Le musée David Copperfield

 

Le Musée David Copperfield

 

Copperfield et sa collection Harry Houdini (Cré dit The David Copperfied Collection Museum)Le célèbre magicien a créé son International Museum and Library of the Conjuring en 1991 et a acquis la Mulholland library of Conjuring and the Allied Arts:  80.000 pièces dont 15.000 ouvrages et la plus grande collection consacrée à Houdini et des collections Cole, Dr Robert J. Albo, etc.

Ce musée privé dans le désert de Las Vegas veut être la mémoire de l’art magique et il a pour but de restaurer et conserver le patrimoine de l’illusionnisme. Installé dans un entrepôt en plein désert de Las Vegas, il est uniquement ouvert aux magiciens, universitaires, historiens, acteurs et à certains médias. David Copperfield le garde fermé au grand public, pour que les secrets de la magie restent en lieu sûr dans ce coffre-fort aux allures de base militaire où il préfère exposer ses objets en plein jour pour une expérience plus interactive, sans vitrines ni cordes mais en en  limitant l’accès.
 Il prête aussi certaines pièces pour des expositions temporaires ou les apporte en tournée. À ce jour, cette collection, évaluée à des centaines de millions de dollars, est considérée comme la plus grande au monde avec… environ 150.000 pièces.

 David vient nous chercher. Il y a ici des magiciens comme Sébastien Clergue, Silvan, Shimada, Pollock … Deux limousines avec vitres occultées nous emmènent: on ne peut pas voir où on va. Cela monte, on le sent et puis tout d’un coup on s’arrête sur un plateau. On descend: le lieu est protégé comme un camp de prisonniers ou une centrale nucléaire avec de hautes grilles vraisemblablement électrifiées et des lumières qui tournent. Il manque juste des miradors dans les coins. Et des maîtres-chiens promènent de belles bêtes…

Au milieu du terrain, une grande bâtisse aux dimensions des Galeries Lafayette. Tout est éteint, sauf une petite boutique éclairée avec, en vitrine: soutien-gorges, strings, porte-jarretelles sur des présentoirs ou des mannequins. En plein désert, à deux heures du matin, ça réveille ! David nous laisse là deux minutes, en  attendant sans doute des commentaires salaces qui ne viendront pas: chacun est bien élevé mais  se demande quelle est cette embrouille… On ne peut même plus ressortir à cause des chiens, on est là entre hommes et il n’y a aucune femme, dans un magasin de lingerie moyennement chic. En France, on a Cadolle, Simone Pérèle, Etam Et puis David dit: «Bon maintenant, il va falloir essayer. » – Pardon ? – Oui, Jean, entre donc dans la cabine avec Silvan et il nous pousse dedans.

Dès qu’on est entré, la lourde porte se ferme et on ne peut plus ressortir. Confinés dans deux m2 et  surpris,  nous pouffons de rire comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire : nous nous retrouvons avec un mannequin en string. A ce moment, son sein gauche s’allume et Silvan, en grand pro, appuie d’un index sûr sur le téton : on voit qu’il maîtrise le geste… Cce qu’il fallait faire: une paroi se lève et nous pouvons entrer dans un gigantesque entrepôt… Magique. Puis on attend les autres visiteurs qui, deux par deux, vont subir le même rituel.

Après coup, c’est rigolo! La première chose que l’on découvre:  un coffre fort utilisé dans l’implosion d’un bâtiment : tordu certes, mais presque intact. D’autres châssis de décor, d’autres shows TV jalonnent  le parcours : ainsi les piques de Fire of passion.  Pour le reste, les éléments de chaque spectacle à la télé est emballé avec tous les accessoires et costumes dans du papier bulle et sur des  palettes. Soigneusement rangés pour les shows eux-même, les « spéciaux », les pubs et il y a même une cassette vidéo scotchée sur l’ensemble comme témoin, en cas d’oubli d’un détail ou d’une manœuvre ! Dans cet entrepôt « dantesque » qui ressemble plus a celui de J.M Bruneau ou d’Office dépôt, qu’à un temple de la magie, on peut aussi voir une grande collection de  jeux de fêtes foraines. De ceux où on ne peut jamais gagner… car tous truqués. Mais nous ne les verrons pas fonctionner : emballés aussi dans du papier bulle avec la photo de l’appareil tel qu’il se présente, scotché dessus.

Cette collection ici en attente d’un miracle, mériterait une vidéo de deux heures avec démonstration de chaque jeu et de son trucage. Cela intéresserait grandement tous les magiciens et cela servirait la gloire de David. Mais il ne semble pas décidé et n’a aucun besoin des revenus que cela générerait. Il essaye de donner des explications mais parfois, s’embrouille un peu ! Il commettra une ou deux erreurs, aussitôt rectifiées par Sébastien Clergue, qui connaît son Copperfield par cœur, voire  mieux que lui… qui finira d’ailleurs par se taire de peur de dire une nouvelle connerie, félicitant Clergue: « Vous êtes un vrai fan, ça c’était bien le show numéro 13. »

On arrive ensuite dans une salle de réunion très design où sans aucun doute on conçoit les spectacles avec les consultants. Puis on nous emmène dans une « salle de presse », mais grande comme le séjour  d’une HLM  et rempli de cartons à dessins en plastique de format raisin ou supérieur et qui contiennent TOUT ce qui est paru sur David Copperfield depuis l’origine. En chinois, malais et en d’autres langues dont on ne sait même pas qu’elles existent…

Cela a presque un côté obsessionnel. Ainsi collés l’un contre l’autre, deux articles rigoureusement identiques d’un même quotidien à la même date. ??? Réponse: il y a, de ce journal, deux éditions: une le matin et une à 18 heures! Pour passer d’une pièce à l’autre, il y a un digicode de chaque côté de la porte et il faut donc être deux pour ouvrir et une fois que les bons codes ont été tapés, David appuie sur une télécommande, genre TV et la porte s’ouvre. Cela rappelle Fleury-Mérogis…

Nous demandons alors  de nous envoyer quelques photos. En effet, ici, on fait théoriquement ce qu’on veut, mais en pratique, c’est comme chez Disney : il y a des points photos où on s’arrête et on vous dit « Regardez ! De là, vous pouvez prendre une jolie photo. » Par contre, si l’on veut prendre le détail d’une charnière d’un appareil astucieux : «C’est mieux si vous ne le faites pas ! » Mais bon,  on peut comprendre  que chacun est maître chez lui.

 Puis David dit : «Et si on prenait un petit café. » A cette heure avancée de la nuit, personne n’en a vraiment envie mais depuis longtemps, on a compris qu’on ne contrarie pas le beau David. Il y a une cuisine noire et métal : David n’aime sans doute pas cuisiner ni peut-être même manger. Ce qui nous sera confirmé dans la soirée: Pollock raconte alors une histoire surréaliste: David  se fait descendre en limousine jusque chez Mc Donald et demande au chauffeur d’aller chercher un double burger avec une grande frite et un coca ! Pour déjeuner, il fait apporter des burgers qu’on a dû manger dans la limousine en essayant de ne pas faire tomber de miettes… David en effet, a peur qu’on le reconnaisse et qu’on vienne lui casser les pieds. Et il ne veut pas non plus se faire livrer pour qu’on ne sache pas où il vit.

Mais bon, pour l’instant, il entre seul dans la cuisine et quelques instants plus tard, nous appelle. Puis  la porte se referme et il s’est comme volatilisé. Comme il y a une machine à café, bien en évidence,  on se dit : appuyons  sur  la touche : on et les quatre murs vont se lever, une pluie de confettis va tomber  et un orchestre de 80 musiciens va attaquer l’ouverture du  God shave the gouines chanté en duo par Franck Sinatra et Pavarotti pour accompagner l’arrivée de Silvain Mirouf lui-même. Déguisé en capitaine de bateau-lavoir, il va nous dire : «Vous pouvez tourner la roue qui fera de vous un billionnaire ! Et, de toute façon vous avez déjà gagné une montre en bois avec un ressort du même métal!» Rien de tout cela et, comme on ne peut plus sortir,  nous explorons méthodiquement les boutons de placards et portes mais nada ! Et on pense alors  au bouton de dégivrage du frigo, bonne idée : l’intérieur de frigo est le départ d’un escalier en colimaçon….

Un assistant doit recevoir un signal quelconque de David et on chronomètre le temps que chacun des magiciens met à trouver la façon de sortir par le frigo. Bref, tout commence là et nous allons visiter deux étages du musée : sans doute ce que nous avons vu de plus beau dans toute notre vie de magicien… On va découvrir cinq pendules Robert-Houdin en état de marche Les horloges mystérieuses de J-E. Robert- Houdin (Crédit  The David Copperfied Collection Museum)et une « leçon de chant » en ordre de marche !Outre de portraits de grands magiciens, il y a là un gramophone à rouleaux de cire. Avec sans doute le premier et le seul enregistrement de Howard Thurston.

Sur des étagères des matériels ayant appartenu aux plus grands… Et bien sûr, une collection d’affiches, de programmes mais que nous n’aurons pas assez de temps pour consulter et toute la correspondance de Thurston, Malini, Houdini etc..Le tout en livres reliés. David saisit l’occasion de nous dire qu’à l’époque, les magiciens se détestaient déjà : Thurston parle de ce « nabot de Malini », Houdini partage avec Jarrett le sentiment que l’intelligence de Thurston se situe juste en dessous de celle d’une vachette  de rodéo… Bref, rien n’a changé !

A ce moment, trois danseuses du Crazy sont arrivées pour visiter le musée.  Toutes originaires de l’Est (il n’y a plus une seule française au Crazy !) Ce qu’il y a d’agréable ici : une assemblée de gens qui tous n’ont plus rien à prouver et qui, pour un soir ont décidé de laisser tomber le masque ! Un moment de grâce… Silvan, honnête, dit à même à Pollock : « Sans vous je n’aurais jamais fait les tourterelles. » et Pollock de répondre : « Oh ! Vous savez, si on remonte à l’origine, l’effet n’est même pas de moi ! » On était sur une autre planète…

 Puis on est remonté d’un étage, et si le Paradis existe, ça doit ressembler à quelque chose comme ça. Salle Harry Houdini (CrŽdit The Dav id Copperfied Collection Museum)Il y avait la cage et le chapeau-canne de Pollock sur une petite estrade et il a fait marcher l’ensemble: être là, devant ce matériel historique qui a tourné dans Nuits d’Europe et qui a fait fantasmer et parler deux générations de magiciens, pouvoir le toucher, avec à côté, celui qui s’en servait et qui explique comment ça marche et pourquoi ça marche: on a pendant trois minutes l’impression d’être Dieu!

 Il y a aussi une collection de poupées de ventriloques,dont l’une ressemble à s’y méprendre au Charlie Mc Carty d’Edgar Bergen.Suit une époustouflante collection de boîtes de magie. – Auriez-vous celle avec laquelle j’ai commencé ? –Quel âge avez-vous? Soixante ans ! -Venez et à la section 1940/50 .Et il y a bien en effet LA boîte de nos débuts.

Puis nous sommes redescendus par un autre escalier. En franchissant la dernière porte, si David nous avait annoncé qu’on allait prendre place à bord d’un sous-marin nucléaire conduit par le petit-fils du capitaine Némo pour gagner l’Atlantide, on l’aurait cru…  Mais on s’est retrouvé dans un endroit spécial où David a fait léviter chacun de nous, un par un. Sans harnais! Puis David a dédicacé les photos, il s’en va tout d’un coup sans qu’on n’ait pu lui dire vraiment merci, et on nous ramène jusqu’aux limousines. Il est cinq heures, on est un peu fatigués, mais pas vraiment, on rentre à l’hôtel en se disant  que dans notre vie, jamais plus on ne connaîtra un truc comme ça. Il nous reste une impression d’admiration mêlée de respect devant la réussite du personnage…

On est même prêt à l’aimer mais on se demande s’il le souhaite vraiment. Il a gravi pas à pas la difficile montagne du succès et il trône là, au sommet, assis sur un tas d’or. Mais terriblement et résolument seul! Comme Jean-Sébastien Bach, comme Théolonius Monk ou Pablo Picasso, seul dans sa tête comme tous ceux qui sont montés si haut que personne n’a pu suivre ce qu’ils disent quand ils parlent et qui, bientôt vont prendre la décision de se taire. Après toute une vie de peinture, de musique, de théâtre, d’enseignement, de conférences, aux abords du dernier voyage u dernier voyage, celui qui sait avoir dit ce qu’il avait à dire, s’enferme parfois définitivement dans le silence : peut-être le la dernière des musiques de l’homme ?

La poupŽe marionnette Charlie McCart hy du célèbre ventriloque et acteur américain Edgar Bergen(Crédit The David Copperfied Collection Museum)

 

Même chose pour David. Le maître convoque des gens pour lesquels il a une petite estime mais qui se sont arrêtés en chemin, faute  d’imagination ou de courage et pour eux, il soulève un coin du voile et leur dit:  «Voilà jusqu’où on peut aller ». D’aucuns vont alors penser que le Maître cherche à satisfaire une dernière fois son ego. Même pas sûr ! Du haut de sa montagne, le Maître s’ennuie et se dit peut-être: « Je vais en prendre quatre et je vais essayer de leur donner envie et cela me fera toujours de la compagnie pour un soir ! Ce que David a essayé de faire pour nous… Qu’il en soit remercié mille fois.

Toutes proportions gardées, cela nous rappelle une représentation du Cid de Corneille que nous avons eu le bonheur de voir avec Gérard Philipe, Jean Vilar, Maria Casarès et dans le rôle de hallebardiers: Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras. Des années plus tard nous nous sommes dit que jamais, plus jamais, nous ne pourrions plus jamais aller voir  Le Cid...

Jean Merlin

Musée privé David Copperfield Las Vegas (Etats-Unis).
( Les photos sont de la collection David Copperfield)

 


Archives pour la catégorie critique

Les confinés suisses (et pas que suisses) parlent à tous les confinés ( suite)

Les confinés suisses (et pas que suisses) parlent à tous les confinés ( suite)

 Deuxième épisode de cette belle performance de nos amis helvétiques  les Yesterboys  : Max Peter, Klaus Grimmer et Jacques Rohner qui, grâce à leur savoir-faire et aux technologies actuelles, l’ont réalisée tous les trois mais… chacun chez soi: confinement oblige. Et avec, pour compléter ce trio de musiciens, une marionnette qui tourne la manivelle d’un orgue de barbarie. “ Comme le dit finement leur compatriote Jean-Luc Godard: “La solitude n’est pas l’isolement. On est toujours deux en un. Il y a les autres en soi. »  Si on compte bien, ici cela  ferait donc huit…

«Le carrousel du corona virus continue de tourner, disent-ils, tandis que le vautour des faillites tourne au dessus de l’économie et que l’aspiration à la liberté de mouvement s’élève à des hauteurs insoupçonnées. Comme toujours, nous serons heureux de recevoir vos commentaires. »

320px-Jean_Fouquet-_Portrait_of_the_Ferrara_Court_Jester_GonellaUn petit film tout à fait réjouissant, même si la marionnette  -très bien conçue- n’a pas tout à fait  la même drôlerie que celle du premier épisode. Mais la  musique est toujours très soignée. Les personnages que l’on voit défiler en arrière-plan sont des femmes et hommes politiques suisses  confinés mais on aperçoit aussi Macron… Et ce fragment de tableau ancien ? C’est le visage comme en gros plan, du bouffon Gonella coiffé d’une toque de fourrure qui exerçait son métier à la cour d’Este à Ferrare. Et qu’a peint avec un grand souci du détail, Jean Fouquet vers 1440, même si les mains -qui ne sont sans doute pas  de lui- sont assez ratées!, ce portrait reste sublime.

Amusez-vous bien si c’est encore possible et, comme le dirait encore Jean-Luc Godard : «Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre!» Cela tombe bien, nous sommes en ce moment confinés à la campagne….

Philippe du Vignal

 https://youtu.be/VB7CsqXDLsY

Et la traduction en allemand de Jacques Rohner  (grand merci à lui) pour nos amis germanophones:

Schweizer (und nicht nur Schweizer) mit eingeschränkter Bewegungsfreiheit sprechen mit allen Eingesperrten ( Fortsetzung)

 Zweite Episode dieser schönen Aufführung unserer Schweizer Freunde, der Yesterboys: Max Peter, Klaus Grimmer und Jacques Rohner, die es dank ihres Know-hows und aktueller Technologien alle drei geschafft haben, aber… jeder zu Hause, in relativer Ausgangssperre. Dieses Musikertrio wird ergänzt durch eine Marionette an der Kurbel einer Drehorgel. Wie ihr Landsmann Jean-Luc Godard sagt: «Einsamkeit ist keine Isolation. Wir sind immer zwei in einem. Es gibt andere in uns selbst.» Wenn wir richtig zählen, wären das dann acht…

« Das Karussell des Coronavirus dreht sich weiter », heißt es im Begleittext, « Während der Pleitegeier über der Wirtschaft kreist und die Sehnsucht nach Bewegungsfreiheit in ungeahnte Höhen steigt. Wie immer freuen wir uns über Ihre Kommentare. « 

Ein sehr unterhaltsamer kleiner Film, auch wenn die Marionette – sehr gut gestaltet – nicht ganz so lustig ist wie in der ersten Episode. Aber die Musik ist immer noch sehr ordentlich. Die Figuren, die wir im Hintergrund scrollen sehen, sind eingesperrte Schweizer Politiker, aber wir sehen auch Macron… Und dieses Fragment eines alten Gemäldes? Es ist das Gesicht, wie in Nahaufnahme, des mit einer Pelzmütze bekleideten Narren Gonella, der am Hof der Este in Ferrara wirkte. Und was Jean Fouquet um 1440 mit viel Liebe zum Detail malte, auch wenn die Hände – die wahrscheinlich nicht von ihm gemalt wurden – nicht so recht ins Bild passen, ist ein ausdrucksvolles Porträt.

Viel Spaß, wenn das überhaupt noch möglich ist, und wie der gleiche Jean-Luc Godard sagen würde: «Wenn du das Meer nicht magst, wenn du die Berge nicht magst, wenn du die Stadt nicht magst… hol dich der Teufel!» Gut, dass wir zur Zeit auf dem Land bleiben müssen…

 

 

(Re) Faire le Gilles par Robert Cantarella

photo-©-Marc-Domage Photo Marc Domage

(Re) Faire le Gilles par Robert Cantarella

Robert en Gilles, Gilles en Robert: depuis quelques années, l’acteur-metteur en scène incarne Gilles Deleuze ou, du moins, sa pensée qui chemine au long cours, de leçon en leçon. Il ressuscite ainsi les séminaires que le philosophe a tenu à Vincennes puis à Paris VIII, notamment celui consacré à l’image en mouvement (1981-1982) .
Il nous propose quelques dates pour revivre avec nous en direct cet événement et réécouter Gilles Deleuze, par sa voix !  Nous avions, à l’époque, beaucoup apprécié ce Faire le Gilles.

Relié par un cordon et une oreillette à un magnétophone, Robert Cantarella dit, mot pour mot, les paroles du philosophe, avec ses intonations, hésitations et invectives envers les étudiants ou l’administration universitaire… Il ne cherche pas à jouer Deleuze ou à interpréter un texte. Ici, pas d’écriture préalable mais le phrasé d’une pensée qui avance et où il se glisse : « La théâtralité réduite à son minimum, dit-il,… des oreillettes de petit format me font entendre la voix de Gilles Deleuze, je redis ce que j’entends, au plus près de celle d’origine, en refaisant les inflexions, suspens et interventions. Je ne copie pas ses attitudes ou bien une manière d’être; au contraire, le texte traverse le passeur qui le retransmet avec la réalité de son corps et du grain de sa voix…  C’est en jouant avec que peu à peu, je me suis pris à le dire, puis à en faire une copie exhaustive… J’ai pensé aux exercices de copie si habituels en peinture et j’ai entamé des ateliers de copie sonore. Une pratique  jubilatoire pour celui qui fait, comme pour celui qui reçoit. »

Gilles Deleuze lui-même ne lui a-t-il pas tracé le chemin avec Ce que la voix apporte au texte, écrit en hommage à Alain Cuny et publié dans la revue du T.N.P. en 1987 ?  «Les concepts ont des vitesses et des lenteurs, des mouvement qui s’étendent ou se contractent à travers le texte: ils ne renvoient plus à des personnages, mais sont eux-mêmes des personnages, rythmiques. Ils se complètent ou se séparent, s’affrontent, s’étreignent comme des lutteurs ou des amoureux. C’est la voix de l’acteur qui trace ces rythmes, ces mouvements de l’esprit dans l’espace et le temps. L’acteur est l’opérateur du texte ; il opère une dramatisation du concept, la plus précise, la plus sobre, la plus linéaire aussi. Presque des lignes chinoises, des lignes vocales. »

Mais la théâtralité s’opère aussi grâce à une double jeu : l’acteur Cantarella révèle l’acteur Deleuze : son sens de l’improvisation, sa voix qui donne chair à une pensée vocale qui se constitue au fur et à mesure qu’elle est en train d’être partagée. L’acteur redonne lui, devant un public ravi, corps et intelligence à cette pensée toujours en mouvement.

 Mireille Davidovici

Performance en direct, les dimanches 19, 26 avril et 3 mai à 17 heures. https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10157482995322830 set=a.10151141027767830&type=3

 

Radio TOMA et TOMA TV au service des artistes d’Outremer


280px-Chapelle_Ordre_du_Verbe_IncarnéRadio TOMA et TOMA TV au service des artistes d’Outremer

 

«La violente crise sanitaire que nous traversons ici, frappe aussi la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Mayotte, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie…», disent Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet, les directeurs  de la Chapelle du Verbe Incarné, où sont présentés, depuis vingt-trois ans au festival d’Avignon, des spectacles venus d’Outre-Mer. «Si les Outre-Mer ne peuvent venir à la Chapelle du Verbe Incarné, c’est elle qui  ira aux Outre-Mer ! »
Radio TOMA, créée il y a deux ans, se met donc au service des compagnies et des artistes qui devaient y  jouer cet été. Et TOMA TV  sera disponible du 3 au 14 juillet:  «Nous allons réinventer, ensemble, depuis les dix coins de nos petits pays et nous serons présents partout dans le monde», disent les créateurs de TOMA (Théâtres d’Outre-Mer en Avignon). Une initiative grâce à laquelle, au-delà de ces médias audiovisuels, «sera  facilitée la connaissance et la diffusion des spectacles produits outre-mer et dans la diaspora ».

Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet,ont conçu un Centre de Ressources où sont rassemblés les archives des créations de ces territoires. Il y aura aussi des résidences et des spectacles joués pendant le festival mais aussi toute l’année, à la Chapelle du Verbe Incarné et dans les régions…

Dans Dean est passé, il faut renaître. Aprézan !* Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, écrivaient, après le passage en Martinique du cyclone Dean en 2007 : « Un cyclone est passé. Dans son sillage : désolation végétale, ruptures diverses et accablement des plus démunis… Mais les moments chaotiques sont souvent des lieux de renaissance. (…) Quand tout s’effondre ou se voit bousculé, (…)  ce sont des improbables qui soudain, se voient sculptés par de nouvelles clartés. (…) Dans toute crise, un maintenant s’ouvre d’emblée. »

Mireille Davidovici

Chapelle du Verbe Incarné, 21G rue des Lices, Avignon (Vaucluse) . T. : 04 90 14 07 49.
Contact permanent : Association ADOC, 33 boulevard Saint-Martin, 75003 Paris, T. : 01 76 21 45  75 www.verbeincarne.fr – info@verbeincarne.fr

(*) En intégralité : Dean est passé,  il faut renaîttre. Aprèszan ! sur :  http://tout-monde.com/deanaprezan.pdf

 

Des vidéos pour mémoire : Shock Corridor

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Des vidéos pour mémoire : Shock Corridor, un spectacle adapté du film de Samuel Fuller, écrit et mis en scène par Mathieu Bauer

Le spectacle vivant, un face à face entre artistes et public, est momentanément en panne. Mais les théâtres et les compagnies nous offrent à qui mieux mieux, des captations de leurs réalisations-phares. Traces, mémoire, qu’on regarde avec d’autant plus de plaisir qu’on a aimé l’original. Comme Shock Corridor. Nous avions été emballés par cette création au Nouveau Théâtre de Montreuil en  2017 qui  avait valu à Mathieu Bauer et Sylvain Cartigny d’être récompensés par le Prix de la critique: «Meilleurs compositeurs de musique de scène»  A vous d’apprécier ce spectacle mis en boîte !

 « I’am Sam Fuller, I’m a film director », ainsi se présente une comédienne, en costume trois pièces, allumant, dans le noir, l’éternel cigare du réalisateur américain. Son interview se poursuit en français, interrompant, par bribes, l’intrigue de Shock Corridor. Livrant des épisodes de sa vie aventurière, des anecdotes sur le tournage et six commandements en matière de cinéma, pendant que le film se déroule.

Le héros, un journaliste arriviste, mène une enquête sur un meurtre dans un asile psychiatrique et découvre dans ce microcosme, les violences de la société américaine.  «Quand il veut s’attaquer aux sentiments qu’il déteste: racisme, hypocrisie, amour de la violence,  écrit Bertrand Tavernier, Samuel Fuller transforme ses critiques en réquisitoire, en pamphlet apocalyptique. »

Le spectacle mêle, sur une musique omniprésente, récit du réalisateur et scènes dialoguées, interrompus par des apartés où la parole est donnée aux seconds rôles du film.  Avec des extraits du livre de Philippe Garnier sur Les Characters Actors, biographie de ceux qui incarnent les personnages savoureux mais de second plan, à l’ombre des stars du cinéma américain. De quoi donner  du grain à moudre et matière à réflexion aux élèves de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg qui reprennent ici leur spectacle de sortie.  

Le montage de tous ces éléments, soutenu par l’énergie des jeunes interprètes et une choralité bienvenue, font la force de cette adaptation qui ne paraphrase aucunement le film mais en retient l’intrigue et des séquences-clés, renvoyant à des images-choc. Gros plans dans le dortoir, et surtout scènes dans ce long couloir carcéral qu’on nomme «la rue», où s’alignent les malades, maltraités par les surveillants.

 Pour Mathieu Bauer, qui a déjà porté plusieurs films à la scène, il ne s’agit «pas tant de singer le cinéma mais de le décortiquer, d’en voir la grammaire. Il y a  aussi la question du montage, le théâtre n’a pas ces ellipses, le montage parallèle. J’ai essayé de mettre ça sur un plateau en me demandant comment coexistent la musique, le texte, une image, un comédien. »

Cinéphile et musicien averti, il a aussi puisé dans le répertoire américain des années soixante, par exemple cette scène chantée de Titicut Follies, documentaire de Frederick Wiseman sur la vie quotidienne des patients détenus dans l’unité carcérale psychiatrique de l’hôpital de Bridgewater. Il revisite les chansons folk et countries, Gershwin… Et Billie Holiday, avec Strange Fruits, une des premières « protest songs » (1936) à avoir lutté  contre le racisme et les exactions du Ku Klux Klan. Elle  répond au discours d’un des «fous» : un Noir qui se prend pour un membre du K.K.K… L’occasion de mesurer les talents vocaux et instrumentistes des douze jeunes comédiens.

Ce bel hommage au cinéma, aux acteurs et à la musique, est une rampe de lancement idéale pour ces  artistes qui font ici leur entrée en fanfare dans la vie professionnelle…

Mireille Davidovici

A voir sur: https://vimeo.com/213885529/03558f3c6f?utm_source=email&utm_campaign=Culturecheznous une_captation_un_podcast_des_rendez-vous_sur_les_rseaux_sociaux&utm_medium=email

 www. nouveau-theatre-montreuil.com

Théâtre à distance

 

Théâtre à distance

C’est Noël à Pâques! Les grandes institutions théâtrales nous couvrent de cadeaux : poèmes au creux de l’oreille, pluie de spectacles enregistrés à voir et à revoir, à saisir au vol comme ces opéras du Théâtre des Champs-Elysées signalés quelques heures avant leur unique diffusion! Cherchez l’erreur. Car même à distance, il faut organiser la rareté, en tout cas rappeler que le théâtre est éphémère.

La Comédie-Française a déjà offert trois pièces au public de France TV 5, le dimanche soir, L’Hôtel du libre échange, mise en scène d’Isabelle Nanty mais aussi Un Fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène de Jérôme Deschamps (voir Le Théâtre du blog) et L’Avare de Molière. Le service public au service du public, c’est la moindre des choses… Et il faut nous distraire, pauvres confinés que nous sommes. L’enregistrement soigné de L’Hôtel du Libre échange rendrait tout spectateur, critique,  et tout critique, sévère quant au sur-jeu de certains acteurs et  à une mise en scène en permanence pléonastique: comme s’il suffisait d’appuyer sur le bouton du rire… si bien qu’on ne rit  plus : l’écran fait alors office de loupe sans indulgence.

L’enregistrement sonore est parfois techniquement approximatif et cela  n’arrange rien à cet Avare monté de guingois par Catherine Hiegel, plus actrice (de tout premier plan) que metteuse en scène. Dans un superbe décor, elle fait tourbillonner un Denis Podalydès dansant et élastique, mais tout le monde n’est pas de Louis de Funès, (par ailleurs omniprésent en ce moment sur toutes les chaînes de la télévision). L’idée était bonne : un Picsou qui jouit de son argent et en jubile. Mais les autres personnages ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et le superbe fou rire final de Marianne (Marie-Sophie Ferdane) est plutôt du côté du tragique.

Mais la hotte de la Comédie-Française déborde de cadeaux: des spectacle enregistrés dont La Grande Magie, d’Eduardo de Filippo: une réussite… Mais aussi Bérénice de Racine, mise en scène de Klaus-Michael Grüber (1984) filmée par Bernard Sobel)  avec une superbe distribution: Ludmilla Mikaël et Richard Fontana portent au sublime « les pleurs d’un empereur et les pleurs d’une reine ».

Et Les Damnés, d’après le film de Luchino Visconti,  mise en scène d’Ivo van Hove, filmé à sa création dans la Cour d’Honneur, au festival d’Avignon 2016. LES DAMNES - FESTIVAL D AVIGNON - 70e EDITION -Un spectacle monumental, glaçant, avec une impressionnante maîtrise et un bel engagement des acteurs. «Une claque », dit la critique de l’époque. Prodige d’un théâtre assez fort pour passer la barrière de l’écran… La Comédie-Française fait bien son travail : elle partage  ses archives et de  jolies «gourmandises de l’esprit », comme auraient dit nos amies les Précieuses, que nous offrent  ses comédiens en « télétravail ». (consulter le site).

Les autres Théâtres et Centres dramatiques Nationaux assurent également: (voir Le Théâtre du blog). Et en explorant le site de la MC93, à Bobigny (Seine Saint-Denis), on tombe sur un extrait flamboyant du divertissement vec Mounir Margoum. (Pensées de Pascal) associé à Racine et à Artaud ( En considérant le théâtre et la peste), dans ce Bajazet créé par Frank Castorf,  en décembre  dernier, a

Au Nouveau Théâtre de Montreuil : un bel enregistrement de Kill me please, bien filmé, fait pour le cinéma. Du côté de l’Odéon, un film de Luc Bondy d’après sa mise en scène des  Fausses Confidences de Marivaux qui met remarquablement en valeur, plus qu’Isabelle Huppert et Louis Garre…. le bâtiment de l’Odéon. Mais on peut tomber sur des artistes plus obscurs et pas moins intéressants, par exemple ceux de la compagnie Vive voix,  avec sa musique de souffle enregistrée à la Parole Errante-Armand Gatti, à Montreuil, (Seine-Saint-Denis),. On peut aussi (re)découvrir du jamais lu avec Théâtre Ouvert qui explore ses « tapuscrits ».

Rassurant !  On est débordé par les propositions. Mais inquiétant aussi : les équipes de communication des grands théâtre sont à la tâche, pour ne pas perdre le lien  avec leur “communauté“. Oserait-on dire: leur clientèle? Peut-être les institutions ont-elles répondu avec trop de hâte au vide qui s’est abattu. Vite, boucher le trou, remplir. Mais le temps de confinement risque d’être court : l’attente ne serait-elle pas assez vive chez les professionnels pour générer de nouvelles utopies, ou plus modestement, pour penser ?

C’est la guerre ? Pas à proprement parler. Mais si l’on ne profite pas de la crise pour saisir le changement nécessaire, on risque de s’apercevoir que le théâtre peut en effet être un prototype pour produits visuels multipliables à l’infini et consommés par un communauté purement virtuelle, chacun chez soi, seul, la main sur la zapette. Et surtout pour des produits disponibles, sans vrais choix, ni hiérarchies.

On retrouvera sans doute le théâtre au présent, avec une communauté réelle, les seuls soirs de représentation. Mais on espère ardemment qu’en secret, dans le silence, certains réfléchissent à l’après, et pas seulement à ce que tout redevienne « comme avant ».Quelques-uns tirent la sonnette d’alarme: dont Julien Fisera le directeur de la compagnie Espace Commun avec un  Arrêtez tout  où il crie attention, ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes perchés : « Alors là, je vous en conjure : ARRÊTEZ TOUT ! Amies, amis, du théâtre, il se passe quoi là ? Vous êtes peut-être animés des meilleures intentions du monde mais là vous salopez tout. D’un seul coup, le serment secret, ce qui fait le sel de notre art, notre promesse, tout ça c’est du vent ? Il suffit d’un confinement et vous ouvrez les vannes  vous déversez vos productions pour lesquelles vous avez comme nous toutes et tous, tant sacrifié, dans le grand siphon d’Internet ? »

« Nous croyons que le théâtre résidait dans la convocation d’un être vivant face à un autre être vivant et que c’était sa magie, sa raison d’être. Et cela depuis des temps immémoriaux. Merde qu’on ne nous dépouille pas de ça!  Ne nous faites pas croire que ce soir,  s’il nous reste un peu d’énergie,  nous allons hésiter entre continuer une série,  se plonger dans un chef d’œuvre oublié du septième art, regarder Top Chef ou nous installer avec  un seau de pop corn (maison) devant un succès du théâtre subventionné, quant bien même il aurait tout raflé aux Molière. La partie est jouée d’avance : vous le savez, on est perdant ! »

Tonino Benacquista, scénariste et écrivain, parlait dans Saga (1997) de dangers imaginaires: « Avez-vous repéré tout ce truc bizarre sur l’atomisation du public ? L’atomisation : le phénomène qui consiste à isoler les individus. On commande de la bouffe à domicile, on discute avec sa chérie sur Internet, on fait l’apologie des séries, le « cocooning » devient une vertu cardinale et toutes les occasions de sortir de chez soi sont autant de dangers potentiels. Bien vu…

Ne nous remettons pas aux mains du virtuel. On a dit que le théâtre ne pouvait être rentable : chaque représentation étant un « prototype ».  Cela devient vrai, maintenant qu’on peut enregistrer avec finesse, multiplier, diffuser loin de sa source vivante. Le confinement a du bon : on redécouvre la poésie et chacun a besoin de poésie.

Reste à trouver une politique du théâtre: On peut  commencer par lire ou relire Contre le théâtre politique d’Olivier Neveux (éditions La fabrique, 2019), L’Effort d’être spectateur de Pierre Notte (éditions Les Solitaires intempestifs, 2016), ou Qu’ils crèvent les critiques de Jean-Pierre Léonardini (éditions Les Solitaires intempestifs, 2018). Et nous pouvons au moins profiter du sevrage de théâtre qui nous est imposé, pour réfléchir à notre pratique…

Christine Friedel

Les Consultations poétiques par téléphone au Théâtre de la Ville

 

Théâtre de la Ville: Les Consultations poétiques par téléphone

« Nous croyons que la poésie n’est pas coupée de la vie, dit Emmanuel Demarcy-Mota son directeur, qu’elle est l’essence qui frémit en chacun de nous, qui nous réunit, au cœur de notre solitude et de notre isolement. Nous croyons au lien entre les êtres. »

Nous avons participé à l’expérience poétique d’environ trente minutes qu’il propose  -et on peut  inviter pour une autre consultation un(e) ami(e)-  ce qui permet d’ouvrir un réseau culturel plus large et moins concentré sur le public de théâtre habituel. Sarah, notre interlocutrice,une des vingt interprètes dit avoir été souvent en contact avec des personnes de toute la France, peu habituées à fréquenter  les salles parisiennes.

Ma remarque sur l’impossibilité de vivre l’arrivée du printemps rayonnant à Paris et de redécouvrir l’irruption de la nature qui reprend ses droits l’interpelle. Elle trouve alors, dans son lexique poétique, un poème en lien d’Anna de Noailles, une poétesse et romancière parisienne d’origine roumaine (1876-1933)  : Il fera longtemps clair ce soir.  «Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent (…) » « Et pourtant quelque chose est changé dans la vie. Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir (…) ».

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Un moment sensible qui ne ressemble pas au rapport classique artiste-public et qui ouvre la voie à une réflexion:  il  faudra à tout prix repenser notre relation au spectacle, après les bouleversements provoqués par cette crise sanitaire qui va durer longtemps ! Comme le dit Jacques Livchine, directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité : « Le nouveau chantier va être très excitant, il va falloir  inventer l’Art sous corona virus».

Jean Couturier

www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-2019-2020/temps-forts/consultations-poetiques-par-telephone-les-rencontres-inattendues-1      

Les confinés suisses et pas suisses parlent à tous les confinés

 

Les confinés suisses et pas suisses parlent à tous les confinés

Cette petite vidéo est une création du marionnettiste Hanspeter Bleisch -soixante-quatorze ans- est le partenaire du spécialiste du film numérique Max Peter, mais aussi souffleur de cor-baryton des Yesterboys, un trio de papis…

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ils d’un pédagogue social et d’une marionnettiste, il  suivit d’abord un apprentissage de dessinateur. En 1970, il fonda le théâtre de marionnettes Bleisch. Devenu président de l’Association suisse de marionnettes de 1981 à 84,  il a aussi publié et illustré des œuvres sur le théâtre de marionnettes comme Théâtre de marionnettes, marionnettes de théâtre. Un livre de travail et de jeu avec son épouse Ursula Bleisch-Imhof (Maison d’édition AT).  Il a co-conçu l’exposition itinérante CH-Puppenspiel (1982), et 25 années de  Puppet Theatre Bleisch en 1996, au Winterhur Muséum de commerce. 

Ce bol d’air des Alpes musical et visuel, avec à gauche, un bugle, au milieu, un cor alto et, à droite, un cor baryton, tout à fait réjouissant, a été enregistré, tourné et monté en mars dernier. Ne le ratez surtout pas, la petite marionnette-chef d’orchestre de ce trio infernal est une petite merveille d’intelligence…

https://youtu.be/1NZaFwhCrkE

 En raison du confinement, la Cinémathèque française  vous offre de voir ses leçons de cinéma comme celles, entre autres, de David Lynch, Jane Fonda ou Isabelle Rossinelli..

Avec Henri, on peut désormais aussi découvrir chaque soir à 20 h30, gratuitement et en accès direct, une des œuvres dont la Cinémathèque a les droits et qu’elle a restaurées  au cours des vingt dernières années.
cinematheque.fr,

Les confinés parlent aux confinés : Cyrano de Bergerac et Jacques Weber

 

Les confinés parlent aux confinés :

 

Cyrano de Bergerac et Jacques Weber

Cyrano-ma-vie-dans-la-sienneCrise de Nerfs, trois farces d’Anton Tchekhov mises en scène par le grand metteur en scène allemand Peter Stein avec Jacques Weber, est reporté de mars à septembre. Pour patienter, il a proposé à Marc Lesage, directeur général du Théâtre de l’Atelier, une création en confinement de Cyrano de Bergerac. *
Mais un Cyrano intime avec  lui-même  et son personnage-fétiche depuis tant d’années : un vieux compagnonnage… En 1983, il avait joué plus cinq cent fois Cyrano dans la somptueuse mise en scène de Jérôme Savary. « À Mogador, j’accomplissais un rêve d’enfant. J’avais trente ans et connaître le triomphe à cet âge-là, marque de différentes façons. Cela donne confiance en soi et en même temps, la peur ouvre des brèches. Chaque soir mettait en évidence le rapprochement entre mes incertitudes et celles du rôle.  »

Puis, en 1990, il est le comte de Guiche, dans le film de Jean-Paul Rappeneau et c’est Gérard Depardieu qui jouait Cyrano. En 2001, il met en scène  la pièce au Théâtre National de Nice avec une équipe de jeunes comédiens. Enfin, en 2005, il en créera une adaptation avec où il joue à nouveau le rôle-titre.

«Nous n’aurons donc pas la prétention de croire, dit Marc Lesage, comme malheureusement trop d’acteurs culturels en ces circonstances, que le Théâtre a le pouvoir de changer le monde ou même d’en atténuer ses souffrances.
Nous avons tous un devoir d’humilité tant auprès des personnels soignants qu’envers les malades, de même que nous devons témoigner notre reconnaissance à tous ceux qui, au quotidien, continuent leur activité, parfois au péril de leur santé, pour assurer des services et des missions susceptibles d’adoucir notre confinement.

Dès lors, notre unique objectif est de vous offrir un peu d’évasion, une petite curiosité, une virgule dans cette longue phrase de l’enfermement. (…) Nous vous espérons donc nombreux à nous suivre dans cette aventure érigée, non pas comme un acte de résistance à l’environnement ambiant mais simplement comme une note d’espoir dans notre capacité à toujours créer, inventer et s’échapper… »

 Philippe du Vignal

le mardi et le vendredi sur : http://www.theatre-atelier.com

 

 

Le festival d’Avignon annulé

 

photo X

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Comme c’était prévisible, hier soir, juste après la déclaration du discours du Président de la République, est paru le communiqué de presse : Olivier Py, Paul Rondin et les équipes du Festival d’Avignon en ont pris acte : « Les conditions ne sont plus aujourd’hui réunies pour que se déroule la soixante-quatorzième édition qui devait se tenir du 3 au 23 juillet.

Sera donc soumis un plan d’annulation au Conseil d’administration lundi prochain. « Nous avons partagé l’espoir aussi longtemps que cela était permis, mais la situation impose un autre scénario. Notre devoir est désormais de préserver et d’inventer l’avenir du Festival d’Avignon ».

C’était la seule solution et tous les professionnels voyaient bien qu’il n’y en avait pas d’autre.  Sur les plans technique et artistique, la situation aurait de toute façon être vite ingérable… Et cette histoire de jauge réduite et de report dont nous berçait Olivier Py  ne tenait pas la route. Et cela conforte les propos recueillis il a quelques jours auprès de nos amies les attachées de presse. Quant aux autres festivals d’été comme entre Chalons, Aurillac, etc.) on voit mal un scénario quelconque de report et les annulations vont sans doute tomber en cascade dans les jours qui viennent.

A quelque chose, malheur est bon… Reste en effet  à imaginer d’urgence pour l’année prochaine, une nouveau festival d’Avignon. A l’évidence, il aurait grand besoin d’une révision drastique mais Franck Riester, le ministre de la Culture, en est-il bien conscient? Ce serait en tout cas, une bonne occasion et il y a du boulot! On voit mal en tout cas, quelles que soient ses qualités, un report pur et simple en 2021 de cette édition qui était, du moins dans l’esprit, la copie conforme ou presque, des précédentes. Nous nous efforcerons de vous tenir au courant jour après jour de cette situation absolument inédite pour le théâtre, la danse, le cirque,la musique, les musées et expositions en France et à Paris…

Philippe du Vignal

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