Festival Interceltique de Lorient : Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

 

Festival Interceltique de Lorient

(C)Claire Huteau

(C)Claire Huteau

Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

Edité en 1921, Ar en Deulin (A genoux) du poète breton Yann-Ber Calloc’h est un recueil de poèmes mystiques qui a trait à une terre et à une langue-celles de la Bretagne, mais aussi à une foi chrétienne et à l’attirance de la mort. L’ouvrage paraît grâce aux soins amicaux de Pierre Mocaër auquel l’auteur avait confié depuis le front en 1915, un manuscrit de trente poèmes qu’il  pria de le publier, si, jamais par malheur, il n’était plus en mesure de le faire.

L’intuition du poète devenu soldat s’est révélée cruellement juste! Né sur l’Ile de Groix en 1888, il tombe le 10 avril 1917 à Urvillers, dans l’Aisne. Son recueil comprend le célèbre poème Me zo ganet e kreiz ar mor (Je suis né au milieu de la mer), chanté sur une mélodie fameuse de Jef Le Penven. Poème repris ici par le chanteur et musicologue Yann-Fanch Kemener, au cours d’Ar en Deulin, un spectacle créé pour le centenaire de la mort de Yann-Ber Calloc’h, et qui a été commandé par l’association Amzer Nevez qui promeut la culture bretonne.

Il est accompagné par Erwann Thobie à l’accordéon diatonique, et Heikki Bourgault à la guitare, soit deux générations pour la musique bretonne. A l’honneur, le kan ha diskan, chant à répondre, avec tuilage spécifique du Centre-Bretagne où la voix dialogue entre mélodies et harmonies des deux instruments. Bleimor (loup de mer, requin) est le nom de barde de Yann-Ber Calloc’h, attentif à son île de Groix comme à la mer en général, et à la dure condition des marins pêcheurs appauvris et qui meurent en mer, tel son père : «Maître, écrit-il, quand il s’adresse au Créateur de toutes choses, pourquoi livres-tu à la disparition tragique, les plus modestes et les plus durs des travailleurs ?… »

La mer et ses sortilèges, richesses des fonds et catastrophes des disparitions, colères des vagues, vents forts, tempêtes et rochers amers, produit des résonances et correspondances sonores du bruit significatif de la fureur de la guerre. Horizon immédiat du travailleur de la mer, et ligne bleu horizon du Front: la situation dramatique est comparable : vie et mort, combat pour la survie et sauvegarde des familles avec épouses et enfants laissés sur le rivage.

Et si le poète s’exprime d’abord en français, il choisit ensuite  la breton pour se livrer. Paysages de terre et de mer, souvenirs  sous la lumière de l’été dans les champs de blé: il évoque ici l’imaginaire profus et libre d’une littérature existentielle, à la fois sombre et lumineuse, mélancolique et tournée vers la vie.

Un bateau de pêcheur avec sa voile levée, sert d’écran aux images projetées de femmes et enfants de marins qui retrouvent le pêcheur parti depuis longtemps. Silences et musiques, chants et poèmes déclamés, l’attachement à la terre bretonne et aux êtres se révèle des plus profonds et des plus vrais mais aussi des plus poétiques…

La statue de Yann-Ber Calloc’h sur l’ile de Groix s’élève majestueusement, et son image clôt le spectacle, entre musique et poésie, correspondances musicales et sentiment intime.
Yann-Fanch Kemener se met «à genoux» « Ar en Deulin », dans une belle et humble pose sur la terre des hommes, avec un regard fier et attentif  sur l’infini du rêve.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Palais des Congrès, le 10 août.


Archives pour la catégorie critique

Le Cercle des utopistes anonymes d’Eugène Durif

 

Festival d’Avignon : suite et fin…

 

Le Cercle des utopistes anonymes d’Eugène Durif, mise en scène de Jean-Louis Hourdin

 IMG_0850Le calme règne dans la petite salle de la Maison de la Poésie. Le public aussi est paisible, presque sérieux. Est-ce dû au thème de la pièce : comment dans nos sociétés consuméristes et matérialistes, recevoir et penser l’utopie ? Le mot latin -qui vient d’Utopia (1516) de Thomas More, écrivain anglais (1478-1535) et il n’existe pas de terme équivalent en grec ancien-, est construit avec les mots ou et topos, « lieu qui n’existe pas », ou avec eu et topos, « lieu heureux »…

En compagnie d’Eugène, un poète-philosophe, de Stéphanie, une jeune comédienne idéaliste, et de Pierre, musicien désabusé (les noms des personnages sont ceux des acteurs), le public va partager un moment festif, mais aussi philosophique et  poétique sur la question de l’utopie.

Scénographie sobre, réduite au minimum : une table, une chaise, des caisses en bois qui feront office de tabouret ou de podium, et, à cour, un piano, sans oublier un rideau rouge bien sûr ! Dans ce spectacle théâtral et musical, il s’agit d’aller à l’essentiel du thème. Eugène (Eugène Durif), dès son entrée en scène, nous y invite. Il s’assoit à la table et regarde la salle avec un air posé mais insistant et malicieux.

 Brusquement, alors que tout semble propice à une réflexion concentrée autour de l’utopie, débarque Stéphanie. Dans une sorte de prologue, ambiance théâtre de boulevard,  la jeune femme va mettre fin au duo artistique et «pépère » d’Eugène et Pierre. Désormais ils seront trois!

Pierre à Eugène : « 
-Ce qu’elle fait là, elle? C’est qui.  -Stéphanie ! lui répond Eugène, elle est dans le spectacle !
(il présente) Stéphanie, Pierre, Pierre, Stéphanie… (…)
- On aurait pu me prévenir… – Si je suis de trop, là, je peux, déclare Stéphanie. – Nous en reparlerons, Pierre, là, il y a du monde qui nous regarde, nous attend et NOUS ENTEND. »

Ici, au rythme des chansons, de la musique et de la danse aussi, l’humour côtoie la finesse de l’esprit, la question politique et celle de la liberté. Pour le plus grand enchantement du public, ce trio haut en couleur n’a pas peur des mots, des paradoxes, ni des idées dérangeantes qui en disent long ! « -Eugène : Préférons les énigmes aux certitudes,
 les spasmes des slogans aux phrases bien construites, les pieds de nez, les pieds de nique aux langues de bois. » Qu’on se le dise, l’utopie est donc bien vivante mais aussi nécessaire ! 

Dans cette mise en scène sans paillettes ni effets, place avant tout au langage, aux mots, à leurs jeux et à la pensée, leur fidèle amie ou ennemie : « -Eugène : (…) Que les mots vous viennent à la bouche, vous viennent justes…Vous serez portée et transportée par une parole qui vous dépasse et vous transcende… LA PAROLE, quoi ».

Eugène Durif et Jean-Louis Hourdin ont le goût et le sens du paradoxe, de la plaisanterie, des anecdotes savoureuses, de la poésie, pour notre plus grand plaisir. Parfois sous forme de citations ou de proverbes : -«Plus on pédale moins fort, moins, on avance plus vite…» aime à rappeler Eugène, en citant son grand-père. Ou, bien encore : « Pierre, n’oubliez pas, quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt… » (Confucius)…

On voyage, direction l’utopie, à travers le temps, avec les poètes et philosophes de l’imaginaire: Rutebeuf, Rabelais, Thomas More, Charles Fourrier à propos de «Son nouveau monde amoureux », mais aussi Nietzsche : « Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante », Hölderlin, Guy Debord….

 Le timbre de voix d’Eugène, tout en douceur, avec une pointe d’ironie de temps à autre, son corps bonhomme et rond, la féminité et le charme rieur de Stéphanie, l’air blasé mais attachant de Pierre donnent au spectacle une vivacité et une dimension théâtrale à l’utopie étonnante, très instructive, et si drôle ! Hilarante la séquence des chansons, ou bien encore, celle de « Quoi l’amour ».

Autre qualité historique et politique, de ce texte : celle de faire (re)entendre, découvrir mai 68 par les jeunes générations, avec un regard à la fois nostalgique mais aussi sans détours: « -Pierre : Ouvrez les yeux, fermez la télé…c’était un slogan autrefois dans les manifs…. Là, on a tous chopé un écran dans les yeux, la seule fenêtre qui soit ouverte en non-stop… ». «-Eugène :
 En même temps, « vivre sans temps mort, jouir sans entraves », un des mots d’ordre de 68 est devenu l’idéal hédoniste de cette nouvelle bourgeoisie de gauche (celle qui cite si facilement Guy Debord ou Raoul Vaneigem…).
 Les escrocs de l’âme, ces ex de tout, se sont hâtés de pactiser au mieux de leurs intérêts avec ce vieux monde qu’ils rêvaient d’anéantir ! »

Un des spectacles forts du off cette année. Au sortir de la salle, le soleil d’Avignon resplendit comme un écho magnifique à ce moment théâtral gorgé de rêves, d’espoirs, déçus ou à venir. Mais à poursuivre coûte que coûte, et pour cause, « Eugène : – Non, Pierre, L’utopie, c’est l’avenir en mieux… dit un élève de troisième pro du lycée Edouard Vaillant de Saint-Julien, et j’approuve absolument ».   

Elisabeth Naud

Spectacle vu à la Maison de la Poésie d’Avignon.

For ever Fortune par Les Musiciens de Saint-Julien

©DR

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Festival Interceltique de Lorient

 

For ever Fortune par Les Musiciens de Saint-Julien

Musiques, poèmes et chansons du XVIII ème siècle baroque écossais, l’instrumentarium rare des Musiciens de Saint-Julien  imposent sa splendeur à un public ébloui. La flûte, à bec et  traversière est ici à l’honneur, avec violoncelle, viole de gambe, mandoline et harpe baroque aux cordes de métal ou de boyau mais aussi, comme en majesté picturale, les musettes, les small pipes (cornemuses écossaises) du chercheur et flûtiste inspiré François Lazarevitch.

 Les Musiciens de Saint-Julien jouent avec des copies d’instruments d’époque; ils ont une fraîcheur musicale très intuitive, à l’écoute des sensibilités atemporelles qui émeuvent pareillement, au fil des siècles. Ce groupe de chambre baroque déploie une virtuosité au service de la redécouverte mémorielle de pratiques populaires et de fonds musicaux. Avec, comme matériau de réflexion, des partitions retrouvées grâce à la transmission écrite ou orale.

Univers acoustique en soi, ce répertoire écossais est joué à la mode du XVIII ème siècle. Les Musiciens de Saint-Julien ont représenté la Bretagne au Festival Interceltique de Lorient, s’amusant de  « reels  » et de gigues, suites et contredanses – menuets, gavottes et autres pavanes – à un rythme lent ou enjoué, et le chanteur  fait résonner  la stridence d’une voix puissante qu’il contrôle parfaitement, au service du seul poème.

Un instant rare et précieux  sur les chemins baroque d’un dix-huitième siècle écossais vif et inventif, les compositions datant du début, du milieu ou de la fin de cette époque, collectées et éditées (souvent sur le fonds Oswald). Quand il joue avec des  small pipes, le maître du jeu François Lazarevitch avoue la timidité qui l’envahit à jouer ainsi devant un public composé aussi de pipers très talentueux,  écossais, irlandais, gallois et bretons, à Lorient.

Le spectacle s’achève sur des airs classiques et traditionnels baroques irlandais dont la cadence n’a rien à envier à ceux de l’Ecosse. Et le charme ne s’épuise jamais à l’écoute de ces musiques profondes, alertes ou lentes,  vives ou contemplatives, proches s’il est possible de tant de perfection.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Palais des Congrès de Lorient, le 8 août.

Livres et revues

Livres et revues

Ennemis de sang d’Arkas, traduction du grec en français de Dimitris Filias

  La renommée d’Arkas est plutôt attachée au grand succès  qu’ont les  bandes dessinées de cet écrivain grec qui donne une véritable spiritualité à ses personnages mais aussi une bonne dose de théâtralité. Après tout, la B.D. peut combiner une information avec un message concret. Arkas met aussi l’accent sur un paradoxe: il y a, pour lui, un besoin impérieux de porter à la lumière du jour, les vices de nos sociétés occidentales, hypocrites et imbues d’implicites absurdes.

 Dans Ennemis de sang, sa première pièce écrite en 2007, les trois personnages appartiennent à «cet autre monde», comme dirait Rabelais, qu’est l’homme comme entité entière : notre corps  avec ses organes consommateurs d’énergie, suivant leur fonction, représente un vaste territoire d’affinités qui conduisent à la profondeur de l’Etre où l’on cherche à voir les amis de sang.

Selon l’écrivain et dessinateur, l’entente entre tous les organes  assure son harmonie et son bon fonctionnement. Arkas, par le biais de sa thématique, en apparence singulière, nous montre les grandes similitudes entre matière charnelle et matière spirituelle, mais aussi et surtout entre l’organisme humain et la société civilisée qui, selon lui, manque de cohérence. Comme faisant partie de la norme, le rapprochement de différents «services» obéit à un pouvoir central, qui fait juste un faible effort pour collaborer au profit de tous.

Ennemis de sang montre les conflits entre ces personnages que sont ici l’Intestin grêle, le Gros intestin et le Rein droit. L’esprit de dispute qui règne dans le corps, reflète surtout cette mauvaise entente qui conduit à la catastrophe finale de la communauté, ne serait-ce qu’au niveau de la coexistence de tous nos organes. Et à partir de ce microcosme, l’auteur veut nous signifier le malaise qui accable les macro-structures de l’humanité.

Le passage du texte grec au français par Dimitris Filias, professeur de traduction littéraire de l’Université Ionienne) a été difficile; Arkas passe en effet du réalisme langagier aux tournures excessives, en parodiant les mots et en les forçant à dépasser leur statut informationnel et sentimental. Dimitris Filias, est arrivé ainsi à traduire, avec une exactitude exquise l’apparat du paradoxal mais aussi les compromis du mot «masqué »,  fondement de la parodie.

      C’est le problème posé par tout essai de traduction de la langue grecque dans une autre qui n’a aucun rapport avec elle. Mais il a le mérite d’être efficace dans un ensemble d’un baroque aussi «réalistique» que plein d’humour.

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Editions Grigoris, Athènes (98 pages).

 

 Le Festival mondial du théâtre de Nancy-une utopie théâtrale 1963-1983, un récit écrit et documenté par Jean-Pierre Thibaudat

©Pierre Chaussat

©Pierre Chaussat

 De 1963 à 1983, le Festival mondial du théâtre de Nancy, créé par Jack Lang, a bouleversé le paysage. Exemple exceptionnel du théâtre universitaire en Europe dans les années soixante, ce Festival devint rapidement mondial et professionnel, et Jack Lang parcourut la planète pour faire venir à Nancy les nouveaux talents étrangers.  La France découvre ainsi le Teatro Campesino, le Bread and Puppet, les théâtres de Bob Wilson, Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski, les chorégraphies de Pina Bausch, Shuji Terayama, Kazuo Öno, la Cuadra de Séville, le Teatro Comuna de Lisbonne et l’auteur et metteur en scène brésilien Augusto Boal.

 Durant ces vingt ans marqués par les guerres, dictatures, coups d’état mais aussi par les événements de mai 68, les subventions restent modestes, mais de nombreux bénévoles dévoués et enthousiastes s’engagent au service du Festival qui devint un foyer de théâtre protestataire, un laboratoire de l’utopie où s’inventent des formes dramatiques nouvelles, et où on remet en question la trop grande suprématie du texte.

 Jean-Pierre Thibaudat, à la fois attentif au monde et sensible aux soubresauts divers du Festival, a écrit un livre truffé d’archives et de documents qui porte en exergue les mots de l’actrice Valérie Lang : «C’est le Festival de Nancy qui m’a constituée… La nouveauté permanente… Toute la ville était envahie par l’idée du théâtre.» Sur la couverture, une photo du Bread and Puppet Theatre en 1968, place Stanislas à Nancy, où on peut reconnaître dans le public des figures majeures du monde théâtral:  Denis Bablet, Antoine Vitez, Jacques Blanc, Bernard Dort, Françoise Kourilsky, Jean-Jacques Hocquart.

D’autres photos éloquentes arrêtent le regard comme celles de Gilles Sandier, critique dramatique, et de metteurs en scène: Jacques Nichet, Jerzy Grotowski, Patrice Chéreau. Mais il y a aussi celles du Regard du sourd de Bob Wilson, des dessins de Tadeusz Kantor pour La Poule d’eau, une création singulière où Jean-Pierre Léonardini, dans L’Humanité, voyait «une illusion théâtrale à la fois minée et battue en brèche. Les voix usent d’intonations-déchets et les corps d’attitudes-clichés prises dans la vie quotidienne. »

 L’ouvrage amuse l’œil et l’esprit avec un choix d’informations politiques et culturelles sur les événements majeurs de l’Histoire. Jean-Pierre Thibaudat affronte le monde avec le sourire implicite.  1964,  deuxième année du festival : «La France reconnaît la Chine populaire ; Jean-Paul Sartre refuse le prix Nobel de littérature ; le Parti communiste français pleure Maurice Thorez ; André Malraux fait entrer Jean Moulin au Panthéon ; Pierre Bourdieu et André Passeron publient Les Héritiers ; à Nancy, le Festival devient mondial, on parle pour la première fois de création collective, le Mexique triomphe,  et un homme aux lunettes noires venu de Pologne (Jerzy Grotowski) intrigue tout le monde. »

 En 1977, le festival de Nancy a déjà 15 ans, l’âge de la contestation, et Jean-Pierre Thibaudat souligne que cela a été l’année du  «Manifeste de la Charte 77 à Prague signé par des centaines de dissidents dont Vaclav Havel ; dernier voyage de l’Orient-Express ; dernier guillotiné ; Valéry Giscard d’Estaing inaugure le Centre Geroges Pompidou ; à Nancy, c’est le choc de La Classe morte de Tadeusz Kantor ; François Mitterrand et Mme Allende ouvrent les assises Europe-Amérique latine sur fond de dictatures ; le Festival est traversé de turbulences. »

 De 1963 à 1972, Jack Lang dirigera le Festival pour laisser la place, quand il est nommé directeur du Théâtre National de Chaillot en 1973, à Lev Bogdan, passionné de théâtre et sensible aux questions sociales et aux minorités, de gauche donc, mais plus taiseux que Jack Lang… Mais 1974 sera une année de transition sans Festival ; il sera dirigé à nouveau par Jack Lang. Michel Guy, secrétaire d’Etat à la Culture, a en effet mis fin à son contrat à Chaillot, malgré la protestation des milieux culturels.

 Lev Bogdan est associé à la direction du festival, et en 1975, en restera le seul directeur. Puis,  ce sera, de 1976 à 1977, Michelle Kokosowski, puis Lev Bogdan de nouveau en 1979 . « Alors que « Rouhollah Moussavi Khomeini revient à Téhéran et impose le tchador aux femmes ; chute de Pol Pot au Cambodge ; Margaret Thatcher devient la Dame de fer ; les troupes soviétiques entrent en Afghanistan ; Bernard Hinault gagne encore le Tour de France ; ouverture du premier McDonald’s à Strasbourg ; François MItterrand triomphe au congrès du parti socialiste à Metz ; Jack Lang devient son conseiller à l’Action culturelle ; à Nancy , le Festival a lieu pour la première fois à Noël, et le Bread and Puppet est venue des Etats-Unis là parmi d’autres pour célébrer la Nativité, et les artistes se déploient en Lorraine, y compris dans les villages. »

Mais en 1980, dit Jean-Pierre Thibaudat, malgré les« dernières grandes découvertes à Nancy, tels que les chorégraphies de Kazuo Öno, Café Müller de Pina Bausch et Macunaïma, le festival est au bord du gouffre financier, et Lev Bogdan démissionne. » Françoise Kourilsky reprendra les rênes en 1981 puis Mira Trailovic en 1983, mais le Festival se meurt en 1985. Onze ans plus tard à Nancy, un autre festival: Passages réveillera avec bonheur l’écho toujours présent de cette défunte fête mondiale du théâtre.

 Est évoqué aussi le Centre Universitaire International de Formation et de Recherche Dramatique (CUIFERD), successivement dirigé par Jean-Marie Villégier, Jean-Marie Patte, Michelle Kokosovski, Serge Ouaknine et Ricardo Basualdo. Revenons, pour conclure à la création de ce festival international de théâtre étudiant qui  fit l’effet d’une  bombe dans cette ville bourgeoise et conservatrice. De plus, ce jeune Nancéien de Jack Lang ne cache pas son engagement à gauche et le premier festival s’ouvrira le 24 avril 1963, avec Caligula d’Albert Camus, au Grand Théâtre, place Stanislas. Avec dans le rôle-titre, Jack Lang déclamant : «Oui. Enfin ! Mais je ne suis pas fou et même je n’ai jamais été aussi raisonnable. Simplement, je me suis senti tout d’un coup un besoin d’impossible. (Un temps.) Les choses, telles qu’elles sont, ne me semblent pas satisfaisantes. »

 Ce livre sur l’utopie théâtrale entre 1963 et 1983 que fut le festival de Nancy nous  offre une très utile plongée politico-culturelle ; ces deux décennies inventives changèrent la face conformiste d’un théâtre français obligé de s’ouvrir…

 Véronique Hotte

 Les Solitaires Intempestifs, 23 €.

Pour en finir avec le théâtre de Jean-Luc Jeener

 L’auteur est à la fois connu pour être critique dramatique mais aussi comédien,  metteur en scène et directeur du Théâtre du Nord-Ouest à Paris. Dans ce petit essai au titre provocateur, il se livre à une sorte de règlement de compte avec le théâtre contemporain, à qui il reproche, et cela dès la seconde page de l’introduction, de manquer d’incarnation, reproche qu’il déclinera sous une forme ou une autre, quelque cent cinquante fois!

Il y a parfois chez lui comme une saine colère contre des formes de théâtre qu’il juge peu abouties. En particulier, contre les aventures qui tiennent davantage de la recherche. Il l’avoue lui-même: “Ce n’est pas ma tasse de thé.” Oui, mais voilà, Jean-Luc Jeener tire un peu trop sur tout ce qui bouge et souvent, sans assez de discernement. Quitte à commettre des erreurs: Antoine Vitez ne fut jamais directeur du Conservatoire mais professeur. Et s’il semble apprécier l’artiste, il déteste cordialement ses mises en scène.  Comprenne qui pourra…

De même, Jean-Luc Jeener s’en prend au théâtre antique qui, selon lui “reste antique malgré les fulgurances?” Et il avoue préférer l’Antigone de Jean Anouilh qui n’est quand même pas un chef-d’œuvre, à celle de Sophocle! Tous aux abris! Et pas un mot sur Eschyle! Vous avez dit bizarre?  Et il semble assez obsédé jusqu’au bout par cette idée d »incarnation » des personnages qui lui semble être un indispensable antidote à la médiocrité de nombreuses mises en scène et “à l’unité véritable d”un peuple”.

Et il ajoute même: “ essentiel à la Cité”. On veut bien… mais il semble avoir quelque mal à le démontrer, autrement que par des rafales d’exorcismes contre le manque d’incarnation.


Ses grandes références restent les personnages classiques qu’il admire: Célimène, Bérénice, Alceste, Ruy Blas, etc. comme s’il refusait avec obstination de voir que le théâtre français depuis cinquante ans, a considérablement évolué, sous l’influence, entre autres, de Bob Wilson, Tadeusz  Kantor, etc. Et on ne peut guère partager son pessimisme, entre autres quand il parle des solos: il en est d’excellents, et rappelons-le, ils ont toujours fait partie de l’univers théâtral.

Plus lucides sont les pages qu’il consacre aux stéréotypes actuels comme l’emploi injustifié de la vidéo sur scène, et à l’intervention de l’Etat qui, après André Malraux, a rarement fait preuve de courage et de lucidité. On l’a encore vu  le mois dernier, quand la Ministre de la Culture a dû rattraper en catastrophe la belle gaffe de Régine Hatchondo, directrice des spectacles (voir Le Théâtre du Blog)…
Par ailleurs, Jean-Luc Jeener aurait dû faire plus attention: il écrit souvent un peu trop vite et truffe son texte de nombreux et inutiles adverbes de manière, et estropie des noms propres sans état d’âme. Visiblement, ce texte  n’a pas été relu… Dommage.

Un livre-coup de gueule qui, malgré l’indéniable engagement de son auteur, nous a laissé un peu  sur notre faim.

Philippe du Vignal

 Editions  Atlande

 

Xabier Diaz, Adufeiras de Salitre; Kathryn Tickell, The Side

DR

©DR

 

 

Festival Interceltique de Lorient:

Xabier Diaz & Adufeiras de Salitre;  Kathryn Tickell; The Side

 Xabier Diaz, chanteur, musicien folk et compositeur, représente la nouvelle scène galicienne. Entouré de ses deux musiciens, vieIle à roue et guitare, l’artiste se fait The Tambourine Man, avec un ensemble de jeunes femmes percussionnistes Adufeiras de Salitre  qui jouent de tambourins ronds ou carrés, ou avec deux coquilles Saint-Jacques, tandis qu’elles laissent  s’échapper des cris stridents. Avec cette musique et ces chants traditionnels venus de l’âme, Xabier Diaz  emmène son chœur féminin sur le chemin de la liberté.

Kathryn Tickell, artiste inspirée, a elle, commencé de jouer du « smallpipes » à neuf ans,  puis appris plus tard  le « border pipes », et est aussi une grande experte du « fiddle »... Avec le groupe The Tides, la compositrice, musicienne et interprète, reste fidèle à l‘esprit et à l’essence de la tradition musicale du Northumberland d’où elle est originaire, et situé aux confins de l’Ecosse. Kathryn Tickell est la représentante de la musique traditionnelle de cette région.

 The Tide avec Louisa Tuck au violoncelle, Amy Thatcher à l’accordéon, Ruth Wall à la harpe et Ian Stephenson à la guitare sont des musiciens inventifs, pleins de punch qui .présentent des morceaux originaux, d’autres plus traditionnels, ou encore des reprises  classiques d’Henry Purcell ou Percy Grainger…Jigs et reels, les rythmes s’annoncent à la fois joyeux et mélancoliques, emportant le public dans un souffle étourdissant. Le paysage sonore prépare au rêve et au voyage vers des contrées poétiques où l’on danse naturellement. Amy Thatcher laisse ainsi un instant son accordéon pour chausser ses souliers à claquettes, et dansant avec l’énergie et la grâce qui révèlent le bonheur inouï d’être au monde…Le public acquis ne s’y trompe pas, entraîné dans une belle gaieté!

Une t
rès belle soirée musicale.

 Véronique Hotte

Spectacle vu le 6 août au Grand Théâtre de Lorient.

Donald Shaw, Mischa McPherson Trio, Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions

 

©DR

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Soirée d’ouverture,  Ecosse au Festival Interceltique de Lorient: Donald Shaw, Mischa McPherson Trio, Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions

 

Cette traditionnelle soirée a été confiée, année de l’Ecosse 2017 oblige, au jeune Festival Hebcelt de Stornway dans l’Ile de Lewis qui vient de s’achever; les groupes de musiques traditionnelles celtes et rock se sont succédés dans les jardins de Lady Lever Park, avec  caravanes, tentes et chapiteaux colorés. Une image précieuse et conviviale que l’on peut apprécier le temps d’un formidable ciné-concert, où on découvre la beauté impériale d’une nature puissante, caractéristique des Iles Hébrides: mer en colère, rochers découpés, poissons, loutres, oiseaux de proie, et étendues ondoyantes de verdure sous le vent. L’instant de la représentation et du concert semble s’être arrêté sur la création somptueuse d’un monde qu’on ne finit  plus de contempler.

 Les Iles Hébrides extérieures, situées à l’extrême Nord-Ouest de l’Ecosse,  dessinent un horizon lointain et énigmatique, avant les terres d’Amérique. Terre privilégiée des chants gaéliques profonds et rythmés que renouvellent sans cesse et naturellement, des générations de virtuoses dont le sens musical est vécu comme une seconde nature : respect de la tradition et ouverture à la modernité. Donald Shaw, créateur du film sur les Hébrides, dirige, en première partie un groupe de musiciens traditionnels exceptionnels, réunis spécialement pour le FIL.

En fond de scène, défilent les images de ce paradis naturel, et le trio Mischa Mc Pherson, avec chant gaélique, guitare, pipes et whistles, possède un rythme sûr, une hauteur céleste de la voix, et ses instruments traditionnels nous emportent très loin…

Formations féminines et aériennes avec chant gaélique, solos de danse écossaise et groupes rock virils bien balancés, les groupes engagés Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions se suivent dans la bonne humeur et la jeunesse des interprètes. L’Ecosse d’aujourd’hui est aussi aux taquets du rock. Blasta, mot gaélique pour «goûteux »,  désigne cinq chanteurs performants, tous originaires de l’ile de Lewis:  Calum Alex Macmillan, Anna Murray, Misha Macpherson, Ceitlin Smith et Josie Duncan.

 Tide Lines, groupe de quatre artistes écossais, Robert Robertson, Ross Wilson, Alasdair Turner et Fergus Munro  avec une  musique influencée par la tradition de l’Ouest des Highlands et de ses îles, présente un sop éclectique: guitares électriques et acoustiques, batteries et claviers. Et Elephant Sessions, quintet néo-traditionnel, crée un mélange progressif de mélodies complexes avec  guitares, basse et batterie, funk et électro.

 Beauté sauvage d’une nature indomptable, la musique celte des Hébrides emporte l’adhésion du public attentif et ébloui, rivé à l’écoute des musiques de cette terre à la fois atemporelle et actuelle.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Grand Théâtre de Lorient, samedi 5 août.

 

Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Festival d’Avignon

Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

A côté de la proposition théâtrale resserrée et  forte, sérieuse en un mot de la compagnie des Ambres ( voir Le Théâtre du Blog) le spectacle de sortie d’école mené par Clément Hervieu-Léger fait pâle figure. Présenté dans le in et aux mêmes tarifs ! que d’autres spectacles plus roboratifs, il fait espérer au spectateur une lecture singulière. Pourtant, la mise en abyme, le jeu avec les feuilletages de réalité dans cette belle épître aux acteurs (il s’agit d’un répétition, pot-pourri des textes du grand Molière) n’offrent qu’une tranche de vie d’une troupe… vue et revue.

On pourrait s’en accommoder s’il y avait ici prétexte à l’émergence de talents, mais le metteur en scène a choix de laisser quasi en permanence les dix-sept jeunes acteurs du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique sur le plateau, et cela ne les singularise guère. De ci de là, un cabotinage fait émerger une personnalité, mais si peu ! Il y a de très beaux tempéraments comme Alexiane Torres que l’on découvre avec gourmandise, et une scène de chant choral qui amuse sur I want to break free de Queen. La plupart des garçons ont un allant où pointe un vrai sens de l’humour. Mais quel manque d’audace dans la mise en scène !

C’est juste un spectacle de fin d’école, pas mauvais mais les deux heures défilent mollement ! Et la climatisation atroce, ultra-bruyante, qui souffle son blizzard sur les derniers rangs des spectateurs n’arrange rien…

 

Stéphanie Ruffier

 

 

Trois hommes sur le toit, texte de Jean-Pierre Siméon

 

Festival d’Avignon suite et fin…

Trois hommes sur le toit de Jean-Pierre Siméon, mise en scène d’Emilie Charlier et  Loris Debrie

DSCN9082_editedLes chemins de traverse ont toujours du bon. Ce jour-là, l’annulation d’une  soirée d’Unwanted à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, et l’envie d’aller voir jouer un texte contemporain nous a poussés vers la proposition de la jeune Compagnie des Ambres. Belle surprise !

Ce huis-clos eschatologique de Jean-Pierre Siméon, critique dramatique et poète émérite, se déroule après le déluge, sur un toit : on y suit les échanges de survivants, Prof, Chef et Maurice. Trois personnalités, trois façons d’affronter la solitude et le désastre. Un seul pourra être sauvé, en marchant sur les eaux pour rejoindre une femme. Ne plus rien attendre que la mort, regarder passer des bourrasques d’espoir… L’atmosphère tragique de désœuvrement fait bien sûr songer à l’attente de Godot.

Chez Samuel Beckett, une feuille avait poussé sur l’arbre nu, mais ici, on observe avec désespoir, tomber la dernière. Scénographie efficace : un toit qui tient du bac à sable de béton et de la cour carcérale de promenade est efficace en diable, alliée à un magnifique travail sur le son. Le metteur en scène qui signe sa première adaptation, dirige aussi ses camarades rencontrés, pour la plupart, à l’école de théâtre parisienne des Enfants Terribles.

Certains viennent de l’humanitaire. Tous ont un profond désir de se confronter aux planches et se saisissent avec pertinence des différentes postures de leurs personnages : amour naïf, volonté de pouvoir, cœur fourbu… Leurs belles gueules cassées, singulières, nous fascinent: en particulier, Léo Henriot avec un regard abattu bleu acier et Samuel Etifier qui possède l’énergie d’un boxeur.

On n’entend pas toujours très distinctement Maxence Demonio, à la dégaine de punk avachi. Margaux Vallée fait une apparition aérienne, énigmatique et décalée à souhait. Ces quatre-là portent avec rage, plaisir et implication, un texte à qui on ne peut reprocher qu’une chute peu lisible.  Rencontre avec l’auteur, courtes vidéos de recherche visuelle sur le thème «avant le déluge» sur leur page Facebook … On sent que la Compagnie des Ambres possède un vrai désir de creuser la matière.

Stéphanie Ruffier

Spectacle vu au Laurette théâtre, Avignon  le 28 juillet

 

La Dame de chez Maxim… ou presque!de Georges Feydeau/Jacques Offenbach

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

 

La Dame de chez Maxim… ou presque! de Georges Feydeau/Jacques Offenbach, adaptation de Marie-Claire Utz et Vincent Goethals, mise en scène de Vincent Goethals, direction musicale de Gabriel Mattei

 On retrouve ici la dimension loufoque, triviale et farcesque, de la célèbre pièce: lors  d’une nuit de beuverie, le docteur Petypon, bourgeois caricatural, a ramené dans le lit  conjugal, la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge: facéties et galipettes garanties. Bref, une fête absurde avec des personnages aux réactions dues à un stress insensé et à une sensibilité exacerbée, où ils  sont en proie à la démesure et à une perte de leurs repères. Surtout ce mari infidèle et hypocrite dont les mensonges vont le trahir.

Coups de colère et de théâtre, quiproquos et miroirs aux alouettes: le public assiste émerveillé au jeu plutôt lourd des hommes, dès que la sexualité s’en mêle; ici tout est bafoué: identité sociale, notabilité et liens amicaux ou familiaux. Un soi égoïste s’impose, qu’il faut sortir des embarras…Le docteur Petypon (Frédéric Cherboeuf) se tire de façon incroyable de sa très mauvaise affaire en cours, mais après bien des péripéties ; il saute par-dessus les chaises, se cache sous un sofa s’alarme et vocifère, tenant de main de maître tous les liens qui font avancer les chevaux emballés de la voiture de poste.

A ses côtés, Valérie Dablemont est une Môme Crevette nature, provocatrice et sensuelle, rieuse et libérée au possible. Une très jeune personne dévergondée qui prend grand plaisir à se moquer de tous ces mâles aussi peu adroits dont certains ne se renient pas et assument l’insulte, comme un Général caricatural, oncle de Petypon, qu’interprète avec beaucoup de gouaille Marc Schapira.

 L’épouse de Petypon ( Mélanie Moussay) que tous  couvrent de sarcasmes, garde un sourire serein et une constance que  rien ne vient bousculer. La cantatrice radieuse assure le travail vocal de tous les interprètes pour les airs et les chansons de Jacques Offenbach, accompagnés par une petit orchestre:  violoncelle, accordéon, contrebasse, violon, flûte et contrebasse que dirige Gabriel Mattei en abbé taquin aux airs nigauds de Fernandel.

 Belle scénographie qui sert au mieux  le chœur  de ces bourgeois, ici de bons comédiens amateurs, pour  un mariage grotesque en Touraine. Ils boivent leurs coupe de champagne, habillés  de costumes de province désuets, qu’il soient serviteurs raides, officiers et civils  peu dégrossis ou dames  en quête à la fois d’amour et de Paris. La scène flaubertienne vaut vraiment le coup d’œil, et les metteurs en scène offrent au public ravi une forêt de Bussang exceptionnelle de vérité puisque bien réelle, (photo ci-dessus), avec son  son hêtre centenaire, dans une belle mise en abyme qui relie le théâtre à la nature dans un rire moqueur.

Véronique Hotte

Spectacle vu aux Estivales 2017,  du 14 juillet au 26 août.
Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang. T : +33 (0)3 29 61 62 47 – info@theatredupeuple.com

 

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas

 

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas,  de Steve Gagnon, mise en scène de Vincent Goethals

 Vincent Goethals choisit l’épure de la modernité, via la chorégraphie de Louise Hakim. Des châssis  transparents montent et descendent, s’ouvrent ou se ferment, alors que l’on distingue à peine en théâtre d’ombres,  le guitariste Bernard Vallery qui assure l’environnement sonore : angoisse presque palpable.

 Des lits au design blanc, parallèles, dont la configuration varie, baignoire ou bien table, meublent le plateau nu animé par les lumières subtiles de Philippe Catalano.Les personnages de ce huis-clos sulfureux, tous à la fois victimes et bourreaux dans cette histoire tragique de famille, sont incarnés avec vérité par Sébastien Amblard, Violette Chauveau, Lyndsay Ginepri, Aurélien Labruyère et Marion Lambert.

 L’histoire n’est pas tant celle du Britannicus de Racine que d’une famille traditionnelle où  deux frères s’aiment et se jalousent de tout temps, jusqu’au jour où l’un éprouve un désir infernal pour la femme de l’autre.La mère évidemment n’est pas pour rien dans cette rivalité entre les deux frères que seule, elle voudrait posséder mais qui, à la fin, lui échapperont en la détruisant.Tension, sentiment d’oppression, impossibilité de dénouement heureux, il y a ici un poids émotionnel qui envahit scène et salle. Comment en effet échapper à l’inéluctable et à l’irréparable de conflits qui ne se dominent pas,  pour cause d’immaturité, d’absence de raisonnement et de laisser-aller de soi ?

 Un moment de théâtre âcre tenu par la belle tension des objets obscurs du désir.


Véronique Hotte

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

Petit Bisou, un spectacle de Arnault Mougenot, est écrit à partir des témoignages de ceux qui font le spectacle : régisseurs, éclairagistes, costumières, maquilleuses, responsables de la billetterie, de la production… On assiste à hauteur du regard, aux allées et venues des protagonistes, techniciens et autres installés sur un radeau en lattes de bois. Avec des Des silhouettes apparaissant puis disparaissant en dessous de leur radeau de survie ou derrière, incarnant nombre de professionnels du théâtre.

 Coups de fil avec petit bisou, chuchotements, discours de panique ou de stress: le public se fait le réceptacle des angoisses des techniciens et personnels de théâtre mais aussi des doutes, rumeurs, médisances, souffrances et harcèlements.Tous se plaignent mais ne s’en sentent pas moins des êtres les plus heureux de la terre à travailler au service du théâtre, au plus près de la création et des artistes, construisant collectivement et pas à pas une œuvre humaine et artistique à venir.

 Valérie Dablemont et Solo Gomez s’amusent de ce jeu de théâtre dans le théâtre, l’une plus inquiète et fébrile, et l’autre, plus paisible et ironique, changeant de costume et de coiffure, mimant tel partenaire ou tel autre, incarnant la fatigue ou la colère, mais retournant travailler en dépit de tout, dans ce beau sérail.Un spectacle sincère qui joue malicieusement avec les codes du théâtre.

 Véronique Hotte

 
Estivales 2017 au Théâtre du Peuple de Bussang, du 14 juillet au 27 août.

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