S’agite et se pavane d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe

S’agite et se pavane  d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe.

  Ingmar Bergman était né en 18 et est mort l’an dernier, le même jour qu’Antonioni…. Mais on oublie souvent que l’immense scénariste et réalisateur (Le septième Sceau, adapté d’une de ses pièces, Peinture sur bois, Cris et chuchotements, etc.) était aussi auteur dramatique. Il avait commencé par faire du théâtre et très jeune ,avait monté Shakespeare, Strindberg et plus tard, Ibsen, Lorca, Albee… Il avait aussi dirigé de grands théâtres comme ceux d’Helsinki, Malmö et le théâtre Royal de Stockholm.
  Le titre de la pièce est repris de la célèbre réplique de Macbeth: « La vie n’est qu’un ombre errante, une pauvre comédie qui s’agite et se pavane une heure sur scène et qu’ensuite, on n’entend plus, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ». C’est ici l’histoire de l’ingénieur Karl Akerblom, l’oncle de Bergman; le personnage est mythomane ; atteint de délire, il  a dû être hospitalisé dans un établissement psychiatrique. Il va y rencontrer un médecin à bergman.jpgqui il raconte son obsession pour Schubert.
Sa fiancée arrivera à le faire sortir de l’hôpital et à tourner un film qui sera projeté dans la salle municipale de sa ville natale.Mais il y a une coupure de courant et c’est le théâtre qui succèdera au cinéma dans une sorte d’aller et retour ontologique. La pièce oscille sans cesse entre onirisme et réalité, entre  vie quotidienne et quête d’absolu . Comme dans ses films, il y a une présence permanente de la mort qui hantera toute sa vie Bergman.

  La  pièce est étrange et a un certaine difficulté à prendre son envol; malgré ses qualités de scénario, elle s’englue souvent dans le bavardage, et parait bien longue (deux heures). Nous ne connaissons pas le film de Bergman qu’il en avait tiré et qui est difficile à voir.
Roger Planchon, pourtant avec Jacky Berroyer dans le rôle de Karl, s’ était cassé les dents sur cette pièce, il y a quelques années.
Célie Pauthe, avec une mise en scène  et une direction d’acteurs très précises- qu’on avait déjà pu voir dans L’Ignorant et le Fou de Witkiewicz réusssit à créer un univers bergmanien. Comme ses comédiens ( en particulier Marc Berman, Serge Pauthe, Karen Rencurel , Philippe Duclos) sont tout à fait bien, on finit par entrer dans cet onirisme étrange, surtout vers la fin, bien que la salle du nouveau théâtre de Montreuil ait été plutôt vide de spectateurs, ce qui ne rend pas les choses faciles pour les comédiens.

  Quant au Nouveau Théâtre de Montreuil, c’est encore un travail d’architecte en manque d’inspiration qui a voulu innover- et c’est assez redoutable quant à la distribution des espaces, la couleur rouge foncé et les lumières parcimonieuses. Quelle prétention! En particulier, dans  la décoration  du bar,  ou dans celle des lavabos déjà usés après quelques mois de fonctionnement! Cela dépasse même ce que Stark avait réalisé pour l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs; on ne dira jamais assez cette espèce de folie qui s’empare des architectes contemporains, quand ils ont à construire un grand théâtre!
A visiter absolument, si on veut avoir une juste idée de la création de grands espaces…

Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, direction Gilberte Tsaï, jusqu’au 21 novembre et reprise du 11 au 20 décembre.

Le texte de la pièce est édité chez Gallimard.


Archives pour la catégorie critique

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ . ateliers Berthier 15 novembre par Edith Rappoport

 

De William Shakespeare, mise en scène Yann-Joël Collin, compagnie La nuit surprise par le jour

“Berthier n’est plus qu’un vaste bazar. Yann-Joël Collin, dès avant l’été avait annoncé son intention de brouiller la distinction entre scène et salle, espaces réservés au public et zone consacrée à l’aire de jeu”…Le songe d’une nuit d’été est ma pièce préférée de Shakespeare depuis le lycée de Saint Germain en Laye, une dissertation pour Madame Boutang et des souvenirs fulgurants parmi d’autres des mises en scène de Mnouchkine au cirque Médrano dans les peaux de chèvre, de la blancheur immaculée de Peter Brook et ses trapèzes au Théâtre de la Ville et plus récemment celle du Footsbarn sous chapiteau à la Cartoucherie dont j’ai parlé dans ce blog.

C’est une vraie troupe qui a escaladé courageusement ce pic avec l’axe bienfaisant du désordre et des acteurs qui se donnent à fond. On pénètre dans une salle en U, un grand bar sert à boire et à manger, on est filmés qur grand écran dans un vacarme de musique pop. Le duc d’Athènes, Hyppolita et Egée sont à la régie, Hermia, Lysandre, Démétrius et Héléna sont convoqués avant de s’enfuir dans leur nuit haletante. Puck est un magicien d’opérette, on transforme la salle pour le dernier acte en rajoutant des bancs et on convoque un spectateur pour tenir de rôle de la lune dans Pyrame et Thisbée joué par les artisans. Malgré toutes les imperfections, ce spectacle encore en devenir m’a ravie.

 

Edith Rappoport

Le Songe d’une nuit d’été

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène de Yann-Joël Collin, traduction et adaptation de Pascal Collin

Imaginez, pour ceux d’entre vous qui ne la connaissent pas, une grande salle- autrefois réserve à décors de l’Opéra-Comique-toute en béton, aménagée avec un gradin frontal muni d’un bar en haut et d’un autre en bas, et deux gradins latéraux pour le public. Au centre, quelques praticables  simples et un rideau. Il y aussi un petit orchestre rock, des guirlandes de lumière un peu partout, une caméra-vidéo retransmettant le visage des spectateurs qui entrent et, plus tard celui des comédiens qui jouent un peu partout dans la salle. Déjà souvent vu mais bon…

On demande à quelques spectateurs de venir se mêler aux acteurs : on n’est pas du tout, on l’aura compris dès les premières minutes, dans l’illusion mais plutôt dans une sorte de lecture personnelle de la pièce par Yann-Joël Collin. Les acteurs, en vêtements de ville tout à fait banals et assez laids, munis la plupart du temps de micros HF, hurlent, courent, montent sur les praticables, éclairés par une poursuite-lumière, en redescendent pour aller jouer dans les rangs du public, et chantent parfois des passages du texte.

Tout ce bric-à-brac scénique, finalement assez racoleur, inspiré du cirque et du music-hall, trop utilisé ces dernières années, a pris un sacré coup de vieux et est surtout dénué de la moindre efficacité. « La théâtralité suraffirmée, dit Yann Joël Collin, par cet improbable mélange, permet de débarrasser la scène de toute inscription réelle ou mythique qui daterait la fiction ou soumettrait la scène à l’histoire, la philosophie ou la littérature » (…) « L’aveu que l’histoire et ses personnages sont un décorum fixe l’attention sur l’essentiel: la situation rendue à son essence et à son exemplarité ». On veut bien! Mais heureusement, le spectacle échappe en partie à ce galimatias pseudo-théorique, et il y a de très belles images, malgré de sérieux problèmes de rythme. La  version initiale les premiers jours, durait quatre heures sans entracte! Et la deuxième avec entracte, dure toujours quatre heures… Vous êtes donc prévenus! Ce qui ne correspond pas à la durée normale de la pièce mais, comme l’attention du spectateur est constamment sollicitée, cela arrive tant que bien que mal à passer.

Grâce surtout, à quelques acteurs formidables comme Alexandra Scicluna, Cyrille Bothorel ou Eric Louis. Mais le spectacle et Yann Joël Collin le dit honnêtement-est du théâtre expérimental- la pièce ici semble avoir été lavée et essorée à la machine, et il y manque quand même un sacré parfum de rêve et d’érotisme. Comme on a tiré le texte plutôt vers son aspect farcesque, on a surtout l’impression d’une jeune compagnie de comédiens très unis, qui, dans le sillage d’Antoine Vitez leur maître à plusieurs, s’amusent au sortir de l’école, à nous montrer leur savoir-faire, avec, disons, une certaine complaisance…

Mais sans vouloir offenser personne, la bande de joyeux drilles qui a déjà un beau parcours derrière elle, frise maintenant la quarantaine… Et, comme la pièce ne se laisse pas faire, cela ne fonctionne pas tout à fait. Le moment le plus réussi étant sans doute la fameuse scène de Pyrame et Thisbé. Quant au public, il semble partagé: la professeur de collège qui était près de nous, avait le plus grand mal à faire garder le silence à ses adolescents qui ne s’intéressaient guère aux scènes proposées, sauf à celle de Pyrame et Thisbé, sans doute la plus réussie. L’étiquette: théâtre expérimental, dixit le metteur en scène-a bon dos et a été trop galvaudée, et ce n’est pas une bonne bonne carte à jouer, surtout dans une grande salle, comme celle des ateliers Berthier.

Le plus émouvant pour nous-et sans doute pour nous seul l’autre soir- était de voir dans la salle les jeunes comédiens, issus de la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, mise à mort il y a deux ans par les bons soins du Ministère de la Culture et d’Ariel Goldenberg. Ils avaient monté une très belle adaptation de Roméo et Juliette beaucoup jouée dans le Midi, et regardaient leurs aînés sur scène.
Alors à voir? Oui, pour les comédiens et l’esprit de troupe assez rare aujourd’hui; non, pour l’adaptation, la mise en scène et la durée excessive du spectacle; s’il était resserré, les choses iraient déjà autrement.. A suivre donc mais Yann Jöel Collin a fait beaucoup mieux, en particulier avec une remarquable mise en scène d’Henry IV du même William Shakespeare.

Philippe du Vignal

Odéon-Ateliers Berthier, rue André Suarès Paris XVIII ème.

Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare mise en scène de Yann Joël Collin – La nuit surprise par le jour. Irène Sadowska Guillon

Ce n’est pas du théâtre de Shakespeare orthodoxe, loin de là. On est dans un Songe d’une nuit d’été revisité par Yann Joël Collin et sa joyeuse bande, épaulés dans cette noble tâche par la traduction adaptation de Pascal Collin, très adéquate au projet. Cette version française de la pièce oscillant entre une langue archaïsante et contemporaine.
A l’entrée de la salle, on nous avertit qu’il s’agit d’une fête et qu’une participation des spectateurs est sollicitée. En effet, cela a l’allure d’une fête, d’un bal du samedi soir ou d’une boîte de nuit.


songe.jpg Les gradins entourent de trois côtés l’aire du jeu. Avant que le spectacle ne commence deux bars- buvettes se font face. Ambiance animée, décontractée, et l’orchestre installé dans les gradins joue,  des spectateurs flânent. Un acteur avec une caméra filme les arrivants dont les images sont projetées simultanément. Dans le public, beaucoup de jeunes, visiblement ravis. Certes, ils s’y peuvent s’y retrouver : cela ressemble à un show télévisé.
Le spectacle commence par un « et maintenant », à la façon d’un animateur d’émissions,  style Michel Drucker.

Cela se passe dans un divertissement télévisé, ou une boîte de nuit : jeu de lumières, micros, images d’acteurs en train de jouer projetées, orchestre rock, et certaines parties du texte sont chantées. Titania et Obéron dansent en disant leur texte, casting des artisans pour jouer l’histoire de Pyrame et Thysbé sur le mode de :«J’appelle Untel », jeu clownesque de Pyrame, espace de jeu éclaté instantanément dans les gradins et dans la salle. Les intrigues de la pièce, avec quelques ajouts et commentaires intercalés, se suivent dans une profusion d’images et d’effets : ombres chinoises, personnage suspendu en l’air par une corde, numéros de music-hall, etc. Avec un jeu débordant d’énergie. Des costumes pour la plupart contemporains. Sur un rythme  très rapide, on va de surprise en surprise. Avec une excellente technique, tout fonctionne à merveille, réglé au quart de poil, comme à la télé.
Pendant quatre heures, on ne s’ennuie pas une seconde, mais que retire-t-on de ce jubilant carnaval?

Irène Sadowska-Guillon

Théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier rue André Suarès, Paris XVIIIème jusqu’au 18 décembre.

LES SIRÈNES DE BAGDAD Théâtre de Vanves

Théâtre de Vanves,de Yasmina Kadra, mise en scène René Chéneaux, compagnie Kick Théâtre

Ces trois voix pour les sirènes de Bagdad, sont celles de Rachid Benbouchta, Farid Bentoumi et Cathrine Le Hénan. Les acteurs se déploient dans un espace bifrontal, sur une piste ocre -les spectateurs doivent se déchausser avant de gagner leur siège-, ils nous content des histoires terribles sur la guerre en Irak, l’assassinat par des marines d’un jeune handicapé blessé que son père emmène au dispensaire, la fuite d’un jeune homme pacifiste parti s’engager après une intrusion humiliante des américains, en pleine nuit dans son foyer familial.. J’ai été simplement saisie

Editn Rappoport

Théâtre de bouche de Gherasim Luca, mise en scène de Claude Merlin par Philippe du Vignal

Gherasim Luca était né à Bucarest en 1913 et a été à l’origine du groupe surréaliste roumain avec de parfaits inconnus comme… Tzara, Brancusi et Brauner, pour ne citer que les plus célèbres.Il s’installera à Paris en 52 où-sans papiers toute sa vie- il vivra pauvrement . Expulsé de son appartement, il se jette dans la Seine en 94. Entre temps, il aura écrit une vingtaine de recueils  poétiques qui ont suscité l’admiration de bien des gens (dont Deleuze et Guattari) qu’il lisait souvent lui-même en public.
Tapez Luca sur Google, vous pourrez même y entendre sa voix; ses textes ont été plusieurs fois adaptés pour la scène mais c’est sans doute la première fois  qu’est montée sa seule pièce de théâtre. Claude Merlin s’y est employé avec beaucoup de bonheur et d’intelligence. Parmi beaucoup de soirées perdues, celle-ci fait figure d’exception. Théâtre de bouche est une suite de tableaux intitulés: Qui suis-je, L’Evidence, La Contre-Créature, Le Meurtre, Les Idées, La Discorde, Les Vaincues et La Durée.
Cela sonne un peu comme des titre de pièces de Couperin… Luca  joue une heure durant, avec la syntaxe de la langue française qu’il connaît et pratique admirablement; il arrive ainsi à créer avec jubilation des jeux de mots  à tiroir qui provoquent de formidables images poétiques. Le début, une sorte de choeur à six ,ne fonctionne pas encore très bien mais la suite est tout à fait remarquable: Claude Merlin a su, avec une mise en scène efficace et quelques accessoires très simples, donner un forme théâtrale de premier ordre à cette cette suite de tableaux.
Comme les jeunes comédiens: Céline Vacher, Jean-Michel Susini, Anne-Lise Main, Bruno Jouhet, Lazare et Francisca Rosel-Garcia sont bien dirigés, ce Théâtre de bouche, encore un peu vert (mais c’était la première), devrait rencontrer un succès mérité. Reste à trouver les  structures  qui voudront bien l’accueillir ,mais on connaît la solidarité du milieu… En tout cas, ce serait vraiment dommage que le public ne puisse savourer la poésie de Gherasim Luca, mise en scène par Claude Merlin.

 

Philippe du Vignal

 

Encore aujourd’hui et demain samedi, à 16 heures au Théâtre Berthelot , 6 rue Marcelin Berthelot à Montreuil, tout près du Métro  Croix de Chavaux.

Côte d’azur, scénographie/ écriture scénique et mise en scène de Denis Chabroullet par Philippe du Vignal.

cotedazur.jpgCôte d’azur, scénographie/écriture scénique et mise en scène de Denis Chabroullet

Dernier opus du Théâtre de la Mezzanine, dans un ancien Jardiland- lieu de travail de cette compagnie-situé dans les champs à Lieusaint (Seine-et-Marne).

Imaginez une aire de jeu, close par une palissade de planches de vingt mètres sur dix environ, avec des sortes de meurtrières rectangulaires d’un mètre 2, munies chacune d’un volet coulissant en bois. Avec aussi , pour se reposer un peu, des banquettes où les quelque cent  spectateurs peuvent s’asseoir et regarder,  quand ils ne déambulent pas dans une galerie tout autour, où une série d’écrans vidéo retransmet des plans moyens ou gros plans de l’action. Vous suivez? Le dispositif est  intelligemment  conçu, et bien réalisé, puisqu’il place chaque spectateur dans une position de voyeur, qu’il marche ou qu’il soit assis, grâce ces meurtrières  masquées parfois par un rideau qui descend, le laissant frustré et l’obligeant à aller plus loin.

Dans l’espace scénique, un bar délabré des années cinquante aux vitres cassées, avec un billard électrique, et une pendule en noir et blanc, des sièges fatigués et un éclairage pâlichon; quant à  l’enseigne lumineuse AZUR, elle est bien fatiguée et l’éclairage de la lettre U ne cesse de sauter. Derrière ce bar, une sorte d’ancien garage, avec un tableau électrique hors d’usage, un vieux poste de radio en bois et, sous une bâche, un véhicule qui se révélera plus tard être un petit char d’assaut d’où sortira un soldat au casque en feu. Il y a aussi sur un des côtés, un monte-charge et sur l’autre, une vieille pompe rouge fané de gaz-oil. Sur l’aire de jeu, autour du bar et de l’ancien garage,  couverte d’une dizaine de centimètres d’eau,  deux anciens fauteuils de coiffeur  en moleskine rouge, une baignoire-sabot en zinc, une vieille moto-bécane, et un lit-cage … Vous suivez toujours?

Dès l’entrée, on reste admiratif devant cette installation plastique, (même si on  a pu voir autrefois  des choses proches au Centre Georges Pompidou) mais qui possède ici une présence dramatique rappelant souvent l’univers du grand Tadeusz Kantor qui avait une passion pour une réhabilitation éphémère, une seconde vie donnée à des reliques, des objets de « bas étage » comme il disait souvent, des caves, greniers, décharges…
La musique de Roselyne Bonnet des Tuves-jouée par Martial Bore à la guitare et par Lionel Seillier à la batterie, et l’univers sonore qu’elle a composé, sont de premier ordre :chansons populaires,  morceaux de textes classiques dont on arrive à capter la seule musique des alexandrins et des mots-symboles: amour, honneur, gloire, temps, vertu, malheur, etc.  et des airs d’opéra,  ou un chant de Noël, joyeux et désuet. Bref, une sorte de bric-à-brac intelligent,  en parfaite  osmose avec cet environnement. Il y a aussi le travail, de très grande qualité, de Jérôme Buet sur les lumières  qui disent bien le blafard et le glauque d’un univers de bofs.

Oui, bon, mais que s’y passe-t-il au juste? A vrai dire, pas grand chose d’intéressant! Les personnages hurlent, s’injurient, picolent de temps à autre, une fille se fait violer, tout le monde se vautre dans l’eau ou s’y fait traîner, une autre fille nue patauge dans la baignoire. Tout cela dans la buée et les fumigènes: bref, l’univers habituel de Denis Chabroullet… Les comédiens, peu ou mal dirigés, s’engagent physiquement mais font souvent un peu n’importe quoi, sur le plan de la voix et du geste, et, du coup, ne sont guère crédibles.

Il y a, dans les images proposées, les apparences de l’efficacité, mais seulement les apparences. Manque ici une dramaturgie avec une véritable unité entre la structure formelle de moyens scéniques assez considérables, et une fable… qui reste à inventer. Il faut avoir l’honnêteté de dire qu’une grande partie du public semble s’en contenter. Désolé, Denis Chabroullet, nous sommes peut-être trop exigeant, mais pour nous, le compte n’y est pas tout à fait…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Mezzanine à la Serre, les lundi, vendredi et samedi jusqu’au 8 décembre; réservation obligatoire: T: 01-60-60-41-30.

Il y a une navette gratuite, Place Denfert-Rochereau à Paris (réservation obligatoire: T: 01-44-64-79-70) pour les samedi 15, lundi 17, samedi 22 et lundi 24 novembre. Si vous y allez en voiture, prenez votre GPS  et/ou une carte, et demandez bien le parcours, quand vous réserverez: ce n’est pas du tout évident à trouver…

 

Nunzio de Spiro Simone et La Busta de Spiro Simone et Francesco Sframeli

Nunzio de Spiro Simone, mise en scène de Carlo Cecchi
La Busta de Spiro Simone et Francesco Sframeli, mise en scène de  Francesco Sframeli (en dialecte sicilien pour la première, et en italien pour la seconde)

labusta.jpg

 Ils sont deux, l’un logeant sans doute l’autre, et compagnons d’infortune, cela se sent très vite. Habitués à vivre ensemble tant bien que mal, et le plus souvent, plus mal que bien. Meubles de cuisine réduits à l’essentiel, vêtements de mauvaise qualité, nourriture approximative et  du dernier moment.

L’un, très humble, travaille dans  une usine qui lui fait profiter de sa pollution, et il tousse sans arrêt, en avalant par tubes entiers, sans trop y croire, des pilules que le patron lui offre généreusement; l’autre, très autoritaire, vit sans aucun doute de trafics douteux. Il revient de voyage et s’apprête à repartir pour le Brésil…  De temps en temps, quelqu’un glisse une enveloppe sous la porte dont la dernière contient un paquet d’argent. Mais on n’en saura pas beaucoup plus!
  Tous les deux enfermés dans un monde clos, victimes désignées d’ un système où l’ordre et le silence règnent, où les femmes ne tiennent pas les leviers de commande: la Sicile ne leur laisse pas d’autre choix. Ils ne disent rien de déterminant mais semblent condamnés à une logorrhée d’autant plus forte qu’elle s’exprime de façon répétitive, et ils ne semblent  guère avoir de passé derrière eux, quant au futur… Au fond, ce qui se dit n’a guère d’importance- on pense souvent à  Cédrats de Sicile, cette nouvelle devenue  pièce remarquable de leur ancêtre Luigi Pirandello: ils mangent et parlent beaucoup de nourriture, comme s’il  s’agissait de donner un peu de consistance au temps, de le consommer avec leur pauvre repas improvisé, parce qu’ils sentent qu’il leur est chichement compté.
 Comme toujours, on est un peu gêné par le surtitrage et on aimerait entrer plus dans leur délire… Le texte ne semble pas toujours convaincant mais comme c’est très bien interprété  par Spiro Simone et Francesco Sframeli, les cinquante minutes du spectacle passent vite.

La Busta ( L’Enveloppe) écrite cette fois en italien,  est encore plus grinçante; un pauvre type muni d’une très grande enveloppe (un souvenir de la performance de Tadeusz Kantor?) arrive dans une grande administration pour rencontrer le Président… qu’il ne rencontrera jamais, bien sûr. Comme dans la première pièce,  tout a lieu dans un huis-clos, une antichambre  grise à la Kafka, où règne en maître un appariteur qui fait penser tout à la fois aux personnages de Beckett, Ionesco et Mrozek. Il tient enfermé dans un réduit un pauvre bougre qu’un cuisinier nourrit de sauce tomate vidée dans une auge à chien.
 Très vite, le pauvre type se retrouvera piégé, déclaré coupable d’on ne sait trop quel crime, simplement parce qu’il en a trop dit ou pas assez, parce qu’il est surtout la victime idéale du système mis en place. L’appariteur s’absente de temps en temps, muni d’un casque et d’une matraque, donner une « leçon de démocratie »: la menace, la corruption, le chantage permanent par voie de lettre anonyme sont bien au rendez-vous d’un système politique et financier qui n’a guère de point commun avec ce que l’on appelle la démocratie…
  La pièce fonctionne sans doute mieux que la première, peut-être plus conventionnelle. Cela n’a rien de vraiment révolutionnaire mais se laisse voir, surtout si on comprend l’italien, et a au moins le mérite d’être court :  cinquante-cinq minutes comme Nunzio

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIII ème jusqu’au 30 novembre.

Electronic City, de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

ecitypjadjedj01.gif Electronic City de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

  Cela se passe entièrement dans des lieux anonymes, sans véritable identité, qu’ils se situent à Tokyo, New York, Rome ou  Amsterdam: halls d’aéroport, chambres d’hôtels internationaux de la chaîne Welcome home, où se croisent, sans vraiment se rencontrer, des hommes d’affaires, un cinéaste , de jeunes femmes intérimaires dans des boutiques.
Comme les lieux, banals aussi sont ces jeunes  hommes e
t femmes qui, le plus souvent, monologuent, jouent constamment avec leur identité et commentent leurs moindres faits et gestes  qui sont relayés par de très belles images vidéos en gros plan, voire de détail, uniques ou multipliées par trois, accompagnées d’une musique de Nihil Bordures qui réussit à  créer un univers générateur d’angoisse et de stress.
Une fois n’est pas coutume, la vidéo, grâce à la mise en scène au scalpel de Cyril Teste, donne au monologue (traduit de l’allemand) d’un des personnages  une dimension conceptuelle très forte, comme au corps vivant des personnages une incarnation esthétique et plastique très forte, obscène au sens étymologique du terme. Ce qui fascine avec juste raison le public, d’autant plus que les comédiens sont tous remarquables, en particulier,  Pascal Réneric et Servane
Ducorps.
Falk Richter réussit à dire tout leur mal-être de gens qui ne savent plus trop où ils en sont de leur esprit comme de leur corps, ballottés au gré des vols internationaux , rivés à leur portable, perturbés par les incidences que pourrait avoir le  moindre retard. Mais dans cet univers aseptisé où les sentiments semblent avoir presque disparu, il y a parfois un petit miracle, nous dit Richter à la fin de sa pièce: Tom et Joy , d’abord murés dans leur solitude,finiront par  être attirés l’un vers l’autre et vivre une histoire d’amour.
Ce que dit Richter n’est pas bien neuf  (JacquesTati dans un autre style, Jean-Luc Godard, etc..) et ses dialogues sont souvent bien minces. Il devient vite évident que cette révélation réaliste du vivant le plus banal ne pourrait pas fonctionner scéniquement sans ces images , et il faut rendre hommage à la scénographe Elisa Bories, au créateur des lumières( ah! les jeux de toute beauté sur le noir et le blanc! ), à Julien Boisard le scénographe,  comme au chef opérateur Michel Lorenzi  qui a mis en place  un réseau de caméras qui donnent au spectacle toute sa dimension.
Cet Electronic City participe finalement autant des arts plastiques, par le champ visuel  et temporel (75 minutes) que Cyril Teste  réussit à imposer, que du théâtre traditionnel.Le travail de ce jeune metteur en scène qui n’en est pas à son coup d’essai, frappe par son unité, et est  aussi beau et intelligent que  celui des meilleurs spectacles de Bob Wilson, quand il ne s’était pas encore auto-académisé. Christophe Rauck , le nouveau directeur de Saint-Denis a bien eu raison de l’inviter.

Philippe du Vignal
Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 2 novembre.

 

corpus eroticus, une proposition de Virginie Deville

sang.jpg

  Corpus eroticus est composé de deux volets: l’Opus 1 que nous n’avions pu voir mais qu’Edith Rappoport, elle a vu, ( voir son compte-rendu dans ce même blog et l’Opus de 2. Il s’agit dans les deux Opus de trois dispositifs scéniques carrés de 16 m2 qui accueille chacun une sorte de monologue/confidence de 25 minutes, pour 12 spectateurs: soit:  Aficionada de Christian Siméon, Libérez-moi de José Pliya et Par exemple de Nathalie Fillion. Comme pour les trois premiers textes, il s’agit d’une commande faite à ces auteurs par  Virginie Deville ,aidée par la SACD/ Fondation Beaumarchais, la Maison des Métallos, la ferme du Buisson, j’en passe et des meilleurs… Les spectateurs reçoivent  des mains d’une hôtesse court-vêtue d’une robe en bande de plastique rouge et perruque rousse un ticket d’alcôve dont les photos indiquent le parcours à suivre; les comédiens disant donc leur texte trois fois de suite pour chacun des groupes. Rendons d’abord à César c’est à dire à Jacques Livchine, cette idée scénographique qu’il avait utilisée autrefois pour son spectacle culte Mozart au chocolat.
  Le monologue d’ Aficionada, est interprété par Virginie Deville qui a assuré avec beaucoup de maîtrise: il s’agit d’une femme allongée sur une arène de sable fin et reliée, du moins au début, à deux goutte-à-goutte de sang ( qui n’en est pas vraiment, rassurez-vous) qui s’écoulent  dans une rigole à l’extérieur du cercle( âmes trop sensibles aux perfusions au sang, s’abstenir). Mais, hier soir, les longs tuyaux de plastique devaient être bouchés, et cela ne fonctionnait pas, dommage…
 Elle nous raconte  son désir amoureux, profond ,exclusif pour un torero  mais une vingtaine de minutes plus tard le taureau tuera son amant ou son amant supposé, on ne sait trop, sans, dit-elle , qu’elle ait rien fait pour l’empêcher de toréer ce jour-là; la jeune femme donne des pinceaux aux spectateurs pour qu’ils inscrivent des marques rouges sur  son corps.Le texte n’est pas toujours convaincant mais Virginie Deville est si proche des douze spectateurs qu’elle finit, avec beaucoup de savoir-faire, et d’intelligence,  par les emmener dans son délire. Cela tient presque autant de la performance que du simple monologue dramatique; en tout cas, il règne un curieux mélange de gêne et de sympathie entre les douze spectateurs, qui commencent à prendre conscience qu’ils vont devoir devoir passer trois fois 25 minutes ensemble dans un espace confiné.
  Le second monologue Libérez-moi de José Pliya est une sorte de confession d’un homme qui a été statufié nu avec un sexe démesuré dans le jardin d’un musée. Gravier par terre, chaises de jardin, murs tapissés de gazon en plastique et de grosses marguerites. L’homme- remarquable Pascal Renault- disserte sur les rapports homo et hétérosexuels, interpelle les spectateurs avec beaucoup d’humour et une pincée de cynisme sur les rapports entre les deux sexes. Pascal Renault aurait mérité une meilleure statue qui est franchement ratée, d’autant plus qu’elle est très bien éclairée par une douzaine de spots au sol. Mais bon…
  Quelques secondes d’attente dans le hall, pas plus- c’est impitoyablement synchronisé par Virginie Deville- et l’on pénètre ensuite dans  l’alcôve du peep-show de Par exemple: un carré toujours de  16 m2 avec douze petits compartiments sur trois des côtés, éclairés au début par une ampoule rouge. Chaque spectateur, seul dans sa case,  est assis sur une chaise haute en fer, devant un miroir sans tain mais ses jambes  sont à découvert et à portée de main de la comédienne qui, parfois, les caresse du bout du pied… Une jeune femme en guépière,  slip rouge et bas noir( un seul) nous raconte ses fantasmes de femme mariée avec enfants, qui passe du quotidien le plus banal: les courses,le menu des enfants aux jeux plus torrides et à ses fantasmes les plus personnels. Dans une sorte de quête érotique sans cesse renouvelée, où elle se caresse lentement mais sûrement, très proche, voire collée aux miroirs sans tain. Sophie Torresi ne peut voir  du public que les jambes mais elle arrive à installer une belle complicité, en jouant sur une présence physique et mentale sans défaut. Un vrai et beau travail d’actrice .
  Ce Corpus Eroticus se joue encore jusqu’au 8 novembre à la Maison des Métallos (11 ème);  ce serait dommage de le rater, si vous avez un moment, après une visite/ chrysanthèmes  chez vos morts préférés; c’est, en tout cas, un bel hommage à la vie érotique et à la vie tout court. Quant à nos amis provinciaux, il faudra qu’ils patientent… Le spectacle n’a que quatre comédiens mais il faut une semi-remorque pour transporter les alcôves. Producteurs intéressés, soyez les bienvenus…

Philippe du Vignal
                                                                           

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