Kafka’s Monkey

Kafka’s Monkey

D’après Rapport pour une Académie de Franz Kafka, mise en scène de Walter Meierjohann.

kathrynhunterinkafkas001.jpg« No way out » : Pas moyen d’en sortir. Cette impasse tragique qui revient comme une litanie dans la bouche de Red Peter est aussi le leitmotiv de Kafka’s Monkey. Une pièce basée sur un texte peu connu de Kafka, Rapport pour une Académie, et qui offre une vision pitoyable et dérisoire de l’humanité. Le monkey en question, Red Peter, doit son nom à la cicatrice qu’il porte sur la joue gauche, trace indélébile d’une blessure par balle lors de sa capture, jour de chasse qui signa la fin de sa liberté. Mais cette dernière n’est qu’une « illusion », avoue-t-il.
Car Kafka’s Monkey est la relation par un singe devant une « académie » (incarnée par le public) de sa progressive « humanisation » depuis sa saisie, un apprentissage qui lui a pris cinq ans : « Né un singe libre », vivant sur la côte dorée africaine, il est désormais un artiste de music-hall reconnu « soumis au joug de l’humain » (le paradoxe n’est pas fortuit).
Première claque : le chimpanzé a trouvé facile d’imiter les hommes. Avant tout, il suffit de se cracher au visage. Ensuite, tandis qu’il était enfermé entre les barreaux de sa cage, ce qu’on lui a appris de l’homme, ce sont les travers et les vices : fumer la pipe, boire le rhum. Pathétique miroir tendu à notre face, ce spectacle d’un singe saoul misérable ! Quel bien triste et maigre éducation ! Celle-ci se termine par le travestissement, car entre finir dans la jungle d’un zoo ou sur une scène de cabaret, Peter a choisi les lumières et les applaudissements. Des deux prisons, celle la plus sournoise où les barreaux sont invisibles. La première simulation est d’abord celle que l’on s’inflige à soi-même.
Incarner un singe fait homme est un challenge que la comédienne Kathryn Hunter a su relever haut la main. Sa prestation est aussi remarquable qu’exceptionnelle, toute courbée, la tête entre les épaules, les jambes fléchies, la démarche souple et chaloupée. Elle est « singe » quand elle s’accroupit les jambes écartées, qu’elle saute sur place ou qu’elle grimpe à l’échelle en se balançant. Les mimiques du visage sont impressionnantes, il devient véritablement simiesque. Comme un primate, elle passe en un clin d’œil du calme à l’exubérance, du silence au cri – il a certainement fallu de longues heures d’observations pour parvenir à cette fidèle imitation qui ne verse jamais dans la caricature.
D’emblée, il y a du Chaplin vagabond chez ce singe qui vient vers nous en smoking-redingote, chapeau melon, canne et valise à la main (Chaplin lui aussi était à ses débuts mime et acteur de music hall). D’ailleurs, avec son petit gabarit androgyne, Kathryn Hunter tient physiquement du Charlot clownesque. Et comme un clown digne de ce nom, Peter entre en interaction avec le public, mangeant des puces sur la tête d’un spectateur, offrant une banane à un autre, ou donnant une poignée de main.

Sur le plateau nu du théâtre des Bouffes du Nord, hormis le pupitre derrière lequel le singe vient parfois s’exprimer, pour unique décor, une immense photo de chimpanzé, inoffensif mais bien songeur. C’est au Chaplin tragique des Feux de la rampe que l’on pense.Red Peter a toujours une aversion pour les hommes et achève son allocution en pleurant : son odeur lui rappelle sa terre natale. Sa véritable tragédie, c’est finalement moins d’être en cage,  que de ne pouvoir sortir de sa condition de singe, d’oublier d’où il vient. Malgré son statut d’artiste reconnu, il fait le constat d’une terrible solitude. Une condition qui semble davantage humaine qu’animale – les singes vivent en groupe. L’apprentissage du chimpanzé fut peut-être plus complet qu’on ne l’imaginait : n’a-t-il pas appris la solitude morale ?

Barbara Petit

Au théâtre des Bouffes du Nord (37 bis boulevard de la Chapelle 75010) à 21h00 du lundi au samedi, matinées le samedi à 15h30, relâche le dimanche.

Jusqu’au 2 octobre 01 46 0734 50

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Franz Kafka en 1917 questionne la violence et les aveuglements de la nature humaine en revisitant la légende du chaînon manquant, avec un singe qui venant d’acquérir le langage humain montre une véritable humanité, bien souvent absente chez les hommes. Kathryn Hunter fait preuve d’une étonnante animalité, pénétrant sur le plateau en singe habillé en frac, d’abord Peter le Rouge emprisonné dans une cage où il ne peut ni s’asseoir, ni se coucher, puis faisant la conquête de son statut d’homme dans un anglais très pur. Hirsute, se déhanchant dans tous les sens sur sa canne dans la splendide arène des Bouffes du Nord, Kathryn Hunter impose ce texte superbe avec une grande force.

Edith Rappoport

 


Archives pour la catégorie critique

Factory 2

 Factory 2 d’après Andy Warhol : texte scénographie et mise en scène de Kristian Lupa 

 

En polonais surtitré.

 

factory4.jpgUn des spectacles de rentrée du Festival d’Automne et  du Théâtre de la Colline, se singularise par sa courte programmation, (4 jours seulement, pourquoi ?), comme par sa longueur, 7h30 de spectacle avec deux entractes.
Kristian Lupa et ses dix huit comédiens, nous offrent un parcours théâtral crée en février 2008 au Narodowy Stary teatr de Cracovie après quatorze mois de répétition. Il transporte les spectateurs dans l’univers de la Sylver Factory des années 60 avec le maître du pop Art, Andy Warhol et les artistes de la scène underground new yorkaise, ( danseurs, musiciens, acteurs, cinéastes) qui l’ont fréquenté . Le décor représente ce loft à la fois lieu de vie, de prise de parole et lieu de tournage des films d’A.Warhol
Comme K.Lupa le souligne, « la distribution des rôles s’est faite par les acteurs eux-mêmes », qui  ont réinventé leurs personnages à partir d’improvisations et après un travail dramaturgique essentiel fondé sur des documents écrits et vidéos originales de la Factory. Ce qui explique le sous-titre de la pièce « fantaisie collective inspirée d’Andy Warhol ».
Deux journées de cette Factory sont présentées. La première d’une durée de 2h30, nous fait découvrir les réactions et polémiques de cette communauté artistique devant la présentation vidéo du film original d’Andy  Warhol intitulé « Blow job » Un film de vingt minutes qui présente uniquement le visage d’un homme qui bénéficie à priori d’une fellation hors cadre.
« La véritable action se dévoile hors cadre » est une phrase-clef souvent répétée  et conduit à une réflexion sur l’art et le pouvoir de l’image. Dès le début , les personnages font face au public et le prennent à témoin. Mais cela traîne en longueur et le premier mouvement musical, au bout d’une heures quarante…permet la fuite d’une vingtaine de spectateurs….Parti pris de metteur en scène: « J’aime ce qui est ennuyeux » nous dit K Lupa.
Mais la deuxième partie ( une journée de la Factory quelques années après la première), nous réserve de  beaux moments de théâtre et le temps ne compte plus. Avec quelques scènes marquantes. Comme le conflit de Viva, une de ses  actrices, avec son mentor, quand elle lui confie son amertume vis-à-vis du collectif artistique, « Tu sais pourquoi ils t’aiment ? parce qu’ils pensent que tu vas magnifier la moindre merde qu’ils t’apportent ». Cette scène se termine sur une mélodie de Nina Simone, reprise, pour le duo entre Paul Morrissey, cinéaste, et la comédienne Edie Sedgwick dans la tonalité d’un film de John Cassavetes. Pour cette partie, plus centrée sur l’intimité des personnages, que sur la vie collective, K.Lupa a demandé à ses acteurs d’improviser par couple autour d’un lit. Il a aussi fait travailler ses comédiens autour des « screens tests » d’Andy Warhol.   C’est un film court où le personnage fait face à la camera et doit improviser sur un thème prédéterminé avec le maximum de sincérité. Plusieurs de ces films sont diffusés pendant le spectacle, dont celui, célèbre, de Candy Darling,  actrice transsexuelle obsédée par Marylin Monroe. La vidéo est un élément majeur du spectacle. Comme en témoigne l’écran  en permanence actif au centre de la salle, qui diffuse des images originales d’Andy Warhol.K.Lupa utilise la caméra comme A Warhol pouvait l’utiliser. Son usage est une réussite, et ajoute une autre dimension au discours dramaturgique. Cette longue réflexion sur la vie collective artistique et sur ce que représente l’art à cette époque est bien résumé par K.Lupa, «  Ils étaient toujours à la frontière de l’intime et de la création, sans faire de distinction entre ce qui était ou n’était pas une œuvre d’art » .  C’est finalement à un théâtre de laboratoire auquel le public assiste, comme La Factory a été un laboratoire artistique fondamental des années 60. K. Lupa a travaillé avec ses artistes  pour recréer cette ruche de vie artistique. Et nous spectateurs sommes le produit final de cette expérimentation. Pour le bonheur de 80% du public resté jusqu’au salut. Cette expérience marquera la mémoire du public, malgré ses longueurs …C’est peut être le prix à payer pour que le spectateur entre avec les acteurs dans ce long voyage théâtral sans décalage horaire…

 

Jean Couturier

 

Théâtre de la colline du 11 au 15 septembre.

NOTRE TERREUR

NOTRE TERREUR, création collective de la compagnie d’Ores et Déjà, mise en scène Sylvain Creuzevault.

terreur.jpgDans un espace bi-frontal, il y a juste de grandes tables en formica avec des bouteilles de vin, des cartes d’état-major.  Saint Just arrive et se lance dans une violente diatribe contre Robespierre. Avec un éclairage surtout dispensé par des  barres fluo. Sept autres conventionnels entrent en scène et prennent place autour de la table pour débattre des avancées et des difficultés de la révolution .
L’ennemi est aux portes, il faut organiser les combats
, faire livrer des armes, ravitailler Paris, veiller à la pureté et donc épurer. Robespierre apparaît, il a une rigueur morale et une force tranquille étonnante.
Les débats sont vivants et clairs :chaque personnage est nommé par son interlocuteur quand on s’adresse à lui,; en fait, ces dialogues ont été en partie improvisés dans la première partie. Puis la révolution va se dégrader, et les diatribes deviennent de plus en plus violentes.
Saint-Just est envoyé au front pour diriger  l’armée, en revient victorieux  mais ses camarades s’injurient  et l’inéluctable arrive… avec la dislocation du Comité de Salut public.  Robespierre s’en écarte, il est rejeté : sa belle assurance disparaît, et  il revient sans  ses vêtements, s’enduit de blanc.  Les tables perdent leur alignement, le chaos apparaît,  avec des  taches de peinture blanche blanches sur le sol.
Carnot, chef des armées (étonnant Léon-Antoine Lutinier)  se révolte contre l’insoumission de Saint-Just, puis se transforme en Danton sanglant revenu de sa tombe, et  entonne un insolite chant de haute-contre.
La compagnie D’ores et déjà a une bonne maîtrise de l’espace, il y a de belles montées lyriques et une fidélité à l’histoire de la révolution. Le spectacle se termine sur La ballade des pendus de François Villon, chantée par les onze révolutionnaires déchus. Une grande force théâtrale, une véritable équipe dont c’est la dixième création depuis 2002.

Edith Rappoport


Théâtre de la Colline jusqu’au 30 septembre
www.theatredelacolline.fr, en tournée dans toute la France et en Belgique jusqu’au 23 avril 2011.

Cinq clés

Cinq clés de Jean-Paul Wenzel Lucernaire 

PROFILS ATYPIQUES (129) Mise en scène Khalid Tamer et Julien Favart Lavoir Moderne Parisien 8 septembre 2010
Textes de Nadège Prugnard, Koffi Kwahulé, Louis-Dominique Lavigne, Compagnie Graines de soleil (France), Coopérative les Vivaces (Québec), Collectif Éclats de lune (Maroc)

Trois compagnies se sont associées pour proférer les paroles décapantes de trois auteurs sur l’abandon des sans travail dans le monde. “Comment tenir debout quand on n’a pas de travail ? Comment faire quand on n’entre pas dans les cases ? C’est quoi la norme ? Est-ce que le travail arrache la douleur de vivre ?”. Interprété par cinq comédiens venus de ces trois pays, leur phrasé savoureux donne un humour particulier à ces textes vigoureux qui ne s’engluent pas dans la déploration, le spectacle est un petit régal. Sur le plateau nu du LMP, un fil lumineux et des éclairages soignés cadrent le décor.

 

Compagnie Dorénavant avec Thibaut Vinçon, Lou Wenzel, Jade Duviquet, Jean-Paul Wenzel
Quatre petites pièces mettant en scène des couples qui ont besoin d’une clef. D’abord un jeune couple échouant dans une première étreinte amoureuse, le jeune homme s’est fabriqué une clef pour pénètre dans un local à l’abandon qu’il a aménagé, rien ne marche comme prévu. Puis une jeune fille dépenaillée fuyant son partenaire brutal qui fait irruption chez une bourgeoise plus âgée qui la force à un échange de vêtements pour s’enfuir ensuite de chez elle, lui laissant ses hauts talons et sa jupe droite. Ensuite des retrouvailles à la Duras au bord de la mer, le mari est parti 17 ans auparavant, laissant sa femme qui venait d’accoucher. Elle a refait sa vie, lui s’est abandonné en Afrique, il regrette sans vouloir se l’avouer. Enfin un amour impossible entre un soldat tueur des Balkans et une pure jeune fille qui a su survivre et qui veut lui porter assistance. C’est à nous de trouver la cinquième clef. Lou Wenzel et Jade Duviquet apportent leurs belles sensibilités dans la peinture de ces personnages quelque peu égarés.

Edith Rappoport

Solness le constructeur

 Solness le constructeur d’ Henrik Ibsen, mise en scène d’ Hans Peter Cloos

solness.jpgLa postérité a essentiellement retenu d’Henrik Ibsen ses pièces les plus sombres et les plus désespérées dans la lignée de Strindberg ou de Bergman, comme Maison de Poupée, Les Revenants ou Hedda Gabler. Ce serait faire tort au poète norvégien que d’oublier qu’il a expérimenté diverses voies dramaturgiques (voir la fantaisie de Peer Gynt) et qu’il est l’auteur de nombreuses autres pièces parmi lesquelles Solness le constructeur avec dans le rôle de Solness, le cinquantenaire séducteur et fatigué, Jacques Weber ; dans celui de l’épouse aimante et inquiète, Edith Scob ; et dans celui de l’agent provocateur, cette jeune femme trop jeune et trop jolie, Mélanie Doutey.
Ici, pas d’intrigue au sens propre. Nous avons plutôt affaire à une tranche de vie jusqu’au jour où un élément vient perturber un engrenage en apparence bien huilé. Solness est un homme ambitieux parvenu au faîte d’une gloire sociale puisqu’il est aujourd’hui un architecte reconnu. Mais c’est aussi un homme frustre et malhonnête, qui enfile les maîtresses (qui sont parfois ses employées) comme d’autres les perles. La générosité et l’humanité ne semble pas le submerger, lui qui refuse d’accorder à son vieil employé mourant ses dernières faveurs. Aurait-il besoin d’un nouveau départ, puisqu’il se fait construire une nouvelle maison pour sa femme et lui ?
Arrive Hilde, vingt ans, belle à croquer (et court vêtue) qu’il a connu dix ans auparavant, et à laquelle il avait promis de bâtir un royaume. Or, ce qui n’était pour lui qu’un baratin et l’occasion d’un baiser est devenu l’idée fixe de la petite fille , qui en grandissant ne songe qu’à être cette princesse rêvée. Sans valise, sans argent, Hilde demande à être hébergée chez son prince charmant, lui, le « constructeur ». La femme de Solness, Edith, vit dans l’ère du soupçon, mais sa bonne éducation lui fait avant tout se préoccuper d’accueillir chez elle cette belle plante.
Hilde joue le rôle du révélateur, ce personnage qui invite les autres à libérer la parole. Et les choses se révèlent finalement plus complexes qu’elles n’apparaissaient.
Solness et sa femme partagent un passé lourd (ils ont perdu leurs jumeaux en bas âge dans un incendie) et ils portent le poids d’une culpabilité aussi immense que vertigineuse (d’ailleurs, l’architecte a le vertige, un handicap qui lui sera funeste). Notre Casanova est écartelé entre son désir pour Hilde qui l’attire comme un aimant et sa peur de la jeunesse, cette peur qui lui fait voler aux autres leur joie de vivre.
Aline, la femme, oscille entre le remords et l’angoisse qu’elle projette sur mon mari (il est « malade »). Quant à Hilde, qu’est-elle réellement, une ingénue ou une charmeuse perverse ? Cette valse-hésitation est à l’image du spectacle dans son entier, dont on ne sait jamais vraiment si c’est une tragédie ou une comédie. On se demande parfois ce que sont venus chercher les personnages, ce qu’ils veulent vraiment. Si  le dramaturge souhaitait sonder, pour mieux les exhiber, les troubles de l’âme, il faut bien avouer que sur scène,  cela  rend la représentation par moments ennuyeuse.
Rendons toutefois à César ce qui lui appartient. La pièce a pour mérite de poser certaines questions existentielles : l’éternel dilemme entre le devoir et le désir, et la place qu’il reste pour le bonheur et la liberté personnels ; l’héritage d’un passé dont on ne parvient pas à s’échapper , et la culpabilité qui ronge la conscience.
La scénographie est plutôt astucieuse  avec le cabinet de l’architecte, avec des trompe-l’œil, et des lego géants. Les costumes de Marie Pawlotsky aux couleurs chatoyantes et chamarrées sont  remarquables. Et les comédiens s’en donnent à cœur joie.:Hans Peter Cloos sait  faire résonner la petite musique d’un mélodrame universel.

Barbara Petit

 

C’est proprement  fait mais sans beaucoup d’âme; Hans Peter Cloos  a laissé la bride sur le coup à Jacques Weber qui s’installe, et comme il est pratiquement tout le temps en scène, il a une  tendance à cabotiner et à s’écouter jouer. Et c’est vite insupportable, Jcaus Weber fait du Webr mais on a bien du mal à croire en son personnage.Et Mélanie Doutey, prise dans le tourbillon, en rajoute, elle aussi, une bonne louche; seule , Edith Scob est beaucoup plus discrète mais du coup est un peu en décalage, comme Thibault Lacroix, en jeune architecte juste et sobre, tout à fait remarquable. mais, bref, il y a un sacré mou dans la direction d’acteurs. on n’a pas bien non  plus  compris le décor encombré de Jean Haas où les acteurs se déplacent comme ils peuvent , c’est à dire de façon artificielle.  A voir? A la rigueur mais il ne faut quand même pas être trop exigeant.On a vu des Solness mieux inspirés, et Ibsen mérite mieux que ce faux modernisme; à 45 euros la place au parterre, on est en droit demander plus! Ce qui explique sans doute que la salle soit loin d’être pleine après un mois d’exploitation…

Philippe du Vignal

Au Théâtre Hébertot 78 bis boulevard des Batignolles 75017 à 21h00 du mardi au samedi, matinées le samedi à 17h30 et le dimanche à 16h00.

LE CONTE ABRACADABRANT

LE CONTE ABRACADABRANT  Les batteurs de pavé Festival des Mômes Montbéliard 29

Manu Moser et Laurent Lecoultre qui jouaient Princesse Courage à Chalon dans la rue (voir ci-dessous), ont plus d’un tour dans leur sac. Ce conte abracadabrant part du même principe, on attendait les comédiens qui ne sont pas venus, les deux compères doivent donc faire jouer leurs personnages par des enfants. Manu trouve une adorable princesse qu’il revêt d’une robe blanche et d’une couronne, emprisonnées elle doit lever les bras et crier au secours dès qu’on prononce son nom. Ensuite c’est un chevalier bronzé qu’il revêt d’une cotte, il doit crier Taïaut, ce qu’il oublie régulièrement de faire et enfin une hydre jouée par trois enfants coiffés de ridicules bonnets verts.
Ne pas oublier le peuple, c’est nous le public qui doit lever le bras à la mention de son nom ! L’énergie déployée par les deux meneurs de jeu emporte encore une fois l’adhésion des spectateurs, il y a du théâtre et du vrai, malgré les costumes de bric et de broc, dans un rapport au public oublié de tant de nos scènes institutionnelles.

Edith Rappoport

Blood Brothers

Blood Brothers (Frères de sang) de Willy Russell.

 

circlebb.jpg  Créé en 1988 au Abery Théâtre à Liverpool, où, selon l’auteur dramatique Willy Russell,  le jeu a toujours été associé au  chant et à la danse,  ce spectacle n’a pas cessé d’attirer des foules depuis sa première apparition sur les scènes du fameux quartier de théâtre londonien, le « West End »  à Charring Cross,  il y a au  moins 20 ans.

 

Je l’a vu récemment, assise derrière une rangée d’adolescentes  qui  connaissaient toutes les paroles et les moindres nuances de l’intrigue après avoir visionné le spectacle au moins six fois. Le statut de « spectacle culte » est intéressant surtout puisque la production  ressemble plutôt  à un film à petit budget, un des drames de l’époque  des « jeunes homes en colère » des années 1950 (ce mouvement théâtral étant bel et bien originaire de Liverpool). Les origines sont semblables puisque  Blood Brothers repose sur un  conflit de classe dans le contexte des déchirements de l’amour maternel et le  résultat est si explosif qu’on comprend la réaction de ces jeunes demoiselles!

 

Mrs Johnson,  une maman célibataire d’origine ouvrière qui ressemblait à Marilyn Monroe dans sa jeunesse, selon la chanson, vient de donner naissance à  deux jumeaux – Mickey et Eddie. Incapable de garder les deux  puisqu’elle a déjà sept enfants, elle est obligée de céder un des petits à Mme Lyon, la dame chez qui elle fait le ménage. Jalousie, superstition, la mauvaise chance et un ensemble de circonstances se conjuguent pour que les deux frères qui s’ignorent, grandissent, se croisent et finissent par s’anéantir dans une rencontre tragique.  « Tell me it’s not true- dites-moi ce n’est pas vrai » chante maman qui s’effondre de douleur à la fin alors qu’un  parfum de Shakespeare  est légèrement persceptible dans les derniers moments.

 

Une partition fabuleuse, des paroles qui entretiennent la tension dramatique, des performances individuelle excellentes,  une chorégraphie qui est à la fois danse et mime et qui vous prend par les tripes produisent un spectacle à la fois larmoyant et très émouvant sans que le côté sentimental dérange. Au contraire. Les expériences fortes comme celles-ci peuvent libérer l’âme. En revanche, ce spectacle est aussi  très clairement inspiré de Brecht par sa structure épisodique,  par sa préoccupation avec les conflits de classe et les techniques d’aliénation, telle que la présence des musiciens sur scène et  des décors stylisés qui évoquent une forme de misère quasi-réaliste sans vraiment  l’imiter.

 

Le récit est raconté par  un personnage masculin qui paraît à la fois narrateur et symbole  inquiétant d’un destin tragique, dont la voix superbe plane par-dessus l’ensemble et confère à ce spectacle une aire de légende populaire.

 

En effet ce sont les voix, la chorégraphie  et la musique qui m’ont surtout impressionnée parce que j’avais vu une production de Blood Brothers à  Ottawa cette année, dans une  mise en scène, extrêmement modeste étant donné les moyens techniques limités de la troupe canadienne. J’étais donc très curieuse de voir la version d’origine. Il faut dire que l’expérience m’a coupé le souffle.

 

bloodbrothers.jpgLa production canadienne  était surtout une œuvre théâtrale avec des chansons intercalées.  Les  cinq musiciens avec leurs instruments acoustiques,  se trouvaient sur scène, coté jardin et le décor  ressemblait surtout à un échafaudage qui, grâce à l’éclairage et quelques accessoires, se transformaient en  un quartier populaire de Liverpool, une salle d’école, un autobus, une maison des riches et j’en passe.  Étant donné les moyens, le décor était tout à fait acceptable et surtout, les deux productions ont assuré la rapidité des passages d’une scène à l’autre. Toutefois, certains renvois à la réalité anglaise manquaient au spectacle à Ottawa et les Canadiens ont dû changer le contenu pour s’en accommoder.

 

À Londres, l’arrière plan était un rideau peint, où  nous voyions l’horizon  de la ville de Liverpool, une image parfaitement reconnaissable pour un public britannique mais sans la moindre signification pour un public  canadien. Donc, le décor canadien avait remplacé cette image par un éclairage plus abstrait.  Autre signe de Liverpool, l’accent régional que le acteurs canadiens n’ont pas pu reproduire. Pour remédier à l’absence de ces références géographiques, la production canadienne a dû ajouter  des détails concernant le lieu dans le dialogue même.

 

La plus grande différence cependant était le fait que la production anglaise était surtout un grand spectacle musical, une partition qui comportaient non seulement des chansons, mais des intermèdes et  une musique de fond  qui créaient des multiples ambiances. Les voix puissantes de ces chanteurs britanniques,  accompagnés d’un orchestre équipé des appareils électroniques très sophistiqués, ont assuré  la qualité des chansons qui  parfois se rapprochaient à de grandes envolées d’opéra.  Les Anglais sont devenus  (avec les Américains) de grands maîtres de ce genre de théâtre musical qui ne se fait pas en France, surtout  si on pense aux créations de Anthony Lloyd Webber  tels que le Phantôme de l’Opéra, et Cats.  (Les Misérables est sans doute une exception).

 

Certains des comédiens canadiens, surtout celle qui a  joué  la mère et celui qui a interprété le  jeune Mickey, le fils qu’elle a gardé,  étaient  excellents mais si on considère la qualité de la mise en scène, la musique, la chorégraphie et le décor, force est de constater la supériorité du spectacle britannique. En effet, nous avons assisté à Londres, à un événement de très grande envergure et  la comparaison nous a incité à qualifier la production canadienne, sans doute injustement,  d’ « artisanale », voir à la  limite du théâtre professionnel.

Alvina Ruprecht

Blood Brothers;  texte, paroles, et musique de Willy Russell. Phoenix Théâtre à Charring Cross Road, London.
Le spectacle joue depuis 1988 et sera au Phoenix jusqu’au 29 août.  Téléphone :  +44 (1)1865 318831

 

 

La cuisine d’Elvis

 

La cuisine d’Elvis
Texte Lee Hall
Mise en scène Régis Mardon


visuelcuisine11300x259.jpgPrenez quatre comédiens pleins d’allant, ajoutez un scénario à la Ken Loach, assaisonnez le tout d’une bonne dose d’humour et de cynisme, parsemez des plus grands succès du King, vous êtes sûrs de réussir la Cuisine d’Elvis. Une comédie qui se termine mal, sur le thème : « Famille, je vous aime, famille je vous hais ». Et cette famille-ci n’est pas triste : à la suite d’un accident, le père n’est plus qu’un « légume » cloué dans son fauteuil. Habillé comme Elvis Presley, son idole, il lui prend parfois de se prendre pour l’artiste de Graceland, et de raconter des histoires aussi abracadabrantesques que délicieuses. La mère, la quarantaine anxieuse, est nymphomane : ivre du matin au soir et du soir au matin, elle se réfugie dans les bras de jeunes hommes, leur demandant inlassablement s’ils la trouvent attirante. Son unique désir désormais : « boire, baiser, vivre ». La fille, adolescente rebelle et boulimique, tente de prendre soin de ses parents, aimerait que tout soit comme avant…

Engueulades, coups bas et règlements de compte à OK Corral rythment la vie de la petite famille où finalement tout le monde est malheureux. Chacun tour à tour se découvre pervers et bourreau, en même temps que victime imprégnée de culpabilité. Chacun traîne son ressentiment, sa rancune et son besoin d’amour comme un boulet.

La situation s’envenime avec l’arrivée de Stuart, gigolo de 26 ans qui n’a pas inventé l’eau chaude, nouvel amant notoire de la mère. Non content d’avoir l’épouse, il séduit et prend la fille et finit même par masturber le père ! Sa bêtise et sa malhonnêteté agiront comme un révélateur et accéléreront une fin sordide, que nous ne révélerons pas ici.

À l’aide d’un décor minimal : une cuisine en trompe l’œil, une table et trois chaises, la petite troupe nous sert un excellent moment de théâtre, assez drôle pour ne pas être complètement tragique ou sinistre, et suffisamment subtil et fin pour ne pas verser dans le stéréotype ou la niaiserie. Un spectacle bien relevé en cette fin de mois d’août, et revigorant pour affronter la rentrée !

Barbara Petit

Théâtre Le Lucernaire jusqu’au 25 septembre à 18h30.

Pyrame et Thisbé. Festival d’Aurillac

 Pyrame et Thisbé par la Compagnie Gérard Gérard.

C’est une petite forme , comme aurait dit le cher Antoine Vitez sur une petite place du vieil Aurillac pour une petite jauge ( 100 personnes maximum). C’est , sur le thème de la fameuse histoire d’amour reprise par Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, joué par deux jeunes acteurs, Julien Bleitrach et Alexandre Moisescot. Quelques bouts de costume, une grande malle, quatre accessoires et quelques compères dissimulés dans le public: c’est tout et une demi-heure à peine, un petit moment de théâtre aussi  bête que jubilatoire,  c’est à dire intelligent et fin. Diction et gestuelle impeccable, sens du rythme et de la parodie; même si le travestissement a beaucoup servi, les deux compères savent s’y prendre pour que ce ne soit jamais vulgaire, même si c’est gros comme une ficelle, et  c’est surtout terriblement efficace…La Compagnie Jolie Môme joue aussi à une vingtaine de mètres: c’est dire que la concurrence vocale des chansons est là mais le public restait très attentif et  était visiblement heureux de cette bouffée d’air frais.
La Compagnie jouait aussi  dans la soirée son remarquable Roméo et Juliette qui l’a lancée il y a quelques années mais que nous n’avons pas pu revoir. Dans les centaines de compagnies dites « invitées », les Gérard Gérard qui résident à Perpignan ont su marquer leur territoire. Après tout, le Festival d’Aurillac , malgré la médiocrité de plupart des spectacles du off sert aussi à celà…Et chacun sait que le Théâtre du rue est une des plus rudes écoles qui soient!

Philippe du Vignal

25 et  26 aout à PARIS.Festival Les Arenes de Montmartre, Belleville, à PARIS.le 25 aout : 17h30 et 19h30le 26 aout : 17h30 et 20h »

le 29 aout à Herve (Belgique).Festival Rue du Bocage à 14h30 et 17h30.

Satellites Quand la lune se lève Part 2. Festival d’Aurillac

  Satellites  Quand la lune se lève Part 2. Illimitrof’ Company

satellites.jpgCela se passe dans le haras d’Aurillac, à la périphérie de la ville, tout près du Géant Casino , du magasin But et du Centre médico-chirurgical, survolé par une ligne à haute tension et pas très loin de l’ aéroport. Comme de plus, les bâtiments contemporains du haras sont d’une laideur à couper le souffle, vous comprenez vite qu’il ne s’agit pas d’une endroit idyllique. A l’entrée, de charmantes hôtesse chinoises remettent à chaque spectateur, un casque audio avec un visière représentant un visage à l’envers photographié en noir et blanc. Par politesse, on ne pose pas de questions. On vous invite  ensuite à pénétrer dans le haras.
Il s’agit  « d’un parcours, performance vivante, plastique et déambulatoire occidentalo-chinois » ( sic). » A travers un parcours émotionnel, soutenu par un effet de concentration auditive ( auido-guidé) vous serez propulsés dans une tentative de rencontre profonde entre deux cultures duettistes. Bertrand Dessane cherche inlassablement depuis vingt ans à nous faire sentir cette urgence de rapprochement culturel. Ici dans satellites 2 il pousse l’expérience à l’extrême, avec un acteur chinois face à un acteur occidental qui va tenter de se comprendre et de s’identifier » ( sic). En fait, si l’on résume: quelques petits textes insignifiants  dits dans le casque qui, au bout d’un quart d’heure , commence à faire mal à la tête, quelques passages dans des tentes regroupées où il ne se passe strictement rien. Un petite carte que l’on vous remet et avec laquelle vous devez vous retrouver un idéogramme de traits inscrits avec de la farine blanche sur un cercle de terre dans le manège. Mais comme on ne  donne aucune explication, tout le monde se trompe sur le sens envers/endroit du cercle et l’exercice tourne court… Ensuite le groupe de quarante personnes est scindé en deux, et celui auquel j’ai l’honneur et l’avantage d’appartenir est prié d’assister à une sorte de rituel auquel se livre l’acteur chinois dans une tente où il est enfermé. Rituel qui est la copie conforme ou presque d’une performance dans un jardin public l’après-midi du même jour; comme c’était gratuit, le public n’a rien dit mais s’était enfui vite fait dès la fin. On est prié d’entendre quelques uns des célèbres versets bibliques:  » Il y eut un soir, il y eut un matin… dits par l’acteur occidental;  on ne voit que l’ ombre de l’acteur chinois jusqu’au moment où il déchire des cloisons de papier. Quelques petites promenades toujours guidées par les hôtesses chinoises plus loin, nous nous retrouvons devant deux  hexagones de tissu blanc seulement éclairées par deux lampes de poches où l’acteur chinois effectue une danse. C’est bien le seul instant où il se passe quelque chose!  Après un nouveau  passage dans une tente, devant une table où deux couverts sont disposés sur une table nappée de rouge: une assiette avec des couverts  et en face, un bol avec des baguettes. Un Bible ficelée et en face Le livre du Li Jing. On vous donne une enveloppe rouge avec un petit message identique pour tous les spectateurs. Bonjour les symboles…. Et tous aux abris! Plus vain, plus prétentieux, plus inutile, malgré les moyens techniques mis en œuvre.
On peut se demander pourquoi et comment des choses aussi navrantes ont lieu dans le cadre du Festival officiel.Reste à comprendre comment et pourquoi la chose a réussi à atterrir jusqu’à Aurillac.
En tout cas, si vous la trouvez sur votre chemin, fuyez, fuyez: cela vous évitera de perdre une heure et demi de votre précieuse vie! Même si l’on vous propose de changer d’identité, puisque le spectacle se présente comme l’histoire d’un homme qui partage sa vie entre Occident et Chine, ce que l’on vous montre tient de la supercherie. Heureusement, le public- aucun jeune ou presque- n’a pas l’air dupe! C’est plutôt rassurant.

 

Philippe du Vignal

Spectacle  vu le 20 août au Haras national d’Aurillac
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