UN CABARET HAMLET

hamlet1.jpgEn manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage paraît du sang ou HaM. AND EX BY WILLIAM SKAKESPEARE UN CABARET HAMLET de Matthias Langhoff sur une musique d’Olivier Dejours, traduction Irène Bonnaud mise en scène et décor de Matthias Langhoff (sic)

   Cela se passe au Théâtre de l’Odéon, vénérable théâtre à l’italienne aux stucs dorés et aux fauteuils en velours rouge, dont le parterre a été vidé aux trois quarts de ses sièges pour que l’on puisse y mettre des petites tables rondes avec des chaises en fer noir , où est assise une partie du public; sur le devant de la scène, de longues tables qui servent de praticables aux comédiens et autour desquelles sont assis d’autres spectateurs . A jardin, est installé sur une tournette, un petit orchestre( dont un altiste, un pianiste, un trompette, un saxo et une batterie et parfois un accordéon , devant une grande coquille Saint-Jacques comme celle du fameux tableau de Botticelli, et côté cour, une autre tournette- la manie du jour!- dont les toiles peintes représentent un salon bourgeois et autre lieux et; côté pile,  les portes de loges d’un théâtre à l’italienne. Il y a un cadre de scène en tubes fluo bleu et , au-dessus, une bande où défilent les traductions les textes de chansons en allemand ou en anglais, c’est selon.      

  Entre les deux tournettes, une petite scène surélevée où se passent quelques scènes qu’on peut deviner à travers un store à lamelles qui, refermé, donne à voir une grande affiche des années 40 vantant les mérites du fromage danois…. Je pense au décor avant de penser à la mise en scène, disait autrefois Brecht, le maître de Langhoff… Encore faudrait-il que la, mise en scène veuille bien suivre, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici. On ne va pas vous raconter le scénario de la célébrissime pièce du théâtre occidental, d’autant plus que la traduction/ adaptation/ montage d’Heiner Muller et de Langhoff, retraduite de l’allemand par Irène Bonnaud ( cela fait peut-être un peu beaucoup de strates!) est une sorte de réinterprétation/ déconstruction , où l’on voit surtout la figure d’Hamlet magistralement incarnée par François Chattot en pantalon noir et chemise blanche ,un chausson rouge à un pied et une grande botte à l’autre qui nous fait entendre le texte. Surtout,  quand il est au balcon en train de dire à une spectatrice le fameux : « Etre ou ne pas être »… à la seule lumière d’une torche électrique . Sur le plan plastique, il y a reconnaissons-le, de très belles images) ,( c’est toujours l’un des  atouts de Langhoff qui a un œil de peintre, comme l’enterrement d’Ophélie, on voit mal la totalité du spectacle ( et pourtant nous n’étions qu’au deux tiers du parterre), à cause d’un sous-éclairage permanent et , comme la plupart des comédiens ont un diction disons assez approximative pour être poli, on ne perçoit pas grand chose de ce texte.

  Il y a bien quelques moments agréables de chansons en anglais et en allemand ( dont les célèbres standards Hello Dolly et Summertime , et des chansons tirées des fameux sonnets de Shakespeare de que l’on a cru bon de faire surtitrer en couleurs, ce qui parasite encore les choses, on se demande, comme dit lucidement notre consoeur Barbara Petit, ce que l’on vient voir. Et, comme la chose en question dure plus de quatre heures, très vite , malgré l’apparition ponctuelle d’un beau cheval gris qui vient montrer sa tête parmi les musiciens, une chappe d’ennnui tombe sur la salle déjà pas très pleine ; inutile de préciser qu’à l’entracte, nombre de spectateurs avaient déjà déserté…
En fait, le plus grand défaut du spectacle vient d’abord d’une inadaptation scénographique majeure: le dispositif scénique installé au Théâtre du Parvis à Dijon quand il y a été créé en décembre dernier et qui fonctionnait ans doute beaucoup mieux, arrivé dans la grande salle de l’Odéon, ne signifie plus grand chose. D’autant plus que Langhoff, qui adore se moquer du naturalisme, nous ressert ses vieilles recettes de théâtre dans le théâtre qui semble, en ce moment surtout, la dernière tarte à la crême: les toiles peintes manipulées à vue, quelques sièges de la salle sur la scène tournante elle-même pourvues de portes de loges) et l’on offre ,sans doute pour faire plus cabaret, un gobelet de bière à quelques spectateurs , avec sur un écran , bien en vue, en guise de remerciements à la marque, le logo  de la dite bière, laquelle a sans doute financé les opérations… Pourtant, vu ce qu’ a du coûter le spectacle, (19 personnes en scène) non ne devait pas en être à cela près…
Il y a aussi un véritable problème avec le temps qui n’en finit pas ( quatre heures trente! avec un petit entracte ) que Langhoff n’ a pas voulu ou pas su gérer, mais , de toute façon, sur une durée aussi longue et , dans une perspective dramaturgique aussi hybride, c’était presque mission impossible, et le rythme de cette représentation s’en ressent , et ce qui aurait pu, en une heure et demi, dans une espèce de vérité théâtrale à la Livchine, avoir une véritable force, paraissait ici de peu d’intérêt .
Pour faire bref: un texte déguisé et morcelé,  peu convaincant, un plateau que l’on peine à voir à cause d’une disposition maladroite, et en tout cas inadaptée  au lieu, des lumières trop faibles, la diction approximative de la plupart des comédiens qui ne semblaient pas croire à ce qu’ils faisaient, et le manque de rythme de l’ensemble; rien ne semblait vraiment dans l’axe ce soir-là ,même et surtout s’il y avait quelques rares bons moments , grâce au grand François Chattot, qui était bien le seul à donner une véritable dimension au texte. Mais, pour le reste, l’on restait sur sa faim.
Vouloir traduire quelques idées majeures par une scénographie singulière a toujours été un des principaux  soucis de Langhoff, qui y avait, par le passé, le plus souvent réussi et qui  nous  proposé de grands et magnifiques spectacles : avec , entre autres, Le Prince de Hombourg Le Roi Lear , ou plus maîtrisé encore un Macbeth remarquable à Chaillot ou encore Les Trois soeurs au Théâtre de la Ville ou Le Désir sous les ormes d’O’ Neill à Nanterre. Il savait nous parler de ses angoisses et de son obsession de la guerre avec beaucoup de sensibilité. Mais ici, on a l’impression que, s’il a toujours cette même maîtrise rigoureuse des moyens scéniques, la machine, cette fois,semble tourner à vide, et cet hybride d’un  cabaret et de scènes d’Hamlet était sans doute une fausse bonne idée qui ne nous concerne pas vraiment. D’autant que Langhoff , s’il n’avait pas été à l’étranger ces jours-ci, aurait  peut-être  redonné un peu d’élan et de vie à un spectacle qui, arrivé à Paris, semblait à bout de souffle…
Désolé, tout se passe comme si l’on avait  affaire à un  théâtre poussiéreux qui croit encore jouer les avant-gardes, fondé sur des recettes personnelles qui ont déjà trop servi.Et, comme le public, surtout la petite frange de jeunes gens, n’était pas dupe, les applaudissements furent bien maigres…   

  Alors à voir? Si vous êtes un fanatique de Langhoff, vous y trouverez peut-être un peu et encore  votre compte mais, conseil d’ami, évitez surtout d’y emmener votre petit(e) ami(e), votre bon et vieux copain, ou des adolescents ou de jeunes gens qui voudraient découvrir Skakespeare: ils ne vous le pardonneraient pas …
Matthias Langhoff, rendez-nous Mattthias Langhoff…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 12 décembre.


Archives pour la catégorie critique

Philoctète

Philoctète de Heiner Müller mise en scène Jean Jourdheuil
À un mois de décalage, après Philoctète d’après Sophocle dans la variation de Jean-Pierre Siméon jouée au Théâtre de l’Odéon, voici Philoctète, version Heiner Müller au Théâtre des Abbesses Théâtre de la Ville.

Heiner Müller écrit son Philoctète en 1964, en pleine guerre froide, le mur de Berlin est là, érigé en 1961, l’Allemagne, l’Europe, voire le monde, scindés en deux blocs communiste et capitaliste qui s’affrontent, tels les Troyens et les Grecs.
La trame de Philoctète d’Heiner Müller est extrêmement radicale par rapport à son prototype grec : pas de chœur, juste trois protagonistes, Philoctète abandonné sur l’île de Lemnos par les chefs grecs, Ulysse responsable de cet exil qui, dix ans après, vient chercher le vieux guerrier, son arc et les flèches d’Héraclès, sans lesquels Troie ne peut être vaincue, enfin Néoptolème, fils d’Achille, dont Ulysse se sert pour convaincre Philoctète de les suivre à Troie.
Alors que dans la pièce de Sophocle l’intervention d’Héraclès décide Philoctète à aller à Troie, chez Heiner Müller pas de deus ex machina, pas de happy end final : Néoptolème tue Philoctète. Son cadavre sera encore instrumentalisé par Ulysse dans sa version des faits.
C’est un univers sans Dieu dans lequel opère le langage et la nécessité, le mensonge au service d’un « idéal » qui justifie tout.
On ne peut aujourd’hui réduire la lecture de la pièce de Heiner Müller au contexte historique et politique de l’époque de son écriture ni à l’autobiographie de l’auteur. Même si elle pouvait être interprétée ainsi, Heiner Müller nous avertit dès le départ « ici et maintenant, notre pièce se joue ailleurs et autrefois ».
Jean Jourdheuil déplace dans sa mise en scène ces vers dans la partie finale du spectacle. Et Heiner Müller ajoute au début de la pièce : « avouons le d’emblée, c’est chose fatale, ce que nous racontons ignore la morale, apprendre à vivre mieux vous ne le ferez pas chez nous ».
Il est clair qu’il s’agit désormais d’un conflit « archétypal » que chaque époque lit avec ses propres clefs. C’est cet univers hors catégories morales, qui n’a rien à faire du jugement moral, pas plus que de la justice ni des notions de bien et de mal, que met en scène Jean Jourdheuil. Un univers où seule opère la logique de la nécessité, c’est-à-dire de la « cause » servie par Ulysse : vaincre Troie.
Était-ce son choix ? Il y est entraîné par la force des choses. « Nous sommes allés trop loin dans cette affaire, il ne reste qu’à continuer ». Dès lors tous les moyens, tous les mensonges sont bons pour servir la cause mais tirant son épingle du jeu et en se préservant avant tout, car la voie est glissante.
Ainsi le tragique se déplace-t-il ici de Philoctète à Ulysse, pragmatique, homme de circonstances, qui multipliant les mensonges les transforme en raisons du moment, en vérité d’ici et maintenant. Pour lui il n’y a pas de vérité définitive. C’est un acteur et donc personne. C’est un artiste du langage, maître en sophismes, au point que la frontière entre vérité et mensonge s’efface. Face à lui Philoctète dans son rôle de victime, criant vengeance et justice, blessé davantage dans son orgueil, dans son moi, que physiquement dans son corps, son pied pourrissant. Il se détruit par son obstination, son refus de collaborer. Son drame, même s’il provoque la pitié de Néoptolème croyant encore à la vérité, sa mort et même son cadavre seront instrumentalisés comme preuves de la vérité d’Ulysse.
Néoptolème, déchiré d’une part entre la pitié, la compassion pour Philoctète, l’indignation pour l’infamie des ruses d’Ulysse et d’autre part la nécessité d’aller au but, finira sans conviction par se subordonner et, chargé de l’arc, des flèches et du cadavre de Philoctète, suivra Ulysse à Troie.
Sur un plateau nu, avec juste au centre une plate-forme inclinée qui tourne à certains moments. La mise en scène de Jean Jourdheuil, radicale, dépouillée, sans aucun effet, se concentre sur le combat que se livrent les trois protagonistes dans une situation d’urgence.
Un combat où trois attitudes s’affrontent avec pour seule arme le langage. La magnifique traduction de Jean Jourdheuil et de Jean-Louis Besson restitue à la fois une concrètude triviale par moments, un humour percutant et une puissance poétique du texte de Müller.
Trois acteurs virtuoses pour jouer cette partition magistrale. Marc Berman met en jeu la stratégie d’Ulysse avec fermeté et naturel, sans appuyer sur les mécanismes de la ruse à l’œuvre. Le mensonge d’Ulysse une fois mis en branle, va de soi. Il trouve instantanément de nouveaux ressorts, parant aux revirements imprévisibles de Néoptolème (Marc Barbé). Sa stratégie se heurte au jeu de Philoctète interprété avec maestria par Maurice Bénichou, d’une ironie suprême, à la fois terrible dans sa détresse et manipulateur froid qui, n’ayant rien à perdre, utilise une tactique de retournement, fait jouer le temps, déstabilise sans cesse Néoptolème, face à l’urgence dans laquelle est Ulysse.
Paradoxalement Philoctète en amenant Néoptolème à le tuer, gagne et Ulysse tragiquement échoue, incapable de convaincre Philoctète de rejoindre avec son arc Troie. Un échec, pourtant Ulysse a toujours de la ressource : Philoctète mort n’est plus utile mais son cadavre est utilisable.
Une mise en scène d’une exceptionnelle maîtrise du tempo, de la tension dramatique. Un moment rare d’intelligence et de théâtre.

Irène Sadowska Guillon

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Philoctète de Heiner Muller mise en scène de Jean Jourdheuil.

  Juste quelques mots , puisqu’ Irène Sadowska en a déjà rendu compte. Nous n’avons pas vu la même représentation: elle à la première, et moi à la troisième.  Certes,le texte de Muller possède de réelles beautés mais aussi, et cela , on le dit moins , beaucoup d’obscurités qui  plombent les choses, notamment quand Muller évoque des personnages qui ne disent quelque chose qu’aux  hellénistes et encore…. Si bien que  le spectacle tient davantage d’un travail de recherche qui aurait du rester… à l’état de recherche. Les enjeux de l’histoire de Philoctète n’apparaissent pas clairement ,et au bout de vingt minutes, l’on décroche, comme ce spectateur qui nous a écrit. et il a raison.

  La faute à qui? Probablement  déjà à Muller qui a brodé à partir du texte de Sophocle mais qui n’ a pas vraiment pris la juste mesure de la légende , en opérant une relecture assez conventionnelle de cette pièce mineure du grand dramaturge grec, puisqu’il en a supprimé le choeur et le  personnage du dieu Héraclès. Certes , l’on sent par moments, toute la puissance du langage et des joutes verbales..

  Mais Hélène Weigel , la formidable actrice et épouse de Bertolt Brecht et qui était aussi une femme de théâtre très lucide,  trouvait que la pièce manquait de matière, et elle avait bien raison. En effet, ce ne sont pas des personnages au sens réel du mot mais des porte-parole de Muller qui sont  devant nous. A la lecture, pourquoi pas mais sur la scène  déjà pas très chaleureuse du Théâtre des Abesses pendant une heure et demi, dans un décor froid et sans grand intérêt….tous aux abris!

  Quant à la mise en scène de  Jean Jourdheuil  qui a  impressionné Irène. On veut bien   mais nous ne sommes pas du tout d’accord…Ce travail est  d’une grande rigueur sans doute,  mais aussi d’une sécheresse absolue et  distille un ennui  de première qualité;  et si les comédiens font honnêtement leur travail, ils  ne semblent quand même pas avoir  l’air  très passionné. Il manque à cette mise en scène  et à cette direction d’acteurs un pouvoir de conviction:, comme si Jean Jourdheuil lui-même n’avait pas trop cru à l’opération! Comment s’étonner alors que des spectateurs quittent la salle, et que les applaudissement soient des plus chiches!  La tragédie grecque ou ses avatars n’est pas facile à maîtriser, et ce Philoctète ne restera pas dans les mémoires… En tout cas, à éviter, 

Philippe du Vignal
Philoctète de Heiner Müller, mise en scène Jean Jourdheuil
Théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses
du 5 au 21 novembre 2009
tel 01 42 74 22 77

« Le texte de la pièce est publié aux Éditions de Minuit »

LEONTINE en BRASSIERE

De l’impossible retour de LEONTINE en BRASSIERE, texte de Benoît Paiement-Bernard Dion, mise en scène de Robert Reid.

 

dsc0362.jpgCela se passe au deuxième étage du Théâtre d’aujourd’hui, situé au 3900 ( sic ) de la rue Saint-Denis à Montréal, bien connue pour ses centaines de restaurants en tout genre, dont le Commensal, , un libre service végétarien très fréquenté des Montréalais ,où l’on paye en fonction du poids de l’assiette que l’on a remplie… Donc, le Théâtre d’aujourd’hui programme cette saison une adaptation des Essais de Montaigne, une comédie musicale d’après la pièce culte de Michel Tremblay Les Belles soeurs mais aussi l’an passé des oeuvres de l’incontournable Wajdi Mouawad et de Normand Chaurette bien connus en France) . Le  théâtre possède une grande salle et, au sommet d’un escalier assez rude, une petite salle de quelque soixante places avec une scène toute en longueur plutôt destinée à des réalisations expérimentales.. . et qui accueille le Groupe de Poésie moderne qui reprend cet Impossible retour de Léontine en brassière( soutien-gorge en québécois).
Il s’agit des malheurs supposés d’une actrice Félixe Ross jouée par l’actrice… Félixe Ross, que l’on ne trouve plus vraiment assez jeune pour jouer cette fameuse Léontine,  mais on le comprend vite, c’est un aimable prétexte pour parler de tout et de n’importe quoi, mais aussi de la peinture de Paul-Emile Borduas, peintre québécois ( 1905-1960) qui aurait fait le portrait de Félixe Ross. Il  a peint  nombre de tableaux non figuratifs fondés sur un certain automatisme mais il est  surtout connu  pour une remarquable toile  à la fin de sa vie L’Etoile noire.

  Mais Borduas est aussi l’auteur, avec son ami Riopelle et quelques autres,  de Refus global ( paru en 48 !) ,un Manifeste visionnaire  et courageux qui dénonçait la tyrannie morale de l’Eglise catholique au Québec. Ce  dont parle  ce spectacle avec des extraits de textes authentiques assez édifiants; mais  on y discute aussi pratique artistique en  avec, en vrac: un certain Picasseur, Seurat, Gauguin, mais aussi Klee et un clin d’oeil au pop art et à Roy Lichenstein, quand les comédiens se coiffent de perruques d’un blond agressif.
Tout cela est simplement et finement évoqué par quelques coups de pinceaux lumineux sur un grand écran pivotant , seul élément scénique, avec lequel jouent les comédiens. Mais il est aussi question dans la soixantaine de petits textes juxtaposés, de Jacques Cartier qui écrit au général de Gaulle pour lui signaler un certain nombre de collines d’où il pourrait prononcer ses prochaines allocutions… et des citations de politiques importants comme René Lévesque, le grand défenseur de la minorité québécoise et de la langue française et son adversaire René Trudeau contre lequel avait eu lieu une gigantesque manifestation! Mais là, il vaut mieux être de la paroisse pour bien comprendre les choses.
Les quatre comédiens, très solides, qui ont une diction absolument parfaite, sont habillés en collants noirs, et établisssent vite une réelle connivence avec leur publicdemandent au public auquel ils demandent de se lever pour écouter l’hymne national mais oublient de les faire se rasseoir! Les phrases se bousculent , et les mots sont déchirés puis reconstruits, en tout cas, très souvent malmenés, voire passés à la moulinette de l’absurde, de la dérision et du télescopage sémantique: bref, on l’aura compris, cela tient à la fois de la poésie sonore de gens comme Bernard Heidsieck, Henri Chopin, ou François Dufrêne, mais ce délire verbal participe aussi de la poésie de Jean Tardieu, avec une petite goutte d’Eugène Ionesco.
Côté gestualité, c’est tout aussi raffiné et cela fait un peu penser aux Frères Jacques , admirable quatuor des années cinquante qui chantait notamment la fameuse Truite de Schubert sur des paroles de Francis Blanche. Il y a cette même précision du verbe et du geste, ce même décalage tout en nuances, non pour donner corps à un personnage mais pour alimenter une machine à délires verbaux et à loufoqueries qui fonctionne à merveille avec le public de Montréal qui les suit fidèlement depuis des années. Mais la dramaturgie qui avance par à-coups montre quelques faiblesses qu’il  faudrait  éliminer d’urgence : à certains moments, le spectacle part un peu dans tous les sens, et n’est sans doute pas aussi caustique qu’on lesouhaiterait. Malgré la mise en scène très rigoureuse de Robert Reid qui dirige ses quatre comédiens avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité…
A voir? Oui si vous passez par Montréal l’an prochain,car le spectacle devrait y être repris et si vous voulez vous rendre compte de ce qu’un groupe québécois de recherche peut produire d’original; en effet ,on connaît davantage en France Lepage, Mouawad, Chaurette ou Fréchette. Viendra-t-il aux Francophonies de Limoges? Ce ne serait peut-être pas un luxe…
En tout cas, c’est toujours émouvant d’entendre à des milliers de kilomètres de l’hexagone, des comédiens qui se font visiblement plaisir à jouer aussi finement avec cette langue française à laquelle ils tiennent tant, et avec juste raison..

 

Philippe du Vignal

 

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LA BONNE ÂME DE SE-TCHOUAN

LA BONNE ÂME DE SE-TCHOUAN

De Bertolt Brecht, mise en scène Anne-Margrit Leclerc, dramaturgie Bernard Beuvelot

  Ce sont de belles retrouvailles avec le Théâtre du Jarnisy, compagnie lorraine qui n’a pas baissé la garde depuis les beaux débuts des années 70, née dans le sillage de Jacques Kraemer et du dynamique Théâtre Populaire de Lorraine. C’est un bonheur de voir cette pièce de Brecht, auteur clairvoyant mort en 1956,  dont les personnages sont étrangement d’une  brûlante actualité et dont les représentations ont lieu  devant une salle pleine d’un public mélangé et enthousiaste.

Dans la capitale d’un Se-Tchouan à demi-européanisé, trois dieux sont descendus à la recherche d’une bonne âme qui puisse les héberger. Le porteur d’eau Wang se propose de les secourir, persuadé que les riches propriétaires seront honorés par de tels hôtes, mais toutes les portes se ferment. Seule, la prostituée Chen-Té  qui ne pourra payer son loyer le lendemain en l’absence de la passe nécessaire, accepte de les recevoir pour la nuit. Le cadeau royal qu’elle reçoit lui permet de prendre en location une petite boutique dans son quartier, mais elle devient vite la proie de ses voisins et de sa propriétaire qui profitent de son bon cœur et pillent le peu qu’elle gagne.

  Elle doit donc s’inventer un inflexible cousin, Shui-Ta qui vient mettre de l’ordre dans ses affaires et la protège contre l’aviateur Yang Su dont elle est tombée amoureuse. Ce cousin est une autre face d’elle-même et monte une prospère exploitation de tabac,  grâce à l’argent donné par son vieux voisin devenu amoureux de Chen-Té.

  Stéphanie Farison interprète la double face de ce personnage avec virtuosité, aux côtés de sept  autres comédiens qui font merveille, en sautant d’un personnage à l’autre. Comment rester bon dans une société mauvaise, c’est la question posée par Chen-Té aux dieux à la fin du spectacle, qui  reste d’une terrible actualité !

Edith Rappoport

 

Théâtre de Montbéliard

The Shipment

The Shipment par Young Jean Lee’s Theater Compagny de New-York

 

        image1.jpgNée en Corée en 1974, Young Jean Lee arrive en 1976 aux États-Unis et vit depuis 2002 à New York où elle devient dramaturge et crée sa propre compagnie Young Jean Lee’s Theater Compagny.
Elle se fait remarquer sur la scène expérimentale new-yorkaise par l’originalité, l’audace, « l’incorrection politique » de sa démarche et le regard critique qu’elle pose, avec un humour corrosif, sur la société américaine, ses composantes identitaires et les diverses formes de racisme toujours à l’œuvre.
Dans Songs of the Dragons flying to heaven , satire sur la communauté coréenne aux États-Unis, Young Jean Lee s’en prend à l’image et aux clichés identitaires.
Dans The Shipment, conçu avant l’arrivée au pouvoir d’Obama, elle s’attaque à la problématique du racisme vécu par les Noirs américains, différent de celui que subisssent les immigrants. Comment aborder ce sujet sans tomber dans l’écueil du discours politico-idéologique et sans s’ enfermer dans un théâtre identitaire ? Comment amener un vaste public vaste à s’impliquer dans le spectacle et à se poser autrement des questions, hors des stéréotypes et des clichés, sur le racisme ordinaire ? Le parti pris de Young Jean Lee était de se servir des stéréotypes du racisme ordinaire, quotidien, des idées reçues déterminant les comportements des Noirs américains, en les décalant, les poussant à la limite de l’étrangeté. De sorte que, tout en restant reconnaissables, ils ne soient pas identifiables. Cette tactique de décalage des stéréotypes devant opérer autant pour le contenu que pour la structure formelle du spectacle. Ainsi , dans la première partie revisite-t-elle, en le décalant, le menestrel show, « divertissement populaire du XIXe siècle, suite de sketches, de danses, de chansons qui étaient interprétés par des Blancs grimés en Noirs. »

La seconde partie est conçue dans le style de la comédie naturaliste. Contrairement à la tradition du genre, ici le menestrel show revisité est interprété par des acteurs noirs, la danse contemporaine stylisée sur les danses des Noirs, mais les chansons n’ont rien à voir avec la culture noire. Sur le plateau nu : au gré des sketches interprétés par des acteurs avec des micros s’égrène l’histoire du jeune Noir Omar qui décide d’être chanteur rapp et dont le parcours, de la rue au star-system, passe par l’univers de la drogue, de la prison, du viol, du sexe, la rencontre d’un évangéliste illuminé délirant sur Dieu, enfin l’ennui, le découragement et l’abandon du rapp. Parcours initiatique, une sorte de conte voltairien noir où les discours stéréotypés, agressifs des Noirs sur les Blancs poussés à bout dans l’exagération, se confrontent en même temps à une vue critique des Noirs.
Le tout est joué dans la convention d’un show, pas d’incarnation des personnages affichés comme figures stéréotypées, caricaturées. Cependant l’ambiguïté subsiste. Point faible de cette première partie : le rythme qui vacille, certains sketches joués sur un ton hurleur et monocorde semblent s’étirer.
Sans pause, une chanson de transition rappelant vaguement le gospel, chantée en chœur, introduit la seconde partie. On apporte un canapé, un tapis, une bibliothèque, des petites tables, un fauteuil, une chaise. On est dans un appartement bourgeois. Une soirée d’anniversaire. Autour de l’hôte, des connaissances. Discussions conventionnelles, banales, décousues; on brasse les clichés, on boit, on sniffe la coke, puis les ressentiments, les mauvaises blagues, les reproches surgissent, le ton monte, la party tourne mal. Les personnages portent costume cravate ou veste et gilet dans le style à la fois soigné et voyant des Noirs américains. Le jeu réaliste contraste avec l’artifice et le décalage de la première partie. Cinq acteurs excellents changent de rôles, passent avec aisance d’un personnage à un autre, d’un code de jeu à un autre. Si Young Jean Lee réussit en grande partie à déstabiliser notre regard, nos certitudes, les idées reçues et les images que les uns se forgent sur les autres, son spectacle manque, par moments, de rigueur et de concision.

 

Irène Sadowska Guillon

 

The Shimpent par Young Jean Lee Theater Compagny
en anglais surtitré en français
du 4 au 8 novembre 2009 au Théâtre de Gennevilliers
tél : 01 41 32 26 26
Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris

 

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Arabian Night

Arabian Night de Roland Schimmelpfennig.

  Arabian night, de Roland Schimmelpfennig, traduit de l’Allemand par David Tushingham et mis en scène par Nathalie Joy Quesnel, représentait un défi sérieux  pour la jeune troupe anglophone, Evolution  Theatre,  formée il y a deux ans par d’ anciens élèves  du Département Théâtre de l’Université d’Ottawa. La pièce a été montée dans l’espace étriqué du Cube, une galerie située dans le quartier du Hintonburg, qui esten passe de devenir le nouveau centre  théâtral de la ville qui se développe d’une manière assez chaotique ,puisque des cafés, des restaurants bio des restaurants haut de gamme côtoient des théâtres qui récupèrent des tavernes, et d’anciens ateliers de travail désaffectés; il y  a aussi une école de théâtre (Ottawa School for Speech and Drama) et le nouvel Irving Greenberg Theatre Centre, situé au rez -de- chaussée d’une  élégante copropriété.

  Arabian Night se déroule pendant une nuit de chaleur torride. L’imaginaire occidental transforme un conte de mille et une nuits destiné à distraire un Calife oriental, en récit urbain, marqué par les  violences et  les  dérives psychiques. Cinq familles qui occupent un bâtiment de dix étages , montent et descendent les niveaux de cette  structure (évoquée par des éléments de bois), sous l’impulsion de leurs fantaisies érotiques, désirs inassouvis, inquiétudes, et constructions imaginaires de « l’autre exotique ». Dans ce huis-clos hallucinant, ces personnages s’installent chez les uns, dévalisent les autres ou se transforment en voyeurs pris de panique, dans  un contexte quasi apocalyptique où tout semble se désagréger. C’est , en filigrane, la situation sociale actuelle en Allemagne, peu à peu transformée par l’immigration du Moyen-Orient et par toutes les réactions qu’elle suscite.

  Dans ce lieu  anodin, ces victimes de l’exclusion et de l’aliénation,  qui ont des difficultés de communication, dépouillées de tout, tentent de cerner un monde insaisissable qui se transforme sans arrêt sous leurs regards effarés. Perdu dans ce quasi-vide, les personnages ne se regardent pas : ils sont seuls,  et la metteuse en scène a bien exploité ce parti-pris d’un jeu où  ils semblent s’adresser toujours aux absents.  Ce conte oriental déplacé dans un Occident urbain, est, à la fois réaliste, grotesque et magique, situé dans un ensemble de stratégies théâtrales apparemment contradictoires , que le décor et la mise en scène tenteraient  de réconcilier.

  La scénographie évoque les poutres d’un immeuble  moderne à  dix étages, recouvertes  de tissus qui flottent dans le vent comme des voiles, ou qui se reconstituent pour évoquer des tentes délicates et transparentes dans un désert imaginaire. On devine les rêves, les relations quotidiennes qui  donnent naissance à des  situations où désir et violence fusionnent:la metteuse en scène réussit à évoquer une jeunesse, et une population à la fois fascinées et terrifiées par la «confusion » des origines de la société moderne.

  Nathalie Joy Quesnel, une des metteuses en scènes les plus intéressantes de sa génération à Ottawa, a donc pris des risques en imposant aux acteurs  un travail très chorégraphié. Le texte tient parfois d’ un récit vidé d’émotion, présenté par des narrateurs qui se regardent à distance. Parfois,  nous avons l’impression d’une suite de monologues où les personnages racontent leurs débordements passionnés et violents, alors que  leur émotion reste refoulée chez  des êtres privés d’ émotion. La metteuse en scène semble  avoir voulu  contrôler  un texte qui pourrait paraître un peu froid. Mais cet essai de  danse/théâtre   risque de détourner l’attention  vers les corps en mouvement.

   Cette oeuvre est  surtout une partition sonore, une orchestration de voix et de sonorités, ce que Nathalie Joy  Quesnel  cerne dans les premiers moments du spectacle ,lorsqu’un des acteurs se tape sur les joues pour que son visage devienne un “beat box”. L’activité très physique des acteurs évoque parfois des gestes militaires, ou des mouvements de robots, voire des acrobaties de cirque, et semble imposer un autre langage scénique, parfois au risque d’un  contre-sens. Pourtant les spectateurs semblent  très impressionnés.et Évolution Theatre est en train de secouer le public anglophone d’ Ottawa ….

 

Alvina Ruprecht

 

Le Bout du Monde

Le Bout du Monde de la Danoise Astrid Saalbach : une première mondiale en français.

 boutdumonde.jpg Dans la capitale du Canada, première mondiale : la création française de Le bout du monde, une pièce d’Astrid Saalbach, traduite du danois par Catherine-Lise Dubost.La metteure en scène,  Anne-Marie White, est aussi la nouvelle directrice artistique du Théâtre du Trillium, une des quatre  troupes franco-ontariennes qui se partagent la programmation de la Nouvelle Scène; le lieu sert aussi de Maison de la Culture pour les francophones d’ Ottawa.

  La pièce est une sorte d’ allégorie sur le monde actuel avec une orientation apocalyptique évoquée par la jeune héroïne Xenia, qui finit malgré toutdans l’optimisme grâce à la présence d’une femme mystérieuse , afro-bohémienne ,qui se matérialise dans le désert devant ses yeux. Celle-ci indique  le bon chemin à l’héroïne, épuisée par ses journées d’errance, dans ce pays de sable écrasé de chaleur. L’auteur capte un monde en plein mutation et   Astrid Saalbach mène sa réflexion jusqu’au bout de sa logique écologique, frappée d’un darwinisme revu par une esthétique de science-fiction et de bande dessinée. Xenia, un des membres d’équipage,  jouée avec beaucoup de passion par Magali Lemèle, est de retour sur terre après un long voyage en avion, Serait-ce un aterrissage normal ou un accident d’avion?  Le moteur gisant sur la scène, à moitié recouvert de sable pourrait peut-être fournir un début de réponse. N’importe.  Les changements de décors sont multiples et tout d’un coup, la jeune femme se retrouve dans une forêt devant un être hybride  cheval/humain, produit de ce monde où les  hommes, les animaux et toutes les espèces vivantes de la terre existent en une symbiose assez inquiétante.

  Xenia  doit vivre dans une sorte de colonie où ,peu à peu ,l’harmonie écologique apparente est en plein déliquescence: La femme/cheval est manipulée par un sadique; la femme /mère qui a peur de vieillir, passe d’une intervention de chirurgie esthétique à une autre jusqu’à ce que son corps soit un seul grand artifice en matière synthétique. Les plus forts exploitent les plus faibles, la structure victime/bourreau se réinstalle sur la terre et la vie se tribalise. C’est le monde de la précivilisation rousseauiste après l’apocalypse.

   Pourtant, sans reconnaître ce dysfonctionnement,  Xenia poursuit son bavardage habituel de femme aisée et un dialogue de sourds s’ensuit. On dirait, dans un premier temps, la jolie blonde Hélène qui cherche son collier dans la pièce de Carole Fréchette,  enfermée dans son discours de femme occidentale gâtée. Mais on est ici davantage sur l’idée d’une dégradation de l’humain. Des  hommes presque sauvages manient ces « caprices de la nature »,  ces êtres féminins  qui deviennent des objets interchangeables :  et les rapports affectifs sont désormais impossibles.

  Xénia erre dans ce lieu cauchemardesque et rencontre une communauté de ceux qui rejettent ce type de vie. Dirigée par le fils « KA »  aux allures christiques et totalitaires vêtus de blanc, cette communauté s’organise à partir de ses rituels quotidiens. Par la suite, de nouvelles formes d’affection  émergent et un nouvel ordre du monde semble s’installer avec des relations  intimes entre le chef « Ka » et Xenia. Toutefois, ceci n’est qu’un mirage. Mais un  bébé  adopté, parce que sa mère refusait de vivre sa maternité, annonce un avenir prometteur et des chances d’amour   qui n’ont pas tout à fait disparu de ces nouveaux êtres vivants. Le magnifique paysage sonore  contribue beaucoup à la soirée, mais  la lourdeur du dispositif scénographique :  poulies, praticables  et rideaux qu’il faut déplacer,  entrave le jeu. Mais cette réflexion dramatique sur les rapports entre les êtres  humains  et le monde, dans un avenir  qui n’est peut-être pas si éloigné,  était sans doute utile…. 

Alvina Ruprecht

 

 

LA TÊTE VIDE

LA TÊTE VIDE Théâtre de l’Aquarium
D’après Raymond Guérin, mise en scène Gilles Chabrier Collectif 7

Le collectif 7 né en 2000 d’un noyau d’anciens élèves de l’école de la Comédie de Saint- Étienne, est la première compagnie invitée par François Rancillac qui vient de prendre les commandes de l’Aquarium. Le hall d’entrée a été rafraîchi, on nous guide sur le plateau où un dispositif quadri-frontal a été installé. Nous sommes environnés par des bancs d’images, huit plans sur chaque mur encerclent le plateau, avec des personnages, hommes, femmes, enfants, sans doute des personnages de la petite ville concernée par ce drame dont on va nous livrer des éléments à travers un jeu de rôles. Un matin, un cultivateur découvre dans un bois jouxtant son champ, deux corps nus, enlacés, morts d’une balle dans la tête. Suzanne femme mariée sans profession et Gustave, huissier consciencieux et bon père de famille étaient amants, ils se sont donné la mort. Autour du médecin légiste, des amis vont se substituer aux protagonistes du drame pour éluder le mystère. Deux armes ont été retrouvées sur les cadavres, qui a tiré le premier, comment  en sont-ils arrivés à cette extrémité ? Éric Challier, Muriel Coadou, Frédéric Huiné et Nathalie Ortega se livrent à cette énigmatique danse de mort avec une grande finesse, des montées violentes, de belles images sur ce plateau qui se couvre d’eau sans qu’on n’y prenne garde, où un grand et bel acteur nu vient s’étendre à la fin du spectacle.

Edith Rappoport

CORPS A CORDES

CORPS A CORDES  Théâtre des Variétés
Le Quatuor, mise en scène Alain Sachs

Voilà trente ans que ce quatuor qui jongle avec toutes les musiques, réjouit des hordes de spectateurs enthousiastes, des plus grands aux plus petits. Jean-Yves Lacombe que j’avais reçu au Théâtre Paul Éluard de Choisy avec Jean-Claude Asselin, en est toujours l’inénarrable violoncelliste après quelques échappées, Laurent Vercambre y est toujours présent, Pierre Ganem  et Jean-Louis Camors complètent le quatuor. De la ridicule leçon de maintien du maître de musique emperruqué aux jongleries de chaises, en passant par des ballets avec leurs instruments, les quatre virtuoses ne reculent devant aucune pitrerie. Il faut faire rire vite et à tout prix, un peu trop à mon avis car ces excellents musiciens ne laissent jamais l’émotion monter, pendant les deux heures vingt de spectacle. Le public est ravi, moi j’éprouve une déception. Mais il faut bien faire rire pour payer la location de ce magnifique théâtre privé où on ne peut pas retrouver les artistes à la sortie.

Edith Rappoport

SexAmor

SexAmor, projet de Pierre Meunier, fabrication collective, texte et jeu de Pierre Meunier et Nadège Prugnard.

sexmor.jpgDans un décor hétéroclite, fait de métaux et de matériaux, un homme trompe son ennui en jouant de la musique. On dirait du Georges Aperghis : à l’aide d’une baguette ou de ses doigts, il fait vibrer des fils métalliques à l’extrémité desquels pendent des blocs de béton ou des poids.

  D’emblée, nous nous situons dans l’univers du sensible : le visuel, le tactile et l’auditif. Cet homme se met à raconter une histoire, celle d’un capitaine de navire pris un jour dans une tempête. De fait, une partie du décor évoque une ambiance portuaire, maritime : une hélice de bateau est accrochée au mur, un moulin à eau repose sur des tréteaux.
Une femme apparaît, prise au piège dans une poche en plastique qui ressemble à un cerf-volant, où elle baigne dans un liquide, à moitié nue. Est-elle un alien en mutation, un fœtus dans le ventre de sa mère, un poisson dans un filet ? Elle tente de s’extraire du sac mais retombe toujours au fond. Jusqu’au moment où elle voit l’homme, qui la voit à son tour. Regards croisés, échangés puis rencontre. Les mains se touchent à travers cette membrane et l’homme aide la femme à en sortir. La voici qui surgit,  telle Eve, naissante. Bien qu’elle soit  choquée, elle pose  aussitôt ses exigences : elle veut mourir d’amour mais veut aussi  de la violence dans l’amour…

  Et cet homme et cette femme sans nom, archétypes de leur sexe, vont jouer à une course poursuite et/ou à un chassé-croisé: ils passent ensemble ou séparément, dessus, dessous ou à travers d’ anneaux suspendus. Un jeu dangereux, celui du chat et de la souris. Leur interrogation fondamentale porte sur l’amour, la mort, le sexe, le rapport à l’autre, le désir. Mais les mots comme les mouvements semblent insuffisants. À question existentielle, réponse vertigineuse: le couple traverse  plusieurs épreuves, où  s’affirment leurs différences : la femme s’imagine en mère d’adorables chérubins, tandis que lui , se voit cerf ou élan tout-puissant ( il en revêtira d’ailleurs le masque et les bois).
Parfois, ils dansent ensemble un slow  ou  la femme, seule, essaie de bouger au rythme de la guerre ou de la nature.Il y a plus de gestes et de mouvements que de paroles dans ce  spectacle, qui oscille entre implicite et explicite, premier et second degré, et qui  renvoie surtout aux symboles et à la rêverie. Le ton est , tour à tour,  grave, ou provocant et plein d’humour, quand , dans le jeu de la séduction, l’homme fait le coq ; ou, quand  la femme  revêt un harnais et  s’élève dans les airs. Machinerie et jeux de lumière se déchaînent. La force de la nature s’exprime dans un port imaginaire, où l’on entend les mouettes, les cornes de brume, le souffle du vent et le bruit des vagues qui s’écrasent contre les rochers.
Erotisme et trivialité, poésie et vulgarité, abandon et séduction, attraction et répulsion,: les sexes se livrent bataille et se cherchent jusqu’à l’épuisement. Le couple formé par Nadège Prugnard, vorace, charnelle, assoiffée, et par Pierre Meunier, clownesque, fonctionne bien et le spectacle a de bons moments, malgré quelques longueurs qui nuisent à sa dynamique.

Barbara Petit

 

Théâtre de la Bastille jusqu’au 28 novembre

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