Le Pas de l’Homme

Le Pas de l’Homme, texte et mise en scène de Farid Paya.

pasdelhomme.jpg  Farid Paya nous avait déjà asséné des monuments d’ennui mais cette fois c’est encore pire. »Ce texte a été écrit rapidement, comme s’il était déjà prêt en moi. Bien qu’étant un récit, le retour qui m’a été le plus donné est la qualité théâtrale de ce texte », écrit-il avec superbe. On ne sait de qui est venu ce retour, sans doute d’amis très proches mais, pour qu’il y ait un véritable retour comme il dit, aurait-il encore fallu qu’il y ait …un aller, ce qui est loin d’être le cas .

En effet, Farid Paya, dans son texte,  fait souvent référence à l’Apocalypse, à Marc ou à Job, et ne se prive pas de dire que ses guides secrets ont été René Char et Saint-John Perse. Désolé, mais on est très très loin du compte et à relire  Eloges  paru il y a déjà quelque cent ans ou Anabase qui date de 1924, on est bien loin du compte et la prose de M. Paya fait figure de très mauvais pastiche. De Saint-John Perse, on admire encore la merveilleuse dimension incantatoire des versets d’un poète qui s’identifiait à la nature, au désert comme à l’océan et qui avait gardé de ses voyages en Chine le goût de l’infini. Un siècle après, ces pages font encore rêver . La prose de Paya, elle,  distille un ennui de premier ordre, sans doute parce qu’il y manque , et le souffle indispensable, et une véritable écriture. Bourrée d’ adjectifs, ce qui n’est jamais  bon signe, cette bouillie insipide fait  semblant d’être de la poésie. Mais il y a tromperie sur la marchandise. Il s’agit de trois récits et si on a bien compris, où l’on dit la violence pour aller vers une certaine paix intérieure.

  Mais,  comme Paya enfile les formules toutes faites, les stéréotypes , et n’arrive même pas à mettre en cadence ses pauvres phrases, on est ,dès les premières minutes envahi et cassé  par une espèce de logorrhée qui dure plus de deux heures… la terre, le sexe, les marées, le désert, le sang répandu, le soleil couchant, les viandes,la nuit, les pierres, etc… mais ce que disent la Bible ou Homère en trois mots justes et précis, Paya nous le tartine pendant de longues minutes…

  Et c’est sans espoir, et quand il n’y a aucun espoir au théâtre, on s’ennuie tout de suite. Et dire que Paya prétend  s’entourer de trois conseillers à la dramaturgie…. Tous aux abris! Il y a sur les côtés de la  scène ,quatre groupes de trois masques posés au sol aux couleurs et aux formes plus que médiocres, mais cela commence plutôt bien et on est agréablement  surpris par ce ciel d’aurore où l’on voit se mouvoir des silhouettes d’être humains. C’est à la fois simple et beau, comme peut l’être une image du grand Bob Wilson…

Mais on ne perd rien pour attendre,  et dès que les neuf comédiens entrent en scène, on comprend  que l’on va vivre deux heures de souffrance.Habillés dans des espèces de robes/ pantalons faites de cuir et de tissu- brodé pour certains, avec beaucoup de foulards, ( du sous-sous Christian Lacroix d’une rare laideur, ils prennent des poses, surjouent, roulent des yeux en récitant leur texte façon chant grégorien mais là aussi sans aucune grâce ni harmonie , soit en solo soit en groupe.Et Paya ,qui ne doute de rien,  ne nous épargne rien non plus : hurlements, minauderies, petits pas rythmés, halètements, mimiques ridicules, gestes des mains  vaguement inspirés par la danse indienne bahrata natyam.

  Seuls la musique de Bill Mahder et quelques chants en choeur parviennent à nous tirer de notre hébétude.Et à la fin, il y a un petit film tourné dans un désert par Farid Paya: c’est assez banal et sans grand intérêt  mais au moins cela distrait, même s’il faut encore subir le texte prétentieux de Paya récité par ses neuf comédiens assis sur les côtés. Plus jamais Paya, plus jamais…. Il  nous disait avant le spectacle , et non sans aplomb , que c’était un texte qui divisait: on aimerait savoir dans quelles proportions!  D’autant plus qu’il n’y avait pas foule ce vendredi soir.. On aimerait bien savoir aussi si la Ville  de Paris, Le Ministère de la Culture et le Conseil Régional d’Ile-de-France vont encore aider longtemps Paya à produire des spectacles du même tonneau!  Alors que beaucoup de jeunes troupes auraient bien besoin qu’on s’occupe d’elles. Voilà c’est dit; de toute façon, vous n’irez pas  puisque cela se termine le 5 avril mais si le spectacle est repris, prenez garde…

 

Philippe du Vignal


Archives pour la catégorie critique

Le Songe

  Ett Drömpsel ( Le Songe)  d’August Strindberg, mise en scène de Mäns Lagerlöf.

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Le Songe est la dernière pièce du grand Strindberg et fut créée à Stockholm en 1908 quatre ans avant sa mort.  » C’était, disait-il, celle de mes pièces que j’aime le plus, l’enfant de ma plus profonde douleur », qu’il écrivit , après le départ de sa femme un mois après leur mariage. Pièce fétiche d’Ingmar Bergman qui la monta plusieurs fois, elle fut aussi mise en scène en France pour la première fois par Antonin Artaud dès 1928; Le songe fit aussi l’admiration de Kafka,des expressionistes et d’Arthur Adamov.
En France, elle fut aussi montée à la Comédie-française par Raymond Rouleau en 1970; la distribution, où les actrices ne sont citées qu’après les acteurs! -le vent de 68 n’était pas encore passé par la salle Ri
chelieu – ressemble maintenant à un cimetière! Et nous avons bien du mal à en faire ressurgir quelques images; quant à la mise en scène de Bob Wilson avec les acteurs du Théâtre Royal de Stockolm, c’était un pure merveille d’intelligence , d’invention poétique et plastique, où Wilson tressait le texte de Strindberg avec ses souvenirs familiaux du Texas. La pièce avait été montée il y a trois ans par Jacques Osinsky  avec aussi beaucoup de poésie.
Le Songe
tient tout à la fois de la vie la plus quotidienne  mais aussi  de celle que les femmes et les hommes  peuvent  percevoir comme un mystère permanent, où le paradis est tout proche de l’enfer. Et la pièce  est truffée de symboles empruntés aux textes religieux aussi bien chrétiens que boudhiques, et mystiques de tout poil, ainsi qu’à  ceux de son compatriote Swedenborg. Le tout étant bien entendu, sur fond de mysoginie et de crises mystiques,   relié à sa vie personnelle qui fut plutôt du genre errant. Il  habita  en effet dans 22 endroits différents pendant les six années qu’il vécut en dehors de Suède!
De plus,  sa mère mourut  quand il avait treize ans , et plus tard , eut une belle-mère confites en dévotion dans une secte;  il épousa trois femmes dont il divorça, et eut, sa vie durant, l’obsession de la faute  et de la souffrance susceptible de transcender la réalité la plus banale. Bref,  il y avait là un bon terreau pour faire un auteur capable d’écrire une pièce qui  est plutôt  comme un long poème  et un  formidable tremplin pour un metteur en scène qui a envie de  créer des images.
Cela valait donc le coup d’aller voir ce qu’avait pu en faire un metteur suédois comme Mäns Lagerlöf… L’histoire qui sous-tend Le Songe est à la fois simple et terriblement enchevêtrée: La fille d’Indra, dieu hindou, souverain du ciel , devenue Agnès, décide un beau jour de débarquer  sur terre pour se rendre compte de l’état de la condition humaine  (que dirait-elle aujourd’hui! ). Elle va ainsi rencontrer tour à tour un officier, un poète puis un avocat. Mais le paradis annoncé se révélera bientôt n’être qu’un enfer assez insupportable.
Reste à faire vivre sur scène cette étrangeté de la vie quotidienne quand l’homme se met à la percevoir  dans une sorte de mauvais rêve; et il faut dire que Mäns Lagerlöf n’ a pas mal réussi son coup en donnant à la pièce une vision écologique si l’on a bien compris  les choses malgré la barrière de la langue ( je ne parle pas suédois malgré la centaine de mots glané ici et là, personne n’est parfait…). Il y a au-dessus de la scène, un compteur à diodes qui indique précisément en permanence, le nombre de watts dépensés pour éclairer la scène ( la Suède est un des pays où  l’écologie et le recyclage battent  des records: il y a  des grands magasins où l’on ne trouve uniquement que des vêtements, électro-ménager, jouets, vaisselle,  livres,etc… d’occasion tout à fait propres et, dans chaque super-marché sont installées des machines à récupérer bouteilles et canettes qui vous rendent illico 60 centimes d’euro par pièce. Pas mal, non? Cela dit, la Suède compte une dizaine de centrales atomiques, alors qu’il n’y pas 10 millions d’habitants…
Donc , le château du début de la pièce devient ici une usine avec murs de briques ,  grande grille et une porte métallique qui n’ouvrira que sur le noir et le néant; les personnages d’origine  sont conservés mais on est dans les années 70 , à en, juger par les tissus orange et fleuris, et par les cheveux longs des hommes.Et il  y a derrière , en photo agrandie des HLM d’une quinzaine d’étages et une grue qui aide à  construire d’autres tours. Quant à  l’officier , il est plutôt du genre para en treillis, béret rouge et rangers noirs bien astiqués. Et, comme on est en Suède et que les beaux jours sont là, on fait griller  de  grosses saucisses à la chaleur d’un petit barbecue, puis la boisson aidant, on s’asperge copieusement de ketchup en dansant et en chantant plutôt bien des chansons du groupe mythique suédois  Abba ( si j’ai bien perçu). Plus disco, je meurs…
La salle, plutôt quatrième âge en robe et escarpins pour les dames,  ou costume noir, chemise blanche et noeud papillon pour les hommes , et une poignée de nymphettes pas aussi blondes que dans la la légende et souvent d’un blond peroxydé, donc la salle, disais-je,  reprend en choeur les refrains et claque des mains. Rideau et entracte dans le hall de ce théâtre très bourgeois début vingtième avec ses ouvreuses bien comme il faut. On parle doucement pour ne pas gêner le voisin et, à l’entracte, l’on savoure religieusement son  « cafelatte  » avec un petit gâteau à la cannelle, comme dans Millenium, le roman devenu culte de Stieg Larsson.
Le spectacle reprend avec le  plateau  nu ; il y a juste un mur où sont accrochés  21 sacs en papier  que chaque personnage vient décrocher, une femme aveugle accompagnée de sa mère aux cheveux longs arrive sur scène. Annonces d’aéroport. Des gens passent une valise à roulettes à la main puis repassent dans l’autre sens au gré des annonces  ( souvenir /citation d’une célèbre scène d’un film de Tati?) . Puis un jeune homme et une jeune femme sont allongés au soleil  sur des chaises longues au bord d’une plage paradisiaque mais,tout d’un coup, le vent se lève, emporte le parasol, le tonnerre gronde, la mer monte à toute vitesse envahissant la plage et  l’eau véhicule des tas de déchets du genre bouteilles en plastique, gilets de sauvetages rouges,  tôles d’acier: bref cela n’est pas dit mais tout a l’allure des conséquences d’un crash d’avion(  comme celui d’Air France où 95 personnes, dont Brigitte Tricot, une amie hôtesse de l’air,  périrent  un beau jour de septembre 68 au large d’Antibes, frappé en plein vol par un tir de missile, sans qu’aucun ministre ni Président de la République n’ait jamais eu le courage d’avouer la chose : vive l’Etat français et son armée de l’air!). Un homme surgit alors des flots noirs  et offre à Agnès un petit livre de poèmes.  C’est, sur le plan scénograhique, assez fabuleusement réalisé.
Retour au mur de briques du début ; quelques personnes, les pieds dans l’eau tiennent une conférence de presse en  se disputant et en s’envoyant des verres d’eau à la figure puis, c’est le noir absolu. Zéro watt indique le panneau lumineux; il y a  un chandelier avec quelques bougies sur le devant de la scène et des candélabres  électriques dans le  fond  et trois hommes pédalent sur une musique d’orgue électronique, mais  leur vélo fixe est relié à ces candélabres. On s’aperçoit vite que ce sont eux qui fournissent l’électricité nécessaire à l’ éclairage scénique..Mais la pièce de Strindberg ne finit évidemment pas comme cela…
Telles sont quelques unes des images assez fortes que l’on perçoit d’autant mieux que l’on ne comprend pas la langue,  mais, comme chez Wilson, l’on on peut très bien voir la pièce comme cela. D’autant plus que c’est mis en scène avec beaucoup de rigueur et de précision par Mäns  Lagerlöf et que les dix comédiens sont tous impeccables,  tout comme la scénographie de Magnus Möllerstedt. On peut regretter que le metteur en scène, quand on relit le texte, l’ait un peu tiré vers la comédie musicale mais c’est si adroitement réalisé que les deux heures et demi ( avec entracte) passent très vite. Et miracle, vous savez quoi, il n’y a pas le plus petit centimètre carré de vidéo… et la mise en scène’est jamais facile ni vulgaire..
A voir.? Oui, si vous passez par là, ce qui m’étonnerait mais sait-on jamais, le spectacle , après avoir été présenté à Linköpping et à Norrköpping,  va se promener en Suède.

Philippe du Vignal

Théâtre de Nörrkopping ( Suède)

Théâtre à la télévision

Théâtre à la télévision : La Cagnotte de Labiche ; La journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld.

image2.jpgC’était « le siècle de Maupassant »,  sur France 2. Et les responsables de ce programme ont eu une jolie idée : faire de La Cagnotte une jolie nouvelle filmée à la manière du susdit  Maupassant illustré. Et ça ne marche pas. Agréables couleurs pastel, jeu sobre (oui !) de comédiens populaires (Eddy Mitchell, Marie-Anne Chazel…), rythme langoureux et demi-teintes de la mélancolie provinciale. Où est la folle et hilarante cruauté de Labiche ? Que reste-t-il de son regard acéré, non seulement sur une humanité pétocharde et vantarde, mais sur une petite bourgeoisie entre deux chaises, celle, dorée, de Paris, et la chaise de paille d’une paysannerie dont elle vient à peine de déposer les sabots ?

 Où est le rire ? Conclusion, à Labiche, il faut le théâtre, l’engagement physique des acteurs, la poussière des planches, pourquoi pas, et la présence du public.


La journée de la jupe, énième retour d’isabelle Adjani au cinéma, n’a rien à faire, a priori, dans une rubrique théâtrale. Et pourtant. Ce film ose ce que le théâtre n’ose pas souvent : un huis clos tragique, dans lequel le discours, malgré les apparences, est constitutif de l’action. Et un discours moral, et directement politique. On connaît l’histoire. En prologue, une bousculade à l’entrée de la salle de  théâtre où la classe doit travailler sur Molière. D’un cartable tombe une arme à feu. Colère de la prof qui s’en empare : « enfin, je vais pouvoir faire cours ».  Qui a le « feu », a la parole. Au fil des différents actes de ce huis clos, il passera aux mains d’une fille, puis d’un garçon, et de nouveau à celles de la prof  qui conquiert, au fil de la pièce le pouvoir de parler, même sans arme, de ce qui importe. L’autre support de la parole, c’est le téléphone portable, outil de négociation avec la police ; et  la prof ne le lâche pas, celui-là.
C’est une tragédie, presque sans extérieurs, avec deux chœurs discrets, l’un timide et discordant, celui des collèges et de l’administration du collège, l’autre, celui des parents, empli de la peur pour leurs « petits », et des forces de l’ordre impuissantes. À la fin thrène et exposition des corps… C’était du théâtre, une tragédie classique, mais qui finalement supporte très bien le passage  à la télévision (Arte) et à l’écran.
Christine Friedel

La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules

 La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules de Molière, mise en scène de Christian Schiaretti.

moliereneo1copie2.jpg Le directeur du T.N.P. de Villeurbanne  a mis en scène deux programmes consacrés à Molière: l’un qui regroupe Sganarelle ou le Cocu imaginaire et  L’Ecole des maris, et l’autre, les  trois petites pièces citées plus haut jouées  sur une petite scène à tréteaux , avec fausse chandelles sur le devant ( c’est peut-être du second degré?) posée sur le plateau du Théâtre 71, ce qui est sans doute une fausse bonne idée;  ce n’est en effet ni très beau ni très efficace mais bon!  La Jalousie du barbouillé est une  courte  farce inspirée de celles du Moyen- Age où un  mari jaloux met dehors sa femme Angélique, après s’être confié à un docteur aussi ignorant que prétentieux. Il lui ferme la porte mais elle trouve , à son tour, le moyen de le laisser dehors.

Il y a un tirade formidable qui préfigure celle du Sganarelle de Don Juan , où le Barbouillé consulte  un  médecin vantard et  prétentieux qui prononce  une série de courtes phrases- valises assez étonnantes , et comme  la langue de Molière à ses débuts est déjà savoureuse, et que  c’est du genre plutôt bien joué , on ne boude pas son plaisir (malgré des costumes bien laids), notamment par Jérôme Quintard ( Le barbouillé) , Julien Gauthier ( le docteur) et Laurence Besson ( Angélique). On sent qu’il y a un véritable esprit de troupe, ce qui fera plaisir à Edith Rappoport,, puisque les dix comédiens sortent tous de l’Ensatt,  (deux d’entre eux:  Borle et Quintard, n’en déplaise à M. Goldenberg, ex-directeur du Théâtre national de Chaillot ont d’abord été à l’Ecole …de Chaillot).
Mais la mise en scène  manque singulièrement de rythme et de force. Comme si la mise en scène de Schiaretti, pour reprendre l’expression du grand Bernard Dort, notre maître à beaucoup, avait perdu ses boulons en route, et la remarque vaut pour les trois pièces. C’est méchant? Oui, mais c’est la vérité.
 Le Médecin volant  raconte l’histoire de deux amoureux ,Valère et Lucile dont  Georgibus, son père veut absolument la marier à Villebrequin; Lucile fait semblant d’être malade et Sabine,  sa chère cousine s’en va  chercher un médecin- ridicule et ,comme dans La Jalousie du barbouillé, assez prétentieux , et qui n’est autre que Sganarelle, le valet de  Valère. Finalement Gorgibus, même trompé par cette double identité, reconnaîtra avoir été trompé et  acceptera le mariage des deux amoureux. Le canevas vient tout droit de la commedia del arte et , là aussi, c’est plutôt bien joué , notamment par Olivier Borle et Jeanne Brouaye mais la petite pièce, rarement montée  nous laisse un peu sur notre faim. Et là, on ne peut pas reprocher grand chose à Christian Schiaretti, sinon de l’avoir choisie….
 Quant aux Précieuses ridicules, c’est une belle erreur d’installer  sur cette même petite scène à tréteaux où, par définition, il n’y a guère de place. Dès lors, les comédiens passent  et repassent on ne sait trop pourquoi par le châssis en ferraille qui sert de fond aux deux pièces précédentes, et, très franchement, on n’en voit pas bien l’intérêt: les comédiens ne semblent pas  à l’aise sur un espace aussi limité. Et, Jeanne Brouyaie et Clémentine Verdier, qui jouent Magdelon et Cathos, les deux  jeunes provinciales snobinardes ne semblent pas au mieux de leur forme: elles criaillent et on comprend souvent mal ce qu’elles disent, d’autant plus que le texte est bourré de termes qu’il aurait absolument traduire. Les linguistes ont peut-être les bonnes réponses, mais la pièce a a un vocabulaire  beaucoup moins compréhensible  que celui des grandes  oeuvres comme  Tartuffe ou Don Juan, pour qui n’a pas  étudié au lycée la littérature de cette époque.
 Cela dit, les collégiens, sans être enthousiastes, n’avaient pas l’air de s’ennuyer; peut-être avaient-ils été auparavant cornaqués par leurs profs…
Alors, à voir? Pas sûr, le rapport qualité/ prix n’est pas évident ( 21 euros plein pot!) , sauf si vous avez envie de voir les débuts  du grand Molière, celui dont on continue à dire que, quel que soit le texte, quand les élèves d’un cours d’art dramatique en entendent par hasard une bouffée, ils en reconnaissent aussitôt l’auteur.Et c’est vrai que c’est écrit dans une langue   admirable. Quant au Programme 1, ((Sganarelle ou le Cocu imaginaire, et L’Ecole des Maris) , deux pièces plus longues mais assez mineures, du coup, cela ne donne pas vraiment envie d’y aller  voir. Maintenant , si le coeur vous en dit… Si nous en avons le temps, nous irons nous rendre compte…

Philippe du Vignal

Théâtre 71,  Malakoff jusqu’au 10 avril ( les intégrales des deux programmes n’ont plus lieu, ouf!)

5 COMÉDIES DE MOLIÈRE

5 COMÉDIES DE MOLIÈRE Théâtre 71 de Malakoff 

  Avec ses comédiens, pendant les longs travaux du TNP à Villeurbanne, Christian Schiaretti s’est relancé dans un travail de troupe qu’il avait initié à Reims. Il s’est emparé de quatre farces de Molière qu’il joue avec Les précieuses ridicules,  sur de beaux tréteaux  réalisés par les ateliers du TNP. La Jalousie du barbouillé et Le médecin volant sont joués avec célérité, les grosses ficelles sont assumées par une équipe solide qui ravit le jeune public venu des lycées des environs. On rit beaucoup, mais pas moi. Les Précieuses ridicules ,un peu sous éclairées m’ont fait décrocher. Mais j’ai quand même apprécié la démarche.

Edith Rappoport

KING ARTHUR

King Arthur  Rue du Commerce

Les Grooms
Les Grooms nés en 1984 dans le sillage du Théâtre de l’Unité ont sillonné le monde entier avec La flûte en chantier, La Tétralogie de quat’sous, la Baronnade. Ils ont reçu une commande du Théâtre de Norwwich- l’Angleterre les appelle souvent – pour un King Arthur de Purcell en 40 minutes (ce somptueux opéra baroque dure 1 h 30). Ils reprenaient une vieille tradition oubliée, faire la manche dans les rues du 15e arrondissement, autour de l’ouverture du  Roi Arthur et trois  autres airs fameux, avec une chanteuse, le contre ténor ayant une extinction de voix.  C’était aussi une répétition. Leur étonnant savoir faire dans le contact avec le public, leur belle maîtrise musicale ont séduit les habitants des  qui leur jetaient des pièces.

Edith Rappoport

Les Orages désirés

Les Orages désirés, opéra de Gérard Condé et Christian Wasselin.

 Il est rare que la représentation d’un nouvel ouvrage lyrique donne à ce point l’impression d’un accomplissement. C’est pourtant ce que l’on éprouve après la représentation des Orages désirés à l’Opéra d’Avignon (dans une coproduction avec le Grand-Théâtre de Reims, où le spectacle a été présenté en février dernier).
Les Orages désirés avaient été créés une première fois, mais en version de concert, à la Maison de Radio France en 2003, année du bicentenaire de la naissance de Berlioz. Pour célébrer l’événement, Christian Wasselin, à qui l’on doit plusieurs ouvrages consacrés au compositeur (Berlioz, les deux ailes de l’âme, chez Gallimard ; Berlioz ou le voyage d’Orphée , aux éditions du Rocher) avait eu l’idée  de proposer à Gérard Condé un livret inspiré des amours de Berlioz adolescent, au moment où celui-ci, submergé par le sentiment qu’il éprouve pour la jeune Estelle, de cinq ans son aînée, comprend que la musique peut seule le sauver de la mélancolie.

Si Berlioz est né en 1803, René, le roman de Chateaubriand, date de 1802 ; or, c’est dans ce livre, véritable manifeste du «vague des passions», que le héros s’écrie : «Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie». La filiation est on ne peut plus claire, et on se demande même si «ce livre qui me fait mal aujourd’hui», dont parle Hector au deuxième tableau de l’opéra, n’est pas René… A moins qu’il  ne s’agisse d’Hamlet, qui intervient dans Les Orages désirés, cette fois sous la forme de marionnettes.
Riche de références, le livret de Christian Wasselin n’a cependant rien de didactique ou de démonstratif. L’auteur a  le sens de la poésie et se sent trop proche de son personnage (comme il est l’intime du jeune Schumann dans son roman Clara), et il s’est trop peint lui-même pour éviter de nous donner un cours de romantisme appliqué. Et l’épisode des Cent-Jours (nous sommes en 1815), dont il fait habilement la toile de fond historique, est là pour nous rappeler combien l’épopée napoléonienne a gonflé bien des jeunes cœurs de cette époque.
Le livret, en quatre tableaux comme les quatre saisons, met en scène la vie de la famille Berlioz, les fantaisies d’un père acupuncteur (ce qu’était  le docteur Louis Berlioz), la communion puis la maladie de Nanci, la petite sœur chérie de Berlioz, les leçons de musique données par un fantasque maître de musique appelé Corsino, autant de scènes quotidiennes qui tranchent avec la violence des sentiments d’Hector, tour à tour éperdu d’amour, épris de solitude, exalté, désespéré, adolescent dans le sens le plus riche du terme. Tout est évoqué avec justesse et délicatesse : le propre des pères n’est-il pas que les enfants leur succèdent ? Les frères et sœurs n’ont-ils pas des complicités qui échappent aux parents ?
Les mêmes qualités se retrouvent dans la musique de Gérard Condé, et l’on reste admiratif, devant l’harmonie entre un n texte qui chante et une musique qui parle…Que peut-on souhaiter de mieux à l’opéra ?
Gérard Condé a étudié avec Max Deutsch, disciple de Schoenberg, mais il a peu à peu glissé d’un néo-sérialisme d’ailleurs toujours ironique ou lyrique, vers une conception  plus personnelle, à travers notamment ses deux opéras «pour petites et grandes personnes», comme il le dit lui-même, La Chouette enrhumée et Salima. Qu’y a-t-il en effet de plus insolent, à notre époque, que de composer un opéra à numéros, c’est-à-dire de croire au pouvoir magique de la mélodie pour varier les airs et les ensembles. Il ose écrire dans Les Orages désirés un « air des aiguilles « , aussi crépitant que les mots prononcés par l’acupuncteur, et mettre dans la bouche de Nanci une chanson de pirates irrévérencieuse, et composer une comptine  poignante dont le refrain dit «La ride don daine, la ride don da» avec des frottements harmoniques toujours singuliers.  u troisième tableau, une ballade intitulée Le Cheval arabe, composée et chantée par Hector (Berlioz  fut l’auteur à dix-neuf ans, d’une cantate portant ce titre aujourd’hui perdue), manière de Roi des Aulnes oriental d’un magnifique élan. Le tout ,sans jamais copier ou pasticher qui que ce soit (et surtout pas Berlioz !).

  La seule citation que se permet Condé est celle de Tancrède au moment où le maître de musique évoque Naples. Gérard Condé se souvient de Monsigny, Dalayrac, Debussy, Massenet,  Poulenc, mais il a depuis longtemps assimilé toutes ces influences ; il fait là œuvre véritablement originale, hérissant d’ailleurs sa partition de plus d’une difficulté technique, tant pour les chanteurs que pour les instrumentistes.
Pour servir une partition à ce point intempestive, il fallait en effet des interprètes qui aient la foi, la fraîcheur, le tempérament de nos deux auteurs. Avec Jean-Luc Tingaud (disciple de Manuel Rosenthal et par ailleurs fondateur de l’orchestre OstinatO), l’orchestre  de solistes qui exige beaucoup des musiciens pour atteindre à cette incandescence rythmique, à cette prodigalité de couleurs qui est la marque de la splendide écriture orchestrale de Condé.

Le jeune chef français, dans un bel équilibre sonore avec les chanteurs, donne beaucoup de feu et de douceur à la fois à la représentation. De même font les voix : toutes s’engagent pour donner la vie à ce réalisme étrange, mêlé d’apparitions (Estelle à la fin du premier acte), de nostalgie (ah, les chœurs lointains de paysans au moment où Hector s’abandonne à la grande nature bienveillante !), zébré d’éclats passionnés. On citera d’abord Anne Rodier, parfaite d’espièglerie, d’enthousiasme et de mélancolie en Hector travesti, dans la grande tradition des Chérubin, des Octavian, et ,bien sûr ,des Ascanio de Benvenuto Cellini. On n’oubliera pas Nathalie Espallier (la mère d’Hector), Txelin Victorès-Bénavente (Estelle), Jean Goyetche (le colonel Marmion), Anne Le Coutour (Nanci), ni surtout le chaleureux Jean-Michel Caune (Corsino) et le souverain Florian Westphal dans le rôle du père d’Hector.
C’est Sugeeta Fribourg qui signe le spectacle, dans de  beaux décors et costumes d’Isabelle Huchet, et des lumières très évocatrices d’Éric Deforge. C’est un spectacle à la fois réel et irréel, qui épouse l’ouvrage sans jamais l’étouffer, et à l’aide de quelques accessoires (un fauteuil, des étagères de bouteilles, des malles), crée une succession d’images et de climats toujours justes. Chaque personnage est nettement dessiné, la direction d’acteurs, sans être corsetée, est toujours tenue, et Sugeeta Fribourg a dû, au fil des répétitions, se prendre d’affection pour Hector et sa bande. Le départ d’Hector vers son destin, à la fin, a quelque chose comme une mort de Don Juan à l’envers : un héros qui trouverait enfin son paradis.

Gérard Condé et Christian Wasselin ont inventé là quelque chose de vrai. Serge Gaymard, directeur du Grand Théâtre de Reims, et Raymond Duffaut, conseiller artistique de l’Opéra d’Avignon, ont eu la perspicacité de leur faire confiance. Et le public, étonné, médusé, a clamé à la fin son bonheur d’avoir assisté au spectacle des passions, toute censure abolie. Espérons que cet ouvrage soit repris sans tarder: il est rare de sortir de la création d’un opéra en ayant l’esprit à ce point enchanté par un tel luxe de musique et de sentiments,  en  fredonnant  les airs qu’on a entendus. Il y a dans Les Orages désirés une aspiration incoercible vers le beau qui pulvérise bien des interdits que notre époque a laissé s’installer au fond de nous-mêmes. Un opéra qui aime et qui chante en toute liberté, qui dit mieux ?

Anne Rodet 

ARIAS WITH A TWIST

ARIAS WITH A TWIST 

Création de Joey Arias et Basil Twist, avec Joey Arias
Joey Arias est un étonnant et magnifique travesti, « drag artist » et performer qui a travaillé six ans au cirque du Soleil et tourné beaucoup de films aux États Unis. Géant d’une splendide féminité, il interprète des standards des Beatles, de Led Zeppelin et de Madonna, il évolue dans une forêt de marionnettes de Basil Twist, de la jungle du début à celle de New-York magnifiquement reconstitué. C’est kitsch en diable, aux antipodes du précédent spectacle du festival.

Festival Exit à Créteil
Edith Rappoport

CRIES AND WHISPERS


CRIES AND WHISPERS  d’ Ingmar Bergman, mise en scène Ivo Van Hove( Toneelgroep d’Amsterdam

La Maison des Arts de Créteil a des fidélités, Didier Fusilier avait déjà invité India song, Carmen et Opening night montés par Ivo Van Hove qui s’est confronté à plusieurs reprises à la réalisation de spectacles sur des scénarios de grands films.
Le film de Bergman m’avait laissé un souvenir brûlant, l’agonie d’Agnès dans les bras de sa servante Anna qui l’accouche de sa mort, ses sœurs Maria et Karin sont là, mais elles ne savent pas lui donner l’amour qu’elle réclame. Ivo Van Hove restitue la beauté violente de ces vies gâchées, du triomphe d’Agnès, l’artiste qui s’ébroue désespérément sur une immense toile blanche en la maculant du bleu d’Yves Klein au moment ultime précédant sa mort.

Seule Anna sera elle aussi maculée de bleu, elle ne cesse de laver, de changer les draps, elle qui est blanche, immaculée, abandonnée à son sort, silencieuse après la mort. Les sœurs qui ont manqué leurs vies de mères et de femme-on voit la scène terrifiante où Karin se mutile le sexe ont au moins réussi à crier leur douleur, leur haine, l’avers de l’amour qu’elles n’ont pas su donner. Les hommes qui arrivent pour l’enterrement ne sont que des ombres de bourgeois égoïstes. Décor, projections, vidéo servent bien l’interprétation de comédiennes exceptionnelles, magnifique Chris Nievelt en Agnès, émouvante Karina Smulders silencieuse Anna.

Edith Rappoport

La Cerisaie

 La Cerisaie de Tchekov, mise en scène d’Alain Françon.

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  L’une de nos lectrices nous a laissé un message, après avoir pris connaissance de l’article d’Irène Sadowska, où elle disait avoir été un peu déçue par le spectacle. Un mien confrère, et non des moindres, me disait au contraire son admiration. Je n’avais pas encore eu le temps d’y aller mais, n’écoutant que mon devoir et mon envie (tout critique a vu , comme moi, un bonne douzaine de Cerisaies mais, à chaque fois, c’est le même émerveillement devant l’intelligence et la beauté de la pièce, même quand elle est montée tant bien que mal, et puis il y a toujours, comme en filigrane dans nos souvenirs, les mises en scène géantes de Strehler et de Brook ).. Alors,  j’ai bondi jusqu’à la Colline avec une mienne consœur, et non des moindres. Avis partagé, et plus nuancé, comme celui de la mienne consœur,  que celui d’Irène.
  Commençons par ce que l’on a  beaucoup aimé: le style d’Alain Françon quand il s’empare de ce fameux  texte, bien  traduit par André Markowicz et Françoise Morvan,  pour  mettre en valeur le rire et le comique de personnages secondaires  comme Pitchtchik (Philippe Duquesne), Trofimov ( Pierre-Félix Gravière), ou Epikhodov ( Clément Besson)). C’est un des aspects de la pièce qui est en général mal traité,  comme si les metteurs en scène ne savaient pas trop comment passer d’un registre à l’autre, ce qui est pourtant capital pour un Tchekov. 

  Sans pour autant gommer la nostalgie de Lioubov à la fin dont il sait dire aussi l’ amour profond qu’elle a pour son pays et sa cerisaie, en même temps que la passion qu’elle garde  pour son amant de Paris , même s’il l’a ruinée. Il est bien en effet  à l’origine, en dehors de toute considération historique , celui qui a coupé Lioubov  de ses racines,  quand elle était  avec lui  à Paris ou dans sa villa de Menton, où les Russes fortunés avaient acquis une résidence et certains y ont même leur dernière demeure , comme on dit. Cent ans après, cela recommence!
 Et le metteur en scène met très bien en valeur un des leit-motiv de la pièce, l’importance de l’argent, liquide ou non:  dettes, héritages, emprunts, etc., qui commande la vie de chaque personnage que l’on évoque quelque vingt cinq fois fois , soit toutes les quatre minutes en moyenne!  Si, si, c’est vrai, j’ai compté…

On aime beaucoup dans la mise en scène de Françon sa très grande maîtrise du plateau , quand il dirige dix huit comédiens et une musicienne. Mais aussi la façon qu’il a de faire ressortir la modernité des dialogues d’un texte qui a déjà plus de  cent ans: les personnages se coupent la parole , soliloquent,    quand,  en fait, il répondent à quelqu’un d’autre,  ou grommellent comme le vieux Firs, admirablement interprété par Jean-Paul Roussillon qui, dans la dernière scène où  il se retrouve tout seul, est sublime..Et Françon met très bien  en valeur ces fameux silences dans les répliques qui en disent souvent beaucoup plus long qu’une phrase. Ah! La scène entre la pauvre Varia que laisse tomber Lopakhine, et tout ce dernier acte,avec ces personnages déboussolés :Françon a bien réussi les choses.

Il y aussi la très belle bande-son de Daniel Deshays..Tout cela est d’une grande qualité et l’on sent  que monter La Cerisaie,  dernière pièce de Tchekov, mort quelques mois après sa création, a été un véritable acte de foi  pour Françon qui va quitter la direction de la Colline . Cet au-revoir ne manque pas de panache!
  Ce que l’on aime moins: d’abord,  la scénographie compliquée de Jacques Gabel pour chacun des quatre actes dont, sans doute, Alain Françon porte aussi la responsabilité: la chambre d’enfants, au début, est toute en longueur, et de biais, si bien que tout se passe plutôt côté jardin ( tant pis pour le public qui est de l’autre côté de la salle d’autant plus que la lumière est chichement comptée au premier acte comme dans les autres sans que cela se justifie: il est deux heures du matin mais quand même!).Et les comédiens vont sans arrêt de cour à jardin , ce qui est inévitable mais qui parasite un peu le texte.
  On baisse le rideau à chaque fin d’acte pour préparer vite fait le décor du suivant, (ce n’est pas en réalité très long mais casse quand même le rythme général  déjà trop  lent). Le jardin, qui est une sorte d’avatar du décor de 1904,  n’est pas très crédible:  les didascalies de la pièce indiquent dans le fond deux pierres tombales et une chapelle mais pas deux simples tombes de terre au premier plan. Quitte à faire dans le réalisme…  Quant aux poteaux télégraphiques mentionnés par Tchekov comme indicateurs de la modernité qui arrive à grands pas, bien malin qui pourrait les reconnaître sur la toile du fond.

  Le programme inclut quelques photos de la mise en scène de Stanislavski en 1904, comme si Gabel et Françon voulaient absolument nous prouver le bien-fondé  de leur parti-pris de scénographie quelque peu archéologique;  c’est un peu vain et, de toute façon, c’est trop tard: rien ne sera changé, mais c’est dommage, alors que le décor du dernier acte: la chambre d’enfants du premier, avec ses fenêtres sans voilages, où il n’y a plus ni meubles ni tableaux,  et que le canapé est déjà emballé, est de toute beauté.
Par ailleurs, ce n’était peut-être pas le bon soir mais l’interprétation de Dominique Valadié nous a semblé par trop inégale: il y a de très beaux moments et d’autres où  elle boule son texte, comme si elle n’était pas très convaincue de l’importance de ses répliques- ce qui n’est sûrement pas le cas , mais mercredi dernier,  on avait un peu de mal à reconnaître la grande Dominique Valadié que nous aimons tant d’habitude; quant à Jérôme Kircher, et Didier Sandre, pourtant excellents comédiens,  eux  aussi, paraissaient être un peu en retrait.
  A voir oui,sans aucun  doute, même avec ces défauts importants qui peuvent faire que l’on soit déçu, surtout après tous les commentaires élogieux que l’on a pu faire de la mise en scène d’Alain Françon. Mais dépêchez-vous,  c’est un peu le dernier évènement  parisien…et il y a du monde. C’est en effet pour beaucoup  l’occasion de voir pour la première fois la pièce sublime de Tchekov qui n’est pas si souvent montée à cause de l’importance de la distribution . Et,  si la salle bourrée jusqu’au dernier strapontin, n’était pas délirante, on sentait un grand respect pour ce travail.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline, jusqu’au 10 mai inclus.

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