La Ville


 La Ville de Martin Crimp, mise en scène de Marc Paquien.

  Martin Crimp  ( 52 ans encore pour quelques jours) est sans aucun doute l’auteur anglais le plus joué  en France depuis une dizaine d’années  avec des pièces comme La Campagne, ,mise en scène par Luc Bondy, Le traitement, mise en scène par Nathalie Richard, Face au mur et Cas d’urgences plus rares, montées par Marc Paquien et Getting attention  par Christophe Rauck dans ce même théâtre des Abbesses. Crimp est aussi connu pour ses nombreuses traductions de dramaturges français.
 Il y a  dans son  théâtre  des personnages  qui luttent pour exister dans un univers  contemporain où l’on ne sait plus très bien quelles sont les frontières entre le réel et le virtuel, et où les petits ennuis  quotidiens d’un couple ordinaire et ses  zones d’ombre  peuvent virer au glauque ..
 La Ville est l’histoire, si l’on peut dire, d’un couple, Claire et Christophe qui ont une petite fille d’une dizaine d’années et un autre enfant que l’on ne verra pas; ils habitent  une maison avec  jardin et ont pour voisine Jenny, une infirmière au comportement pour le moins étrange. Cela pourrait être le début d’un film de Truffaut et le point de départ de très nombreuses pièces de boulevard mais on est bien dans le monde si particulier de Crimp qui s’ingénie à brouiller les pistes….
  On ne saura jamais si Claire a bien eu une escapade amoureuse lors d’un colloque, si son mari fait semblant de ne pas le savoir ou le devine très bien, s’il  joue au boucher ou s’amuse à en contrefaire le personnage, si Jenny la voisine ne  cherche pas à s’infiltrer dans la vie du couple d’une façon ou d’une autre . Que ce soit dans le langage, l’espace clos du jardin ou dans l’action, rien n’est jamais dans l’axe et si tout parait « normal », le doute, tapi dans l’ombre, ne cesse de s’installer dans ce que dit l’autre, et cela jusqu’à la nausée. Et il a cette présence du sang qui revient comme un leit-motiv quelque peu inquiétant dans la bonne tradition d’une certaine fiction anglo-saxonne…
 Dans les questions comme dans les réponses, la parole de l’autre ne peut jamais être tenue pour véridique: on ne saura jamais si les enfants se sont bien enfermés dans leur chambre, si l’enfant de l’auteur rencontré par hasard, selon Claire mais on en doute aussitôt, a réellement été enlevée alors qu’elle était avec son père;  quelle est ,en vérité, cette histoire de journal intime: bref,  la fabulation devient presque un mode normal d’existence, comme si l’univers quotidien ne suffisait pas à ces personnages hors du commun.
A noter aussi, ce qui est plutôt rare dans le théâtre contemporain (qui n’ a rien à envier au théâtre classique) la présence de trois femmes mais d’un seul homme dans la pièce; Jenny la voisine sans doute la plus âgée, Claire la jeune femme et la petite fille, dont la robe et les chaussures rappellent étrangement celles de Jenny. Autant dire que la femme , à différents âges, est bien le pivot central du texte de Crimp.
Le jeu auquel se livre avec virtuosité Martin Crimp  fait , bien sûr, penser à celui qu’exerça Pinter, et il est  aussi subtil qu’intelligent, surtout à travers les dialogues, traduits par Philippe Djian, qui sont ciselés; même si la tendance est au noir profond,  comme le rappelle un peu trop la scénographie de Gérard Didier qui surligne l’univers de Crimp,  avec son plancher en mélaminé noir, on rit , même si c’est d’un rire plutôt grinçant devant tant de non- sens décliné au quotidien où les fantasmes de Claire s’expriment par l’écriture, comme si elle ne pouvait pas se construire une existence à peu près supportable, loin de toute violence.
 Et la mise en scène de Marc Paquien -qui connaît bien son auteur- est  brillantissime; sans doute La Ville n’a-t-elle pas la force de La Campagne mais Marc Paquien  réussit à donner corps à ces personnages virtuels, et il dirige au mieux ses quatre comédiens dont le jeu est  de tout premier ordre: que ce soit Marianne Denicourt, Hélène Alexandridis, André Marcon ou  Janaïna Suaudeau.
 A voir ? Oui, mais il faut aimer ce genre de théâtre qui renvoie le spectateur à lui-même… Qui sommes nous au juste pour ceux qui nous sont le plus proches? Malgré certaines apparences, on n’est pas vraiment dans une histoire à tiroirs à l’humour grinçant, et la pièce de Crimp, sobre et courte ( 85 minutes)  va bien au-delà…

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses jusqu’au 13 février; Vous pouvez voir aussi La Campagne de Martin Crimp  du 3 au 14 février , dans la mise en scène de Corinne Frimas à La Maison des Métallos; enfin, il y aura un week-end Martin Crimp du 5 au 7 juin au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis. Le théâtre de Martin Crimp est édité chez l’Arche.


Archives pour la catégorie critique

EN QUÊTE DE BONHEUR

En quête de bonheur, oratorio poétique et philosophique mis en scène par Arnaud Meunier


Arnaud Meunier nous emmène dans un voyage à travers des textes de Charles Baudelaire, Henri Michaux,Voltaire, Michel Houellebecq, Jacques Prévert, Blaise Pascal, André Gide, Le Courrier international, parmi d’autres. Les trois comédiens accompagnés par Régis Huby au violon, ont une belle présence. Malheureusement, ils se cachent derrière leurs micros qui déforment leurs voix, et la sonorisation mal réglée écrase le verbe. Les quelques minutes où ils parlent à voix nue font passer l’émotion.

Il y a aussi un beau solo de violon qui nous sort de la torpeur, mais là encore, on regrette ce masque sonore. Et les costumes ne sont pas des costumes de scène. Dommage! On adore les paris poétiques, mais… ils ne souffrent pas l’imperfection.

 Edith Rappoport

Spectacle vu à l’Institut Marcel Rivière

Oratorio poétique et philosophique

Oratorio poétique et philosophique, mise en scène d’Arnaud Meunier

Ce petit spectacle avait déjà été joué il y a quelques mois à la maison de la Poésie; il s’agit d’un montage de textes sur le bonheur ( Baudelaire, Voltaire, Rousseau bien sûr, Pascal  mais aussi Cioran, Le Clézio ou Prévert… Avec trois comédiens et un guitariste; le bonheur, nous dit Arnaud Meunier, j’avais envie d’inventer un voyage à travers les sicèles et les langues à réfléchir collectivement sur ce que cela peut bien être, dans une sorte de quête ludique et profonde à la recherche de gens très différents. La proposition est alléchante mais le résultat est loin d’être à la hauteur… Sans doute ,parce qu’Arnaud Meunier a voulu donner comme une sorte de résonance à son propos en amplifiant les voix à coup de micros, ce qui a pour résultat  de tout uniformiser et, comme il a cru bon de faire soutenir le texte par un solo à la guitare amplifiée, le résultat ne se fait pas attendre très longtemps: on obtient une sorte de bouillie sonore d’où le sens du texte a bien du mal à émerger. La première chose à faire aurait été au moins d’établir une bonne balance. Mais personne n’a sans doute expliqué à ce jeune metteur en scène que l’amplification des voix, surtout dans une petite salle, peut conduire tout droit à une impasse, quand elle est mal conduite, et ce qui aurait pu constituer un moment agréable avec des esprits aussi pertinents dissertant sur le bonheur, débouche sur une chose finalement assez médiocre…

Dommage;la proposition était honnête et juste et l’on aurait été tout à fait heureux de partager cette « source de réconfort et de vitalité«   à laquelle Arnaud Meunier souhaitait nous convier hier soir dans cette salle vieillotte et sympathique de l’Institut Marcel Rivière à La Verrière.

Philippe du Vignal

A voir? Si vous y tenez vraiment… Cela se joue encore  demain à l’Université de Versailles Saint Quentin, le 31 à la Médiathèque des Sept Mares à Elancourt et le 7 février à l’espace Fernand Léger à Chevreuse

L’INSPECTEUR WHAFF

L’INSPECTEUR WHAFF  Théâtre Tristan Bernard

De Tom Stoppard, mise en scène Jean-Luc Revol
Cette fausse comédie policière est à double détente, elle est interprétée par une troupe issue de la Ligue d’improvisation française dotés d’un humour et d’une maîtrise exceptionnelle. Deux critiques remplaçant des titulaires toujours absents, se retrouvent pour assister à une comédie policière dans un manoir anglais perdu où quelqu’un, on ne sait qui a été assassiné. Entre séduction et effroi, les acteurs imposent un jeu à double détente, ils font preuve d’une véritable maîtrise. Ce faux boulevard au 3e degré est véritablement savoureux .

Edith Rappoport

L’anniversaire

L’anniversaire  Lilas en scène

 

Mise en scène et dramaturgie Éric da Silva et Henri Devier
Cet étrange ballet amoureux qui se noue entre deux parents, interprétés par l’immense Eric Da Silva et Catherine Schumacher, tourne autour du rejet de l’homosexualité du fils par son père. Sandra Gomes la jeune accessoiriste joue le fils enfant, elle est protégée par sa mère qui garde une relation amoureuse avec le père. L’étrangeté des costumes, l’intensité de l’interprétation impose la force d’une véritable théâtralité qu’Éric da Silva avait révélée dans les années 80 avec l’Emballage théâtre avec Nous sommes si jeunes nous ne pouvons pas attendre et d’autres spectacles accueillis à plusieurs reprises à Gennevilliers.

 

Edith Rappoport

La Maison du lac

La Maison du lac d’Ernst Thompson, mise en scène de Stéphane Hillel.

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Le nom d’Ernst Thompson ne vous dira sans doute pas grand chose; et pourtant!  Ce jeune  comédien américain du Vermont,  écrivit cette pièce qui le fit connaître à New York d’abord, puis un peu partout dans le monde.
Mark Rydell en réalisa un film (1981) avec Katherine Hepburn , Henry Fonda et Jane Fonda (excusez du peu!) qui eut droit à l’Oscar du meilleur scénario et au Golden Globe; une autre de ses pièces L’Invitation à la Valse connut aussi un grand succès à Broadway avec, de nouveau, Katherine Hepburn.
En France,La Maison du lac fut mise en scène par Raymond Gérôme, avec Edwige Feuillère et Jean Marais en 86, puis par Georges Wilson avec Simone Valère et Jean Desailly. Elle est ici reprise par des acteurs adulés du grand public de leur âge,  Maria Pacôme et Jean Piat, 86 ans et 85 ans, l’été prochain… On les a vus un peu partout , elle au théâtre et à la télévision, lui avec Louis Jouvet autrefois, puis à la Comédie-française dans  Cyrano, dans Les Rois maudits de Claude Barma à la télévision, et elle, au cinéma avec Philippe de Broca, et dans des pièces de  Sacha Guitry mais aussi de Françoise Dorin, etc…
Et la pièce?   » Retravaillée »  dit Stéphane Hillel ( mais comment ?) par Jean Piat, sa fille Dominique et Pol Quentin, elle a le mérite d’avoir gardé une certaine fraîcheur de scénario: c’est une sorte de tranche de vie de Tom et Kate Murphy dans leur maison  de campagne au bord d’un lac dans le Vermont. C’est l’été; ils y attendent Claudia, leur fille et Bill Ray, son nouveau compagnon qui, arrive flanqué, de Billy, un fils qu’il a eu avec une autre femme.
Il y a aussi le postier Charlie, un ami d’enfance de Claudia qui passe à intervalles réguliers. Tom a des relations plutôt grinçantes avec Bill, et avec sa fille,  d’autant plus que le couple veut laisser Billy pour trois semaines à Kate et Tom qui, lui, refuse net, parce que selon lui, le gamin est insupportable, vulgaire, etc…
Bien entendu, Tom finira par accepter sinon il n’y aurait pas de pièce; le vieil homme et l’adolescent, fondus de pêche à la ligne, deviendront inséparables pour le plus grand bonheur de Kate. Bill et Kate reviendront de leur escapade en Belgique pour annoncer qu’ils se sont mariés; ce sera l’occasion sans doute pour Claudia  d’avoir enfin un vrai dialogue avec son père. C’est la scène freudienne (du Freud de pacotille!) Mais Tom a un malaise et l’on sent bien que, peut-être,  le vieux couple ne reverra-t-il jamais leur maison du lac…Les années qu’il leur reste à se chamailler amoureusement là où ils viennent depuis si longtemps, leur sont comptées.
Cela ressemble parfois à du Tchekhov (toutes proportions gardées!)  qu’Ernst Thompson a dû lire autrefois mais les personnages du vieux prof de grec n’est pas crédible pour un centime d’euro, comme celui de la fille , de son compagnon, du jeune homme, et du facteur, absolument inutiles, sans aucun doute à cause de dialogues assez faiblards qui se veulent drôles mais qui sont d’une vulgarité exemplaire.
Visiblement, Stéphane Hillel a laissé faire ses vedettes:  Jean Piat  en fait  donc des tonnes  et c’est insupportable; Maria Pacôme a  tendance à minauder, et on l’entend mal; Béatrice Agenin et Christian Pereira semblent s’ennuyer sec, Damien Jouillerot est beaucoup trop âgé pour le rôle, et Patrice Latronche  essaye d’en rajouter dans les rondeurs pour donner un peu de vie à un personnage  inexistant.
Quant au décor très réaliste mais mal conçu, il gêne la circulation des comédiens; de temps en temps, le rideau, représentant le lac avec ses arbres et ses pontons pour bateaux, descend pour ponctuer les sept tableaux (il y a en plus une belle tache d’humidité en plein milieu)! Le public,plus très jeune, applaudit à chaque fois. Assez pathétique !
Le texte donne surtout l’impression, dans la version présentée ici, comme nombre de pièces dites de boulevard, de servir de faire-valoir à deux acteurs. Il aurait fallu l’adapter et le situer dans un contexte français (les Américains, eux, ne se gênent pas): cela aurait sûrement donné un peu plus de fraîcheur et de vie. Mais quand on a affaire à une mise en scène aussi  bâclée (pas de directions d’acteurs, rythme d’une lenteur accablante que rien ne justifie, scénographie inadaptée, on reste assez perplexe devant cet ovni où rien n’est dans l’axe.
Que sauver du naufrage ? Sur la fin, la merveilleuse complicité de Jean Piat et  Maria Pacôme, serrés dans les bras l’un de l’autre, qui savent qu’ils ne reverront peut-être jamais cette maison du lac (dans la pièce comme dans la vie: il y a un très beau moment d’émotion qui passe alors dans la salle, mais il aura fallu attendre presque deux heures pour en arriver là. Et l’éternité, comme disait Alphonse Allais, c’est long surtout vers la fin…
A voir ?  Si on vous invite, si vous avez deux heures à perdre, si vous avez de la sympathie pour Jean Piat et/ou pour Maria Pacôme, si vous avez envie de savoir comment une pièce célèbre, autrefois jouée par toute une pléiade de comédiens exceptionnels, américains puis français, puis de nouveau, français, est devenue aussi pâle, si vous avez envie aussi de comprendre comment se divertit la « bonne »  bourgeoisie parisienne à ce genre de prestations (cela fait beaucoup de conditions, on vous l’accorde)!
Sinon, au prix où sont les places au Théâtre de Paris, vous pouvez économiser de quoi vous offrir un excellent  repas bio pour six personnes minimum avec poisson du lac…

Philippe du Vignal

Théâtre de Paris

20e/ PREMIÈRE

20e/ PREMIÈRE, spectacle de sortie de la 20e promotion de l’École nationale des arts du cirque (vu à L’Espace chapiteau de La Villette).
Il n’est pas aisé de rendre compte d’un tel spectacle, tantôt le considère-t-on uniquement comme un spectacle de sortie d’une grande école, tantôt comme une création signée par Georges Lavaudant (mise en scène) et Jean-Claude Gallotta (chorégraphie) et se donnant à voir dans l’un des lieux au monde les plus importants de la scène circassienne de création (La Villette).
Certes, se poser cette question n’est déjà pas très bon signe, alors autant le dire d’emblée, le rendez-vous n’est pas à la hauteur des attentes (qui s’amenuisent depuis un moment concernant les spectacles de sortie du CNAC, du reste).
Le fil conducteur (cinématographique) semble tenir sur un post-it si bien que ce travail semble menacer de s’effondrer à tout instant. « Semble » seulement, car par chance, nombre des artistes présents sur le plateau le repêchent, à coup de petites trouvailles qui font grandement plaisir… Et l’on se prend à accepter à considérer la valeur de l’instant présent, comme l’on goûtait avant un « programme de variétés », picorant ici et là, se dispersant à d’autres moments. Certains de leur regroupement sont du reste très réussis ; ils prennent visiblement du plaisir et nous offrent des tableaux foisonnants absolument jubilatoires.
À coup sûr, certains de ces interprètes sont déjà leurs propres auteurs, et avec talents, tandis que d’autres n’ont peut-être pas eu autant d’espace pour mettre en valeur la mise en forme de leurs compétences artistiques.
Si vous y allez pour passer un bon moment et encourager de jeunes artistes prometteurs, foncez ! Si vous désirez partir à la rencontre d’un spectacle « signé », passez votre chemin ; il faut croire que le metteur en scène était un peu paresseux sur cette affaire…

Par Jérôme Robert

Pour en savoir plus et découvrir les lieux où découvrir ce spectacle :

http://www.cnac.fr/page_ecole.asp?rec=26

20e/Première

20e/Première, mise en scène Georges Lavaudant
spectacle de la vingtième promotion des étudiants de l’École nationale supérieure des arts du cirque de Châlons-en-Champagne

Ça sonne comme un clap de film, ils font irruption sur la piste comme une volée de grains jetée à une volée de moineaux, ça résonne des bruits de la ville et de la vie : une belle énergie juvénile, d’entrée. La mise en piste a les qualités et les défauts du “nouveau cirque“ : à savoir, peu d’exploits, ou des exploits presque “en douce”, à l’opposé des roulements de tambour du cirque traditionnel, pas de costumes rutilants, mais des tenues de travail ou des impers et talons aiguilles qui renvoient aux mythologies du cinéma américain, un remarquable travail collectif dans la danse.
Mais, mais, mais… Malgré de superbes envols collectifs à la bascule, d’une précision étonnante, malgré un numéro très original de dressage de bicyclettes, le problème est que le vocabulaire technique des élèves est assez limité, et que le spectacle fait repasser les plats, au fil, à la corde, au tissu, au mât chinois, au numéro hip-hop… Le spectacle pouvait être plus court, plus dense, s’offrir un peu plus de silence, et l’on pouvait espérer de l’école plus de diversité et un peu plus d’exigence de virtuosité. Reste le charme tenace de ce collectif.

Christine Friedel
Espace chapiteaux à la Villette, jusqu’au 15 février
.

BoumKœur

BoumKœur, d’après le roman de Rachid Djaïdani, mise en scène Habib Naghmouchin. Avec Tony Mpoudja et Salim Kechiouche.

On pourrait entendre « boum cœur » et on serait dans du Charles Trenet, ou « bunker » et on serait dans l’image de la banlieue donnée par La Haine (le film). Troisième voie : un naïf, sous prétexte d’écrire les histoires vraies de sa banlieue, tombe dans les pattes d’un méchant “gremlin“ qui lui bricole un vrai-faux enlèvement on verra pourquoi. Il y a de jolis intermèdes sur les joies du supermarché et l’ennui de “tenir les murs“. Les deux acteurs sont parfaits, le décor impeccable. Une déception : le texte ne nous a pas paru à la hauteur de l’enthousiasme du metteur en scène : trop sage dans ses deux langues, le “relevée“ et la “verte“, même si le jeu entre les deux fait sourire.

Christine Friedel

Théâtre de la Boutonnière – Paris 11e
Du 6 au 31 janvier 2009

 

Montaigne

Montaigne, adaptation et mise en scène Thierry Roisin

Philosopher, c’est être en route. Donc, notre Montaigne d’aujourd’hui prend non l’avion mais le tapis roulant de l’aéroport, où il croise, suit, découvre, arrête les objets – et même de vraies valises – que déposent des magiciens-bagagistes cachés en coulisses. Chemin faisant, défaisant, rebroussant, il philosophe, donc. Pour son spectacle, Thierry Roisin n’a pu prendre que l’écume de la somme que sont les Essais, et cette écume est Montaigne lui-même, curieux, savant sans vanité, soucieux d’exactitude avant tout sur lui-même et sur ses limites, capable de se mettre à nu très simplement – pour changer de costume et d’époque -, et de s’indigner du gâchis mondial propagé par le vieux monde ou de l’inacceptable torture.
Il est accompagné, vraiment accompagné, comme par deux amis – pas La Boétie, c’est trop tard, celui-ci ne nous est connu que perdu -, une flûte et une clarinette, proches et sensibles. Autrement dit, Yannik Choirat, le comédien qui nous emmène sans jamais la ramener pas, et les deux musiciens, Agnès Raina et Samuel Maître.
On sort de là heureux de se sentir intelligent, et pas tout seul.


 

Christine Friedel

Au Nouveau Théâtre de Montreuil, jusqu’au 6 février.

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