Petite rubrique : actrices seules en scène par Philippe du Vignal

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Petite rubrique : actrices seules en scène par Philippe du Vignal 571884662D’abord :P aula Spencer, et La femme qui se cognait dans les portes de Roddy Doyle, auteur irlandais peut-être plus connu pour ses romans porté à l’écran par Alan Parker The Commitments ou par Steven Frears The Snapper ou The Van.   Michel Abecassis a adapté et mis en scène ces deux romans de Doyle qui racontent la vie d’une pauvre femme qui se fait ,des années durant , rouer de coups par son mari qu‘elle a épousé autrefois quand il était jeune, beau et séduisant et dont elle a eu plusieurs enfants ,jusqu’à ce qu’elle ait la force de le pousser physiquement dehors.
 Après sa mort, elle se raconte, elle exorcise , avec beaucoup d’humour et de tendresse, les rapports difficiles qu’elle a eus avec ses enfants, son mari et le monde du travail. C’est Olwen Fouéré,une comédienne franco-irlandaise qui interprète, avec un savoir-faire et une sensibilité remarquables,  cette vie douloureuse en prise constante avec la brutalité et la violence au quotidien. C’était plutôt du genre bien fait ,( le spectacle vient de finir à la Tempête mais sera repris au Bouffes du Nord) et  l’heure que dure le spectacle, passe vite mais cette transposition scénique ne s’imposait pas vraiment, ce qui est souvent le cas quand l’on passe du roman au théâtre…..

De l’autre côté du périphérique, cette fois côté Nord, pas très loin de la Mairie d’Aubervilliers , dans une impasse avec des  vieux rosiers , des glycines et des roses trémières (si, si),se situe une salle paroissiale qui devrait être inscrite à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques…. la scène existe encore avec sa vieille rampe et quelques rangées de fauteuils en moleskine rouge mais  le metteur en scène Jérémie Fabre a installé dans l’autre sens  son dispositif scénique: un simple grand drap blanc qui fait office d’écran, et un parquet nu,  pour mettre en scène L’absente, un poème dramatique écrit  ( et bien écrit), et joué qu’elle avait déjà lu à la Maison de la Poésie au printemps dernier.
  C’est l’histoire ( la sienne et pas tout à fait la sienne sans doute) de son arrivée à Paris depuis une province du Sud qui déclenche tout un processus de mémoire: le premier vrai souvenir d’une enfance déjà lointaine, la première perte, le déchirement jamais vraiment avoué,  la coupure avec les géniteurs vécue avec un ouf de soulagement ( seule sans doute, à moi Paris…) mais aussi avec une grande mélancolie intérieure. Ce que Delphine Branger dit, avec beaucoup de pudeur et de retenue, à travers ses souvenirs  c’est aussi todelphine_buste_L200ute la difficulté d’apprendre à vivre dans une ville, inconnue ou presque, à la fois merveilleuse et dure, où papa/ maman ne sont plus là (ouf!  libre et débarrassée de conflits familiaux qui ont dû peser lourd dans la construction de son être le plus intime) mais où les points de repère ont aussi disparu. Elle est là, seule face à nous, face à elle même , à la fois  fragile et plus solide que l’on pourrait croire, juste accompagnée  par la musique et des sons de Gar@zinski (sic) dont elle chante quelque chansons…..
  Comme nombre de jeunes metteurs en scène, Jérémie Fabre, qui a déjà un parcours derrière lui et qui sait diriger des acteurs (comme Delphine, il a été formé à très bonne école) mais il se croit pourtant obligé, comme tout le monde, de nous infliger des bouts de vidéo (le corps nu d’une jeune femme enceinte, Delphine nue dans un beau jardin, etc….. C’est anecdotique,au mieux illustratif mais ne sert rigoureusement à rien sinon à parasiter la présence et la voix magnifiques de son actrice dont le monologue atteint,  aux meilleurs moments,  une belle théâtralité. Encore à l’état de maquette,  L’absente devrait encore se bonifier .

  Enfin, il faudrait accorder une mention spéciale à la jeune actrice Mathilde Duffilot qui jouait samedi dernier Elizabeth II en compagnie de son majordome Laurent G. Dehlinger lui aussi remarquable dans L’arrivée de le Reine d’Angleterre, mise en scène  par  Joana Bassi , pour l’inauguration de L’Orange bleue  ,Espace Culturel d’Eaubonne,dans le Val d’Oise; le spectacle de rue est un peu mince, sans doute beaucoup trop long pour une pochade, surtout quand il commence à ne pas faire chaud du tout .Il y avait le Maire, ,François Balageas,qui jouait son rôle de maire dans le spectacle, son adjointe à la Culture et aux Finances,  Marie-José Beaulande (cet intitulé sauf erreur est sans doute unique en France) le Préfet (quand même),  le Président du Conseil Général et toutes les huiles politiques mais  aucun représentant de la Ministre de la Culture, qui devait sans doute  estimer que, pour la banlieue, elle avait déjà donné ,après le pataquès de Bobigny, dont on vous contera la lamentable histoire digne d’une république bananière) . Il y avait  surtout  la population d’Eaubonne venue visiter son théâtre, emmenée par les comédiens tout de rouge habillés du Théâtre de l’Unité.
  A l’heure où le Sarko ricane, sans gêne aucune, de La Princesse de Clèves, cela fait chaud au cœur, et c’est plutôt réconfortant, d’autant plus que le lieu, dirigé par Tristan  Rybaltchenko , est accueillant et doté d’une belle scène ( la salle est moins réussie)….

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Philippe du Vignal


Archives pour la catégorie critique

Parfums de plaisir et mort d’après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati par Irène Sadowska Guillon

Parfums de plaisir et mort d'après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati par Irène Sadowska Guillon CM+%E6%93%B7%E5%8F%96+11À l’origine de la nouvelle création de Rui Frati et de la troupe du Théâtre de l’Opprimé à Paris la découverte de l’œuvre et la rencontre en 2007 à Taiwan de Li Ang (née en 1952), écrivain femme de renommée internationale, connue pour ses combats politiques et son engagement en faveur des femmes. Dans l’ensemble de son œuvre romanesque elle fait état de la vie et de la condition des femmes taïwanaises en s’attaquant autant aux tabous politiques (l’indépendance de Taiwan) qu’aux coutumes ancestrales et aux interdits, notamment dans le domaine de la sexualité, qui perdurent sous l’apparente modernité dans la société taïwanaise. Invité par le Festival des Droits de l’Homme de Green Island, célèbre prison du régime du général Tchang Kai-Chek, reconvertie aujourd’hui en Centre Culturel, Rui Frati y met en scène, sous forme de théâtre forum, un texte de Li Ang, l’histoire d’un couple de détenus politiques et leur exécution. La collaboration avec Li Ang se prolonge à Paris en avril 2008 par un atelier de travail qu’elle dirige avec la troupe du Théâtre de l’Opprimé et qui débouchera sur la création de Parfums de plaisir et mort. Le spectacle, adaptation de plusieurs œuvres de Li Ang, sur fond de 45 ans d’histoire de Taiwan (1945 – 1990) à travers des permanents allers et retours entre le passé et le présent, resitue l’explosion de la modernité dans les ambiguïtés et les singularités politiques, ethniques et culturelles de la société taïwanaise qui a du mal à s’émanciper des lois ancestrales et des contraintes de la tradition. Trois histoires : celle d’un homme politique résistant au régime dictatorial condamné à la peine de mort commuée en des années de prison dont il conserve le parfum de la soupe de nouilles au bœuf, celle d’une femme qui poussée à bout tue son mari, son bourreau, celle d’une fille d’un intellectuel humaniste rebelle à toute forme de pouvoir oppressif, s’emboitent, s’entrelacent et forment une partition qui met en scène les diverses strates de la société depuis la misère matérielle et morale des habitants du faubourg des pécheurs à l’élite intellectuelle opposée au pouvoir en place et aux puissants hommes d’affaires détenant le pouvoir économique.
Cette partition a pour fil rouge le personnage d’Ayako enfant et femme adulte, dont le parcours, du cocon du jardin paternel au cynisme du monde des affaires, permet d’évoquer l’époque des années 1950, la « terreur blanche », la famine, les répressions politiques et sociales, les exécutions à vue et celle des années 1980 avec l’arrivée du Sida et les débuts de la démocratisation de Taiwan.
Rui Frati tisse sur scène, avec intelligence et clarté, les trois histoires dont les courtes séquences s’imbriquent et s’enchaînent avec une belle fluidité. Une grande économie de mots, des situations finement dessinées, quelques signes ou gestes justes, parfois poétiques, suffisent pour suggérer plutôt que de montrer. Bonne gestion des tons et des rythmes. Le parti pris de distanciation est tenu avec cohérence. Pas de démonstrations de violence sur le plateau, sa présence se ressent d’autant plus intensément. Pas d’incarnation, les sept acteurs jouant plusieurs personnages glissent avec aisance d’une histoire à l’autre. On peut sûrement affiner quelques imperfections du jeu : l’articulation, l’expression par moments excessive.
Le tissage du dialogue et du récit qui parfois glisse dans le chant renforce l’effet de distanciation. Tout comme la musique originale très belle de Arrigo Barnabé, interprétée en direct par Toninho do Carmo (guitare) et Brenda Ohana (percussions) intervient tantôt comme partenaire du jeu tantôt en contrepoint.
Un spectacle qui, sans didactisme, sans afficher des messages, est un plaidoyer poétique et poignant pour la démocratie réelle, le respect des libertés, l’émancipation de la tradition oppressive dont notamment les femmes sont les victimes.

Irène Sadowska Guillon

Parfums de plaisir et mort d’après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati au Théâtre de l’Opprimé à Paris du premier au 18 octobre 2008 reprise en avril 2009

Rêve d’automne, de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène de David Géry par Philippe Du Vignal

 Rêve d’automne, de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène de David Géry 

La pièce de Jon Fosse ,auteur norvégien joué dans de nombreux pays,avait été montée il y a deux ans par René Loyon mais la mise en scène, malgimage2.jpgré la présence de Jean-Claude Durand ,ne fonctionnait pas vraiment, en grande partie à cause d’une scénographie et d’une direction   d’acteurs assez chaotiques. On connait aussi Jon Fosse ,par les mises en scène de Jacques Lassalle et de Claude Régy, mais à chaque fois, le courant passait mal et l’ensemble dégageait un ennui profond. Ici la mise en scène de David Géry est simple, lumineuse et comment dire les choses, d’une très grande qualité…
  Le scénario n’en est pas vraiment un: un homme est assis sur un banc, en automne dans un cimetière, et il rencontre un femme ; il se regardent et se reconnaissent, ou semblent se reconnaitre; Jon Fosse sait comme personne brouiller les pistes. Elle, comme les autres, n’a pas de nom, c’est « la femme »;    elle est simplement de passage dans la ville, on ne saura jamais pourquoi. Lui, a une femme et un enfant. Débute alors une histoire d’amour dans ce cimetière,parmi les tombes. Mai ses parents, puis sa femme , arrivent pour enterrer sa grand-mère. Son fils, nous dit l’épouse, est à l’hôpital et va sans doute mourir.
Mais les personnages ne se racontent pas et disent des choses banales ,comme on en  dit dans les enterrements entre personnes qui ne se connaissent pas ou plus, pour ne froisser personne ni les vivants ni les morts qui sont ici chez eux après tout…. Mais ce n’est évidemment pas par le langage mais par les silences et les ruptures de ton que les sentiments s’expriment, et en particulier l’indicible, ce que l’on se cache à soi-même et aux autres et que le public savoure en voyeur et en écouteur impénitent comme dans tous les bons spectacles.

  Un homme et une femme se retrouvent; se sont-ils connus autrefois, rêvent-ils leur vie comme des fantômes en mélangeant tout : le passé déjà ancien et le présent le plus récent, comme s’ils étaient en proie à cette sorte de démence que l’on dit frontale, souvent silencieux, en proie à une mélancolie  profonde, sans véritable identité. On ne le saura jamais.Ils sont simplement là devant nous à dire des mots insignifiants qui nous révèlent pourtant le plus profond d’eux-mêmes..
  David Géry dit justement que Jon Fosse « sait d’un instant à l’autre plonger dans l’intimité de notre âme et à nous confronter dans la seconde qui suit, à une situation des plus burlesques » . Et c’est vrai qu’il y a dans le texte de Jon Fosse, des scènes qui rappellent  Labiche ou Feydeau: la mère  fait connaissance brutalement d’une femme qu’elle pense être la nouvelle épouse de son fils, laquelle se prête au jeu, et  commence à bavarder avec elle, comme si elles se connaissaient depuis  longtemps. Ce que David Géry sait rendre avec beaucoup de maîtrise et de force, c’est cette relation curieuse qu’ont les personnages entre eux,dans un mélange étonnant de mélancolie et d’humour, où la mort n’est cependant  jamais  loin et où le Temps, celui d’apprendre à vivre, à se souvenir et à essayer d’apprivoiser la mort, la sienne et celle des autres, est finalement l’objet essentiel de la pièce.
Même si Rêve d’automne a tendance, dans les quinze dernières minutes, à patiner un peu, on a l’impression de se trouver devant un très beau texte, magnifiquement servi, . Irène Jacob, Yann Colette, Judith Magre, Simon Eine, Gabriel Forest: chaque rôle est tenu au plus serré; on peut chercher, il n’y a aucune erreur. Et le décor de Jean Haas , comme la musique de Jean-Paul Dessy sont d’une sobriété et d’une efficacité exemplaire.
  Pour la rentrée de l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Patrice Martinet aura réussi un beau coup.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 18 octobre, puis le 23 octobre au Phénix de Valenciennes en novembre ,  Scène nationale de Chalon-sur-Saône, puis à la Comédie de Picardie à Amiens en novembre.

Rêve d’automne de Jon Fosse mise en scène David Géry au Théâtre de l’Athénée à Paris par Irène Sadowska Guillon

image1.jpgHéritier d’Ibsen et de Maeterlinck, Jon Fosse (né en 1959), un des plus importants écrivains de la jeune génération norvégienne, est auteur d’une vingtaine de pièces traduites dans une trentaine de langues et dont plusieurs ont été créées en France.
Un théâtre singulier, énigmatique, à l’atmosphère étrange, imprégné de mélancolie, sa couleur de base, habité par des personnages sans nom, sans âge, sans adresse, dont on ne sait rien. Mais que savent-ils d’eux-mêmes ? Une écriture sans ponctuation, minimaliste, répétitive, trouée de silences, de pauses, de ruptures, de suspensions, émaillée de questions sans réponse, de non dit, d’attentes, de propos contradictoires.
C’est l’automne, peut-être l’automne d’une vie ? Dans un cimetière un homme assis sur un banc, une femme apparaît, ils se reconnaissent. Elle est de passage, il est marié et père d’un fils. Pris soudain d’une passion fulgurante ils vivent dans ce cimetière une histoire d’am
our hors de toutes les contraintes, dans un temps en suspension, immobilisé pour eux, tandis qu’il passe pour les autres qui autour – les parents et la femme de l’homme – viennent enterrer leurs morts.
David Géry apporte un éclairage nouveau sur le théâtre de Jon Fosse en le libérant, sans rien perdre de sa dimension métaphysique, de l’hermétisme, de la gravité sombre, pesante dans lesquels l’ont enfermé certaines mises en scène. Il décrypte avec une remarquable justesse l’écriture de Fosse, ses tensions, sa vocalité, ses rythmes, ses ruptures, ses sens multiples, les retours de thèmes obsessionnels, en les transposant en partition scénique.
Pour l’interpréter cinq excellents acteurs : Yann Collette (l’homme), Irène Jacob (la femme), Judith Magre (la mère), Simon Eine (le père
), Gabrielle Forest (Gry) qui créent des personnages à la fois consistants et fragiles et, tout en conservant leurs singularités, leurs sensibilités très différentes, leurs sonorités particulières, forment un quintet parfait.
Une absolue maîtrise du jeu temporel, des entrelacements et des superpositions du temps distordu, arrêté, accéléré, condensé comme dans un rêve.
Le décor, le cimetière avec trois pierres tombales, un mur, un banc, du gravier, est à la fois un repère du réel et un lieu où les frontières entre le réel et le rêve, le présent et le passé, la vie et la mort s’estompent. L’histoire qui se déroule devant nous est-elle réelle ou rêvée ? Ses protagonistes existent-ils vraiment, sont-ils dans un rêve où sont-ils déjà morts ? Les mots qu’ils disent se heurtent à l’indicible, tournent autour, reviennent, s’étiolent, révèlent l’impossibilité de dire, d’exprimer, de savoir.
David Géry et ses acteurs traduisent sur scène avec intelligence et une rare intuition ce théâtre de l’incertitude, de la fragilité d’être.

 

Irène Sadowska Guillon

Rêve d’automne de Jon Fosse, mise en scène David Géry
Théâtre Athénée Louis Jouvet à Paris
du 25 septembre au 18 octobre 2008

Fantasio d’Alfred de Musset, mise en scène de Denis Podalydès.par Philippe Du Vignal

 

On connaît sans doute un peu la fable  de cette pièce écrite par Musset (et finalement pas très souvent jouée),quand il n’avait pas encore trente ans. Fantasio , dans une Allemagne  de convention romantico-féodale est un de ces personnages à la fois cyniques et révoltés, qui ne se sait pas quoi faire des forces vives de sa jeunesse, sinon rêver d’un grand destin s’il s’offre à lui. Justement. Saint-Jean, le pauvre bouffon du roi vient de mourir, et  Fantasio décide de prendre sa succession, afin d’échapper à ses créanciers et d’éviter à la belle princesse, un mariage avec le prétentieux et fat Prince de Mantoue, ce qui permettrait à son roi de père  de faire l’épargne d’une guerre. La belle princesse échappera au mariage, mais la guerre ne sera pas évitée et Fantasio, dont la princesse remboursera les dettes, restera en prison….

 La pièce qui se termine mais ne finit pas vraiment est, comme le dit justement Denis Podalydès, « l’expression d’une mélancolie d’autant plus profonde, en fait, qu’elle se montre joyeuse, ironique et farcesque. » L’écriture de Musset est souvent brillantissime, notamment dans le prologue de la pièce, et les personnages, sont le plus souvent esquissés, comme dans une joyeuse improvisation: bref, de quoi faire rêver plus d’un metteur en scène, s’il veut bien jouer le jeu de Musset…
 Reste donc à traduire scéniquement cette fantaisie ironique et cette légèreté de bulle de savon, cette folie qui éclate dans une immense tristesse. La tâche n’est certes pas facile  mais la mise en scène comme la direction d’acteurs de Podalydès est appliquée et consciencieuse, et le plus souvent sans rythme, bref sans cette espèce de folie qui devrait balayer le plateau, encombré d’une tournette qui ne sert pas à grand-chose sinon qu’à  parasiter l’espace. Quant aux acteurs, on a l’impression qu’ils ne se sentent pas vraiment à l’aise ( cela s’arrangera sûrement ) et Cécile Brune est la seule en Fantasio qui réussit à être vraiment convaincante. Dommage pour Musset qui méritait mieux, dommage pour le comédiens et dommage aussi pour ceux qui auraient bien aimé entendre le langage de Musset plus subtilement mis en scène…

Philippe du Vignal

Comédie-Française, salle Richelieu en alternance

Fantasio d’Alfred de Musset par Irène Sadowska Guillon

Fantasio d’Alfred de Musset
mise en scène de Denis Podalydès

fantasiocb.jpg

Fantasio, jeune homme désabusé, poursuivi par ses créanciers, prend la place du bouffon du roi décédé et sous cette apparence débarrasse la princesse de Bavière d’un mariage politique, pour éviter la guerre, avec l’arrogant prince de Mantoue. La liberté exaltée par Musset a son prix : la prison pour Fantasio, la guerre pour la princesse.
L’emphase du prologue, diatribe contre les vicissitudes du monde, d’une étonnante actualité, en ouverture du spectacle, crée une distance par rapport à l’intrigue de la pièce jouée sur le ton comique infiltré par moments par le farcesque et le mélodramatique.
Pour renforcer la distance Denis Podalydès fait jouer Fantasio par une comédienne (Cécile Brune). C’est convaincant mais par forcément utile.
Le jeu des acteurs est fin et sans complaisance, souvent brillant. Belle maîtrise du rythme et des mouvements scéniques malgré un dispositif – une tournette – qui, pertinent au départ, devient à la longue encombrant.

 

Fantasio d’Alfred de Musset, mise en scène Denis Podalydès.
A partir du 18 septembre 2008, en alternance
Salle Richelieu – Comédie Française

Ebauche d’un portrait d’après le Journal de Jean-Luc Lagarce

Théâtre Ouvert reprend le spectacle imaginé par François Berreur avec Laurent Poitrenaux. qui avait eu un succès immédiat la saison passée. C’est comme une sorte de feuilleton dit Berreur où l’on entend Jean-Luc Lagarce, auteur dramatique peu reconnu sa vie durant, nous parler de son quotidien, de sa famille ouvrière de ses doutes et de son désespoir, de sa lutte face au sida qui a empoisonné les sept dernières années de sa vie, de la différence entre ce que les gens perçoivent de lui et de ce qu’il ressent lui qui se considère comme « une personne qui a raté sa vie professionnelle et sentimentale« .  Laurent Poitrenaux ,avec beaucoup de précision et de sensibilité rend admirablement cette espèce de mélancolie qui a poursuivi Lagarce tout au long de sa visite sur terre et de  cette relation curieuse qu’il a entretenue avec Lucien et Micheline Attoun, quand il cherchait à monter ses spectacles et ses pièces . Il parsème son journal des morts qui l’ont visiblement obsédé dès sa jeunesse: Coluche, Copi, Anouilh Beckett, Ionesco, Blin, Simone Signoret, Montand, Jean Genet et combien d’autres dont les noms s’inscrivent sur le mur du fond. Lagarce n’était pas toujours tendre, en particulier avec Koltès mais comme le souligne ces fragments de son Journal raconte la vie théâtrale de cette fin de XX ème siècle et la façon bien à lui, jeune homme issu des environs de Montbéliard d’affronter ce milieu.
Le spectacle est sans doute un peu trop long et le petit film qui le clôt n’apporte pas grand chose et  peut-être faire l’épargne de certains moments faits d’anecdotes ou de silhouettes trop rapidement esquissées qui ne doivent pas avoir beaucoup de signification pour les jeunes gens d’aujourd’hui. Mais cette ébauche de portrait de Lagarce demeure un simple et beau spectacle qui touche le plus public au plus profond de lui-même. Je n’ai cessé de repenser à Lagarce venu quelques mois avant sa mort à l’Ecole de Chaillot m’apporter une photo pour un article,  comme un collégien timide, terriblement amaigri par la maladie; nous avions bu un café ensemble et échangé quelques propos. Je ne l’ai plus jamais revu…..

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre Ouvert jusqu’au 18 octobre; le texte est édité aux éditions Les Solitaires intempestifs

www.theatre-ouvert.net/

MEFISTO FOR EVER par Philippe Du Vignal

Le spectacle qui avait été joué en Avignon est repris en ce moment au Théâtre de la Ville à Paris ; c’est le premier volet d’un triptyque mis en scène par Guy Cassiers, metteur en scène anversois qui comprend aussi Wolfkers d’après trois films du cinéaste russe Alexandre Sourov   sur l’exercice du pouvoir d’Hitler, Lénine et Hirohito, et enfin Atropa, d’après Euripide, Eschyle et… Bush, également présentés au début du mois d’octobre.

Guy Cassiers a passé commande d’un texte à Guy Lanoye, écrivain flamand qui a écrit une pièce à partir du fameux roman de Thomas Mann, Méphisto qu’avait adapté  avec beaucoup de succès Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil. Klaus Mann y  évoque la montée inexorable du nazisme avec une sorte de mise en abyme de Gustav Grundgers, acteur et metteur en scène qui, bien conscient de la situation, choisit cependant de ne pas choisir et veut , quoiqu’il en coûte ,  de résister et de sauver son théâtre, en estimant qu’il est plus difficile de pactiser plutôt que de s’enfuir. Bien entendu,  les relations avec ses comédiens au cours des répétitions de Tchekov deviennent de plus en plus difficiles et c’est à partir de cette trame authentique que Tom Lanoye a écrit un texte au scalpel, d’une grande force dramatique.La première partie est parfois un peu bavarde et lente, mêlant extraits de Tchekov , de Skakespeare et scènes de la vie quotidienne d’un grand théâtre à l’heure de la tourmente, bref le théâtre dans le théâtre, ce qui n’est pas vraiment neuf et frise un nouvel académisme avec des grossissements vidéos du visages des acteurs installés u statiquement dans la pénombre. Mais comme la mise en scène et la scénographie – on devine que Cassiers comme beaucoup de metteurs en scène contemporains est sorti d’une académie des Beaux-Arts- sont tout à fait remarquables et que tous les comédiens sans exception possèdent une force de jeu et un métier d’une sensibilité et d’une intelligence que l’on voit rarement, on se laisse malgré tout entraîner. La seconde partie, plus sobre   avec des projections vidéo plus fortes atteint la quasi perfection, surtout dans le dernier discours où il y a une unité prodigieuse entre le texte, l’image, le jeu des des deux comédiennes en surimpression et la bande-son; c’est plutôt rare au théâtre où ,en général, la vidéo est employée le plus souvent sans aucune justification et sert de cache-misère à une dramaturgie médiocre; ici, au contraire, le spectacle mis en scène par Guy Cassiers atteint une dimension tragique, parce qu’il a réussit discrètement par petites touches subtiles à recréer le chaos monstrueux né de la rencontre entre pouvoir politique et manipulation artistique.On sait depuis longtemps que les Flamands , que ce soit en danse ou en théâtre ont un savoir faire artistique et un sens de l’image indéniables mais cette fois-ci, on se demande qui, en France, atteindrait ce niveau d’exigence.

 

Un grand merci au passage à Gérard Violette et  Emmanuel Demarcy-Motta de l’avoir invité; le spectacle tourne un partout en France,ne le ratez surtout pas.

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