JONGLE D’OC

JONGLE D’OC Compagnie Chant des balles de Vincent de Lavenère 

  jongledoc.jpgSur le plateau, un cercle de cailloux, de ceux qu’on trouve dans les torrents de montagne .Un cercle de cailloux qui entoure une surface luisante,qui nous suggère immédiatement un lac niché dans ces vallées des Pyrénées que Vincent de Lavenère connaît bien puisqu’il en vient. Jongleur, acrobate, musicien, chanteur, luthier, il est avant tout un homme de ce sud-ouest qui fait chanter la langue.

  Avec lui et ses balles musicales qui font sonner des grelots, on ferme les yeux et on est sur les estives au milieu des troupeaux, on entend les sonnailles, les appels des bergers. Avec lui, qui jongle avec une chistera, on revoit le geste si élégant des joueurs de pelote basque qui cache la violence de ce jeu dont la dureté et la vitesse de la balle font un sport dangereux.
Avec lui ,tout semble doux et serein, car il passe de la virtuosité du geste à la gaîté de la musique et du chant sans effort apparent.
Vincent de Lavenère définit son art comme de la jonglerie musicale tant il a toujours voulu mêler la musique à la jongle, tant il a voulu comprendre la jonglerie par le rythme. Fou de musique, troubadour d’aujourd’hui, il a fabriqué lui- même cette citole à quatre cordes doubles, instrument des jongleurs troubadours du moyen âge, dont il joue devant nous comme il joue de la flûte à trois trous du Béarn. Comme dans Paï Saï, un précédent spectacle ,il fait le va et vient entre le Béarn de l’enfance et le Laos de la maturité, le passé et le présent, l’occident et l’orient, passant des instruments de l’occident médiéval ou baroque aux instruments traditionnels du Laos de toujours qu’il a découvert après le CNAC de Chalons-en-Champagne, lorsqu’il y fut envoyé comme formateur. Alors il dialogue avec ces gongs de villages laotiens, il les fait résonner avec ses balles, il joue avec le khène, cet instrument rituel qui s’utilise en mouvement, qui suit son corps dans ses acrobaties. Il n’est pas seul sur le plateau , un chariot le suit qui porte ses instruments, qui s’arrête parfois, résiste, se fait désirer, devient un partenaire capricieux.. Un charme de plus pour ce spectacle intemporel. La jonglerie n’est pas pour Vincent de Lavenère affaire de performance. Il jongle avec une simplicité qui est la marque des grands, multipliant les balles peu à peu sans se préoccuper des rares  désobéissantes. Ce qui lui importe , c’est de faire tomber les frontières. Une petite réserve ; ce spectacle gagnerait encore en magie si les enchaînements étaient mieux travaillés ou plutôt si on ne se posait même pas la question.

Françoise du Chaxel

Spectacle vu à Chatillon.


Archives pour la catégorie critique

Le Chemin solitaire

Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler par  la compagnie tg STAN

      20091203cheminsolitaire.jpgChaque spectacle de la compagnie anversoise tg STAN est un véritable plaisir pour le spectateur français, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Leur approche résolument contemporaine du théâtre est remarquable et salutaire. Scénographie minimaliste : ni coulisses, ni rideau, ni plafond. Le sol est jonché d’éléments hétéroclites qui viendront, le temps venu, se rappeler à nous : un vieux tourne-disque, une bouilloire, un grille-pain, une benne à broyer, une poubelle, un seau, une bassine, une chaise, une cafetière, une citrouille, une boîte en carton…

  Les Belges qui ont plus d’humour que les Français, ne considèrent pas le théâtre comme une chose grave ou sérieuse ,mais vivante et légère, en interaction constante avec le spectateur. Ainsi, quand la benne se met en route, les comédiens sont obligés de hurler pour se faire entendre. Quelqu’un dans le public éternue : un comédien lui souhaite : « Santé ! » Un personnage déclare vouloir grignoter un morceau : les toasts s’éjectent du grille-pain, et quand il demande à boire un thé , le sifflement de la bouilloire indique que l’eau est prête.
Le jeu de la compagnie tg Stan est excellent et novateur : postures particulières, mimiques, diction singulière, clins d’œil et adresses au spectateur… Et parfois même ressemble à de l’antijeu, ce qui interpelle. Quand le comédien flamand prend en compte son public, celui-ci se sent exister. Les acteurs échangent leur rôle (après avoir échangé leur blouse) au cours d’une même scène, et l’effet est saisissant.  Et ils  incarnent  leur personnage  chacun à sa manière, selon sa sensibilité. D’un point de vue symbolique, cela signifie-t-il que nous sommes tous capables du pire?

 Et les comédiens ne sont pas tous jeunes-beaux-minces-grands et  ont un physique « ordinaire », dont le public se sent proche. Quant au texte de Schnitzler, il  est magnifique, d’une profondeur et d’une lucidité troublante, comme chez la plupart des écrivains de langue allemande. Ici, il est question de trahison :  paternité inavouée, désir de maternité avorté. Dans la famille ou dans l’amitié, des existences entières, bercées d’illusions, reposent sur le mensonge. Qu’est-ce que la vie rêvée en comparaison de la vie réelle ? Un artiste peut-il seulement vivre comme n’importe qui ? La fuite et le départ sont-elles vraiment la seule issue ?

 Schnitzler a écrit sa pièce en 1904, une époque où les mots « départ », « retour », « voyage » n’avaient pas la même signification qu’aujourd’hui., et où le rapport au temps était différent. Un temps plus précieux, pris en étau entre la maladie et la mort. La Faucheuse qui vient nous chercher ou la fin que l’on se donne. Ce collectif flamand donne un coup de pied dans la fourmilière de nos conventions poussiéreuses, et le public, ravi, en redemande.

Barbara Petit


Au Théâtre de la Bastille , jusqu’au 17 décembre.

La Terre

La Terre de José Ramon Fernandez, mise en scène de  Javier Yagüe.

   terre.jpgComme souvent dans les pièces de José Ramon Fernandez, un des auteurs phares de la nouvelle dramaturgie espagnole, le présent est chargé d’événements passés, les divers plans temporels se traversent, avec, parfois  une évocation, une réminiscence mythique.

  Dans La Terre, c’est  un accident mortel et un meurtre commis il y a neuf ans-terrible secret-qui pèsent sur le présent d’un village.«Ceci est une histoire de la Terre et du Ciel, le ciel a caché la pluie parce que la Terre a caché un garçon assassiné.»

  Cette phrase qui ouvre le spectacle confère d’emblée une dimension métaphysique et métaphorique à la pièce qui autorise une pluralité de lectures. Il y a le Ciel et la Terre, les vivants et les morts toujours là, il y a ce dont on fait partie, qui nous dépasse et dont on dépend, la Nature, une sorte de divinité laïque , ici,  un personnage à part entière. La nature a châtié un village pour un crime commis et caché, en lui refusant la pluie depuis neuf ans :  plus rien ne pousse, la terre est stérile, le village se vide et se meurt. On y perçoit une lointaine réminiscence du châtiment (la peste) qui frappe la mythique Thèbes du  Roi Oedipe jusqu’à ce que son crime  soit mis au jour.

  Mais on y entend aussi la référence à l’histoire récente: guerre civile et dictature franquiste, innombrables morts jetés dans des fosses communes, le tout scellé par le silence collectif, la peur et la culpabilité, puis ensuite par  le refus d’affronter cette mémoire que l’on commence, depuis quelques années seulement, à mettre au grand jour. Que s’est-il passé dans ce village ? Il y a eu d’abord, dans le passé, un premier crime: Juan, père de Miguel, renversé par une voiture, qu’on a laissé mourir sur la route, puis l’accident du jeune Miguel qui, s’est initié la nuit au toreo (malgré l’interdiction de sa mère Pilar), est revenu  blessé par un taureau, et est resté handicapé à vie. Son rêve de carrière ruiné, et sa vie sont  brisées et empoisonnées par la culpabilité du  meurtre commis avec d’autres villageois sur Pozo, garçon débile qui a assisté à son accident.

  Le corps de Pozo  a été enterré en secret,  et le village -complice -fait silence depuis neuf ans. Pilar, sa mère, est vieille, presque aveugle, et a perdu  la raison;  son mari , lui, est mort avant le meurtre de Pozo, mais il  parle parfois avec sa femme: elle est seule avec son  petit-fils Juan,  à être capable de le voir. Quant à Miguel et Maria, leurs enfants, Fernando, leur oncle, et  le petit Juan, fils de Miguel et de Mercedes, né après le meurtre de Pozo, ils répètent une cérémonie avec quelques paysans . Les scènes du passé et du présent alternent. Le village vit écrasé sous une chape de plomb,  et l’existence de ceux qui sont restés s’est transformée en cauchemar.

   Maria, provocante, croqueuse de la vie et des hommes,  est , elle, partie après le drame. et revient, neuf  ans après, comme un élément perturbateur des consciences  et,  bouleversant  le consensus silencieux, et remue le passé. « Tous ceux qui vivent dans ce village ne savent pas se regarder en face, ici on ne respire pas », dit Miguel. Rongé par la culpabilité : « Je vais dire ce qui s’est passé pour que la pluie revienne », il va se livrer à la police. Le texte de Jose Ramon Fernandez, radical, est un défi pour un  metteur en scène. La matière théâtrale combine en effet narration et  dialogues, et les répliques ne sont pas attribuées à tel ou tel personnage, ni distinguées des didascalies; il n’y a pas non  non plus de différence entre la parole  et la pensée.

  Javier Yagüe relève ce défi qui appelle à l’invention d’une écriture scénique originale, mais il ne fait malheureusement pas preuve d’imagination. Il inscrit sa mise en scène dans un décor unique : côté jardin un petit monticule avec un olivier, côté cour une porte qui,   en s’ouvrant devient une cuisine, une salle de séjour et un passage. Les trois côtés du plateau sont entourés d’une palissade. Au fond , une fenêtre donnant sur une chambre, e dont la porte et un grand vantail coulissant ouvrent  sur un espace où se jouent certaines scènes.tierra.jpg Le sol est couvert d’une couche de terre. et seuls les éclairages marquent le passage d’une période à une autre. Les costumes  sont contemporains  pour les gens de la campagne ;les membres de la confrérie., eux, sont en froc .

  Le metteur en scène, dit-il,  a opté pour un réalisme fantastique. De fait, le décor est surchargé de détails et d’objets et  le jeu reproduit les activités, et les gestes quotidiens, parfois avec une certaine complaisance, par exemple dans les scènes d’apprentissage du toreo ou du meurtre de Pozo et dans la scène finale, la pluie qui tombe abondamment.  Mais il y a juste quelques  traces de ce qui aurait pu être onirique et fantastique… Si les scènes s’enchaînent avec fluidité , la mise en scène manque de souffle,  de tension, bref d’émotion. Repliée sur le thème de l’impunité, elle ne décolle pas du premier degré et verrouille d’autres lectures possibles.

Irène Sadowska Guillon

La Terre
de Jose Ramon Fernandez, mise en scène Javier Yagüe au Centre Dramatique National de Madrid, Théâtre Valle Inclan, jusqu’au 27 décembre.

La Terre est traduite en français, à paraître en 2010 aux Éditions de l’Amandier.

Le roi Lear 4/87 d’après Skakespeare, mise en scène d’Antoine Caubet.

Roi Lear 4/87 d’après Shakespeare mise en scène Antoine Caubet

  lear.jpgLe principe de la démarche d’Antoine Caubet s’affiche d’emblée dans le titre de son spectacle : 4 acteurs jouent en 87 minutes le Roi Lear de Shakespeare. Un parti pris radical de ramener Le Roi Lear à l’essentiel, aux faits et à leurs conséquences. Pas de linéarité dans son approche de l’œuvre ni de lecture articulée de tel ou tel thème, mais une série de situations. Antoine Caubet ne cherche pas  à  montrer  les personnages ni leurs  relations, leur évolution apparaissant avec clarté au gré des événements.
Antoine Caubet porte sur la pièce un regard synthétique en traversant ses strates sans les déplier. La mise en scène est d’une totale simplicité, dépouillée, sans effets de représentation. La pièce se joue dans un espace  quadrifrontal, sans décor, sans costumes:  pas d’accessoires, pas d’effets lumières , pas de musique, pas , ni de son enregistré. Rien que le texte et les acteurs : Antoine Caubet, Cécile Cholet, Christine Guenon, Olivier Horeau, qui tous incarnent chaque personnage. Lear joué d’abord par Antoine Caubet qui reprendra le rôle à la fin, sera aussi  incarné  par  ses camarades.

  Ce glissement d’un rôle à l’autre relève d’une logique interne de la mise en scène  qui structure les évolutions et  les rapports entre les personnages. Dans la scène de l’abdication de Lear et de la répartition du royaume, les trois sœurs sont jouées par la même actrice, de même pour Edgar et Edmond. Mais, quand Regane et Gonerille deviennent rivales, elles sont interprétées par deux actrices.
Le changement de personnage est parfois indiqué par un détail. L’acteur qui reprend le rôle de Gloucester aveugle se met un bandeau sur les yeux ou s’ébouriffe les cheveux pour jouer le fou. De sorte qu’on suit  très bien les incarnations successives des personnages et le déroulement de l’action.
Le jeu d’une grande économie et d’une précision remarquable, rappelant l’esthétique japonaise, à l’opposé de la démonstration, indique par un geste, un signe et crée l’image, sans représenter. Ainsi,  en montrant à Gloucester la lettre d’Edgar, Edmond lui tend simplement sa main, comme si c’était une feuille de papier. Edmond fait juste avec ses doigts le geste d’être touché au cours d’un duel. La mort de Lear et de Cordelia n’est pas représentée mais simplement suggérée. La violence et l’horreur, jamais directement montrées, sont d’autant plus oppressantes.
roilear.jpg  Le public, inclus dans la représentation, est à la fois partenaire et complice de ce qui se passe:l es répliques de France et de Bourgogne sont dites par deux spectateurs auxquels les acteurs tendent le texte. 

  Et,  à certains moments les acteurs viennent s’asseoir dans le public, sollicitant ou commentant les réactions des spectateurs, leur adressant de brefs apartés.
La magnifique traduction de Jean-Michel Déprats ne cherche pas à mettre au goût du jour le texte de Shakespeare mais restitue sa fulgurance poétique et la force des images.
C’est  sur cette puissance poétique du texte, sur sa capacité à susciter l’imaginaire et la sensibilité du spectateur, que s’appuie la dramaturgie, d’une extrême cohérence, d’Antoine Caubet qui, avec une rare maîtrise, dégage les parcours des personnages.
Chacun des personnages construit lui-même le piège dans lequel il va tomber. Tous vivent dans une bulle, dans un monde illusoire, qui explose et dont ils découvrent la vanité en se découvrant eux-mêmes dans la souffrance et dans l’échec.
Sans tentation d’actualiser la pièce, de la réduire à une prétendue modernité, Antoine Caubet  nous met en jeu et nous implique dans le théâtre du monde qui est le nôtre. Un spectacle à ne pas manquer.

Irène Sadowska Guillon

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Petit commentaire

Ce que l’on disait dans le petit milieu parisien  du théâtre parisien à propos de ce spectacle nous a donné envie, après avoir lu l’article d’Irène, avec une mienne consœur d’ aller voir de plus près ce ovni théâtral. . Un petit espace carré, avec quatre rangées de bancs peint en noir  disposées en carré; au centre,  la piste de jeu. Quatre acteurs: deux femmes et deux hommes sont là pour nous accueillir et nous expliquer le règles du jeu à la fois ludiques et contraignantes, puisque l’on  va avoir affaire à un spectacle minimaliste, du genre de ceux que Vitez proposait à ses élèves….mais  en exercice.
Pour une fois, la moyenne d’âge du public était assez faible- tant mieux!  et  les parents n’étaient pas là ( qu’importe)  et il y avait ce soir-là, des jeunes  de quinze à vingt ans qui écoutaient l’adaptation du texte bien traduit par  J.M. Desprats, dans  un silence respectueux, ce qui n’est pas si fréquent. Les quatre comédiens font un travail exigeant et  difficile pour eux, puisqu’ils passent sans cesse d’un personnage à l’autre  sans changer de costumes – sans doute avec une énergie et une intelligence des situations des plus remarquables.
Le corps en jeu devient ici primordial, puiqu’il n’y aucun signe évoquant le sexe du personnage représenté, la filiation ou le pouvoir de l’un ou del’autre. Au début, tout va  bien on mettre facilement dans ce jeu mental où la devinette a toute sa place. Et ensuite, vers la cinquantième minute, devant le bombardement d ‘informations dont Antoine Caubet nous submerge, on perd un peu le fil, et de l’action et des personnages.Ce jeu brillant auquel sont associés quelques spectateurs qui lisent certaines et courtes répliques, et même si le public est à peu près  attentif,  se met à ne pas rembourser la monnaie de la pièce.Reste quelques acteurs très solides, virtuoses,  en particulier,  Christine Guenon et Olivier Horeau qui ont une présence magnifique . Mais le spectacle , tel qui nous est présenté aujourd’hui semble être – non pas un brouillon- mais le premier étage d’une fusée dont n’a pas encore construit le deuxième étage qui,  seul, lui permettrait de d’envoler. Pour le moment, malgré quelques  didascalies prononcées – vieux truc qui commence à perdre ses boulons en route- le spectacle a du mal à s’envoler et surtout à être véritablement convaincant; il  s’apparente à un exercice brillant offert à des lycéens travaillant  sur Le Roi Lear.

 A voir? C’est selon votre envie de traîner votre  corps un peu réfrigéré jusqu’au Théâtre de l’Aquarium. Le spectacle, tel que nous l’avons pu voir, reste encore un brillant exercice abordable par des lycéens,  voire kagneux qui ont déjà pas mal bossé sur le texte AVEC LEUR PROF…. Pour les autres éventuels spectateurs, il y faut de sérieuses motivations.  Du Vignal , vous avez insinué le mot déception? Oui, je confirme: nous avons été déçus. Moralité: le théâtre dit pauvre , qui coûte souvent cher, n’est pas gagnant à tous les coups… Sinon il y a belle lurette que cela se saurait….

 Philippe du Vignal

 Théâtre de l’Aquarium Cartoucherie de Vincennes, jusqu’ au 27 décembre 2009           01 43 74 99 61

Gustave Parking

GUSTAVE PARKING  MALS de Sochauxgus07.jpg

Il y a bien longtemps que je n’avais vu Gustave Parking, clown décoiffant pas toujours raffiné, mais grand équilibriste du verbe, qui depuis ses débuts à la Ligue d’Improvisation Française et au Théâtre de Trévise à la fin des années 70, déchaînait déjà l’hilarité.
Pour rien perdre des grandes traditions, son spectacle s’ouvre sur l’envol de 36 stagiaires dans la salle bourrée de 1200 places qui proposent des objets en solde aux spectateurs, puis s’affrontent dans un match d’insultes avec des gifles en ligne, un peu long. Et puis l’énergumène fait irruption avec une cape et une poubelle sur la tête, il régale le public d’un torrent de jeux de mots incessant, j’ai du mal à m’accrocher car les subtilités m’échappent. Mais mon attention reste intacte et j’en saisis parfois comme « avant le bruit des bottes, il y a le silence des pantoufles ». Et puis, je me laisse emporter comme le reste de la salle par l’énergie fabuleuse de cet homme généreux qui captive des plus petits au plus grand, qui ose la vulgarité, avec une tête de poète.

Edith Rappoport

 


S’enfoncer dans l’eau

S’enfoncer dans l’eau d’Helena Tornero, mise en scène Gonzala Martin Scherman, compagnie Factoria Teatro.

   sumergirse4laelipa.jpgCuarta Pared, une des plus importantes salles alternatives à Madrid dédiée  aux  écritures contemporaines, accueille la création de  S’enfoncer dans l’eau (Submergise en el agua) d’Helena Tornero dont nous avions vu à Paris au Théâtre de l’Atalante en octobre dernier La musique et les hommes, créée par le Teatro Tantarantana de Barcelone.
Helena Tornero (36 ans),  romancière, et scénariste, une des figures de la jeune génération d’auteurs de théâtre catalan, a également traduit des pièces de Xavier Durringer, Fabrice Melquiot, Sylvain Levey. Observatrice attentive de l’évolution de la société actuelle, Helena Tornero, nous parle dans S’enfoncer dans l’eau, de l’intolérance, du rejet social de l’autre,  quand il est  différent. La pièce a pour thème un conflit  entre  deux adolescents, Tomas, un manipulateur, et Ivan, gros ,  complexé et vulnérable, qui trouvent une victime idéale en  Josué, un jeune Arabe, pour passer leurs frustrations mais  le jeu  va rapidement tourner au  meurtre.

  C’est la société actuelle : famille, école, assistance psychologique pour la jeunesse, police, qui est ici  questionnée. Une vision synthétique des divers aspects du malaise social:  intolérance collective, exclusion de l’autre, difficulté de s’accepter soi-même, violence dans  les comportements individuels et les relations parents-enfants, liens d’amour, d’amitié, de loyauté dangereuse, lâchetés, culpabilité, complicité. ..

  Helena Tornero brosse ce tableau à la manière d’un thriller, dans un langage quasi cinématographique, condensé en brèves séquences où les faits, les situations et  les différents plans spatio-temporels   s’imbriquent pour  former une sorte de puzzle. Gonzala Martin Scherman traduit dans sa mise en scène, avec une maîtrise absolue , la complexité de la relation  amicale mais malsaine entre Tomas et Ivan. Ivan,  macho en germe, raciste, qui aime Sara, est convaincu qu’elle l’aime, et subit l’influence malfaisante de Tomas. Ses difficultés à l’école et le conflit  avec son père, policier, s’aggravant,  fait appel à une psychologue.  Quand Tomas découvre que Sara sort avec Josué, un jeune Arabe, Ivan, manipulé par Tomas va, avec quelques copains , le tabasser  à la piscine et finira par le tuer.

  Un  silence collectif complice recouvre le meurtre : « Il ne s’est rien passé, personne n’a rien vu ». Sous le poids de la culpabilité,  Ivan va se dénoncer à son père policier. Et  c’est en affrontant ce crime que le fils et le père se réconcilient. sumergirse3laelipa.jpgUn plateau nu avec juste des chaises des deux côtés, parfois déplacées par les acteurs. Au fond, une toile peinte où sont projetées des images. Le prologue, dit par un acteur à l’avant-scène, évoque le  mythe de la création du monde où un vieux dieu aurait été tué par les hommes, jeté au fond de l’abîme où il demeure comme un esprit plongé dans l’eau.

  Les séquences, dont les titres sont annoncés par un personnage, s’enchaînent rapidement avec fluidité. Il y a quelques moments chorégraphiés et chantés. Six acteurs jouent plusieurs personnages et forment aussi un chœur, image de la  collectivité.  La dramaturgie est bien maîtrisée malgré quelques faiblesses :  jeu  parfois inégal et rythme, un peu vacillant  et tension dramatique inégale. Quant à la musique , trop  insistante, elle  étouffe parfois le texte.  (A en juger d’après plusieurs spectacles à Madrid, la tendance générale est à « doubler » sur le plateau le texte par une musique de façon quasi ininterrompue!). En revanche,  les projections,  dont on ne peut plus se passer sur les scènes françaises, sont plus rares et mieux  utilisées sur les scènes espagnoles.

 

Irène Sadowska Guillon

 

 Théâtre Cuarta Pared, Madrid  jusqu’ au 13 décembre 2009 .Le texte de la pièce S »enfoncer dans l’eau » est traduit en français.

 

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LE DERNIER CRI

LE DERNIER CRI  Textes de Louis Calaferte, Olivier Couder, Patrick Dubost, Don Duyns, Matei Visniec, mise en scène Olivier Couder, Théâtre du Cristal

    J’avais déjà vu au Théâtre Silvia Monfort le 9 juillet 2008, ce spectacle raffiné de cette étonnante compagnie menée avec flamme par Olivier Couder avec des personnes en situation de handicap,depuis 1989 dont j’ai vu presque tous les spectacles depuis 1991. Dans ce chaleureux et modeste Grand Parquet, la compagnie est attablée autour du bar avant l’arrivée du public, les acteurs se présentent simplement, heureux de voir les spectateurs arriver. La salle est bourrée, il y a plusieurs groupes de jeunes gens eux-mêmes handicapés, le spectacle se déroule dans une belle tension. Il a été resserré, plus percutant, toujours très soigné plastiquement, comme tous les spectacles de la compagnie. Paradoxalement, la première partie inspirée de Magritte (dont je viens de visiter le beau musée à Bruxelles) m’a paru transformée, alors que c’est la seconde une revue musicale dans un cabaret qui a été revue. J’avais gardé le souvenir de l’enfant mort dans un landau cercueil  qui réapparaît .
En voyant plusieurs fois le même spectacle, j’ai toujours l’impression que tout a été transformé, mais ma mémoire me joue des tours. En tous cas les 13 comédiens peuvent rivaliser avec les professionnels de la profession !ette image  réapparaît . La mémoire des spectacles joue parfois des tours…En tous cas les treize comédiens peuvent rivaliser avec les professionnels !

Edith Rappoport

 

Le Grand Parquet

La petite Catherine de Heilbronn

La petite Catherine de Heilbronn de Kleist, mise en scène d’André Engel.

catherine.jpgDe Kleist qui fut à peu près méconnu durant sa courte vie (1777-1811), on connaît souvent davantage son Essai sur le théâtre de marionnettes, tout à fait prohétique prophétique, et bien sûr,  Le Prince de Hombourg, révélé par Vilar au grand public il y a déjà plus de cinquante ans avec Gérard Philipe ( voir article récent d’Irène Sadowska dans le théâtre du Blog, et qu’avait  superbement monté Peter Stein, puis Large et Langhoff en 84,  puis plus récemment La Marquise d’O, en 2006  mise  en scène par Lucas Hemleb. La Petite Catherine de Heilbronn l’avait été autrefois par Eric Rohmer puis l’an passé déjà par André Engel dans cette même mise en scène au Théâtre de l’Odéon. 

  La pièce n’est pas du genre facile, puisqu’elle tient à la fois d’une sorte de conte fantastique et du récit fabuleux , écrite par un jeune écrivain, méprisé par Goethe, et qui ne fut reconnu qu’à la fin du XIX ème siècel  obsédé par le jugement de Dieu et par l’intervention possible d’une puissance absolue dans les affaires des pauvres humains. C’est, pour faire vite, l’histoire de Catherine, une jeune  orpheline, fille d’un pauvre armurier qui va tout quitter , sans aucune explication plausible,pour suivre sur les routes le Comte Wetter von Strahl. Son père, le vieux Théobald va alors demander à un tribunal religieux  de juger le Comte qu’il soupçonne de sorcellerie. Celui-ci déclare qu’il n’avait jamais vu le visage de Catherine, sauf par hasard en présence de son père. Mais alors pourquoi Catherine, comme doudroyée, s’est elle jetée aux pieds du Comte? Pourquoi a-t-elle sauté par la fenêtre. Comme si le Comte et Catherine s’étaient connus dans un ailleurs spatial et temporel. Comme deux êtres qui devaient un jour se retrouver , après avoir subi leur lot d’épreuves. Ce qui arrivera, puisque le Comte doit se marier à un personnage inquiétant: la très belle et  très mauvaise Cunégonde. Catherine est-elle ne fait une jeune fille possédée par le démon et la folie, ou incarne-t-elle l’innocence absolue? Catherine ne pourra confier ses secrets au Comte qu’au moment  où elle se s’endormira. Le château du Comte  sera incendié mais Catherine aura quand même réussi sur l’ordre de la méchante Cunégonde à aller chercher des documents secrets dans sa chambre… L’ordre réapparaîtra après cette série d’épreuves infligées aux jeunes gens; en effet Catherine se révèlera être la fille de l’Empereur  qui accordera sa main, avec son père adoptif au jeune comte.

   Oui, mais voilà, que fait-on avec ce genre de pièce qui pourrait vite mal …tourner . Ici, nous sommes, à condition de bien vouloir se laisser entraîner un tout petit peu dans cet univers fantastique, dans la beauté absolue. Les Dieux savent qu’en général, la scénographie dans le théâtre contemporain est essentielle. Et le travail d’Engel et celui de son vieux complice Nicky Rieti sont indissociables. Rieti a conçu, pour cette Petite  Catherine de Heilbronn des éléments d’architecture de palais qui, au gré des scènes ,tournent en silence sur eux-mêmes pour représenter le dehors ou l’intérieur: Comme dans un livre pour enfants: absolument sublime de précision mais aussid’intelligence et de beauté plastique, sans aucune erreur de proportions ni de couleurs. Une vraie leçon pour les futurs scénographes, et ce qui n’aurait eu aucun sens sur une scène à l’italienne, devient ici  évident, simple et magistralement efficace. Rieti, depuis quelque vingt ans, qu’il collabore en parfaire osmose avec Engel, nous a prouvé sa maîtrise d’une dramaturgie et d’un lieu  parfois complexe ( entre autres exemples, le sublime décor qu’il avait conçu, à Strasbourg, pour  Kafka, Hôtel moderne) mais là, Et comme la mise en scène et la direction d’acteurs d’André Engel sont des plus remarquables (Jérôme Kircher et Julie-Parmentier en tête d’une distribution de  haut niveau où rien, absolument rien n’est laissé au hasard) , on se laisse vite prendre au jeu de cette légende, même si cela dure plus de deux heures. C’est un travail qui est d’une telle précision, d’une telle rigueur – et ce n’est pas un paradoxe mais c’est  au contraire tout à fait logique- qu’il ouvre les portes au rêve éveillé, même si parfois le récit est quelque peu obscur, comme il convient  à ce type  de spectacle légendaire au meilleur sens du terme. Si vous n’aviez pas eu l’occasion d’y aller l’an passé, trouvez-vous une soirée, et emmenez-y  même de jeunes adolescents, cela vaut vraiment le coup.

Théâtre de l’Odéon- Ateliers Berthier jusqu’au 27 décembre.

L’affaire Danton

L’Affaire Danton, texte et mise en scène de Jan Klata,  Théâtre Polski de Wroclaw.

Après Transfer au Festival Sens interdits du théâtre des Célestins de Lyon, c’est la deuxième pièce que l’on peut voir en France de ce jeune et dynamique metteur en scène polonais qui a déjà monté une dizaine de spectacles joués surtout hors de la Pologne où il dispose de vrais moyens.
L’Affaire Danton parle des révolutions,  en particulier de celle de 1789  avec les personnages qui ont mis en route la Terreur ( Marat-on le voit au début dans sa baignoire où il se plonge tout habillé, sur qui la République se précipite – mais  n’en meurt pas-, Danton, Camille  et Lucile Desmoulins,  , Robespierre, Fouquier, soit  une quinzaine de conventionnels). Mais  Klata évoque aussi les révolutions perverties et récupérées par les perversions capitalistes, en Pologne et ailleurs. L’action qui suit de près la chronologie historique est campée dans un immense bidonville,  à l’image des transformations capitalistes  qui détruisent les structures sociales. Parfois le noir se fait, les structures s’illuminent et on peut y voir les lumières de Manhattan.
Jan Klata a voulu suggérer les  constructions qui se sont répandues dans les villes polonaises après 1989, avec des marchés où l’on peut acheter n’importe quoi, des DVD aux culottes…Une formidable équipe de quinze acteurs met une belle énergie au service de personnages plus vrais que nature,  et l’on peut s’amuser à repérer les personnages avec leurs prénoms ( c’est parfois un peu difficile au début) ; un merveilleux Robespierre, un fascinant Danton séduisant les foules jusqu’au bord de l’échafaud, aet un ttendrissant Camille Desmoulins avec sa Lucile… Les costumes, perruques avec quelques éléments du XVIIIe, se font contemporains à la fin . Les ruptures musicales rock rugissant parlent de la révolution. Un beau spectacle ,  à l’image de l’ homme simple et chaleureux qu’est Jan Klata…

Edith Rappoport

 Maison de la Culture de Créteil le 2 décembre

 


Vie et destin

Vie et destin d’après Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

   vieetdestin.jpgDans la série « adaptation des romans fleuves pour la scène », Lev Dodine persiste et signe avec Vie et Destin de Vassili Grossman. cette adaptation est plus réussie que celle de Frères et soeurs ou des Démons. Et la durée du spectacle : trois heures trente au lieu des sept et neuf heures pour les précédents, y est certainement pour beaucoup. L’intrigue resserrée , va à l’essentiel. Cette fois, le spectacle ne cherchpas à reproduire le roman en adoptant un point de vue extérieur, omniscient, ni à représenter la vie de nombreux personnages avec la même intensité. Elle se concentre sur la famille Strum, les aléas de ses membres et leurs destins tragiques, alors que le pays est en proie à la bataille de Stalingrad, que l’antisémitisme déchaîne les passions, entraîne des atrocités, et que stalinisme et nazisme régentent le monde.
Pour ceux qui n’avaient pas lu la pièce, les identités des différents personnages et les relations entre eux restent un mystère pendant un bon moment, avant de commencer à s’éclaircir. Mais la scénographie, astucieuse et originale, offre des tableaux aux chorégraphies bien orchestrées. La scène, qui représente l’intérieur de l’appartement des Sturm, est traversée, comme un terrain de volley-ball, par un filet en dessous duquel les comédiens peuvent passer en se courbant.
Dans les scènes d’intérieur, la lumière éclaire les meubles, tandis que dans les scènes de camps, elle se focalise sur le filet d’où tombe la neige et sur les soldats alignés comme des prisonniers derrière des barbelés. Les personnages restent sur scène quand ils ne jouent pas, et vaquent à leurs occupations, tout en écoutant attentivement les autres. Ce mélange de jeu et de hors-jeu est très plaisant. Chaque situation concernant chaque spectateur.
A souligner: la beauté du texte qui met en perspective nombre de réflexions tenant à l’identité (qu’est-ce qu’être juif ? russe ? communiste ?), à la condition humaine (qu’est-ce que la fidélité à la patrie ? à la famille ? à soi-même ? peut-on ne pas trahir ?), à l’idéalisme, et dresse des parallèles désabusés entre les systèmes totalitaires. Ainsi, la scène de l’appel des prisonniers au goulag est une copie conforme de celle du camp de concentration allemand, à ceci près que les vêtements ont changé. Elle est constituée des mêmes ordres, des mêmes chants et d’un repas à la cantine.
Une pièce intéressante, donc, pour comprendre une certaine réalité russe.

Barbara Petit

Les 30 novembre et 1er décembre à la MC93 de Bobigny

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VIE ET DESTIN  MC 93 de Bobigny
Basé sur le roman de Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine Maly Drama Théâtre

« Pourquoi la peur est-elle si profondément enfouie dans nos consciences ? Pourquoi ceux que ce système anéantissait continuaient à croire en lui ». Lev Dodine a mis cette phrase en exergue du roman-fleuve polyphonique de Vassili Grossman, qu’il a monté en 1999. Cette œuvre sublime de 1173 pages qui retrace la vie de  deux sœurs et de leurs couples éclatés au lendemain de la bataille de Stalingrad quelques années après les purges de 1937, met en parallèle les répressions dans les camps staliniens et nazis. Grossman, écrivain célèbre engagé dans le combat des communistes verra son roman saisi, Vie et destin ne sera pas publié de son vivant

destinetvie.jpgVie et destin s’ouvre sur un terrain de volley-ball des jeunes gens jouent  au soleil, l’espace s’assombrit et une frêle petite femme en sage robe noire s’avance, elle interprète la mère de Vassili Grossman, enfermée dans le ghetto de Berditchev qui envoie à son fils une bouleversante et ultime lettre d’amour avant de succomber (comme 1 500 000 juifs de l’est) à la shoah par balles. Cette lettre sera délivrée en quatre parties, on voit les vies bouleversées de deux sœurs Lioudmilla qui a quitté Arbatchouk bolchevik pur et dur pour Viktor Strum, grand physicien nucléaire, et Genia qui elle-aussi a quitté Krymov commissaire politique pour Novikov, commandant d’une division blindée. La bataille de Stalingrad va tout bouleverser, les plus fidèles serviteurs de Staline vont se retrouver enfermés dans des camps. Dans le socialisme, la fin justifie les moyens, l’homme devient une marionnette. Certains continuent à s’accrocher à la cause à laquelle ils ont consacré leur vie. Il y a de splendides tableaux de trente déportés à la manœuvre, alignés derrière le filet de volley-ball éclairé par une lumière blanche avec des flocons de neige et de belles montées musicales, pendant des scènes d’amour entre les deux couples. Strum sauvé in extremis des persécutions antisémites par un coup de fil de Staline qui tient à sa bombe atomique, devra se compromettre en signant une lettre dénonçant les « mensonges » de la presse occidentale sur la répression politique en URSS. « Où trouverez-vous des idiots pour croire qu’il a la moindre ressemblance entre l’état socialiste et l’état fasciste ? ». Vie et destin est assurément pour moi, le plus beau spectacle que j’aie vus de Dodine.

Edith Rappoport

 

 

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