Un voyage d’hiver, de Corine Miret et Stéphane Olry

Un voyage d’hiver, de Corine Miret et Stéphane Olry

Corine Miret et Stéphane Olry sont des expérimentateurs : dans leur laboratoire imaginaire, ils explorent très concrètement ce que c’est, par exemple, qu’une glorieuse défaite pour les Verts de Saint-Étienne (Mercredi 12 mai 1976, c’était du football), ce que raconte de la francitude une collection de cartes postales (Nous avons fait un beau voyage, mais…). Parfois, ils sont les cobayes de leur propre enquête, Stéphane Olry s’imposant de pratiquer en treize semaines les treize vertus recommandés par Benjamin Franklin dans ses mémoires (Treize semaines de vertu, actuellement en tournée, publié aux éditions de l’Amandier) et Corine Miret partant vivre sept semaines en terre inconnue : Un voyage d’hiver. “La Parisienne“ aura vécu un temps d’innocence absolue : table rase, elle aura laissé venir les contacts, les rencontres, les micro-événements, lestés alors de toute leur densité d’humanité. Et au bout des sept semaines, elle explique à la-dame-qui-fait-ses-vitres, au gardien-poète-de-la-salle-polyvalente et aux autres ce qu’elle est venue chercher. Quelques mois plus tard, de ses récits envoyés à Stéphane Olry naît ce voyage d’hiver. Sept personnes, sept fonctions construisent le récit de cet isolement choisi qui mène à tout sauf à la solitude, sept présences différentes, minimalistes ou pas, en action ici et maintenant, tissent les liens invisibles de cette aventure, forte d’être sans événements. Le tout ne ressemble à rien de connu et en même temps s’impose en une tendre évidence : la vie, la vie expérimentée par toutes nos perceptions aiguisées.
Christine Friedel

L’Echangeur, à Bagnolet, jusqu’au 31 janvier.


Archives pour la catégorie critique

Un Pinocchio de moins !

Un Pinocchio de moins, d’après les aventures de Pinocchio de Carlo Collodo, adaptation et mise en scène de Jérémie Le Louët.

Ou plutôt un Pinocchio de plus dans la saison, après le médiocre spectacle de Séverine Anglade qui fit couler beaucoup d’encre acide sur ce même blog, et avant la très belle adaptation de Jöel Pommerat, dont nous vous rendrons compte dans la semaine. Ce chef d’oeuvre, écrit en 1883 par le journaliste et écrivain florentin  Carlo Collodi (1826-1890) a été l’objet de centaines de traductions, d’innombrables adaptations au théâtre comme au cinéma; en fait ce que l’on sait moins, c’est que cette sorte de roman comprend de multiples aventures  et donc des centaines de pages où chacun peut picorer à sa guise…  Les adaptations et mises en scène peuvent donc être de par les choix  effectués de qualité très différente…
 Jérémie Le Louët dit que c’est le conte énigmatique et sombre qui l’a séduit, tout comme « cette langue, tantôt triviale, tantôt baroque, avec ses leitmotivs, ses répétitions, ses proverbes truqués et ses violentes ruptures ». ce qui l’a amené « à découper le texte en mouvements en vagues successives, luttant conte l’explication de texte » .
Nombre de péripéties tournent, dans son adaptation, autour de la rencontre avec le chat et le renard qui vont pendre le malheureux Pinocchio; il a déjà la corde au cou quand la belle princesse bleue arrive pour le sauver.

 La direction des  cinq acteurs qui jouent plusieurs personnages, est d’une très bonne qualité, ce qui est plutôt rare dans les spectacles pour enfants; reste une mise en scène devant laquelle on reste sceptique. En effet, c’est bien joli de pousser , comme il le dit, « les personnages à la lisière des archétypes et de mettre en place des séquences très contrastées »  mais Jérémie Le Louët est assez malin pour voir que cela donne vite  un côté mécanique et assez sec à la représentation,  où la poésie ne surgit plus qu’à de rares moments. Le jeune metteur en scène a cru bon, en plus, de sous-éclairer le plateau, sans doute pour que cela fasse énigmatique et sombre!- ce qui est devenu une mode agaçante–et  il  proclame une » forte revendication théâtrale » ,  » une partition verbale« ,  « des séquences très contrastées qui  s’additionnent, se percutent, se contestent, créant des intensités dynamiques, des situations qui ne s’installent pas »…
  Au secours, tous aux abris!  Tout ce charabia prétentieux  relève d’une belle naïveté et ne correspond pas à grand chose au plan scénique, ce qui est quand même , excusez du peu, l’essentiel, si l’on veut emporter l’adhésion du public qui n’est jamais sot et ne se contente pas des belles promesses électorales inscrites sur le programme!
 Et donc, très vite, une sorte de pesanteur s’installe sur le plateau, malgré l’intelligente scénographie de Virginie Destiné et l’ excellente bande sonore d’Arnaud Jollet.
C’est l’un des défauts que l’on avait déjà vus dans sa précédente mise en scène de Hot House de Pinter: J. Le Louët possède d’incontestables qualités de chef de troupe-  … mais la dramaturgie  reste encore balbutiante,et le reste ne suit donc pas très bien… A voir ? Non, pas nécessairement, sauf si vous êtes un inconditionnel de Pinocchio et encore il n’est pas sûr que vous y trouviez votre compte…
La salle était dimanche après midi pleine d’enfants et de parents,  mais pas franchement convaincue.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre Romain Rolland de Villejuif ( salle Eglantine), jusqu’au 24 janvier. t: 01-49-58-17-00       

Gertrude ( Le Cri )

  Gertrude ( Le Cri ) de Howard Barker, mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti.

 

  Howard Barker est un dramaturge reconnu  en Grande-Bretagne; issu d’un milieu populaire, il a cependant commencé à écrire très jeune et est l’auteur d’une cinquantaine de pièces. Il a aussi beaucoup écrit pour la télévision, la radio et le cinéma et a fondé une compagnie  The Wrestling School  ( école de la lutte) , pour  produire ses pièces. Il a été assez souvent monté en France ( notamment par J.P. Wenzel, Patrice Bigel, et Agathe Alexis .aujourd’hui) .Il est également l’auteur de poèmes dont il fera le 7 février prochain une lecture ( en angimage.jpglais) au Petit-Odéon.
  Son théâtre est maintenant  connu ici mais Gertrude ( Le cri) est une création. Il a été souvent cité comme « théâtre de la catastrophe », c’est à dire du bouleversement.  » Ce n’est pas le réconfort d’un monde cruel, dit-il,  mais la cruauté d’un monde rendue manifeste pour apparaître comme beauté ». Et Gertrude (Le cri) en est sans doute un des meilleurs exemples.  Le sexe, à travers toutes ses composantes,  est omniprésent, les personnages sont parfois nus, comme au cinéma, ce qui reste assez rare sur scène et le langage souvent trivial et violent,  : on y parle  de baise, d’ovaires, de con et de bite, sans aucun état d’âme… mais en même temps d’une grande richesse poétique.,
   Et,  c’est à prendre ou à laisser,  nous prévient aimablement Barker; pour lui, la tragédie doit refuser les lois du discours ordinaire pour mieux parvenir à ses fins, et tant pis,  s’il y a parfois des obscurités : cette exigence absolue fait partie de son éthique aussi bien que de son esthétique;  le spectateur  doit donc  accepter les règles du jeu : ne percevoir qu’une partie du texte, souvent étrange et plein de méandres,et cela, pendant deux heures trois quarts . » Le théâtre, dit-il encore,  doit cesser de raconter au public des histoires qu’il peut comprendre ». Cela a le mérite de la franchise mais c’est ce que lui ont reproché nombre de critiques  anglais,  lassés de ce qu’ils pensent être un véritable charabia. Gertrude ( Le cri) est une sorte de réécriture d’Hamlet  dont le scénario a été  revu ;Il y a bien les personnages de Shakespeare  mais il en a imaginé d’autres ,comme Cascan le majordome, Ragusa la jeune veuve d’Hamlet, Albert, duc de  Mecklenburg à qui Isola, mère de Claudius essaye d’offrir Gertrud sur un plateau pour essayer de sauver son fils. Cette Isola, que Gertrude, encore enfant, avait vu faire l’amour avec un homme devant son épouse aveugle et paralytique… Le plus étrange est sans doute ce nouvel Hamlet, qui possède une incroyable volonté d’anéantissement personnel et qui se retrouve à la fin devant sa mère absolument nue. Mais il faudrait des pages pour dire les sentiments complexes et les contradictions de ces personnages.
  La pièce est un tissu d’intrigues compliquées, une sorte de grand jeu, où le pouvoir royal, la  trahison, les relations sexuelles , voire la prostitution, et la souffrance font, si l’on peut dire, bon ménage, avec, pour fil conducteur, l’absolue nécessité, d’aller jusqu’au bout de la passion érotique. Les personnages ont beau être vraiment hors-norme, ce qui est tout à fait étonnant, c’est la calme logique de la fable qui nous est contée, comme s’il s’agissait d’une banale intrigue.
   On est  évidemment- on s’en doute- à des années-lumières des gentillesses sucrées de  Plus belle la vie. L’univers , à la fois glauque et tragique,où rodent sans cesse le sexe et la mort, n’est pas celui d’une vérité proclamée mais d’un enchevêtrement de vérités dont le spectateur est gentiment prié de démêler l’écheveau, et  Barker précise:  « L’unique possibilité de résistance à la culture de la banalité se situe dans la qualité ».
   C’est clair… et cela tombe bien, puisque  que la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti est d’une rare exigence, et  l’univers dramatique qu’il a su créer, est d’une beauté exemplaire. Cela doit satisfaire Barker qui proclame volontiers que c’est  la finalité d’une tragédie.Corsetti dit, avec raison, « qu’il faut épouser l’élan de ce langage pour se laisser gagner par son énergie« : et, en effet, il n’y a jamais, dans sa mise en scène, de dépenses corporelles inutiles, jamais de criailleries, comme chez nombre de ses confrères français. Toute cette histoire familiale agitée est dite avec le plus grand calme mais, dès la première scène où Gertrud et Claudius, absolument nus ,f ont l’amour près du roi agonisant , Corsetti arrive à installer un univers de catastrophe,  où le fameux cri, à chaque fois superbement lancé, revient  comme un leit-motiv de mort ,mais aussi de naissance , puisque Gertrud  accouche à 42 ans d’une petite Jane… Comme si, malgré tout, il y avait dans ce paysage désespéré, une petite lueur d’espérance.
   Rien n’est jamais rien de gratuit dans sa mise en scène, sans doute parce qu’il a réalisé en amont,  comme on dit , un très solide travail dramaturgique. Corsetti a aussi signé la scénographie avec Cristian Taborelli, et cette collaboration donne des images superbes,sans aucun doute influencées par les créations de Boltanski, l’art conceptuel et l’arte povera: comme, par exemple,  ces murs blancs sur lesquels on jette des pelletées de gravier noir qui inscrit les grandes lettres de CIMETIERE.  Mais ces murs blancs laissent aussi apparaître de l’autre côté une bibliothèque et des armoires à à vêtements qui circulent , de façon obsédante, sur des rails disposés en huit,; il y a  encore, à la toute fin, ce grand mur de fond qui s’abat  d’un coup pour laisser apparaître sur le sol une facade d’immeuble 1900, dont un immense miroir tendu reflète  le corps des comédiens qui semblent s’y balader, l’horizontal se reflétant magiquement sur le vertical. C’est parfois un peu gratuit et Corsetti s’est, à l’évidence,fait plaisir mais c’est tellement beau et fort qu’on lui pardonne volontiers. Monter Barker n’est pas chose facile mais le metteur en scène a su être aussi exigeant avec ses comédiens qu’avec l’exploration d’un texte comme Gertrude(Le cri) .
  C’est en effet un excellent directeur d’acteurs , qui sait donner vie à cette incroyable galerie de personnages. Anne Alvaro, John Arnold, Francine Bergé, Cécile Bournay, Jean-Charles Clichet, Luc-Antoine Diquéro, Christophe Maltot, Julien Lambert font un travail remarquable,sans aucun doute aidés par la musique de Gianfranco Tedeschi que joue Baptiste Vay et qui ponctue cette curieuse saga où tout à la fin – terre et sang confondu- rentre dans le jeu,comme disait Valéry. Les images, on s’en doute, sont donc loin d’être innocentes et vous poursuivront bien après votre sortie de l’Odéon.
  A voir? Oui, absolument, malgré quelques longueurs et si vous acceptez d’entrer dans cette espèce au délire à la fois verbal et visuel pendant deux heures trois quarts sans entracte; cela veut dire qu’on ne peut pas aller à reculons voir ce genre de spectacle…  cela demande , même si on ne s’ennuie jamais, un certain effort, (mais tout se mérite dans la vie…)  Sinon, ce n’est pas la peine d’y aller.   En tout cas, merci à Olivier Py d’avoir fait naître en France cette Gertrude ( Le cri). Pardon d’avoir été un peu long mais on ne peut pas parler d’un spectacle comme celui-là en dix lignes…

 

Philippe du Vignal

 

P.S. Un petit message pour madame Albanel: essayez d »emmener  votre copain Nicolas voir cette création qui n’entre sûrement pas dans les critères d’un spectacle devant « répondre aux attentes du public », comme il avait osé lui signifier dans sa lettre. Cela, sait-on jamais, lui donnera peut-être des idées plus futées….

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 8 février dans le cadre du cycle Howard Barker; à suivre Le Cas Blanche-Neige, 4/20 février; les Européens 12-25 mars et  et Tableau d’une exécution 26 mars/11 avril.

Gertrude (Le Cri)

Gertrude (Le Cri) de Howard Barker  Au Théâtre de l’Odéon – Théâtre de l’Europe

Rien n’est plus efficace que la stratégie du tir groupé pour imposer un auteur. C’était le cas de l’année Jean-Luc Lagarce dont le théâtre, vu et revu sous toutes les coutures, a submergé la saison dernière les scènes de France et de Navarre.image6.jpg
C’est maintenant le tour de Howard Barker, auteur britannique (né en 1946) qui cette année bénéficie rien qu’à Paris d’un cycle de quatre pièces jouées au Théâtre de l’Odéon Gertrude (Le Cri) (du 8 janvier au 8 février 2009), Le cas Blanche Neige (du 4 au 20 février), Les Européens (du 12 aux 25 mars), Tableau d’une exécution (du 26 mars au 11 avril), d’une création mondiale de sa dernière pièce Loth et son Dieu par Agathe Alexis à l’Atalante (du 12 janvier au 16 février), sans compter d’autres mises en scène en dehors de la capitale.
Selon Howard Barker son « théâtre de la catastrophe », « vise à déstabiliser l’attitude morale du public plutôt qu’à la renforcer. » Ce que Gertrude (Le Cri) réussit incontestablement.
Barker puise souvent ses sources dans les grands mythes grecs, bibliques et littéraires. Dans Gertrude (Le Cri) il reprend à son compte celui d’Hamlet. Il ne s’agit pas de réinterprétation ni de réécriture du Hamlet shakespearien. Même si du modèle shakespearien Barker conserve grosso modo certains thèmes et les personnages essentiels, parfois rebaptisés, il écrit une œuvre originale en déplaçant le centre de gravité d’Hamlet à Gertrude, mère d’Hamlet, veuve du roi son père, épouse de Claudius, son oncle.
Il multiplie les figures des femmes : Isola, mère de Claudius, Ragusa qu’épouse Hamlet, Jane, fille dont accouche Gertrude, tout comme les présences fantomatiques suggérées par des effets scéniques.
Ici pas de soupçon ni d’enquête d’Hamlet au sujet du meurtre de son père. D’emblée tout est clair : dans la première scène on voit s’accomplir à la fois le régicide et l’accouplement adultère des assassins, Gertrude et Claudius nus, en pleine jouissance sur le corps du roi agonisant et bafoué. Voici Éros et Thanatos à l’œuvre dans une monstrueuse communion : le crime, le cri, le râle du mourant amplifiant le plaisir et le cri de jouissance des meurtriers. Un des thèmes obsessionnels de Barker qu’on retrouve aussi dans Judith.
Le déplacement du centre sur la figure de Gertrude qu’opère Barker amplifie les références mythiques : aux horreurs œdipiennes s’ajoutent celles des Atrides.
Certes, mais on pense aussi « au commencement était le verbe » paraphrasé par « au commencement était le Cri »
Le Cri jalonne la tragédie de Barker. Le cri de jouissance de Gertrude, mante religieuse, amante dévoreuse, répond en écho au « cri originel » de souffrance de la femme paralytique et aveugle qui naguère assistait aux ébats de son mari avec Isola, mère de Claudius, et s’emballe dans un enchaînement de ses déclinaisons, telle une force inexorable que rien n’arrête.
Avec l’échec de la tentative d’Hamlet de moraliser « la pourriture » du royaume Barker nous arrache nos dernières illusions sur la nature humaine qui n’obéit qu’à la loi du Cri et du désir meurtrier réduisant tout en cendre.
Giorgio Barberio Corsetti transcrit Gertrude (Le Cri) dans un langage scénique qui lui est propre, intégrant texte, corps et voix des acteurs, musique, machines et moyens technologiques. Une dramaturgie scénique superbe où les scènes réalistes et oniriques s’enchaînent avec fluidité. Le décor fonctionnel (l’espace exploité dans la verticalité et l’horizontalité) est modulé au gré des apparitions et des disparitions des éléments scéniques : arbres sans feuilles, armoires, placards, murs arrivant sur des rails, se croisant, avançant, reculant, changeant de place.
Les acteurs, en costumes contemporains, époustouflante Anne Alvaro (Gertrude), Luc Antoine Diquéro (Claudius), Christophe Maltot (Hamlet), John Arnold (Cascan), Francine Bergé (Isola), Cécile Bournay (R    agusa) et Jean-Charles Clichet (Albert), tous justes dans la démesure, tissent avec maestria le filet d’énigmes qu’accumule Barker dans sa pièce.
Une œuvre complexe, d’une densité et d’une force peu communes, dont Giorgio Barberio Corsetti relève avec intelligence les points névralgiques en proposant au spectateur une matière à réflexion et non pas une lecture unique. Ce qui devient de plus en plus rare au théâtre aujourd’hui.

 

 

 

Irène Sadowska Guillon

 

 

HIT PARADE 2008

 

HIT PARADE 2008 par Edith Rappoport

 

En 2008, voici la liste des spectacles qui restent vivaces dans ma mémoire, par ordre chronologique :

-Le jour où Nina Simone s’est arrêtée de chanter de Darina Al Joundi et Mohamed Kacimi (vu 3 fois)
-Onyssos furieux de Laurent Gaudé, mise en scène de Charlie Brozzoni
-Maître Puntila et son valet de Brecht, mise en scène d’Omar Porras
-Ébauche d’un portrait de Lagarce, mise en scène de François Berreur par Laurent Poitrenaux
-La Chambre des petites merveilles de Jarry, mise en scènede  Tralala Splatch
–Les Gûmes du Phun
-Women 68 de Bruno Boussagol et Nadège Prugnard
-Wanted  de Jolie Môme
-Les amoureux de Carlo Goldoni, mise en scène de Gloria Paris
-La Cagnotte de Labiche, mise en scène Adel Hakim
-Nouveau spectacle extraordinaire d’Edgar Poe par les Rémouleurs, mise en scène Anne Bitran.

Les sept jours de Simon Labrosse

 Les sept jours de Simon Labrosse , mise en scène de Claude Viala.

 

  Carole Fréchette, il y a un moment que cette dramaturge québécoise est montée régulièrement en France ( Les Quatre morts de Marie, La peau d’Elisa, Jean et Béatrice et bientôt au Théâtre du Rond-Point, La petite pièce en haut de l’escalier. Les Sept jours de Simon Labrosse met en scène un jeune homme qui invite le public à assister à quelques petites tranches de sa vie à lui. Cela commence par une sorte de théâtre dans le théâtre-une fois de plus!- auquel on a bien du mal à croslabrosse166.jpgire, puis chaque jour qui commence, est  ponctué, sur une petite musique de Sanseverino, par la célèbre phrase de la Genèse »  Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuits : « il y eut un soir, il y eut un matin » que chantait autrefois Marie-Claire Pichaud (si, si, essayez de vous souvenir de ce quarante cinq tours assez mielleux des années 60).
  Donc, revenons à ce Simon Labrosse qui possède à la fois une imagination délirante et qui déborde d’énergie. Il propose aux gens qu’il rencontre ses services en tout genre: cascadeur émotif, finisseur de phrases, flatteur d’ego, spectateur de vie ou mieux encore allégeur de conscience. Il veut à tout prix, c’est à dire en faisant payer un peu les gens,  se réinsérer dans la vie active en gagnant leur confiance. C’est,  en fait, des morceaux de sa petite vie avec ses espoirs et surtout ses ennuis ( loyer impayé, fiancée disparue en Afrique,et…) que Simon Labrosse propose au public. Mais le pauvre jeune homme- assez risible et dérisoire- semble condamné à la solitude dans une société qu’il n’intéresse pas, et où « il pleut des briques Il a quand même deux amis: Léo, un poète huluberlu qui voit tout en noir et Nathalie qui, elle, ne rêve que de son avenir personnel.
  C’est parfois drôle, et plein d’invention, parce que le trio Cédric Revollon ( Simon), Hervé Laudière ( Léo) et Léonore Chaix  (surtout , avec un côté nunuche et sotsot qui fait dire qu’elle doit être d’une belle intelligence pour arriver à ce degré d’interprétation; c’est correctement -mais pas plus- mis en scène par Claude Viala qui devrait quand même conseiller à Cédric Revollon de mettre un bémol à ses criailleries. Le temps parait un peu long, et ce qui ferait quelques sketches réussis peine à s’imposer comme véritable pièce. Le public dans l’ensemble ne boude pas son plaisir, mais, bon, désolés,  on reste malgré tout un peu sur sa faim.
  Y aller?  Oui, si vous êtes sensible à l’écriture poétique de Carole Fréchette mais, soyons honnêtes, ce n’est pas une soirée inoubliable, et il a toujours Le monde moderne de Depardon au cinéma, si vous ne l’avez pas encore vu….

Théâtre de l’Opprimé, rue du Charolais ( métro Dugommier) jusqu’au 28 décembre.

NOUVEAU SPECTACLE EXTRAORDINAIRE

 Nouveau spectacle d’après la nouvelle d’’Edgar Allan Poë,  mise en scène d’Anne Bitran


C’est encore à un étrange voyage où nous convie cette compagnie inventive sur l’invitation d’Yves Chevallier, châtelain de la Roche Guyon avec la complicité du Théâtre de l’Apostrophe à Cergy- Pontoise. Sous la conduite de Frédéric Aurier qui nous guide dans un voyage inquiétant à travers les dédales du château, nous arrivons dans une salle obscure où nous pouvons enfin nous asseoir. Anne Bitran dialogue avec une petite marionnette autour du Masque de la mort rouge décrit par  Edgar Allan Poe, on nous guide enfin vers un joli salon où trois musiciens, Frédéric Aurier au violon, Noémi Boutin, au violoncelle et Valérie Kafelnikov,  à la harpe, interprètent avec une belle maîtrise des extraits d’œuvres de Janacek, Ravel, Britten, Bartok et Ligeti etc….

Anne Bitran s’empare d’une étrange machine pour projeter sur les tapisseries de somptueuses images conçues par Olivier Vallet. La compagnie des Rémouleurs nous surprend depuis une quinzaine d’années et nous avions découverts ses créateurs avec Chaosmos et Ginette Guirolle. Ce nouveau spectacle extraordinaire porte bien son nom.

Edith Rappoport

Spectacle vu au château de la Roche-Guyon.

Devant la parole. Valère Novarina.

Devant la parole Valère Novarina. adaptation scénique de Louis Castel Maison de la poésie par Gérard Conio.

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Si l’œuvre de Valère Novarina séduit par la puissance poétique, comique et  cosmique de  sa création verbale, par sa capacité à la fois de décrypter le monde et de le transfigurer par le pouvoir des mots, il semble que  l’aspect ludique en cache souvent  le contenu spirituel. C’est pourquoi il faut  voir absolument  «  Devant la parole », dans l’adaptation scénique de Louis Castel, qui se donne jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie.  Echappant au double piège  de la  théâtralisation  et de la profération didactique, évitant à la fois la vulgarité du « one man show » et l’ennui  du monologue, Louis Castel, assisté par Nicolas Struve,  réussit avec une remarquable économie de moyens à habiter avec sa seule voix et son seul corps   l’espace tout entier de la salle rebaptisée «  Louis de Funès » pour la circonstance.   Il extirpe ces textes de leur gangue livresque pour leur donner chair  avec une science dramaturgique qui constitue en soi une véritable synthèse des arts. Il nous rappelle que l’essence  du théâtre n’est pas dans l’effet à produire mais dans la nécessité interne qui relie toutes ses composantes visuelles, plastiques,  gestuelles et sonores, elle est surtout et avant tout dans le rythme. A cet égard, sa performance, pour employer un terme à la mode, si elle est exactement vécue par les spectateurs, est appelée à les laver des  scories dont nous sommes accablés dans le courant des jours. Et telle devrait être la vraie catharsis opérée par le théâtre, non un défoulement superficiel, mais une remontée aux sources. Il y a un mystère de Novarina, un mystère de l’incarnation de sa parole par  des acteurs sur la scène. Rien de plus antinomique, en effet, que l’écriture de Novarina et la notion même de «  représentation ». Mais cette association contre nature devient une évidence, quand les acteurs comprennent qu’il ne suffit pas de jouer, de représenter des textes en somme injouables et irreprésentables, mais de faire  en sorte que «  l’esprit respire ». Rendre à l’esprit sa respiration, son rythme, sa chair, tel est le propos de Marcel Jousse, dont on vient de rééditer les écrits, notamment «  La manducation de la parole ». On y trouve le meilleur commentaire de l’exercice spirituel que Louis Castel répète patiemment, avec enthousiasme et  humilité,  tous les soirs,  devant un public  restreint :
«  Prenez et mangez ! »  C’est, devant le manger visible et mystérieux, une invitation parallèle à celle que Iéshoua avait déjà faite devant le manger invisible et également mystérieux : «  Apprenez et comprenez ! » N’oublions jamais que, dans les actes comme dans les paroles, nous sommes en plein milieu de l’Enigme et de la Transsubstantiation. Les preneurs sont à la fois des appreneurs. La Manducation est aussi Mémorisation. Nous nous trouvons là en face des grands mécanismes gestuels traditionnellement transmis et traditionnellement significatifs. C’est la pédagogie universelle par les deux gestes liés et  successifs : recevoir, transmettre.
Cette transmission est la même que celle accomplie il y aura bientôt un siècle par les poètes russes de l’art de gauche qui redonnaient à la parole, au verbe, au «  slovo », son pouvoir de «  transsubstantiation ». Comme Novarina, ils sortaient d’une tradition culturelle fondée sur la communication pour retrouver l’action   magique  du langage, à la jonction entre la poésie populaire et l’art sacré.
Gérard Conio

jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie

Grisélidis Réal

La Catin révolutionnaire, d’après les lettres de Grisélidis Réal, mise en scène de Régine Achille-Fould.

 

En général, on annonce un spectacle avec les noms de l’auteur et du metteur en scène. Ici, les deux piliers en sont l’auteur et l’actrice, soutenue par le piano de Manuel Anoyvega ou de Gabriel Levasseur. Il y a  ici un remarquable équilibre des forces entre deux femmes égales en dignité, la prostituée et l’actrice.  Actrice, parce qu’elle ne joue pas la comédie : elle porte, un personnage de femme hors du commun, tout ce qu’elle cette porte elle-même de la condition féminine, et, au-delà des laissés pour compte, réprouvés et parias de notre société. Cela, sans un gamme de pathos, sans morale sucrée, sans slogans, sans indulgence, sans attendrissement, sans embarras : les faits, rien que les faits, la dignité, le courage qui ne demande rien, et un humour altier.
Dans les années quatre-vingt, Grisélidis Réal, prostituée -“péripatéticienne écrivain“,  selon elle – a échangé une longue correspondance avec Jean-Luc Hennig, alors journaliste à Libé. L’écriture se fait radeau de survie, mais aussi expérience philosophique de la liberté, de l’armature qui fait qu’on reste une personne.
Total respect,comme disent les gamins. Et plaisir d’admirer une admirable – allons, dédramatisons – comédienne.

Christine Friedel.

Théâtre du Marais jusqu’au 12 décembre.

Arnaud Meunier – En quête de bonheur

 

En quête de bonheur d’Arnaud Meunier, oratorio poétique et philosophique

 Le bonheur: pas en chansons, ce serait  trop facile. En dictionnaire philosophique, en statistiques, en poésie… Ici, Charles Baudelaire côtoie Voltaire, Lydie Salvayre et une dizaine d’écrivains qui dialoguent courtoisement. Humour, «  gai savoir « , plaisir des mots: on est peu à peu séduit. Régis Huby, avec son violon électrique et un synthétiseur, enveloppe d’envoûtantes nappes de son le montage d’Arnaud Meunier. Trop, parfois : c’est très beau, mais on aimerait un peu plus de silence. Enfin, on ne va pas bouder son bonheur…

Christine Friedel


Maison de la Poésie, Paris IIIèmejusqu’au 14 décembre.

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