La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres

image23.jpgLa Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, d’après La  Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, adaptation et mise en scène d’Amos Gïtai.

image3.jpg  Joseph ben Mattathias ha-Cohen, dit Flavius Josephe, ( 38-100 environ) fut l’un des protagonistes de la guerre des Juifs contre Rome qui avait entrepris de coloniser l’état juif dans les années 66-70, puis dut se rendre aux Romains, après avoir trouvé refuge dans une grotte. Favorable à une reddition de ses troupes, il admit comme une nécessité absolue la décision collective de s’entretuer selon un ordre déterminé par tirage au sort, dont il réchappa ; il devint rapidement le protégé du général puis empereur : Vespasien , puis de son fils Titus qui  écrasèrent sans beaucoup d’état d’âme l’insurrection de Galilée. 

  L’armée de l’état juif comptait pourtant 100.000 fantassins et 500 cavaliers.Flavius Josèphe écrivit donc en historien, dans les années 70,le récit de cette guerre d’extermination dont il fut à la fois l’un des principaux acteurs et le témoin des  événements qu’il vécut à la fois du côté des Juifs d’abord puis des Romains. Chute de Jérusalem, , destruction programmée du Temple et enfin, suicide collectif  des derniers combattants réfugiés dans la fameuse citadelle de Massada pourtant réputée comme imprenable.   Ce fut la fin de l’Etat juif de l’Antiquité et le début d’un exil qui dura vingt siècles….Qui était en réalité ce Flavius Josèphe qui écrivit donc  l’histoire du peuple juif , une fois passé dans le camp des Romains? Un général intelligent sans aucun doute qui n’avait rien d’un héros et  qui ne manquait cependant pas de réalisme, au moment des choix cruciaux! Il  reste cependant le témoin irremplaçable de cette histoire de la nation juive.
 On comprend donc bien l’intérêt qu’a pu y trouver Amos Gitai, excellent cinéaste israélien, qui a donc entrepris de mettre en scène un spectacle, dont le titre est emprunté à l’un des fameux manuscrits dits de la mer Morte, et ce, par deux fois, en Sicile il y a quinze ans, puis à la Biennale de Venise.Gitai, s’appuie sur le texte de Flavius Josephe avec un prologue et sept tableaux. qui vont du début de l’insurrection, au début de guerre civile jusqu’à l’assaut de Jérusalem  par les Romains, puis au triomphe de Vespasien et de Titus à Rome, et enfin au suicides des insurgés de Massada programmé par leur chef Eléazar. C’est effectivement tentant comme scénario… Reste à l’adapter scéniquement…..
 Le cadre : la magnifique carrière Boulbon qui fut le cadre du Mahabarata de Peter Brook puis notamment,  du Songe d’une nuit d’été mis en scène par Jérôme Savary.Le spectacle d’Amos Gitai commence plutôt bien, comme une sorte de performance silencieuse ou presque; déjà sur la scène six taileurs de pierre découpent , scient, burinent de gros quartiers de roche au crépuscule; puis les très belles et douces  lumières conçues par  Jean Kalman  balaient  les parois rocheuses et les praticables métalliques. Et c’est d’une grande beauté plastique.
 Jeanne Moreau entre alors doucement, elle a un tailleur pantalon crème et une grande écharpe de soie vert d’eau et elle vient s’asseoir à une table en bois pour lire le prologue puis des morceaux du récit de Flavius Josèphe; c’est du genre magique, surtout quand elle dit, de sa voix inimitable, la fin du prologue: « Je rapporterai avec exactitude ce qui s’est passé dans les deux camps mais, dans mes réflexions sur les événements, je laisserai paraître mes sentiments et je laisserai ma douleur personnelle s’exprimer sur les malheurs de ma patrie ». Il y a, à ce moment là, un véritable souffle épique qui ,malheureusement , ne dure pas du tout. Jeanne Moreau butte souvent sur des mots et ne réussit même pas à lire correctement la fin de son texte, ce qui est quand même surprenant et  assez désagréable.Et cette espèce de faux oratorio/ lecture en sept tableaux avec des  intermèdes musicaux de musique ( très beau chants  yddish de Menachem Lang, violon , guitare électrique ) devient  vite ennuyeux. sans doute parce qu’il n’y a pas de  scénario véritablement théâtral.

  Les comédiens qui entourent Jeanne Moreau et qui lisent aussi des parties du textes Jérôme Koenig ( Vespasien)  Gérard Benhamou ( Titus) ; Eric Elmosnino (Eléazar) , Shredy Jabarin ( Shimon)  et Mireille Perier ( Miriam) font leur travail  scrupuleusement. Mais il manque une âme et une véritable construction à ce spectacle maladroit  de 95 minutes qui essaye en vain de dire  l’histoire d’un peuple et les horreurs de la guerre , et cela n’en finit pas de finir. Les quelque huit cent spectateurs , pas très jeunes  mais c’est une constante dans ce festival très bon chic bon genre-à de rares exceptions près -sont restés stoïquement jusqu’au bout, sans doute par respect pour les comédiens Mais les applaudissements bien maigres….Dommage pour le Festival qui aurait mérité mieux…. Et il n’est pas sûr que les rares moments où passe un tout petit souffle épique puissent perdurer ailleurs que dans la magnifique  scénographie naturelle de la carrière de Boulbon…

Philippe du Vignal

Le spectacle est joué  encore aujourd’hui et demain à Boulbon puis au Festival grec de Barcelone, les 17 et 18 juillet, puis Les 24 et 25 juillet au Festival d’Athènes et Epidaure; les 31 juillet et le 1 er août au Festival international d’Istanbul et enfin à ‘Odéon-Théâtre de l’Europe.


Archives pour la catégorie critique

Gérard Philipe 50 ans après

Les Cahiers de la Maison Jean Vilar, n° 108 juillet 2009
Gérard Philipe 50 ans après

cahiersjeanvilarjuillet2009.jpg50 ans après sa disparition Les Cahiers de la Maison Jean Vilar publient un numéro spécial consacré à Gérard Philipe et à son mythe. En guise d’introduction « Gérard Philipe, récit d’une vie » par Rodolphe Fouano, une biographie complète de l’acteur de théâtre et de cinéma, de l’artiste engagé politiquement, illustrée par des reproductions de documents (lettres, contrats…) et de nombreuses photos de répétitions, de spectacles, de tournages de films.
Quelques documents, articles, publications, inspirées par la figure de Gérard Philipe, entre autres une bande dessinée sur lui dans le journal illustré pour enfants « Cœur vaillant », donnent la mesure de sa dimension de star et de l’idolâtrie qui l’entourait.
Une partie de la revue réunit les regards portés sur Gérard Philipe par Marc Allégret, Marcel Carné, Calder, Maria Casarès, René Clair, Jean Cocteau, Armand Gatti, Maurice Jarre, François Mauriac, Michèle Morgan, Serge Reggiani, Claude Roy etc..
À travers une série de photos on découvre Gérard Philipe avec ses amis, sa famille, jouant au football, en coulisses, travaillant…
Des études sur le phénomène Gérard Philipe : « Gérard Philipe le symbole de l’après-guerre » de Claude Choublié et « La création du personnage » de Georges Sadoul, sont suivies des extraits d’entretien avec l’acteur « Théâtre et cinéma, les deux faces d’un même métier » paru dans « Cinéma » en décembre 1955.
D’autres témoignages et points de vue sont apportés par Philipe tesson (« Un mythe ou un homme ») et Jacques Lassalle qui inscrit dans une réflexion actuelle la figure de Gérard Philipe qui fut une révélation pour lui et pour sa génération.
Dans la partie de la revue consacrée à Jean Vilar, à lire un passionnant texte sur Maurice jarre « Du TNP aux Oscars » et un texte de Maurice Jarre Le décor sonore paru en 1952.

Irène Sadowska Guillon

Les Cahiers de la Maison Jean Vilar
Gérard Philipe 50 ans après
n° 108 juillet 2009

http://maisonjeanvilar.org

Maison Jean Vilar
Montée Paul Puaux
8 rue de Mons
84000 pavillon

On trouve tout ou presque tout sur Gérard Philipe à la bibliothèque de la Maison Jean Vilar : ses films, des documentaires, des maquettes des costumes de scène et de films, la presse de l’époque, des enregistrements audio des spectacles du TNP à Chaillot, des disques de poésie, sa correspondance, ses archives personnelles de Gérard Philipe données à la Maison Jean Vilar par sa famille.

AVIGNON IN ET OFF

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 AVIGNON IN ET OFF

 Dès samedi, c’est promis , vous aurez les premiers compte-rendus du Festival in et off d’Avignon; s’y succéderont d’abord  Alvina Ruprecht et du Vignal en personne , un peu en même temps qu’Edith Rappoport, puis Christine Friedel. Laurie Thinot  nous fera parvenir ses impressions sur ce Festival qu’elle découvre pour la première fois, et malgré sa grande envie d’y goûter qui la tenaillait , reste pour le moins assez décontenancée par ce gigantesque bordel qui, dit-elle, ne rend pas toujours la monnaie de la pièce….

  Comment s’ y retrouver en effet dans ce  bazar où le pire côtoie le meilleur, ce n’est évidemment pas toujours facile mais nous essayerons de faire quotidiennement un point sur les choses à voir et sur celles que vous pouvez vous épargner… Mais au moins une chose est sûre, nous ne vous parlerons que d’une toute petite partie de cette programmation hors normes et qui reste tojours un objet d’étonnement pour nos amis étrangers.  Et,   en dehors des nourritures spirituelles , qu’absorber? Evitez la place de l’Horloge en général,  et les rues avoisinantes; la Place des Carmes est un peu mieux,  sinon nous vous conseillons le Flunch; ( en bas sur la gauche de la rue de la république: avenue Raspail .
 Attention: ce n’est pas du tout de la haute cuisine mais bon , ce n’est pas pire qu’ailleurs, au contraire et 1) Il fait frais 2) On ne vous impose pas de plat et vous pouvez ne prendre que des légumes  dont  vous pouvez  vous servir à volonté, ou des crudités , yaourts, etc…3) Les prix sont tout à fait corrects, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des machins qui font office de restaurants pendant le Festival, mais mieux vaut arriver tôt vers midi, parce que d’autres festivaliers, dont pas mal de critiques , et non des moindres,  ont aussi repéré le truc  4) Vous pouvez aussi y faire une pause dans l’après-midi pour lécher une glace.
 Prenez soin de vous, et bonnes découvertes dans le off surtout… Pour le reste, nous vous tiendrons au courant dans la mesure où nous aurons l’insigne honneur d’être invité. A très bientôt donc.
Philippe Du Vignal

L’immédiat

après coup : week-ends à la Cité – L’immédiat, performance de Camille Boitel.

L’été, le Théâtre de la Cité Internationale joue à fond de ses lieux multiples et quelque peu labyrinthiques, du parc et des connivences entre les différentes maisons de son splendide campus. Performances, musiques, arts visuels : dans ces lieux où  – presque – tout est possible, les arts visuels (le théâtre en fait partie) se glissent partout et changent le regard que le spectateur porte sur le quotidien. Et si ces filles en maillot de bain, sur la pelouse, étaient des danseuses immobiles ? Le tee-shirt rouge sur une chaise devient une installation, l’art met en scène la vie, sans lui demander son avis. Ce que revendique le collectif de plasticiens Glassbox : « graviter, s’infiltrer et produire une œuvre qui joue sur une réappropriation des lieux (…). Le cadre, l’activité humaine, les organisations regroupées sur le parc, sont des indices au travers desquels une démarche peut s’envisager ».
Il faut de l’espace pour entraîner le spectateur dans cette déambulation éveillée : on peut en trouver toute l’année à la Ferme du Buisson, à Noisiel, héritière d’un empire industriel, ou à la Ferme du Bonheur, squattée, gagnée d’année en année sur les terrains vagues de Nanterre, bricolée pour que surtout les terrains restent vagues, c’est à dire vivants, comme les spectacles du même nom, et jardinés de plantes et d’animaux sauvages.
Détour pour en arriver à ceci : dans une sorte de gymnase équipé de gradins – retour à la salle après une promenade  esthétique dans le parc -, Camille Boitel et les siens proposent ce qu’ils appellent une performance, ce qu’on pourrait appeler du théâtre sans paroles. Imaginez : dans un décor d’emblée miteux, de bric et de boc, se dessine un logis misérable. Un femme « rentre chez elle » et la catastrophe commence, la porte ce déglingue, les meubles ploient, les livres se défont, tout coule, tout fond, et d’abord le corps de la jeune femme. La trouvaille – l’un des mille trouvailles – est qu’elle ne lutte jamais contre ces éléments, mais glisse avec eux d’une situation à une autre. Variations sur la même trajectoire : un tranquille homme volant bascule du haut d’un mur que s’effondre (en douceur) sur une échelle qui bascule vers une armoire qui penche en direction d’une chaise à roulettes qui démarre…, le tout dans un sérieux bricolage de lumières et de son. L’entracte même, un acte comme les autres, et des plus savoureux, met en scène le grandiose ménage du plateau – on s’en voudrait de quitter la salle – avant de nouvelles expériences de L’Immédiat.
On arrête de raconter ces corps et ces objets patients dans leurs misères obstinées et positives : l’irrésistible catastrophe comme moteur de la vie, c’est le sommet de l’art du clown, salué par le rire et l’amour du public.

Christine Friedel

Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais

Sylvia Monfort

Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais

maraina.jpgMaraina, colonisation et passion sur la scène du théâtre Sylvia Monfort, lors du passage de la troupe Vollard à Paris à la fin de juin.  Cette deuxième version  a bénéficié d’un dispositif  scénique  perfectionné, à la différence des systèmes sonores et lumières qui laissaient à désirer au théâtre Jean Vilar  à Vitry  où Maraina avait  fait  sa première parisienne en octobre 2008. Ici, la musique a récupéré toute sa profondeur et la qualité de l’orchestre, recruté localement,  a bien affirmé sa maturité.
Il faut absolument signaler la  venue de Vollard à Paris car cette troupe a laissé et continuera à laisser des traces importantes dans son sillage.
Vollard est  à l’origine de la modernité scénique à la Réunion. Paradoxalement, les autorités locales l’empêchent désormais de produire ses spectacles sur le territoire car Emmanuel Genvrin, son fondateur et celui qui fournit tous les textes de ses spectacles, connaît bien l’histoire coloniale  de l’Océan indien. Ses lectures précises, bien documentées, inspirées d’une vision populaire de l’histoire et surtout le résultat de recherches méticuleuses, ont souvent révélé des éléments ’oubliés’, voire gênants, de l’histoire officielle et son désir de dénoncer certaines interprétations du passé lui a attiré des ennuis.
Désormais il revient au théâtre lyrique, en partenariat avec le compositeur, musicien et chef d’orchestre Jean-Luc Trulès qui a accompagné le travail de Vollard dès ses débuts dans les années 1970.

Maraina, princesse  légendaire du groupe malgache Antanosy, et maitresse de Louis Payen, gérant de la petite compagnie française (1642) avant qu’elle ne devienne la Compagnie des Indes, est  aussi convoitée par Jean Managna, chef du groupe malgache dissident Masikoro. Ce guerrier violent  et fougueux, (chanté par le baryton Steeve Heimanu Mai) , propulsé par un irrépressible esprit de liberté, incite les  travailleurs malgaches à résister aux colons français (ici, on ne parle pas encore d’esclavage pour cette période particulière).  La rivalité entre le chef malgache et Louis le Français, par rapport à Maraina : « sorcière » disent les uns, « ange » disent les autres, crée une tension meurtrière sur fond de résistance anticoloniale, qui fait de ce spectacle à la fois un drame romantique et une leçon fascinante de la présence malgache dans l’histoire de la colonie française à la «  Mascareigne », devenue par la suite l’Ile Bourbon et finalement l’Ile de la Réunion.
Mais c’est aussi par la musique que la « postmodernité » du pays est signifié puisque les sonorités vocales et instrumentales aux réminiscences de Stravinsky, de Debussy, des traditions musicales malgaches, les conventions de l’opéra romantique européen et les échos de jazz moderne produisent  une harmonie  transculturelle parfaite, la célébration d’un métissage musical qui signifie l’émergence d’une nouvelle société moderne.
À part les belles voix  de Maraina (la mezzo soprano ’Aurore Ugolin ),  de la jalouse Ravelo ( la soprano Landy  Andriamboavonjy), et du « Roi Soleil » (le baryton  Josselin Michalon)  il y a le décor éblouissant de Hervé Mazelin.  Visions filmiques qui nous transportent de la mer vers les hauts des « cirques », restes des volcans qui façonnent le paysage montagneux du paysage réunionnais où les Marrons se sont retirés pour fonder leurs propres sociétés. Les images filmées projetées sur le fond de l’espace scénique, s’opposent au décor minimaliste et fortement illuminé, coupé en bandes horizontales par des étendues de couleurs qui créent une surface d’une pureté formelle  évocatrice des visions scénographiques de Bob Wilson. La  fracture visuelle et auditive entre une esthétique scénique moderne et le récit d’une ancienne aventure historique était très puissante.

Vollard reviendra. La troupe a désormais créé un nouveau genre, l’opéra lyrique d’outre-mer , une forme qu’il faudra suivre avec la plus grande attention.
Alvina Ruprecht
Paris 2009

*car sous l’influence de … XXX .confrérie l’esclavage a été banni de Fort-Dauphin (‘Grande Ile’ de Madagscar)  C’EST DANS LE PROGRAMME DE MARAINA

TROUBLES

TROUBLES  Maison des Métallos 7 juillet« Féerie familiale » de Jean-Marie Galey, répétition publique n° 3

Jean-Marie Galley est en train d’écrire une pièce sur une drôle de famille comme on en a tous, mais la sienne n’est pas vraiment rigolote.  Il y a deux sœurs (jouées par la même comédienne qui se coiffe d’une perruque) hystériques. L’une est amoureuse de son frère atteint du sida, l’autre abomine le père de son fils de 7 ans prostré sous la table. Il y a un ami de la famille, la mère cachée dans les coulisses qui a décidé de ne plus voir son fils, un mari désagréable et le père de famille qui voue ses enfants aux gémonies. Trop de hurlements, de scènes que je n’aime pas dans la vie ni au théâtre. Il y a encore beaucoup de travail pour ne pas s’enliser dans cette matière complexe.

Edith Rappoport

PRIX DE LA CRITIQUE – Palmarès 2008/2009

PRIX DE LA CRITIQUE – Palmarès 2008/2009

THÉÂTRE :


GRAND PRIX
(meilleur spectacle théâtral de l’année) : LA CERISAIE d’Anton Tchekhov, mise en scène Alain Françon (Théâtre National de la Colline)

PRIX GEORGES-LERMINIER  (meilleur spectacle théâtral créé en province) : TARTUFFE de Molière, mise en scène Stéphane Braunschweig (TNS/Odéon Théâtre de l’Europe)

MEILLEURE CRÉATION D’UNE PIÈCE EN LANGUE FRANÇAISE :
VERS TOI TERRE PROMISE, TRAGEDIE DENTAIRE de Jean-Claude Grumberg, mise en scène Charles Tordjman (CDN Nancy / Théâtre du Rond-Point)

MEILLEUR SPECTACLE ÉTRANGER : JOHN GABRIEL BORKMAN d’Henrik Ibsen, mise en scène Thomas Ostermeier (Schaubühne de Berlin / Odéon, Théâtre de l’Europe)

MEILLEURE COMÉDIENNE : Ludmila MIKAËL pour « L’Amante anglaise » de Marguerite Duras, mise en scène Marie-Louise Bischofberger (Théâtre de la Madeleine)

MEILLEUR COMÉDIEN : Hervé PIERRE pour « La Grande Magie » d’Eduardo De Filippo, mise en scène Dan Jemmett (Comédie-Française)

MEILLEURS CRÉATEURS D’ÉLÉMENTS SCÉNIQUES (scénographe – décorateur, costumier, créateur de lumière) : Giorgio BARBERIO CORSETTI et Cristian TARABORRELLI pour “Gertrude (Le Cri)” de Howard Barker, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti (Odéon, Théâtre de l’Europe)

MEILLEUR COMPOSITEUR DE MUSIQUE DE SCÈNE : Benedek DARVAS pour « L’Opéra paysan » de et mise en scène Béla Pintér (Béla Pintér Compagnie / Théâtre de la Cité Internationale / Festival d’automne)

RÉVÉLATION THÉÂTRALE DE L’ANNÉE : Alice BELAÏDI pour « Confidences à Allah » de Saphia Azzedine, mise en scène Gérard Gélas (Théâtre du Chêne Noir Avignon / Théâtre Montparnasse)

MEILLEURS LIVRES SUR LE THÉÂTRE :  DERNIERS FEUX (ESSAIS DE CRITIQUES) par Jean-Pierre Han (Editions Lansman) et PARIS, CAPITALE MONDIALE DU THÉÂTRE / LE THÉÂTRE DES NATIONS, par Odette Aslan (CNRS Editions)

Fondé en 1877, le Syndicat professionnel de la Critique de Théâtre, de Musique et de Danse a pour buts de resserrer les liens de confraternité entre ses membres, de défendre leurs intérêts moraux et matériels, d’assurer la liberté de la critique. Il regroupe aujourd’hui 140 journalistes de la presse écrite et audiovisuelle, française et étrangère. Il décerne chaque année des Prix pour le Théâtre, la Musique et la Danse, rendant ainsi hommage aux artistes qui ont marqué la saison.
MUSIQUE

GRAND PRIX (meilleur spectacle lyrique de l’année) : « LADY MACBETH DE MZENSK » de Chostakovitch, mise en scène Martin Kusej, chef Hartmut Haenchen (Opéra de Paris)


PRIX CLAUDE ROSTAND (meilleur spectacle lyrique créé en province) : L’OPÉRA DE LYON, pour sa trilogie du XXè siècle : « Le Joueur » de Prokofiev, « Lulu » de Berg, « Mort à Venise » de Britten

MEILLEURE CRÉATION MUSICALE : « YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE » de Philippe Boesmans, mise en scène Luc Bondy, chef Sylvain Cambreling (Opéra de Paris)

PERSONNALITÉ MUSICALE : Le pianiste Roger MURARO pour sa contribution à l’année Messiaen

REVELATION MUSICALE : QUATUOR MODIGLIANI

MEILLEURS LIVRES SUR LA MUSIQUE : Essai : « Claude Lévi-Strauss musicien » de Jean-Jacques Nattiez (Actes Sud) – Monographie : « Karol Szymanowski » de Didier van Moere (Fayard)

MEILLEURE DIFFUSION MUSICALE AUDIOVISUELLE : L’AUDITORIUM DU LOUVRE, pour son cycle sur la Scala

PRIX DE L’EUROPE FRANCOPHONE : « LA TRILOGIE DU DIABLE », mise en scène Olivier Py (Grand Théâtre de Genève)

DANSE


GRAND PRIX
: TO BE STRAIGHT WITH YOU de Lloyd Newson (Compagnie DV8) – (Maison des arts de Créteil / Festival d’automne)

PRIX DU JURY : L’ORGIE DE LA TOLÉRANCE de Jan Fabre (Théâtre de la Ville)

RÉVÉLATION CHORÉGRAPHIQUE : Cecilia BENGOLEA et François CHAIGNAUD
dans « Pâquerette » et « Sylphides » (Les Antipodes –Le Quartz de Brest)

MEILLEUR LIVRE SUR LA DANSE : « YANO, UN JAPONAIS À PARIS » de Chantal Aubry (éd. Centre national de la danse)

PERSONNALITÉS CHORÉGRAPHIQUES DE L’ANNÉE : Guy DARMET pour son action en faveur de la danse à la direction de la Maison de la danse de Lyon et de la Biennale de la danse de Lyon – Jacques PATAROZZI pour son action en faveur de la danse à la direction du Printemps de la Danse d’Angoulême

MENTIONS SPÉCIALES DU JURY : Bruno BELTRAO – H3 (Brésil) (Centre Pompidou-Festival d’automne) – WEN HUI – Memory (Chine) (Biennale de la danse de Lyon)

                                        REMISE DES PRIX : LE 15 JUIN 2009

SYNDICAT PROFESSIONNEL DE LA CRITIQUE DE THÉÂTRE, DE MUSIQUE ET DE DANSEHôtel de Massa, 38 rue du Faubourg Saint-Jacques 75014 Paris – n° SIRET : 442 082 707 SYNDICAT PROFESSIONNEL DE LA CRITIQUE DE THÉÂTRE, DE MUSIQUE ET DE DANSEHôtel de Massa, 38 rue du faubourg Saint-Jacques 7514 Paris – n° SIRET : 442 082 707 00013

Oncle Vania

Oncle Vania de Tchekov, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Cette très belle version de Vania par le Théâtre de l’Unité, en plein air, avant le crépuscule  et sans éclairage électrique, (avec dix huit comédiens, dont plusieurs enfants),  qui doit friser maintenant les cinquante représentations , sera encore jouée  en Ardèche le 29  juillet à Laveyron; le 31 à Bogy et le 2 à Beaulieu.

Ph. du V.

http://www.theatredelunite.com/

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Les Petites Comédies de l’eau

Les Petites Comédies de l’eau, mise en scène de Mustapha Aouar.

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   Cet auteur et metteur en scène  dirige depuis 96, Gare au Théâtre à Vitry et a mis en place cette opération maintenant bien connue Nous n’irons pas en Avignon qui constitue une sorte de tremplin pour de jeunes compagnies; Mustapha Aouar met en scène depuis 2004 des pièces courtes ( environ) 15 minutes, commandées à quelques  auteurs d’un pays à chaque fois différent ( Algérie d’abord, puis Brésil,( fleuve Amazone), Québec (Fleuve Saint-Laurent, Espagne (Fleuve Ebre) et Burkina Faso, Mali (Fleuve Niger). Soit quatre  ou cinq pièces pour chaque représentation.

  L’endroit  est du genre difficile et c’est un  euphémisme: un petit chapiteau  en longueur un peu ouvert à tous les vents mais surtout côté jardin le fracas heureusement lointain de l’orage et côté cour le bruit infernam des  très nombreux train rapides ou TER qui passent à quelques dizaines de mètres, et là c’est plus difficile à gérer mais les comédiens s’en sortent admirablement., et autant de spectateurs dans la salle que de comédiens sur la petite scène… Et pourtant, miracle du théâtre, les choses arrivent à fonctionner.

   Au programme d’abord, La Fontaine 1 puis 2, d’Aristide Tarnagda, auteur burkinabé de 26 ans,  déjà bien connu en France: c’est l’histoire d’une femme qui doit faire la queue chaque jour pour aller prendre de l’au à l’unique fontaine du quartier qui est loin et où elle doit se battre avec les autres mères de famille qui en ont  toutes aussi besoin qu’elles. Son fils Dri, lui va au vidéo-club sans se soucier trop de cette eauxindispensable pour boire, cuisiner et laver les enfants ; lui, en réclame à sa mère pour laver ses vêtements.

  Prenant alors  conscience de cette injustice, il veut venger sa mère, et aller en découdre avec les responsables de ce manque d’eau, alors que dans les belles maisons d’Ouagadougou, on dépense l’eau sans compter pour nettoyer les voitures et arroser les jardins. C’est écrit dans une très belle langue, et sous les apparences d’une petite fable, en dit long sur la situation tragique des femmes africaines obligées de compter le moindre verre d’eau.

  La seconde pièce est de Tiecoro Sangaré, écrivain et journaliste malien qui prépare une thèse à Paris; ça ne coule pas de source est un petite comédie farcesque  sur les rapports parfois difficiles entre les anciens et les leurs enfants: il s’agit d’un jeune homme Teddy, qui suit des études d’hydraulique et qui revient au village voir son Nitaki, son  père, fort riche et qui possède de nombreuses terres .  Ce dernier, gardien des  voit d’un très mauvais oeil,  le fait que son fils soit devenu étudiant et surtout qu’il ait une liaison avec Safira, la fille de son vieil ennemi, surtout quand il apprend  qu’elle est , comme lui, ingénieur en hydraulique ; tous deux ont un projet de barrage sur le Fleuve Niger qui pourrait remédier au manque d’eau évident du pays. Bien entendu, le père pense que c’est une injure faite à la nature. Mais, dans la seconde petite pièce, Le Souffle de la Source, Tedy et Safira qui ont réussi à construire le barrage avec des aides internationales attendent un enfant… Bahari le père de Safira va voir Nitaki, pour lui expliquer qu’ils vont être tous les deux grands-pères, et qu’ils serait sans doute l’occasion d’enterrer la hache de guerre. mais, toujours aussi obstiné, Niaki vaudrait absolument que son petit-fils naisse au village…

  Là aussi, les répliques sont justes et drôles, et l’éternel débat entre tradition et modernité, entre homme mûr qui croit déceler la vérité et jeune homme assoiffé de progrès pour le bien de son village,  est évoqué avec beaucoup de finesse et bien mis en scène ,comme les deux autres pièces, par Mustapha Aouar qui dirige de façon remarquable les comédiens. Avec, entre chaque pièce, de merveilleuses chansons africaines,  dont le célèbre Anciens combattants que j’avais autrefois entendu à sa création à Brazzaville et qui a fait depuis  un véritable tabac.

  Les deux dernières petites pièces ont été écrites par Frédérique Sempé Lemon, Béninoise, à la fois  auteur et comédienne:  Dans l’eau, l’amour m’attend est une courte pièce où deux jeunes filles dont on n’entend que la voix et que l’on ne verra pas sur scène- voudraient bien posséder un être merveilleux, à la fois homme et poisson; le texte tient plutôt d’un poème et constitue une sorte de prologue à A l’eau l’amour, la mort m’attend: ce sont deux hommes âgés, tous les deux dans une pirogue la nuit et chacun sait que les nuits africaines sont très noires. Pas  rassurés,  Ils semblent  désemparés, parce qu’ils ont décidé de s’enfuir de leur maison, où ils ne supportent plus leur  épouse, et s’apprêtent à en finir avec la vie en plongeant. Malgré leur amitié et leur connivence devant leur situation commune, il y a aussi de vieilles querelles de jeunesse qui ressurgissent, mais , finalement, par manque de courage, ils remonteront dans leur pirogue pour rentrer chez eux. C’est servi par les deux comédiens avec une gestuelle  et un sens du conte remarquables… Et la langue de Frédérique Sempé-Lemon est tout aussi brillante que celle de ses deux collègues écrivains.

  Les quatre acteurs,  (Felhit Kimbirina, Roch Amedeth Banzouzi, Marina Ahoui et Lamine Diarra, dans un  cadre difficile, avec une simplicité et une vérité dont pourraient s’inspirer nombre de leurs collègues français, font un travail de tout premier ordre. Il faudrait que ce spectacle, ( de trois fois quinze minutes)  soit repris dans de bonnes conditions. Il nous touche,  même si c’est parce que nous connaissons quelques pays africains mais , ce qu’il dit, écrit dans une langue irréprochable, a une portée universelle, et mériterait d’être repris en plein air,  cet été. Avis aux programmateurs… Monsieur Maréchal, vous n’avez pas une petite, une toute petite place,  au Festival de Figeac?

Philippe du Vignal


Gare au Théâtre ( Nous n’irons pas en Avignon) à Vitry-sur-Seine ( à trente mètres de la gare ) jusqu’au 5  juillet.
Le 29 août à Blaye (33), en 2010 au théâtre 95

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Gare au théâtre – Nous n’irons pas à Avignon – Les petites comédies de l’eau – la fleuve Niger

Encore un de ces lieux récupérés – le modèle étant toujours la Cartoucherie de Vincennes – où le théâtre prend le parfum du voyage. Cette fois, c’est une ancienne gare de marchandise à Vitry-sur-Seine, au pied de la station RER. On entend les trains passer, mais en douceur, il  y a des buvettes et, pour cette fois, de la cuisine indienne, des salles de cabaret et une tente où l’on vous raconte des histoires. Un « off » tout près de Paris offert modestement aux compagnies qui veulent montrer leur travail loin de l’enfer ruineux d’Avignon.
La tente va bien aux Petites comédies de l’eau. Poursuivant son projet de « théâtre minuscule », Mustapha Aouar a passé commande à trois auteurs, Frédérique Sempé Lemon, Tiécor Sangaré et Aristide Tarnadga, de courtes comédies, dont le fleuve est, d’une manière ou d’une autre, le personnage central. Conflits de voisin, conflits de générations, tentation de quitter ce monde… : les trois auteurs ont le sens de la situation, mais seule Frédérique Sempé Lemon parvient à un style, à une poésie. Qu’on ne nous en veuille pas : nous attendons du théâtre qu’il nous transporte, comme le fleuve, pas moins.

Christine Friedel

Le 29 août à Blaye (33), en 2010 au théâtre 95

Et si nous restons à Paris?


  Et si nous restons à Paris?

D’abord merci à nos amis lecteurs, merci à nos collaborateurs ( et en particulier à Claudine Chaigneau à qui nous devons la mise en ligne quotidienne des papiers et des photos) de nous avoir suivi fidèlement pendant neuf mois – eh oui déjà- il y a eu 400 articles publiés par le théatre du blog et une moyenne de 11.000  hits ces derniers mois, et plus d’une centaine de commentaires , pas toujours gentils heureusement : cela prouve que le site est en bonne santé.

D’abord début juillet  le Festival de Vitry: Nous n’irons pas à Avignon qui regroupe une dizaine de petites troupes qui a lieu dès demain 1er juillet jusqu’au 26 juillet; ce sont en général des jeunes compagnies et c’est un peu à la grâce de Dieu comme disait ma maman. A part celle de Mustapha Aouar qui dirige  le festival et qui présente  Les petites comédies de l’eau jusqu’au 5 juillet dans  une ancienne petite gare. Difficile de vous en dire plus avant vendredi matin pour le moment; mais le lieu est  maintenant bien connu et sympathique ; deplus Mustapha Aouar fait les choses sérieusement. Pour en savoir plus, il y a un site où vous trouverez plus d’informations.
Dans Paris, vous pouvez toujours aussi fréquenter Paris Quartiers d’été, où il y a plein de manifestations un peu partout ( danse, musique, cirque). Nous avons relevé pour vous: la célébrissime pièce de Maguy Marin: May be du 2 au 5 aôut au Palais-Royal; la performance de Josef Nadj Les Corbeaux à la Maison des Métallos et Le théâtre équestre de Bartabas au lever du soleil ( environ vers 5h 30 aux Tuileries, dans le parc de la Cité Universitaire et aux Arènes de Lutèce),  et dans plusieurs autres lieux.
 Nous vous souhaitons un bon été théâtral, avec ou sans festival, et nous continuerons à vous rendre compte encore de quelques spectacles un peu partout avant de partir pour Avignon.

Philippe du Vignal

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