LES VIPÈRES SE PARFUMENT AU JASMIN Théâtre 71 de Malakoff

LES VIPÈRES SE PARFUMENT AU JASMIN Théâtre 71 de Malakoff

Texte et interprétation de Nasser Djemaï, mise en scène Natacha Diet
Après Une Étoile pour Noël qui a connu une belle carrière, Nasser Djemaï vient de créer un deuxième spectacle coproduit par le Bateau Feu de Dunkerque et le Théâtre 71. Après un succès, un deuxième solo est parfois périlleux. Nasser DjemaÏ a un vrai talent, une présence étonnante, il jongle entre les personnages de sa famille, la mère, la fille, le fils adoré, le père disparu. Avec une simple malle, il évoque tout un monde familial, mais ne réussit pas pour l’instant, à captiver l’attention du public sur la durée du spectacle.

Edith Rappoport


Archives pour la catégorie critique

T’ENTENDS ?

T’ENTENDS? Théâtre Dunois

Spectacle musical mis en scène par Catherine Vaniscotte, sur des textes et des chants de Jacques Rebotier, Élise Caron et Jean-Michel Espitalier, compagnie la Volière.
Ce délicieux spectacle joue avec les mots et les notes. Agnès Buffet et Iris Lancery saluent le jeune public avec les « Bonjour les n’importe qui, les n’importe comment, bonjour les rabougris, les rats des champs, bonjour les guili-guili les gouzis-gouzis, les bigoudis, les frisottis… » d’Élise Caron, elles voyagent dans les textes, les notes, les instruments pour le plus grand plaisir du public. La grâce de ce spectacle insolite séduit des plus petits aux plus grands. Même les enfants de maternelles qui remplissaient la salle qui vibraient un peu bruyamment aux bonjours, ont été séduits.

 

Edith Rappoport

RÊVE GÉNÉRAL

RÊVE GÉNÉRAL  Théâtre Jean Arp de Clamart

Compagnie le CRIK (Club de réflexion et d’investigation clownesque) mise en scène Jean François Maurier
Le CRIK  se définit comme «  une petite entreprise regroupant des travailleurs du champ sociétal élargi. Il s’appuie sur son produit phare, le clown de théâtre ». J’avais vu au Lucernaire Un p’tit jardin sus l’ventre, terrifiant solo sur la guerre de 14 et l’an dernier à Taverny ou Maurier avait mené pendant des années un travail exemplaire d’action culturelle ,  C’est une fille, beau spectacle de 4 clownesse au nez blanc dont j’ai parlé dans ce blog. C’était un jour de grève, la salle était pleine de jeunes qui leur avaient fait une ovation.
Rêve général est interprété par 6 clowns qui ont une belle maîtrise de leurs personnages. Après un début un peu laborieux, le spectacle est le fruit de 2 ans d’élaboration, il n’est encore affranchi des nombreux ateliers, les clowns brossent des images ironiques de la souffrance au travail qui ravissent le jeune auditoire de la salle. Il faut saluer le théâtre Jean Arp qui a su accueillir le Crik théâtre dans de bonnes conditions. Puissent de nombreux théâtres s’en emparer !

Edith Rappoport

Shakespeare de fracas et de furie

 Shakespeare de fracas et de furieimage21.jpg, adaptation et mise en scène de  David Fauvel

  Jean Lambert-wild,  le nouveau directeur  de la Comédie de Caen a  invité une jeune compagnie de la région: Le théâtre des Furies, à venir présenter son nouveau spectacle pendant deux semaines. Ce qui est  généreux et pas si fréquent… Quand on pense que Le Théâtre national  de Strasbourg n’a jamais voulu programmer le Théâtre de l’Unité, pourtant  son proche voisin de Franche-Comté qui a promené son  Vania à la  campagne  un peu partout en France comme en Europe et qui existe, lui, depuis quarante ans!  Cela donne une haute idée des rapports  entre les théâtreux puissants et les autres, même reconnus et  subventionnés depuis longtemps. Passons sur ce système de forteresses à la française…

David Fauvel a donc imaginé un spectacle en deux parties d’une  heure qui peut être considéré comme une sorte de condensé/adaptation  à forte connotations d’art contemporain de deux des pièces les plus connues de Shakeapeare: d’abord Desdémone, d’après Othello puis  après un entracte, Ophélie d’après Hamlet, mais en gardant que les  personnages les plus essentiels du drame et des morceaux de texte tels quels.

Antoine Vitez avait un jour proposé comme  exercice à ses élèves de l’école de Chaillot: jouez-moi Hamlet en quelques minutes. Sans préparation, sans costume, sans  texte à la main. Dans cette espèce de réduction/concentration à  l’essentiel qui était avant tout  un exercice sur la mémoire des  personnages, il y avait parfois des éclairs merveilleux de lucidité  et de fraîcheur.

Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’un exercice d’apprentis-comédiens mais il y a chez David Fauvel cette même volonté de se  battre avec deux textes qu’il admire mais avec lesquels il ne se sent  tout de même plus en phase…On n peut n’être pas d’accord avec  beaucoup de choses de son spectacle mais au moins, il y a chez lui,  le plaisir de s’emparer d’un plateau et d’y projeter ses envies ,et  cela, ce n’est  plus si souvent le cas, comme ce le fut dans les  années 70/ 80 quand les metteurs en scène voulaient absolument en découdre avec le théâtre dit classique et avec le monde qui les  entourait.

Donc mais sans vouloir couvrir David Fauvel de roses rouges, les univers imaginés  par David Fauvel font penser à ceux de créateurs américains du siècle précédent: le grand John Vaccaro avec  ses comédies musicales délirantes, Richard Foreman, Jo Chaikin, Le Living Theater de Julian Beck et Judith Malina et Bob Wilson, bien sûr. (Je vois d’ici le regard effaré de David Fauvel  (qui a quand même 38 ans) protégé par son bonnet de  laine: « Ce du Vignal, avec tous ses ancêtres, il en voit des choses,  tant mieux pour lui mais, moi, je m’en fous ». Et il a sûrement raison mais le dire est plutôt flatteur pour lui qui sait diriger ses acteurs: Stéphane Fauvel, Fabienne Guérif, Sandra Devaux et lui- même.

Il a aussi voulu décomposer/recomposer le texte, casser les  effets de diction, imposer la nudité du plateau et mettre les éclairages rasants au pouvoir: il y a de la naïveté dans cette construction théâtrale qui obéit trop souvent à des poncifs contemporains; c’est là où David Fauvel devrait faire attention: l’eau partout utilisée et à n’importe quel moment, les  corps nus dans des films plastiques, les fumigènes bien immondes utilisés à outrance, les maquillages grossiers, etc… Une provoc qui ne date pas d’hier et usée jusqu’à la corde…

David Fauvel a voulu nettoyer ces deux textes à la vapeur, pour retrouver les motivations des personnages, en les transposant dans le  monde d’aujourd’hui; ce qui l’intéresse avant tout: le rapport à la sexualité et au costume-en particulier au vêtement et au  sous-vêtement féminin ( petit corsets, bas, chemisiers vaporeux  et à l’érotisme tel que l’on peut le vivre en 2009, quand on a une  vingtaine d’années…
.
Il a donc imaginé une Desdémone tout à fait  contemporaine qui n’a absolument pas peur d’assumer ses fantasmes  sexuels. Quant à la pauvre Ophélie, menacée du bordel par Hamlet,  elle devient une sorte de déchet, ce n’est plus tout à fait la sainte païenne de la version officielle mais une sorte de réplique plus jeune de la pute qu’est devenue,  à ses yeux, sa mère. Et cela donne souvent des images d’une grande beauté, comme cette  longue table recouverte d’inox qui pourrait être à sa place dans un  musée d’art contemporain, des tulles blancs flottant au vent et  envahis de brume, des visages aux masques étranges.

Ce spectacle imprégné d’art conceptuel et minimal surtout est bien mis en  valeur par  une bande-son tout à fait remarquable signée Jean-Noël  Françoise et Arnaud Léger  avec, notamment du Chostakovitch et des  morceaux rock étonnants et par une lumière très soignée de Stéphane Babi-Aubert , si bien qu’on en pardonne les  maladresses et les naïvetés .
On  admire l’énergie et le rythme qui restent efficaces tout au long du spectacle. Bien sûr,  il faut décrypter et mieux vaudrait  connaître son Shakespeare mais, après tout, il n’est pas vraiment essentiel de  tout comprendre  et il y a un signe qui ne  trompe pas: la bande de lycéens qui était à la première, ont bien vu  qu’il s’agissait d’un travail d’une grande honnêteté , (à cent  kilomètres d’une création « répondant aux exigences du public »  qui  ravirait le petit Nicolas)… Ils étaient très attentifs et n’ont à aucun  moment boudé leur plaisir.

Ce type de spectacle ne peut sans doute être érigé en modèle -disons qu’il est un peu tendance en ce en ce moment -mais, c’est un exemple intéressant de la jeune création théâtrale en France. A voir? Oui, si vous n’avez pas de rhume,  de bronchite ou d’allergie,  à cause de ces foutus fumigènes…) et si vous avez encore des  envies de découverte. Et ces  deux heures, malgré quelques longueurs, passent encore  plus vite qu’un bon film.
On peut sans doute faire la fine bouche et  pourtant c’est du théâtre, enfin ce que nous appelons du vrai théâtre, au sens étymologique  du terme. Et nous avons un faible pour ces spectacles remplis de défauts mais aussi de promesses…Vous pouvez toujours laisser des commentaires désobligeants, si vous n’êtes pas d’accord, mais… voyez d’abord. Enfin, vous avez peu de chances de le voir, à moins de miracle avignonnais  ou parisien, sait-on jamais?

Philippe du Vignal

Comédie de Caen, (Calvados) jusqu’au 6 février, puis à La  Chapelle Saint-Louis à Rouen ; en mars à Flers, à Alençon et en  mai, au Préau-C.D.R. de Vire. 

Sweet home

image61.jpgSweet home , mise en scène de Jean-Pierre Garnier.

Inutile de répéter  l’intrigue, Philippe Duvignal l’a parfaitement rappelée à l’occasion de sa critique datée du 19 janvier. Bien qu’allant dans un sens similaire, mon avis est plus mesuré que celui de notre ami. En écho à sa critique, je souhaiterais mettre l’accent sur trois dimensions ayant particulièrement retenu  mon attention.

Première élément, et non le moindre, ce spectacle démontre une vraie vision de metteur en scène, par ailleurs respectueux du texte initial. Mais à trop vouloir adapter, on ne fait que respecter. En d’autres termes, oui il s’agit de théâtre – avec de très bons comédiens – et quelque ingéniosité permettant d’éviter trop de statisme, mais la théâtralité demeure réduite à sa plus simple expression. Rien de très problématique me direz-vous, sauf lorsque cela semble témoigner d’une trop grande déférence à l’endroit du roman qu’il ne faudrait pas prendre le risque d’interpréter.

Second élément, la forme du propos. Il m’est arrivé pendant la représentation de la rêver radiophonique. Pourquoi ? Parce que les corps, pourtant toujours en mouvement semblent systématiquement plombés par le verbe : il n’y résistent pas (à l’exception de Martin, remarquable dans ce registre). Quand le corps en scène ne produit que peu de sens, il y a lieu de s’interroger sur nature du parti pris de mise en scène.

Troisième élément, la scénographie oscille systématiquement entre métaphore émotionnelle et dénotation de l’action. On se perd, pris entre une image qui symbolise tantôt une sensation éprouvée par un personnage, tantôt un lieu où se déroule l’action. Ce procédé fini par lasser, et c’est dommage, car cette idée associée à une scénographie censée provoquer un mouvement, était plutôt astucieuse.

Jean-Pierre Garnier demeure un excellent metteur en scène, et cela continue à se sentir. Cependant, il me semble qu’il s’est laissé trop peu de marges de liberté par rapport au roman. Ce texte est cependant magnifique et le jeu ne le dessert pas.

Si l’on est un peu déçu par cette rencontre dont le potentiel est supérieur au résultat, ce travail mérite toutefois d’être rencontré.

Jérôme Robert

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes T: 01-48-28-36-36, jusqu’au 15 février. Navette depuis le métro Château de Vincennes.

Pinocchio

Pinocchio de Collodi, adaptation et mise en scène de Joël Pommerat

 

 pinocchio1.jpg Au Nouveau Théâtre de Montreuil, une matinée scolaire parmi d’autres, dans ce misérable bunker rouge  foncé, fait d’angles et de recoins, (le bar pourrait être celui de  Dracula!), sorti de l’imagination de quelqu’un qui a dû se prendre  pour Frank Gehry! Au moins, la salle a une bonne acoustique et de  belle proportions…
Mais enfin, passons, pour se réconforter il y a 
cette incroyable série d’enfants entrant deux deux par deux,  se tenant  sagement par la main pour aller assister à un spectacle: cela fait  chaud au cœur..
  Une salle bourrée mais l’on sait que, depuis un bon moment, mettre le nom de Joël Pommerat  équivaut à un gage de très grande qualité.  Et  l’on n’est effectivement pas déçu par les aventures du petit pantin  de bois; mais là, attention, nous, c’est à dire la vingtaine  d’adultes seuls, et les enfants avec leurs instituteurs, assistons à un évènement exceptionnel,  pas à une de ces choses approximatives comme celles dont nous avons déjà parlé à propos de ce pauvre Pinocchio cette saison…
Et c’est sans doute une grande chance pour tous ces enfants d’avoir pu assister à des images d’une telle beauté, là devant eux ,et non par le truchement d’un petit écran ; ils  s’en souviendront -même si on peut douter que cette création réponde « aux attentes du public » pour reprendre la lamentable phrase pondue par une des fifres de Nicolas Sarkozy. Et il faut être d’une belle naïveté pour reprendre à son compte une telle bêtise!
En tout cas, ces enfants pourront remercier Gilberte Tsaï, la directrice du Théâtre de Montreuil, d’avoir invité Joël Pommerat ,et leur école de leur avoir permis de voir cela. Et nous savons  ce dont nous parlons…. Combien de spectacles pour enfants ont à la fois une interprétation de cette hauteur, un univers sonore  d’une telle qualité qui forme en fait le fil rouge du spectacle, imaginé par Yann Priest, François et Grégoire Leymarie,  une scénographie (Eric Soyer) d’une telle intelligence, des lumières qui créent le lieu en faisant écho au texte et une mise en scène et une direction d’acteurs irréprochables: Pierre-Yves Chapalain, Jean-Pierre Costanzello, Daniel Dubois ou Philippe Lehembre, Florence Perrin et Maya Vignando.
Joël Pommerat a repris quelques uns des épisodes des aventures de Pinnochio,   la naissance de petit pantin issu du travail d’un pauvre menuisier, son refus d’aller à l’école, ses retrouvailles avec son père dans le ventre de la baleine, la rencontre avec la belle fée bleue, etc…) Mais, ce que l’on aime dans son travail, c’est la profonde honnêteté avec laquelle il traite ce texte et le respect qu’il a pour la narration, alors que la déconstruction est tellement à la mode chez ses chers collègues;  » La narration, dit-il, est pour moi, est une façon d’inscrire le temps. Une histoire me permet d’inscrire un commencement, une succession d’événements qui marquent le temps jusqu’à un avenir ».
Et comme il l’avait déjà fait pour Le Chaperon rouge, toute sa mise en scène témoigne d’un souci de se relier au texte de sans faire de compromis mais aussi de l’ancrer dans le monde contemporain, sans fioritures ni chichis, comme le faisait Bob Wilson quand il n’était pas encore en phase d’auto-académisme, avec un volonté intransigeante de parvenir à la beauté, que ce soit dans sa mise en scène ou dans sa directions d’acteurs. Exactement, comme dans ses autres spectacles récents.
Mais attention, les aventures de ce petit être en proie à la pauvreté et à la dureté du monde des adultes, où le noir est quand même la couleur dominante, n’ont sans doute pas à être vues par des spectateurs de moins six ou sept ans.
A voir? Oui, sans réserve, et si vous avez des enfants ou petits enfants, allez-y ensemble si vous le pouvez: c’est bien qu’il y ait dans la salle adultes et enfants.

Philippe du Vignal

Ce Pinocchio passe un peu partout, plutôt dans le Sud actuellement: Cavaillon, Arles, Grasse, puis sera à Aubusson, Maubeuge, Beauvais, Saintes, Grenoble, etc.

Cœur ardent

 Cœur ardent d’Alexandre N. Ostrovski

 image5.jpgmise en scène Christophe Rauck

Christophe Rauck dont une remarquable mise en scène du Revizor de Gogol ne se laisse pas oublier, met en scène, dans le théâtre Gérard Philipe à Saint Denis qu’il dirige, Cœur ardent œuvre d’un autre grand classique du théâtre russe Alexandre N. Ostrovski (1823 – 1886).

Une caustique satire sociale de la Russie du milieu du XIXe siècle où on entend de lointaines résonances de Molière et du théâtre du Siècle d’Or espagnol. Un monde sclérosé, plongé en léthargie, anesthésié par la soumission et l’alcool, dont les protagonistes sont agités par la perte, la tromperie, le gain, la soif des honneurs mais aussi par la passion amoureuse.

Un riche marchand Kouroslepov oisif et alcoolique s’étant fait voler 2 000 roubles ordonne à Silan, son parent lointain, et à ses deux domestiques, Narkis et Gavrilo, de bien surveiller sa maison. Au terme de moult péripéties il découvrira qu’il est trompé et volé par sa femme, Matriona, exploitée par son amant Narkis, et que celle-ci maltraite Paracha, sa fille d’un premier mariage. Avant que tout ne s’achève par un happy end et le bon ordre rétabli : punition des coupables, mariage des jeunes amoureux, repentir du père abusé par sa femme et son homme de confiance, Ostrovski fait traverser à ses personnages des aventures rocambolesques : amour passionné et contrarié, condamnation injuste d’un innocent, fuites et poursuites, attaques de faux brigands, etc.. Il brosse une fresque de la société russe : de la campagne à la ville, en passant par la prison et le monde des notables et des riches dandy qui trompent l’ennui par des caprices et des farces grotesques, extravagantes.

Une belle, audacieuse et inventive traduction d’André Markowicz qui imprime au texte une truculence, une énergie, une violence, réinvente le langage maladroit, déformé des gens simples, et parasite le langage officiel ampoulé par des expressions grotesques.

La tentation certes était forte, en l’occurence irrésistible, de la faire entendre en mettant en scène la pièce quasi intégralement. Le hic c’est que le tout peut devenir trop. Il fallait sans doute faire des coupes, condenser le texte et le jeu, imprimer un rythme plus rapide aux séquences qui, particulièrement dans la première partie, traînent en longueur. Le rythme accéléré, le ton farcesque, grotesque, les gags, les effets scénographiques, de la seconde partie, parfois appuyés, surjoués, n’arrivent pas à faire décoller le spectacle. Pas de parti pris fort pour le jeu rarement convaincant, parfois au bord de la caricature. Pas de lecture qui articulerait la dramaturgie scénique qui fâcheusement s’effiloche. En définitive avec regret, on est amené au triste constat d’un rendez-vous manqué entre la pièce d’Ostrovski et la mise en scène de Christophe Rauck dont on apprécie souvent le travail.

Irène Sadowska Guillon

Cœur ardent d’Ostrovski mise en scène Christophe Rauck

Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, du 19 janvier au 15 février

réservations 01 48 13 70 00

La petite pièce en haut de l’escalier

La petite pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette, mise en scène de Blandine Savetier.

frechette.jpgCarole Fréchette, auteure québécoise, est maintenant bien connue en France et son théâtre ( une douzaine de pièces dont Les quatre Morts de Marie, Le collier d’Hélène, Les sept Jours de Simon Labrosse.…) a été traduit en quinze langues. La petite pièce en haut de l’escalier est une commande du comité de lecteurs du Théâtre national de Bretagne. Il s’agit d’une sorte de relecture contemporaine de Barbe Bleue, le célèbre conte de Perrault.  Grace, une petite employée va épouser un richissime homme d’affaires qui lui offre sur un plateau une très vaste et luxueuse maison, avec  vingt huit pièces dont dix chambres pour les invités mais il y a cette fameuse petite pièce en haut de l’escalier rigoureusement interdite à Grace qui, évidement , transgressera l’interdit;  l’imagination de la jeune femme s’emballe et elle voit des cadavres partout dans les placards. Mythe ou réalité, on ne saura jamais. Son rêve en fait serait que son mari fasse preuve envers elle d’un mélange de douceur et de férocité
 Quant à Jocelyne, la mère , elle est béate d’admiration devant son futur gendre, mais la  soeur de Grace est plus sceptique; quant à la petite bonne,  Jenny, elle semble assez perverse et  entièrement dévouée à son patron.
 Déconstruction, reconstruction , Carole Fréchette navigue entre ces deux pôles, et elle voudrait nous montrer les contradictions entre un monde d’images du bonheur stéréotypées et  tout le refoulé que nous portons en nous.. Le conte de Perrault,  à le relire, dit, lui,  les choses avec une simplicité et une fluidité parfaites sans s’embarrasser  de considérations freudiennes et pour cause. Ce qui fait sa vraie valeur.
  La pièce, telle qu’elle est montée, est finalement assez bavarde et se perd dans des méandres où l’on a du mal à suivre Carole Fréchette. Bref, cette Petite Pièce... ne rend pas vraiment la monnaie de la pièce pour reprendre l’expression de Jacques Lassalle.
 D’autant plus que la mise en scène de Blandine Savetier est assez  statique et la scénographie/ installation qu’elle a choisie n’aide pas les choses: il y a sept escaliers  blancs avec un  lustre de faux cristal au-dessus  (on est dans le second degré au cas où cela vous aurait échappé!) qui ne mènent nulle part mais qui encombrent la scène. Il aurait fallu choisir: scénographie (qui, en général, est là pour aider les comédiens) ou installation qui aurait davantage sa place au Palais de Tokyo… et pour faire plus chicos, ces pauvres escaliers blancs ont des profils et des nez de marche qui à certains moments  sont  sensibles à la lumière noire : tous aux abris…
 Les comédiens font ce qu’ils peuvent mais la distribution reste très inégale pour dire les choses poliment: Catherine Baugué( la mère)  et Marie-Laure Crochant ( Jenny la petite bonne ) sont tout à fait remarquables.
 A voir? Oui, si vous avez une passion pour les textes de Carole Fréchette mais cette pièce mineure n’a pas l’envergure des Quatre morts de Marie ou du Collier d’Hélène et est assez ennuyeuse. Sinon, vous pouvez vous abstenir.

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 février.

Loth et son dieu

Loth et son dieu, d’Howard Barker, mise en scène d’Agathe Alexis.

 

 D’un Barker à l’autre à quelques jour d’intervalle; cette fois, c’est à l’Atalante, la création d’une des dernières pièces de Barker écrite en 2007-2008, et beaucoup plus courte que Gertrude( Le cri), mise en scène par Corsetti à l’Odéon et avec quatre personnages seulement; Barker revisite le fameux épisode de la Genèse où un ange sauve Loth et sa femme quand Dieu décida de détruire Sodome , mais Loth commettra, énnivré par ses filles, un double inceste, stratagème qu’elles ont trouvé pour perpétuer la race. Nombres d’artistes ont traité cet épisode biblique( entre autres, des peintres comme Barbieri, Greuze et surtout  l’immense Simon Vouet au 17 ème siècle).
Quand Barker s’empare d’un  mythe de cette dimension, on se doute qu’il va le détourner. Et c’est surtout de la passion sans partage, d’une sorte d’amour délirant de Loth pour son épouse, de la fascination pour le sexe  qu’elle a eu toute sa vie, et du  mélange d’envie irrésistible et de haine qu’éprouve l’Ange, un certain Drogheda dont veut nous parler Barker. . Il y a aussi la figure d’un serveur que l’Ange va rendre aveugle. Cela se passe dans un café sordide,  tout en longueur, imaginé par Christian Boulicault, dans la petite salle de l’Atalante transformée, sans que l’on sente vraiment la nécessité. La scène frontale aurait-elle été un handicap? Pas si sûr… Mais, bon, ce parti pris d’une scène en longueur ne change pas fondamentalement les choses
 Agathe Alexis a mis en scène cette pièce qui- et c’est un euphémisme- n’a pas la dimension des autres textes de Barker, en particulier Gertrude (le Cri) qui a été écrite il y a une vingtaine d’années. Dans  Loth et son dieu, l’on n’arrive pas à bien cerner  qui sont ces personnages que Barker voudrait sans doute hors normes et auxquels on n’arrive pas à s’intéresser vraiment, d’autant que le texte comporte un certain nombre de tunnels. Mais les comédiens-pourtant confirmés comme Michel Ouimet, François Frapier et Agathe Alexis elle-même- ne semblent pas vraiment  à l’aise; et l’ennui s’installe alors très vite.
  » Il faut rendre compte du conflit entre le mouvement et le langage, valoriser toute la modernité de Howard Barker, la polyphonie des voix et des divers enjeux de l’oeuvre », précise Agathe Alexis; on veut bien , à ceci près que l’on pourrait dire ce genre de choses à propos de n’importe quel texte contemporain ou non; en réalité, tout se passe comme si elle avait eu des difficultés à faire passer, malgré beaucoup ( ou trop? ) de rigueur,  comme elle l’aurait voulu, la métaphore  de la catastrophe dans ce couple jusque-là uni de Loth et de sa femme. En tout cas, on ne m’ôtera l’impression qu’  il n’y avait aucune urgence à monter cette pièce épurée mais bavarde  de Barker, même si c’était pour la créer en France.
 A voir? C’est selon: si vous êtes un barkerien convaincu ou si vous aimez découvrir, assis sur des bancs munis de mauvais coussins, une courte pièce( 80 minutes) jamais jouée en France; sinon, ce n’est pas vraiment  la peine; allez donc plutôt voir Gertrude ( Le cri)  dont nous avons  déjà parlé le 13 janvier , qui est d’une grande qualité …
 Irène Sadowska-Guillon n’est pas  du même avis que moi; lisez son papier demain;  vous aurez un autre son de cloche.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atalante, 10 place Charles Dullin, 75018 Paris jusqu’au 16 février; à noter aussi : la reprise à l’Atalante, du 4 au 30 mars,  de l’Antigone de Sophocle, mise en scène de René Loyon, avec la jeune actrice formidable qu’est Marie Delmarès et René Loyon  qui incarne Créon avec beaucoup d’intelligence  C’est monté simplement avec beaucoup de finesse, la salle est bien un peu petite pour ce type de spectacle et les décors assez laids mais vous ferez avec.
. Il y a aussi la lecture le lundi 19 janvier de La douzième Bataille d’Izonzo, mise en lecture d’Agathe Alexis avec Jean-Pierre Léonardini, Agathe Alexis et Lou Wenzel, jeune actrice formidable elle aussi,  passée comme Marie Delmarès, par l’Ecole du Théâtre national de Chaillot.

Ph. du V.

Loth et son Dieu

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Loth et son Dieu, d’Howard Barker – mise en scène Agathe Alexis

 

L’un est sauvé, l’autre pas. Dieu a maudit Sodome, et Loth doit partir, sans sa femme. Être sauvé pour quoi ? Ironie du sort et révolte de la passion contre le salut. L’ange annonciateur – fort viril, aucun doute théologique – complique les choses en tombant fou lui aussi de la femme de Loth, et en persécutant le serveur-danseur du cabaret obscur et sinistre ou tout cela se joue, rien que pour monter sa puissance. C’est glacé, violent, très bien joué et réalisé, dans le “nez à nez“, presque corps à corps des spectateurs et des acteurs de la petite salle de l’Atalante. Le “théâtre de la catastrophe“ d’Howard Barker, en quête de la tragédie moderne, n’émeut pas, n’entraîne pas autre chose que trouble et malaise. Sa façon moderne de continuer à croire que le théâtre fait bouger les choses.

Christine Friedel

 

Avec Agathe Alexis, François Frapier, Michel Ouimet, Jaime Flor. Au théâtre de l’Atalante, jusqu’au 16 février. ________

 

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