rythmes et d’émotions. Romances russes, chansons populaires, tangos, danses endiablées, qui tissent une mosaïque musicale émaillée d’humour, de gags fins, de moments comiques dans la lignée du cinéma muet.
Même énergie, investissement total et maîtrise du jeu chez les acteurs chanteurs et musiciens dans L’opéra paysan de Béla Pintér. Un décor simple, quelques éléments : chariot, outils, banc, pour signifier un village. Alors qu’on doit célébrer deux mariages arrangés surgissent de vieilles histoires secrètes, sordides, les souvenirs refoulés d’un meurtre rappelant Le malentendu de Camus – des parents qui tuent un voyageur pour s’emparer de son argent sans reconnaître en lui leur fils parti et rentré riche au pays. Une parfaite osmose du tragique et du comique dans le langage trivial, rustique, cru et dans les situations où le sordide, l’atroce, le dérisoire, le farcesque s’imbriquent.
Tout cela inscrit dans une partition de Benedek Darvas, composée de musiques populaires transylvaniennes, des chants traditionnels qui deviennent des arias et des récitatifs inspirés par la musique baroque pour cordes, interprétée sur scène par des musiciens intégrés dans l’action. Excellente fluidité de l’enchaînement des séquences avec des flash-back dans le passé, maîtrise des ruptures de rythme, du registre du jeu, du chant, des situations et des mouvements chorégraphiés.
Ne ratez surtout pas ces deux compagnies à leur prochain passage à Paris ou en région.

Irène Sadowska Guillon

Ishem Baily – Bruno Geslin – Kiss me quick par Christine Friedel

kis46528411.jpgTournez manèges : au son d’une belle interprétation d’Elvis Presley (par Mathieu Desbordes – mais l’original est quand même moins au-dessus…), trois « filles », trois générations (Evelyne Didi, Lila Redouane et Delpine Rudasigwa, impeccables) errent entre confessions, exhibitionnisme, pauvres appels au secours (« où est mon rouge à lèvres ? J’ai perdu mon rouge à lèvres !). Où du strip-tease comme microcosme : ces petites et grandes misères, écrites à partir d’entretiens (réalisé par Susan Meiselas), ouvrent l’œil sur un monde à la fois très conventionnel et plein des petites surprises de la vraie vie. Le tout est un peu embrumé par l’insistante nostalgie d’une Amérique fantasmée : le monde dans lequel nous vivons ?

 

Christine Friedel

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