Fada rive droite

Fada rive droite (divertissement africain à trois fins)

cielabarracavisuel.jpg   Un rade, un endroit où l’on peut être en rade entre amis, au moins. Avec même une dose très limitée d’espoir qui monte avec la fumette, et la musique. Dansons la danse mélancolique des filles séduites, des enfants morts, des “père Noël“qui font pleuvoir les stylos Bic et soyez contents, et de la pluie qui tombe trop ou pas assez, au gré de la magie des marabouts, un coup de chance, un coup d’pas d’chance. Margouillats et magouilleurs : le margouillat – le lézard – fuit l’homme, et l’homme,  à la vue du magouilleur, devrait prendre ses jambes à son cou. Cours, camarade !
La petite bande du Fada est gaie et triste, mais plutôt gaie quand même, parce que le copain a promis qu’il écrira, et qu’il écrit. On ne vous révélera pas la trouvaille qu’il a faite pour vous permettre d’“exoder“ en UE, elle vaut son pesant de sacs de riz (devant les caméras).
La pièce d’Arezki Mellal est d’autant plus gaie qu’elle ne ment jamais, que chacun en prend pour son grade, et son fait, et qu’elle ne console de rien. Mieux que ça : à toute vitesse et sans passer sur rien, elle avance, en une langue dansée, rythmée, vers une réjouissante lucidité. Toujours cette question : qu’est-ce qu’on applaudit ? On applaudit la danse, on danse, et puis on se tait, on sait que tout ne finit pas par des chansons. On a  compris quelque chose du monde, ensemble, et on applaudit. Au Fada, le théâtre populaire se porte bien.

Christine Friedel
Le Gilgamesh, à 17h45, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène de Nabil el Azan, avec Jean-Baptiste Anoumon, Frédéric Kontogom, Nina Nkundwa, Dramane Dembélé (musicien).


Archives pour la catégorie critique

Cailloux

Cailloux, concerto pour marionnette et contrebasse

Pas de « Il était une fois » : Cailloux se joue au présent, et en présence d’un merveilleux contrebassiste (Jean-Luc Ponthieux) et de trois interprètes peu ou pas du tout causants, Yasuyo Mochizuki et Claire-Monique Sherer, les deux filles complices, avec ce que cela comporte de coups tordus et chiens-de-ma-chienne, et Brice Coupey, le garçon qui n’a pas de chance, qui se cogne partout et a mal à sa marionnette.
Car  chacun porte sa pierre, dans un petit sac de toile. C’est lourd, ça vous tire vers le bas, tandis que les cintres du théâtre s’envolent. Ça vit, surtout, devenu marionnette, avec des visages de dessins d’enfants, à égalité avec les acteurs, l’émotion, l’action passant de l’un à l’autre, et pas forcément dans le sens du “manipulateur “. Cailloux est une lumineuse réflexion théorique sur l’art de la marionnette en même temps qu’un concentré de questions et de réponses sans paroles. Poids le la tête et légèreté de la musique, répétition du « aïe » d’un pied par ailleurs virtuose, toc-toc du doigt contre une toile, l’illusion et son “truc“ dans le même geste : voilà de la philosophie en actes, à la portée des enfants, et à leur hauteur. C’est ce que dit leur rire.

Christine Friedel
Espace Alya, 10h30, jusqu’au 31 juillet. Spectacle de pierre Blaise, marionnettes de Véronika Door, gréements Andrew Kulesza, Lumières Gérald Karlikow.

Monsieur de Pourceaugnac


Monsieur de Pourceaugnac

Isabelle Starkier est une habituée du festival d’Avignon Off. Cette année, pas moins de quatre mises en scène à l‘affiche : deux spectacles pour enfants (Quichotte et Scrooge), Le Bal de Kafka et Monsieur de Pourceaugnac. Une spectatrice, à la sortie de ce dernier spectacle, a parfaitement résumé l’impression reçue : «  je n’ai pas beaucoup ri, mais ça m’a plu. Peut-être, à certains moments, ça criait trop. Mais ça m’a plu ». Étrange plaisir, en effet, que de voir dans sa parfaite cruauté une pièce de Molière peu jouée, pour cette raison même. Le pauvre Limousin (Pierre, Michon, nous pensons à vous !) venu épouser une jeune Parisienne est torturé par la médecine, pillé et menacé par une justice sans foi ni loi, déchiré par deux prétendues épouses délaissées, Molière reprenant au bénéfice de deux mystificatrices la scène de Dom Juan entre Charlotte et Mathurine. Tout cela joué en sous-main par les amoureux et leurs agents à gages.
Le coup d’audace, la réussite, et aussi le problème, sont là : à l’exception de monsieur de Pourceaugnac, seul être humain normal et raisonnable, tous les rôles sont tenus par quatre comédiens qui passent en virtuoses des amoureux aux médecins, de la vieille mère autoritaire et dupe (elle aussi…) à la servante aux poches grandement ouvertes, du Napolitain de service – on devrait dire de sévices – à tel ou tels des tortionnaires du pauvre provincial. Le travail est d’une précision réjouissante : masques, gestes, intonations, tout s’ajuste dans un rythme impeccable. Mais, mais, mais… Ce n’est pas pour le plaisir de n’être jamais tout à fait content, non. C’est juste une ou deux questions : faut-il vraiment que les méchants aient à ce point une tête de méchants ? Défoulement ? Consolation du fait que, dans la vie, ils ont une tête comme vous et moi et qu’on ne les reconnaît pas au premier coup d’œil ? Et si c’était un plaisir propre au théâtre, ce tiraillement entre la compassion pour la victime et les délices de notre propre sadisme ?

Christine Friedel
Fabrik’ théâtre, à 16h30, jusqu’au 31 juillet. Avec Eva Castro, Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Stéphane Miquel, Sarah Sandre.
Quichotte et Scrooge à la Salle Roquille, Le Bal de Kafka au Théâtre de Halles.

Pas de prison pour le vent

Pas de prison pour le vent

Ça souffle : dans cette villa de la Guadeloupe, Gerty Archimède, avocate et députée, et sa sœur Raymonde, sœur Suzanne en religion, attendent le cyclone. Arrive un autre cyclone : Angela Davis, en escale venant de Cuba, arrêtée avec ses compagnons portoricains par un douanier trop zélé. Et voilà en présence, sous l’aile bienveillante d’un “homme de maison“ peu causant mais doté de guitares sensibles, trois forces, trois vents. Gerty-la-révolte sait se taire quand il faut, plier, contourner, sans jamais mentir ni lâcher quoi que ce soit : elle se sert à fond de l’outil qu’elle a créé en se faisant avocate. Inébranlable. Angela-la-forte révèle ses faiblesses : le traumatisme insurmontable de la prison, de l’amour massacré, de l’écrasant déni de justice. Alain Foix ne nous présente pas la femme leader, mais la femme écorchée, à bout, impatiente. Mais, naturellement, c’est Sœur Suzanne-la douce qui va dénouer les choses, en les ramenant à leur petite dimension  pratique – où l’on voit que le Ciel conduit au terre-à-terre -. Et dehors, le vent souffle, tandis que se construit cette dialectique qui unit nos trois voix.
La mise en scène d’Antoine Bourseiller a la force de sa simplicité (encore que le démarrage de la pièce, très lyrique, fasse un peu pléonasme avec le texte), et les interprètes mènent remarquablement l’affaire, captivant de plus en plus le spectateur au fil de la représentation.

Christine Friedel
Au Petit Louvre (Templiers), à 12h40, jusqu’au 31 juillet. Avec Sonia Floire, Marian Mathéus, Mylène Wagram et Alain Aithnard.

Cérémonies

Cérémonies

Jumeaux, faux jumeaux, ou les deux orphelins : deux garçons déjà rivaux pour les filles, et encore assez gamins pour leurs jeux de menteurs, inventent de curieuses “cérémonies“ où l’un trouve sa jouissance à écouter l’affabulation de son malheur et l’autre à la lui donner, ou non. « Mens ! », dit l’un. « Si je veux ! », répond l’autre. C’est ce qu’ils appellent une cérémonie, ça en a la gravité, l’intensité, avec des pauses, rares, où l’on dit « Pouce ! ». Dominique Paquet s’est inspirée de la vie de Jean Genêt, des vérités et inventions qu’il a données de son enfance “à l’assistance“, dans sa ferme du Morvan, du besoin d’entendre sa vie transformée sinon en destin, du moins en épopée. Elle y a trouvé – peut-être sans l’avoir cherchée – une image de l’écrivain, tiré, tenu malgré lui par son destinataire.
Le dispositif (de Goury), toupie, culbuto, “assiette au beurre “ des jeux de foire, met les garçons – parfaitement athlétiques et adroits – en déséquilibre, cela tient du jeu et du danger. Trop de transpiration, quand même, pour l’exigeant “bourreau“. La jeune fille arrive comme principe de réalité : on ne joue plus. Dommage qu’à ce moment la mise en scène n’ait pas su changer d’énergie.

Christine Friedel

 Au Ring, à 15H30, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène Patrick Simon, avec Ariane Simon, Julien Bouanich, Sylvain Levitte.

Les demoiselles d Avignon

Les demoiselles d Avignon

avigpina006.jpgRencontre étonnante, de celles que nous pouvons nommer les demoiselles d’Avignon.
Il s agit d’une intervention de rue, qui a eu lieu dans le mythique verger Urbain cinq du palais des papes, qui résonne encore des rencontres avec le public, des années passées.
Cette surprise nocturne se déroule, sans y être lié directement, juste avant l hommage que le festival a rendus à Pina Bausch dans le jardin du potager vers minuit le 20 juillet, réunissant près de 1500 orphelins de la chorégraphe.
Cinq comédiennes  dissimulées sous de longs parapluies noirs, aux jeux de jambes fort jolies, invitent le passant à venir découvrir une histoire intime sous l espace clos de leurs parapluies.
Ces comédiennes viennent principalement de Belgique et constituent la compagnie
«  La passante. ».
Les textes écrits spécialement, pour ces interventions, sont publiés aux éditions lanzmann.
Le jeu reste libre, ces dames sous cette alcôve mobile, peuvent refuser le partage selon leurs envies. Cet  instant éphémère reste mystérieux, pour le spectateur chanceux qui le vit.
Ces moments poétiques parfois dérangeant, ponctuèrent de belle manière, cette nuit hommage à Pina Bausch éternel œillet au cœur de la mémoire du festival.

Jean Couturier

ESTUAIRE 2009

  Nantes Saint Nazaire

 

Il ne s’agit pas de théâtre, mais d’un parcours artistique en 3 éditions conçu par Jean Blaise, directeur du Lieu Unique de Nantes, grand inventeur d’événements devant l’Éternel, comme les Allumées et Faim de siècle. Pour cette deuxième édition de 2009, on nous emmène en bateau de Nantes à Saint Nazaire, une promenade touristique de 3 heures, qui prend une  dimension inédite  avec des œuvres  artistiques venues du monde entier, certaines pérennes et définitivement acquises par les communes riveraines, d’autres éphémères. Au détour d’installations industrielles souvent en déshérence, on a pu voir le Pendule de Roman Signer, un « serpent » tuyau rouge de Jimmie Durham artiste cherokee, une « installation » de Jeppe Hein , un simple jet d’eau de 20 m de hauteur intitulé Did I miss something ? Ensuite Misconceivable d’Erwin Wurm, voilier de 9 m de long enroulé autour de l’écluse du canal abandonné de la Martinière, la Villa-cheminée de Tatzu Nishi et I.C.I. Instant carnet Island, un rassemblement de microarchitectures et d’habitats légers qu’on nous propose de racheter. Le commentateur des rives nous accompagne agréablement, il laisse la place au rédacteur du catalogue sur les œuvres d’art. On nous débarque à Saint Nazaire ou d’autres œuvres sont installées dans la base sous marine, notamment le jardin du tiers paysage de Gilles Clément, sur le toit, décevant dans son état actuel. Ce qu’on y a vu m’a échappé. Retour en car avec trois arrêts pour arpenter de longues passerelles de bois jusqu’à un observatoire de Kayamata, et une visite de la villa-cheminée qu’on peut louer pour passer la nuit. Enfin une belle promenade en vélo dans l’île de Nantes pour voir le refuge de Stéphane Thidet, cabane en bois  dans laquelle tombe sans arrêt une pluie diluvienne, belle métaphore de notre époque.

Edith Rappoport

(A)pollonia

  (A)pollonia, texte et mise en scène de Krzysztof Warlikowski. Production du Nowy Teatr de Varsovie.

warlik2030.jpgOn avait  pu voir en Avignon  Hamlet, Kroum, et Angels in America  du metteur en scène polonais qui avait déjà abordé  la question douloureuse des rapports entre son pays  et les Juifs. Krzysztof Warlilowski  a choisi cette fois-ci de faire un montage de fragments d’Euripide (Alceste, Iphigénie à Aulis, Héraclès furieux) et d’Eschyle (L’Orestie)  et, du côté  des textes contemporains,  une pièce inédite A)polonnia de l’auteure polonaise Hanna Krall, des extraits du  roman Les Bienveillantes de Jonathan Littel, et des fragments d‘Elizabeth Costello de John Maxwell Coetzee, qui aborde sans détours la question du meurtre officiel et programmé de millions de victimes animales réclamées par la société contemporaine pour sa nourriture quotidienne.

  Le spectacle débute par la pièce de Rabindranath Tagore, Amal et la lettre du Roi, et il y a aussi et  enfin de petits  textes issus d’improvisations réalisées au cours du travail entrepris par Krzysztof Warlilowski depuis plus d’un an. Ce qui aurait pu être une suite relativement incertaine d’extraits de pièces aussi variées, se révèle être un montage intelligent et rigoureux qui, de toute évidence, a été  longuement mûri, et où rien, dans la dramaturgie,  n’a été laissé au hasard ; Krzysztof Warlikowski avait d’abord suivi des études de philosophie et d’histoire, avant d’aborder le théâtre….Ceci explique peut-être cela. Avec,  comme fil rouge dans (A)polonia, la  longue histoire de meurtres, de sacrifices forcés ou volontaires, de vengeances mais aussi de pardons, avec des victimes par millions, et des bourreaux par milliers,  qui ont toujours cherché à justifier leurs crimes  par des ordres venus de leur hiérarchie , ou bien par la nécessité historique qui a bon dos chez les tortionnaires.

  C’est, revu, par le metteur en scène polonais, dans un mélange de textes, fragments de pièces et discours, un ensemble de crimes et d’exactions impunis parce que sans doute difficilement punissables, que l’humanité s’est offerte depuis sa naissance jusqu’à l’extermination de millions de juifs par le régime nazi… Pourquoi? Bien entendu, le metteur en scène polonais, ne prétend pas donner de réponse. Sur le plateau de la Cour d’Honneur du Palais des Papes, deux sortes de grandes  boîtes vitrées , l’une avec quelques meubles des années cinquante et une moquette mauve comme en voyait il y a a peu dans les pays de l’Est, et une autre absolument vide, juste munie de deux sièges de toilettes et de deux petits lavabos, et un peu plus loin, côté cour,  une grande table ovale de conférence,  une longue banquette-dossier noir et siège rouge- où sont assis trois mannequins de jeunes enfants, sans doute un clin d’œil  à ceux de la célèbre Classe morte de Tadeusz Kantor, le grand artiste polonais.

  Au centre de la scène, un plancher couvert de feuilles d’aluminium brillant où un petit orchestre jouera la musique originale de Pawel Mykietin accompagnant la chanteuse Renate Jennet à plusieurs reprises tout au long du spectacle; dans le fond ,un mur en bois où sont projetées les images vidéos. Le dispositif scénographique de Malgorzata Szczesniak, intelligent, sobre et efficace, contraste admirablement avec la grande façade moyenâgeuse du Palais des Papes. On vous épargnera la description détaillée de ce long spectacle.

  Cela commence par l’histoire d’Amal, contée par Tagore dans Le Bureau de poste: un enfant  confie à sa tante son désir de voyager qu’elle n’approuve pas parce qu’il est atteint d’une maladie incurable; quelques jours après avoir monté  Le Bureau de Poste , les enfants de l’orphelinat du ghetto de Varsovie et leur éducateur Janusz Korczak seront envoyés à Treblinka: ainsi commence  cette première partie du spectacle, qui donne le ton des épisodes suivants: sacrifice d’Iphigénie, consentante et fière, dont le courage tombe au moment de son exécution. Puis, c’est le retour d’expédition  d’ Agamemnon qui fait un bilan chiffré très précis, tiré du roman de Littel, des disparus  de la dernière guerre, expliquant au passage que nous avons tous vocation à être des meurtriers; puis il y a un petit film qui précède le mariage d’Admète et d’Alceste, avec des questions posées aux futurs époux: notamment la plus redoutable: serais-tu prêt à sacrifier ta vie pour moi? Il y aura aussi plus tard l’arrivée d’Oreste chez sa mère Clytemnestre qui lui lit un passage d’un roman d’Andersen La Mère qu’on a trouvé sur le corps d’Agamemnon. On passe ensuite à l’histoire d’Apollon, devenu employé domestique chez Admète et Alceste, les deux protagonistes d’Alceste, formidable tragédie d’Euripide…Héraclès ramènera Alceste des enfers et la rendra à Admète.

  Puis, sans transition autre que celle des chansons et de la musique  (batterie, basses et sinthé), Krzysztof Warlikowski nous plonge dans l’interrogatoire par les nazis d’Apollonia Machzynka , figure remarquable de la résistance polonaise, qui cacha vingt-cinq juifs et qui fut faite prisonnière puis exécutée, parce que son père n’avait pas voulu être tué à sa place..

 Puis, après l’entracte, Elisabeth Costello, seule derrière un pupitre en plastique transparent, donne une conférence sur la faute et la peine, et sur l’impunité, comparant le destin des malheureux prisonniers de Treblinka, au sort des bêtes destinées à l’alimentation. Puis c’est Héraclès qui interroge Ryfka Goldfinger , une femme sauvée par Apollonia ; son fils lit un poème d’Andrzej Czajkowski dont la mère fut une victime des chambres à gaz…Le spectacle se termine par la réapparition d’Elizabeth Costello qui déplore la disparition des petits crapauds qui périssent en saison sèche en Australie.

  Tout au long du spectacle, le passé se bouscule avec le présent, la vie avec la mort,  les humains avec leurs frères animaux dans une espèce de cataclysme  inédit.En parler en quelques pages est forcément réducteur, et ce montage de textes dans ce voyage mythique à travers le XXème  siècle avec une référence permanente au sacrifice consenti ou imposé, au désespoir, à la crainte de la mort, tels que les voyait un  écrivain et dialoguiste tout à fait remarquable comme Euripide, est d’une qualité exceptionnelle. Passé/présent et vie/mort comme  héroïsme/quotidien; guerre interminable avec son cortège d’atrocités en tout genre/paix difficilement acquise au prix de millions de morts; destin personnel/vie et horribles souffrances  du peuple polonais plongé dans le conflit de 1940…

  Quelque soixante ans après, les fantômes de l’effroyable histoire de la Pologne ne cessent de hanter  Krzysztof Warlikowski  qui essaye d’exorciser ce passé encombrant, avec un montage de textes qui se bousculent sans doute mais dont l’unité est indéniable. Musique, chant, texte, dialogues sont en harmonie absolue avec la scénographie, les costumes  et les images vidéo  de visages filmés en gros plan par un cadreur placé sur scène, qui,pour une fois et c’est bien rare, sont absolument justifiées. Et l’interprétation des comédiens du Nowy Teatr, comme la mise en scène et les éclairages de Felice Ross sont de tout premier ordre.

  Là,  Krzysztof Warlikowski, metteur en scène, a fait très fort et on peut aller chercher, il n’y  a pas le moindre défaut dans ce travail d’une exigence et d’une précision absolue.  (A)polonia est un spectacle parfois difficile certes  et sans doute inégal, qui  demande beaucoup au spectateur. Il n’y  pas de différence avec une pièce traditionnelle, prétend Krzysztof Warlikowski. Soit. Mais il  faut quand même  que le public accepte de faire un effort, d’autant qu’il ne connaît généralement pas les fragments d’œuvres qu’on lui propose, et il y a souvent  chez  le metteur en scène polonais un peu de relecture dans l’air!

  Il faut aussi accepter  de regarder  les images qui sont souvent de toute beauté mais, en même temps, essayer d’attraper le surtitrage, puisque le spectacle est joué en polonais. Un aller et retour  loin d’être  évident, mais c’est à prendre ou à laisser. Et dans ce cas, mieux vaut prendre, même si l’on est parfois un peu dérouté par cet ouragan de musique et de paroles trop souvent sous forme de monologue. Sans doute faut-il mieux avoir le petit résumé distribué à l’entrée  (et ce n’est pas le nom des personnages qui est  projeté qui peut vraiment aider à la compréhension des choses,) sinon il y a un côté spectacle pour initiés, un peu agaçant !

  Mais  (A)polonia, même avec ses longueurs,  par la force de son texte et de ses images, finit par s’imposer. Il y a bien une petite hémorragie du public ( une bonne centaine de personnes après l’entracte, ce qui n’est pas grand chose pour la Cour d’Honneur). Et en effet le spectacle est trop long sans doute (quatre heures trente)  et, avant-hier, il ne faisait pas bien chaud vers une heure du matin, ce qui a encore un peu vidé la salle. Mais tout y est tellement beau et fort, que  l’on se laisse vite entraîner par cette réappropriation de la tragédie grecque, qui atteint l’universalité.

  La seconde partie, malgré l’heure tardive, passe très vite. Et les jeunes  gens malheureusement peu nombreux et qui sont souvent réticents  à aller au théâtre au sens strict du terme, ne cachaient pas leur admiration devant un tel spectacle.Alors à voir? Oui, incontestablement mais  vous devez vous armer de patience et si vous n’aimez pas les spectacles longs, celui-ci n’est pas fait pour vous, mais il y en a peu sur la scène européenne qui aient cette dimension et cette intelligence à l’heure actuelle, et (A)polonia devrait encore gagner en force dans une salle fermée…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé en mai dernier à Varsovie et a été joué au Festival d’Avignon du 16 au 19 juillet; il sera repris au Nowy Teatr à Varsovie du 9 au 13 et du 14 au 18 septembre. Au Théâtre de la Place à Liège du 29 au 31 octobre puis  au Théâtre National de Chaillot à Paris, du 6 au 12 novembre,au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles du 4 au 5 décembre,  et enfin, à la Comédie de Genève-Centre dramatique du 12 au 15 janvier prochain.

 

Festival d’Avignon 17 juillet

ANITYA d’OU  La manutention 17 juillet Concert spectacle dirigé par Christophe Cagnolan, textes de Roland Fichet
Une quinzaine de musiciens, chanteurs, danseurs et comédiens s’en donnent à cœur joie dans un concert de musiques très variées, du jazz au lyrique avec des séquences dansées et théâtralisées autour d’un leitmotiv, celui d’un fils ou d’une fille annonçant une rencontre amoureuse à son père qui les bannit, refusant d’accueillir l’étranger, plutôt mourir ! Tonique et plein de vitalité.

FICELLES Théâtre des Doms 17 juillet
Foule Théâtre, mise en scène Véronique DumontCe spectacle pour très jeunes enfants s’ouvre sur deux personnages qui se mettent au lit dans une armoire bretonne. Ils m’ont promptement endormie pour ne me réveiller qu’aux applaudissements.

LE PRÉAU D’UN SEUL (140) La Miroiterie 17 juilletLFKS Jean-Michel Bruyère
Ils sont plus d’une trentaine qui ont apporté leur pierre à cette troublante exposition sur les camps de rétention administrative, honte suprême de notre XXIe siècle, qui cernent notre Europe. De Pierre Bongiovanni à Thierry Arredondo en passant par Philippe Foulquié et Richard Castelli et bien d’autres, ils ont construit une œuvre plastique et audiovisuelle et aussi théâtrale essentielle, élément capital du Festival officiel.

Edith Rappoport

Les Dames Buissonnières

Les Dames Buissonnières  de Mariane Oestreicher-Jourdain, mis en scène de Didier Perrier.

image11.jpgCela se passe dans un espace d’accueil  du genre Bureau d’aide sociale.  Quatre femmes sont là,  Coline, Marie, Cathy et Andrée,vêtues de robes ou de pantalon grège, et toutes chaussées de Pataugas. Pauvres, atteintes au plus profond d’elles-même par des problèmes personnels ou familiaux et/ ou de logement et qui  n’ont pas réussi vraiment à remonter la pente… Elles vont vite faire connaissance, d’autant plus qu’elle ont tout leur temps pour parler, puisque, pour une raison incompréhensible, il n’y a personne pour les recevoir. L’une d’elles est enceinte, une autre a une ribambelle d’enfants, une autre encore ne voit plus le sien, qu’en fraude , sans qu’il s’en aperçoive, parce qu’il lui a dit un jour que cela sentait mauvais chez elle.

  Ce sont des « misérables « comme le dit l’auteure,   qui ont décidé de reprendre leur destin en main et de passer la nuit dans ce bureau, et au besoin, d’y faire une grève de la faim ..  Elles vont pendant une heure vingt à la fois nous parler de leur détresse et, en même temps, en ayant l’occasion peut-être unique avant longtemps  pour elles , d’ improviser une petite fête en l’honneur du futur bébé qui s’appellera Victoria.  C’est une sorte de fable contemporaine où les personnages ont une façon dérisoire mais bien à elle sde dire non au malheur et à la  profonde détresse qui continue à les imprégner. Il y a à la fois un fond de désespoir mais aussi une colère que l’on sent monter chez elles face aux puissances administratives qui les broient sans pitié. Elles réussiront quand même, sous l’autorité de la plus âgée , à reprendre conscience qu’elles aussi, même dans leur misère physique et morale,  ont droit à la parole, que c’est un bien inaliénable qu’elles doivent se réapproprier et que c’est grâce à cette parole qu’elles pourront être de nouveau inscrites dans un tissu social, aussi mince soit-il. Au moins, cette convocation  dans un service social aura  eu une utilité , celle de leur redonner espoir ensemble  et  de penser , avec l’appui de chacune d’entre elles , qu’elles ne sont pas seulement des gêneuses mais des être à part entière qui ont des droits, et qu’elles n’ont pas à être ignorées et méprisées par les énarques de tout poil qui sont aux manettes. Le  dialogue est à la fois criant de vérité,mais aussi des plus subtils, doté d’un sous-texte chargé d’émotions. Et comme c’est tout à fait bien dirigé par Didier Perrier, et que les quatre comédiennes- Dominique Bouché, Chantal Laxenaire, Catherine Pinet, Hélène Touboul- font un remarquable travail de création de personnage, le public  est ravi. Malgré une scénographie maladroite et un peu encombrante, le texte   de Mariane Oestreicher-Jourdain passe bien.  Même si les petits monologues/ chansons au micro, qui ponctuent l’action, n’apportent pas grand chose ; la pièce aurait aussi gagné à perdre quelque dix minutes mais ce n’est pas si fréquent d’entendre un texte contemporain de cette qualité; difficile en effet de ne pas être aussi simple,  aussi près des réalités les plus quotidiennes sans être jamais vulgaire, avec une certaine distance entre le propos et une langue qui dénonce  les choses sans pathos inutile mais avec efficacité. L’auteure comme le metteur en scène ont visé juste.
Certes, l’on ne peut être dupe, et Mariane Oestreicher-Jourdain ne l’est  pas : le théâtre- y compris celui d’agit-prop- n’ a jamais réussi à réformer une société mais s’il peut, à la mesure de ses moyens , aider  à éveiller les esprits, ce n’est déjà pas si mal. Et que la Région Picardie, qui, elle aussi, doit compter ses petits sous, crise oblige, ait choisi d’ aider ses compagnies  à venir en Avignon, sur le plan logistique,  comme l’ont aussi fait d’autres grandes régions françaises, cela correspond à une politique culturelle responsable et intelligente.. . Cela permet  que tout le monde puisse aller à la rencontre de ce type de spectacles dans le Festival Off qui, d’année en année, grignote des parts de marché: bien des spectacles sont sans grand intérêt, c’est incontestable mais celui- ci   fait partie  des meilleurs, disons même d’une certaine aristocratie , celle d’un in dans le off, et dans des conditions exigeantes qui n’ont rien à envier à celle d’un théâtre en ordre de marche d’une ville française: salle correcte, scène de bonnes dimensions et  bien équipée, accueil sympathique … Que demande le peuple? Qu’il soit repris à  Paris assez vite…
Alors à voir? Oui, sans aucun doute.

Philippe du Vignal

Espace Alya  31 bis rue Guillaume Puy, à 18 h 45; il y a un autre spectacle de la même auteure , Ecoute un peu chanter la neige, également mis en scène par Didier Perrier  au Ring 13 rue Louis Pasteur, que nous n’avons pas encore pu voir.

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