Cinq clés

Cinq clés de Jean-Paul Wenzel Lucernaire 

PROFILS ATYPIQUES (129) Mise en scène Khalid Tamer et Julien Favart Lavoir Moderne Parisien 8 septembre 2010
Textes de Nadège Prugnard, Koffi Kwahulé, Louis-Dominique Lavigne, Compagnie Graines de soleil (France), Coopérative les Vivaces (Québec), Collectif Éclats de lune (Maroc)

Trois compagnies se sont associées pour proférer les paroles décapantes de trois auteurs sur l’abandon des sans travail dans le monde. “Comment tenir debout quand on n’a pas de travail ? Comment faire quand on n’entre pas dans les cases ? C’est quoi la norme ? Est-ce que le travail arrache la douleur de vivre ?”. Interprété par cinq comédiens venus de ces trois pays, leur phrasé savoureux donne un humour particulier à ces textes vigoureux qui ne s’engluent pas dans la déploration, le spectacle est un petit régal. Sur le plateau nu du LMP, un fil lumineux et des éclairages soignés cadrent le décor.

 

Compagnie Dorénavant avec Thibaut Vinçon, Lou Wenzel, Jade Duviquet, Jean-Paul Wenzel
Quatre petites pièces mettant en scène des couples qui ont besoin d’une clef. D’abord un jeune couple échouant dans une première étreinte amoureuse, le jeune homme s’est fabriqué une clef pour pénètre dans un local à l’abandon qu’il a aménagé, rien ne marche comme prévu. Puis une jeune fille dépenaillée fuyant son partenaire brutal qui fait irruption chez une bourgeoise plus âgée qui la force à un échange de vêtements pour s’enfuir ensuite de chez elle, lui laissant ses hauts talons et sa jupe droite. Ensuite des retrouvailles à la Duras au bord de la mer, le mari est parti 17 ans auparavant, laissant sa femme qui venait d’accoucher. Elle a refait sa vie, lui s’est abandonné en Afrique, il regrette sans vouloir se l’avouer. Enfin un amour impossible entre un soldat tueur des Balkans et une pure jeune fille qui a su survivre et qui veut lui porter assistance. C’est à nous de trouver la cinquième clef. Lou Wenzel et Jade Duviquet apportent leurs belles sensibilités dans la peinture de ces personnages quelque peu égarés.

Edith Rappoport


Archives pour la catégorie critique

Solness le constructeur

 Solness le constructeur d’ Henrik Ibsen, mise en scène d’ Hans Peter Cloos

solness.jpgLa postérité a essentiellement retenu d’Henrik Ibsen ses pièces les plus sombres et les plus désespérées dans la lignée de Strindberg ou de Bergman, comme Maison de Poupée, Les Revenants ou Hedda Gabler. Ce serait faire tort au poète norvégien que d’oublier qu’il a expérimenté diverses voies dramaturgiques (voir la fantaisie de Peer Gynt) et qu’il est l’auteur de nombreuses autres pièces parmi lesquelles Solness le constructeur avec dans le rôle de Solness, le cinquantenaire séducteur et fatigué, Jacques Weber ; dans celui de l’épouse aimante et inquiète, Edith Scob ; et dans celui de l’agent provocateur, cette jeune femme trop jeune et trop jolie, Mélanie Doutey.
Ici, pas d’intrigue au sens propre. Nous avons plutôt affaire à une tranche de vie jusqu’au jour où un élément vient perturber un engrenage en apparence bien huilé. Solness est un homme ambitieux parvenu au faîte d’une gloire sociale puisqu’il est aujourd’hui un architecte reconnu. Mais c’est aussi un homme frustre et malhonnête, qui enfile les maîtresses (qui sont parfois ses employées) comme d’autres les perles. La générosité et l’humanité ne semble pas le submerger, lui qui refuse d’accorder à son vieil employé mourant ses dernières faveurs. Aurait-il besoin d’un nouveau départ, puisqu’il se fait construire une nouvelle maison pour sa femme et lui ?
Arrive Hilde, vingt ans, belle à croquer (et court vêtue) qu’il a connu dix ans auparavant, et à laquelle il avait promis de bâtir un royaume. Or, ce qui n’était pour lui qu’un baratin et l’occasion d’un baiser est devenu l’idée fixe de la petite fille , qui en grandissant ne songe qu’à être cette princesse rêvée. Sans valise, sans argent, Hilde demande à être hébergée chez son prince charmant, lui, le « constructeur ». La femme de Solness, Edith, vit dans l’ère du soupçon, mais sa bonne éducation lui fait avant tout se préoccuper d’accueillir chez elle cette belle plante.
Hilde joue le rôle du révélateur, ce personnage qui invite les autres à libérer la parole. Et les choses se révèlent finalement plus complexes qu’elles n’apparaissaient.
Solness et sa femme partagent un passé lourd (ils ont perdu leurs jumeaux en bas âge dans un incendie) et ils portent le poids d’une culpabilité aussi immense que vertigineuse (d’ailleurs, l’architecte a le vertige, un handicap qui lui sera funeste). Notre Casanova est écartelé entre son désir pour Hilde qui l’attire comme un aimant et sa peur de la jeunesse, cette peur qui lui fait voler aux autres leur joie de vivre.
Aline, la femme, oscille entre le remords et l’angoisse qu’elle projette sur mon mari (il est « malade »). Quant à Hilde, qu’est-elle réellement, une ingénue ou une charmeuse perverse ? Cette valse-hésitation est à l’image du spectacle dans son entier, dont on ne sait jamais vraiment si c’est une tragédie ou une comédie. On se demande parfois ce que sont venus chercher les personnages, ce qu’ils veulent vraiment. Si  le dramaturge souhaitait sonder, pour mieux les exhiber, les troubles de l’âme, il faut bien avouer que sur scène,  cela  rend la représentation par moments ennuyeuse.
Rendons toutefois à César ce qui lui appartient. La pièce a pour mérite de poser certaines questions existentielles : l’éternel dilemme entre le devoir et le désir, et la place qu’il reste pour le bonheur et la liberté personnels ; l’héritage d’un passé dont on ne parvient pas à s’échapper , et la culpabilité qui ronge la conscience.
La scénographie est plutôt astucieuse  avec le cabinet de l’architecte, avec des trompe-l’œil, et des lego géants. Les costumes de Marie Pawlotsky aux couleurs chatoyantes et chamarrées sont  remarquables. Et les comédiens s’en donnent à cœur joie.:Hans Peter Cloos sait  faire résonner la petite musique d’un mélodrame universel.

Barbara Petit

 

C’est proprement  fait mais sans beaucoup d’âme; Hans Peter Cloos  a laissé la bride sur le coup à Jacques Weber qui s’installe, et comme il est pratiquement tout le temps en scène, il a une  tendance à cabotiner et à s’écouter jouer. Et c’est vite insupportable, Jcaus Weber fait du Webr mais on a bien du mal à croire en son personnage.Et Mélanie Doutey, prise dans le tourbillon, en rajoute, elle aussi, une bonne louche; seule , Edith Scob est beaucoup plus discrète mais du coup est un peu en décalage, comme Thibault Lacroix, en jeune architecte juste et sobre, tout à fait remarquable. mais, bref, il y a un sacré mou dans la direction d’acteurs. on n’a pas bien non  plus  compris le décor encombré de Jean Haas où les acteurs se déplacent comme ils peuvent , c’est à dire de façon artificielle.  A voir? A la rigueur mais il ne faut quand même pas être trop exigeant.On a vu des Solness mieux inspirés, et Ibsen mérite mieux que ce faux modernisme; à 45 euros la place au parterre, on est en droit demander plus! Ce qui explique sans doute que la salle soit loin d’être pleine après un mois d’exploitation…

Philippe du Vignal

Au Théâtre Hébertot 78 bis boulevard des Batignolles 75017 à 21h00 du mardi au samedi, matinées le samedi à 17h30 et le dimanche à 16h00.

LE CONTE ABRACADABRANT

LE CONTE ABRACADABRANT  Les batteurs de pavé Festival des Mômes Montbéliard 29

Manu Moser et Laurent Lecoultre qui jouaient Princesse Courage à Chalon dans la rue (voir ci-dessous), ont plus d’un tour dans leur sac. Ce conte abracadabrant part du même principe, on attendait les comédiens qui ne sont pas venus, les deux compères doivent donc faire jouer leurs personnages par des enfants. Manu trouve une adorable princesse qu’il revêt d’une robe blanche et d’une couronne, emprisonnées elle doit lever les bras et crier au secours dès qu’on prononce son nom. Ensuite c’est un chevalier bronzé qu’il revêt d’une cotte, il doit crier Taïaut, ce qu’il oublie régulièrement de faire et enfin une hydre jouée par trois enfants coiffés de ridicules bonnets verts.
Ne pas oublier le peuple, c’est nous le public qui doit lever le bras à la mention de son nom ! L’énergie déployée par les deux meneurs de jeu emporte encore une fois l’adhésion des spectateurs, il y a du théâtre et du vrai, malgré les costumes de bric et de broc, dans un rapport au public oublié de tant de nos scènes institutionnelles.

Edith Rappoport

Blood Brothers

Blood Brothers (Frères de sang) de Willy Russell.

 

circlebb.jpg  Créé en 1988 au Abery Théâtre à Liverpool, où, selon l’auteur dramatique Willy Russell,  le jeu a toujours été associé au  chant et à la danse,  ce spectacle n’a pas cessé d’attirer des foules depuis sa première apparition sur les scènes du fameux quartier de théâtre londonien, le « West End »  à Charring Cross,  il y a au  moins 20 ans.

 

Je l’a vu récemment, assise derrière une rangée d’adolescentes  qui  connaissaient toutes les paroles et les moindres nuances de l’intrigue après avoir visionné le spectacle au moins six fois. Le statut de « spectacle culte » est intéressant surtout puisque la production  ressemble plutôt  à un film à petit budget, un des drames de l’époque  des « jeunes homes en colère » des années 1950 (ce mouvement théâtral étant bel et bien originaire de Liverpool). Les origines sont semblables puisque  Blood Brothers repose sur un  conflit de classe dans le contexte des déchirements de l’amour maternel et le  résultat est si explosif qu’on comprend la réaction de ces jeunes demoiselles!

 

Mrs Johnson,  une maman célibataire d’origine ouvrière qui ressemblait à Marilyn Monroe dans sa jeunesse, selon la chanson, vient de donner naissance à  deux jumeaux – Mickey et Eddie. Incapable de garder les deux  puisqu’elle a déjà sept enfants, elle est obligée de céder un des petits à Mme Lyon, la dame chez qui elle fait le ménage. Jalousie, superstition, la mauvaise chance et un ensemble de circonstances se conjuguent pour que les deux frères qui s’ignorent, grandissent, se croisent et finissent par s’anéantir dans une rencontre tragique.  « Tell me it’s not true- dites-moi ce n’est pas vrai » chante maman qui s’effondre de douleur à la fin alors qu’un  parfum de Shakespeare  est légèrement persceptible dans les derniers moments.

 

Une partition fabuleuse, des paroles qui entretiennent la tension dramatique, des performances individuelle excellentes,  une chorégraphie qui est à la fois danse et mime et qui vous prend par les tripes produisent un spectacle à la fois larmoyant et très émouvant sans que le côté sentimental dérange. Au contraire. Les expériences fortes comme celles-ci peuvent libérer l’âme. En revanche, ce spectacle est aussi  très clairement inspiré de Brecht par sa structure épisodique,  par sa préoccupation avec les conflits de classe et les techniques d’aliénation, telle que la présence des musiciens sur scène et  des décors stylisés qui évoquent une forme de misère quasi-réaliste sans vraiment  l’imiter.

 

Le récit est raconté par  un personnage masculin qui paraît à la fois narrateur et symbole  inquiétant d’un destin tragique, dont la voix superbe plane par-dessus l’ensemble et confère à ce spectacle une aire de légende populaire.

 

En effet ce sont les voix, la chorégraphie  et la musique qui m’ont surtout impressionnée parce que j’avais vu une production de Blood Brothers à  Ottawa cette année, dans une  mise en scène, extrêmement modeste étant donné les moyens techniques limités de la troupe canadienne. J’étais donc très curieuse de voir la version d’origine. Il faut dire que l’expérience m’a coupé le souffle.

 

bloodbrothers.jpgLa production canadienne  était surtout une œuvre théâtrale avec des chansons intercalées.  Les  cinq musiciens avec leurs instruments acoustiques,  se trouvaient sur scène, coté jardin et le décor  ressemblait surtout à un échafaudage qui, grâce à l’éclairage et quelques accessoires, se transformaient en  un quartier populaire de Liverpool, une salle d’école, un autobus, une maison des riches et j’en passe.  Étant donné les moyens, le décor était tout à fait acceptable et surtout, les deux productions ont assuré la rapidité des passages d’une scène à l’autre. Toutefois, certains renvois à la réalité anglaise manquaient au spectacle à Ottawa et les Canadiens ont dû changer le contenu pour s’en accommoder.

 

À Londres, l’arrière plan était un rideau peint, où  nous voyions l’horizon  de la ville de Liverpool, une image parfaitement reconnaissable pour un public britannique mais sans la moindre signification pour un public  canadien. Donc, le décor canadien avait remplacé cette image par un éclairage plus abstrait.  Autre signe de Liverpool, l’accent régional que le acteurs canadiens n’ont pas pu reproduire. Pour remédier à l’absence de ces références géographiques, la production canadienne a dû ajouter  des détails concernant le lieu dans le dialogue même.

 

La plus grande différence cependant était le fait que la production anglaise était surtout un grand spectacle musical, une partition qui comportaient non seulement des chansons, mais des intermèdes et  une musique de fond  qui créaient des multiples ambiances. Les voix puissantes de ces chanteurs britanniques,  accompagnés d’un orchestre équipé des appareils électroniques très sophistiqués, ont assuré  la qualité des chansons qui  parfois se rapprochaient à de grandes envolées d’opéra.  Les Anglais sont devenus  (avec les Américains) de grands maîtres de ce genre de théâtre musical qui ne se fait pas en France, surtout  si on pense aux créations de Anthony Lloyd Webber  tels que le Phantôme de l’Opéra, et Cats.  (Les Misérables est sans doute une exception).

 

Certains des comédiens canadiens, surtout celle qui a  joué  la mère et celui qui a interprété le  jeune Mickey, le fils qu’elle a gardé,  étaient  excellents mais si on considère la qualité de la mise en scène, la musique, la chorégraphie et le décor, force est de constater la supériorité du spectacle britannique. En effet, nous avons assisté à Londres, à un événement de très grande envergure et  la comparaison nous a incité à qualifier la production canadienne, sans doute injustement,  d’ « artisanale », voir à la  limite du théâtre professionnel.

Alvina Ruprecht

Blood Brothers;  texte, paroles, et musique de Willy Russell. Phoenix Théâtre à Charring Cross Road, London.
Le spectacle joue depuis 1988 et sera au Phoenix jusqu’au 29 août.  Téléphone :  +44 (1)1865 318831

 

 

La cuisine d’Elvis

 

La cuisine d’Elvis
Texte Lee Hall
Mise en scène Régis Mardon


visuelcuisine11300x259.jpgPrenez quatre comédiens pleins d’allant, ajoutez un scénario à la Ken Loach, assaisonnez le tout d’une bonne dose d’humour et de cynisme, parsemez des plus grands succès du King, vous êtes sûrs de réussir la Cuisine d’Elvis. Une comédie qui se termine mal, sur le thème : « Famille, je vous aime, famille je vous hais ». Et cette famille-ci n’est pas triste : à la suite d’un accident, le père n’est plus qu’un « légume » cloué dans son fauteuil. Habillé comme Elvis Presley, son idole, il lui prend parfois de se prendre pour l’artiste de Graceland, et de raconter des histoires aussi abracadabrantesques que délicieuses. La mère, la quarantaine anxieuse, est nymphomane : ivre du matin au soir et du soir au matin, elle se réfugie dans les bras de jeunes hommes, leur demandant inlassablement s’ils la trouvent attirante. Son unique désir désormais : « boire, baiser, vivre ». La fille, adolescente rebelle et boulimique, tente de prendre soin de ses parents, aimerait que tout soit comme avant…

Engueulades, coups bas et règlements de compte à OK Corral rythment la vie de la petite famille où finalement tout le monde est malheureux. Chacun tour à tour se découvre pervers et bourreau, en même temps que victime imprégnée de culpabilité. Chacun traîne son ressentiment, sa rancune et son besoin d’amour comme un boulet.

La situation s’envenime avec l’arrivée de Stuart, gigolo de 26 ans qui n’a pas inventé l’eau chaude, nouvel amant notoire de la mère. Non content d’avoir l’épouse, il séduit et prend la fille et finit même par masturber le père ! Sa bêtise et sa malhonnêteté agiront comme un révélateur et accéléreront une fin sordide, que nous ne révélerons pas ici.

À l’aide d’un décor minimal : une cuisine en trompe l’œil, une table et trois chaises, la petite troupe nous sert un excellent moment de théâtre, assez drôle pour ne pas être complètement tragique ou sinistre, et suffisamment subtil et fin pour ne pas verser dans le stéréotype ou la niaiserie. Un spectacle bien relevé en cette fin de mois d’août, et revigorant pour affronter la rentrée !

Barbara Petit

Théâtre Le Lucernaire jusqu’au 25 septembre à 18h30.

Pyrame et Thisbé. Festival d’Aurillac

 Pyrame et Thisbé par la Compagnie Gérard Gérard.

C’est une petite forme , comme aurait dit le cher Antoine Vitez sur une petite place du vieil Aurillac pour une petite jauge ( 100 personnes maximum). C’est , sur le thème de la fameuse histoire d’amour reprise par Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, joué par deux jeunes acteurs, Julien Bleitrach et Alexandre Moisescot. Quelques bouts de costume, une grande malle, quatre accessoires et quelques compères dissimulés dans le public: c’est tout et une demi-heure à peine, un petit moment de théâtre aussi  bête que jubilatoire,  c’est à dire intelligent et fin. Diction et gestuelle impeccable, sens du rythme et de la parodie; même si le travestissement a beaucoup servi, les deux compères savent s’y prendre pour que ce ne soit jamais vulgaire, même si c’est gros comme une ficelle, et  c’est surtout terriblement efficace…La Compagnie Jolie Môme joue aussi à une vingtaine de mètres: c’est dire que la concurrence vocale des chansons est là mais le public restait très attentif et  était visiblement heureux de cette bouffée d’air frais.
La Compagnie jouait aussi  dans la soirée son remarquable Roméo et Juliette qui l’a lancée il y a quelques années mais que nous n’avons pas pu revoir. Dans les centaines de compagnies dites « invitées », les Gérard Gérard qui résident à Perpignan ont su marquer leur territoire. Après tout, le Festival d’Aurillac , malgré la médiocrité de plupart des spectacles du off sert aussi à celà…Et chacun sait que le Théâtre du rue est une des plus rudes écoles qui soient!

Philippe du Vignal

25 et  26 aout à PARIS.Festival Les Arenes de Montmartre, Belleville, à PARIS.le 25 aout : 17h30 et 19h30le 26 aout : 17h30 et 20h »

le 29 aout à Herve (Belgique).Festival Rue du Bocage à 14h30 et 17h30.

Satellites Quand la lune se lève Part 2. Festival d’Aurillac

  Satellites  Quand la lune se lève Part 2. Illimitrof’ Company

satellites.jpgCela se passe dans le haras d’Aurillac, à la périphérie de la ville, tout près du Géant Casino , du magasin But et du Centre médico-chirurgical, survolé par une ligne à haute tension et pas très loin de l’ aéroport. Comme de plus, les bâtiments contemporains du haras sont d’une laideur à couper le souffle, vous comprenez vite qu’il ne s’agit pas d’une endroit idyllique. A l’entrée, de charmantes hôtesse chinoises remettent à chaque spectateur, un casque audio avec un visière représentant un visage à l’envers photographié en noir et blanc. Par politesse, on ne pose pas de questions. On vous invite  ensuite à pénétrer dans le haras.
Il s’agit  « d’un parcours, performance vivante, plastique et déambulatoire occidentalo-chinois » ( sic). » A travers un parcours émotionnel, soutenu par un effet de concentration auditive ( auido-guidé) vous serez propulsés dans une tentative de rencontre profonde entre deux cultures duettistes. Bertrand Dessane cherche inlassablement depuis vingt ans à nous faire sentir cette urgence de rapprochement culturel. Ici dans satellites 2 il pousse l’expérience à l’extrême, avec un acteur chinois face à un acteur occidental qui va tenter de se comprendre et de s’identifier » ( sic). En fait, si l’on résume: quelques petits textes insignifiants  dits dans le casque qui, au bout d’un quart d’heure , commence à faire mal à la tête, quelques passages dans des tentes regroupées où il ne se passe strictement rien. Un petite carte que l’on vous remet et avec laquelle vous devez vous retrouver un idéogramme de traits inscrits avec de la farine blanche sur un cercle de terre dans le manège. Mais comme on ne  donne aucune explication, tout le monde se trompe sur le sens envers/endroit du cercle et l’exercice tourne court… Ensuite le groupe de quarante personnes est scindé en deux, et celui auquel j’ai l’honneur et l’avantage d’appartenir est prié d’assister à une sorte de rituel auquel se livre l’acteur chinois dans une tente où il est enfermé. Rituel qui est la copie conforme ou presque d’une performance dans un jardin public l’après-midi du même jour; comme c’était gratuit, le public n’a rien dit mais s’était enfui vite fait dès la fin. On est prié d’entendre quelques uns des célèbres versets bibliques:  » Il y eut un soir, il y eut un matin… dits par l’acteur occidental;  on ne voit que l’ ombre de l’acteur chinois jusqu’au moment où il déchire des cloisons de papier. Quelques petites promenades toujours guidées par les hôtesses chinoises plus loin, nous nous retrouvons devant deux  hexagones de tissu blanc seulement éclairées par deux lampes de poches où l’acteur chinois effectue une danse. C’est bien le seul instant où il se passe quelque chose!  Après un nouveau  passage dans une tente, devant une table où deux couverts sont disposés sur une table nappée de rouge: une assiette avec des couverts  et en face, un bol avec des baguettes. Un Bible ficelée et en face Le livre du Li Jing. On vous donne une enveloppe rouge avec un petit message identique pour tous les spectateurs. Bonjour les symboles…. Et tous aux abris! Plus vain, plus prétentieux, plus inutile, malgré les moyens techniques mis en œuvre.
On peut se demander pourquoi et comment des choses aussi navrantes ont lieu dans le cadre du Festival officiel.Reste à comprendre comment et pourquoi la chose a réussi à atterrir jusqu’à Aurillac.
En tout cas, si vous la trouvez sur votre chemin, fuyez, fuyez: cela vous évitera de perdre une heure et demi de votre précieuse vie! Même si l’on vous propose de changer d’identité, puisque le spectacle se présente comme l’histoire d’un homme qui partage sa vie entre Occident et Chine, ce que l’on vous montre tient de la supercherie. Heureusement, le public- aucun jeune ou presque- n’a pas l’air dupe! C’est plutôt rassurant.

 

Philippe du Vignal

Spectacle  vu le 20 août au Haras national d’Aurillac
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PAPA, MAMAN, LE CHAT ET MOI. Festival d’Aurillac

PAPA, MAMAN, LE CHAT ET MOI  Jean-Louis Costes Aurillac 21 août 2010 a

Action et chansons en direct sur musique préenregistrée
Pour ce 25e festival d’Aurillac, Jean-Marie Songy retourne à des sources anciennes du théâtre de rue en convoquant une quinzaine de performances données comme il se doit pour une unique représentation.
Jean-Louis Costes, connu depuis une vingtaine d’années pour ses outrances musicales, verbales et scatologiques s’exhibe dans une nudité répugnante, se livrant aux pires excès en doublant son membre d’un long pénis, brandissant des effigies de Papa, se réjouissant du meurtre de Maman, s’enduisant de déchets merdeux, se réjouissant de la violence du chat, hurlant sa déchéance rêvée…Je n’ai pu rester dans la salle qu’en fermant les yeux aux pires moments de ce spectacle qui me semble très daté et sans rapport avec l’art…
Mais je retarde sans doute, car l’organisation de ces performances donne du sel à ce festival, en particulier la mise à nu de milliers de volontaires photographiés par Spencer Tunick. Voir la video sur face book,  et consulter l’excellent article de Jean-Pierre Thibaudat sur Balagan, rue 89.

Edith Rappoport

rue 89

 

 

Eternal in/out, Festival d’Aurillac

eternal4.jpgEternal in/out par Materia Prima
Écriture et mise en scène ODM

C’est une histoire sans fin, une spirale infernale, l’éternel recommencement… La compagnie originaire de Nancy mêle performance, installations vidéo, danse et musique pour nous parler de la perte, de la quête d’identité, de la soif de vivre, dans un spectacle à la lisière de la science-fiction  mais si proche de la triste réalité… Eternal in/out est en effet le troisième volet d’une trilogie sur le thème de l’ange et de la chute, dans les villes tentaculaires contemporaines.
Des corps inanimés sur des tables d’opération se réveillent dans une transe, avant d’être projetés dans la vie. Passant par différentes phases d’évolution, ces êtres vont découvrir le sexe, la violence dans les rapports humains, la débauche… mais surtout baigner dans une absence de repères totale, et finalement goûter assez peu de bonheur.
À la fin, cette destinée trépidante mais sans contact ni partage réels finit par les tuer, sauf qu’ils retourneront à la table d’opération. C’est reparti pour un tour…
La troupe Materia Prima fait preuve d’une belle énergie et maîtrise les images comme les déplacements dans l’espace. Restent quelques longueurs dans certaines scènes et un enjeu à définir plus précisément.

Barbara Petit

jusqu’au 21 août, place des Carmes

El nino, festival d’Aurillac

El nino, par Teatr A part

scénario et mise en scène Marcin Herich

 

Avez-vous le cœur bien accroché ? Il vaudrait mieux si vous tenez à assister à El nino, deuxième volet d’une trilogie sur l’existence humaine, tragédie moderne réglée au cordeau par la petite troupe polonaise Teatr A part.

Sur le parking du château Saint-Etienne, dans un décor dépouillé évoquant une friche industrielle post-apocalyptique, des personnages vont nous faire ressentir les affres et les désastres du monde technologique. De petites scènes s’enchaînent, faisant défiler une galerie de personnages tous plus lugubres les uns que les autres : des mâles autoritaires en pantalons militaires et rangers, torse nu, portant un masque de protection, semblent les gardiens d’un territoire interdit. Des hommes et des femmes revêtus de pardessus évoquant la Gestapo vont se livrer à des jeux érotiques, obscènes et violents. D’étranges individus sur échasses vont jouir à mettre le feu au sol… Les tableaux sinistres confinent même à une ignoble atrocité, comme lorsque des cadavres sont traînés dans des sacs plastiques, ou qu’un gentil couple se déshabille avant d’aller prendre une douche et de partir en fumée. Ou encore qu’un malheureux au corps supplicié, écartelé, est soumis à la torture avant d’être achevé par des bourreaux revêtus de blouses blanches et de masques.

La mise en scène est impeccable : les comédiens sont en tension, l’espace est bien exploité par les dispositifs techniques et mobiles. Musique et jeux de lumière soutiennent parfaitement la gestuelle de ce spectacle sans paroles, mais pas sans émotions.

Toutefois, on peut regretter l’absence d’une définition plus claire du contexte : de quels désastres nous parle-t-on précisément ? Épidémie, pollution, guerre ? Situer l’enjeu laisserait moins le spectateur sur sa faim. Nous avons le thème mais il nous manque encore le propos. À suivre.


Barbara Petit

jusqu’au 21 août au château Saint-Etienne

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