Il MATRIMONIO SEGRETO

Il MATRIMONIO SEGRETO  MC 93 de Bobigny  de Domenico Cimarosa, direction musicale Antony Hermus, mise en scène Marc Paquien avec l’atelier lyrique de l’Opéra de Paris.

 


Cet opéra baroque campe des rapports amoureux compliqués dans une riche famille où le père conseillé par son commis Paolino, veut marier sa fille aînée à un riche comte ami du commis.
Or Paolino s’est marié secrètement avec la cadette Carolina dont le comte tombe immédiatement amoureux. Après une suite de quiproquos des plus invraisemblables, tout est bien qui finit bien, le comte tiendra sa parole, il épousera Elisetta l’aînée, Carolina se fera pardonner son mariage secret. Avec de belles voix et une interprétation solide, cet opéra souffre de partis pris esthétiques incompréhensibles, un tulle  transparent reflétant des docks encombrés de voitures, des statues de plâtre dans des caisses en bois devant des haies bien taillées, des costumes disparates plutôt laids qui affligent les acteurs de démarches hésitantes. On a du mal à comprendre les choix de ce jeune metteur en scène à la mode.

 Edith Rappoport

 



Archives pour la catégorie critique

Les Turbulentes Vieux Condé

D O Q  Les Turbulentes Vieux Condé   Dynamique d’observation du quotidien par le Pudding Théâtre, mise en rue, mise en mots Christophe Chatelain et Sylvie Faivre.

C’est la 11e édition de ce festival des arts de la rue du Valenciennois organisé dans une petite ville chaleureuse et accueillante qui a créé le Boulon, pôle régional des arts de la rue et a su mobiliser des partenariats des collectivités publiques, d’une quinzaine d’entreprises et d’une dizaine de structures culturelles de la région. Le public y afflue, très jeune et familial- on y rencontre aussi les accros de la rue- déambule au gré des spectacles,  et une trentaine de compagnies se relaient sur les deux jours, certaines donnant six représentations par jour.

Le Pudding Théâtre de Franche Comté avait déjà été accueilli par le Festival avec Mémoires des chambres froides (autrement dit Les frigos) que j’avais vu à Chalon dans la rue. Cette Dynamique d’Observation du Quotidien nous rassemble après un voyage en car, sur un terrain de boules dans le quartier de la solitude, vaste espace aéré aux pelouses bien entretenues, avec de petits immeubles un peu décatis, et de petits pavillons en briques. Trois animateurs guides, Natacha, Nicolas et Corentin nous répartissent en trois groupes après nous avoir distribué des autocollants avec nos prénoms, et nous emmènent dans une exploration du quartier.

  Le guide très prolixe et tonique nous demande sans cesse de nous mettre à l’affût en nous accroupissant. On y rencontre une Zana Sedjou qui se rend à l’office de protection des immigrés pour y trouver du travail. On y suit un handicapé dans la chaise, on y voit l’explosion d’un immense camion (en Afganistan ?) d’où Zana parvient à s’échapper pour émigrer. On y voit  un couple se déchirer, se réconcilier, puis se marier dans une liesse explosive et multicolore. La dernière séquence, c’est l’explosion du panneau des Turbulentes, soigneusement préparée par un jeune technicien à la chemise bariolée. Cette déambulation qui nous fait remonter dans le temps demande encore un certain rodage, je n’ai cessé de me poser des questions sur le déroulement des scènes, mais affirme une démarche tonique et originale d’une véritable équipe d’acteurs citoyens.

ÇA TOURNE PAS ROND  Les Turbulentes Vieux Condé
Mise en scène Patrice Cuvelier, compagnie Babylone
Cette fable écologique de 30 minutes est un joli entre /sort présenté dans un bus par Sébastien Delpy, conteur interstellaire qui présente aux enfants petits et grands les mouvements des astres en folie, Mars tombé amoureux de la Lune qui quitte la gravitation de la terre. Celle-ci s’arrête de tourner. Quatre manipulateurs font vivre cette poétique épopée des étoiles qui a ravi le public. La Compagnie Babylone qui sort d’un long tunnel de deuil excelle dans la poésie foraine et dans les petites formes.

Edith Rappoport

LE BARBIER DE SÉVILLE

LE BARBIER DE SÉVILLE  Théâtre des Louvrais Pontoise de Rossini, mise en scène Gérald Chatelain, direction musicale Andrée-Claude Brayer, scénographie d’Yves Collet.

Depuis plusieurs années l’École nationale de musique de Cergy-Pontoise collabore avec l’Apostrophe pour produire un opéra présenté en petite série au Théâtre des Louvrais. Le Barbier de Séville campe les amours naissantes de Rosine et du comte Almaviva  sous la houlette de l’habile Figaro qui berne le vieux Bartholo, tuteur et prétendant de la jeune fille. Avec une distribution solide, un tonique Figaro, un étrange et immense Bartholo, une Rosine un peu décalée aux bizarres costumes, une scénographie dépouillée et efficace, de beaux éclairages, ce Barbier de Séville suscite l’enthousiasme du public. Un bémol, les cirés jaunes et les bottes dont sont revêtus les acteurs au dernier acte. Clin d’œil plein d’humour ou touche de modernité plaquée ? On peut toujours en rire.

Edith Rappoport

Le jour de l’italienne

Le jour de l’italienne ou les vraies confidences, création collective de la compagnie Eulalie , mise en scène de Sophie Lecarpentier

image2.jpg  Depuis qu’en Occident, le théâtre est théâtre ou presque , il s’est souvent pris lui-même pour sujet, en proposant aux spectateurs d’être voyeurs ou complices de sa «fabrication»  et en lui dévoilant les mécanismes de l’écriture et du travail scénique.

 On pourrait interroger les raisons de la tendance, croissante ces dernières années, qui poussent les gens de théâtre à exhiber leur travail, à s’auto-contempler sous diverses formes : théâtre en train de s’écrire, de se faire, théâtre avoué, se faisant à vue, sans compter le phénomène, très à la mode, des répétitions ouvertes au public.
Montrer au public l’envers du décor, la réalité quotidienne du processus de création théâtrale, les doutes, les errements, la quête des acteurs, la fabrication matérielle d’un spectacle est sans doute une initiative intéressante, à condition qu’elle ne débouche pas sur une simple démonstration pédagogique ou une vision caricaturale.
C’est le cas, hélas, dans Le jour de l’italienne, création collective de la compagnie Eulalie sous la direction de Sophie Lecarpentier.
« C’est un spectacle confidence, né de l’envie d’une équipe de faire partager sa passion et de dévoiler, avec humour, dérision et sincérité, les rouages du processus des répétitions. » nous explique-t-on dans le programme.
On assiste en effet aux répétitions de L’Epreuve de Marivaux par une compagnie de théâtre. Dans l’espace nu du plateau, on recrée la scène de répétitions avec, côté cour, un coin café, côté jardin, les loges derrière un tulle transparent, une table et des tabourets pour la lecture à la table, puis, à mesure que les répétitions progressent, quelques éléments du décor de L’épreuve : un fond de ciel, deux bancs, un arbre sans feuilles, se mettent en place.
On suit les répétitions du premier jour ,jusqu’à l’Italienne, à travers les étapes successives de la fabrication du spectacle : travail sur les scènes , arrivée des costumes et d’éléments du décor, réglage des lumières et du son.
Quelques belles trouvailles dans la mise en scène comme ,par exemple,  le marquage du temps qui passe, de la progression du travail : séquences flashs scandées par les noirs, effets de condensation et d’accélération. La dramaturgie scénique alterne les échanges entre les acteurs, leur questionnement de la pièce, des personnages, les interventions de la metteuse en scène, avec les scènes de répétitions de L’épreuve. Sur cette trame ,se greffent de brefs monologues des acteurs qui, hors du plateau, dans un rond de lumière, livrent au micro, chacun à son tour, la conception de leur personnage.
Un jeu réaliste avec des tentatives de dérision, voire d’autodérision, et d’humour, ratées, qui patauge dans les clichés. On caricature les tendances mode dans le décor et les costumes disparates, mélange de contemporain et d’éléments d’époque. Pour faire plus vrai, on truffe les échanges entre les acteurs et la metteuse en scène, de termes du « jargon » du métier : notes, gélatines, mise, bout à bout, jardin, cour…, dont on explique en même temps (dans un souci pédagogique ?) la signification.
Tout cela flotte entre la mauvaise parodie et la démonstration laborieuse. La mise en scène indécise, entre intentions de dérision et représentation maladroitement réaliste du travail de répétitions, manque d’idées fortes et de cohérence.

Irène Sadowska Guillon
Théâtre 13 à Paris,du 28 avril au 7 juin 2009.

IIe. Festival Migractions

 Deuxième Festival Migractions au Théâtre de l’Opprimé à Paris du 6 au 27 mai 2009

mograction.jpg  Seconde édition d’un Festival transdisciplinaire qui réaffirme la rupture des frontières géographiques, politiques et artistiques, articulant théâtre, musique, danse, théâtre en forum, expositions, cinéma, lecture.

  Espace de métissage tout azimuts des cultures, des formes artistiques, où se croisent et dialoguent des artistes de continents et d’origines différents : depuis l’Inde à l’Amérique Latine en passant par l’Europe et l’Afrique. L’art peut-il changer leur monde et le nôtre ? Ils sont tous convaincus, qu’au-delà des valeurs esthétiques, l’art peut et doit être un lieu de réflexion éthique, politique, de dialogue et de reconnaissance réciproque. Ainsi, pendant toute la durée du Festival, le projet « Existences – Résistances », exposition de photographies « Palestine » de Rogerio Ferreri, est proposée au public. Vincent Fort proposera une  approche de la création plastique dans « Sculptures en scène ».

  Une programmation riche et diversifiée de musiques allant de diverses formes du jazz, des musiques et chansons latino-américaines et hispano – françaises, africaines, indiennes, à la carte blanche à Nenê et à sa Master Class sur les rythmes brésiliens, pour culminer,  pour la soirée de clôture, dans un feu d’artifice musical avec le Sénégalais Woz Caly. « Théâtre en forum » proposé par la troupe du Théâtre de l’Opprimé, abordera des questions de société brûlantes : sur l’emploi et le V. I. H. préparé avec des chefs d’entreprise et des salariés, des personnes séropositives, sur les femmes d’hier et d’aujourd’hui, sur « l’école : se disputer ou en discuter ? », sur « les bandes à part tenir ? », sur l’insertion professionnelle des femmes. Des problèmes sociaux seront aussi abordés dans les spectacles : Au fil du mur (art et handicap) de la compagnie « Les mines de rien », Le consentement de la femme amoureuse de la compagnie « Le jour se lève », Il aurait suffi (sur le viol et les tournantes), de la compagnie Jacques Kraemer, enfin dans Les nouvelles cruautés ,création de la compagnie du Théâtre de l’Opprimé.
Du théâtre d’auteurs femmes Nuit d’été loin des Andes, de et par la Franco uruguayenne Susana Lastreto et À ma douce, de et par la belgo-vietnamienne Michèle Nguyen, Crossing frontières de Caryl Churchill par Anne Casteret et Stella Maris du Théâtre Royal National de Londres.
Des formes scéniques métissées : théâtre, danse vidéo dans De Thèbes à Gaza, ou les frères ennemis, dialogue entre la danse indienne et les mots dans Inde : univers dansant et
dans  Somme en bulle de la compagnie Nuba, tissage de danse Buto,  et de mixage vidéo et de musique live. Un film documentaire Pas de révolution sans chanson (No abra revolucion sin canciones) retracera la culture chilienne de la chanson engagée , depuis le coup d’état et la mort d’Allende en 1973.

Irène Sadowska Guillon

Festival Migractions
du 6 au 27 mai 2009

au Théâtre de l’Opprimé
78 – 80 rue du charolais
75012 Paris
renseignements et réservations 01 43 40 44 44
site :
www.migractions.com

La Rage

« La Rage » de Michelle Riml, traduction en français de Sarah Migneron, mise en scène de Joel Beddows. Théâtre la Catapulte, Ottawa

rage97.jpgLa Rage, (la colère, et non la maladie)  est une œuvre de Michelle Riml, auteur dramatique de  Colombie Britannique, dont la traductrice  Sarah Migneron vit maintenant à Ottawa. La pièce est présentée par le Théâtre la Catapulte, une troupe franco-ontarienne, établie  dans une belle salle du centre ville, équipée de tous les dispositifs  technologiques  nécessaires. Cette pièce  vise les adolescents mais peut aussi concerner les parents et les  adultes en général.

  Elle s’inspire  des actes de violence actuels,  massacres,  prises d’otages et  suicides qui se déroulent dans les écoles. Une toile de fond très violente donc, avec un dialogue à propos d’Hitler qui n’est ici qu’un prétexte et la discussion vire à une confrontation tragique  qu’on pressent dès les premiers moments. Laura est  travailleuse sociale dans une école,  et Raymond, un élève de 17 ans est sur le point d’être expulsé à cause d’une rédaction sur Hitler, où il doit entrer dans la peau du monstre pour mieux comprendre ses motivations.  Raymond voit dans le personnage d’Hitler, malgré tout, quelqu’un qui avait une mission, une vision claire de la vie, à l’opposé des adultes qui l’entourent où il  ne perçoit qu’ hypocrisie , absence de sens éthique, indifférence, ce qui suscite chez lui  un sentiment d’abandon.

  Face à cette logique perverse, Laura, prise de panique, lui oppose des arguments pacifistes, au moment où Raymond prend son revolver et lui pose le choix de sa vie : quelqu’un doit mourir, ce sera lui ou elle! Raymond lui donne l’arme ; dans son désespoir, il est prêt à mourir mais mais, elle, pacifiste,  est incapable de tirer.

  Choix sartrien? Certainement pas: la jeune femme a peur, tout simplement, et ne se comprend  pas elle-même. La scène  dépasse le  mélodrame  et le jeune acteur nous fait ressentir la profondeur de son trouble psychique, et sa grande intelligence face à cette adversaire plutôt faible. Toutefois,  la discussion sur Hitler n’est qu’un prétexte : l’échange devient  vite un cri de douleur du jeune homme qui a besoin d’aide et ne trouve  personne capable de  l’écouter. Défaillance du système scolaire, confusion paranoïaque de l’ élève, et médiocrité de la travailleuse sociale crachant des clichés sur la fraternité et la bonne entente… Mais elle perd son calme et hurle des obscénités au jeune homme , quand il  est sur le point de l’attaquer physiquement. Cette joute violente aboutit à un échec sur tous les plans: Laura  comprend que ses principes sont insuffisants face à une violence réelle,  et  Raymond ne survivra pas à sa révolte. 

  Joel Beddows,  a fait un travail méticuleux avec les deux jeunes comédiens, qui expriment très bien  un paroxysme de colère, de douleur et de terreur dans cette confrontation qui nous tient en haleine pendant  quatre vingt dix minutes, et  provoque la discussion et qui devrait interpeller tous les jeunes.

Alvina Ruprecht

Théâtre la Catapulte

Présentée dans un premier temps en anglais sur la côte Ouest du Canada (Vancouver); représentations actuellement en Ontario francophone dans cette nouvelle production, associée au festival du Centre national des Arts d’Ottawa.

Wittgenstein Incorporated

Wittgenstein Incorporated de Peter Verburgt, mise en scène de Jean Ritsema.

 
bdwittgenstein.jpg De Ludwig Wittengstein, philosophe viennois (1889-1951), on connaît surtout en France son brillant Tractatus logico-philosophicus, publié en 1939.L’écrivain néerlandais Peter Verburgt a écrit Wittgenstein Incorporated à partir de trois cours que le philosophe a consacrés à la croyance, où il parle beaucoup de la foi, du doute, de l’immense difficulté que représente le désir même de vouloir penser, et de cette phrase magnifique qui n’arrête pas de le lanciner, celle qu’un ami mourant lui avait dit: « Je penserai à vous après ma mort ».
  Jean Ritsema avait conçu cette mise scène, il y a de cela quelque vingt ans et, on le sait, très rares sont les réalisations scéniques ressurgies comme cela comme par un coup de baguette magique du quasi-néant auxquelles elles sont le plus souvent promises après, au mieux, quelques années d’existence.On comprend ce qui a pu mobiliser l’énergie de Ritsema: donner non pas une image mais une sorte de réincarnation théâtrale du philosophe qui aimait, nous dit-on, plutôt exposer ses idées par la parole plutôt que par l’écriture, entouré de quelques amis:  » Le visage austère, aux traits mobiles, le regard concentré, les mains cherchant à saisir des objets imaginaires: on ne pouvait éviter d’être frappé du sérieux de cette attitude et de la tension intellectuelle qu’elle révélait » , comme le  dit un de ses amis, cité par Ritsema.
  Effectivement, cela pouvait alors être tentant de transformer l’essentiel de ces trois cours de Wittgenstein en un objet théâtral,presque chorégraphique par moments, avec un comédien comme Johan Leysen que l’on avait déjà pu voir chez Schiaretti ou Gutman. Grand, mince et doué d’une impeccable gestuelle, il est seul en scène dans un décor dépouillé à l’extrême: un mur vert foncé, un fauteuil en toile dont il se sert peu, le tout installé sur un parquet blond…
  Oui mais, passées les quelques vingt premières minutes où l’on est  fasciné par la silhouette et par la belle voix grave de ce  comédien qui ne bouge presque pas, on commence à s’ennuyer très vite, d’autant que, malheureusement, Johan Leysen ne dit pas  bien ce texte déjà peu passionnant; effet de la fatigue et/ ou de la difficulté à assumer cette performance a-théâtrale? En tout cas, on ne voit vraiment pas les raisons pour lesquelles on se passionnerait pour ce genre de chose mal ficelée… D’autant que la chose en question dure deux heures et demi ( sic) avec une pause de cinq minutes, puis un entracte de vingt minutes!
  Quelques spectateurs s’en vont au bout d’une demi-heure; d’autres comme moi, je l’avoue, profitent de la pause pour déserter la petite salle de la Resserre, incapables d’en supporter davantage. Ce qui pourrait être un exercice pédagogique intéressant et  qui aurait sans doute séduit Antoine Vitez( comment  transformer un texte d’origine philosophique en objet scénique)  ne fonctionne pas chez Peter Verburgt et Jean Ritsema; malgré une certaine rigueur, ce n’est pas en effet  le contenu même de ces trois cours de Wittgenstein qui est proposé mais une sorte de récit,mis en scène de façon très statique,  ce qui donne beaucoup de lourdeur  au propos.On pense à ce que Jean-François Peyret, qui a souvent réussi la délicate opération consistant à donner une vie scénique à un propos philosophique avec quelques excellents comédiens, aurait pu concevoir  en partant des seuls écrits  de Wittgenstein…
  Alors à voir? Seulement, si vous êtes un fanatique inconditionnel de ce type de recherche-qui n’en est d’ailleurs pas vraiment- mais l’heure que j’en ai subie, ne m’a pas donné envie de voir la suite; peut-être, n’ai-je  pas été assez patient mais la vie est trop courte et il y a des limites au masochisme, surtout un soir de printemps où les oiseaux chantent dans le beau parc de la Cité universitaire..

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité Internationale, jusqu’au 30 avril et 12 au 30 mai.

Ionesco

Ionesco d’André le Gall

9782081219915.jpgEntre l’œuvre et la vie d’Eugène Ionesco la frontière est mince, voire perméable. Il y a un jeu permanent entre le réel et la fiction dans lequel Ionesco excelle, à la fois personnage et auteur, en mettant sa vie en scène autant dans son théâtre que dans ses journaux intimes et ses livres autobiographiques.
Comment dégager une image objective dans ce jeu de camouflages et de confidences, de révélations dont il était prodigue, de contradictions et de pluralité des identités qui l’habitaient, redistribuées entre les personnages de son théâtre ?
Dans son excellente et passionnante biographie de Ionesco, André le Gall prend parti d’une approche polyphonique de l’homme et de l’écrivain dont la voix est constamment présente et où événements, circonstances, anecdotes, rêves racontés dans les journaux intimes et exploités dans les fictions dramatiques sont en permanence mis en rapport avec les faits et les données objectifs fournis par les archives, les coupures de presse, les mémoires des contemporains, des témoignages de comédiens, de compatriotes, d’amis.
Ainsi, dans ce jeu de miroirs ,se dégage l’image d’un Ionesco ,homme de doute et de foi, non pas chantre de l’absurde mais grand ressasseur des questions devant l’état du monde, poète de l’insolite, de l’étonnement et de l’émerveillement au sein de l’être, se transportant dans la vie chargé de lourdes valises, partagé entre les élans ascensionnels et des pesanteurs telluriques.
En suivant la chronologie des étapes décisives de la vie et de l’œuvre d’Ionesco, André le Gall les fait s’interférer constamment. De sorte que sa biographie se présente comme une scène d’un théâtre de vie. André le Gall recourt parfois à l’interview ou au dialogue entre l’orateur et l’intervenant extérieur, où Ionesco, par des citations tirées de ses journaux intimes et de textes autobiographiques , corrige certains points de vue, explique ses partis pris,  ses positions politiques, et ses goûts  littéraires.
Par exemple sur Beckett : « Le rapport n’est pas du tout le même qu’avec Sartre, Sartre n’est pas un rival, Beckett si. »
Une biographie remarquable, empreinte de l’esprit ionesquien qui se lit comme un roman d’une vie. Complétée  par d’abondantes notes, une bibliographie, un index et un cahier de photos. Un ouvrage indispensable pour découvrir ou redécouvrir la figure paradoxale et l’œuvre d’Ionesco, dont on célèbre cette année le centenaire de naissance.

Irène Sadowska Guillon


Ionesco d’André le Gall
Éditions Flammarion, Collection « Grandes biographies », 2009
650 pages, 25 €

PARCHEAZA MASINA LA HARVARD

PARCHEAZA MASINA LA HARVARD Teatrul Evreiesc de Stat Bucarest

D’Israel Horovitz, mise en scène Horea Popescu, avec Maïa Morgenstern et Constantin Dinglescu


Ce théâtre Evreiesc est un théâtre Yiddisch qui a réussi à survivre à la shoah. Il est situé à deux pas d’une belle synagogue environnée de HLM lépreuses. L’exposition que nous a commentée un délicieux vieillard qui avait coiffé sa kippa dans ce lieu de culte, raconte l’anéantissement des juifs. Ils étaient 800 000 avant la guerre, ils ne sont plus que 8000 en Roumanie. Le théâtre, une bonbonnière un peu vieillotte mais chaleureuse, ne donne qu’une représentation par semaine, encore du théâtre de répertoire devant une salle mélangée, enthousiaste, qui applaudit debout.
La pièce (dont je n’ai pas encore réussi à me faire traduire le titre, qui est jouée en roumain, pas en yiddisch) met en scène une jeune femme excitée qui débarque par un soir d’hiver chez un vieux professeur, qui s’installe et entreprend un ménage destructeur. Peu à peu leurs rapports se pacifient, deviennent presque tendres. Une spectatrice roumaine qui vit en Grèce, qui prend régulièrement l’avion pour voir jouer Maïa Morgenstern, nous a expliqué que cette femme était une ancienne étudiante de ce professeur de musicologie, régulièrement recalée à l’entrée de l’université d’Harvard. Malgré les tunnels de la langue, le jeu de ces excellents acteurs nous ont captivés

Edith Rappoport

COMPLEXUL ROMANIA

COMPLEXUL ROMANIA  Théâtre national de Bucarest
de Mihaela Michailov, mise en scène Alexandra Badea

Ce complexe roumain se joue dans la plus petite des cinq salles de cet immense théâtre national qui emploie 500 personnes. C’est Razvan Oprea, ami d’Alexandra Badea qui vit en France, mais retourne régulièrement dans son pays qui nous a introduites. Il tient le premier rôle, joue dans 9 spectacles car en Roumanie on pratique l’alternance. Son salaire au Théâtre national lui permet seulement de payer son loyer, il doit se démultiplier au cirque, à la télévision pour tenir. La pièce retrace l’enfance de deux jeunes lycéens pendant la période sous la férule de Ceausescu, l’arrestation et l’élimination de leur père par un sinistre apparatchik qui se reconvertit rapidement, leur implication dans la révolution de décembre 89, la mort d’un des lycéens, celle de la grand-mère. Jouée dans un espace quadrangulaire, avec pour tout décor un amoncellement de pots de conserves et un tas de sacs en plastique jaunes symbolisant l’apparition des supermarchés avec la libéralisation, la pièce jouée par une équipe de 7 excellents comédiens suscite l’enthousiasme du public plutôt jeune qui applaudit debout. La salle n’est néanmoins pas pleine, le Théâtre national ne mettant pas en valeur ce spectacle qui n’est jamais présentée en week-end.

Edith Rappoport

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