L’Échange

L’Échange, de Paul Claudel (deuxième version) mise en scène de Bernard Lévy.

  p9265510.jpgUne partition à quatre voix, parmi les plus connues de Claudel.Le jeune Louis Laine a épousé Marthe, et l’a entraînée loin de la vieille Europe vers le Nouveau Monde, terre de ses ancêtres indiens. Mais la vie de bohème que mènent les deux amants au bord de l’océan va être vite perturbée par le retour des « patrons » : Thomas Pollock Nageoire, riche homme d’affaires, et sa femme, Lechy Elbernon, actrice sur le déclin.
C’est l’histoire d’une rencontre, et les paroles ricochent entre  les personnages, comme entre quatre facettes d’une même âme.
Lechy et Louis d’un côté , Tomas Pollock et Marthe de l’autre sont attirés l’un par l’autre dans une fascination mutuelle, et il y aura un échange au sein des deux couples… Pour Bernard Lévy, cette œuvre s’impose, par la simplicité et la profondeur des questions qu’elle pose à l’homme, et par sa richesse de ton et d’expression qui lui donne une puissance dramatique.
 Sa mise en scène semble pourtant hésiter entre l’innovation et le traditionnel. La scénographie nous fait pénétrer dans un univers presque hippie plutôt inattendu : la cabane de Marthe et Laine devient, ici, une petite caravane métallisée posée au milieu des terres;  la fameuse balançoire  descend quand on la juge nécessaire et  des images de ciels se succèdent sur un écran, matérialisant le passage de la journée unique  où se déroule l’intrigue, dans un temps théâtral autre que le temps réel.Sur cet écran, viennent aussi s’inscrire à l’occasion quelques phrases du texte, pour rappeler la parole originelle de Claudel, et créer une interaction avec les acteurs.
  L’effet créé est tout de même un peu trop illustratif (entre autres : le coucher de soleil apparaît sagement lorsqu’il est évoqué par les acteurs) et l’écran, qui accapare une partie de l’espace visible, contraste avec le reste de la scène, plongé dans l’obscurité, où les acteurs , dont le jeu  se caractérise par un certain immobilisme, semblent s’égarer: déplacements  réduits au minimum, rythme assez lent, malgré certains passages plus dynamiques, quand, par exemple,  Laine (Pierric Plathier) et Lechy (Aline Le Berre) évoluent ensemble au son d’une guitare.
  Tout cela pèse quelque peu sur l’attention du spectateur, d’autant plus que la parole claudélienne n’est pas vraiment apprivoisée : Bernard Lévy se débat avec un langage  poétique qui, loin de prendre vie, s’impose souvent ici comme un obstacle au sens, et les acteurs ne sont pas très présents : Audrey Bonnet (Marthe), est évanescente, comme  Pierric Plathier; même Pierre-Alain Chapuis, qui interprète un Thomas Pollock Nageoire plutôt ancré et à l’aise au milieu des rires du public, pourrait davantage assumer  son personnage.
Bernard Lévy, séduit par le caractère composite de la pièce et la liberté scénique qu’elle offre, semble s’être un peu perdu et n’a pas  réussi à mettre en place une véritable articulation entre les différentes expressions théâtrales. De bonnes idées tout de même, et de belles images, comme la fenêtre de la caravane qui forme un cadre où les personnages viennent se glisser avec art comme dans une peinture à la lumière dorée.
On se laisse bercer au son de la guitare… mais peut-être un peu trop.

Élise Blanc

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 19 mars.


Archives pour la catégorie critique

LE SONGE D’UNE NUIT DE MAI

LE SONGE D’UNE NUIT DE MAI  d’après Shakespeare, mise en scène Miguel Borras, maïeuticien Philippe Guérin.

Le Théâtre du Bout du monde travaille depuis l’été 2009 sur ce projet dans le quartier du petit Nanterre, avec une trentaine de personnes, amateurs issus des ateliers d’Emmaüs, du Centre d’accueil et de soins hospitaliers, d’ateliers d’arts plastiques avec des élèves d’écoles élémentaires, ainsi que l’association Z’YA et La Fontaine pour la réalisation des décors. Le Songe d’une nuit de mai s’est concrétisé en 2010, mêlant cinq  comédiens professionnels dans une distribution métissée, il vient d’être repris à Paris pour cinq représentations. Ce Songe s’ouvre sur un prologue improvisé incertain Le Bar des as dans le hall du théâtre. Puis, nous pénétrons dans la salle, avec, sur le plateau une belle installation plastique, réalisée sous la direction de Virginie Berland. On se perd un peu dans les chassés-croisés amoureux, les rôles étant doublés en cours de représentation, il y a deux Démétrius, deux Hermia, deux Lysandre, deux Héléna, et les doublures sont  plus âgées que leurs personnages. ..  Mais il y a une belle mise en abyme dans les répétitions et la représentation montée par les artisans.
Puck, déguisé en singe insolite, est interprété avec lenteur par une bonne comédienne Catherine Bloch, alors qu’il devrait aller à la vitesse de l’éclair. Gora Diakate est un puissant Obéron.   Malgré les  maladresses de jeu inévitables (
ces comédiens amateurs ont eu des accidents de la vie),  mais grâce à elles, l’émotion gagne peu à peu le public et on se prend à renoncer à des comparaisons inutiles avec de grandes mises en scène, comme celle de Peter Brook,  ou récemment celle de Yann-Joël Colin.
Le Théâtre du Bout du monde fondé voilà vingt ans, mène des ateliers théâtre à Nanterre dans les écoles maternelles, à la MJC Daniel Féry, dans les collèges, au CASH et avec les jeunes et les habitants de Nanterre, ainsi qu’au Centre Emmaüs de Paris Xe.

Edith Rappoport

Théâtre du Bout du Monde, Maison des pratiques artistiques amateurs, Auditorium Saint Germain tbm://compagnie, Tél : 01 47 84 23 38 tbm.blospot.com.
Une table ronde sur  le thème: Amateurs et professionnels : Confusion ou collaboration ? est organisée à la MPAA, Auditorium Saint Germain ,le 5 mars de 14 à 18 heures avant la représentation.

 

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Carte Blanche à Pierre Rigal

Carte Blanche à Pierre Rigal.

             prigal.jpgAu théâtre Monfort, le public peut découvrir parmi les formes frontières de spectacles, après « En Somme » de Marion Levy  (voir l’article du Théâtre du Blog du 18/11/2010), la carte blanche d’un chorégraphe dont le travail flirte avec  le théâtre.
Ancien champion d’athlétisme, Pierre Rigal est atypique au sein de l’univers de la danse; il nous donne à voir  trois de ses spectacles, dont le premier Erection fut créé en 2003.C’est un solo de 45  minutes de Pierre Rigal mis en scène par Aurélien Bory qui nous montre la difficile acquisition de la verticalité. Le corps du danseur lutte contre la pesanteur et contre son incapacité à se tenir debout sur ces deux jambes. Corps prisonnier d’un rectangle lumineux au sol parcouru d’ondes sonores que les mouvements font varier (remarquable travail technique). Quand,  enfin, il  y parvient, le corps apparaît figé  comme en apesanteur, par une lumière stroboscopique aveuglante.
Arrêts de Jeu
est un spectacle conçu pour quatre danseurs , également mis en scène par Aurélien Bory et inspiré de la célèbre demi-finale de coupe du monde de football en 1982,  année  funeste ou l’équipe de France fut rattrapée puis battue par celle d’Allemagne. Après avoir entendu les commentaires télévisuels  entrés dans l’histoire, l’on assiste à une représentation du match  pleine d’humour  avec  des gestes chorégraphiés et ritualisés. Puis le spectacle bascule dans un théâtre d’objets onirique.
« Les corps se transforment,  des lucioles lumineuses envahissent la scène, dans une incroyable précision gestuelle. Les corps seront des images, des visages, des jouets, des joies, des angoisses, des rêves puis des cauchemars… Les corps seront tantôt idiots, tantôt solennels, tantôt absurdes, tantôt perspicaces, tantôt agiles, tantôt maladroits »,  souligne Pierre Rigal. Ses spectacles tournent dans le monde entier et c’est justifié.

Jean Couturier

Monfort théâtre: Erection et Arrêts de jeu jusqu’au 6 mars;  puis Asphalte jusqu’au 20 mars.

LE DRAP

LE DRAP  d’Yves Ravey,  mise en scène de Laurent Fréchuret.


Yves Ravey raconte avec une distance étonnante, le voyage vers la mort de son père, ouvrier métallurgiste, mort d’avoir accepté les pires tâches dans son usine, en refusant les protections indispensables. Hervé Pierre, sur un petit plateau blanc surélevé, avec juste une chaise de cuisine où il s’assied parfois,  raconte l’inéluctable acceptation de cette agonie, on peut dire une passion presque christique, assistée par sa mère qui l’aide de son mieux.   L’auteur évoque aussi ses souvenirs d’enfance à Baume-les-Dames, le voyage du père pour récupérer sa mère après la guerre dans un pays voisin, la motocyclette qu’il enfourche pour aller chercher le médecin, le refus du père:  “Moi malade, non jamais. Demain, je dois retourner à l’usine !”Puis  après son hospitalisation, ce sera le retour à la maison et les derniers mois  où sa mère dort dans le petit lit de sa sœur. Enfin, la toilette mortuaire que la mère tient à faire elle-même, aidé par son fils, témoin attentif.   Hervé Pierre est simplement sublime dans ce récit pudique et douloureux.

Edith Rappoport

 Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 9 mars.

Les Rêves de Margaret

 Les Rêves de Margaret de Philippe Minyana, mise en scène de Florence Giorgetti.

margareth.jpg C’est le premier opus des Epopées de l’intime,  cinq pièces inédites de Philippe Minyana qui vont se poursuivre jusqu’au 19 mars dans ce même théâtre. Les Rêves de Margaret, c’est  comme une sorte de conte moderne, de fable  qui se passe dans l’atelier de Margaret, tapissière à Malakoff , ville de la toute proche banlieue de Paris . Il y a a de grandes baies vitrées coulissantes qui donnent directement sur un carrefour puis sur une forêt avec des animaux qui deviennent des personnages.
Margaret vit avec son vieux papa qui élève une poule; elle n’est pas riche,  et accepte de la nourriture que lui apportent des voisins. Elle se lie avec un couple de SDF , apparemment une mère et son fils qui, de temps à autre, viennent prendre une douche chez elle. » Je veux explorer, dit Florence Giorgetti, toutes les teintes du merveilleux qui donne une substance et une saveur unique à ce nouveau texte, et peindre l’infinie fantaisie dans nos solitudes; je veux opérer par touches, vignettes, sens du détail touchant, et faire des allers retours entre réel et irréel « .  Telle est la base de départ du spectacle. de ce qui pourrait s’apparenter, façon 2011, aux contes et légendes de notre enfance …
Et à l’arrivée? Pas grand chose de bien intéressant! Il y a de temps à autre une voix qui commente l’action mais le texte est d’une telle pauvreté que tout se passe comme si Florence Giorgetti le tirait  tant bien que mal au maximum pour qu’il remplisse une  heure vingt  mais, comme  à l’impossible nul n’est tenu, on s’ennuie très vite..
Les acteurs, dont elle dans le rôle de la tapissière, font leur boulot,  mais ce récit et ces pauvres dialogues agrémentés de quelques plates chansonnettes ne peuvent faire illusion. Et l’on n’est pas du tout, mais alors,  vraiment pas du tout, dans ces transports vers l’extra-ordinaire comme le souhaitait la metteuse en scène.
Soyons honnêtes: à l’extrême fin,  quand les humains/animaux de la forêt arrivent derrière les baies vitrées, un frémissement de spectacle existe alors!  Mais c’est  trop tard, et l’on sort de là quelque peu désemparés…
Alors à voir? Nous ne vous le conseillons  pas,  sinon, au cas où vous iriez , nous  recevrions  des tonnes de courriels assez méchants!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre des Abbesses jusqu’au 12 mars.

Tu devrais venir plus souvent


Tu devrais venir plus souvent de Philippe Minyana, mise en scène de Monica Espina.

 

souvent.jpgLe Théâtre de la Ville a proposé à Philippe Minyana de faire découvrir son écriture théâtrale à travers cinq textes inédits de lui, Les Epopées de l’intime.Le premier est une petite forme, comme aurait dit Antoine Vitez: la simple histoire, sous forme d’un  court récit (quelque 35 minutes), d’une femme qui, un peu par hasard et par obligation, retrouve son village et ses habitants, dont elle n’ a pas revu les visages depuis longtemps certains, voire  des dizaines d’années.
 » Le ciel était lavé, les champs se déroulaient, c’était pour l’enterrement de ma tante Clotilde ». « Je revois en pensée Colette qui tricote, je revois en pensée Luc qui joue du trombone… C’est toujours en effet-qui n’ a pas connu cela? – une drôle d’émotion qui vient s’ajouter à celle d’un deuil-  quand on  retrouve les gamins de son enfance avec  des  cheveux gris. Pendant les obsèques ou au cimetière:  les paroles banales, le plus souvent décousues  et pourtant si vraies de la voix de « la parentèle ».
Comme dit cette femme:  » J’a pas peur de mourir, j’ai peur de disparaître » , « Aline , ma cousine, quand elle parle , on voit ses dents » , « La vie, c’est pas joli, joli; oublie ce que je t’ai dit » ou encore  « Comment va M. Nollet? – Figurez-vous qu’il nous a quittés » ; « Je suis en fin de vie « , dit,  d’une voix aigüe,  Madame Charvet.
Bref, la France profonde, comme si on y était… et dont s’amusent souvent nos amis étrangers! Elizabeth Mazev, seule en scène, fait  cela très bien, avec  tendresse ,  et  juste ce qu’il faut de détachement et d’humour, pour raconter ces petits morceaux de vie où les êtres aimés, ou simplement rencontrés sans beaucoup plus d’atomes crochus, font  partie intégrante d’une vie parfois bien lointaine mais toujours aussi présente à la mémoire: le texte de Minyana a les  mêmes fulgurances poétiques qu’on lui connaît  depuis Inventaires.
Elizabeth Mazev est bien dirigée par Monica Espina dont la mise en scène, en revanche,  est peu convaincante, surtout quand elle utilise un petit arsenal technologique dont elle aurait pu faire l’économie: voix off, voix amplifiée par moments  de la comédienne, bruitages, petites projections de visages au plafond et sur les murs de la salle qui n’apportent rien et qui parasitent le texte si juste et si clair de Minyana.

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses jusqu’au 5 mars.

ALEXIS, UNE TRAGÉDIE GRECQUE

ALEXIS, UNE TRAGÉDIE GRECQUE en italien surtitré en français, mise en scène, lumière et scénographie d’Enrico Casagrande et Daniela Nicolo.

motus.jpgLa compagnie italienne Motus travaille depuis des années sur les questions les plus brûlantes de notre époque à partir de textes anciens, mais aussi plus  contemporains, comme ceux de Fassbinder, Pasolini ou Genet.   Depuis 2009, Motus mène un projet de recherche et de création, SYRMA ANTIGONES, Sur les traces d’Antigone, parcours en trois étapes à partir d’ateliers sur les révoltes contemporaines. Après Let the Sunshine in  et Antigone contest#2Alexis,une tragédie grecque vient d’être créée au Festival de Modène.
Les quatre acteurs s’emparent de témoignages sur le meurtre d’un jeune homme de quinze ans, Alexandros-Andreas Grigoropoulos, commis délibérément par un policier lors d’une manifestation à Athènes en 2008.   Des images de manifestations sont projetées tout autour du plateau par une vidéo mobile, avec des témoignages, mêlés à des extraits de l’Antigone de Bertolt Brecht: “Il est temps de transformer la tragédie en lutte”.
La rapidité des déplacements et l’énergie des acteurs cernés par les images, sont fascinantes. A la fin, une douzaine de spectateurs sont convoqués sur scène pour prendre part à l’action et au salut final.
Au moment où le Moyen-Orient s’embrase, ces révoltes de la jeunesse venues du fond des âges, nous interpellent plus que jamais.

Edith Rappoport

Grande Halle de la Villette

 

L’insomnie des Murènes

L’insomnie des Murènes conception et mise en scène de Laurent Bazin

insomnie.jpgDix millions de Français souffriraient d’insomnie, ce qui explique une surconsommation  hexagonale d’hypnotiques.  Symptôme isolé ou accompagné d’autres pathologies, il se traduit  par un état sensoriel particulier entre veille et sommeil impossible à trouver.  Ce spectacle d’une heure aux frontières de la danse et du théâtre d’images cherche à évoquer ce nouvel  état .
On découvre alors  non   des images d’insomnies mais de celles qui oscillent entre rêve et cauchemar. Qu’importe l’intention initiale du metteur en scène, c’est à chacun d’interpréter ces instants visuels en fonction de sa sensibilité. Le point commun de ces ombres et formes enveloppées de plastique transparent est une évocation de la féminité avec une nudité partielle. Le spectacle est dansé par une comédienne et trois danseuses. Féminité ambiguë, en ce qu’elle  a de multiples visages monstrueux et effrayants. Le travail des lumières pour ce type d’atmosphère est important, mais exige une précision extrême: si elle sont trop intenses, le spectateur est transformé en voyeur ; si elle sont trop faibles, il s’endort…
Le texte n’est en effet ici qu’accessoire et l’on  aurait aimé trouver une ambiance sonore et musicale plus forte. La volonté esthétique du metteur en scène est évidente, mais ce type d’images demande moins de proximité du public que dans ce petit lieu. L’équipe de la Loge aura au moins  offert la possibilité à Laurent Bazin, jeune metteur en scène, de montrer un autre théâtre qu’il  est intéressant de découvrir malgré toutes ses imperfections…

 

Jean Couturier

Théâtre de La Loge, jusqu’au 17 mars les mardi mercredi et jeudi 

www.lalogeparis.fr

 

Les Cerises au Kirsch

 Les Cerises au Kirsch  de Laurence Sendrowicz, mise en scène de Nafi Salah.

Une fois entré dans ce tout petit lieu magique qu’est le Théâtre de la Vieille Grille, le spectateur est accueilli par Laurence Sendrowicz, traductrice de l’œuvre d’Hanokh Levin qu’elle contribua à faire connaître en France. Elle distribue des cerises au kirsch enrobées de chocolat, puis monte sur scène pour  incarner tous les personnages de l’histoire : Léon, qui a dix ans en 1942, devenu grand-père en 2009, ou encore Mickaël, son petit-fils de dix-sept ans qui découvre comme nous son histoire.
Léon est un enfant juif, qui perd ses parents durant la seconde guerre mondiale et qui doit se cacher  chez une dame à Bruxelles
avec son petit frère. Privé de ses parents, il est obligé de grandir très vite, et s’occuper de lui, et de se débrouiller en temps de guerre.
Comme le dit la phrase  du Léon actuel qui ouvre le spectacle: « En 1942, personne n’aurait misé un sou sur le fait que je devienne grand-père un jour ».  Le texte qui fait la part belle aux allers et retours  entre le présent et ce passé douloureux montre la tentative du  vieil homme, symbole de toute une génération déchirée par la guerre, qui ,de façon humble et sincère,  tente de comprendre son propre parcours et de  le transmettre à son cerises.jpgpetit-fils. Ces cerises au kirsch représentent un souvenir pour lui qui avait pour habitude de les savourer avec son père.
C’est de façon simple que le metteur en scène Nafi Salah dirige son actrice. Sur le plateau, elle apporte un banc désigné « grand-père » et ses escarpins à talons rouges posés dans un coin symbolisent  une mère qui reste muette.Laurence Sendrowicz,en fait, n’incarne pas vraiment les personnages avec des changements nets de voix, d’expression ou de posture, mais prend bien en charge le récit avec des codes clairs de costume. Ses bretelles désignent un personnage, puis elle en enlève une, voire les deux pour montrer qu’elle en incarne un autre. Cette gestion du récit fonctionne, mais reste un peu monotone dans la mesure où les différents personnages restent sur le même plan.
Mais il aurait  fallu aller encore plus loin dans le théâtre-récit en créant la figure d’un conteur ou d’un narrateur, qu’on distinguerait des personnages.  Dans cette histoire où les voix s’entremêlent, l’actrice trouve le temps de créer de jolies images, notamment la course folle des deux frères à la fin de la guerre, qui s’évadent du « château », (probablement une maison d’enfants) où ils ont trouvé refuge, pour une escapade à Paris voir les feux d’artifice du 14 juillet.
Sur le chemin, Léon est émerveillé par les bouquinistes de la Seine et, chose rare pour lui, leurs étalages de livres. Il s’arrête devant chacun d’entre eux à la recherche de Jean Barois de Roger Martin du Gard, ce livre  représentatif d’une jeunesse en mutation, entre religion et vérité scientifique, qui décrit le parcours d’un homme . Celui de Léon cristallise celui d’une génération marquée par la Shoah, comme l’indique le sous-titre du spectacle : Itinéraire d’un enfant sans ombre .

 

Davi Juca

Théâtre de la Vieille Grille, jusqu’au 20 mars, du mercredi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17h30

Madame Tabard n’est pas une femme

Madame Tabard n’est pas une femme, roman d’Elsa Flaguel, lecture.

 186.jpg Avec sa compagnie L’Oreille à Plumes, Sonia Jacob multiplie les découvertes de nouveaux textes avec des lectures tenues la plupart du temps à La Terrasse de Gutemberg, une librairie à deux pas du marché d’Aligre. Cette fois, c’est à l’Atelier que nous la retrouvons pour la lecture du deuxième roman d’Elsa Flageul Madame Tabard n’est pas une femme qui est un clin d’œil à Baisers volés, le film de François Truffaut .
Le récit confronte trois points de vue: celui d’Alma, mère célibataire, pris en charge par Sonia Jacob ; Antoine, son amant, repris par Jean-Pierre Darroussin ; et enfin, Hannah, la fille d’Alma, que  l’auteur lit elle-même.   Le souvenir d’Hannah ouvre cette lecture d’extraits du roman d’Elsa Flageul : encore enfant, elle avait un jour ouvert la porte à un homme qui disait  être « Fabienne Tabard », ce qui provoqua des suppositions que,  l’imagination de la jeune fille avait,
plus tard, et de fil en aiguille,  enrichi. Elle se souvint de cet événement, lors de la projection du film Baisers volés de François Truffaut dans le cinéma où elle était devenue projectionniste.
L’ homme,  à qui elle avait ouvert la porte, n’était autre qu’Antoine, l’amant de sa mère, universitaire drôle et séduisant, qui papillonnait de relation en relation, cultivant le fait de ne pas avoir d’attaches.  Mais, Alma, la quarantaine passée, souffre de voir sa relation avec Antoine, qu’elle connaît pourtant depuis des années, n’être fondée  que sur de simples rencontres épisodiques.
Le dernier extrait de cette lecture est emblématique de cette relation : Alma est dans la voiture d’Antoine, avec un de ses collègues à qui Antoine a parlé d’elle, ce qui fait croire à Alma qu’il s’agit d’une preuve d’attachement. Mais elle déchante vite… quand elle entend Antoine lui préciser qu’il n’est pas question d’emménager ensemble: il est bien mieux pour leur relation, lui dit-il, de vivre chacun de son côté. Alma décide alors de ne  plus ressentir à nouveau la douleur de ce moment précis.
Les trois lecteurs  ne restent pas les yeux fixés sur le livre et s’adressent vraiment  au public. Avec des personnalités aussi différentes que complémentaires: entre Jean-Pierre Darroussin toujours sobre, à la voix pleine et variée, Elsa Flageul qui parvient à garder la fraîcheur de la première lecture, et Sonia Jacob, toujours enjouée et vive, le trio  a su faire preuve, pour cette lecture, de précision et de sensibilité.
Madame Tabard n’est pas une femme,
roman intimiste porté par une belle écriture, entre à l’intérieur des personnages. Pour le plaisir des connaisseurs, il est aussi truffé de références cinéphiles, domaine cher à l’auteur, qui, grâce à des chapitres courts et une écriture efficace, scrute les méandres de la nature humaine.

 

Davi Juca

Lecture au Théâtre de l’Atelier le dimanche 27 février.

 

Madame Tabard n’est pas une femme est paru chez Julliard.

 

 

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