Les sept jours de Simon Labrosse

 Les sept jours de Simon Labrosse , mise en scène de Claude Viala.

 

  Carole Fréchette, il y a un moment que cette dramaturge québécoise est montée régulièrement en France ( Les Quatre morts de Marie, La peau d’Elisa, Jean et Béatrice et bientôt au Théâtre du Rond-Point, La petite pièce en haut de l’escalier. Les Sept jours de Simon Labrosse met en scène un jeune homme qui invite le public à assister à quelques petites tranches de sa vie à lui. Cela commence par une sorte de théâtre dans le théâtre-une fois de plus!- auquel on a bien du mal à croslabrosse166.jpgire, puis chaque jour qui commence, est  ponctué, sur une petite musique de Sanseverino, par la célèbre phrase de la Genèse »  Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuits : « il y eut un soir, il y eut un matin » que chantait autrefois Marie-Claire Pichaud (si, si, essayez de vous souvenir de ce quarante cinq tours assez mielleux des années 60).
  Donc, revenons à ce Simon Labrosse qui possède à la fois une imagination délirante et qui déborde d’énergie. Il propose aux gens qu’il rencontre ses services en tout genre: cascadeur émotif, finisseur de phrases, flatteur d’ego, spectateur de vie ou mieux encore allégeur de conscience. Il veut à tout prix, c’est à dire en faisant payer un peu les gens,  se réinsérer dans la vie active en gagnant leur confiance. C’est,  en fait, des morceaux de sa petite vie avec ses espoirs et surtout ses ennuis ( loyer impayé, fiancée disparue en Afrique,et…) que Simon Labrosse propose au public. Mais le pauvre jeune homme- assez risible et dérisoire- semble condamné à la solitude dans une société qu’il n’intéresse pas, et où « il pleut des briques Il a quand même deux amis: Léo, un poète huluberlu qui voit tout en noir et Nathalie qui, elle, ne rêve que de son avenir personnel.
  C’est parfois drôle, et plein d’invention, parce que le trio Cédric Revollon ( Simon), Hervé Laudière ( Léo) et Léonore Chaix  (surtout , avec un côté nunuche et sotsot qui fait dire qu’elle doit être d’une belle intelligence pour arriver à ce degré d’interprétation; c’est correctement -mais pas plus- mis en scène par Claude Viala qui devrait quand même conseiller à Cédric Revollon de mettre un bémol à ses criailleries. Le temps parait un peu long, et ce qui ferait quelques sketches réussis peine à s’imposer comme véritable pièce. Le public dans l’ensemble ne boude pas son plaisir, mais, bon, désolés,  on reste malgré tout un peu sur sa faim.
  Y aller?  Oui, si vous êtes sensible à l’écriture poétique de Carole Fréchette mais, soyons honnêtes, ce n’est pas une soirée inoubliable, et il a toujours Le monde moderne de Depardon au cinéma, si vous ne l’avez pas encore vu….

Théâtre de l’Opprimé, rue du Charolais ( métro Dugommier) jusqu’au 28 décembre.


Archives pour la catégorie critique

NOUVEAU SPECTACLE EXTRAORDINAIRE

 Nouveau spectacle d’après la nouvelle d’’Edgar Allan Poë,  mise en scène d’Anne Bitran


C’est encore à un étrange voyage où nous convie cette compagnie inventive sur l’invitation d’Yves Chevallier, châtelain de la Roche Guyon avec la complicité du Théâtre de l’Apostrophe à Cergy- Pontoise. Sous la conduite de Frédéric Aurier qui nous guide dans un voyage inquiétant à travers les dédales du château, nous arrivons dans une salle obscure où nous pouvons enfin nous asseoir. Anne Bitran dialogue avec une petite marionnette autour du Masque de la mort rouge décrit par  Edgar Allan Poe, on nous guide enfin vers un joli salon où trois musiciens, Frédéric Aurier au violon, Noémi Boutin, au violoncelle et Valérie Kafelnikov,  à la harpe, interprètent avec une belle maîtrise des extraits d’œuvres de Janacek, Ravel, Britten, Bartok et Ligeti etc….

Anne Bitran s’empare d’une étrange machine pour projeter sur les tapisseries de somptueuses images conçues par Olivier Vallet. La compagnie des Rémouleurs nous surprend depuis une quinzaine d’années et nous avions découverts ses créateurs avec Chaosmos et Ginette Guirolle. Ce nouveau spectacle extraordinaire porte bien son nom.

Edith Rappoport

Spectacle vu au château de la Roche-Guyon.

Devant la parole. Valère Novarina.

Devant la parole Valère Novarina. adaptation scénique de Louis Castel Maison de la poésie par Gérard Conio.

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Si l’œuvre de Valère Novarina séduit par la puissance poétique, comique et  cosmique de  sa création verbale, par sa capacité à la fois de décrypter le monde et de le transfigurer par le pouvoir des mots, il semble que  l’aspect ludique en cache souvent  le contenu spirituel. C’est pourquoi il faut  voir absolument  «  Devant la parole », dans l’adaptation scénique de Louis Castel, qui se donne jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie.  Echappant au double piège  de la  théâtralisation  et de la profération didactique, évitant à la fois la vulgarité du « one man show » et l’ennui  du monologue, Louis Castel, assisté par Nicolas Struve,  réussit avec une remarquable économie de moyens à habiter avec sa seule voix et son seul corps   l’espace tout entier de la salle rebaptisée «  Louis de Funès » pour la circonstance.   Il extirpe ces textes de leur gangue livresque pour leur donner chair  avec une science dramaturgique qui constitue en soi une véritable synthèse des arts. Il nous rappelle que l’essence  du théâtre n’est pas dans l’effet à produire mais dans la nécessité interne qui relie toutes ses composantes visuelles, plastiques,  gestuelles et sonores, elle est surtout et avant tout dans le rythme. A cet égard, sa performance, pour employer un terme à la mode, si elle est exactement vécue par les spectateurs, est appelée à les laver des  scories dont nous sommes accablés dans le courant des jours. Et telle devrait être la vraie catharsis opérée par le théâtre, non un défoulement superficiel, mais une remontée aux sources. Il y a un mystère de Novarina, un mystère de l’incarnation de sa parole par  des acteurs sur la scène. Rien de plus antinomique, en effet, que l’écriture de Novarina et la notion même de «  représentation ». Mais cette association contre nature devient une évidence, quand les acteurs comprennent qu’il ne suffit pas de jouer, de représenter des textes en somme injouables et irreprésentables, mais de faire  en sorte que «  l’esprit respire ». Rendre à l’esprit sa respiration, son rythme, sa chair, tel est le propos de Marcel Jousse, dont on vient de rééditer les écrits, notamment «  La manducation de la parole ». On y trouve le meilleur commentaire de l’exercice spirituel que Louis Castel répète patiemment, avec enthousiasme et  humilité,  tous les soirs,  devant un public  restreint :
«  Prenez et mangez ! »  C’est, devant le manger visible et mystérieux, une invitation parallèle à celle que Iéshoua avait déjà faite devant le manger invisible et également mystérieux : «  Apprenez et comprenez ! » N’oublions jamais que, dans les actes comme dans les paroles, nous sommes en plein milieu de l’Enigme et de la Transsubstantiation. Les preneurs sont à la fois des appreneurs. La Manducation est aussi Mémorisation. Nous nous trouvons là en face des grands mécanismes gestuels traditionnellement transmis et traditionnellement significatifs. C’est la pédagogie universelle par les deux gestes liés et  successifs : recevoir, transmettre.
Cette transmission est la même que celle accomplie il y aura bientôt un siècle par les poètes russes de l’art de gauche qui redonnaient à la parole, au verbe, au «  slovo », son pouvoir de «  transsubstantiation ». Comme Novarina, ils sortaient d’une tradition culturelle fondée sur la communication pour retrouver l’action   magique  du langage, à la jonction entre la poésie populaire et l’art sacré.
Gérard Conio

jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie

Grisélidis Réal

La Catin révolutionnaire, d’après les lettres de Grisélidis Réal, mise en scène de Régine Achille-Fould.

 

En général, on annonce un spectacle avec les noms de l’auteur et du metteur en scène. Ici, les deux piliers en sont l’auteur et l’actrice, soutenue par le piano de Manuel Anoyvega ou de Gabriel Levasseur. Il y a  ici un remarquable équilibre des forces entre deux femmes égales en dignité, la prostituée et l’actrice.  Actrice, parce qu’elle ne joue pas la comédie : elle porte, un personnage de femme hors du commun, tout ce qu’elle cette porte elle-même de la condition féminine, et, au-delà des laissés pour compte, réprouvés et parias de notre société. Cela, sans un gamme de pathos, sans morale sucrée, sans slogans, sans indulgence, sans attendrissement, sans embarras : les faits, rien que les faits, la dignité, le courage qui ne demande rien, et un humour altier.
Dans les années quatre-vingt, Grisélidis Réal, prostituée -“péripatéticienne écrivain“,  selon elle – a échangé une longue correspondance avec Jean-Luc Hennig, alors journaliste à Libé. L’écriture se fait radeau de survie, mais aussi expérience philosophique de la liberté, de l’armature qui fait qu’on reste une personne.
Total respect,comme disent les gamins. Et plaisir d’admirer une admirable – allons, dédramatisons – comédienne.

Christine Friedel.

Théâtre du Marais jusqu’au 12 décembre.

Arnaud Meunier – En quête de bonheur

 

En quête de bonheur d’Arnaud Meunier, oratorio poétique et philosophique

 Le bonheur: pas en chansons, ce serait  trop facile. En dictionnaire philosophique, en statistiques, en poésie… Ici, Charles Baudelaire côtoie Voltaire, Lydie Salvayre et une dizaine d’écrivains qui dialoguent courtoisement. Humour, «  gai savoir « , plaisir des mots: on est peu à peu séduit. Régis Huby, avec son violon électrique et un synthétiseur, enveloppe d’envoûtantes nappes de son le montage d’Arnaud Meunier. Trop, parfois : c’est très beau, mais on aimerait un peu plus de silence. Enfin, on ne va pas bouder son bonheur…

Christine Friedel


Maison de la Poésie, Paris IIIèmejusqu’au 14 décembre.

Le Repas de Valère Novarina

 Le  Repas de Valère Novarina, mise en scène de Thomas Quillardet.

 Le Repas, qu’écrivit Novarina il y a quelque quatorze ans, est une petite merveille qui n’aurait rien à voir avec le théâtre et qui pourtant en est une des plus belles illustrations  contemporaines. On a l’intuition que ce grand poète, dont la mère était comédienne, n’avait pas trop envie, même pas du tout envie d’écrire du théâtre, disons normal avec de vrais personnages, quelque chose qui ressemble à une action dramatique, etc… comme le laissait entrevoir déjà mais timidement La Fuite de Bouche que nous avions vu  à Marseille monté par Maréchal,dans les années 70.
  Bien conseillé par Bernard Dort-notre très intelligent maître à tous disparu ( Jacques Livchine, Edith Rappoport notre consœur blogueuse, Laurence Louppe, du Vignal… ne diront pas le contraire) qui a su nous inculquer les principes (les fondamentaux comme on dit maintenant) d’une bonne dramaturgie- Novarina a persisté et  a signé toutes une série de « pièces » où il a donné le rôle principal au langage, jusqu’à en faire acte théâtral. Ce qui ne va pas, sans un travail exemplaire d’écriture où la langue française, retravaillée, revisitée offre ce qu’elle a de meilleur à consommer, comme un repas ( ! ) d’une saveur incomparable…
  C’est d’autant plus vrai avec cette pièce qui se joue autour d’une grande table en verre dotée d’assiettes  et de verres à pied, avec un gros bocal où un poisson rouge passe et repasse pendant tout le spectacle, seule concrétisation – vivante- de la nourriture et paradoxalement impossible à manger. Pas de véritable personnage- ce que révèle déjà la distribution: La  Personne creuse,le Mangeur d’ombre,La Bouche Hélas, L’homme Mordant ça, Jean qui dévore Corps, La Mangeuse ouranique, L’Enfant d’Outre Bec, L’Avaleur Jamais Plus.
  Pas de véritable dialogue non plus, pas  l’ombre d’un scénario. Mais la mise en scène de Thomas Guillardet, qui a su prendre comme fil rouge ce jeu permanent sur et avec le langage imposé par Novarina, fonctionne pourtant très bien, sans doute parce qu’elle s’appuie sur un travail exemplaire sur le texte et les chansons Le dernier quart d’heure, c’est vrai, patine un peu, sans doute à cause des plusieurs fausses fins de la pièce qui cassent un peu le rythme, malgré l’énergie restée intacte dnovrepas1.jpges comédiens.
  Ce que le metteur en scène a su bien mettre en valeur, c’est  la valeur,le trésor inestimable de la parole chez l’être humain, même et surtout peut-être quand elle devient illogique, absurde et bancale, qu’elle soit parlée, récitée ou chantée, individuelle ou collective, dans une immense jouissance  souvent inconsciente et inaliénable de la vie. Mais il y a aussi la face plus sombre de la pièce, où, derrière cet immense déflagration de mots,  se cache une réflexion sur notre passage sur terre et sur la mort qui obsède Novarina. Comme semble, dès le début, nous en avertir ce squelette peint en noir très kantorien, dont le crâne coupé en deux se révèle être une boîte à proverbes absurdes.
   Il y a entre le public appelé à participer,comme Savary le faisait du temps de son Magic Circus, et les comédiens de ce Repas un même désir de s’offrir un vrai moment de bonheur. En ces temps de misérables duels  politiques, et quand Le Monde- notre Monde à tous- ose publier dans un même numéro trois articles sur Carla Bruni, cet immense délire poétique de premier ordre fait du bien par où cela passe. C’est aussi ce qu’avaient compris cette année de jeunes metteurs en scène talentueux comme Marie Ballet ou Thomas Poulard., attirés par l’univers  de Valère Novarina.
  D’autant que Thomas Quillardet a su s’entourer d’une remarquable équipe de comédiens qui  se sont emparés du texte comme d’un véritable cadeau, mais en acceptant la grande rigueur verbale et gestuelle que leur a imposé leur metteur en scène. Olivier Achard, Aurélien Chaussade, Maloue Fourdrinier, Christophe Garcia, Julie Kpéré et la plus jeune sans doute qui mène le bal, Claire Lapeyre-Mazerat , issue comme Thomas Poulard de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot: elle a abandonné le porte- jarretelles et les paillettes du Cabaret de Bob Fosse qu’elle a joué pendant plus d’un an, mais  joue, chante et danse avec ses camarades avec le même savoir-faire et un plaisir communicatif, sous la houlette efficace du musicien Sacha Gattino qui  sait les diriger de près, du haut de son balcon. Le public ne s’y trompe pas qui leur fait à tous une véritable ovation.
  A voir? Oui, absolument; contre-indication aucune: sauf allergie aux jeux sur le langage.

Philippe du Vignal

 

Maison de la Poésie

Après la répétition

 S’agite et se pavane, texte d’Ingmar Bergman, mise en scène de Laurent Laffargue


Deux Bergman dans la semaine! Ainsi va la vie théâtrale dans la région parisienne.  (Voir notre précédent article sur S’agite et se pavane de Célie Pauthe.  Rappelons rapidement que le célèbre scénariste et réalisateur suédois, mort l’an passé, a commencé par être metteur en scène et a continué à l’être, qu’il a écrit plusieurs pièces et dirigé plusieurs grands théâtres. Et les textes  de Shakespeare et de Strindberg ont toujours été ses compagnons de route..
La  scène, avec tout son charme et les relations ambigües qu’elle entretient avec la vie quotidienne, n’a donc guère de secrets pour lui, et nombre de ses films racontent des histoires de gens du spectacle (Persona, Le Septième Sceau, Fanny et Alexandre ou La Flûte enchantée). Sans doute,  trouvait-il dans cet univers  une sorte de microcosme de la société qui l’aura beaucoup inspiré.  » L’art du théâtre, disait déjà  Chikamatsu Monzaemon, se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ».
Bref, le théâtre dans le théâtre, cela date du seizième siècle mais, c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes, et Bergman a su magnifiquement appliquer ce vieux proverbe cantalien. Laurent Laffargue, lui, non plus, n’a pas oublié la leçon, puisqu’il a repris les dialogues de ce texte original prévu pour la télévision…. et c’est, disons- le tout de suite, c’est assez remarquable.
Cela se passe sur une scène déserte, après l’effervescence d’une répétition. Quelques éléments de décor, une grande armoire, une table, une  servante ( ampoule unique sur pied qui sert d’éclairage permanent sur scène hors services), un canapé, quelqu
bergmann.jpges chaises. Il y a d’abord une vidéo où l’on voit les comédiens répétant Le Songe de Strindberg, pièce fétiche du metteur en scène Heinrik Vogler qui est resté seul sur scène, en proie à ses doutes personnels et professionnels, aux décisions irréversibles qu’il doit prendre comme chef de troupe, à la peur de la vieillesse et à la mort qui va arriver.

Une jeune comédienne, Lena, pénètre sur scène pour rechercher un bracelet qu’elle aurait oublié mais dans le but évident de lui parler. Ils vont effectivement beaucoup parler  ; c’est à la fois une sorte de cours magistral de théâtre (cela rappelle le très bel Elvire-Jouvet 40 de Brigitte Jaques), une sorte de confession  intime où ils parlent beaucoup, en particulier de sa mère à elle, Rakel dont on comprend qu’elle a vécu autrefois avec Heinrik.
Rakel, une actrice d’une quarantaine d’année, en perte de vitesse qui a sombré dans l’alcool et qui voudrait  qu’il lui donne encore une chance,  arrive, ivre et désespérée dans ce huis clos scénique.  Pathétique, elle lui propose aussi de lui faire l’amour tout de suite, dans les coulisses; Heinrik essaye de lui dire avec beaucoup d’égards que leur histoire amoureuse et professionnelle est bien révolue.

Même si, mensonge ou réalité, il l’assure qu’il pense chaque soir à elle … Quant à Lena, elle reviendra voir Heinrik pour se confier à lui: elle lui parle  des relations difficiles qu’elle entretient avec son jeune amant qu’Henrik  déteste cordialement  et lui avoue qu’elle est enceinte. Henirik , furieux,explose, sans doute par jalousie (on sent très vite qu’il a une tendresse particulière pour Lena qu’il a connu toute petite)  mais aussi parce que cela va amputer son spectacle d’une bonne partie de ses représentations… Lena,très calme, lui annonce alors qu’en réalité, elle s’est faite avorter pour pouvoir enfin jouer sous sa direction.Il trouve alors que sa décision était stupide, mais elle lui précise que le choix  ne venait pas d’elle. Ce qui  va les rapprocher encore un peu plus ,et ils finiront  vite par vivre ensemble, malgré tout ce qui les  sépare. Et Heinrik, alors, va lui raconter , très calmement,mais avec beaucoup de tristesse, ce qui va se passer ensuite, comment leur magnifique amour va sombrer petit à petit; il lui en décrit même, sans aucune illusion, les étapes irréversibles.. Voila, c’est tout et c’est très beau : il faut relire le texte de Bergman; il dit des choses magnifiques sur le théâtre et sur notre vie à tous.

Quant à la mise en scène de Laurent Laffargue, on sent qu’il y a mis le plus profond de lui-même et qu’il a dirigé ses comédiens avec beaucoup de savoir-faire et de sensibilité. D’abord, Didier Bezace, acteur, metteur en scène et directeur du Centre dramatique d’Aubervilliers (en banlieue parisienne). Choix intelligent…  Didier Bezace connait son personnage! Il est d’une présence, d’une sensibilité et d’une précision étonnante, surtout, quand il lui faut rejouer chaque soir ce personnage tourmenté; il passe par tous les registres: la colère, la solitude,les doutes permanents, le vertige métaphysique, l’affection nostalgique qu’il éprouve pour Rakel mais aussi son embarras à refuser les propositions de Rakel, l’attirance érotique pour Lena; bref, c’est assez  rare et mérite d’être souligné. Fanny Cottencon est toute aussi vraie et juste dans sa souffrance et son angoisse exaspérée,même si son rôle est moins important et Céline Sallette, qu’on avait pu voir dans la série des Maupassant,  sait jouer très finement  aussi sur  une remarquable palette de sentiments. Bref, on ne rencontre pas tous les jours une distribution aussi pertinente et aussi harmonieuse.

On oubliera vite les gros plans des personnages par vidéo interposée ( cela devient actuellement une véritable manie ( le récent Songe d’une nuit d’été de Yann-Joël Collin, comme dans nombre de spectacles), comme si les belles images de Laurent Laffargue  et les lumières de Patrice Trottier ne se suffisaient pas à elles-mêmes;  on oubliera aussi la double tournette -absolument inutile-recyclée d’un de ses précédents spectacles. Cela dit, la mise en scène est d’une très grande qualité, et Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, a eu encore la main heureuse dans ses choix.
A voir ? Oui, absolument, que vous connaissiez déjà Bergman au théâtre ou seulement par ses films, ou pas du tout. Aucun temps mort , aucun bavardage: tout est dit en une heure et demi.


Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet jusqu’au 6 décembre inclus. Après la répétition en tournée: 9,10 décembre à  Rueil-Malmaison; le 12 décembre à Chelles, puis du 31 mars au 8 avril au Théâtre national de Bordeaux; le 7 avril à Arcachon; le 9 et 10 avril à Bayonne; le 14 et le 15 avril à Angoulême,le 24 avril à Tarbes; le 24 et 25 avril au Mans et le 2 mai à Agen.

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S’agite et se pavane d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe

S’agite et se pavane  d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe.

  Ingmar Bergman était né en 18 et est mort l’an dernier, le même jour qu’Antonioni…. Mais on oublie souvent que l’immense scénariste et réalisateur (Le septième Sceau, adapté d’une de ses pièces, Peinture sur bois, Cris et chuchotements, etc.) était aussi auteur dramatique. Il avait commencé par faire du théâtre et très jeune ,avait monté Shakespeare, Strindberg et plus tard, Ibsen, Lorca, Albee… Il avait aussi dirigé de grands théâtres comme ceux d’Helsinki, Malmö et le théâtre Royal de Stockholm.
  Le titre de la pièce est repris de la célèbre réplique de Macbeth: « La vie n’est qu’un ombre errante, une pauvre comédie qui s’agite et se pavane une heure sur scène et qu’ensuite, on n’entend plus, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ». C’est ici l’histoire de l’ingénieur Karl Akerblom, l’oncle de Bergman; le personnage est mythomane ; atteint de délire, il  a dû être hospitalisé dans un établissement psychiatrique. Il va y rencontrer un médecin à bergman.jpgqui il raconte son obsession pour Schubert.
Sa fiancée arrivera à le faire sortir de l’hôpital et à tourner un film qui sera projeté dans la salle municipale de sa ville natale.Mais il y a une coupure de courant et c’est le théâtre qui succèdera au cinéma dans une sorte d’aller et retour ontologique. La pièce oscille sans cesse entre onirisme et réalité, entre  vie quotidienne et quête d’absolu . Comme dans ses films, il y a une présence permanente de la mort qui hantera toute sa vie Bergman.

  La  pièce est étrange et a un certaine difficulté à prendre son envol; malgré ses qualités de scénario, elle s’englue souvent dans le bavardage, et parait bien longue (deux heures). Nous ne connaissons pas le film de Bergman qu’il en avait tiré et qui est difficile à voir.
Roger Planchon, pourtant avec Jacky Berroyer dans le rôle de Karl, s’ était cassé les dents sur cette pièce, il y a quelques années.
Célie Pauthe, avec une mise en scène  et une direction d’acteurs très précises- qu’on avait déjà pu voir dans L’Ignorant et le Fou de Witkiewicz réusssit à créer un univers bergmanien. Comme ses comédiens ( en particulier Marc Berman, Serge Pauthe, Karen Rencurel , Philippe Duclos) sont tout à fait bien, on finit par entrer dans cet onirisme étrange, surtout vers la fin, bien que la salle du nouveau théâtre de Montreuil ait été plutôt vide de spectateurs, ce qui ne rend pas les choses faciles pour les comédiens.

  Quant au Nouveau Théâtre de Montreuil, c’est encore un travail d’architecte en manque d’inspiration qui a voulu innover- et c’est assez redoutable quant à la distribution des espaces, la couleur rouge foncé et les lumières parcimonieuses. Quelle prétention! En particulier, dans  la décoration  du bar,  ou dans celle des lavabos déjà usés après quelques mois de fonctionnement! Cela dépasse même ce que Stark avait réalisé pour l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs; on ne dira jamais assez cette espèce de folie qui s’empare des architectes contemporains, quand ils ont à construire un grand théâtre!
A visiter absolument, si on veut avoir une juste idée de la création de grands espaces…

Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, direction Gilberte Tsaï, jusqu’au 21 novembre et reprise du 11 au 20 décembre.

Le texte de la pièce est édité chez Gallimard.

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ . ateliers Berthier 15 novembre par Edith Rappoport

 

De William Shakespeare, mise en scène Yann-Joël Collin, compagnie La nuit surprise par le jour

“Berthier n’est plus qu’un vaste bazar. Yann-Joël Collin, dès avant l’été avait annoncé son intention de brouiller la distinction entre scène et salle, espaces réservés au public et zone consacrée à l’aire de jeu”…Le songe d’une nuit d’été est ma pièce préférée de Shakespeare depuis le lycée de Saint Germain en Laye, une dissertation pour Madame Boutang et des souvenirs fulgurants parmi d’autres des mises en scène de Mnouchkine au cirque Médrano dans les peaux de chèvre, de la blancheur immaculée de Peter Brook et ses trapèzes au Théâtre de la Ville et plus récemment celle du Footsbarn sous chapiteau à la Cartoucherie dont j’ai parlé dans ce blog.

C’est une vraie troupe qui a escaladé courageusement ce pic avec l’axe bienfaisant du désordre et des acteurs qui se donnent à fond. On pénètre dans une salle en U, un grand bar sert à boire et à manger, on est filmés qur grand écran dans un vacarme de musique pop. Le duc d’Athènes, Hyppolita et Egée sont à la régie, Hermia, Lysandre, Démétrius et Héléna sont convoqués avant de s’enfuir dans leur nuit haletante. Puck est un magicien d’opérette, on transforme la salle pour le dernier acte en rajoutant des bancs et on convoque un spectateur pour tenir de rôle de la lune dans Pyrame et Thisbée joué par les artisans. Malgré toutes les imperfections, ce spectacle encore en devenir m’a ravie.

 

Edith Rappoport

Le Songe d’une nuit d’été

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène de Yann-Joël Collin, traduction et adaptation de Pascal Collin

Imaginez, pour ceux d’entre vous qui ne la connaissent pas, une grande salle- autrefois réserve à décors de l’Opéra-Comique-toute en béton, aménagée avec un gradin frontal muni d’un bar en haut et d’un autre en bas, et deux gradins latéraux pour le public. Au centre, quelques praticables  simples et un rideau. Il y aussi un petit orchestre rock, des guirlandes de lumière un peu partout, une caméra-vidéo retransmettant le visage des spectateurs qui entrent et, plus tard celui des comédiens qui jouent un peu partout dans la salle. Déjà souvent vu mais bon…

On demande à quelques spectateurs de venir se mêler aux acteurs : on n’est pas du tout, on l’aura compris dès les premières minutes, dans l’illusion mais plutôt dans une sorte de lecture personnelle de la pièce par Yann-Joël Collin. Les acteurs, en vêtements de ville tout à fait banals et assez laids, munis la plupart du temps de micros HF, hurlent, courent, montent sur les praticables, éclairés par une poursuite-lumière, en redescendent pour aller jouer dans les rangs du public, et chantent parfois des passages du texte.

Tout ce bric-à-brac scénique, finalement assez racoleur, inspiré du cirque et du music-hall, trop utilisé ces dernières années, a pris un sacré coup de vieux et est surtout dénué de la moindre efficacité. « La théâtralité suraffirmée, dit Yann Joël Collin, par cet improbable mélange, permet de débarrasser la scène de toute inscription réelle ou mythique qui daterait la fiction ou soumettrait la scène à l’histoire, la philosophie ou la littérature » (…) « L’aveu que l’histoire et ses personnages sont un décorum fixe l’attention sur l’essentiel: la situation rendue à son essence et à son exemplarité ». On veut bien! Mais heureusement, le spectacle échappe en partie à ce galimatias pseudo-théorique, et il y a de très belles images, malgré de sérieux problèmes de rythme. La  version initiale les premiers jours, durait quatre heures sans entracte! Et la deuxième avec entracte, dure toujours quatre heures… Vous êtes donc prévenus! Ce qui ne correspond pas à la durée normale de la pièce mais, comme l’attention du spectateur est constamment sollicitée, cela arrive tant que bien que mal à passer.

Grâce surtout, à quelques acteurs formidables comme Alexandra Scicluna, Cyrille Bothorel ou Eric Louis. Mais le spectacle et Yann Joël Collin le dit honnêtement-est du théâtre expérimental- la pièce ici semble avoir été lavée et essorée à la machine, et il y manque quand même un sacré parfum de rêve et d’érotisme. Comme on a tiré le texte plutôt vers son aspect farcesque, on a surtout l’impression d’une jeune compagnie de comédiens très unis, qui, dans le sillage d’Antoine Vitez leur maître à plusieurs, s’amusent au sortir de l’école, à nous montrer leur savoir-faire, avec, disons, une certaine complaisance…

Mais sans vouloir offenser personne, la bande de joyeux drilles qui a déjà un beau parcours derrière elle, frise maintenant la quarantaine… Et, comme la pièce ne se laisse pas faire, cela ne fonctionne pas tout à fait. Le moment le plus réussi étant sans doute la fameuse scène de Pyrame et Thisbé. Quant au public, il semble partagé: la professeur de collège qui était près de nous, avait le plus grand mal à faire garder le silence à ses adolescents qui ne s’intéressaient guère aux scènes proposées, sauf à celle de Pyrame et Thisbé, sans doute la plus réussie. L’étiquette: théâtre expérimental, dixit le metteur en scène-a bon dos et a été trop galvaudée, et ce n’est pas une bonne bonne carte à jouer, surtout dans une grande salle, comme celle des ateliers Berthier.

Le plus émouvant pour nous-et sans doute pour nous seul l’autre soir- était de voir dans la salle les jeunes comédiens, issus de la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, mise à mort il y a deux ans par les bons soins du Ministère de la Culture et d’Ariel Goldenberg. Ils avaient monté une très belle adaptation de Roméo et Juliette beaucoup jouée dans le Midi, et regardaient leurs aînés sur scène.
Alors à voir? Oui, pour les comédiens et l’esprit de troupe assez rare aujourd’hui; non, pour l’adaptation, la mise en scène et la durée excessive du spectacle; s’il était resserré, les choses iraient déjà autrement.. A suivre donc mais Yann Jöel Collin a fait beaucoup mieux, en particulier avec une remarquable mise en scène d’Henry IV du même William Shakespeare.

Philippe du Vignal

Odéon-Ateliers Berthier, rue André Suarès Paris XVIII ème.

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