JE NE SAIS PAS

JE NE SAIS PAS de Nicolas Frize

Création musicale des Musiques de la Boulangère,  autour de la traduction pour ensemble instrumental, voix, chœur et bande, avec la participation de danseurs et plasticiens.

« Je ne sais pas ce que je pense, tant que je n’entends pas ce que je dis ! », prétend Nicolas Frize, petit elfe inventeur aux défis insensés, généreux et toujours réussis dans les lieux les plus bizarres depuis plus de trente ans: du concert de jouets au concert de savants, puis à celui de voitures et de locomotives.
Ce concert sur la traduction, en trois parties, a réuni 127 personnes, des professionnels aguerris, trois chefs, quatre chanteurs, douze  instrumentistes, un chorégraphe et  96 choristes. Concert précédé par trois manifestations dans une école, un cinéma et au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis,  sur la danse, le dessin, la peinture et les langues étrangères. Nous arrivons à l’Espace Louis Lumière, semi-enterré aux abords d’un stade cerné par de grandes barres d’immeubles déprimants, pour pénétrer dans une salle immense dont les gradins sont revêtus de bandes de tissus colorés qui fractionnent le public.
Face à nous, une installation fabuleuse à plusieurs étages, d’où les trois chefs vont diriger ce concert/spectacle. On nous annonce que nous devrons bouger de place à chaque entracte pour changer de point de vue. Des textes écrits par Nicolas Frize avec des citations de Merleau-Ponty, Alain, Balibar etc, défilent au-dessus des interprètes:  un étrange délire poétique autour de la traduction avec des images surprenantes. « Nous sommes tous des passeurs dans une chaîne de traductions »,  c’est la montagne que Frize nous fait escalader avec des pics à franchir autour des langues dans le premier segment,puis  autour de la danse avec le chorégraphe Jean Guizerix et trois enfants , enfin la création plastique avec Joëlle Girard, Jean-Pascal Février et Stéphane Gaillard qui peignent avec leurs corps en se frottant sur de grandes pages blanches.
Il y a un magnifique passage de percussions asiatiques et des splendides montées lyriques de chant choral avec de grands solistes dans la dernière partie. Impossible de rendre  la générosité de cette entreprise rendue possible grâce à une véritable implantation de longue date en Seine Saint-Denis,  avec l’appui des collectivités territoriales et de l’État. Un seul regret: malgré tous les efforts menés localement, la majorité du public venait de Paris par les navettes venues du Châtelet…

Edith Rappoport

Espace Louis Lumière d’Épinay-sur-Seine

http://www.dailymotion.com/video/xgvufl


www.nicolasfrize.com

 


Archives pour la catégorie critique

Visiones de la Cubanosofia

Visiones de la Cubanosofia.  le nouveau théâtre cubain.

clipimage002.jpgSur une petite scène, une série de tableaux–chocs qui donnent à voir une vision très personnelle  de  l’histoire cubaine. Les figures métaphoriques, les unes plus grotesques que les autres, émergent d’un échafaudage à deux niveaux, Cette scénographie d’une hiérarchie sociale confirme  la barbarie des colonisateurs dans un explicitement théâtral. Première image, une  immense statue de la vierge en poupée resplendissante  située au sommet de cette structure.
Enveloppée de velours,  de dentelles et  de couleurs brillantes.  Le visage pâle presque humain de
cette  poupée-vierge s’éveille et elle ouvre les yeux; on entend le tintement de  clochettes et des chants de musique sacrée cubaine qui annoncent le début d’un  rituel pervers.
Première étape de ce rituel désacralisé, la  « Cubanosophie! », dont la dynamique essentielle est le calvaire et le martyr d’une nouvelle figure christique,  José Marti. Cette vierge  androgyne a une  longue barbe  et  de gros yeux noirs, une bouche édentée aux  lèvres rouges ; le regard de plus en plus diabolique,  elle se lance dans une diatribe  violente et haineuse.
Ses  grognements, ses hurlements  évoquent  les derniers râles d’un vieillard   en train de mourir, alors qu’elle  parle au nom d’une église  méchante,  raciste, et colonisatrice, avant de s’évaporer dans les coulisses. Les images se font de plus en plus provocatrices et  violentes. Mais la dramaturgie de ce spectacle est difficile à percevoir; en fait, c’est surtout le travail  corporel et scénique  inspiré des textes de Fernando Ortiz, et de Reinaldo Arenas entre autres  qui s’impose.
Soudain, un personnage souriant et  habillé de rose , rempli d’énergie ,fait une apparition  en rigolant. Les  dentelles, les chaussures pointues,  le visage blanchi à la poudre,  et le  chapeau panache qui évoquent la cour d’Espagne du XVIIe siècle, renvoient également aux  touristes modernes: ils ont tous des appareils-photos, et  ont le  regard un peu naïf  et condescendant devant les pauvres indigènes  qui « mangent bien »  et « s’amusent dans les champs de canne ».   Cette  histoire de Cuba  revisitée et associée aux rituels transgressifs situés dans un espace-temps  où  passé et  présent se télescopent ,  sont aussi une critique de l’actualité, à la fois une vision grotesque de la colonisation et une  remise en question transgressive des pratiques contemporaines, sans pour autant remettre en question le système…   Mais la directrice de la troupe Nelda Castillo joue à la limite des choses.  Tout est désormais possible dans ce théâtre qui masque ses propos et qui est fondée sur une ambiguïté  riche en significations. Les  images sont féroces, la colère est évidente et le travail corporel des acteurs  fascinant. Devenus des objets obéissants, ils adoptent  une gestuelle, un bruitage vocal et une manière de tordre le regard et les membres pour se transformer  en présences à peine humaines et surtout très inquiétantes.   Cet imaginaire visuel transforme les images iconiques du pays , telle que la figure typique de la  Reine de la Fritanga, en monstres d’abjection.  Cette  femme maigre, dont les bras et le visage sont couverts  d’égratignures, des taches noires,   et de marques de  violence,  surgit sur la scène, et essaie de nous « plaire » comme le font les « nègres » de  Genet. Mais son  visage grimaçant, avec
une peau grisâtre et vieillissante, trahit une immense douleur. Elle est pourtant la reine de la Rumba, de la Salsa et des défilés du carnaval, de la jouissance physique et de la pagaille  nées dans la douleur et dans l’horreur de l’oppression.
Toutefois, parmi ces figures grotesques et caricaturales,  se détache  le corps à moitié nu de Marti,  accroché à des  bâtons de canne  croisés, comme un homme  crucifié. Il ne parle plus et son visage reste  impassible et silencieux. Il n’y a plus que  le souvenir de ses gestes, et de ses souffrances  qui  évoquent  le personnage, comme le veut la metteuse en scène.
Marti va grimper péniblement jusqu’au niveau supérieur de l’échafaudage  où il se redresse, comme un grand homme d’état,  à côté de la Vierge, qui hurle toujours  son message incompréhensible comme un vieille folle. L’image de ce  calvaire est puissante.  Comme  les autres acteurs, il est passé  par une discipline à toute épreuve et une formation qui aboutit à la libération du corps et de l’imaginaire, et qui donne tout  son sens au spectacle. En  se servant de leur mémoire corporelle et en  dépassant le réalisme, ils ont aussi réussi à dépasser  le théâtre et l’histoire récente, et remettent tout en question , sauf la grandeur de Marti qui plane sur un monde où son message aurait peut-être été oublié.

Alvina Ruprecht

 

Visiones de la Cubanosofia  est présenté   par la Compagnie  Le Cerf enchanté au Théâtre la Capilla (Vedado) à la Havane,  Cuba.

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Le Jeu de l’île

Le Jeu de l’île, d’après L’Île des esclaves, L’Île de la raison et La Colonie, de Marivaux, adaptation et mise en scène de Gilberte Tsaï

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On est sidéré par la modernité de Marivaux dans cette dernière pièce où  il pose toutes les questions de l’égalité et de la mixité qu’un demi-siècle plus tard… les révolutionnaires oublieront. On voit déjà là la force du combat féministe, y compris, et de façon plaisante, dans ses contradictions entre les « pures et dures » et les féministes « lipstick » qui ont envie d’être coquettes pour elles-mêmes. La pièce finit sur le constat qu’une seule égalité est vivable, sans retour en arrière.
C’est peut-être parce qu’il y a là un réel enjeu pour aujourd’hui que la représentation s’anime vraiment quand on arrive à La Colonie. Féministes, rassurez-vous : le public jeune, filles et garçons, réagit joyeusement et positivement à la proposition de Marivaux. Il n’en est pas de même pour les deux autres pièces, dont l’enjeu est plus lointain : difficile d’assimiler l’opposition entre riches et pauvres d’aujourd’hui au couple maître-serviteur, la société industrielle et Marx étant depuis passés par là. Cela rend les pièces plus abstraites et plus moralisantes, même si on aime toujours l’humanisme de Marivaux. Peut-être, aussi, ces deux pièces manquent-elles de situations dramatiques,  même si  se dessine dans L’Île des esclaves, à côté du renversement de base, une coupable indulgence du président de cette république pour la coquette et tyrannique Euphrosyne…
Le spectacle est lent à démarrer, donc, avec de jeunes comédiens issus de l’école de Limoges qui peinent à se lâcher. En revanche, ils excellent dans la musique chorale composée pour eux par Olivier Dejours, et manipulent remarquablement, ce qui est rare parmi les comédiens, surtout débutants, les marionnettes de Pascale Blaison.
Toute l’affaire est placée sous le regard d’un philosophe un peu cynique et  ironique, un peu bohême et pas mal arrosé, qui passe heureusement, le temps de la représentation,  d’un regard misanthrope à un regard humaniste.
On en est heureux, mais on attendait quand même un peu plus de théâtre.

 

Christine Friedel

 

Nouveau Théâtre de Montreuil T:  01 48 70 48 90 , jusqu’au 15 mars

 

 

Le Cabaret des vanités

Le Cabaret des vanités , dramaturgie et mise en scène collective du Groupe Incognito.

Ecabaret.jpgn 2008, quelques jeunes comédiens et chanteurs , issu de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg avaient déjà monté Le Cabaret des Utopies où ils posaient la question d’une société meilleure; cette fois, ils s’amusent à à dresser une sorte de tableau des vanités tout à fait à l’honneur dans la société de consommation, avec un spectacle qui tient davantage du cabaret. Et ils citent les paroles fameuses de l’Ecclesiaste: Vanitas vanitatum et omnia vanitas… en prologue à ce spectacle qui use de collages de textes les plus inattendus et de nombreuses chansons qui, tous célèbrent la seule liberté que possède l’être humain: se moquer de sa propre disparition pour mieux jouir encore de la vie.
Avec en  vrac: une interview du très riche François Pinault assez lucide sur sa boulimie de collectionneur,  un discours des plus prétentieux de Blond-Blond, comme dirait Christophe Alévèque, l’héritier de Neuilly, un entretien avec Céline, Le Caca d’Antonin Artaud, un texte poétique: L’Oiseau bleu de Bukowski, une étonnante Proposition d’art à faire soi-même de Miranda July, écrivain et artiste américaine.
Côté chansons,  entre autres: Mon  Dieu,  de Nana Mouskouri, La mort me hante de Colette Magny sur des paroles d’Artaud; Que la vie est belle de Sheila… Ils sont sept, accompagnés de deux musiciens et de quelques amateurs,  à dire ces textes , à chanter, et danser ; les paillettes, le strass, les costumes criards  et un cadre de tubes fluo d’un blanc cru tout aussi criard, des gerbes de ballons rouges sont au rendez-vous pour mieux souligner cette joyeuse danse macabre que ce collectif de jeunes comédiens vient nous servir à chaud.
Il y a, aux meilleurs moments, l’héritage de la pensée de Deleuze qui avait consacré sa thèse au suicide et qui, malade, avait fini par se défenestrer, et  quelque chose aussi de ce burlesque flamand cher à Michel de Ghelderode, comme dans cette scène de grand repas ou, à la fin, cette grandes boîtes de bois blanc où ils s’allongent pour l’éternité, tout en continuant leurs espiègleries.
Les textes sont bien dits, et les chansons bien chantées, notamment par Olivia Côte et  par Emilie Incerti-Formentini, tout à fait juste et émouvante. On voit qu’ils ont tous été dans de bonnes écoles. Mais… regrets sur quoi l’enfer se fonde , comme dirait Guillaume Apollinaire: la mise en scène , comme c’est souvent le cas dans ces « collectifs » qui sont de nouveau très à la mode chez les jeunes  comédiens, histoire de mieux résister à la morosité ambiante, reste assez approximative. Tout semble se faire un peu à l’arrache, avec un peu d’impro pas vraiment maîtrisée; les textes, pourtant bien choisis, ne sont pas suffisamment mis en valeur et les chansons pourraient bénéficier d’une meilleure balance avec la musique. L’ensemble est sympathique, c’est sûr ,mais ce Cabaret des vanités manque singulièrement de rythme, comme d’unité, et il faudrait  que l’un des membres du Groupe Incognito prenne  en main ce qui ressemble  encore trop à une série de propositions qui exigerait une véritable mise en scène pour être plus convaincante…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Commune, jusqu’au 11 février mardi et jeudi à 19h 30, mercredi, vendredi  à 20 h 30. T: 01-48-33-16-16

 

Prévert Blues

Prévert Blues, mise en scène Henri Texier et Frédéric Pierrot

   prevertblues.jpgCinq types entrent en scène marchant d’un même pas, droits dans leurs bottines, le béret vissé sur le crâne, le clope au bec, l’imper bien cintré, les mains au fond des poches. Ambiance simenonienne, atmosphère audiardienne. Chacun prend place derrière un instrument, de cour à jardin seront disposés en demi-cercle, entre un lit et une table de travail, le saxophoniste (Sébastien Texier), le guitariste (Manu Codjia), le contrebassiste (Henri Texier), le batteur (Christophe Marguet).
Revenu de derrière un paravent, le cinquième a troqué le béret contre un Borsalino et porte une valise. Il s’assied au bureau, allume une lampe de banquier, et commence à écrire. Il se met à parler, on entend des rimes. C’est Prévert, le poète, qui s’exprime. Frédéric Pierrot, l’imparable interprète , durant deux heures, va faire revivre sous nos yeux l’amoureux de la vie et de l’amour. Accompagné par le quatuor de jazz, sans que jamais la musique ne l’emporte sur sa voix, il donne vie aux multiples personnages de celui qui avait tant le blues.
Le comédien, très expressif, s’en donne à cœur joie, il est tout à son art, autant qu’à son aise. Prévert n’est-il pas l’auteur des paroles des Enfants du Paradis ? Dans la lignée d’Anacréon ou de Pindare, ces poètes grecs qui s’accompagnaient de la lyre, cette harmonie entre texte et musique soutient sans relâche notre attention. Mais, avec Prévert, sa vision mélancolique et désabusée, nous sommes peut-être plus proches de l’inconsolable Orphée… Dans cet univers qui nous est donné à voir aussi bien qu’à entendre, si l’on joue avec les images, si l’on accroche des cœurs sur un mur ou fait du dessin, on est aussi un cabotin qui se déguise et qui se grime, un forain qui vit d’expédients, un simple homme qui épluche des patates ou fait son repassage dans une terrible et douloureuse solitude.
Visage sombre d’un Paris pauvre et populaire qui a aujourd’hui migré ailleurs.La délicate union du jazz et du théâtre, où les arts sont l’un au service de l’autre, et se répondent avec entrain, passion et plaisir. Un jeu interdisciplinaire en hommage à un artiste maître en la matière.

 

Barbara Petit

À L’apostrophe – Théâtre des Louvrais de Pontoise, le 4 février 2011.

de Alain Behar, texte et mise en scène.

mo.jpg est d’abord une scénographie très élaborée, très esthétique. Des formes rectangulaires, des lignes, du gris et du blanc, des meubles stylisés : l’ensemble donne l’impression de quelque installation artistique. Et ce sentiment se trouve renforcé par la présence, en toile de fond, d’un double écran.
Les espaces sont  clairement délimités : des structures métalliques, des alternances de moquettes noire et blanche, des lignes au sol, et un mobilier (table, chaises, canapé, miroir) qui reconstitue, côté cour, un salon. Mais les comédiens passent de l’un à l’autre comme si ces espaces n’existaient pas. Même le salon, seule structure réaliste, est à ce point géométrisé qu’il ne saurait représenter un véritable salon. Cela dit, Mô la mise en scène de Mô ne manque pas d’intérêt: Alain Behar exploite en  effet  la scène de manière peu conventionnelle. Ici point de fable, pas non plus de personnages. Mais des entités abstraites (des pensées ? des instances du cerveau ?) jouées par cinq comédiens.   Cinq entités qui ne se touchent pas, ne se parlent pas vraiment. Mais elles habitent les structures spatiales,  interagissent avec les objets scéniques, notamment la vidéo et le texte projetés sur les écrans.
La lumière souligne les temps de pause, et contribue à rendre les espaces encore plus abstraits. Outre des effets visuels impressionnants, Behar met en place un dispositif sonore complexe : la voix des comédiens est amplifiée, comme les bruits de leurs déplacements. Restitués sur les côtés, et en écho au lointain,  les  sons brouillent nos repères spatiaux : on ne sait plus qui parle. Et la mise en scène, très élaborée, prend alors le pas sur la restitution du texte.
est aussi une impressionnante performance d’acteurs. Le texte se présente comme un enchaînement de phrases courtes. Les cinq comédiens, parfaitement en osmose, le restituent à une cadence impressionnante. Cela donne un flot de parole monocorde, presque ininterrompu, pendant les deux heures que dure le spectacle. Il en va de même en ce qui concerne les mouvements ; les comédiens ne s’immobilisent que rarement, avec des déplacements fluides, et des gestes précis qui participent d’une chorégraphie.
Mais que signifie-t-elle? Que dit le texte au verbiage incompréhensible? Enveloppé par l’installation sonore, il nous étourdit si nous essayons de comprendre, ou il nous endort si nous n’essayons pas: la plupart des phrases relèvent d’un jargon scientifique! Ou bien déjantées. Ou hors propos…  est, en fait, une expérience. Alain Behar a commencé à monter ce spectacle en 2008 dans un laboratoire de recherche en neurosciences. Il explique qu’il a essayé de restituer avec ce que pourrait être la pensée. L’installation représenterait donc l’intérieur de la tête d’une personne, et le spectacle serait « le son de la pensée ». Cela reste abstrait, même si c’est beau, et parfois  impressionnant…. Mais de l’abstrait à l’abscons, il n’y a qu’un pas, celui qui nous fait passer de la juste mesure à l’excès. Or est long et monocorde. Et pour une explication de ce qu’est la pensée, est dense et l’on a peu de répit pour digérer les concepts qu’on réussit à glaner, de-ci, de-là. C’est donc un spectacle à voir 15 minutes,  ou à voir  15 fois. Au choix…

Nicolas Arribat

Théâtre de l’Échangeur jusqu’au 12 février.

 

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La Fin ( Koniec)

La Fin ( Koniec) d’après Nickel Stuff, scénario pour le cinéma de Bernard-Marie Koltès, Le Procès et Le Chasseur Gracchus de Franz Kafka,  et Elisabeth Costello de John Maxwell Coetzee, adaptation de Krysztof Warlikowski et Piotr Gruszynski,  mise en scène de Krysztof Warlikowski.       

      lafin.jpg On connaît bien en France maintenant le travail de Warlikowski, dont le Hamlet avait été présenté au Festival d’ Avignon il y a dix ans déjà,  où fut également joué en  2009 dans la Cour d’Honneur, (A) pollonia (voir Le Théâtre du Blog juillet 2009 ) , montage à partir de textes d’Eschyle et Euripide mais aussi d’auteurs contemporains comme la romancière polonaise Hanna Kral, J. Littel , ou encore John Mawel Coetzee avec des fragments d’ Elisabeth Costello, texte que  l’on retrouve dans cette Fin.
Dans une unité dramaturgique très forte, le passé se bousculait avec le présent, le texte avec la scénographie et les images vidéo, et le créateur de ce spectacle magnifique ,malgré quelques longueurs, avait su admirablement évoquer la dignité et la souffrance du peuple polonais.  Warlikowski reprend  ce même processus d’écriture
pour La Fin, où la scénographie   tout à fait remarquable de Malgorzata Szcesniak sert de fil conducteur à cette tentative d’exorcisme, si l’on a bien  compris ses intentions du créateur polonais, dans  la relation qu’il  a avec le corps et la pensée féminine. A travers une sorte de tricotage -associé à une transmission vidéo presque permanente- des quatre textes cités plus haut , dont un scénario de cinéma, pour Koltès,  et des dialogues du  Procès d’Orson Welles.
Chacun des personnages mis en scène par Warlikowski, ont une vie qui a, pour dénominateur commun, une sorte de seuil  » de la loi, de la vie, de  la mort » qu’ ils ne peuvent arriver à franchir. Joseph K. se retrouve ainsi prisonnier d’une procédure incompréhensible  où il ne sait même pas de quoi il est accusé;  Tony, le héros de Koltès , envisage la possibilité d’un crime, Le Chasseur Gracchus est à la fois mort et vivant: « Ma barque est sans gouvernail, elle marche avec le vent qui souffle dans les plus profondes régions de la mort », dit-il au maire de Riva.; quant à Elizabeth Costello, en proie à une  traque juridique, elle doit se plier à un examen de conscience aussi implacable qu’absurde, et se retrouve dans un centre de rétention, en proie aux interrogatoires d’un petit fonctionnaire…
Comme toujours chez Warlikowski, la mise en scène  est d’une très grande qualité plastique, et les acteurs polonais font un travail impeccable. Pourtant, là où il avait       réussi son coup avec (A)polonnia, cette fois, ce long spectacle de quatre heures ne fonctionne pas très bien, en grande partie , parce que Warlikowski s’est laissé prendre, comme bien d’autres   au piège de la retransmission vidéo qui est vite devenu  un procédé à  la fois, stéréotypé, inefficace et fatiguant pour le spectateur. Il faudrait qu’il nous explique, en quoi un travail théâtral acquiert une dimension supplémentaire quand il fait filmer des personnages derrière une vitre sur le côté, à demi cachés,  ou même sur le plateau, pour retransmettre  leurs visage en gros plan sur un écran de six mètres carrés. Ou encore mieux, quand il filme un escalier de coulisses et des loges de comédiens !On nous  a déjà fait le coup cent  cinquante fois,  et ce théâtre dans le théâtre à la sauce électronique n’a strictement aucun intérêt. C’est prendre les spectateurs pour des gamins de cinq ans  qui , eux, ne seraient même pas fascinés par  d’aussi pauvres trouvailles….A l’heure de jeux vidéo, heureusement, ils en ont vu d’autres et bien plus inventifs!
Quant au  public, pris en otage, il est prié de voir à la fois  les personnages dans l »espace scénique, et leur image vidéo en gros plan, envahissante diffusée presque en continu , d’entendre le texte  en polonais, et en prime,  sur un  écran de   surtitrage placé en fond de scène le texte français, et une bande sonore… Au bout d’une heure, on est vite  assommé par ce déluge d’informations. Mais, comme la soupe concoctée par  le créateur polonais dure quand même trois heures avant l’entracte, on crie grâce. D’autant plus que, sur le plan dramaturgique, le spectacle est  nettement bien moins construit qu‘(A)pollonia)
Après l’entracte, il y a eu une hémorragie de spectateurs mais il y a comme une embellie:  les dialogues semblent plus efficaces et le scénario plus rigoureux, si bien que les 55 minutes restantes passent relativement  vite. Mais on a connu Warlikowski mieux inspiré. Ma voisine, qui devait avoir une vingtaine d’années, sans être émerveillée, et qui n’avait jamais vu un de ses spectacles, trouvait qu’il y avait quand même quelques belles et fortes images. Sans doute, mais il faut les mériter…
Alors à voir?  Pas vraiment.  1) Si vous avez envie de découvrir l’univers de Warlikowski, il est urgent  d’attendre, vous  risqueriez fort de trouver  le temps vraiment long d’autant que, sans doute par provocation, Warlikowski a accroché, dans la seconde partie,  une pendule qui fonctionne parfaitement, bien éclairée par un spot lumineux, sans doute pour  nous dire que cette petite heure va vite passer… 2) Si vous avez vu (A)polonnia en Avignon ou à Chaillot, vous aurez bien du mal, en comparaison, à y trouver votre compte.
Il serait  temps que Warlikowski revienne à un vrai travail  théâtral, au lieu de faire joujou avec des assemblages de textes et avec la vidéo, ou  choisisse un autre medium pour se livrer à cet exorcisme    personnel  qui , finalement, a bien du mal  à nous toucher. Et cela ne fait que confirmer ce qui semblait déjà se dessiner dans cette adaptation du Tramway nommé désir, déjà pas vraiment convaincante…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 13 février.

Le Roi du plagiat

Le Roi du plagiat ,second volet d’un triptyque composé de trois monologues de Jan Fabre, mise en scène et scénographie de l’auteur.

 

roi20.jpgPendant 1h30 dans un cabinet de curiosité, aux murs tapissés de toile bleue parsemée de couronnes, un ange descendu du ciel veut devenir un être humain avec ses imperfections mais renonce ainsi à son immortalité.Lorsqu’il se défait de son manteau d’ange, l’acteur DIrk Rofhooft est en casaque verte de bloc opératoire. Un scialytique central l’éclaire en contre-jour, deux négatoscopes sont placés en fond de scène,  et douze cerveaux, symbolisés par des pierres placées dans des bocaux en verre, limitent l’espace. Pour Jan Fabre, le cerveau est en effet le personnage central de la pièce: « Nous voyageons vers Vénus, mais nous ne savons toujours pas comment fonctionnent nos cellules grises. Nous ne savons pas ce que nous pensons. Le cerveau est un territoire incroyable, une terra incognita ».
C’est ce cerveau qui pousse l’ange à se confronter à nous spectateurs, qu’il désigne comme des « singes bavards », et qui va conduire cet ange, pour devenir un humain plus remarquable, à s’injecter des fragments de tissu cérébral provenant de quatre figures de référence, un scientifique: Einstein, un écrivain: Gertrude Stein, un philosophe: Wittgenstein et un docteur: Frankenstein.
Tout au long de cette tentative de métamorphose, le comédien est emporté par une logorrhée et prend en permanence le public à témoin. Avec  quelques phrases provocatrices, quand il traite le public de « charmant petit peuple » et qu’il l’invite le maltraiter: « Si vous ne me trouvez pas bon, vous pouvez me lapider« . Ou bien simplistes: « Je veux remplir mon vide« , …ou: «   il est l’heure d’essayer de faire semblant« .
Réflexions entrecoupées de saillies verbales un peu trop répétitives composées d’extraits en anglais de pièces de Shakespeare. Et le plagiat ? Cet ange cherche en effet ,selon Jan Fabre, à imiter l’homme. Ce qui lui permet, de nous livrer un témoignage sur l’authenticité de l’art. C’est en fait, et plutôt, un monologue d’un habile bonimenteur sarcastique: » Est-ce que je peux être ami avec vous? », remarquablement interprété par Dirk Roofhooft.
Cet ange parfois fragile, comme le cerveau qui le commande, est un être égocentrique, comme son auteur… qui s’applaudissait avec ferveur le soir de la première…

 

 Jean Couturier

 

 

 

Théâtre national de Chaillot , Salle Gémier.

 

Le Serviteur de la beauté 3éme partie du triptyque se joue  jusqu’au 11 février.

Le Musée de la mer

Le Musée de la mer de Marie Darrieussecq, traduction de Sjon, mise en scène d’Arthur Nauzyciel.

Après deux spectacles présentés à Reykjavk depuis 2007, Arthur Nauziciel a été invité par le Théâtre national d’Islande à y créer une mise en scène et il a demandé à la romancière Marie Darrieussecq,  avec  laquelle il avait déjà collaboré pour Ordet d’écrire une pièce à cette occasion et qui l’a effectivement été cette même année 2007, soit peu de temps avant que l’Islande ( 320.000 habitants) ne connaisse un  traumatisme exceptionnel due à une terrible crise financière et donc économique qui  a eu des répercussions presque immédiates sur la plupart des grandes banques européennes qui avaient investi dans ce pays , fleuron du capitalisme pur et dur, reconnu    comme étant à la pointe du revenu par habitant et en terme de progrès social.
Donc Marie Darrieussecq , fascinée par ce pays de l’extrême où elle est allée souvent, a écrit cette sorte de conte qui devait- c’était la contrainte imposée par Nauziciel- être traduite en Islandais pour être créée à Reykjavik , avec la collaboration donc de Sjon, le parolier de Björk qui en assuré la traduction  et du compositeur Bardi Johansson, et de la chorégraphe Erna Omarsdottir.
C’est l’histoire d’un couple Lizz et Will qui se réfugient, parce qu’ils ne trouvent plus un litre d’essence, chez un autre couple May et Man qui vivent très pauvrement dans un pays en état de guerre. Ils gèrent un aquarium/musée de poissons, dont ils sacrifient quelques uns pour se nourrir. Il y a aussi  un poulpe,  et Bella qui est une sorte de monstre
museemer3.jpg, comme une sorte de veau marin. Et l’on assiste à une sorte de cohabitation pacifique entre les deux couples et les deux enfants. mais on entend au loin des cris et des bombardements… La guerre est bien là, qui semble  préluder aux graves difficultés que va connaître l’Islande un an après.
Marie Darrieussecq, romancière expérimentée qui avait publié Truismes, son premier livre en 96 , universitaire avertie  et qui doit  quand même avoir quelques idées sur le dialogue théâtral,  dit pourtant assez naïvement, qu’il n’ a rien à voir avec un dialogue de roman (sic).  » Une phrase pensée pour le théâtre doit pouvoir être dite, et même elle doit trouver sa justification sur scène: c’est à dire répondre à une exigence venue de la bouche d’un autre personnage ou venue de la scène elle-même, de la présence des corps. »
Merci pour cette merveilleuse découverte… qui ne nous éclaire pas beaucoup sur ses intentions en ce qui concerne ce Musée de la mer dont l’écriture reste tout de même assez pathétique. La mise en scène  rigoureuse d’Arthur Nauzyciel, tout comme le jeu précis des acteurs  du Théâtre national Islandais, ne peuvent rien rattraper. Et ce qui aurait pu faire l’objet d’une nouvelle, essaye de flotter ici dans un univers qui se voudrait dramatique mais auquel on ne croit pas une seconde.
Et l’ennui, malgré une  réalisation soignée , est vite au rendez-vous. En fait, ce qui manque le plus, c’est une vraie vie, un véritable dialogue qui induirait une relation forte ente ces personnages fantomatiques dont la vie nous est, du coup, absolument indifférente.Et la guerre,  ses bombardements, et  la terreur qui s’empare de toute une population qui a faim: désolé, on connaît bien , Marie Darrieussecq, et  c’est quand même autre chose, que  cette piécette  écrite « dans une langue très elliptique (…) qui appelle une mise en scène pour exister ».( sic)! Tous aux abris!
Et ce ne sont pas quelques belles images qui peuvent donner le change.   Arthur  Nauzyciel ni un autre metteur en scène ne pouvait rien sauver de ce désastre programmé; il suffisait de bien  lire la chose  qui sert de texte pour s’en convaincre.   A l’impossible , nul n’est tenu, comme disaient nos grands-mères… Reste un mystère: pourquoi Nauzyciel s’est-il lancé dans cette opération et pourquoi Pascal Rambert a-t-il accueilli ce Musée de la mer?

 

Philippe du Vignal

 

Spectacle créé au Centre dramatique d’Orléans;  au Théâtre de Gennevilliers,  vendredi 4 à 20h 30; samedi 5 à 15h et 20h30; dimanche 6 à 15 heures et mardi 8 à 19h 30. t: 01-41-32-26-10

AU-DEHORS

 AU-DEHORS  d’Alain Ubaldi, mise en scène de l’auteur.

    Au-dehors avait été créé pour le Festival d’Avignon 2008 . Alain Ubaldi, auteur d’une dizaine de textes depuis 1991, a repris Au-dehors pour trois représentations, à l’invitation de Lilas-en-scène, lieu chaleureux animé par Claire Acquart, niché au flanc de Jipanco,  entreprise de construction de décors, qui fait bouillir la marmite.
Au dehors, c’est un soliloque autour d’un licenciement, prononcé par un patron invisible depuis dix ans,  d’ un employé consciencieux arrivé pour la première fois avec dix minutes de retard.
La première partie se joue derrière un transparent avec des projections: l’homme est prostré, son texte proféré par sa voix enregistrée procure une bizarre distance. Il émerge au-devant du plateau dans la deuxième partie, pour crier  sa révolte avec des accents de folie parfois gênants, puis retombe dans la résignation.
Stéphane Schoukroun, effrayant par moments, fait bien passer l’actualité brûlante de ce texte en cette période de dégraissage national.

Edith Rappoport

www.myspace.com/ciekit

Lilas en scène

 

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