Conservatoire. Les Journées de juin, classe de Dominique Valadié

Les Journées de juin, classe de Dominique Valadié; Travaux:  Fin de partie de Samuel Beckett  et Rouge, noir et ignorant d‘Edward Bond.

On connaît bien sûr le fameux texte de Beckett mais il y a a toujours une grande difficulté à rendre crédibles,  quand ce sont de jeunes acteurs qui les incarnent, ces pauvres débris humains que sont Clov, Hamm et Nagg, et, malgré une diction irréprochable et une gestuelle souvent intéressante, on est un peu loin du compte.A moins de ne considérer ces travaux que comme une présentation d’exercices privée.
C’est un peu la même chose avec  la première de ses pièces dites Pièces de guerre du grand dramaturge anglais qu’Alain Françon avait si magnifiquement montées( et il a quelquefois remplacé Dominique Valadié pour  ces travaux) ; quant à Rouge, noir et Ignorant, cette courte pièce avait été montée il y a une dizaine d’années par Laurent Fréchuret à Villeurbanne. C’est, en neuf petites scènes très intenses, une sorte d’interrogation presque philosophique de Bond, des moments de vie avec des situations très dures, lorsqu’on a, dit-il, « du rouge sur les mains, du noir dans le coeur et de l’ignorance dans l’esprit ». Les hommes , quels qu’ils soient, deviennent alors des barbares, à la fois par bêtise et  manque de discipline personnelle, bref par une amoralité librement consentie.
Bond, qui a vécu la seconde guerre mondiale, est obsédé, et on le comprend, par  l’idée du mal et par la puissance de l’armée qui fait d’hommes apparemment normaux des robots prêts à salir et à tuer sans beaucoup d’état d’âme au nom de je ne sais quel idéal de mort que la machine militaire leur a inculqué.
Et son pessimisme est total et sans appel:  » Je suis d’Auschwitz  et un citoyen d’Hiroshima. Je suis un citoyen du monde qui est encore à construire ». Les scènes sont courtes, d’une écriture serrée et constituent un excellent terrain d’exercice pour des apprentis comédiens… Mais le résultat ici n’est pas vraiment convaincant: le texte est souvent récité ou presque dans la séquence: quatre: Manger , ou bien carrément joué un peu faux dans la suivante Vendre, et pourquoi les élèves crient-ils souvent sans nécessité? Il y a de très bons moments dans la dernière séquence: Funérailles… Mais sans doute les élèves sont-ils encore trop peu expérimentés pour affronter en public ce type de textes… Dommage,  parce que l’enseignement de Dominique Valadié reste exemplaire. Nous n’avons pu voir le reste des travaux qui portaient sur Tchekov,et Feydeau avec ces mêmes futurs acteurs.

Philippe du Vignal

Conservatoire national Séance du 10 juin à 19h 30.


Archives pour la catégorie critique

GRAND PRIX DE LITTERATURE DRAMATIQUE 2010

GRAND PRIX DE LITTERATURE DRAMATIQUE 2010  

Gérard Watkins a obtenu le 10 Juin dernier le Grand Prix de Littérature Dramatique, décerné par un jury d’auteurs, à l’initiative du Ministère de la Culture et de la Communication et sous la houlette d’ANETH ( Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales), pour son texte publié à la toute jeune maison d’ édition » Voix Navigables ».
Après quelques textes foisonnants et passionnants ( La Capitale Secrète, Dans la Forêt Lointaine. entre autres..) Gérard Watkins, que l’on connaît aussi comme acteur chez les plus grands, donne la mesure de son engagement dans le monde d’aujourd’hui, avec  » Identité », une pièce énigmatique, drôle et terrible à la fois.
Un couple, André et Marion Klein, un couple à bout d’argent et de désir, qui ne possède plus que deux bouteilles fauchées dans un fête, une boîte de thon et un portable en fin de forfait, un couple dont on comprend que chacun porte une histoire lourde qui ne s’efface pas, finit de se désintégrer, miné par une question posée par un jeu auquel André répond et qui leur fait miroiter de l’argent, une question qu’on dirait inventée par le Ministère de L’Identité Nationale: »Vos parents sont-ils vraiment vos parents? ». Une question pour voir si on est éligible , si on peut participer à un test pour gagner de l’argent.
Cette question réveille chez Marion d’étranges réminiscences qui la précipitent à la bibliothèque où elle découvre que le 18 octobre 1940 on lisait dans le journal officiel: « Est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands parents de race juive ou de deux grands-parents si son conjoint lui même est juif ». Et les parents? Oubliés!
Ils reçoivent les tests, pour 6 personnes, eux deux et leurs parents, 6 enveloppes dans lesquelles ils doivent glisser des ongles coupés, des cheveux, des mégots, des tâches de sang, de sperme etc… Iront-ils voir leurs parents? Sauront-ils qui ils sont?
Les jours passent, André n’est plus sûr de pouvoir répondre aux tests, Marion qui fait la grève de la faim se perd de plus en plus dans ses réflexions métaphysiques. A chacun son cocon, à chacun ses hallucinations, à chacun ses parents dont ils parlent enfin: André et son père malade qui a toujours eu peur de lui, Marion et ses parents qui s’aiment trop.
« Je vais partir, je ne sais pas qui tu es » dit André. « J’étais amoureuse d’André Klein et j’étais très heureuse pendant un temps » dit Marion, en écho à la Mary Tyrone du »Long voyage vers la nuit » d’Eugene O’Neill.Une écriture d’une grande économie mais seulement en apparence tant elle est chargée de passé, de références, de colères. Des dialogues qui nous entraînent du côté du théâtre de l’absurde mais un absurde d’aujourd’hui où se glissent soudain Tarzan, Lady Di ou Coluche . Une parole qui se lâche parfois lorsqu’André puis Marion sont seuls avec leur passé.
Une pièce intime et politique, révoltée contre le sort fait aux hommes, contre la bêtise criminelle des lois, contre le mépris. Ecrite en 2008, elle a été mise en scène par Gérard Watkins, à la Comète 347 à Paris ( voir le Théâtre du Blog). Elle tournera la saison prochaine et sera donnée au Théâtre de la Bastille.

 

Françoise du Chaxel

 

 

Les Enfants perdus


Les Enfants perdus
, texte de D’ de Kabal, mise en scène et chorégraphie de D’ de Kabla et Farid Berki.

   L’ an dernier, le  groupe R.I.P.O.S.T.E ( Réactions Inspirées par Les Propos Outrageux et Sécuritaires Théorisés chez l’Elite) était passé aux rencontres de la Villette mais nous avait échappé; cette année, après Chelles, Saint- Gratien, Le Blanc-Mesnil, Montreuil,  et à Paris, à La maison des Métallos , le spectacle s’est retrouvé pour un soir au Centre Pompidou, les Dieux savent comment! Dans la petite salle du sous-sol où la scène  malheureusement tient plutôt du placard à balais.
 Les Enfants perdus, c’est d’abord et surtout un texte formidable de finesse et d’intelligence , au langage acéré où D’ de Kabal raconte la vie des banlieues:  » C’est une culture, dit-il, qui s’est construite dans la rue, dans un univers de tours et de béton, à partir de presque rien dans ces endroits relégués des banlieues où habite une partie de la population qu’on ne veut pas entendre, qu’on ne veut pas écouter, qu’on ne veut pas prendre en compte et dont on dénigre régulièrement la culture d’origine ».
Ce n’est pas vraiment un spectacle de théâtre mais une sorte de slam dit par une excellent acteur/rappeur Karim Ammour avec une belle précision et que D’ de Kabal a très bien su diriger. (Il n’est pas vraiment un novice dans le domaine théâtral puisqu’on avait déjà pu le voir jour avec Mohamed Rouabhi). Sur le côté, un DJ : Fab , dont le savoir-faire et la gestuelle sont assez étonnants,  et deux danseurs de hip hop: Olivier Lefrançois et Johny Martinage tout aussi convaincants. Aucune frime
mais une véritable performance physique et chorégraphique.
  Cela a un côté brut de décoffrage mais, en même temps, tout est extrêmement soigné dans la mise en scène, le son et les lumières. et puis il y a les paroles de ce texte  d’une violence inouïe qui n’a  guère d’équivalent  dans le théâtre contemporain. Avec une élégance orale et une beauté poétique dans  la langue vraiment rares. Exemple:  » Il a fallu qu’on se redresse pour dire et redire que nous étions à nouveau debout et droits. Que nous ne croyons ni en leurs prêches ni en leurs tables de bois. Dangereusement motivés, décidés à en découdre, chacun de nos membres se crispe comme touché par la foudre ».
   Il y a une telle énergie, une telle volonté de proclamer son identité que l’on est vite touché par ce que dit Karim Ammour. C’est un peu, et même très,  dommage que Pompidou n’ait pas offert  à D’ de Kabal, une scène plus adaptée à la danse!
Mais tel qu’il est, l’ensemble fonctionne déjà remarquablement.  Si vous avez l’occasion , même si l’univers du slam, du rap et du hip  hop est  loin de vos préoccupations, il y a là quelque chose d’exceptionnel. Les banlieues ont par le passé donné maint exemples de leur vitalité mais ce spectacle le confirme une fois de plus.
En un peu plus d’une heure,  tout est dit, et bien dit. Allez  1) Daniel Mesguich devrait faire appel à lui pour un enseignement au Conservatoire : une grande bouffée d’air frais, cela ne se refuse jamais 2) Ne rêvons pas trop, mais Carlita ou un conseiller d’un de ses conseillers escorté par Tonton Fred, ministre de la Culture, pourrait aller voir le spectacle et en parler à son petit mari: cela lui éviterait -peut-être? -de dire des bêtises sur les banlieues.
Ce spectacle black/ blanc /beur dit bien des choses et pas n’importe lesquelles: il suffit d’écouter et de les entendre…

Philippe du Vignal

Prochaine date: le 2 juillet à Epinay-sous-Sénart.

Flowers in the mirror

Flowers in the mirror, de Li Ju Chen, par l’opéra chinois du Sichuan. Mise en scène et scénographie de Charles et Vincent Tordjman. Les Digitales vagabondes, par la Station Miao

       fleurs.jpg Querelle parmi les immortels : la fée des Cent Fleurs a laissé l’Impératrice fleurir son jardin en plein hiver, à contre-saison. Punition : elle devra se réincarner en fille de l’érudit Tang Ao, jusqu’à ce que sa peine soit levée.
La voilà partie : son « père », chassé de la cour, se consacre à son art et à ses études de Lettré ? Elle va en faire autant, ce qui est rare pour une femme chinoise, que ce soit à l’époque de l’écriture (fin du XVIIIe siècle, début du XIXe) ou à celle de la fiction (VIIe-VIIIe siècle). Mais tout a commencé par une histoire entre femmes… L’auteur se délecte de ce renversement, jusqu’à inventer un royaume utopique et carnavalesque où les hommes prennent la place des femmes et réciproquement. Ainsi, le brave beau-frère de Tang Ao, commerçant sûr de son esprit pratique et de sa maîtrise des situations, sorte de Sancho Panza de notre Lettré rêveur, se trouve contraint à se bander les pieds pour plaire à son « époux »…
Le tout donne un spectacle (surtitré en français) souvent drôle, populaire malgré l’immense pont culturel à passer, et farci de prouesses spectaculaires – acrobates, cracheurs de feu, virtuoses du « double visage » consistant à ôter et à remettre un masque en une seconde -, de musique rythmée et de ce chant dont l’émission nasillarde – on n’ose pas dire miaulante – surprend.
La mise en scène de Charles et Vincent Tordjman ne bouscule pas le jeu traditionnel de l’opéra. Elle l’installe sur le grand plateau de Nanterre, avec ce que cela change nécessairement dans les « entrées ». Elle lui apporte ce qu’il faut de sonorisation, lasers et autres outils, et un décor contemporain – dont de contestables alvéoles suspendues figurant forêts ou montagnes – avec quelques rideaux de paillettes, inévitable hommage au « kitsch » chinois d’aujourd’hui. Elle le « fait passer ». Du coup l’étonnement s’émousse, et l’étrange s’apprivoise. C’est comme ça, fraternisation culturelle, sourire mondial.
Les Digitales vagabondes raconte également une histoire de fleurs et de Chine, mais d’un point de vue à peu près opposé : Laurence Hertenstein et Stéphanie Barbarou ne sont pas allée en Chine. Mais elles ont suivi l’histoire, la géographie, la botanique, les grandes lignes de commerce « qui ruine les populations qu’elles traversent » pour arriver à leur « conférence » en cinq « stations ». Elles nous obligent à mettre des guillemets partout, parce qu’elles ne font rien comme tout le monde ; donc, aucune catégorie adéquate. Parce que leur projet est né d’une histoire d’amour – les femmes Miao (minorité de Chine) chantent pour leurs prétendants du sommet des montagnes- , elles se sont prises d’amour pour les Miao, et pour les minorités menacées -même si ce ne sont que des plantes- . Elles chantent, trouvant des sons inouïs,  dessinent des cartes de géographie où tout redevient « terra incognita », elles investissent les lieux, parcs, jardins, terrains vagues : vrai voyage, qui ne détruit pas son objet. Le 13 juin, vous avez manqué la Station 1 : Avancer tout en restant là, Périphérique.
Mais la Ferme du Bonheur accueille tous les dimanches à 15h jusqu’au 11 juillet chacune des quatre dernières stations : que leurs titres vous invitent et vous inspirent ! 20 juin, Station 2 : Zig-zag, Caucase. 27 juin, Station 3 : Estomper la carte, Bosphore.4 juillet, Station 4 : Relier à l’oreille le sommet des montagnes, Asie centrale.11 juillet, Station 5 : Surgir dans le Far-est chinois.


Christine Friedel

 Théâtre des  Amandiers- Nanterre jusqu’au 20 juin ; 01 46 14 70 00 La Ferme du Bonheur 220 avenue de la République Nanterre: 01 47 24 51 01  24  contact@lafermedubonheur.fr

le Festival du Conservatoire

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JOURNÉES DE JUIN

Le « festival » du Conservatoire

Depuis des dizaines d’années, le mois de juin est, dans la vie théâtrale parisienne, le mois du Conservatoire. Le concours de sortie, auquel se pressait déjà le Tout-Paris il y un siècle et plus, a été, avec sa dérisoire idée que les artistes de théâtre se comparent entre eux comme des sauteurs à la perche, heureusement supprimé il y a trente ans.
Mais les « Journées de juin », qui lui ont succédé, en ont gardé l’efferves­cence ensoleillée, l’éclat estival et festif, celui d’une efflorescence annuelle de l’avenir. «Estival et festif»: un festival, en effet. Car ce n’est pas autre chose que ce mois où chacune des six classes dites à juste titre d’« interprétation» vient à son tour – pour certaines, en deux ou trois programmes – présen­ter le travail de recherche et de création théâtrales effectué par les élèves sous la direction de leurs professeurs. Un festival des venues au monde – celles autant de moments artistiques intenses que celles des artistes eux-mêmes, pour quelques-uns d’entre eux arpentant pour la première fois les planches, emportés par ce maelstrom de langue, de voix, de corps et de pensée. Mais: «classe», «élèves», «professeur»? Certes, certes. Cependant, aussi bien, en l’occurrence, doit-on dire : « troupe », « ac­teurs », « metteur en scène »… Car, soudain, pour ces quelques semaines, le Conservatoire n’est plus du tout une école, mais, tout simplement, un théâtre. À la fois «stagione» et d’alternance, de création et de répertoire, d’avant-garde et de patrimoine, un théâtre où ce qui se « conserve», à jamais, c’est l’irrépressible pen­chant à plonger «au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau».

Les journées se poursuivent  avec le programme suivant; l’on vous en reparlera dès demain…Après la classe de Dominique Valadié, commence cet après-midi celle du patron Daniel Mesguich.Le programme est copieux et les auteurs joués très alléchants… Même si ce la ressemble parfois à un super marché. Donc à  suivre… Mais quand même plutôt orienté vers les modernes et les contemporains, ce qui n’est pas un luxe!

Ph. du V.

 


Salle Louis-Jouvet Classe de Daniel Mesguich

Répertoire, 27

Camus, Copi, Feydeau, Fo, Hugo, Kalinoski, Musset, Norén, Penhall, Pinter, Ribes, Shakespeare, Sperr, Tardieu, Tchekhov, Wedekind

LUNDI 14 ET MARDI 15 JUIN À 15 H 00

La Fiancée aux yeux bandés

de Hélène Cixous

LUNDI 14 ET MARDI 15 JUIN À 20 H 00

avec

Daria Appolonova Moustafa Benaïbout Barbara Bolotner Julien Campani Morgane Choupay Johann Cuny William Edimo Sophie Fontaine Chorik Grigoryan Sterenn Guirriec Fehmi Karaarslan Sofian Khammes Marie Marquis Clara Noël Aurélie Nuzillard Fannie Outeiro Alix Riemer Zoé Schellenberg Pierre Yvon

Théâtre du Conservatoire Classe de Nada Strancar

La Troade

de Robert Garnier

JEUDI 17 JUIN À 14 H 30 ET VENDREDI 18 JUIN À 19 H 30

Homère, Iliade

de Alessandro Baricco

JEUDI 17 JUIN À 19 H 30 ET VENDREDI 18 JUIN À 14 H 30

avec

Joris Avodo Julien Barret Julien Bouanich Sigrid Bouaziz Hadrien Bouvier Manon Combes Florent Dorin Marie Kauffmann Yannik Landrein Étienne Lefoulon Barthélémy Meridjen Yasmine Nadifi Pierre Niney Mélodie Richard Fanny Santer Laure-Lucile Simon Tamaïti Torlasco

Salle Louis-Jouvet

Classe de Jean-Damien Barbin

Régates, scènes du répertoire

Adonis, Aragon, Bond, Caragiale, Claudel, Darwich, Genet, Ionesco, Jeffreys, Kwahulé, Lautréamont, Lorca, Marivaux, Molière, Perse, Racine, Regnaut, Tchekhov

SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUIN À 15 H 00

Dans les royaumes de l’irréel

d’après l’œuvre de Henry J. Darger

SAMEDI 19 JUIN À 19 H 30 ET LUNDI 21 JUIN À 15 H 00

Lars Norén, traversée

DIMANCHE 20 ET LUNDI 21 JUIN À 19 H 30

avec

Juliette Allain Anthony Audoux Nadine Baier Claire Chastel Bénédicte Choisnet Ludmilla Dabo Maxime Dambrin Matthieu Dessertine David Houri Thibault Mullot Lena Paugam Clara Ponsot Fanny Sintès Sylvie Thiénot Élie Triffault Mathurin Voltz Benjamin Wangermée Stanley Weber Lorena Zabrautanu

Théâtre du Conservatoire Classe de Philippe Duclos

Passage(s)

Albee, Beckett, Claudel, Gabily, Hugo, Marivaux, Mrozek, Shakespeare, Sophocle, Strindberg, Tchekhov

VENDREDI 25 ET SAMEDI 26 JUIN À 15 H 00 ET 19 H 30

avec

Muriel Corneille-Lanneau Victoire Du Bois Quentin Faure Romain Francisco Thierry Françoise India Hair Daria Kapralska Jean-Christophe Legendre Marine Liquard Martin Loizillon Leslie Menu Julie Moulier Jean-René Oudot Charlotte Van Bervessellès

Salle Louis-Jouvet Classe de Sandy Ouvrier

Tribus intimes

Lagarce, Racine, Tchekhov

«… parce que celui que j’ai aimé aima cet autre, qui t’aima, toi… »

Andromaque, Bérénice, Le Pays lointain, Juste la fin du monde

SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN À 16 H 00

Platonov

SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN À 20 H 30

avec

Yacine Aït Benhassi Flore Babled Astrid Bayiha Leslie Bouchet Valentin de Carbonnières Vanessa Fonte Yordan Goldwaser Manon Kneusé Sylvain Levitte Yohan Lopez Clara Mayer Julien Oliveri Marc Plas Guillaume Ravoire Camille Rutherford Anna Lena Strasse Manon Vincent

Théâtre du Conservatoire

MERCREDI 9 JUIN À 14 H 30 MERCREDI 9 JUIN À 19 H 30 JEUDI 10 JUIN À 14 H 30 JEUDI 10 JUIN À 19 H 30

LUNDI 14 JUIN À 15 H 00 LUNDI 14 JUIN À 20 H 00 MARDI 15 JUIN À 15 H 00 MARDI 15 JUIN À 20 H 00

JEUDI 17 JUIN À 14 H 30 JEUDI 17 JUIN À 19 H 30 VENDREDI 18 JUIN À 14 H 30 VENDREDI 18 JUIN À 19 H 30

SAMEDI 19 JUIN À 15 H 00 SAMEDI 19 JUIN À 19 H 30 DIMANCHE 20 JUIN À 15 H 00 DIMANCHE 20 JUIN À 19 H 30 LUNDI 21 JUIN À 15 H 00 LUNDI 21 JUIN À 19 H 30

VENDREDI 25 JUIN À 15 H 00 VENDREDI 25 JUIN À 19 H 30 SAMEDI 26 JUIN À 15 H 00 SAMEDI 26 JUIN À 19 H 30

SAMEDI 26 JUIN À 16 H 00 SAMEDI 26 JUIN À 20 H 30 DIMANCHE 27 JUIN À 16 H 00 DIMANCHE 27 JUIN À 20 H 30

Travaux Classe de Dominique Valadié Travaux «  » Travaux «  » Travaux «  »

 

La Troade Classe de Nada Strancar Homère, Iliade «  » Homère, Iliade «  » La Troade «  »

Régates, 1 Classe de Jean-Damien Barbin Dans les royaumes de l’irréel «  » Régates, 2 «  » Lars Norén, traversée «  » Dans les royaumes de l’irréel «  » Lars Norén, traversée «  »

Passage(s) Classe de Philippe Duclos Passage(s) «  » Passage(s) «  » Passage(s) «  »

Tribus intimes, 1 Classe de Sandy Ouvrier Tribus intimes, 2 «  » Tribus intimes, 1 «  » Tribus intimes, 2 «  »

Entrée libre dans la limite des places disponibles

RÉSERVATION INDISPENSABLE AU 01 53 24 90 16

à partir du 31 mai 2010 du lundi au vendredi de 14 h 00 à 18 h 00

OU SUR WWW.CNSAD.FR

Salle Louis-Jouvet

 

Théâtre du Conservatoire «  » «  » «  »

Salle Louis-Jouvet «  » «  » «  »

Théâtre du Conservatoire «  » «  » «  » «  » «  »

Salle Louis-Jouvet «  » «  » «  »

Théâtre du Conservatoire «  » «  » «  »

 

Entrée libre dans la limite des places disponibles

RÉSERVATION INDISPENSABLE AU 01 53 24 90 16

à partir du 31 mai 2010 du lundi au vendredi de 14 h 00 à 18 h 00

OU SUR WWW.CNSAD.FR

2bis, rue du Conservatoire 75009 Paris
téléphone 01 42 46 12 91 télécopie 01 48 00 94 02 www.cnsad.fr

 

CONSERVATOIRE D’ART DRAMATIQUE NATIONAL SUPÉRIEUR

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau, mise en scène d’Emmanuel Daumas, avec Michel Fau.

 Le sacre de Michel Fau, Roi de Cœur !

fau.jpgC’est une Revue revue ! Le Rond-Point produit et accueille la nouvelle revue française, mille fois bravo ! Le genre de la revue est à revisiter, comme l’ont été le cirque ou la danse, et ce coup d’essai est un coup de maître. Michel Fau a choisi comme thème la grandiose impudeur des sentiments : le cœur s’y révèle à nu, tout palpitant, assez féroce, terriblement avide et insatiable. Le cœur grimpe aux rideaux, fait des bêtises, hurle, gémit, se roule par terre : « Je suis moche ! Je veux qu’on m’aime ! Regarde-moi ! Prends-moi ! Viens ! Ne reviens pas ! »
Michel Fau est le Roi de cœur. On le voit se consumer lui-même dans le feu de l’enfer passionnel – et professionnel ! – en grand comédien qui sait aller loin. Faire rire puis retourner le public d’un seul coup. Et la salle explose de rire, et l’instant suivant reste impressionnée et silencieuse. On rit beaucoup certes, mais avec l’élégance du désespoir. Le rire vient des décrochages, des accidents imprévus, des petites tricheries de l’amour-propre. C’est d’abord un spectacle poignant sur l’être humain, homme ou femme, éperdu d’amour.
Michel Fau a joué Shakespeare et Claudel avec talent. On l’a vu et admiré dans de nombreux spectacles d’Olivier Py. Il a aussi mis en scène des pièces –
Maison de poupée- et des opéras – on avait vu à Dijon sa magnifique mise en scène de Madame Butterfly de Puccini -. Tout cela a nourri son art.
Il brille ici en majesté. Il est femme, il est homme, il chante, joue, bouge avec un extraordinaire sens du rythme, du plateau, du public. Il a l’engagement total et la rigueur d’un grand acteur de kabuki, d’une diva d’opéra, d’un meneur de revue. Il est une sorte d’incroyable Joconde qui tient fermement le public sous son regard.
Le théâtre s’incarne à travers chaque histoire, avec une entrée qui démarre  au quart de tour, un développement et une chute, tout cela en quelques minutes. C’est le principe de la Revue, chantée et jouée, toute auréolée de plumes, parures, soyeuses couleurs (robes très réussies de David Belugou), petites lumières et grand escalier, avec changement total à chaque épisode.
Cela va vite, cela accroche mais suppose une technique impeccable. Les variations s’enchaînent à vive allure sur un même thème. C’est une forme qui n’a rien de naturel. Mais à travers un maquillage qui fait penser à ceux du théâtre japonais qui en devient presque un masque, à travers des déplacements et des gestuelles archi codées, la liberté de l’acteur est pourtant très grande. Elle se voit mieux puisqu’elle part d’une connivence avec le public qui attend avec jubilation les variations inspirées à l’acteur sur un modèle connu de tous.
Quant à la vérité des sentiments, elle est poignante. Complètement transposée. On pense au cinéma muet, à l’opéra, à la commedia dell’arte, à la noblesse de ces grandes formes de l’art scénique populaire dans lesquelles la revue a sa place. C’est « criant de vérité », comme on dit, parce que ce n’est pas vrai du tout. Le choix des chansons et des textes poétiques, cocasses et savoureux, est très bien fait, et on aimerait pouvoir en citer les auteurs qui ne sont pas indiqués dans le programme. Michel Fau n’est pas seul. Deux excellents danseurs de revue, Delphine Beaulieu et Joël Lancelot, qui l’accompagnent avec grâce, donnent le contrepoint de vrais numéros de revue, rappellent les pôles féminin et masculin et permettent des changements rapides de costumes sans interruption de jeu.. La mise en scène, les costumes et la scénographie sont à l’unisson : beaucoup d’art et d’artifice pour aller vers la vérité, loin dans la vérité. Un spectacle à ne pas rater.

 

Evelyne Loew

 

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 27 juin.

 

Une anthologie de l’optimisme

Une anthologie de l’optimisme, création et interprétation Pieter De Buysser et Jacob Wren.

optimisme.jpg   Il y a Pieter  qui est optimiste, et Jacob pessimiste. Les deux amis ont décidé de plancher sur cette disposition de l’esprit radicalement opposée. Leur cheminement les amène à envisager la possibilité d’un optimisme critique, sorte de praxis pour se hisser vers le haut dans un monde globalisé et dévoré par le capitalisme. Soit, comme Gramsci le préconisait, « allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».
Durant une heure trente, les comparses vont donc nous faire part de leurs recherches, de l’avancée de leurs travaux, des contributions qu’ils ont reçues après avoir sollicité, à l’international,  artistes, intellectuels, financiers et autres chefs d’entreprise dans le but de composer une véritable anthologie. Cette Anthologie de l’optimisme n’est donc pas une pièce de théâtre. C’est un work in progress, une espèce d’exposé de bon élève, une conférence magistrale. Un show à l’américaine où l’on interpelle le public et le fait réagir dans un esprit « participatif », avec force bons mots (le spectateur lui-même est invité à envoyer ses idées par courriel). Une performance, ce genre de spectacle à la mode.
Au cours de cette (longue) soirée, les propositions se suivent et ne se ressemblent pas : projections d’images et de vidéos, de textes qui passent le relais à de la musique, à des saynètes faussement improvisées (servir un thé dans des conditions démentes, balancer un slogan optimiste quand on a reçu un tee-shirt sur la tête…) dont on cherche encore le sens et l’intérêt.
Leurs auteurs ne parviennent pas à assembler entre eux
ces moments juxtaposés sans armature préalable, et totalement décousus. Le résultat est d’un ennui prodigieux. Le problème de la langue n’arrange rien : Jacob (canadien qui s’interroge à bon droit sur les problèmes de communication) se fait fort de ne s’exprimer qu’en anglais, et il faut constamment lire la traduction de ses propos en surtitrage (une phrase sur cinq environ).
Quant à Pieter (belge), s’il parle le français, c’est avec de grosses fautes de syntaxe et de vocabulaire. Des erreurs grammaticales également visibles sur les panneaux fluorescents où les compères écrivent des messages qui sont la substantifique moelle de leur propos, à l’attention de nos petites cervelles. Du coup, ça flaire un peu l’amateurisme, oscillant avec une certaine désinvolture.

Bref, une représentation décevante, où il ne se passe pas grand-chose sur scène. À se demander les raisons pour lesquelles le théâtre de la Bastille a programmé ce spectacle. Mais grâce à Pieter et Jacob, nous pouvons sortir du théâtre sereins, et  optimistes comme un Gramsci: nous savons désormais qu’il est possible de trouver mieux…

Barbara Petit

 Théâtre de la Bastille jusqu’au 11 juin.

Prométhée 2071

Prométhée 2071 de Jacques Kraemer, librement inspiré d’Eschyle, mise en scène et scénographie de l’auteur.

 

promthecjjulienkraemer106.jpgCela se passe, en plein cœur de Chartres, au Studio des Epars salle de travail et de spectacle de Jacques Kraemer, au troisième d’un immeuble contemporain , avec pour voisins une association d’anciens combattants et un bureau de coaching comme on dit dans la langue de Molière.
La salle n’est pas grande ( 37 places) mais la scène est tout fait correcte. On connaît l’histoire: Prométhée s’est rebellé contre la toute puissance de Zeus et a donné le feu aux hommes. Mais Zeus l’a puni en le clouant à un rocher dans le Caucase pour des millénaires, et, double peine, un aigle commis par Zeus lui dévore sans cesse le foie. Et seules les Océanides, filles du titan Océan, parent de Prométhée , viennent le consoler. Et une belle jeune femme Io vient voir Prométhée que Zeus, malgré la jalousie d’Héra, a séduit, et Io court le monde, sans cesse piqué par un taon… Zeus a appris que Prométhée le menaçait de lui faire perdre son trône et lui envoie donc Hermès pour le sommer de lui révéler le secret qu’il détient. Mais Prométhée est inflexible et ne dira rien; alors Zeus , d’un coup de foudre si l’on peut dire, fracasse le roc où il est attaché et et l’enfoncera dans les profondeurs de la Terre.
C’est ainsi que se termine la tragédie d’Eschyle qui formait à l’origine une trilogie avec Prométhée délivré et Prométhée porte-feu... Ce n’est pas véritablement une pièce mais plus un grand et beau poème où fleurissent les images originales, mais , bien entendu, très difficile à monter. Jacques Kraemer a choisi -et avec raison -une toute autre voie: s’inspirer du texte pour arriver à une écriture originale: Prométhée est ici un vieillard beckettien, aveugle et paralysé aux longs cheveux blancs qui ne bouge pas d’un  fauteuil rouge défoncé, enfermé dans un réduit nommé Keinaber.
Le vieillard devine que Zeus veut remplacer les homo sapiens par une autre espèce d’hominidés: les Magnonsses qui lui obéiront davantage. Prométhée a bien quelques petites visites: d’abord, la belle Océane qui viendra de la mer pour le consoler, puis Io , autre belle jeune femme séduite par Zeus mais qui commence à se transformer en génisse déjà couverte de poils, et un jeune homme, Hermès, ambassadeur officiel de Zeus , venu lancer à Prométhée un ultimatum, en exigeant de lui une véritable soumission: l’espèce des homos sapiens est priée de renoncer d’urgence aux bêtises qui risquent fort de défigurer à jamais notre pauvre Terre…Au moment où la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique n’est toujours pas maîtrisée!
C’est donc une sorte de fable contemporaine que Kraemer, en soixante minutes, nous dispense dans une mise en scène intelligente et une scénographie rigoureuse. Les images sont souvent d’une grande beauté- un peu bande dessinée mais ce n’est pas un défaut- et, malgré quelques petites longueurs, comme c’est dirigé au cordeau, Kraemer , avec cet ovni théâtral, n’a aucune difficulté à faire passer ce mythe revisité. C’est lui qui incarne le vieux Prométhée, entouré de trois jeunes et bons comédiens: Roxane Kasperski (Io) , Pauline Ribat (Océe) et Clément Peltier ( Hermès). Signe qui ne trompe pas: les jeunes collégiens qui étaient là , semblaient tout à fait passionnés…

 

Philippe du Vignal

 

Studio des Epars à Chartres jusqu’au 19 juin.Réservations: 02-37-28-28-20

Festival d’Avignon: Théâtre du Petit Louvre ( Chapelle des Templiers) 3 rue Félix Gras du jeudi 8 au mercredi 28 juillet à 18 h 30. Réservations: 04-90-86-04-24.

 

Le Balayeur céleste

Le Balayeur céleste par le collectif Le Bruit des nuages

  balayeur10.jpg Sous-titré, non sans fantaisie, « hara-kiri écologique pour 3 comédiens, 8 tourne-disques et quelques mètres cube de déchets plastiques », cette pièce au propos revendiqué servi par une scénographie prometteuse (une maison vitrée sophistiquée par des technologies de projection) et un mélange artistique appétissant (une danseuse, un comédien et un circassien) est une déception.  Après une habile et progressive entrée en matière dans un univers aux sonorités et aux formes d’une grande étrangeté, nous étions captivés, presque envoûtés, acquis à ce qui se déroulerait sous nos yeux. Mais rapidement viennent les images faciles (l’humain aliéné, le plastique omniprésent, la translucidité des matières laissant apparaître des lumières provoquant un effet « joli ») et un discours creux porté par une voix robotisée censée nous faire prendre conscience de l’horreur d’un monde imminent pour cause de consumérisme accru dans nos sociétés contemporaines.
Bref, des poncifs plastiques et des propos qui deviennent assez  vite lassant. Sans compter les lenteurs occasionnées par une mise en scène qui a largement trop misé sur l’effet « poésie visuelle » en se permettant des temps  morts aussi longs.  Les mouvements sont peu précis (la chorégraphie, au sens propre, semble presque absente…et cela ne relève pas d’un parti pris « dépouillé » semble-t-il), peu expressifs, redondants, gâchés au regard des compétences initiales des interprètes.
Les possibilités de la scénographie semblent avoir été peu explorées, et le jeu en huis clos qui est censé s’y dérouler ne fonctionne pas pour cause de soucis d’interprétation (on ne croit jamais aux personnages, à l’exception de celui qui reste en dehors de la maison). Seuls la musique et le jeu dudit artiste finissent par retenir l’attention. Ce spectacle est encore jeune, espérons qu’il gagnera en intensité (pour le jeu) et en lisibilité (pour le propos), car la matière,elle,  est absolument prometteuse, on le redit.  

Par Jérôme Robert

Au Théâtre de Chelles

Les Ames mortes

Les Ames mortes de Nicolas Gogol, mise en scène d’Anton Kounetsov, traduction d’André Markovicz

    ame2.jpgLes Ames mortes, c’ est sans doute le chef d’œuvre le plus  reconnu de toute la littérature russe et que Nabokov,  après bien d’autres écrivains, chérissait tout particulièrement.  En Russie, les âmes, c’était  les hommes-esclaves  dont le nombre servait à évaluer le prix d’une propriété rurale et donc l’impôt foncier. Comme le recensement avait lieu tous les cinq ans, le nombre de serfs décédés et dûment enregistrés continuait à servir de base d’imposition au mépris de toute logique; des escrocs rachetaient  alors, à  bas prix, ces âmes à des propriétaires fonciers, ravis de se débarrasser de ce fardeau fiscal, puis installaient- fictivement s’entend- ces hommes sur des terres  achetées aussi très peu cher, puis les hypothéquaient sur leur valeur supposée.. Escroquerie  qui leur permettait de s’enrichir.
Et c’est Pouchkine qui donna l’idée de  traiter sur ce thème à Nicolas Gogol,  jeune auteur qui n’avait pas encore écrit Le Revizor, d à partir d’un fait divers réel. L’affaire lui prendre plus de quinze ans mais, comme il connaissait aussi  bien le sujet, puisque Gogol était propriétaire terrien,  le résultat est d’une saveur incomparable.
C’est donc l’histoire d’un personnage d’un petit escroc: Tchitchnikov, accompagné de son cocher Sélifane et de son valet Petrouchka, qui part à la recherche de de ses futures victimes, petits propriétaires terriens. Ils sont à la fois méfiants et souvent naïfs mais toujours cupides qui cherchent, dans une partie de poker menteur, à être encore plus rusés que cet escroc aux belles paroles qui finira par revenir de la campagne, tout heureux d’avoir réussi à être devenu millionnaire, terme qu’il
ame1.jpgsavoure avec une joie incomparable…
Mais,  en proie à des soupçons de plus en plus nombreux, il devra s’enfuir au plus vite. Bien évidemment,  le nombre  de scènes et de dialogues hauts en couleurs allait faire l’objet de nombres d’adaptations théâtrales en Russie comme en France. Le thème est resté très actuel :une spéculation sur un bien fictif , immatériel et c’est de la plus brûlante actualité, puisque le spectacle se joue à Bobigny au moment même où s’ouvre le procès de Jérôme Kerviel.
Anton Kounetsov  avec Laurent Lejop a adapté le long texte de Gogol: trois personnages: Tchitchinikov lui-même, joué par Laurent Manzoni, Hervé Briaux qui incarne au début l’auteur puis nombre de clients , et Véra Ermakova qui joue plusieurs des femmes des Ames mortes
Ce n’est jamais pas facile de restituer toute la truculence d’un  long récit mais son adaptation et sa traduction scénique sont ici assez décevantes. D’abord par la façon dont les scènes  s’enchaînent sans véritable fil conducteur et où l’on perçoit assez mal le côté absurde et farcesque du roman de Gogol.
Mais c’est aussi la direction d’acteurs qui fait défaut:  pourquoi Kounetsov s’acharne-t-il à faire crier sans raison Laurent Manzoni et Hervé Briaux? Ce qui finit par tout laminer; il y a bien quelques scènes entre le petit escroc et l’un des clients qui sont tout à fait réussies, mais aussitôt, après l’intérêt retombe. Comme cette succession de petits moments dure plus de deux heures quinze, autant dire tout de suite que le temps parait souvent interminable…
Alors à voir? Pas sûr, même et surtout si l’on est passionné par Gogol dont l’écriture reste succulente, surtout dans la traduction d’André Markovicz.

Philippe du Vignal

MC 93 Bobigny jusqu’au 29 juin.

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