Avant hier après demain


Avant hier après demain (nouvelles du futur) de Gianina Carbunariu, mise en scène de Christian Benedettiavanthier.jpg

«   Ce n’est pas une pièce, dit Christian Benedetti, c’est un essai. c’est un matériau brut et sophistiqué » . On ne peut pas dire qu’un n’aura pas été prévenu; le spectacle commence  avec une sorte de performance où trois hommes et trois femmes parlent tous en même temps;  à nous , d’essayer de capter, comme dans une foule anonyme, quelques fragments de ces six monologues. C’est plutôt drôle même si cela a déjà beaucoup servi.

Puis une jeune femme, très agressive,  réalise un entretien à la télévision avec un vieux monsieur allemand  en fauteuil roulant  qui a tout connu du vingtième siècle: guerre, exil en Roumanie, puis aux Etats-Unis où il a rencontré une femme qui fumait de l’herbe comme lui; ils se sont mariés, ont eu des enfants mais ont fini par divorcer, et il est reparti pour l’Europe… Le visage du vieux monsieur est flouté et sa voix est déformée pour qu’on ne le reconnaisse pas. La présentatrice est d’une vulgarité absolue, et le vieux monsieur plutôt pitoyable: cette caricature  mise en scène et jouée par Christian Benedetti est assez bien vue.

Mais les choses se gâtent vite… Un comédien  se présente: Vincent Teprnowski qui débite tous les numéros de ses cartes d’identité,passeport, Assedic, banques diverses, pass Navigo, etc…Cela pourrait être drôle mais tombe complètement à plat! Puis il y a, entre autres, une séquence avec deux hommes en équilibre sur une baignoire en équilibre sur une balancelle en inox, qui doivent  tuer un cochon mais l’un égorgera l’autre avec un grand couteau. Il y a aussi des images vidéo avec un visage de femme démultipliée; une autre femme apporte alors  une petite boîte à musique où figure un père Noël qui joue d’un saxo. Et  un personnage cite une belle phrase de Gilles Deleuze et une autre d’Aimé Césaire. On nous parle, puisque nous sommes dans le futur , d’un parc d’attractions reconstituant la guerre entre Israël et les Palestiniens.

Puis un homme arrive avec un électrophone à disque vinyl et modifie la vitesse de la chanson:  pour faire drôle, mais cela ne l’est pas vraiment… De temps à autre, revient cette même litanie:il y a six mois, il y a un an, il y a dix ans, etc… » J’ai eu peur pour quelqu’un » ou autre phrase du même genre. Cela se veut exaspérant: pari tenu, c’est bien exaspérant!  Mais sans grand intérêt, et du genre usé jusqu’à la corde… On nous parle aussi d’êtres humains à louer avec maison de vacances. Il faut bien faire passer le temps!  Et à la fin de cette interminable heure quarante, on apporte un tableau noir où sont affichés des extraits de presse, dont celui d’un fait divers récent: une femme a subi l’ablation d’un sein à cause d’une tumeur sur son autre sein. Et Christian Benedetti annonce fièrement : « On se retrouve tous au bar avec les comédiens ». Peu des vingt-et-un spectateurs n’ont vraiment envie de franchir la porte…

Le spectacle est plutôt bien mis en scène et  bien interprété par des comédiens- en particulier, par Ingrid Jaulin -qui disent un texte où il y a quelques instants intéressants, le tout agrémenté si l’on peut dire, d’improvisations qui auraient plus leur place dans des exercices d’acteur mais qui n’ont rien à faire là. Gianina, dit aussi Christian Benedetti « demande à chacun d’être auteur, d’interroger l’endroit de l’écriture. Comment dire le monde aujourd’hui? Comment affronter les images du passé et la réalité d’un présent impossible pour construire un futur envisageable et acceptable? Chaque soir, nous essayerons  de nous confronter à cette réalité  et à ses effractions mettant en péril et en dialogue notre savoir-faire et notre certitude de théâtre…  Et il ajoute sans  scrupule: « Nous ne ferons peut-être que nous tromper. En espérant changer tous les jours, notre façon de nous tromper ». 

 Quel cynisme! Tous aux abris! Le théâtre de laboratoire devient de plus en plus un bon alibi; certes, tout le monde a le droit de se tromper mais il y a des limites au manque de clairvoyance. Christian Benedetti ferait sans doute bien de réfléchir à la façon dont il pourrait « mettre en péril et en dialogue son savoir-faire et sa certitude de théâtre » …mais tout  seul avec ses six comédiens, et  avec quelques amis .Et de préférence sans argent public! 

Comment être concerné par de telles fadaises. On se demande aussi  de quelle baguette magique,  Gianina Carbunariu s’est servie, pour refourguer ce semblant de pièce qui aurait dû rester dans son ordinateur. On pouvait à la rigueur en tirer quelques petits sketches mais faire durer la plaisanterie une heure quarante,  en prétendant que » sa nouvelle pièce porte un regard mordant sur les ombres de notre temps » (sic), il ne faut pas manquer d’aplomb.
A voir? A FUIR, même si on vous y invite… et même si vous habitez tout près.

Philippe du Vignal

Théâtre- Studio, 16 Rue Marcelin Berthelot, Alfortville  (Val-de-Marne). T. : 01 43 76 86 56 .


Archives pour la catégorie critique

TROIS PLATEAUX

TROIS PLATEAUX par Simon Siegmann
Le 19 février aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles)

troisplateaux.jpgTrois aires de jeux (une avec un manteau d’Arlequin, une autre entièrement ouverte et la dernière avec un semblant de cadre de scène) délimitées par un scotch blanc, toutes les trois séparées par un système simple de pendrillons et des plantes vertes identiques dans chaque espace : voilà le décor autour duquel (voire dans lequel, aucune interdiction n’est apparente),  les spectateurs sont invités à déambuler.
Dans ces  espaces, trois comédiens/danseurs/performeurs aux allures et aux langues différentes (français, estonien et espagnol) jouent simultanément un texte dont il n’est pas toujours aisé de savoir s’il s’agit du même. On est pris par l’envie de déambuler et par le dérèglement ambiant (rupture avec les unités d’espace, de temps et d’action); en effet, l’entreprise tourne vite à l’exposition vivante, laissant de côté toute velléité d’appréhension des discours textuels.
C’est peut-être à cet endroit que l’on trouve la limite de ce travail auquel il manque une trame dramatique, prompte à capter notre attention autour d’un propos dépassant le seul dispositif scénique. En effet, nous oublions un peu la parole des comédiens, et nous lui préférons  la tension des corps  (c’est dommage, puisqu’ils parlent). Cela n’a toutefois pas grande importance, le pari est relativement réussi et le spectacle mérite d’être vu: le collage du jeu des trois comédiens s’offrant synchroniquement à nos yeux est un très joli moment…
 
Jérôme Robert
 
 
Pour découvrir Les Halles de Schaerbeek et ses activités :
http://www.halles.

Krum


krum.jpg Krum  de Hanokh Levin, mise en scène de Krzysztof  Warlikowski .

  Wajdi Mouawad, dramaturge bien connu est le directeur artistique du théâtre français du Centre national des Arts  à Ottawa et  a été artiste associé du Festival d’Avignon en 2009. Après avoir admiré cette coproduction du Théâtre  Stary (Cracovie) et du TR Warszawa (Varsovie) en Avignon,  Wajdi Mouawad a programmé le spectacle  à Ottawa.

Le théâtre  de Hanokh Levin  (mort en 1999) était  aussi inconnu au Canada que le travail de Warlikowski. C’était donc une découverte. Sa mise en scène fait en effet la synthèse des enseignements de Giorgio Strehler, de la  modernité théâtrale, du cabaret, du  cinéma contemporain et même de l’opéra,  mais Warkilowski  est  bien conscient du  passé antisémite polonais qui hante toute la pièce. Et pour lui,  aller sur le terrain miné d’un auteur israélien très critique sur son pays mais  ancré  dans  des traditions folkloriques  comme  dans un présent trouble, devenait  une quête fascinante, parce qu’elle ne pouvait vraiment aboutir…

Au départ,  Krum,  en  gros plan sur un écran en fond de scène,   nous annonce la mort de sa mère, qui était son grand amour et  dont l’absence rendra sa vie insupportable. Ensuite, spot sur cette même mère assise dans la salle. Elle  monte  sur scène pour nous dire qu’elle attend l’arrivée de son fils, revenu d’un long voyage initiatique. L’apparition de  Krum  en personne (joué par l’excellent Jacek Poniedzialek)  déclenche  un jeu de contradictions  entre un vécu intérieur inerte et une vision esthétique explosive. Il affirme : « Je ne me suis pas amusé, pas marié (…) .Je n’ai rencontré personne, je n’ai rien acheté et je ne ramène dans ma valise que du linge sale et des affaires de toilette .  (…) Je te demande maintenant de me laisser tranquille » et il quitte la scène. 

Cruauté? Insensibilité? Angoisse devant les retrouvailles , colère face à cette mère revenue le hanter comme l’un de ces fantômes hantant les œuvres de Kantor  et  qui incarnent  autant un  passé terrible que les  conflits violents  actuels qui secouent  le pays et  qui traumatisent ces personnages. Le travail visuel  de Warlikowski cerne leur mort intérieure   et  nous fascine pendant trois heures  sans entracte .Comme le schlemiel du conte juif, comme l’inepte soldat Schweik, Krum  est un antihéros , impuissant, médiocre et naïf, qui se cherche  sans jamais se trouver, victime de la période  post-holocauste, et incapable d’émotion… 

À la recherche d’un avenir meilleur, comme les personnages de Tchekhov qui ont inspiré une autre pièce de Levin (Requiem, 1999), Krum et ses amis reconstituent une nouvelle famille, où des rituels  s’organisent pour tenter de donner un sens au vide. qu’ils ressentent.  Ils mangent,  font l’amour, et  tentent de  faire revivre leur corps en dansant, ou avec  une sexualité abjecte. Mais les gestes du corps ne règlent rien,  sauf lorsque Kika et sa  bête sexuelle italienne, celui qui arrive de l’extérieur, transforment la discussion en gros plan médiatisé d’une rencontre quasi pornographique. Kika arrivera même à allumer  quelques étincelles mais la possibilité de fantasmer est désormais évacuée chez ces hommes, morts vivants,  incapables de ressentir les pulsions de la  vie.

 Warlikowski met en scène la pièce dans un grand espace vide qui ressemble à un plateau de tournage  en constante transformation et il l’ ouvre  avec des images  projetées  à partir d’ une caméra souvent placée à côté des acteurs ; les espaces de jeu sont définis par des meubles et  par des  effets d’éclairage: rouge incendiaire, vert tropical. Spots, ombres, effets  dramatiques  se succèdent, comme s’il s’agissait de courtes  séquence filmées ou de moments d’un opéra très mélo.

Des amis très inquiétants viennent reconstituer des tableaux monstrueux de faillites humaines :  mariages  ressemblant à des funérailles, maladies laissant tout le monde indifférent, dans le contexte glamour de téléréalité et de jeu populaire mené par la belle Félicia.   L’amie Duba affiche, elle,  un visage  exsangue  néogothique, le corps sanglé de cuir et de chaînes, incarnation de  la tristesse et la solitude,  même quand elle se veut drôle et gaie. 

Tugati, l’ami le plus  cher  de Krum,  « laid, malade, pauvre et sans charme »,  personnage tragi-comique, obsédé par son corps malade,  ne cesse d’affirmer sa nullité et son impossibilité de séduire  une femme, alors qu’il vient d’épouser Duba dans une cérémonie qui « sent un peu les funérailles ». Et quand Tugati meurt, personne n’est capable  de ressentir une émotion profonde.  La présence des médias ,  la distanciation qu’impose  la présence d’ acteurs dans la salle, accentue la nature « artificielle »  d’un jeu où les personnages sont incapables de  liens humains.

Les images pleuvent  et  le spectateur, par moments,  ne sait plus où regarder mais arrive à s’y retrouver grâce aux  variations rythmiques  créées par Warlikowski qui sait très bien alterner les tempos,  rompre les logiques spatiales,  faire bouger les corps, et retenir l’ attention par une succession rapide de lazzi quasi comiques, sans doute inspirés  par  Giorgio Strehler et la commedia dell’arte.

Seule,  la fin  s’essouffle. Le metteur en scène  aurait pu arrêter la pièce au moment du départ de l’ami Shkitt, après la mort de Tugati :  sa disparition  confirme l’impasse de leur vie et le reste n’ajoute rien.  Shkitt  préfère en effet aussi partir car il refuse  les faux espoirs de cette existence.Nous aurions apprécié davantage  la puissance du texte  mais  le  dernier  monologue  du mari de Truda (celle que Krum a refusé d’épouser) s’étire. Curieuse fin pour une pièce  dont les  multiples niveaux de signification étaient pourtant bien orchestrés.

Selon certains, la pièce pourrait  avoir sa place  n’importe où, mais Warlikowski la situe  à Tel-Aviv (on peut voir  des panneaux en hébreu dans les images filmiques). On  entend des mots en Yiddish dans la traduction polonaise qui sont en hébreu dans le texte original et l’on sent bien  à voir ces images de survivants  âgés que  le passé  douloureux   ne cesse de hanter l’auteur comme le metteur en scène. Ils ont choisi d’évoquer un passé qui  se prolonge encore dans le présent  avec toutes ses guerres, et tous ses morts.

«  Hanokh Levin  est l’un des rares à anticiper les conséquences tragiques que risquait d’entraîner  l’occupation prolongée des  territoires conquis et à mettre en garde ses concitoyens » écrit Nurit Yari . Ce spectacle marque  une  rencontre entre  deux consciences : un excellent auteur dramatique et un metteur en scène dont la profonde sensibilité  et l’imaginaire  lui  ont permis de  cerner toute la complexité de l’ écriture de Levin.

Alvina Ruprecht

Centre national de Arts, Ottawa, du 17 au 21 février.

 

Le Théâtre choisi de Hanokh Levin est édité aux Editions Théâtrales (2004)

 

STILL

STILL par Anna Krzystek
Le 19 février aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles
)

image2.jpgSeconde partie d’un triptyque (TEST, STILL & FIGURE THIS) plaçant le spectateur et l’artiste en condition de laboratoire chorégraphique/performance, STILL se présente paradoxalement sous forme d’un dispositif très épuré et (trop ?) complexe, à la fois.

Épuré, à en croire le dispositif présenté. Sur le plateau des moniteurs tv présentent très lentement (en travelling et en fondu enchaîné) des images de pièces inhabitées et d’objets du quotidien. Parfois, sur ces écrans, une ombre à l’aspect humain passe subrepticement. Les écrans sont disposés au sol face aux spectateurs suivant des angles légèrement différents. En fond de scène, une femme déclenche ses mouvements dansés au rythme d’une musique (des sons électroniques très stridents) jouée « en live » par ordinateur.

(Trop) Complexe. L’incessant va-et-vient réclamé au regard des spectateurs et l’invitation faite à relier entre eux les signes virtuels et réels parviennent à nous faire passer d’un stimulant état de curiosité intellectuelle à celui d’une profonde lassitude tant aucune main tendue ne vient pour nous aider à appréhender un propos qui ne se donne clairement pas à appréhender sous la forme d’une seul langage des sens (ce qui aurait alors été préférable).

La tentative de mise en résonance de ces deux univers est belle, mais son résultat nous laisse circonspect. Rien de grave à cela, il s’agit d’un laboratoire, et c’est bien comme cela que j’ai accepté de le prendre. Espérons juste que l’artiste l’aura entendu de la même façon et qu’elle fera évoluer ce travail en tenant compte  de la réception qui en a été faite par les spectateurs. Bref, cette artiste est intéressante à l’instar de cette démarche qui gagnerait à être plus lisible.

Par Jérôme Robert

Petit Navire

petitnavire5.jpg

Petit Navire de Normand Chaurette, mise en en scène d’Olivier Lopez.

 Petit Navire est la seule pièce destinée aux enfants de Normand Chaurette, auteur québécois, connu en France surtout par Les Reines créée par Joël Jouanneau en 97 et Le Passage de l’Indiana en 96; Petit Navire a déjà été mise en scène par Pascale Daniel-Lacombe en 2003 et par Dominique Catton en 2007. La pièce, un peu surprenante et elliptique, est plutôt  destinée, non pas à des petits enfants mais  à  des spectateurs de dix/douze ans ou à des adultes.
 C’est l’histoire d’un jeune garçon nommé Petit Navire et de  sa petite soeur Roxane, âgés de dix ans qui n’ont plus de parents avec eux et qui sont élevés par deux personnages assez curieux: Marie-Laure, une lavandière et le vieux  Monsieur Wreck;  de temps à autre, ils reçoivent une carte postale où leur mère raconte ses expédition en montagne, mère qui reste toujours aussi mystérieusement absente; en fait Marie-Laure et Monsieur Wreck font tout pour cacher aux enfants que leur mère fait de fréquents séjours à l’hôpital. Mais on n’en saura guère plus.Petit Navire se met à écrire sur ce qu’ il perçoit de la vie qui est devenue la sienne: en pensée avec sa mère mais sans elle, pressentant sans doute très bien comme tous les enfants qu’on lui cache quelque chose de grave; quant à Roxane, elle ramène un pauvre mouton destiné à la vivisection… qui finira par mourir.
 L’écriture de Normand Chaurette est à la fois  simple et ciselée comme peu d’écritures contemporaines le sont,  sans doute parce que l’auteur est québécois, et l’on sait l’importance de la langue française au Québec qui est une composante majeure de l’identité de ses habitants face au mur impitoyable de l’anglais omniprésent. Et quand il s’agit d’un texte où la présence de la mort est envahissante comme toujours chez Chaurette, même si cette fiction un peu noire  comporte une bonne dose d’humour. Alors comment traiter cette sorte d’ovni de la scène théâtrale? Sans doute pas,  avec un jeu réaliste. Olivier Lopez a choisi ,dit-il,  de « dédramatiser l’aspect fictionnel du récit » et de faire en sorte que  » les enfants aient pleinement conscience de la part de convention nécessaire à toute entreprise théâtrale » et  il a sans doute eu raison de s’emparer du texte de cette façon là.
 Il a commencé par demander à sa scénographe Marie La Rocca de lui imaginer un décor de cuisine des années cinquante , avec table en Formica et tabouret carré couvert de lino comme on commence à en voir chez les antiquaires, et plancher en grosses lattes peintes en blanc gris, sur la partie  cour de la scène. Et  Olivier Lopez  a imaginé (ce qui n’es pas prévu à l’origine par Normand Chaurette)  de demander  Pascal Zavaro de composer une oeuvre pour violons, altiste et violoncelle,  pour que la musique puisse ponctuer la série de séquences dramatiques imaginée par l’auteur. Il y a dans l’air quelque chose qui rappelle singulièrement Atlas, le très bel opéra que Meredith Monk avait créé il y a une quinzaine d’années à Houston.
Dès le début du spectacle,Olivie Lopez installe clairement  la distanciation: on présente chaque comédien et chaque musicien ( Amélie Clément ,qui joue la petite  fille,  dit qu’elle attend pour bientôt son premier enfant, ce qui rééquilibre sans doute les choses par apport à cette menace de mort un peu envahissante). Le septuor à cordes est  installé sur scène,  à côté de la cuisine, face public et Pascal Zavaro a réussi à écrire une musique où l’absence , la maladie, le mal-être sont évoquées par un subtil jeu de cordes où le rythme  de la composition  compense le côté vite ensorcelant du violoncelle ,des violons et de l’alto.
  La mise en scène d’Olivier Lopez est d’une grande rigueur et les quatre comédiens: Yvon Poirier, Amélie Clément, Elios Noël et Joanne Génini-Béguin , bien dirigés ,encore un peu tendus le soir de la première, font un travail de grande qualité car la, partie n’est pas facile, on s’en doute. En fait, Olivier Lopez – place la barre assez haut et sa mise en scène est d’une toute autre qualité que celles des spectacles pour enfants où tout ,en général, est à peine correct .    L’idée du mouton transformé en gros chien  poilu n’est vraiment pas l’idée du siècle mais, à cette réserve près,ce spectacle ambitieux, malgré quelques longueurs, a reçu un bon accueil le soir de la première où il y avait plus d’adultes que d’enfants, lesquels ne devraient  pas pourtant  y être insensibles.
 Allez du Vignal, en conclusion de Petit Navire, ressortez nous encore une fois votre petite phrase de Tchekov… Mais très volontiers, madame  Albanel:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ».

Philippe du Vignal

Théâtre des Cordes  jusqu’au 24 février, puis à Tourlaville le 6 mars et à Allonnes le 10 mars.

Très chère Mathilde

trescheremathilde1.jpgTrès chère Mathilde d’Israël Horovitz, mise en scène de Ladislas Chollat. ( création en France)

 Très chère Mathilde est la dernière des quelque 50 pièces d’Horovitz qui sont jouées un  partout dans le monde, et en particulier en France,  où on connaît surtout L’Indien cherche le Bronx  autrefois  montée par  Laurent Terzieff qui nous  avait fait découvrir cet auteur, Le Premier, le Baiser de la Veuve, Quelque part dans cette vie et un très beau petit texte Trois Semaines après le paradis ,qui relate la tragédie personnelle qu a failli connaître l’auteur,  le fameux 11 septembre à New York, quand il n’avait aucune nouvelle d’un de ses fils…Horovitz est aussi scénariste ( Author, author avec El Pacino) et comédien.
 Très chère Mathilde est l’histoire de Mathias, un New Yorkais , frisant la cinquantaine.  Il arrive à Paris, après le dernier de ses trois divorces, sans enfant, sans emploi, sans argent , sans autre bagage qu’un  sac, mais avec tout son mal-être qui pèse des tonnes. Avec  l’intention de vendre un appartement donnant sur le Luxembourg que son père lui a légué, et en attendant il entend bien y résider. Mais , petite surprise, Mathilde, une vieille dame de 88 ans qui en avoue 86, autrefois professeur et directrice d’une école d’apprentissage du français pour étrangers,y habite depuis très longtemps. et n’a aucunement l’intention d’en partir.  Comme l’y autorise le testament

  D’autant plus qu’elle y vit avec sa fille Chloé, qui  frise aussi la cinquantaine comme Mathias et qui  enseigne dans cette même école pour étrangers . Elle n’a pas non plus la moindre envie de quitter les lieux et  le dira sans ménagements à Mathias… à qui la très chère Mathilde a quand même  proposé une chambre. Contre sa montre tout de même, puisqu’il n’a  pas un euro en poche. La situation se complique et il va y avoir quelques séances d’explications orageuses,  où  l’on apprendra que Mathilde, mariée avec le père de Chloé, a eu avec celui  de Mathias une relation passionnée qui a duré jusqu’à sa mort.La cohabitation promet d’être difficile et  le devient effectivement…
 Mathias apprendra à Mathilde que son père n’était pas aussi franc du collier qu’il  le paraissait et que, pour lui, il ne fut jamais un bon père . Il lui  lui révélera aussi que sa mère n’est pas morte de maladie comme il l’avait prétendu,  mais  qu’elle s’est suicidée d’un coup de revolver , agonisant  dans les bras du jeune Mathias..Chloé, après  discussions et mises au point  avec Mathias, s’apercevra qu’il n’est pas l’être aussi ignoble qu’elle imaginait,  qu’ils ont le même âge et   même bien des points communs…

   Devinez la suite: ils finiront par passer la nuit ensemble. Et  il n’est donc plus question  que Mathias s’en aille. Mathilde est évidemment ravie. Mais- Horovitz a sans doute pensé à Tchekov- la mère et la fille entendent  un coup de feu dans la pièce à côté. Horreur et stupéfaction!  La  dame à côté de moi s’est exclamée: il s’est tué!
 Mais non, Mathias revient le fusil d’une  main et une tête de facochère de l’autre( le mari de Mathilde était un grand chasseur!) et dit en riant avec son accent américain à couper au couteau: « J’ai tué le cochon ».  Horovitz conclut la pièce par cette habile pirouette.
  Ouf! On avait eu très très peur….. Comme vous l’avez sans doute compris, les ficelles de l’ intrigue ressemblent plutôt à des câbles,  le dernier acte est assez pleurnichard.et Horovitz ne se prive pas de mots d’auteur ou de répliques  faciles. Mais, malgré nombre de petites invraisemblances, il  sait y faire pour raconter une histoire, et  dire le temps qui passe, les amours d’autrefois, les mariages bancales mais inoxydables, bref, et pour faire vite, les relations compliquées entre deux êtres humains qui ont un peu sacrifié leurs enfants pour leur passion. Encore énergique, Mathilde est la seule survivante du quatuor d’origine.
 Ladislaw Chottat, qui est un  jeune metteur en scène,  aurait pu mieux choisir son scénographe qui  a absolument voulu se servir de la tournette. L’on voit d’abord  une série d’arbres en bac qui finissent en  fond de scène , plus bas, comme s’ils étaient vus d’un deuxième étage. Pendant que le décor de l’appartement descend calmement des cintres;  les murs en tulle marron- assez laids-  permettent de deviner selon la lumière la présence de quelqu’un dans une autre pièce. Ainsi, on peut voir la chère Mathilde en train d’espionner la conversation entre Mathias et Chloé, ou bien voir la même Chloé s’envoyer au goulot un petit coup de liqueur. C’est pas une idée ça?

Il y a aussi, de temps à autre, un chassis transparent suspendu qui circule de cour à jardin avec une vidéo d’ombres à la fois prétentieuse et inutile mais, à l’heure actuelle, on dirait qu’un spectacle qui n’inclut pas quelques minutes au moins de vidéo  est indigne. de vivre.. Et pour faire plus vrai, il y a même un poèle Godin  qui rougeoie…. A qui fera-t-on croire que, de nos jours,  puisque l’on parle en euros, dans un appartement même ancien donnant sur le Luxembourg, on se chauffe encore avec un  Godin…
  On peut  pardonner à Ladislaw Chotat ces surlignages  agaçants et sans intérêt, parce que sa direction d’acteurs est d’une grande rigueur; bien choisis, ils sont  tous les trois  d’une sensibilité remarquable, et absolument crédibles . Et il a su créer, ce qui est sans doute le plus difficile, une véritable unité de jeu :  Samuel Labarthe incarne  avec beaucoup de précision et d’intelligence ce  personnage d’Américain mal dans sa peau,  qui, au début  insupportable, devient  finalement assez sympathique. Peut-être pourrait-il gommer un peu son fort  accent  pour qu’on le comprenne mieux. Raphaëline Goupilleau a d’abord tendance à bouler  son texte puis réussit à imposer un personnage un peu ingrat; la palme revient à Line Renaud, saluée triomphalement à la fin avec ses camarades par le public, encore ébloui par l’énergie qu’elle dispense généreusement, sans jamais se mettre en avant. Concentrée, toute en nuances,elle sait tout dire: la colère, la nostalgie, la perfidie, le refus, l’amour, la culpabilité … A plus de quatre vingt ans, elle irradie le plateau; heureuse d’être là, elle nous rend heureux d’être avec elle, comme le faisait encore, à peu près au même âge, l’autre Renaud , prénom Madeleine , qui joua longtemps sur cette même scène du Marigny.
 A voir? Oui, absolument: les bonheurs de ce genre ne sont pas si fréquents , que ce soit dans le théâtre public ou privé. Les places ne sont pas données : 53,5 à 33,5 euros! Mais le dernier prix , celui du deuxième balcon n’est guère plus élevé qu’une place à Chaillot ou à la Comédie-française… et l’on y voit aussi bien.

Philippe du Vignal

Théâtre Marigny, jusqu’au 18 avril.

PERFORMANCE

PERFORMANCE  Studio des 3 oranges Audincourt

 

De Jean-François le Scour the croûte.com
Étrange personnage que ce Jean-François le Scour ! Photographe de profession, il est obsédé par la publicité, les affiches recouvertes 100 fois qui polluent notre environnement urbain en grande banlieue et finissent par former des croûtes. Cette fois, il déploie une installation de boîtes qui contiennent un joli petit catalogue d’affiches, des grands panneaux de vieilles affiches qu’il déploie, avec d’aléatoires projections sur une inauguration à Neuilly. Il fait filmer des interventions intempestives des spectateurs. Dans ce grand désordre du vraiment faux, entre art plastique et théâtre Jean-François le Scour se perd encore dans un grand désordre auquel les petits enfants ne sont pas insensibles.

Edith Rappoport

L’USINE ET LES PETITS BOULOTS

L’USINE ET LES PETITS BOULOTS. Lycée du Grand Chesnois Montbéliard

Théâtre de la Jacquerie avec Véronique Joly et Olivier Lupperes
En 1999, le Théâtre de l’Unité qui dirigeait le Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard avait confié la direction au Théâtre de la Jacquerie pendant plusieurs mois. La compagnie y avait lancé un travail d’interview réalisé par Elsa Quinette qui avait rencontré les habitants et créé A mon bel amour. Ces rencontres ont donné naissance à toute une série de spectacles légers présentés en décentralisation dans de petits lieux. Celui-là est né à Vitry le François autour d’une enquête sur le travail. Les deux comédiens interprètent une trentaine de personnages avec une virtuosité étonnante. On y voit notamment la lutte d’un couple enchaîné depuis des années à un dur labeur qu’ils aiment dans une entreprise familiale, puis la lente déchéance de ce travail, jusqu’au licenciement. Ils parviennent néanmoins à élever leurs enfants qui leur offrent un voyage à Paris, la tour Eiffel, le bateau-mouche et le Moulin rouge. Le jeune public, les enseignants présents comme le petit groupe des professionnels sont émus jusqu’aux larmes.

Edith Rappoport

LE CABARET DES HOMMES PERDUS

 

Le Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon, mise en scène Jean-Luc Revol, musique de Patrick Laviosa


Dicky, jeune garçon bien fait de sa personne, échoue dans un cabaret gay au terme d’une chasse au pédé. Il est pris en main par Destin, le maître des lieux qui va lui ouvrir une carrière royale dans des films porno homosexuels, compte tenu de l’étonnante taille de son membre !

Mais tout est bien qui finira mal, et Dicky sombrera dans la déchéance ! Cette étrange comédie musicale à l’américaine est interprétée avec une belle énergie et un vrai savoir faire par quatre acteurs et bons chanteurs, accompagnés au piano par le compositeur.

Le cabaret des hommes perdus créé au Théâtre du Rond Point a déjà connu une belle carrière avec 160 représentations. Au sein de cette MALS, autrefois réputée pour un répertoire et un public traditionnel et plutôt puritain, nous avons été surpris par la réaction chaleureuse   du public  dans cette grande salle qui était pleine.

Spectacle vu au MALS de Sochaux

Edith Rappoport

BORIS VIAN, JUSTE LE TEMPS DE VIVRE


BORIS VIAN,  JUSTE LE TEMPS DE VIVRE, chansons et textes, montage François Bourgeat, mise en scène Jean-Louis Jacopin.

Boris Vian, né en 1920, est mort  d’unvian.jpg arrêt cardiaque en 59, quelques minutes après  qu’ait commencé la première projection du  film  J’irai cracher sur vos tombes , son roman, écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, qui fut très vite condamné pour outrage aux bonnes moeurs. A l’origine, Boris Vian ,élève au lycée Condorcet comme Gainsbourg et… du Vignal , sortit Ingénieur de Centrale, puis devint le parolier de plus de 500 chansons et poèmes chantés, dont la célèbre Le déserteur, en 1954; la liste de ses interprètes donne le tournis : Serge Reggiani, Henri  Salvador,  Jacques Higelin, Mouloudji, Michel Piccoli, Enrico Macias, Judith Magre, Jean Rochefort, Christiane Legrand, Serge Gainsbourg, Les Têtes raides, Bernard Lavilliers, etc…
 Compositeur, chanteur , acteur à l’occasion… La chanson, il la connait bien, puisqu’il travailla dans une maison de disques.Il écrivit aussi ces romans qui le rendirent célèbre dans les années 68:  L’Automne à Pékin, L’Ecume des Jours et l’Arrache-coeur. Passionné de jazz , il écrivit aussi quelques pièces comme L’Equarissage pour tous, le Goûter des généraux et les Bâtisseurs d’empire qui ne sont plus guère jouées . Il fut aussi traducteur de textes américains: tout cela, en ayant eu quand même deux enfants,  et , en quelque à peine vingt ans à peine.. Ainsi,  fut la courte vie de Boris Vian, dans le Paris encore bohème du Saint-Germain-des-Prés de l’époque, mort il y a déjà cinquante ans. Juste , ou plutôt à peine, le temps de vivre,comme dit le titre du spectacle.
 Une  lumière rouge est allumée face public….Silence:on assiste à l’enregistrement d’une émission sur Boris Vian. Ils sont trois sur scène: Gabrielle Godart, Arnaud Laurens et Susanne Schmidt qui chantent  tous les trois ensemble , en duo ou en solo mais elles jouent aussi du piano, de l’accordéon, et lui, du saxo et de la guitare électrique. Les chansons se succèdent: celles que l’on connaît depuis toujours: « Fais moi mal , Johny »,  « On n’est pas là pour se faire engueuler », « Je bois pour oublier » , « Je voudrais pas crever « ,  « Je suis snob avec ce dernier vers étonnant: « Et quand je serai mort, je veux un suaire de chez Dior. ».. et d’autres moins connues et quelques citations de poèmes, pages de romans et extraits de son  inachevé Traité du civisme, pas toujours aussi convaincants. Il y a aussi de merveilleuses pubs d’époque dites en voix off: Omo lave plus blanc, La pointe Bic avec ses trois kilomètres d’écriture, et  Cette chanson vous était offerte par Frigidaire.
  Atteint de rhumatismes articulaires quand il était enfant, Boris Vian eut vite des complications  côté coeur, et on le sent obsédé par ce gros muscle défaillant chez lui -il intitule un de ses romans L’arrache-coeur-  et par la mort qui rôde à chaque instant : la plupart de ses chansons en portent la marque et il se savait sans doute condamné à courte échéance. Le spectacle , dont le montage est dû à François Bourgeat , qui a été mis en scène par Jean-Louis Jacopin, est du genre réjouissant et il y  a un très  beau travail musical qui mérite d’être salué.

Les colères, l’humour corrosif et la poésie de Vian sont en tout cas bien là. Côté éléments de décor et costumes, c’est beaucoup plus  approximatif mais,  bon… Dans les conditions difficiles qu’imposent une salle et une scène médiocres,  les trois interprètes, au solide métier,  réussissent pourtant à s’imposer: il y a encore quelques longueurs et baisses de rythme mais tout cela devrait pouvoir se caler après quelques représentations.
 A voir? Oui, si vous avez envie de retrouver Boris Vian chanté devant vous, là- haut à Ménilmontant.

Philippe du Vignal

Théâtre de Ménilmontant, jusqu’au 15 mars 2009.

Parmi plusieurs biographies de Boris Vian,  citons la dernière: V comme Vian de Marc Lapprand aux Presses de l’Université Laval, 2006; quant aux oeuvres de Boris Vian, elle sont éditées pour la plupart chez Fayard; pour les chansons, vous avez l’embarras du choix dans les disques édités.

1...619620621622623...631

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...