Aurillac Jour zéro

 

4CB51187-2538-4D59-8449-3C66274E2F34Festival d’Aurillac Jour zéro
 
Ça n’a même pas commencé et il y a déjà du monde dans la rue des Carmes, les cafés sont bondés. On croise des centaines de jeunes avec des sacs à dos, des couples habillés à l’indienne marchant pieds nus, les chiens des brigades de gendarmerie  traquent l’herbe… Des tentes se montent un peu partout n’importe où c’est interdit. Et les centaines de  compagnies de passage s’installent, font des balances, montent des panneaux- programme à l’entrée des écoles occupées.

Le centre névralgique des pros, c’est de nouveau, près de la place Michel Crespin du nom de l’ancien directeur mort il y a cinq ans, l’école Jules Ferry toute rénovée.  Des milliers de tracts des compagnies « invitées » occupent l’entrée et les griulles comme en Avignon. La chasse aux programmateurs est ouverte… Et comme à Avignon, tu t’assieds à table et l’on te démarche: « Aimez vous les marionnettes ? » Ou: « Voici de la danse de rue très originale. Mata Mala annonce son festival 2 induction à Samonac. Nadira Berenili de l’ex-compagnie des Dindes folles vient faire sa programmation. Elle marque d’ un feutre jaune c’est ce qu’elle va voir, et  d’un feutre rouge ce qu’elle a déjà vu. Puis nous croisons un cavalier de la compagnie Anjaï sur son cheval blanc dans la rue de la Gare… Il distribue des tracts…  Les compagnies de rue vont-elles bientôt faire des parades pour attirer leur monde ?  On aurait un double festival. Les noms sont incroyables comme celui de la compagnie Ueueueué ouiais ouais ouiais qui vient faire ici de la marionnette-polichinelle.
On  a dans la main gauche une liste avec 114 pastilles, les lieux et la liste des horaires des 474 compagnies dites invitées. Soit 667 spectacles avec quelque 2.500 représentations… Pour savoir qui elles sont, on a dans la main droite un gros programme avec une page par compagnie (chacune paye 50 € la page! ).

Tout ici est démesuré. Partout on installe, on se démène. La ville a placé des pots de fleurs géants, pour bloquer les fous qui voudraient reproduire l’attentat de Nice. Ilina  Vukmir Damour me dit : « Tu ne me reconnais jamais. » Je serre les mains:  dans l’ordre chronologique, Joséphine Yvon, une jeune et charmante critique-stagiaire au Théâtre du blog, Marc Guiochet, vidéaste officiel depuis trente ans, Pierre Bolle, de Charleroi, Anne Lacombe, attachée de presse du festival, Christophe Paris,  le n° 2  de Jean-Marie Songy, l’ancien directeur du festival. Il a annoncé dans le journal La Montagne qu’il quittait sn poste…
Frank-Eric Retière à Briançon depuis huit ans toujours enthousiaste. Caroline Loir du festival Onze bouge, enfin elle, je la reconnais à tous les coups.  (…) Magali Levèque et Aurore La Vidalie, des Apatrides. Je vais voir leur spectacle demain à 12 h 15 mais je raterai l’ouverture… mais elle est toujours ratée. 

Pour bien débuter ce festival de rue.. Le premier spectacle est programmé au cinéma le Cristal, avec un performeur suisse qui parle 53 mn 33 secondes sans une respiration. 5 €: pas cher. Je ne donne pas mon avis, chacun aura le sien, je ne veux influencer personne. Je fais un calcul  pour Philippe du Vignal, le rédacteur en chef du Théâtre du blog.  Bien sûr et pardon d’avance, je suis un amateur en sciences économiques. Ici  les compagnies dites de passage nous offrent l’équivalent de 3.250 000 €, hors frais de bouche, de logement et transport: juste la valeur des cachets! Or le budget  du festival serait de 1.850. 000  €… 
Il y a un rapport de la Cour des comptes en 2014: assez comique puisque ses conseillers s’inquiètent du nombre très faible de spectateurs payants ! Mais ai-je vraiment tout  compris ?  L’administrateur me corrigera. Le festival répond à la Cour des comptes que la population triple pendant le festival et que les retombées économiques sont  de quelques deux millions d’euros. Il faut juste insister sur le fait qu’Aurillac serait un festival maigrelet sans les compagnies de passage: il n’y a que vingt-deux spectacles  dans le In. Au festival d’Avignon, les spectacles du off, disent les critiques, sont souvent plus intéressants que ceux du In.
 
Bof, tout le monde est content comme ça: dans un festival sans sélection, les compagnies ont l’occasion  de pouvoir se montrer et de trouver un contrat pour la saison prochaine. On est sidéré par la gigantesque passion qui les anime et elles sont prêtes à tout pour jouer: première conclusion provisoire sur ce festival qui n’a même pas commencé. On ne voit plus les belles chemises de Jean-Marie Songy, l’ancien directeur du festival cette année. Et on n’a pas encore croisé  Fred Rémy,  le nouveau directeur…

Jacques Livchine


Archives pour la catégorie critique

Théâtre du Peuple à Bussang La Vie est un rêve de Pedro Calderon de la barca,

© Jean Louis Fernandez

© Jean Louis Fernandez

 

Théâtre du Peuple à Bussang édition 2019

 

La Vie est un rêve de Pedro Calderon de la Barca, mise en scène de Simon Deletang

Directeur depuis l’an dernier du Théâtre du Peuple, il est très présent à Bussang, village des Vosges qui abrite l’historique Théâtre du Peuple construit en bois qu’avait fondé Maurice Pottecher.  Rompant avec l’ancestrale  et unique manifestation de l’été (période propice à l’accueil des spectateurs dans le charmant parc entourant le théâtre), le metteur en scène veut proposer une « saison » de spectacles toute l’année et inscrire davantage son travail au cœur de la population locale. Loin de Colmar ou d’Epinal, elle ne bénéficie pas en effet d’une activité culturelle de proximité. Il y a donc désormais une proposition en hiver,  une autre au printemps et une autre encore en automne.

A l’occasion du programme estival, Simon Deletang a confié à Jean-Yves Ruf la création du spectacle dit  d’après-midi, traditionnellement consacré à un grand texte du répertoire auquel est associée la troupe des amateurs de Bussang. En choisissant de monter dans une nouvelle traduction de la célèbre pièce de l’Espagnol Calderon, écrite en 1635, le metteur en scène a repris un travail qu’il avait déjà abordé en Corse. Il l’affiné, le poussant dans ses retranchements, jusqu’à en donner une version qui plonge le spectateur dans les rets quasi inextricables du théâtre baroque.

La pièce impose d’emblée ses points de tension : un jeune homme enchaîné depuis l’enfance dans une grotte et qui ne connaît du monde que son geôlier ; deux jeunes gens qui le découvrent, eux-mêmes venus incognito régler une affaire de vengeance ; un roi astrologue qui, pour préserver son royaume d’un fils prédit cruel et tyrannique, l’a caché aux yeux du monde…

Affaires de cour, de cœur et d’honneur : le jeu de la succession au trône est ouvert. Peut-être pour ne pas déplaire à l’Eglise catholique, le dramaturge situe l’action  « en Pologne, c’est-à-dire nulle part » comme disait Alfred Jarry, car les astres règnent sur le destin de ces êtres qui n’évoquent jamais ni Dieu ni diable.

Le jeune Sigismond offre une figure typique des contes : préservé du monde, condamné à un état semi-bestial    » une bête pour les hommes, un homme pour les bêtes » , il ignore son identité. Le roi, son père, devenu vieux,  choisit de le sortir de sa captivité pour vérifier la prédiction. Plongé dans un profond sommeil par un élixir magique, Sigismond se réveille à la Cour, dans la soie et le brocard. Autre thème cher aux contes : le pauvre hère qui se découvre fils de roi.

Dans l’enchaînement des chagrins et des bonheurs, Sigismond n’aspire qu’à la vengeance et lorsqu’il est en position d’exercer le pouvoir, son instinct le pousse vers la plus extrême cruauté. La prédiction malheureuse est donc en passe d’être avérée.

Pourtant, au travers de rebondissements multiples, dans la succession des épreuves (il sera renvoyé à sa grotte par le Roi effrayé d’avoir libéré un tel monstre), Sigismond forgera enfin sa propre morale : « Même en rêve, on ne perd rien, à agir bien ».

Le rêve est ici le pendant de l’illusion et l’illusion, le moteur de la pensée. Rêver sa vie ? Se croire roi ? Et se croyant roi, s’autoriser tous les débordements ? Ces thèmes de l’identité mouvante, du changement de morale qu’autorise celui de statut, thèmes inspirés des contes arabo-persans, parcourent toute l’oeuvre, transportant Sigismond, comme le public, d’une réalité à une autre. En ces temps de chevalerie finissante (Don Quichotte est paru en 1616), ce sont encore les vertus de la transformation par l’épreuve qui couronnent un destin. Contredisant la prédiction, Sigismond surmonte donc les hypothèses astrologiques du Père, ce roi que chaque fils doit défier et combattre.

Servie par une distribution irriguée par les comédiens-amateurs de Bussang, la mise en scène de Jean-Yves Ruf déborde de vitalité, en particulier dans la deuxième partie où Sylvain Macia (dix-neuf  ans) dans le rôle de Sigismond et Mickaël Pinelli dans celui de Claironn, donnent la plénitude de leur art. Ils nous font oublier les tours et les (longs) détours de l’action, avec des thèmes enchevêtrés : révolte politique, quête d’amour ou  trahison.

Dans une scénographie d’Aurélie Thomas, qui évoque tour à tour la grotte et le palais (où l’ombre joue à merveille sa partition (éclairages  de Christian Dubet), les acteurs donnent à cette pièce à la philosophie complexe (et parfois obscure), l’énergie vitale d’une percée vers la lumière. « Rêvons au bonheur et les chagrins suivront plus tard car tout le bonheur des hommes finit par passer comme un rêve ».

Marie-Agnès Sevestre

Théâtre du Peuple, Bussang ( Vosges) du jeudi au dimanche, à 15h, jusqu’au 7 septembre (représentations surtitrées en allemand, les 31 août et 1er septembre).

 Le texte de la pièce est publié aux éditions des Solitaires intempestifs.

 

Plaidoyer pour une civilisation nouvelle, d’après L’Enracinement et autres textes de Simone Weil, mise en scène de Jean-Baptiste Sastre

 

Plaidoyer pour une civilisation nouvelle, d’après L’Enracinement et autres textes de Simone Weil, adaptation de Jean-Baptiste Sastre et Hiam Abbass, mise en scène de Jean-Baptiste Sastre

Simone Weil, née en 1909 à Paris dans une famille juive, est morte à trente-quatre ans; inclassable élève du philosophe Alain qui la surnommait « La martienne », elle a publié des écrits visionnaires à un point parfois redoutable. De cette écrivaine, agrégée de philosophie en 1931, militante et mystique, la pensée singulière, engagée et libre, reste d’une grande acuité…

D’un dévouement professionnel et spirituel, elle a toujours fait preuve d’une honnêteté absolue. En témoigne entre autres, cette décision quand elle travaillait dans les bureaux de la France combattante comme l’évoque Jacques Cabaud dans  L’Expérience vécue de Simone Weil : «Elle désapprouva certains aspects de l’organisation du Général de Gaulle et cela l’affectait tellement qu’elle voulut démissionner du poste qu’elle occupait et dont elle tirait cependant son seul moyen d’existence». Et elle le quitta effectivement  en 1943. En effet, ses activités professionnelles et sa démarche sont exceptionnelles :  écrits, vie et réflexion philosophique et politique forment une seule et même lutte.

Aucun paradoxe chez cette jeune femme de vingt-cinq ans, professeur et militante en faveur des plus pauvres: elle choisit être ouvrière chez Alstom en 1934, puis chez Renault en 1935, pendant un an. Et en 1941, ouvrière agricole… Juste auparavant, elle rédige au début des années trente, Réflexions sur les causes de la liberté de l’oppression sociale. «Elle entendait vivre cette expérience découvrir la vérité, avoir un contact direct avec la réalité. Elle en tire une dénonciation de l’aliénation du travail tout en affirmant une spiritualité du travail authentique » remarque Chantal Delsol, philosophe et romancière.Pacifiste résolue elle s’engagera cependant en 1936  dans les Brigades Internationales. Et après l’entrée des Allemands à Prague en 1938, elle appelle à la lutte armée contre Hitler. La même année, elle découvre le Christ: elle refuse de parler de conversion mais affirme que toute sa pensée est entrée en elle une fois pour toutes.
Aucune contradiction donc en l’esprit rigoureux et moderne de Simone Weil: elle a été  à la fois membre de la C.G.T.  et au plus près de la foi chrétienne, alors qu’elle n’est pas baptisée. Cet extrait de correspondance (1936) avec Victor Bernard, ingénieur, directeur des usines Rosières, exprime la vivacité et l’aplomb de ses prises de position, quel que soit le domaine concerné :  « Monsieur,  « (…) Vous m’avez dit – je répète vos propres termes – qu’il est très difficile d’élever les ouvriers. Le premier des principes pédagogiques, c’est que pour élever quelqu’un, enfant ou adulte, il faut d’abord l’élever à ses propres yeux. C’est cent fois plus vrai encore quand le principal obstacle au développement réside dans des conditions de vie humiliantes. Ce fait constitue pour moi le point de départ de toute tentative efficace d’action auprès des masses populaires, et surtout des ouvriers d’usine. »  Victor Bernard refusa que soit publié Appel aux ouvriers de Rosières » dans Entre Nous, le journal de son usine…

Simone Weil poursuivra son combat humaniste, empirique et spirituel,jusqu’à son dernier souffle… Malade, elle refusa tout soin et se laissa mourir de faim.  Cette personnalité et ce destin ont inspiré Jean-Baptiste Sastre, artiste engagé qui associe souvent sa création théâtrale à un projet plus collectif, social, ou/et politique. A cours de voyages,notamment en Inde, il a œuvré auprès de différentes associations humanitaires. Et cela continue à nourrir son travail et sa réflexion poétique jamais dissociés d’une réalité dont il a lui même et à sa mesure, fait l’expérience.

Comme quand il met en scène Phèdre les oiseaux de Frédéric Boyer, avec Hiam Abbass comédienne et metteuse en scène, sa collaboratrice depuis 2012. Leurs créations prennent forme surtout autour de la littérature et du théâtre et ils travaillent avec des associations. Phèdre les oiseaux les a ainsi conduit à travailler avec les compagnes et compagnons d’Emmaüs en France et à l’étranger, avec aussi des enfants des rues et des sans-abri.

Dans  la chapelle, au Théâtre des Halles d’Avignon, résonnent les textes de Simone Weil. Ce lieu sobre est d’une grâce architecturale absolue, avec un arc en ogive se dressant vers le ciel ! Et soudain on pense à Blaise Pascal, cet autre grand philosophe et homme de foi affirmant dans Les Pensées : «Apprenez que l’homme passe infiniment l’homme» ! Le public découvre, étonné, cet endroit inattendu et s’installe au son du chant et de la mélodie Les Compagnons. Un contraste musical surprenant dans cet espace mais bienvenu.

Sur le petit plateau, des panneaux rectangulaires aux reflets et dessins mystérieux, dûs à la bioluminescence de bactéries venues des abysses qui créent de façon aléatoire, un jeu de formes et de lumières d’un autre monde. Cette idée scénographique, telle une mise en mouvement à l’instar d’un bruit de fond, donne à la pièce rythme et beauté. Etrange et très poétique ! Très vite, une tension règne dans le public. Dans cette performance philosophique, la création son et musique de Michel Lacombe ne manque pas de caractère. Les noms des morceaux musicaux et des chants, évocateurs et symboliques sont souvent poétiques ou populaires: Les Compagnons, Saint-Jean, Jérusalem, La Laine, Jésus s’habille en pauvre, Pitchoune, Moutagnols, La Brouette, Les Mendiants … .

La mise en scène sobre mais recherchée favorise recueillement et concentration. Comme pour mieux faire entendre la force de conviction des paroles et pensées de l’écrivaine, neuf mois avant sa mort en 1943. Simone Weil (Hiam Abbass), seule en scène, assise sur un tabouret, tourne le dos au public. Puis, lentement, elle se redresse et prend la parole… Corps, voix et  jeu épousent les contorsions de l’âme de cette femme unique et libre  qui nous parle ici. Et cela peut surprendre ! Ou/et paraître aux yeux d’un public un peu distrait, comme un spectacle pouvant tendre vers une forme de pathos. Mais dans cette chapelle, l’inverse se manifeste avec un  travail artistique, sensible, élégant et la présence fascinante de l’actrice qui, parfois sans doute trop habitée par cette œuvre bouleversante, accroche certains mots… Mais l’émotion et l’intelligence restent intactes.

Autre qualité théâtrale: on ressent ici combien l’investissement de la philosophe au sein de la Résistance rejoint alors l’histoire politique. En effet, en mai 1942, Simone Weil est arrivée à New York et est à l’abri ! Mais elle n’a qu’une idée en tête : gagner Londres ! Le 14 décembre, en raison de sa santé fragile, elle est affectée comme rédactrice à la Direction de l’Intérieur de la France Libre. Le Conseil National de la Résistance lui demanda alors  de concevoir une Déclaration des droits de la personne dans le cadre d’une constitution intellectuelle pour «l’Europe attendue après le nazisme »…
Elle écrit d’une traite et pratiquement sans rature L’Enracinement. Tout ce texte est fondé sur la spiritualité de l’homme, à l’écart du pur matérialisme. Avec une clairvoyance politique et sociale exceptionnelles : « Je crois que la décentralisation succédera un jour à une centralisation excessive ; mais je ne crois pas que cela doive se produire bientôt,(…) et surtout je suis tout à fait convaincue que la centralisation, une fois établie quelque part, ne disparaîtra pas avant d’avoir tué (…) toutes sortes de choses précieuses et dont la conservation serait indispensable pour que le régime suivant soit un échange vivant entre milieux divers et mutuellement indépendants, plutôt qu’un triste désordre. »

L’Enracinement, Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, est le titre donné lors de sa publication en 1950,  mais n’est  pas de l’auteure qui était déjà morte.  A la sortie du spectacle, le soleil de midi accueillait le public, encore sous le choc des paroles entendues. Comme celles-ci : « La violence est souvent nécessaire ? Mais il n’y a à mes yeux de grandeur que dans la douceur. Je n’entends par ce mot rien de fade. »
Une fois n’est pas coutume dans le théâtre contemporain,  cette mise en en scène fait  à nouveau flamboyer avec autant d’esprit et d’humilité, une alliance ancestrale entre théâtre et philosophie. Jean-Baptiste Sastre et Hiam Abbass nous éclairent sur l’oeuvre et la personne de Simone Weil, si indissociables l’une de l’autre et  si complexes ! On comprend ici dans leur différence, ces notions philosophiques  et spirituelles d’obligation et de devoir, essentielles chez Simone Weil pour qui « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. »

Elisabeth Naud

Spectacle joué du 5 au 28 juillet, au Théâtre des Halles, Avignon.

Comédie de Caen, en janvier.
Théâtre Jean Vilar à Suresnes (Hauts-de-Seine) en avril.

Quizàs par la compagnie Amare

Les Préalables à Maurs (Cantal), Festival International du théâtre de rue d’Aurillac

Quizàs par la compagnie Amare

0A24B701-DB69-4127-A68D-13815781E9A2Avec des fragments de discours amoureux, ce spectacle mi-théâtre, mi-danse, a été joué, de manière quelque peu singulière, devant le monument aux morts sur un des côtés de l’église médiévale de Maurs-la-Jolie. Il a commencé à 19 h, instant ponctué par les sons de la la cloche. 

Exit les coulisses. En plein air,  Maéva Lambert et Amandine Vandroth se changent et se déshabillent sous nos yeux, perruques à l’envers mais sans jamais ôter leurs genouillères. Quizàs ne saurait être joué entre quatre murs et elles « dé-théâtralisent » la scène, en faisant entrer l’espace scénique dans  la petite ville avec ses pavés et ses bruits. A contrario, les comédiennes dramatisent leurs propres ratages amoureux: « Tout s’est fracassé. « Il a dit: Faisons un break. Je vais partir. « Du moment où elle m’a regretté, j’ai su que c’était fini.  » ( …) « John, l’amour de ma vie.  »Notre amour est comme un chien qui a fait son temps. » (…)  « J’ai une question dans la tête: t’as dormi où hier soir. Avec qui il a dormi la veille? Dans la réalité, John le prince charmant, n’est jamais revenu. » Et elles se moquent gentiment des clichés romantiques, notamment  en rejouant et en mimant un extrait de la version française en voix off des dialogues d’Autant emporte le vent

Références cinématographiques, extraits de conférences et d’articles de  Roland Barthes sur le théâtre grec, de boléro cubain et de témoignages variés sur la rupture amoureuse… Tout est bon:  on assiste à un spectacle complet grâce au montage sonore et on passe ainsi de la sémiologie à un lexique corporel assez complet. En parodiant intellectuels et journalistes de la presse féminine (Marie-Claire), le duo fait ici une analyse non pas des fragments du, mais des discours amoureux. Le recours aux supports audio est un peu systématique et  les transitions entre thèmes,  jeu et danse sont souvent difficiles à assimiler… Mais cette vivacité fait aussi le charme de cette pétillante première création…

Amare  («aimer» en latin) : cette compagnie franco-belge créée par ces  actrices et danseuses, a composé un tableau de définitions de l’amour. Tournées en ridicule, sans être pour autant récusées. Des archétypes, dont elles se moquent tout en sachant qu’elles ne peuvent totalement s’en libérer, sont ici détournés avec une ironie bien sentie.

Comme le résume Amandine Vandroth, il s’agit d’une performance sur « une femme qui essaye de se libérer, tout en restant coincée dans ses schémas ».  D’où le titre Quizàs (emprunté à la chanson éponyme) qui évoque, dans le sillage de Marivaux, la question du hasard dans le domaine de l’amour, question à laquelle on ferait mieux de ne pas répondre…

 Joséphine Yvon

Spectacle vu le 18 août, à Maurs-la-Jolie (Cantal).

En accès libre, le 20 août, à Sansac-de-Marmiesse (Cantal), à 19 h.

Du 22 au 24 août en accès libre à Aurillac, place de l’Hôtel de ville, à 21h 30.

 

Festival Eclat d’Aurillac édition 2019


Festival  International de Théâtre de rue, Aurillac 

4CB51187-2538-4D59-8449-3C66274E2F34  Cette nouvelle édition, dit Frédéric Rémy, qui succède cette année à Jean-Marie Songy, « reste fidèle à ses principes et incarnera ce formidable révélateur de fraîcheur artistique, d’imaginaire partagé, de culture populaire et d’engagement citoyen. « (…) Une invitation lancée à des artistes de tous horizons et de toutes générations, un melting-pot artistique rayonnant et chamarré, pour que cet évènement unique au monde continue d’accompagner les évolutions artistiques et sociales de notre époque. »

Donc un programme classique à une époque où les directeurs de festival -restriction financière oblige- doivent prendre des risques limités. Mais où nombre de spectacles en extérieur (sans doute plus que l’an dernier) sont gratuits… Il y aura des valeurs habituelles, comme, souvent venue à Aurillac, la compagnie 26.000 couverts avec Vero 1 ère reine d’Angleterre. Kumulus proposera, avec NonDedieu, une percée sans doute plus conventionnelle mais avec une scénographie inversée à l’entracte, la découverte par le public de qui se passe derrière le rideau, bref une énième version du théâtre dans le théâtre  souvent déclinée par cette compagnie…

Et on pourra découvrir Terra Lingua chantier de paroles, une création des Souffleurs commandos poétiques « qui tordront poétiquement et joyeusement le cou à l’idée que l’incroyable bouquet de nos langues serait la conséquence d’une punition divine de l’orgueil démesuré de l’homme ». Il y aura aussi des spectacles de salle comme celui de la 2B company suisse où Pierre Misfud ne s’arrête pas de parler jusqu’à ce qu’un minuteur ne mette fin à cette performance déclinée  en neuf conférences.  Avec le dernier jour une intégrale en huit heures.  Et une belle occasion de voir ou de revoir La Mélancolie des dragons de Philippe Quesne. Créé en 2008, ce beau spectacle a une poésie visuelle tout à fait remarquable dans la lignée de ceux de Bob Wilson…

Mais le directeur du Centre Dramatique National de Nanterre-Amandiers a rendu son tablier…  Il était aux manettes depuis cinq ans mais assez amer (et on peut le comprendre). Philippe Quesne a récemment annoncé qu’il ne ferait pas de troisième mandat et partirait fin 2020. Décision courageuse et pas si fréquente et qu’il faut saluer.  Déjà connu comme scénographe puis comme metteur  en scène, il a eu quelques difficultés avec l’équipe de ce grand théâtre de la banlieue parisienne. Mais aussi depuis le début, avec Patrick Jarry, le maire P.C.F. de Nanterre qui lui reproche en gros de se la jouer perso à la tête d’uns institution d’Etat. Vieux débat auquel sont souvent confrontés les directeurs de C.D.N. qui doivent être obligatoirement des artistes mais aussi des programmateurs et gestionnaires.

Mission impossible ?  Sans doute ! On n’est plus dans les années Malraux et à l’aube de ce que l’on appelle encore la « décentralisation » après un demi-siècle. Mais comment ne pas voir que les besoins et la population a changé… Bref, les récents ministres de la Culture dont Aurélie Filippetti, sans doute mal conseillés, n’ont pas saisi l’ampleur du problème et n’ont pas aussi compris qu’on n’était en 2019 ! Et que le public des C.D.N. n’était plus du tout le même. Mais Franck Riester se réfère encore encore dans l’édito du programme de ce festival, à la «mission principale du ministère souhaitée par  André Malraux, d’ancrer la culture dans un désir collectif »…

Gouverner, on le sait c’est aussi et surtout prévoir mais les énarques et autres huiles du ministère de la Culture comme ceux de l’Elysée n’ont en rien anticipé, ont manqué d’imagination et n’ont pas réussi à bâtir à temps un nouveau statut pour ces C.D.N. Erreur manifeste de politique à long terme. Emmanuel Macron et ses conseillers ont  d’autres chats à fouetter et la valse permanente des récents ministres de la Culture n’a pas aidé à résoudre les choses. Ce n’est pas un hasard si Marie-José Malis, à Aubervilliers, a dû affronter une grève très dure de son personnel.  Certes ces artistes et créateurs ont bien été candidats mais ils auraient sans doute dû bénéficier d’un statut à part pour  continuer leurs recherches plutôt que d’être nommés vite fait mal fait à ce genre de poste…

La question reste permanente: comment faire à la fois œuvre de création, voire de recherche qui est l’A.D.N. de ces artistes et répondre à la fois aux attentes de la population locale, et non parisienne. Une sorte de quadrature du cercle..  Mais c’est le Ministère de la Culture, qui accorde la plus grosse part des subventions aux C.D.N. et qui a les cartes financières en main et il ne semble pas pressé de revoir cette situation artistique des plus floues…

Le festival d’Aurillac lui aussi a évolué et a réussi à s’ancrer dans le paysage cantalien. C’est sans doute la seule petite cité française dont la vie pendant quatre jours est aussi modifiée : centre-ville très sécurisé, nombre de spectateurs en constante augmentation, rendez-vous insolite dit des compagnies de passage régionales ou pas… autrement dit un off très organisé avec plus de sept cent spectacles et une rémunération des artistes au chapeau… Mais il y aussi, comme dans tout festival, des rendez-vous professionnels importants: entre autres celui de la SACD qui a soutenu trois projets, des présentations de projets par Artcena, une rencontre co-organisée par la Fédération des arts de la rue, une table-ronde sur la déambulation théâtrale…

Bref, une offre assez rare courant sur quatre jours et, osons le mot: populaire et ce festival, comme celui de Chalon, est fréquenté par un public majoritairement jeune et venu de toute la France, voire de l’étranger. Et chose exceptionnelle, nombre de spectacles de rue ou en plein air sont gratuits…

Philippe du Vignal

Festival Eclat, du mercredi 21 au samedi 24 août. Information T. : 04 71 43 43 70.  Billetterie: 04 71 48 46 58.

 

La belle lisse Poire du prince des mots tordus, d’après Pef, adaptation et mise en scène de Pauline Marey-Semper

La belle lisse Poire du prince des mots tordus, d’après Pef, adaptation et mise en scène de Pauline Marey-Semper

 

Crédit Julien Puginier

Crédit Julien Puginier

  Pef, avec ses contes et ses livres pour jeune public, remet en question, avec humour et féérie, la société et ses codes.

Dans cet album, l’imaginaire et la langue sous toutes ses facettes, sont au premier plan et l’auteur mène à un rythme effréné, la première aventure du Prince de Motordu, créée en 1980.   Trois autres livres illustrés suivront: Motordu papa, Le petit Motordu, Au loup tordu ! L’oralité et la gestuelle sont au cœur de l’écriture des aventures de ce Prince. Imagée et burlesque, La belle lisse poire du prince des mots tordus, possède toutes les qualités pour être montée au théâtre ! Et Pauline Marey-Semper n’a pas hésité à adapter ce récit devenu un classique de la littérature pour enfants. Jeux de mots, inversions,  rapport et analogies entre son et  sens… Toute cette orchestration extrêmement précise de la langue, offre une matière ludique et scénique puissante qui n’a pas échappé à la metteuse en scène. Elle s’est emparée ici avec sensibilité, de la théâtralité sous-jacente et indéniable du récit.

L’espace rond de la salle avec sa belle hauteur, nous donne l’impression d’être sous un chapiteau. Le décor, fidèle aux illustrations de Pef, colorées et fantaisistes, un peu naïves, invite le public dès les premières minutes à se laisser aller vers un univers enchanteur et cocasse. L’histoire suit la trame d’une fable traditionnelle : sur les conseils de ses parents, un jeune prince célibataire décide de se marier. Par bonheur, il finit par rencontrer sa noble Dame : « Et c’est ainsi que le prince de Motordu épousa la princesse Dézécolle. Le mariage eut lieu à l’école même et tous les élèves furent invités. »

Et ils eurent beaucoup d’enfants ! : «Un soir, la princesse dit à son mari : « Je voudrais des enfants. «  – Combien ? demanda le prince qui était en train de passer l’aspirateur.  « Beaucoup, répondit la princesse, plein de petits glaçons et de petites billes. » Mais très vite, les  jeunes comme les adultes sont surpris. Les sonorités du langage et le sens pris par certains mots, le jeu entre sens propre et sens figuré, suscitent curiosité et étonnement auprès du public, ravi ! : «Ses parents ont peur que personne ne puisse repasser son singe, s’il venait à tomber salade. Il se met alors au volant de sa toiture de course. En chemin, il rencontre la princesse Dézécolle qui va l’aider à remettre les mots à l’endroit… « 

Joue ici le charme de ce prince surprenant, à l’habit si peu aristocratique : un jean, trop large et trop court, des baskets, et sur la tête, en guise de chapeau ou de couronne, un château! Et que penser de son nom bizarre, vu son rang social : le Prince de Motordu, ou de celui de sa future épouse, la princesse Dézécolle. C’est ici tout l’art de Pef: réussir à conduire l’imaginaire du lecteur/spectateur dans un espace anti-conformiste, pour qu’un univers poétique prenne forme et nous ouvre les yeux sur l’absurdité en tout genre.

Le travail scénique et musical de Pauline Marey-Semper rend admirablement vivante cette dimension existentielle. Et les riches aventures du Prince donnent aux enfants, un ailleurs, un regard indépendant et créatif sur la réalité quotidienne, une liberté au nom du merveilleux, du rêve, sans honte par rapport aux conventions imposées, notamment à l’école et dans l’apprentissage du savoir. Avec une volonté éthique, l’auteur du Prince de Motordu et Pauline Marey-Semper fidèle au texte, modifient les codes, figures et emblèmes propres au conte traditionnel. Comme ce château sur la tête, à la place de la couronne…

Et, de ce couple princier aux antipodes du personnage-type du conte, le jeux de mots  sur leurs noms, est une bonne illustration. Jules Cellier, parfait, avec un grand corps à l’allure dégingandée, apporte une dimension clownesque attachante au Prince. Il lui donne une extravagance et une justesse théâtrale et philosophique,  dignes de l’histoire. Par son côté anti-héros et son originalité, il crée la surprise puis l’empathie chez les petits comme chez les grands. La transfiguration esthétique, la déformation et l’interprétation, provoquent chez  le lecteur ou/et spectateur, une sorte de catharsis.

Au quotidien, dans notre système éducatif, chez l’enfant mauvais en orthographe, en lecture etc… va naître un sentiment de honte et de différence et d’humiliation. Il devient le vilain petit canard, isolé et triste. Heureusement, le Prince de Motordu est là! Le cauchemar de ne pas être comme l’autre! Les règles du langage auxquelles il ne comprend rien… vont disparaître, grâce à la rencontre avec cet héros original si peu semblable aux autres têtes couronnées ! Apprendre, connaître deviennent alors un jeu passionnant !  

On rit, et on est ému par ces personnages hors-normes. Non par l’exploit héroïque, au sens classique du terme, qu’ils accomplissent, mais par la richesse, non matérielle, de la différence et de l’invention textuelle et par leur liberté d’être. Ici, l’apprentissage, l’école et les chemins de la connaissance quittent leur tenue stricte habituelle pour revêtir des habits de lumières, ceux du rêve et du réel poétique. Ce spectacle plein d’humour, nous familiarise avec la création, nous donne confiance pour entrer dans l’inconnu et faire preuve d’audace.

Spectacle pour jeune public ? Pour tout public ! La conception et l’esprit de l’écriture de Pef,  sa modernité et sa dimension imagée et politique s’adressent avec panache à tous les âges !

 
Elisabeth Naud

Spectacle joué du 5 au 28 juillet, Théâtre de la Condition des Soies, 13 rue de la Croix, Avignon. En tournée à la rentrée.

Adieu Gérard-Henri Durand

Adieu Gérard-Henri Durand

 B5F66BAF-B0B3-4510-8804-57264FA8ADBEIl nous a quittés le 10 août, alors qu’il allait présenter les œuvres de quatre autrices américaines qui lui étaient fort chères : Joan Didion, Tony Morisson, Joyce Carol Oates, Susan Sontag. Une voix s’est éteinte, passionnée de radio, de théâtre, de littérature et de l’Autre.

 Né il y a quatre-vingt six ans à Autun, Gérard-Henri Durand mena une carrière d’enseignant de l’Education nationale avec donc des étudiants en littérature anglaise et de journaliste à France-Culture.  Mais il fréquenta aussi  les auteurs anglo-saxons et américains dont il fut parfois le traducteur et de dramaturges, metteurs en scène et comédiens. Le monde lui parle et il en parle, via le théâtre, les œuvres littéraires…

 Au début des années 1950, Gérard-Henri Durand fait partie du Groupe antique de la Sorbonne dont les tournées le mèneront en Grèce, en Sicile… Le goût pour le grec ancien le conduit à traduire Médée d’Euripide (Actes Sud, 1989). En 1954, non sursitaire, il est appelé et ira trois ans dans le djebel constantinois…  Cette guerre d’Algérie fut  comme pour lui comme pour beaucoup de gens de sa génération une expérience douloureuse de la guerre d’Algérie… Il renoua avec le théâtre après mai 1968 et voyagea aux Etats-Unis où il retrouve le théâtre de rue avec la fameuse compagnie de marionnettes,  le Bread and Puppet de Peter Schumann. Il rencontre aussi Susan Sontag dont il fit la première traduction du Bienfaiteur, puis de Voyage à Hanoi et La photographie (Seuil), enfin Artaud (Bourgois).

Ce passionné de cultures, de mondes «autres» et d’une société meilleure à reconstruire, rencontrA Ivan Illich à Cuernavaca au Mexique. Il collabore à ses deux premiers ouvrages  et les traduit : Libérer l’avenir et La Société sans Ecole (éditions du Seuil, 1971). Il n’était pas peu fier de rappeler sa participation à l’élaboration du concept de convivialité, le mot-clé d’un esprit d’ouverture existentielle.

 A la recherche d’auteurs américains pour les éditions Julliard, Gérard-Henri Durand séjourne dans une réserve indienne, expérience fondatrice et emblématique à partir de laquelle il écrira Le Dieu Coyote (Garnier, 1979 et Phébus, 2004 ). Il traduit aussi Un livre de raison (Julliard) de Joan Didion qu’il connut en Californie. Et il rencontre aussi Vladimir Nabokov deux ans avant sa disparition. Une amitié, si brève soit-elle, qui le fit écrire une préface et traduire L’Extermination des tyrans, Une beauté russe et Brisure à Senestre (Julliard, puis Gallimard).

 Gérard-Henri Durand entre à France-Culture en 1978… Collaborateur du Panorama, il produit aussi de nombreuses émissions de littérature et sur le théâtre, des reportages. Ainsi, résonnait, au cours des années 1990,  Le quatrième Coup,  le  lundi à laquelle nous avons eu le plaisir de collaborer. En compagnie d’une tribune plutôt joyeuse de critiques, chaleureusement accueillis, dont Fabienne Pascaud, Armelle Héliot, Didier Méreuze, Gilles Costaz, Guy Dumur, Odile Quirot, Chantal Boiron, Jean-Pierre Han…  Dans une ambiance bon enfant et joviale, ouverte, mais sans complaisance.

Tous les mois aux Mardis du théâtre, il se penchait plus longuement  avec Yvonne Taquet sur le travail d’un metteur en scène de théâtre, d’un auteur ou d’un comédien. Alain Trutat, Jacques Duchateau, Michel Bydlowski, Laure Adler, Pascale Casanova, Roger Dadoun… comptent parmi ses amis de toujours à la radio. Gérard-Henri Durand poursuivra plus tard son activité littéraire : articles et préfaces, pièces et poèmes… Publiant entre autres et montant Mon frère, mon amy (Les Quatre-Vents, 1993), sur l’amitié entre Montaigne et La Boétie, où il interprétait l’auteur des Essais. Il met aussi en scène Mademoiselle Julie de Strindberg au Centre Dramatique de Rennes. Puis il écrit, monte et joue Robert Desnos, spectacle où joue son épouse, Viviane Mauptit au Théâtre Molière à Paris. Il joue aussi dans Roméo et Juliette monté par son ami de longue date François Roy et dans L’Homme qui rit de Yamina Hachemi. Et au cinéma en 2005 dans Un Couple parfait de Nobuhiro Suwa.

Et il fait nombre de traductions avec ferveur. En 2011, il écrit deux pièces pour La forge des mythes/instant théâtre:  L’homme qui voit et Empédocle  où  il interprète le philosophe.  Il devait encore en septembre présenter le travail de ses amies auteures américaines citées plus haut au Café Vert, un lieu convivial du Pré-Saint-Gervais où il habitait. Il est parti avant, rejoignant deux d’entre elles, Tony et Susan. Nous regretterons cet ami éloquent et nous pensons à son épouse Viviane Mauptit-Durand, et à sa fille Anaïs, qui a repris haut le flambeau de la mise en scène de théâtre, poursuivant ainsi l’engagement paternel.

 Véronique Hotte

La cérémonie d’adieu à Gérard-Henri Durand aura lieu le vendredi 16 août à 13 h au crématorium du Père-Lachaise, Paris (XX ème). Entrée : 71 rue des Rondeaux, métro Gambetta.

 

 

 

 

 

Festival de la Chaux-de-Fonds (Suisse) suite…

 

Festival des arts de la rue à La Chaux-de-Fonds ( Suisse) suite…

Un solo de et avec Emmanuel Gil par Typhus Bronx  (France) Clown qui pique d’a(peu)près Le Conte du Genévrier des frères Grimm (déconseillé aux moins de douze ans)

La petite Histoire qui va te faire flipper ta race (tellement qu’elle fait peur) : une variation sanglante du conte. « Une histoire sordide qu’on devrait enfouir à tout jamais. Une histoire qui, une fois entendue, s’immisce et croupit dans nos cœurs jusqu’à ce qu’on la recrache, plus difforme qu’avant. Une véritable usine à cauchemars. » Les auteurs parlent d’un petit garçon qui a tué sa mère en venant au monde, et qui se retrouve élevé par une marâtre sadique qui n’a d’yeux que pour sa fille légitime. Un petit garçon mal-aimé, mal-élevé, maltraité, manipulé, décapité, recollé, découpé, dévoré…mais finalement réincarné, et bien décidé à se venger ! Parce que la vengeance fait du bien, et parce que le Mal engendre le Mal. Voilà pour la morale. »

Typhus Bronx gère à la fois la musique, les accessoires, l’éclairage, l’entracte, les effets spéciaux… et les spectateurs. En sous-titre : «Pas pour les enfants ! » Un homme arrive avec une pioche : «Ce soir, la peur s’immiscera en vous. Tout le monde a pris son doudou? » Il distribue des doudous  et le public hurle de rire. « l avait transformé sa femme en serpillère ! » Il se tortille avec un couteau et une fourchette, joue trois rôles à la fois, déploie un humour noir et une énergie prodigieuse, inonde de sang  sa blouse blanche.

Puis il déploie un journal à l’écriture enfantine, bourrée de fautes d’orthographe, fait improviser une  fille et un garçon du public. Elle va disparaître sous le plateau et bientôt l’acteur brandit sa tête sanglante à ma main. On se laisse aller à des rires absurdes et bienfaisants. 
Ce clown au nez rouge nommé Typhus Bronx  a suivi l’Ecole du Théâtre du Jour à Agen qu’avait créée Pierre Debauche. Son premier spectacle Le Délirium du papillon avait beaucoup tourné et on pourra le voir la semaine prochaine au festival d’Aurillac. Et il n’est pas près de quitter l’affiche…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 11 août à La Chaux-de-Fonds ( Suisse).

Festival Interceltique de Lorient

Crédit photo : C. Pannetier/Le Télégramme

Crédit photo : C. Pannetier/Le Télégramme

 

Festival Interceltique de Lorient:

Celtic Electro +  Peatbog Faeries (Ecosse), Mercedes Peón (Galice), NOON (Bretagne)

 Auteure et compositrice inspirée, interprète multi-instrumentiste, et militante pour les droits des femmes, Mercedes Peón est une artiste régionaliste qui a du cran. Rayonnante, elle défend la culture traditionnelle de la Galice et l’ajuste dans sa foulée créatrice aux sonorités contemporaines. Avec ses  musiciennes tout aussi lumineuses, l’une brune,  Monica de Nut et et l’autre blonde, Ana Fernandez…  Ce trio vaut le détour : en digne icône charismatique de la musique du monde, il dégage une énergie folle aux accents tradi mais aussi rock et électro.

Tambourins et chant du Ribeirana, une danse traditionnelle galicienne  mais avec des sonorités électroacoustiques  qui sont le signe distinctif fort de cette musique. Dotée d’un «lieu de pensée politique», dit-elle, la compositrice chante, joue de la batterie et de la gaïta.  Avec aussi un dynamisme et une fraîcheur communicative, dans une quête de la transe qui a quelque chose à voir avec la dissociation de la voix et du mouvement.

 Souriante et manifestement généreuse, elle invite le public à la suivre sans détour. Son dernier album Deixaas donne la sensation d’un son mécanique et industriel, inspiré par les bruits du chantier naval d’El Ferrol à La Corogne en Galice… Soit quatorze heures d’enregistrement adaptées musicalement en volume, percussions et textures. Avec trois lignes fondamentales de recherche: le travail avec les organisations féministes engagées dans le développement, la construction et la représentation des genres dans les groupes populaires et l’histoire de l’industrie régionale. Mercedes Peón est internationalement reconnue: rock, métal et tradition, caractéristiques d’une diva de la scène ethnique contemporaine .

Auparavant, le public pu apprécier les Peatbog Faeries, originaires de l’Ile de Skye et dont le violoniste vient des Iles Shetland. Une musique  fameuse traditionnelle écossaise… Avec gigues, reel, dance music, jazz, musique africaine,  elle renouvelle le son instrumental diffusée à travers le monde entier celui de la danse celtique.

Violon et cornemuse, guitare, claviers, basse et batterie : Noon prend plaisir à casser les codes en mariant la musique électronique à la puissance sonore de quatre cornemuses traditionnelles de Bretagne. Une belle soirée tempétueuse qui renverse les tranquillités conventionnelles.

 Véronique Hotte

 Espace Marine à Lorient, le 10 août.

Festival des arts de la rue à la Chaux-de-Fonds (suite)

Festival des arts de la rue à la Chaux-de-Fonds (Suisse)
Quizas, acte poétique radical d’Amandine Vandroth et Maeva Lamb (Belgique)

Ces créatrices  s’interrogent sur les liaisons amoureuses et la jalousie;  «Je veux absolument savoir qui est cette femme avec laquelle il a dormi ! « (…) « J’allais tellement mal, au bout de trois semaines, on jouait  Les Liaisons dangereuses ! Cette trahison, ça fait six mois, et il y a le visage de ma copine Aurélie qui s’affiche ! Et là, ça a été la fin, elle m’a écrit une lettre en me suppliant de ne plus jamais lui adresser la parole, elle est partie en Argentine, ça l’a complètement brisée, anéantie. » (…)

« Quizas disent Amandine Vandroth et Maeva Lamb, est une envie d’aller au-delà des chemins balisés du théâtre de rue de ses petites cours fermées,  L’espace du corps, du verbe érotique et de la pensée y sont intimement liés . » ( …)  « Au cœur de notre travail, l’humain dans sa complexité, ses manques, ses souffrances, ses joies, sa grâce, son éclat, ses ridicules. Questionner le couple, analyser la figure du prince, de la princesse charmant(e) et son rôle dans notre éducation, nous les hommes et nous les femmes. Venir questionner l’amour, ce mystérieux sentiment qui nous traverse tous, nous rassemble, nous émeut, nous fait peur et parfois nous déchire. Ce sentiment continuellement présent, que l’on peut apercevoir au coin d’une rue, sur une terrasse de café, au quai de la gare ou dans un parc… » Nous aimons la rue, précisent ces jeunes femmes, parce qu’elle permet la rencontre de l’autre et déclenche dans son côté brut et direct, un besoin de contact et d’échange humain; nous avons envie d’y jouer parce qu’il nous semble que c’est aujourd’hui plus que jamais des valeurs à défendre et à ne pas oublier. »

Cette danse dans la rue correspond en fait à une parole qui veut sans doute  être  une réponse au « constat d’un jugement présent souvent négatif, parfois péjoratif et stigmatisant vis-à-vis du choix ou de l’envie d’indépendance et de liberté amoureuse et sexuelle de la femme, là où l’homme lui serait considéré comme « un Dom Juan ». Cette pensée là, et ce depuis des millénaires, c’est notre société elle-même qui la véhicule et la transmet de génération en génération. »

Les paroles sont souvent cinglantes: « Notre amour est comme un chien qui a fait son temps. » (…) « Dans la réalité, John le prince charmant, n’est jamais revenu. » (…) « Aujourd’hui, c’est la surconsommation, quand je suis fatiguée, je jette. » (…) « Avant de te connaître, je n’avais jamais passé plus de dix minutes avec une femme sans m’ennuyer. Dis, est-ce que tu m’aimes ? »

Les jeunes femmes dansent entre deux rangées de spectateurs, puis l’une derrière l’autre. « C’est la plus bizarre des émotions qui existe, l’amour ! » Puis elles  se perdent dans la foule. Un spectacle aux frontières de la danse et du théâtre qui ne peut laisser indifférent…

Argile par le Lockart (Suisse)

buskers sitTrois filles et deux hommes sont assis sur des chaises, on entend des publicités audiovisuelles. Ils esquissent des mouvements de gymnastique, jusqu’à ce qu’une fille balance de l’argile sur la tête de l’un de ses compagnons. On l’en enduit sur tout le corps, puis les manipulateurs à leur tour s’enduisent aussi d’argile. « C’est la guerre, de vrais réfugiés, des criminels! » Ils esquissent des mouvements lents, voluptueux, puis se déhanchent dans un silence total.

Immobiles sur leurs chaises, ils tombent par terre, se relèvent, nous dévisagent, se titillent sur la musique, puis se regroupent en bouquet à quatre pattes. Etrange !

Edith Rappoport
Spectacles vus  le 9 août à la Chaux-de-Fonds ( Suisse).
1...34567...591

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...