DORMEZ, JE LE VEUX

  DORMEZ, JE LE VEUX !  Théâtre de Cachan

 

 

De Georges Feydeau, précédé de Instructions aux domestiques de Jonathan Swift (extraits), mise en scène de Lisa Wurmser.

Lisa Wurmser a réalisé avec sa précision d’horlogerie et un très grand soin plastique, cet étrange montage sur la manipulation mentale, entre deux textes bien différents, celui de Swift qu’elle a  réglé en ballet mécanique masqué, des conseils aux domestiques pour leur apporter la fortune en dormant, puis cette pièce peu connue de Feydeau sur un valet qui hypnotise son patron pour lui faire faire son travail. Valencourt vit avec sa sœur, il veut se marier et attend son futur beau-père et sa promise, mais Justin le domestique voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une patronne dans la maison. Les deux hommes tombent d’accord sur l’apport mutuel des fiancés, mais au moment de faire sa déclaration, Valencourt transformé en singe profère des insultes grossières à sa fiancée, pendant que sa sœur transformée en Bayadère danse à en perdre haleine. Tout semble être rompu, mais le beau-père qui est docteur décèle la supercherie et tout rentre dans l’ordre. Malgré une belle distribution homogène, Jean-Louis Cordina en Valencourt, René Hernandez en Boriquet en particulier, l’actualité de ces textes ne me semble pas d’un intérêt majeur, Lisa Wurmser avait mieux choisi ses textes en montant La bonne âme de Se-Tchouan ou Le maître et Marguerite ! Mais la grande salle de Cachan était pleine et les gens attentifs. 

Edith Rappoport


Archives pour la catégorie critique

The Righteous Tithe

The Righteous Tithe (La Dîme vertueuse)  de Doug Phillips, mise  en scène de Paul Dervis,

     Ce spectacle, présenté en première mondiale, est l’oeuvre d’un  dramaturge , Doug Phillips, d’origine britannique,  établi à Ottawa depuis longtemps.  Il est aussi l’auteur de Naan Bread, qui traite du racisme insidieux dans  le quartier populaire d’une ville britannique qui a ému les critiques et  lancé la carrière de cet auteur/acteur engagé. Avec  Cette Dîme vertueuse, il s’inspire d’une loi  sur le patriotisme, le « Patriot Act » ,mis en application par G.W. Bush après le 11 septembre 2001. Le drame  est censé avoir lieu à la frontière entre les États-Unis et l’Ontario (Canada), non loin d’Ottawa, dont les habitants dtherighteoustithe.jpge la région, souvent obligés de traverser la  frontière,  vivent régulièrement ce qui est   perçu comme du harcèlement  à cause de la nouvelle loi. La pièce  touche donc à une réalité sensible de la région;  Doug Phillips a adopté  le réalisme cru de la «méthode » américaine, une forme de jeu originaire de l’école de  New York.

  Un couple: David ,un Britannique, et Cyrèse, une citoyenne canadienne d’origine sud-africaine se retrouvent devant un policier américain ,après avoir passé la frontière, canadienne, lors de leur voyage annuel  en Virginie où ils ont l’habitude de passer leurs vacances. Ce qui devait être une banalité,  se transforme  vite en confrontation très désagréable , puisque les lois du nouveau  « Patriot Act »  ont changé la donne. 

 David, qui n’a pas encore, lui,  la citoyenneté canadienne, doit  être photographié et  « traité comme un criminel » selon lui. Il s’énerve, le ton monte, il lâche une remarque provocatrice au sujet de la cocaïne qu’ils auraient fumé dans la voiture. Une  blague bien sûr, mais, tout à fait mal venue , puisque dans ce  climat de tension,  les  policiers n’ont pas du tout envie de faire de l’humour … Le couple est séparé, les questions fusent  sur le passé de David et sur leur récent voyage en Afrique du sud pour rendre visite à la famille de Cyrèse.  L’ambiance s’alourdit, les questions deviennent des menaces et l’interrogatoire , de plus en plus musclé,  met en évidence le casier judiciaire de David.

  En fait ce n’est  pas David ,la véritable cible de ce jeu de pouvoir , mais plutôt sa femme et ses rapports avec sa famille dans son pays natal ,  où les Américains voudraient recruter un espion pour surveiller les cousins de Cyrèse. Le couple est vite  pris au piège de la stratégie des agents américains, et l’histoire  va là où l’on s’y attendait le moins. Doug Phillips sait mener une intrigue, dessiner les personnages et nous tenir en haleine, et Paul Dervis, directeur artistique de la troupe et metteur en scène, a bien dirigé les acteurs.

  C’est surtout Sean Tucker, qui joue l’agent de sécurité  Goldstein , responsable de  l’interrogatoire, qui  fait monter  l’horreur. Habillé d’un  pantalon large, en  baskets, la chemise un peu froissée, et très à l’aise, presque jovial , il parait incapable du moindre mal.. Ce qui, en général , annonce un dénouement   violent, et nous allons vite  découvrir  comment avec un  sadisme assez facile, il dépouille ses victimes par tous les moyens.

  Pris comme des rats ,  David  puis Cyrèse, n’ont alors d’autre choix que de se soumettre aux volontés de l’Etat américain, par monstre interposé. La « dîme  vertueuse  » est plutôt du genre atroce : ils s’engagent à la payer à vie!  David que joue Tucker , garde son calme et son sourire mais un sourire porteur de malaise. De plus en plus froid,  l’agent pose des questions  qui enfoncent  sa  victime  encore plus dans  un passé  douteux qu’il avait cru enterré. Les agents de sécurité savent en effet tout de lui et  sont prêts à exploiter ce savoir par  tous les moyens  jugés nécessaires , disent-ils,  pour maintenir l’intégrité de l’Etat américain…

  Doug Phillips  exprime  sa colère devant cette loi mais nous montre  aussi un homme comme David  qui a tout fait pour provoquer les agents. L’auteur prouve , avec baucoup d’ironie, que la loi , que Bush a fait voter, est absurde, puisqu’elle peut refouler ceux qui sont nés à l’étranger,  alors que toute la population américaine elle-même, comme les personnages de la pièce, sont tous à l’origine,  des immigrés.  Cet  » Acte  » juridique subvertit donc un des principes fondateurs  du pays.

  Il est seulement dommage que la troupe , faute de moyens,  ne puisse jouer ce  très bon spectacle  dans un espace  qui pourrait accueillir un public plus nombreux et où la mise en scène de Paul Dervis  bénéficierait de moyens techniques un peu moins limités.

Alvina Ruprecht

 

Production du New Ottawa Repertory Theatre,  (NORT), présentée au Studio Nathalie Stern de l’École de théâtre d’Ottawa.

Les Démons

Les Démons d’après Fédor Dostoïevski, adaptation et mise en scène Lev Dodine

capturedcran20091119141851.jpgEn décidant d’adapter pour la scène les mille pages des Démons de Dostoïevski, Lev Dodine se confronte au défi qu’il avait déjà relevé pour Frères et sœurs d’Abramov. Résultat: un spectacle  de neuf heures avec entractes qui intéressera avant tout un public motivé et/ou curieux !

L’intrigue, impossible à résumer, se concentre autour du personnage de Stavroguine, homme à femmes ,manipulateur et  capable du pire , et d’une société secrète qui travaille à une réorganisation du pays. Comme nous sommes dans une petite ville de province, les personnages qui gravitent autour de Stavroguine croisent ceux de la société secrète, ou sont les mêmes.
La troupe de Lev Dodine possède une belle énergie  et ses comédiens sont convaincants:  d’autant plus que  les personnages, complexes de Dostoïevski ne se laissent pas facilement appréhender. Ainsi, le révolutionnaire Verkhovenski semble tour à tour, hystérique ou un peu stupide, enthousiaste ou calculateur. Quant à Stravroguine, lui-même possédé par un autre, il paraît d’abord machiavélique et sournois. N’est-il pas responsable du suicide par pendaison d’une jeune adolescente sans défense qu’il avait auparavant violée ? N’a-t-il pas laissé assassiner sa femme, la Boiteuse, qui, comme son frère, l’empêchait de se remarier, ? Mais le suicide de Stravroguine  laisse supposer qu’il était capable d’éprouver du remords…
Dodine réussit parfaitement les scènes de groupe , comme celles d’une réunion de cette société secrète un peu ridicule  à l’atmosphère  houleuse, qui rassemble des êtres médiocres. Et le metteur en scène russe excelle à montrer un univers de faux-semblants et de corruption;  complots et  soupçons planent en permanence et les  scènes de violence physiques (gifles, tabassage), sont  très impressionnantes.
Les personnages apparaissent  tels des revenants , et l’on retrouve l’univers trouble et sombre de Dostoïevski, sur  des planchers qui  s’inclinent vers les cieux ou vers l’Hadès ,plongés dans des clairs-obscurs dignes des peintres flamands. Mais le rythme ,parfois lent, et les longs monologues, un peu pénibles à suivre à cause du surtitrage, exigent une attention soutenue. La mise en scène de Lev Dodine  reste traditionnelle , même si, le spectacle a  été  créé en  1991…  Donc , à conseiller  plutôt aux  seuls fans de Dostoïevski….

 

Barbara Petit
Les 14 et 15 novembre à la MC93 de Bobigny

Rosmersholm et Maison de poupée

Rosmersholm et  Maison  de poupée, mise en scène de Stéphane Braunschweig.

 

  0683436001258031535.jpg Ibsen écrivit Rosmersholm en 1886, sept ans après Maison de poupée, et la pièce fait partie de cette suite de pièces où le dramaturge norvégien s’est intéressé à la vie quotidienne et à l’intimité d’êtres en conflit violent avec l’ordre social et familial. Dans Rosmershom, le dialogue fait souvent place à une sorte de retour en arrière qui permet de mieux situer les personnages. L’histoire se passe dans la grande maison bourgeoise où habite le pasteur Johannes Rosmer, dernier descendant  de la lignée de puissants grands bourgeois , hommes d’affaires ou hauts fonctionnaires rigoureux, dont les cinq grands portraits dans le grand salon imposent une présence presque paralysante. Comme le père d’Ibsen, directeur d’une grande firme qui n’avait pas survécu à sa faillite, alors que le futur dramaturge n’avait que seize ans! Et l’on devine dès le début que la vie de Rosmer, comme celle d’Ibsen,qui épousa la fille d’un pasteur, a été et reste  en fait une lutte intérieure d’un homme contre ses fantômes qui éprouve un besoin constant de voir clair en lui…
  C’est peu de dire que la maison n’est pas drôle, au point que l’on n’a jamais vu d’enfants y rire et les morts même disparus depuis longtemps occupent encore leur place parmi les vivants .Mais Johannes le pasteur, dont Beate l’épouse s’est suicidée l’année passée en se jetant dans la rivière,sans doute parce qu’elle ne pouvait avoir d’enfants et par amour pour lui, a décidé de donner une autre orientation à sa vie. D’abord, en reniant sa foi puis en s’engageant politiquement dans un parti progressiste.:  » Une vie agitée s’ouvre devant moi, maintenant, une vie de combat et de sensations fortes. Et cette vie, je veux la vivre, Rebekka ».Brand lui aussi était pasteur dans le drame de 1866 et lui aussi avait été déçu par le christianisme..
    Cette Rebekka West est  une jeune femme qui fascine le pasteur ; elle était à l’origine une amie de Beate et est entrée comme gouvernante dans la maison mais va vite se révéler une redoutable manipulatrice.Elle avouera à Johannes avoir menti à Beate pour la pousser vers le suicide et pense qu’elle n’a plus rien à faire à Rosmersholm qui, dit-elle, l’a finalement dévorée. Comme le dit Brendel, Rosmersholm « annoblit les âmes mais tue le bonheur ». Et, dans un dernier revirement, elle proposera à Johannes de mourir pour lui.
  Parmi les proches du pasteur, il y a aussi un certain Kroll, proviseur de lycée  dont on va apprendre qu’il est aussi le frère de Beate, et qui a une profonde antipathie pour Johannes; pour lui, Beate s’était persuadée qu’elle devait se suicider pour que Rosmer puisse  enfin épouser Rebekka. Mais Johannes est accablé par le remords, alors qu’il se sentait libre.Ulrich Brendel, autrefois professeur de Rosmer qu’il considère un peu comme son fils, a eu une vie des plus difficiles et  vient le voir pour lui soutirer quelques vêtements et un peu d’argent.

  Quant à Mortensgaard, le rédacteur en chef du Phare, un journal révolutionnaire, il dit avoir reçu une lettre de Beate où elle insinue qu’il pourrait y avoir des relations intimes entre elle et son mari. Personnage assez inquiétant,il se veut progressiste mais en fait, se révèle être un petit arriviste sans beaucoup de scrupules.Et il voudrait bien de la collaboration que Johannes lui propose mais, à condition qu’il reste pasteur pour que Le Phare profite de l’image de marque et de la confiance que la population lui témoigne…Bref, tout du bau monde, avec, en filigrane, les vieilles haines bien recuites, les jalousies et les petits chantages….

  Mais Johannes commencera de plus en plus à douter de lui-même et de Rebekka qui veut quitter Romersholm pour échapper à l’ enfermement qui la guette, avant de changer d’avis et de vouloir mourir pour lui;  le pasteur décidera alors de se délivrer du remords qui l’accable et de se suicider avec elle Et la femme de chambre qui les regarde s’éloigner tous les deux vers le torrent ne pourra rien faire.La fin tragique de cette pièce,quoique bien construite en quatre actes longuets, est assez artificielle, et beaucoup moins convaincante que celle de Maison de poupée, quand Nora quitte mari et enfants  pour essayer de vivre enfin pleinement sa vie.
  Stéphane Braunschweig  qui a  déjà monté plusieurs pièces d’Ibsen s’est attaqué à ce morceau de quelque deux heures  trente cinq qu’il a préféré ne pas couper d’un entracte, et, en cela, il a eu raison, même si les dernières quarante minutes commencent à peser lourd et si les spectateurs commencent à s’impatienter. Sa mise en scène est impeccable, sobre et solide comme d’habitude; mais l’on peut s’étonner qu’il ait adopté une scénographie un  poil prétentieuse et « bavarde »: comme ce faux/vrai salon en angle aux murs presque noirs, avec ces  bouquets de fleurs blanches dans une vingtaine de vases transparents, et ces portraits d’ancêtres accrochés d’abord au mur et que l’on verra ensuite à l’envers posés sur la parquet, ou encore cette très longue et très haute bibliothèque blanche avec des centaines de livres dans le bureau du pasteur. #
  En fait, tout se passe un peu s’il n’avait pas eu totalement confiance dans les dialogues de cette pièce, pour dire tout le tragique et le pessimisme profond d’Ibsen. Dans un récent article d’Alvina Ruprecht du 14 novembre paru dans Le Théâtre du Blog, Thomas Ostermeier qui avait réalisé une mise en scène tout à fait remarquable de Maison de poupée et qui a aussi monté trois autres pièces d’Ibsen semble éprouver quelques difficultés avec sa dramaturgie. On ne sait s’il pensait en particulier à Rosmersholm mais la pièce- ici dans son intégralité-aurait sans doute bénéficié de quelques coupes, ce qui n’aurait pas été un luxe et aurait donné au spectacle un meilleur rythme. Et comme il y a plusieurs baisser de rideau pour modifier le décor, cela contribue encore à allonger les choses.
  0001821001258031101.jpgCe n’est pas un hasard si l’on retrouve aussi cette même sagesse, ce trop grand respect du texte dans Maison de Poupée. On a l’impression que Brausnchweig n’a pas voulu ou pas osé  toucher à Ibsen, alors qu’Ostermeier avait été plus radical dans son adaptation et avait recréé, sans toucher comme il dit au coeur de la pièce, un univers  contemporain, pour le plus grand bonheur du public.
  Du côté de la direction d’acteurs, aucun doute là-dessus, Stéphane Braunschweig sait faire et bien faire, mais, à relire le texte, on ne sent pas toujours, telle que l’interprète Maud Le Grevellec,la manipulatrice sournoise et presque cruelle qu’est finalement Rebekka. Les autres comédiens: Claude Duparfait,( Johannes) Christophe Brault ( Krolle) , Marc Susini (Mortensgaard) et Sylvie Mercier ( la femme de chambre) font un travail précis mais dans le rôle de Brendel, Jean-Marie Winling est tout à fait remarquable et  fait preuve d’une vérité dès la première minute, quand il débarque sans prévenir dans la maison du pasteur…
  Alors à voir? A vous de juger. Vous pouvez éventuellement, avec les réserves indiquées , et si vous êtes vraiment passionné par Ibsen, vous enfiler les deux heures trente cinq de la pièce, soit vous contenter d’ aller voir Maison de Poupée- dont le texte, qu’ on finit par connaître presque par cœur, est vraiment éblouissant. Même si la mise en scène propre comme il faut, et qui reste tout de même beaucoup trop sage, il y a Chloé Rajon ( Nora) qui est excellente  dans son approche du personnage, à la fois inconsciente des efets ravageurs que son faux en écritures privées peut déclencher, puis, déterminée et courageuse  à la fin quand elle comprend qu’elle n’a plus rien à faire avec l’homme qui l’a mis plus bas que terre et Philippe Girard (le docteur Rank) . Mais, actuellement, côté mise en scène,il n’y a pas mieux sur le marché parisien.  En tout cas, conseil d’ami:  évitez l’intégrale: à cause de Romersholm, l’éternité, soit presque sept heures avec l’entracte, c’est  long surtout vers la fin..

Philippe du Vignal

#  Le décor ci-dessus est celui du salon aux murs presque noirs de Rosmersholm où est encastré celui du bureau qui est une des pièces de l’appartement moderne d’ Une Maison de poupée, lequel est aussi peu convaincant.Le cadre de la porte du fond surdimensionnée , avec une boîte à lettre transparente pour que l’on voit bien la lettre de dénonciation que redoute Nora (!) est à l’origine celle de la porte-fenêtre du salon de Rosmersholm: ce genre de bricolage, même techniquement bien maîtrisé, quand il est destiné  à deux pièces différentes n’est jamais vraiment très efficace, et l’on a encore ici la preuve. Il existe pourtant nombre de scénographes maîtrisant bien leur métier auxquels Stéphane Braunschweig pourrait faire appel, au lieu de faire dans l’à-peu-près.Mais bon, tant pis….

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline jusqu’au 20 décembre et du 9 au 16 janvier 2010.

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UNE MAISON DE POUPÉE  d’ Henrik Ibsen, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

Nora, jeune épouse apparemment frivole fait irruption dans son appartement les bras chargés de paquets. C’est la veille de Noël, elle a fait des achats, un peu trop tôt au goût d’Helmer son mari, ancien avocat qui sera nommé directeur de banque quelques jours plus tard, ce qui la réjouit au plus haut point. Avec l’arrivée inopinée de Christine, une amie d’enfance démunie à la suite d’un veuvage, on apprend que Nora s’est lourdement endettée pour sauver la vie de son mari en l’emmenant en Italie pour le guérir d’une grave maladie. Et elle a fait un faux en écriture et ne peut donc honorer la reconnaissance de dette qu’elle a contractée auprès de Krogstat, un employé de la banque que son mari s’apprête à licencier pour donner son poste à Christine. Aux abois, elle ne se confie pourtant pas au riche docteur Rank, fidèle ami du couple, amoureux d’elle et mourant.

  Helmer, lui,  ne cesse de proclamer son amour à Nora, son aimée qu’il prend pour une tête de linotte, jusqu’au moment où il découvre sa supercherie et la rejette violemment. Finalement Krogstat retire sa plainte, Helmer se calme, mais c’est Nora,  qui est ulcérée par le comportement de cet homme qu’elle a adulé pendant huit ans ; elle décide de le quitter sur le champ, lui et  leurs trois enfants , l’abandonnant à sa médiocrité,  « je dois , dit-elle penser par moi-même et tâcher d’y voir clair. »

  Chloe Réjon campe une magnifique Nora, légère et primesautière, incapable de comprendre la loi des hommes qui l’aurait empêché de sauver la vie de son mari grâce à un faux en écriture  dont elle ne peut concevoir la gravité. Philippe Girard, fidèle comédien de Braunschweig est un docteur Rank , condamné par la maladie, ironique et grave. Le salon et la chambre immaculée des premiers actes laissent la place dans la dernière partie  au seul bureau et à  la porte grande et sombre de l’appartelment mais celui de Maison de poupée, mise en scène par Thomas Ostermeier  était autrement plus efficace. On est  gêné au début  par la diction un peu sourde d’Éric Caruso en Helmer, mais c’est tout de même de la belle ouvrage !

Edith Rappoport

Candide

Candide, texte d’Yves Laplace, mise en scène d’Hervé Loichemol

   candide.jpgIl était une fois un jeune homme, bâtard, mais bercé par une bonne nature, un philosophe optimiste  et une famille d’accueil pas trop regardante jusqu’à ce que… ses privautés avec la fille de la maison, la belle Cunégonde, jettent Candide sur les routes : guerres, cruautés, tremblement de terre, fanatisme religieux, ingratitude… Lui-même, le jeune homme pacifique, est amené à tuer, bref, le musée des horreurs et de l’inhumanité.

  Voilà le conte qu’il fallait au monde d’aujourd’hui, comme si Voltaire avait pressenti ce « meilleur des mondes possibles », violent à l’image de la terrible “virée“ de Candide d’un continent à l’autre, aujourd’hui global et capitaliste, puisqu’on vous dit que c’est la fin de l’Histoire…. Heureusement, Candide a son moteur – retrouver Cunégonde -, et Voltaire son humour, sa vitalité, vraie forme combative d’un optimisme pragmatique et sans illusions. Et le fameux jardin qu’il faut cultiver, si possible sans pesticides.
Yves Laplace a écrit une adaptation fidèle et moderne, donnant la parole à ce “sans papier“ qu’est Candide. Hervé Loichmol a choisi pour le rôle l’excellent William Nadylam, virtuose et tendre, histoire de radicaliser la chose.
Que dire ? La scénographie est inventive, les acteurs, démultipliés dans tous les rôles, sont en plus de très bons musiciens, tout est bien, et… ça ne marche pas vraiment. Certaines allusions à l’histoire récente (les suites de la seconde guerre mondiale, les casques bleus et l’ONU en ex-Yougoslavie) pèsent sans éclairer. La fin, qui ne voudrait pas s’en tenir au fameux jardin, s’effiloche sans questionner franchement le conte. On applaudit le travail, l’intelligence du propos, et on reste sur sa faim. Le public jeune apprécie cette mise en spectacle et en actualité d’un texte qui lui est familier… Mais ce Candide souffre peut-être de rester entre deux chaises: celle de l’interrogation sur aujourd’hui, et celle de la révérence à Voltaire.

 

Christine Friedel

Nouveau Théâtre de Montreuil-CDN jusqu’au 8 décembre.

Liliom

Liliom de Ferenc Molnar, mise en scène de Marie Ballet 

fr12581115104889.jpgUne pauvre légende de banlieue (sous-titre donné par Ferenc Molnàr à son Liliom) : la petite “bonniche“ Julie pouvait-elle vivre avec le mauvais garçon, Liliom, le bonimenteur du manège de Madame Muscat ? Ils s’aiment, lui à coups de claques, elle, à force d’encaisser sans se soumettre. Elle attend un enfant, et tout ce qu’il trouve pour faire face, cet imbécile, c’est de monter un coup foireux avec son fascinant et minable copain Dandy, pour se suicider ensuite. Et tant pis pour le rêve d’Amérique. Pas de quoi en faire une légende, et pourtant, à tout juste cent ans, la pièce “marche“ plus que jamais, drôle et poignante.
Socialement, il n’y a pas si loin entre le “vaurien“ et le délinquant, entre la petite bonne  de 1909 à la merci d’un renvoi et la travailleuse précaire d’aujourd’hui. De même pour le “droit au logement“ : si Liliom et Julie n’étaient pas hébergés par la Tante Hollander… Si Liliom et devenu un classique, c’est que Molnar a posé d‘emblée, au début du vingtième siècle, un type de marginaux – ou plutôt des “marginalisés“ -, qui, dans l’orgueil de leurs minuscules révoltes et l’immensité de leur amour impossible  à dire, atteignent à la dignité des rois. Voilà pour la légende.
La saison dernière, Frédéric Bélier-Garcia avait donné un beau Liliom (http://theatredublog.unblog.fr/2009/05/10/614/) dans un décor impressionnant de Sophie Perez et Xavier Boussiron. Un monde à l’image du King Kong crachant les clients du toboggan : voilà le Moloch capitaliste qui vous dévore, mesdames et messieurs. Le personnage du tourneur – le bon ouvrier qui veut bien récupérer Julie, jeunette veuve et enceinte, à condition qu’elle s’occupe de ses propres enfants – incarnait une pesante et triste domination masculine, on était un peu plus du côté d’Horvath et de son Casimir et Caroline de l’amour empêché par le chômage et la crise.
Marie Ballet a pris un autre parti : dans un décor minimal, tout l’accent est mis sur l’histoire d’amour, avec son prolongement chez les “flics du paradis “. Pour la fête foraine : juste une guirlande d’ampoules, un air d’accordéon et une caravane minable qui sera le logement de Julie et Liliom. Costumes minimalistes également : “marcel“, bretelles et casquette pour lui, robettes de toujours – enfin, de tout le vingtième siècle – pour les filles, mais courtes à la mode d’aujourd’hui. Et c’est bien cette façon de foncer droit dans l’attitude, la gestuelle, le parler d’aujourd’hui qui fait la qualité du spectacle : inutile de montrer le social, il est dans les mots, et la façon ultramoderne de les jeter, ou de les garder noués dans la gorge quand il s’agit de mots d’amour.
Dans son texte de présentation, Marie Ballet parle beaucoup du cinéma et de la photographie. Il est vrai que le cinéma s’est très tôt emparé de Liliom. Mais le charme particulier de sa mise en scène , c’est qu’elle mise  peu sur l’image, pas du tout sur l’esthétisme, et tout sur le pur théâtre, à savoir :le jeu et la présence intense, sans failles, d’une bande de comédiens exemplaires, dans une scénographie “réduite“ à l’essentiel, tremplin d’émotion et de lucidité. 
On l’aura compris :  un spectacle à ne pas manquer.

Christine Friedel.

 

Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie, jusqu’au 13 décembre.

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Liliom  ou la vie et la mort d’un vaurien de  Ferenc Molnar, mise en scène de Marie Ballet.

Quelques mots pour dire que nous sommes un peu  moins enthousiastes que ne le fut Christine Friedel ( voir Théâtre du Blog de novembre) quand elle vit le Lilom de Marie Ballet. Tout est mis effectivement sur l’interprétation: mais deux choses ne  passent pas vraiment bien: une scénographie assez peu convaincante où une pauvre caravane tient beaucoup de place et ne semble pas remplir une fonction évidente. Et les comédiens la font bouger à plusieurs reprises, puis l’enveloppent d’un rideau noir au moment du Jugement de Liliom quand il se retrouve au Ciel. Quant à la fête foraine… on a, désolé,  un peu de mal à y croire; même avec trois euros et demi, l’imagination aurait pu être un peu plus vivace, et côté costumes, cela manque singulièrement d’unité et tout simplement de qualité.
Quant à la dramaturgie, on ne saisit pas très bien et cela ne ressort ni dans le spectacle ni dans le petit texte de présentation pourquoi Marie ballet a adopté le parti pris de choisir deux actrices d’origine maghrébine  pour jouer Julie et Marie et deux comédiens africains pour jouer Liliom et Le détective. Par ailleurs, Naydra Ayad qui est pourtant une bonne comédienne ne semble pas très à l’aise et on sent peu chez elle l’amour qu’elle ressent pour Liliom, alors que Boutaïna Elfekkak  dans le rome secondaire de marie est elle beaucoup plus  convaincante. Quant à Noémie Develay-Ressiguier qui joue brillamment Louise la très jeune fille de LIliom à la fin de la pièce, il est difficile de croire une seconde à son personnage de fliquette. Jean-Chrisptohe Folly interprète , lui, Liliom , avec beaucoup de nuances et de sensibilité. Et Olivier Bernaux est tout à fait remarquable dans le rôlel pas commode du Secrétaire du ciel. Et Emmanuelle Ramu sait passer du personnage de Madame Muscat à  celui de la tante Hollander avec maestria. Donc en résumé une distribution et une mise en scène un peu inégales et pas vraiment  convaincantes
C’est du travail honnête,  comme on dit, mais qui n’ a pas la solidité de celui d’Opérette imaginaire de Novarina présenté l’an passé au Théâtre de la Cité Universitaire. Alors à voir? A vous de choisir mais nous avons été un peu déçus…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’au 13 décembre.

Le texte français de Krstina Rady, Alexis Moati et Stratis Vouyoucas est publié aux Editions Théâtrales

Le rossignol et autres fables

« Le rossignol et autres fables », mise en scène de Robert Lepage

 

 lerossignoletautrescourtesfables.jpg Présenté en première mondiale à la Canadian Opera Company, du 17 octobre au 5 novembre , ce spectacle est à la fois touchant et fascinant, grâce à la musique d’Igor Stravinski et à la scénographie de Carl Fillion. Comme cette fosse remplie de 67000 litres d’eau là où on a l’ habitude de voir un orchestre, qui est placé derrière les solistes et le chœur, comme aussi  la présence de marionnettes, ombres chinoises et acrobates-danseurs.
     Le spectacle commence par le célébre thème Ragtime . Puis, des paysans chantent en russe Pribaoutki ,  Berceuses du chat , Les poèmes de Constantin Balmont et Quatre chansons paysannes russes, accompagnés d’un groupe de performeurs qui, devant une lanterne rouge, font surgir un extraordinaire théâtre d’ombres chinoises sur  grand écran.Le jeu d’ombres se poursuit d’une manière encore plus complexe et délicate dans Le Renard . Derrière l’écran, tendu, cinq acrobates-danseurs  donnent  vie  à des figures d’ombre représentant des animaux : coq, renard, chèvre et chat. A la fin du  Renard , Robert Lepage  utilise une autre technique : les figures d’ombre noires deviennent  blanches, voire tridimensionnelles. Au moment de la danse de victoire ,  les spectateurs  voient à l’écran la face et les traces des animaux.
     Après l’entracte, Le Rossignol, une chinoiserie basée sur le  conte de fées d’Hans Christian Andersen, dont le livret fut écrit par Stepan Mitussov en 1914, développe  encore la magie et l’illusion.. Le Chant du rossignol est si beau qu’il enchante l’empereur de Chine qui  l’invite à demeurer à la cour. Mais, lorsque les officiers font cadeau à l’empereur d’un autre faux rossignol qui chante tout aussi bien, le rossignol est chagriné et s’en va. Alors l’empereur courroucé, chasse le rossignol du palais. Un jour l’empereur tombe malade, en danger de mort. Le rossignol fait alors son apparition et, par son chant, charme la mort, la persuade de partir et sauve ainsi la vie de l’empereur.
     Dans ce spectacle, l’élément liquide constitue une entité scénique dans laquelle baignent les solistes. Ils entrent en scène en manipulant des marionnettes bunraku habillées aussi somptueusement qu’eux. Cette coexistence des chanteurs avec les marionnettes  crée une dualité, un dédoublement corporel qui accentue  le caractère merveilleux de la fable.  De grandes  marionnettes-dragons ( d’inspiration vietnamienne) , comme  la tête de mort géante et les quatre membres de la Mort, sont manipulées par des ninjas immergés et  la musique d’un orchestre  nimbé d’une lumière bleue et  marron  accentue la corporéalité  des musiciens, dont les solistes et le chœur sont placés près du public. Ce qui, on l’a dit, valorise l’aspect théâtral et le lien avec le public ,en axant l’intérêt sur l’intrigue du conte. La richesse d’imagination et l’économie de moyens  de Robet Lepage  rappellent un autre monde : celui de l’enfance et de l’ingénuité.

Maria  Stasinopoulou

 

     Le spectacle sera présenté au Festival Lyrique d’Aix-en-Provence en juillet prochain et à l’Opéra de Lyon à l’automne 2010.

 

 

AU FIL D’ ŒDIPE

 

 

AU FIL D’ ŒDIPE
Tentative de démêlage du mythe par les Anges au plafond sous le regard de Camille Trouvé 

 

5oedipedsc1994.jpgLes Anges au plafond sont nés en 1999, ils sont issus de la vaillante compagnie des Chiffonnières qui ont présenté de beaux spectacles de théâtre d’objets dans une joyeuse itinérance et de belles roulottes, parfois avec la compagnie Babylone et avec leurs propres moyens, je garde un beau souvenir du Bal des fous à Aurillac. Les Chiffonnières disposaient d’un atelier à Malakoff, malheureusement vendu à un marchand de biens, elles ont été régulièrement accueillies par le Théâtre 71 pour leurs créations, tout comme les Anges au plafond, dont c’est le 3e spectacle. Camille Trouvé, belle et bonne actrice a d’abord monté Le cri du quotidien, assise à une table manipulant les objets qu’elle avait conçus, l’équipe s’est lancée dans cette tentative de défroissage du mythe dont le premier volet était Une Antigone de papier belle performance de comédiennes manipulatrices et musiciennes, sous l’œil et la plume de Brice Berthoud qui en avait fait un adaptation originale.

 

Ce spectacle reste au répertoire, en alternance avec Au fil d’Œdipe, joué cette fois par une distribution exclusivement masculine dans le même dispositif de petits gradins circulaires spartiates installés sur le plateau du Théâtre 71. On s’arrache les places et les adolescents présents ce soir-là sont restés d’un silence tendu, impossible de décrocher une seconde ! C’est Brice Berthoud qui mène l’épopée sur un radeau environné de cordages, surplombé d’une dizaine de paquets de chiffons blancs qu’il déplie tour à tour pour en faire surgir les protagonistes du drame: Œdipe, Jocaste, Créon, Laïos, Antigone, effrayantes et très humaines marionnettes dont il mène les dialogues avec de surprenantes transformations vocales.

  Il est accompagné de trois superbes musiciens, en particulier Wang Li et Piero Pepin, les effets scéniques sont une merveille permanente,  comme cette montée du radeau sur la mer furieuse dont on peut voir les lames et il y a une  réelle complicité entre les protagonistes de ce drame. Une émotion et une simplicité rare,s rendue possible grâce à l’accueil de la Fabrique des arts, nouveau lieu de répétition du Théâtre 71.

Edith Rappoport

 

Spectacle créé au Festival Marto au Théâtre 71 et un peu partout en Frnce voir www.lesangesauplafond.net.

 

 

 


Soudain l’été dernier

Soudain l’été dernier de Tennessee Williams mis en scène de René Loyon.

 

tenessee.jpg    La saison passée avait été celle de La nuit de l’iguane, mise en scène de Georges Lavaudant à Bobigny  et de Baby Doll montée par Benoît Lavigne, ( voir les articles précédents du Théâtre du Blog) et  cette année arrive le Wooster Group américain  avec Vieux carré mis en scène par Elizabeth Lecompte , La Ménagerie de verre mise en scène par Jacques Nichet au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, dont on vous rendra compte prochainement , et enfin Un tramway nommé désir dans la mise en scène de Warlikowski bientôt au Théâtre de l’Odéon …Et l’on en oublie sûrement, tant le monde de Tennessee Williams fascine metteurs en scène et public
Soudain l’été dernier n’est sans doute pas l’une des plus jouées des oeuvres de T. Williams, malgré le succès du film réalisé par Mankiewicz The last Summer ( 1959), (mais désavoué par Williams) avec Katerine Hepburn, Elizabeth Taylor et Montgomery Clift. Mais c’est une pièce attachante par bien des côtés. Soudain l’été dernier , comme la plupart de celles du dramaturge américain , a quelque chose à voir avec sa vie personnelle (père absent et haï, soeur adorée en proie à la schizophrénie et qui fut opérée par lobotomie, homosexualité difficilement vécue..)

  C’est l’histoire de Violette Venable, très riche bourgeoise qui a une belle et grande demeure à la Nouvelle Orléans; nous sommes en en 1935, à la fin de l’été, dans une atmosphère lourde et poisseuse.  Son fils Sébastien est mort l’an passé, dans des circonstances tragiques  et mystérieuses à Cabeza de Lobo,  que l’on  pourrait situer  en Amérique du Sud où il était parti avec sa cousine Catherine.
Mais, comme le récit de ce meurtre par Catherine dépasse l’entendement, il est considéré comme peu crédible, et elle est déclarée  psychiquement atteinte et  internée malgré son obstination à répéter  sa version de la mort tragique de Sébastien. Violette Venable, décide alors de demander à un jeune neuro-psychiatre ,spécialiste de la lobotomie ( intervention chirurgicale dans le lobe frontal du cerveau siège de la mémoire, du langage et de certaines notions cognitives qui se révéla  sans grande efficacité et qui n’est plus guère pratiquée) mais  les choses se compliquent puisque Violette Venable pratique un petit chantage en lui proposant une forte somme d’argent pour l’aider dans ses recherches ,ce qui sous-entend : opérer et  interner définitivement Catherine. En fait, l’on va vite comprendre que Violette Venable, atteinte d’une jalousie morbide, n’ a jamais supporté l’amitié que vouait Sébastien à Catherine qu’elle l’ait remplacé auprès d’elle dans ses voyages, en servant de rabatteuse auprès de jeunes hommes que son cousin voulait séduire.

  D’après Catherine , Sébastien aurait été tué par une bandes d’adolescents très pauvres et  affamés,  » horde de petits moineaux noirs déplumés » , prêts évidemment à se prostituer sans difficulté aux riches blancs qui passent des vacances dans leur pays et  qui l’auraient ensuite déchiqueté et mangé…

  Violence extrême, haine de l’étranger et racisme bien ancrés, en même temps qu’attirance sexuelle et perversité: dans le milieu des riches américains du Sud dont fait partie Violette Venable, on ne semble guère s’embarrasser de scrupules quand le mensonge doit prendre toutes les apparences de la vérité.Et l’argent est la clé qui permet d’installer l’autorité d’un discours officiel, et, au besoin, de pratiquer un internement psychiatrique, comme il a permis aussi  à Sébastien de vivre ses amours homosexuels  dans des pays dénués de ressources…

  Le jeune neuro-psychiatre , que l’on sent amoureux de sa patiente, décide alors d’injecter quelque chose comme un sérum de vérité à  Catherine pour essayer de démêler le vrai du faux, pour essayer de faire sortir la vérité de la parole et conclura: « si cette jeune fille disait la vérité. »..Ainsi s’achève cette pièce , à la fois datée mais qui renvoie à l’actualité la plus récente sur fond de racisme et de tourisme sexuel, et d’ homophobie!  Bien traduite par  Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier, la pièce n’est sans doute pas aussi bien construite que les grands chefs-d’oeuvre de Tennesse Williams.Mais, en grand conteur qu’il est, Williams réussit très bien à créer des images fortes par la voix de ses personnages, comme celle de la plage surchauffée  et du restaurant où ont pris place Catherine et Sébastien, ou comme celle des oiseaux  qui dévorent les tortues des îles Galapagos. Ce qui touche le public chez Tennessee Williams, c’est sans doute les relations difficiles entre les personnages et cette peur du futur  qu’ils ont tous, faute peut-être d’un passé familial à peu près correct; l’écrivain pensait que si le Créateur n’avait pas tout ordonné pour le mieux, du moins , avait-il accordé un don inestimable aux animaux en les privant de la faculté inquiétante de réféchir sur l’avenir…

  soudainletedernier172.jpg La mise en scène de René Loyon est sobre et efficace , tout comme sa direction d’acteurs; pas de pathos, pas de grandes envolées lyriques, mais une grande rigueur dans le traitement du texte. Et René  Loyon  joue aussi avec beaucoup d’habileté avec  les lumières de Laurent Castaingt et les sons de Françoise Marchessau. et arrive à recréer un monde d’une cruauté parfaite, surtout quand la petite Catherine arrive sans rien comprendre, prête à être dévorée par sa tante qui la hait et par le jeune neuro-psychiatre qui, au début du moins, ne semble pas avoir de scrupules à traiter Catherine comme il l’entend….Et comme la distribution est d’ un excellent niveau, en particulier Marie Delmarès ( Catherine) qui est tout à fait exemplaire d’intelligence et de vérité , on écoute cette parabole sur l’humanité-même si elle est effroyable- avec beaucoup de plaisir… En dépit des deux  monologues/tunnels assez maladroits qui débutent la pièce et que l’on aurait pu élaguer.. Alors à voir ? Oui; cette mise en scène  est beaucoup plus convaincante que celle des deux autres pièces jouées l’an dernier.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête jusqu’au 13 décembre et Théâtre des Célestins à Lyon du 30 mars au 8 avril 2010.

LA FIN D’UNE LIAISON

LA FIN D’UNE LIAISON

De Graham Greene, mise en scène Alain Mollot

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  Alain Mollot qui s’est consacré avec le Théâtre de la Jacquerie depuis plus d’une dizaine d’années à un théâtre issu de la parole des gens ordinaires- on se souviendra avec plaisir de plusieurs épisodes du Roman des familles et plus récemment de La Fourmilière- tourne une page avec l’adaptation de ce roman de Graham Greene, écrivain dont on garde un très lointain souvenir avec La puissance et la gloire . 

  Cette histoire d’un amour fou vécu par Sarah, honorable épouse de Henry fonctionnaire réservé, et Maurice romancier a les couleurs d’un vieux film des années 50. La distribution est impeccable, Yola Buszko  et Emmanuel Depoix en particulier sont justes dans leurs rôles d’amants frénétiques, mais le spectacle s’englue dans des couleurs sombres. Jean-Pierre Lescot et Alain Mollot n’ont pas réussi à donner une actualité à ce texte qui m’a paru démodé. Mais le public assez jeune de Nogent est resté très attentif. Question de génération?

Edith Rappoport

 

 

 

 

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La fin d’une liaison de Graham Greene, mise en scène d’Alain Mollot.

Cela se passe à Londres , pendant la dernière guerre et  quelques années après;  c’est autour du trio: le mari, la femme et l’amant, une variation très subtile autour de l’amour, de la jalousie, et le roman de Graham Green possède  comme toute son oeuvre , une grande qualité d’écriture, et c’est l’occasion de retrouver un romancier qui , malgré sa célébrité, a injustement disparu des écrans radar depuis sa mort survenue en 91 . Mais Graham Greeene  est aussi un un auteur de scénarios  hors pair qui écrivit , entre autres , celui d’un  film culte, Le troisième homme. C’est avec beaucoup d’imprudence qu’Alain Mollot s’est aventuré sur un terrain qui ne lui est pas familier et qui est, on le sait bien, est très dangereux:  l’adaptation scénique d’un épais roman.Et dès le début, nous étions à la même représentation qu’Edith, il ne fallait pas être grand devin pour voir que rien, à part les comédiens superbement dirigés, n’était vraiment dans l’axe.
Un décor simplifié à l’extrême :  de grands châssis de toile noire qui glissent selon les besoins de la scène avec des projections de dessins de J.P. Lescot censés donner une idée des lieux où se passent  les scènes, éclairés par une lumière chichiteuse. mais surtout une dramaturgie qui ne tient pas du tout  la route, faite de petites scènes qui se succèdent  sans vraiment de cohérence, avec des flash-back quelque peu insolites, et une histoire qui n’en finit pas avec de fausses fins,  et du théâtre dans le théâtre  directement hérité du roman dans le roman.

   Bref,  du vieux théâtre, comme on en voit souvent dans le théâtre privé, mais ici superbement joué. On ne comprend pas comment  Alain Mollot , homme d’expérience,  a pu s’embarquer dans un pareil bateau qui a beaucoup de mal à tenir la mer , et ce qui aurait peut-être( et ce n’est même pas sûr) être envisageable sur un temps plus court,  devient ici assez pénible. Mais il n’y a rien à faire les metteurs en scène chevronnés comme les débutants restent toujours aussi fascinés par une aventure romanesque alors que les idées de temps et d’espace ne sont radicalement pas les mêmes… .et de toute façon, doivent au départ s’appuyer sur une dramaturgie solide qui prendrait davantage en compte le temps de la fiction . Comme l’écrivait Benvéniste, la temporalité n’est pas un cadre inné de la pensée ; elle est produite en réalité dans et par l’énonciation . En fait, le véritable obstacle auquel s’est heurté Alain Mollot  a été de savoir comment l’on pouvait inscrire à la fois le temps et l’espace historique  qui se situent toujours hors du temps présent et qui doivent  en même temps, dans ce type de théâtre, rendre crédible l’action présente qui nous est proposée. Mais, à l’impossible, nul n’est tenu….
  A voir? Non, pas vraiment,  et ces deux heures semblaient interminables., que le public semblait pourtant  subir avec une admirable patience!

Philippe du Vignal

Scène  Watteau de Nogent -sur-Marne jusqu’au 15 novembre

 

 

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