Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnéographe

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnénographe

Comment nous nous étions connus, Hervée et Jacques, il y a au moins un demi-siècle? Pas au tout début de leur aventure, quand Jacques Livchine avait créé, en 68, un montage de poèmes avec Apollinaire à la guerre au Théâtre des Trois Baudets. Je n’étais pas encore critique de théâtre, même si j’y allais très souvent. Mais, sûrement en 72, quand le Théâtre de l’Unité avait présenté quelques sketchs provocants en guise de parade pour son Don Juan, à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, une manifestation de théâtres de rue créée par le grand Jean Digne où il m’avait demandé d’être « écrivain public », puis « écouteur public »…

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©x Jean Digne en 72

Nous avons vu à Paris Le Revizor de Nicolas Gogol. Malgré quelques bonnes idées, un spectacle peu convaincant, dans une salle presque vide et je ne me souviens pas avoir écrit d’article.

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Puis, il y eut la légendaire 2CV Théâtre pour un spectateur à l’intérieur et dans la rue, une bonne centaine tout autour. Et en 78, à Elancourt, où le Théâtre de l’Unité a réussi à s’implanter, La Femme-Chapiteau mais surtout Le Boulevard de la rue que Bernard Faivre d’Arcier, directeur du festival d’Avignon, avait invité: un spectacle avec tous les personnages habituels: mari, femme, amant et domestiques vivant dans les meubles d’un appartement bourgeois… mais le tout dans une rue de la Cité des papes. En 80, un bon souvenir à Saint-Quentin-en-Yvelines, du Bourgeois Gentilhomme de Molière, vu par Louis XIV et sa Cour, à un grand dîner à Versailles; le public étant assis derrière les convives et essayant d’attraper quelques bribes du festin… Et il y eut cette même année, la création du Mariage, un vrai-faux mariage joué dans le in d’Avignon. Avec la future mariée en longue robe blanche et son fiancé en habit, descendant d’un train (ou faisant semblant?). Puis, avait lieu la cérémonie à l’Hôtel de ville par le maire… de Florence, un ami du Théâtre de l’Unité. Et, à la nuit tombante, départ en voitures, toutes munies d’un petit drapeau pour se repérer et aller en cortège vers une belle maison avec piscine, à Pernes-les-Fontaines. Je revois encore Hervée et Jacques accueillant à Avignon chacun des spectateurs à la vente des billets : puis ils avaient mémorisé leurs noms, grâce à des Polaroïds qu’ils prenaient. Il y avait un grand repas de mariage pour le public avec, comme autrefois, chansons, et sketches dehors et dans la maison. Vers six heures du matin, Jacques proposa de boire un verre de champagne mais ajouta aussitôt: «Alors, il faudra le mériter, allez chercher les bouteilles.» Et il en balançait quelques cartons dans la piscine. Panique à bord! Des spectateurs à moitié nus plongeaient les récupérer…

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©x Une rue de la citadelle de Blaye

J’avais demandé à Hervée et Jacques de remettre le couvert avec les élèves de l’Ecole de Chaillot. Ainsi naîtra Noce et banquet, un spectacle commandé pour le festival de Blaye par Jacques-Albert Canque, très heureux d’inviter le Théâtre de l’Unité. Cela a été pour ces jeunes acteurs, l’occasion exceptionnelle de débuter, bien encadrés par des metteurs en scène de premier plan, dans les lieux parfois difficiles qu’étaient une rue de la citadelle de Vauban, puis une chapelle désacralisée, un cloître, et enfin une placette où, à la fin, tous les personnages se suicidaient l’un après l’autre, en se jetant des remparts. Hervée jouait à la fois la belle-mère et la maîtresse de cérémonie en tailleur noir, clochette à la main dans la chapelle pour rythmer la cérémonie. Marie Thomas, hélas, décédée l’an passé, en jupe et grand chapeau noir, était une ex du marié et entrait en retard dans la chapelle, en en claquant la lourde porte. Puis elle allumait sa cigarette au cierge pascal dans le chœur et allait s’asseoir au sol, jambes écartées face à l’assistance, pour qu’on voit bien ses jarretelles et bas noirs. Nourit Sibony, la chanteuse franco-israélienne, elle, debout sur un piano à queue. interprétait de merveilleux gospels.
Jacques, lui, était le curé qui allait procéder à la bénédiction, mais, comme il devait faire en urgence un aller et retour à Paris, il m’avait demandé de le remplacer pour deux soirs. Grande promotion : directeur d’école, après une matinée de répétitions, je devins curé, petit mais nécessaire personnage de cette Noce et banquet qui prononçait un sermon foutraque.
Notre amie Chantal Boiron, directrice de la revue Ubu, avait dit à Françoise Morandière attachée de presse du festival, que le curé attendant le cortège ressemblait à du Vignal. Mais, non pas du tout, ce n’est pas lui et d’ailleurs, il n’est même pas venu… avait-elle finement répondu.  En 82, j’avais interviewé Jacques lors de l’émission sur France-Culture d’Alain Veinstein qui lui avait passé commande d’une intervention sur une grue au-dessus du Verger. Jacques avait alors entièrement vidé sur la table du studio, le contenu du sac à main d’une artiste, en détaillant au micro et avec précision chaque objet : briquet, carte d’identité, petite  monnaie, tampon, rouge à lèvres, clés…

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Regrets: je n’avais pu voir Le Théâtre pour chiens, ni L’Arche de Noë, avec le chanteur Nino Ferrer, trente acteurs et une centaine d’animaux.  Mais j’avais assisté à Ali-Baba, mise en scène d’Hervée de Lafond, sous un grand chapiteau, avec chariots à moteur électrique. Tout à fait impressionnant: les nombreux enfants étaient sidérés par tant de magie… Et il y eut Mozart au chocolat où, dans une pièce ovale fermée, quatre-vingt spectateurs dégustaient une tasse d’excellent chocolat, servie par Hervée de Lafond. Ceux qui n’avaient pu entrer, étaient admis à écouter à l’extérieur par un hublot, les airs de Mozart joués par un pianiste, et les extraits d’opéra chantés par un baryton et une soprano.
Ce Mozart au chocolat  était une petite merveille, à la fois élégante et efficace, dont nous nous souvenons comme si c’était hier. Autre petite merveille mais jouée peu de fois: L’Histoire du soldat de Ramuz et Stravinski, mise en scène de Marc Feldman sous un chapiteau.
Comment ne pas évoquer aussi les stages A.F.D.A.S. que dirigèrent Hervée et Jacques à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, chaque fois avec un grand succès. Nous n’avons jamais regretté d’avoir fait venir ces grands pédagogues et, à chaque fois, il y avait une séance de travail avec les élèves…

© Giancarlo Gorassini/Bestimage

© Giancarlo Gorassini Ophélia Kolb qui jouait  à Conques

Je leur avais ensuite demandé de mettre en scène le spectacle que nous avait commandé la directrice du service culturel de Conques (Aveyron), un village où Prosper Mérimée avait sauvé l’abbatiale et son merveilleux tympan: « Je n’étais pas préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert ». Thème choisi par Hervée et Jacques: une revisitation du Moyen-Age et des Croisades. Hervée avait interpellé un moine de l’abbaye en bure blanche qui passait près du cloître pendant le spectacle: «Eh! Mon père, l’Eglise n’a pas toujours été bien nette à cette époque-là, vous êtes d’accord? »

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A un repérage en janvier,  Jacques et Hervée  avions essayé de calculer l’orientation du soleil au crépuscule en juillet, pour choisir le côté du cloître où mettre les spectateurs pour qu’ils ne soient pas gênés. Folie du Théâtre de l’Unité mais aussi grande rigueur, comme toujours quand il s’agissait de choisir un lieu adapté. Beau succès avec quelque deux-cent cinquante spectateurs à chacune des cinq représentations. L’Ecole du Théâtre National de Chaillot n’aurait jamais été celle qu’elle a été, si, à notre demande, ils n’y étaient pas venus souvent travailler. Pourquoi nous souvenons-nous de détails aussi précis de leurs mises en scène?
Sans doute grâce à ces préceptes qui furent leur bible non écrite : dramaturgie précise, choix et direction d’acteurs au cordeau, respect du texte quand il s’agissait d’un classique, imagination de situations impossibles mais rendues crédibles, fausses pistes pour mieux piéger les spectateurs, second degré flirtant sans arrêt avec le premier, décalage permanent, allers et retours entre réel et fiction, rigueur et intelligence des scénographies de Claude Acquart. Ainsi au début de Dom Juan, trois jeunes couples absolument nus arrivaient sur le plateau et commençaient à jouer. Jacques dans la salle, hurlait: «Baissez le rideau, excusez-nous, ce n’était vraiment pas du tout une bonne idée.» Du lard ou du cochon? Le public était sidéré… Et, en à peine une minute après, miracle… les acteurs revenaient normalement habillés! 

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Repas des riches, repas des pauvres en 94 à l’Hôtel Sponeck à Montbéliard, une performance de l’artiste Daniel Spoerri que nous avions beaucoup aimée. Là aussi, l’imagination était au pouvoir. Assis aux mêmes tables, un repas bon mais simple (saucisse-lentilles) pour les pauvres mais sans service, et un autre repas luxueux avec foie gras, champagne et maître d’hôtel pour les riches: les uns et les autres tirés au sort. Avec, parfois, échanges de boissons entre eux… Ou indifférence!

Terezin, encore un bon spectacle en 95 dont vous a parlé Jean Couturier (voir Le Théâtre du Blog): tout le théâtre était occupé avec une rare émotion  Il y a eu aussi l’ouverture en 96 du Palot-Palot, un ancien cinéma à l’abandon que le Théâtre de l’Unité, avec la mairie de Montbéliard, avait fait rénover, pour que les jeunes puissent aller y danser… Et il y a eu ce merveilleux 2.500 à l’heure, une histoire du théâtre en soixante minutes jouée par de jeunes acteurs issus de l’Ecole de Chaillot : Alexandre Zambeaux et Léna Bréban,  et Eric Bougnon, rencontré à un stage A.F.D.A.S. Et encore ces mises en scène épatantes de La Flûte enchantée de Wolfwang Amedeus Mozart et La Tétralogie (condensée) de Richard Wagner.  Par la fanfare des Grooms qui sera ensuite dirigée par Christophe Rappoport, le fils de Jacques et Edith qui fut longtemps conseillère à la D.R.A.C. Ile-de-France.Un Brecht pour Muguette, une évocation mordante et réussie de personnages de Montbéliard, comme le maire Pierre Souvet et son adjoint, Pierre Moscovici. Et encore, deux des nombreux Kapouchniks, ces cabarets mensuels sur l’actualité sociale et politique, fabriqués avec un humour cinglant, dans la journée du samedi, à base de revues de presse et joués le soir par une dizaine d’acteurs rompus à l’exercice. Avec juste des costumes sur un portant, et quelques accessoires. Un beau spectacle gratuit- il y avait seulement une corbeille à la sortie- suivi par un public fidèle et enthousiaste pendant vingt ans. Je revois Jacques alignant au tableau noir, les chiffres de différents budgets, aussi ahurissants que contradictoires. Une belle leçon de  pensée politique et un théâtre populaire envié par les institutions voisines qui… se gardaient bien d’inviter le Théâtre de l’Unité. Tout se paye dans la vie, surtout l’audace et le succès.

 

 

© Jean Couturier

© Jean Couturier La Nuit unique

La Nuit unique créée au festival d’Aurillac, avec ses dizaines de couchages alignés pour voir, de dix heures du soir à sept heures du matin, un cabaret hors-normes. Jacques nous avait proposé un vieux mais confortable fauteuil en cuir, pour y passer la nuit. Mais difficile de tout capter de cet excellent cabaret,  sans sommeiller de temps à autre…  Et toujours au festival d’Aurillac, dans une belle prairie jouxtant la Maison de la Châtaigne à Mourjou, un beau petit village cantalien, la Brigade d’Intervention Haïtienne en 2010, un exorcisme de la mort avec poèmes et chansons et un cercueil où de jeunes acteurs haïtiens plaçaient un spectateur volontaire. 

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Et La Tour bleue (2007) à Amiens, devant des spectateurs par milliers regardant des sketches joués par des acteurs et cascadeurs dans une barre d’H.L.M. qui allait être détruite par explosion à la fin du spectacle. Mais, d’explosion, que nenni ! Impossible vu le danger! Donc une belle imposture: nous nous étions tous fait avoir par cette histoire invraisemblable de destruction par ultra-sons, annoncée dans toute la presse locale et rendue crédible par la présence de Gilles de Robien, maire d’Amiens de 89 à 2.002. Et surtout par une dramaturgie soigneusement préparée longtemps à l’avance par Hervée et Jacques… Vu aussi Le Parlement de rue, un spectacle sur des gradins en plein air au festival d’Aurillac en 2014. Assise sur une chaise d’arbitre de tennis, Hervée de Lafond présidait une Assemblée nationale, avec discussion et vote de lois proposées par le public… Ensuite envoyées à Manuel Vals, Premier Ministre, aux ministres concernés et à François Hollande, Président de la République.

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Mais un des spectacles de l’Unité que nous avons préférés a été Oncle Vania à la campagne en 2006. Bigre, déjà vingt ans! Mais encore si vivante dans notre mémoire, cette pièce créée à Porentruy (Suisse). La scène ? Une grande prairie d’une exploitation agricole. Le public était assis sur des bottes de paille compressées, pour voir cet Oncle Vania à la campagne en une heure trente, jusqu’à la nuit. Dans un coin, cuisait lentement un chaudron de bonne soupe qu’avait préparée Jacques et servie après le spectacle au public. Merveille du hasard, ce soir-là, on a entendu au loin, les rires d’une fête de mariage et, sublime et qui aurait bien plu à Anton Tchekhov, la sirène d’un petit train passant dans la vallée. Et, à un moment, des chevaux avec leurs cavaliers traversant la prairie derrière les acteurs (mais cette fois, mis en scène). Impossible d’oublier une telle réalisation…

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Sept ans plus tard, dans la forêt près d’Audincourt, Macbeth en forêt, déambulatoire  la nuit par un hiver mouillé, le public assis sur des tabourets pliants, avec un très bon Macbeth, une moins bonne Lady Macbeth. Mais avec des images fantastiques, dignes de Shakespeare et jamais réalisables sur un plateau. 

Et le dernier de Jacques en 22, Une Saison en enfer, sur le chemin à travers les champs qu’empruntait Arthur Rimbaud, depuis la ferme de sa mère à Roche près de Charleville-Mézières et dont il ne reste qu’un mur. A côté, une petite maison rénovée par Patty Smith qu’elle avait prêtée au Théâtre de l’Unité pour servir de Q.G. et de loges. Là encore, il pleuvait sans arrêt et, là encore, miracle, la pluie cessa juste avant ce spectacle déambulatoire, avec des images d’une grande beauté.

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©x Une Saison en enfer

Nous y retrouvons, parmi les cinq interprètes tous en habits noirs, Faustine Tournan, ex-élève de l’Ecole de Chaillot… qui, à Conques, avait sauté d’un mur et s’était gravement blessée. Il y a de la nostalgie dans l’air et Jacques me dit que ce sera son dernier spectacle, qu’il a commencé sa vie avec Arthur Rimbaud et qu’il la finira avec lui.
Il y a deux ans, Les Femmes puissantes d’après L’Assemblée des femmes d’Aristophane. En amont, un atelier-théâtre animé par Hervée avec des mères de famille arabes. Cela se passait près d’Audincourt, dans les vestiges d’un grand théâtre romain. Mais belle trouvaille, le public était assis là où était la scène autrefois Il pleuvait sans arrêt et il faisait froid. Heureusement, sous une tente, nous attendaient du café et de quoi manger un morceau.

©J.P. Estournet

©J.P. Estournet

Puis, miracle, la pluie cesse quelques minutes après le début du spectacle et la dizaine d’actrices vont avec Hervée faire revivre en cinquante minutes sur ce qui restait des gradins, la fable d’Aristophane sur une musique commandée à William Sheller. Micros H.F., belles lumières, impeccable régie, tout cela, malgré des conditions météo assez rudes. Pari réussi,  avec un auteur grec joué en France par des actrices arabes. Une fois de plus, avec un grand professionnalisme: rien d’impossible au Théâtre de l’Unité…

Voilà, ce sont quelque trente spectacles que nous aurons vu et ceux qui ont moins de quinze ans ont été chroniqués dans Le Théâtre du Blog. Et il y a eu avec Hervée et Jacques, un compagnonnage exceptionnel, quand ces pédagogues hors pair ont accepté de diriger des stages à Chaillot. Et ils ont aussi monté trois spectacles avec les élèves, ou avec ceux juste sortis de l’Ecole. C’est un rare privilège de les avoir accueillis, une idée que les services du Ministère  de la Culture trouvaient assez bizarre, mais que Jérôme Savary, alors directeur, bien sûr, avait approuvé….

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©x La fête d’adieu à Audincourt avec le Rappoport orchestra autour d’Hervée et Jacques 

Merci, encore merci, à Hervée et Jacques pour toute la riche vie, loin des chemins habituels, que vous aurez su apporter au théâtre contemporain. Avec un grand travail préalable de dramaturgie, puis  une impeccable direction d’acteurs, une rigueur et une invention d’images exemplaires de beauté, une écriture ciselée, un choix de lieux conformes au projet, et il y en au un paquet: rue ou place de ville (souvent), sentier de campagne, forêt, cloître (deux fois), chapelle, amphi en ville, jardin public, chapiteau, scène frontale de théâtre, ancien atelier, maison à l’extérieur et à l’intérieur, prairie (deux fois), ancien H.L.M. ,gymnase, etc… une musique recherchée et une scénographie efficace, réalisée par leur ami Claude Acquart. Et toujours, avec insolence, rigueur et générosité.
Tout cela n’a aucun prix et a fait la grande réputation du
 Théâtre de l’Unité qui, le 1er janvier 2026, est devenu la Maison de l’Unité. Nous souhaitons le meilleur aux artistes qui, en ces temps bousculés, vont succéder à Hervée et Jacques: ils bénéficient d’un héritage artistique exceptionnel.
Allez, une dernière pour la route:
« Fabuleux! Je ne pensais pas, a dit Jacques, vivre ça de mon vivant! Vivre un enterrement hyper-joyeux, hyper-tendre, hyper-émouvant, oui, un enterrement. Car ce genre d’hommage, c’est quand on est mort: et là pas du tout, on était vivant et on s’est régalé comme dans un rêve.Tous ces compagnons de route très anciens: Généric Vapeur, Trans Express, Cacahuete, Juliot. Et puis tous les autres! Tous en transe! Pour nous…  Je n’en reviens toujours pas! Je plane, je plane, je plane! » 

Philippe du Vignal

Si vous voulez en savoir plus, lire absolument: Les Mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine. 15 €. Maison de l’Unité, 9 allée de la Filature, Audincourt (Doubs). T. : 03 81 34 49 20.
Vous pouvez voir toutes les photos de la grande fête d’adieu en l’honneur d’Hervée et Jacques à laquelle nous n’avons pu assister, en allant sur le site: Blog de Jacques Livchine. 


Archives pour la catégorie opera

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

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Roger Lafosse  avait fréquenté les milieux du jazz à Paris : Charlie Parker, Boris Vian… Et en 63, il créa à Bordeaux, l’A.R.C. (Arts et Recherches Contemporaines). Puis avec Robert Escarpit, écrivain et professeur de lettres, Abraham Moles, philosophe et spécialiste d’électroacoustique et Michel Philippot, chef du bureau bordelais de l’O.R.T.F., il va mettre en place une Semaine de spectacles, d’arts et de recherches dans les arts et sciences. 

A cette première édition: musique, théâtre, cinéma, etc. , étaient invités dans la même semaine, Diego Masson qui dirigeait Stop de Karlheinz Stockhausen mais aussi Miles Davis, Duke Ellington, une intégrale des œuvres de Pierre Schaeffer avec sa Symphonie pour un homme seul. Et d’Edgar Varèse, Pierre Henry. Mais aussi Charles Mingus, le Nones Quartet…. Nicolas Schöffer présente un spectacle audio-visuel expérimental, retransmis en direct sur la deuxième chaîne de télévision. Et un concert Edgar Varèse, Iannis Xénakis et  aussi du free-jazz avec l’Américain Albert Ayler, et L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry.

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Sigma 2: John Cage présenta Atlas Eclipticalis et Pierre Henry, La Messe électronique à l’Alhambra. Une grande salle , entre septembre et décembre 1914, la Chambre des députés avait été déplacée. Aujourd’hui, hélas détruit sauf la façade, l’Alhambra avait un grand parterre qui pouvait être retourné et devenir parquet de danse… Une merveille scénographique que nous avons pu voir fonctionner. Le public nombreux et en majorité très jeune, écoutait allongé sur des matelas. Aujourd’hui banal, mais avant 68 et à Bordeaux, une petite révolution.

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©x Miles Davis

Roger Lafosse accueillera aussi les Pink Floyd en 69,  bien avant que le groupe ne soit célèbre! Sigma 7, en 71 il y avait, excusez du peu, Dizzy Gillepsie, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Miles Davis, Keith Jarrett, Sun Ra… Puis Martial Solal, Charles Mingus, Stan Getz, Joe Albany, Chet Baker, Gil Evans, Barney Wilen, Bernard Lubat… et, au début des années quatre-vingt:  Dexter Gordon, Michel Petruciani, et de nouveau, Miles Davis.

A Sigma 9, des musiques expérimentales avec, en 72 François Bayle, avec  L’expérience acoustique, et Enivrez-vous de Pierre Henry, musique électroacoustique avec dix danseurs et danseuses dont… Carolyn Carlson. L’année suivante, Karlheinz Stockhausen présenta Mikrophonie I et Klavierstück X. Mais Sigma sera vite contestée,  au Conseil municipal. Mais aussi par des Bordelais, à droite comme à gauche! Roger Lafosse avait donc bien visé! Le motif: obscénités, pornographie, ésotérisme, usage de drogues, provocations, etc.

Il y eut aussi quelques happenings avec Jean-Jacques Lebel. Et dans le centre-ville, Pierre Pinoncelli marchait en momie enveloppée de bandelettes… mais dans l’indifférence générale. Ben avait aussi été invité: il était resté allongé douze heures, en feignant de dormir.
Il avait aussi organisé un concert Fluxus,  en hommage à John Cage, avec brûlage de partitions, écrasement de violon, massacre de piano à coups de hache, lance à incendie inondant le public.

©x Lucinda Childs

©x Lucinda Childs

A Sigma 8 en 72, est introduite la danse contemporaine: le Pilobolus Dance Theatre et Carolyn Carlson sur des improvisations de Pierre Henry. Et aussi, en 77, Meredith Monk avec un théâtre-danse et, deux ans plus tard, Lucinda Childs avec Dance, musique de Phil Glass. Puis, Trisha Brown avec une «post modern dance »,  Douglas Dunn en 81, Merce Cunningham  en 83,  Karole Armitage. Et le butô japonais. Et aussi Régine Chopinot, Jean-Claude Gallotta, Catherine Diverrès, Bernardo Montet, Angelin Preljocaj, Maurice Béjart avec ses écoles: Mudra Belgique et Mudra Afrique.

 

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©x Oedipe-Roi

La section cinéma: des longs et des courts-métrages en huit ou seize mm, eux parfois projetés sans autorisation… entre minuit et quatre heures du matin:  Ceux d’inconnus qui le sont souvent restés mais aussi L’Amour fou de Jacques Rivette, L’Inauguration du dôme du plaisir de Kenneth Anger, Le Sexe enragé de Philippe Garrel, L’homme qui lèche et L’homme qui tousse de Christian Boltanski, La Question ordinaire de Claude Miller. Et des œuvres de Werner Herzog, Franco Brocani, Alain Resnais, Marguerite Duras, Pier Paolo Pasolini avec Œdipe-roi.  Grand succès auprès de jeunes ravis de l’occasion  inespérée de voir ces films.

Sigma connait un succès grandissant malgré des critiques sur son orientation, vue comme plus conventionnelle! Sigma-Chanson, créé en mars 72 par Jean-Claude Robissout, est consacré à la nouvelle chanson francophone: Colette MagnyCatherine RibeiroJacques Higelin, puis Bernard Lavilliers. Et aussi ensuite,  Mama Béa,  Rosine de Peyre (chanson occitane),  Kristen Noguès  (harpe celtique)Henri TachanCharlélie Couture,  Élisabeth Wiener, Catherine Ribeiro…
Et des films sont toujours présentés par dizaines à chaque édition. En 85, Gérald Lafosse, fils de Roger Lafosse et Jean-Pierre Bouyxou instituent un palmarès voté par le public! Le Navet Doré récompensera le plus mauvais long-métrage du monde, Nabonga le gorille de Sam Newfield. Et l’année suivante, la Palme de Caoutchouc couronnera le film comique le plus ringard. Attribué à Franco Franchi et Ciccio Ingrassia pour l’ensemble de leur œuvre.

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 En 89, Sigma devra quitter les entrepôts Lainé où sera définitivement installé le Centre d’art contemporain,pour le Hangar 5 sur les quais de la Garonne. 1993: festival annulé, à cause d’un plan de rigueur budgétaire voté par la municipalité… Les deux années suivantes, il aura encore lieu mais,  avec Alain Juppé, nouveau maire de Bordeaux, les relations se tendent. Comme avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Son directeur Jean-Michel Lucas reprochera en 96 à Sigma, un manque d’avant-garde, et suivra une baisse des subventions publiques de 25 % par rapport à 94, surtout celles de la mairie…


Dernière édition: Extremus où seront invités, entre autres, Jan Fabre avec une création,  la compagnie belge de danse Le Plan K, le compositeur Jean-Claude Éloy, et des spectacles bordelais… En 97, Roger Lafosse est attaqué! Motif: mauvaise gestion financière, ce qu’il récusera avec vigueur. L’opposition reprochera à Alain Juppé d’avoir mis les élus devant le fait accompli et sans aucun débat préalable. 

La disparition de Sigma suscitera une grande émotion. Nous avons alors repensé aux célèbres vers du grand John Donne: « Aucun homme n’est une île, entier en lui-même ; chaque homme est une partie du continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l’Europe est diminuée, tout comme si un promontoire l’était. tout comme si le manoir de ton ami ou le tien l’étaient. La mort de tout homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité ; et donc n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi. » Oui, Digam était un grand festival  avec des créations européennes mais aussi des deux Amériques
En 2007, Jean-François Hautin, producteur de cinéma bordelais et Harold Cober, petit-fils de Roger Lafosse le persuadent de raconter l’aventure Sigma. Et un documentaire, auquel nous avions participé, réalisé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil, réunira François Barré, Jean-Jacques Lebel, Jérôme Savary -très brillant- mais aussi Régine Chopinot, Martial Solal, Bartabas…
En 2010, Roger Lafosse offrira ses nombreuses archives à la ville de Bordeaux mais meurt hélas, l’année suivante, à quatre-vingt quatre ans.

 

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Au C.A.P. C., aura lieu en 2013, une rétrospective de Sigma, (voir Le Théâtre du Blog) avec photos, vidéos, documents sonores, affiches (en fac-similé), conférences, rencontres avec des témoins de ce festival, concerts, films, etc.  Pas toujours vraiment réussie… Mais au vernissage, très éouvant, des centaines de jeunes  découvraient, émerveillés, une aventure de haute volée artistique et humaine. Alain Juppé était là, pas très à l’aise devant cette histoire extraordinaire qui n’avait pas été la sienne. Sauf, à la fin, pas vraiment joyeuse…
Mais elle sera aussi et à jamais celle de Bordeaux, liée à celle son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, maire de  47 à 95 qui, nous l’avons dit, a toujours soutenu Sigma qui n’aurait pu exister sans lui dans cette ville, à l’époque fermée. Et il faut encore et encore le souligner grâce aux très nombreuses créations en arts de la scène, musique, arts plastiques… initiées par Sigma, Bordeaux ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui 

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

Les Brigands, musique de Jacques Offenbach, mise en scène de Barrie Kosky

Les Brigands, musique de Jacques Offenbach, mise en scène de Barrie Kosky

Créée en 2024, cette création a réveillé quelques grincheux partisans d’une version classique : «J’ai détesté : horrible, vulgaire, dans l’air du temps. » Un commentaire résumant bien les oppositions à ce spectacle. Mais, comme nous, la majorité du public a apprécié cette œuvre festive, jubilatoire et iconoclaste. «Raconte-moi une histoire de voleurs, dit un des personnages. L’autre répond : c’est un banquier qui devient Président ! Et alors ? dit le premier. « C’est tout, répond le second ! ».
Le ton est donné et l’œuvre de Jacques Offenbach s’adapte bien à cet état d’esprit frondeur. Et pour le metteur en scène: « La comédie nous renseigne autant sur la condition humaine que la tragédie. Cela, je pense qu’Offenbach l’a profondément compris.L’opéra-bouffe et l’opérette, en particulier celles d’Offenbach, sont parfois méprisés, accusés d’artificialité… alors que c’est l’un des buts visés. Comme le kabuki ou l’opéra chinois, l’opérette nous offre des vérités profondes. Les Grecs de l’Antiquité le savaient bien et la comédie, voire la farce, était un élément-clé de leur culture… et elles apportaient un contrepoint nécessaire à la tragédie. Nous avons toujours eu besoin de rire de nous-mêmes. »

© Agathe Poupeney-

© Agathe Poupeney-

Cette mise en scène rappelle l’esthétique d’Hairspray, un film musical américain d’Adam Shankman (2007) et un film australien de Stephan Elliott (1994). Autour de l’exceptionnel Marcel Beekman interprétant  Falsacappa, chef des brigands, ici transformé en divine drag-queen et ses partenaires en parfaite adéquation. Dès l’ouverture du rideau, ils arrivent dans des costumes multicolores: travestissement de rigueur pour cette bande de brigands survoltés: à signaler la grande qualité du travail de Victoria Behr qui travaille depuis longtemps avec le metteur en scène, en particulier à l’Opéra-comique de Berlin.
Michele Spotti dirige, avec la fougue de la jeunesse, l’orchestre et les chœurs de l’Opéra national qui n’ont jamais porté de costumes aussi loufoques… comme prêts pour le carnaval de Rio. Les tableaux se succèdent à un rythme rapide, avec des personnages issus d’un tableau de Velasquez. Avec un brigadier-chef (Laurent Naouri)  à la tête de gendarmes  comme ceux que jouait Louis de Funès…

L’humoriste Sandrine Sarroche seule dans un fauteuil au milieu du plateau, joue un caissier et offre quelques amabilités à nos ministres de l’Economie et des Finances successifs. Une création à la joie irrévérencieuse sur plus de trois heures qui rappelle les grandes heures du merveilleux Grand Magic Circus de Jérôme Savary vers 1970 et, plus récemment ces mêmes Brigands mise en scène de Jérôme Deschamps à l’Opéra Bastille…

Jean Couturier

Jusqu’au 12 juillet, Opéra, Palais Garnier, Paris (VIII ème). T. : 08 92 89 90 90.

Faust de Charles Gounod, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Denis Podalydès

Faust de Charles Gounod, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Denis Podalydès

Avec les décors d’Éric Ruf, les costumes de Christian Lacroix, les masques de Louis Arène… toutes les fées se sont penchées sur ce Faust qui a reçu, du Syndicat de la critique, le prix Claude Rostand, (meilleure coproduction lyrique régionale et européenne).
Julien Dran (Docteur Faust), Jérôme Boutillier (Méphistophélès), Vannina Santoni (Marguerite) interprètent avec justesse et fougue les rôles principaux. Leurs performances vocales ont ébloui le public de la salle Favart surchauffée malgré la climatisation. Louis Langrée -chemise noire trempée!- est à la tête de l’Orchestre national de Lille avec le merveilleux chœur de l’Opéra de cette ville. Il a a voulu monter dans sa version d’origine, le deuxième opéra le plus joué au monde après Carmen. Et ici, pour la première fois depuis sa création en 1859, avec dialogues parlés et textes chantés. Le travail des musicologues du Palazzetto Bru Zane et du Centre de musique romantique française sont à l’origine de cette renaissance.

© Stéfan  Brion

© Stéfan Brion

Denis Podalydès a réalisé une mise en scène classique et très lisible avec les costumes sobres fin XIX ème siècle de Christian Lacroix. Tonalité sombre et grise, comme si les personnages évoluaient dans l’antichambre de la mort. Il y a seulement au début du quatrième acte, des couleurs chatoyantes, quand démons et damnés se transforment en prostituées, et que le docteur Faust se livre à ses plaisirs dans la nuit de Walpurgis. La scénographie d’Éric Ruf, très mobile, apparait comme un élément  vivant. Il aime montrer les coulisses autour d’un plateau nu comme pour Le Soulier de Satin, avec, ici, un plateau tournant où les techniciens et les deux interprètes accompagnant Méphistophélès mettent en place les éléments de décor. Entre les II ème et III ème actes, sont inversés de hauts châssis représentant l’habitation de Marguerite : un bel effet…
La chorégraphie de Cécile Bon occupe aussi une place importante. La nuit de Walpurgis au dernier acte imposait le corps de ballet de l’Opéra qui, ici, était absent… Mais les danseuses Julie Dariosecq et Elsa Tagawa sont un fil rouge très présent sur ces quatre heures. Denis Podalydès résume bien cet opéra: « Je ne sais plus qui a dit : « Faust, c’est l’histoire d’un infanticide. » Il y a en effet derrière l’histoire fantastique et religieuse, un fait-divers banal et sordide dans une nouvelle qu’aurait pu écrire Gustave Flaubert ou Guy de Maupassant… Un vieil homme, triste mais riche, veut goûter une dernière fois aux plaisirs de l’amour avec une jeune fille pauvre qui sera enceinte de lui. Mais il la quitte… Elle tuera l’enfant et sera condamnée à mort.
On retrouve les grands standards vocaux avec un réel plaisir. Entre autres à l’acte II, quand Faust chante cette cavatine : « Salut ! Demeure chaste et pure. Où se devine la présence d’une âme innocente et divine. »
Au même acte, Marguerite chante l’air immortalisé par la Castafiore, une créature dHergé : «Ah! Je ris de me voir si belle en ce miroir! » Ce spectacle affiche complet mais il serait bien qu’il soit repris et vu par un large public…

Jean Couturier

Opéra-Comique, place Boieldieu, Paris (II ème), du 21 juin au 1er juillet. T. : 0 825 01 01 23.

Les cloches impériales de Chine

Les Cloches impériales de Chine


Ce spectacle créé en 1983, a déjà présenté dans plus cinquante-sept pays soit 1.000 représentations avec environ un million de spectateurs et est fondé sur la musique de Chu, une civilisation florissante il y a plus de 2.500 ans.
Produit par le Hubei Provincial Performing Arts Groupe, il est interprété les artistes du Hubei Provincial Opera and dance Drama Theatre et est présenté à Paris dans le cadre d’un programme d’échanges culturels internationaux du China Arts and Entertainment Group.
Trouvés en 1978 dans la province du Hubei, et datant de 2.400 ans, ces beaux instruments en bronze sont le plus ancien ensemble d’instruments à gamme chromatique jamais identifié en Chine et probablement dans le monde. Les systèmes musicaux se limitaient souvent à des gammes pentatoniques ou heptatoniques et ce dispositif exceptionnel permettait de produire l’intégralité des demi-tons d’une octave, comme dans la musique occidentale moderne.Les célèbres cloches Bianzhong se distinguent par leur capacité à délivrer deux hauteurs différentes selon le point de percussion montrant une maîtrise acoustique remarquable au VI ème siècle avant J.C. Reproduits avec fidélité, ces instruments de scène permettent d’évoquer les batailles, danses et fêtes d’une civilisation raffinée.

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Ce spectacle d’une heure et demi alterne parties dansées et parties instrumentales avec un panel impressionnant de cloches, gongs, tambours, xylophones jouées par une quinzaine d’interprètes, entre autres au début dans Les Echos de la Chine ancienne et Chemin de quête-musique ancienne pour bianzhong et bianquing. Un groupe remarquable de précision gestuelle et impressionnant de rigueur. Comme par miracle, le temps d’un commentaire en chinois-comme la majorité du public pour cette seule soirée- tous les instruments disparaissent et laissent la place  au chapitre II: Au rythme des danses ancestrales où alternent ballets de danseurs et de danseuses, tous réglés au cm près. Là aussi très impressionnant, notamment un rituel dansé en rond de guerriers sur une musique de  percussions. De temps en temps, il y a en voix off, un commentaire mais en en chinois…
Cueillette du murier-Labourage, danses agricoles interprété par douze jeune femmes est tout aussi précis mais nous a paru plus conventionnel…
Suit le chapitre III: L’Harmonie des huit sons avec des instruments classés selon huit matériaux: métal, pierre, soie, bambou, calebasse, terre cuite, cuir et bois. A cordes comme le « se » qui en comptait autrefois cinquante, à air comme une flûte à bec en bambou, ou une flûte de pan avec vingt-quatre tubes, eux aussi en bambou. Ou le yng-xun, un ocarina en céramique.  Ou encore le Quing, un lithophone composé de pierres plates. Tous d’une beauté stupéfiante.
On ne peut tout citer mais il y a aussi un Chant de justice-Chanson, dansé par des hommes avec un texte plein d’humour: « Les fonctionnaires  cupides, bien qu’ils puissent être corrompus, pourtant peuvent être intègres, les fonctionnaires intègres, bien qu’ils puisent  être honorés, pourtant, sont souvent dédaignés. (…)
« Enfin, le spectacle se termine par Musique de banquet au palais de Chu-Le grand banquet cérémoniel avec de nombreux musiciens et toute la troupe des danseurs et danseuses jouant comme Loïe Fuller avec de grandes écharpes bleues ou roses. Côté des réserves, il y a dans ces Cloches impériales de Chine,  une scénographie parfois kitch, une musique enregistrée amplifiée souvent envahissante et des voix en play-back…comme dans toutes les superproductions  qui doivent être rentabilisées grâce à un nombreux public mais on se lasse pas de regarder l’ensemble de ces instruments d’une grande beauté et l’ensemble du spectacle est une grande leçon de professionnalisme artistique.  Si vous en avez l’occasion, cela vaut le coup d’aller le voir.

Philippe du Vignal 

Spectacle vu le  20 mai au Théâtre Mogador, Paris ( VIII ème).
Tournée en France et en Europe.

Un Piano dans la montagne/ Carmen d’après Georges Bizet, transcription et direction musicale de Nikola Takov, adaptation de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Sandrine Anglade

Un Piano dans la montagne/ Carmen, d’après Georges Bizet, transcription et direction musicale de Nikola Takov, adaptation de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Sandrine Anglade

Nombreuses ont été les adaptations au théâtre -dont celle mémorable de Peter Brook- et les transpositions au cinéma de cet opéra, le plus joué au monde… Sandrine Anglade nous en propose ici une version d’une heure quarante-cinq en dehors des canons du genre. Avec ce titre surprenant, elle veut souligner les aspirations de l’héroïne à une vie libre dans la montagne (elle pensa un temps l’intituler Un Corps à soi) avec l’homme qui voudra bien la suivre. Ce ne sera pas Don José, le soldat, qui déserte par amour de Carmen mais qui n’aime pas l’aventure. La bohémienne le renvoie à sa mère qui se meurt dans son village et à sa fiancée, la sage Micaëla. Et elle cède à son désir pour Escamillo, le brillant toréador. Un amour qui lui coûtera la vie… sous les coups de Don José, fou de jalousie. Un féminicide annoncé! La metteure en scène dédie sa pièce au mouvement Femmes, Vie, Liberté qui soutient les Iraniennes en lutte.

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©compagnie Sandrine Anglade

L’originalité du projet tient à une forme mariant théâtre et opéra. Revenant au livret original d’Henri Meilhac qui a souvent été censuré, Clément-Camar Mercier a supprimé les récitatifs ajoutés après la création et a imaginé un personnage de guide, interface entre la scène et le public, à la fois commentateur de l’action et fil rouge de la mise en scène.
Sandrine Anglade, en lui ôtant les fastes de l’opéra, entend ainsi offrir cette œuvre prestigieuse à un large public. La musique de Georges Bizet a été transcrite pour quatre pianos par Nikola Takov, avec une étonnante profondeur harmonique. Pianiste, compositeur et chef de chant, il tient ici un des claviers et assure aussi la direction musicale des quatre solistes pour les rôles de Carmen, Micaëla, Don José et Escamillo et des six chanteurs, pianistes ou comédiens qui se partagent les seconds rôles.
Et, dans chaque ville de la tournée, un chœur amateur d’enfants de sept à quinze ans a été formé pour l’occasion. «Ils se préparent avec une cheffe de chant et sont présents sur scène pendant tout le spectacle, dit Sandrine Anglade. Ils découvrent ce que sont le théâtre et l’opéra. Pour moi, c’est aussi une manière de partager un projet avec des publics. »

L’espace de jeu est balisé par une rampe circulaire de projecteurs qui monte ou descend d’un acte à l’autre. Les interprètes déplacent les pianos montés sur roulettes pour changer le décor. Au premier acte, ils figurent les murs de la caserne, puis de la prison où sera enfermée Carmen après une bagarre à la fabrique de cigares où elle travaille.Autour d’elle, Micaëla (Parveen Savart) à la recherche de son fiancé, Don José (Pierre-Emmanuel Roubet, en alternance avec Blaise Rantoanina) pour lui donner une lettre de sa mère, avant le fameux duo : « Ma mère, je la vois ». Bientôt, apparait Carmen pour son premier aria, La Habanera :  L’amour est un oiseau rebelle, puis elle chantera pour séduire Don José : « Près des remparts de Séville, Chez mon ami Lilas Pastia, Nous danserons la Séguédille Et boirons du Manzanilla. »
De merveilleux solos où nous découvrons le riche potentiel vocal de Manon Jürgens, au mezzo nuancé. Les pianos s’écartent à l’acte II pour la scène de la taverne où Escamillo (le sémillant Antoine Philippot) fait une entrée fracassante parmi les contrebandiers. L’opéra a alors une théâtralité plus affirmée. Le guide (Florent Dorin) fait même chanter au public les couplets du Toréador : Toréador, en garde !/Toréador!Toréador!/Et songe bien/Oui songe en combattant/ Qu’un œil noir te regarde/Et que l’amour t’attend./Toréador, l’amour, l’amour t’attend! »

 Tout au long du spectacle, les pianistes quittent parfois leur clavier pour se joindre aux chanteurs. Julie Alcaraz chante Frasquita et accompagne aussi au violoncelle certains airs. Julia Filoleau incarne Mercédès, Benjamin Laurent est Moralès et Nikola Takov joue aussi l’Aubergiste. Une atmosphère festive règne sur le plateau et Sandrine Anglade a fait quelques entorses à la continuité dramatique. Ainsi à l’acte III, Micaëla, égarée dans la montagne, vient annoncer à Don José : «Ta mère se meurt et ne voudrait pas mourir sans t’avoir pardonné. » Mais elle interrompt son chant pour déplorer le sort réservé aux sopranos à l’opéra : « Y’en a marre, dit-elle, du destin des sopranos, toujours à nier le désir de leur personnage.»
Elle veut changer de rôle et endosse celui de Mercédès (où elle est nettement plus à l’aise), dans la séquence des bohémiennes-tireuses de cartes que la metteuse en scène avait zappée au début de l’acte. Une manière de désamorcer le tragique de la scène: dans les tarots, Mercédès et Frasquita prédisent à Carmen un avenir prometteur avec amour, château, bijoux… Mais celle-ci n’y voit que la mort.
En prenant ces libertés, Sandrine Anglade désacralise l’opéra…

Créé à la Scène Nationale de Bayonne, Un Piano dans la montagne/Carmen répond à la mission que s’est fixée la metteuse en scène avec sa compagnie éponyme fondée en 2004 : mettre à disposition d’un large public les œuvres du répertoire.  Elle l’a ainsi fait récemment avec La Tempête de William Shakespeare où elle marie théâtre et opéra dans le même esprit de troupe. La compagnie s’est aussi engagée dans un «laboratoire citoyen» où elle propose aux enfants et adolescents, de réaliser de petites formes issues d’une réflexion commune. Elle collabore aussi avec le collectif Barayé, à des concerts Femme, Vie, Liberté pour soutenir la lutte des femmes en Iran.
Avec son hétérogénéité revendiquée, ce spectacle ne convaincra pas les puristes mais a enthousiasmé le public. Sandrine Anglade fait ainsi entrer l’opéra dans une économie de théâtre, en réduisant les coûts de production de 80% ! Le spectacle devient alors abordable pour les programmateurs, quand ils veulent offrir un opéra populaire….
Malgré quelques passages peu lisibles et l’esthétique brouillonne des costumes, il faut saluer cette démarche et suivre cette metteuse en scène qui prépare Le Conte d’hiver de William Shakespeare…

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 21 décembre au Centre des bords de Marne, 2 rue de la Prairie, Le Perreux (Val-de-Marne). T. : 01 43 24 54 28.

Le 20 janvier, Auditorium Jean-Pierre Miquel, Vincennes (Val-de-Marne); le 23 janvier, Théâtre de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) ; les 26 et 27 janvier, Théâtre Georges Simenon, Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)

Les 1er et 2 février, Centre d’art et de culture, Meudon (Hauts-de-Seine); le 8 février, Théâtre Alexandre Dumas, Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

Les 14 et 15 mars, Scène Nationale de Bourg-en-Bresse (Ain).

 

Sigma,une exposition au CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux

Sigma, une exposition au CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux.

 

   Crcapc_-_visuel_sigma_ss_textéé en 1965 par son directeur-fondateur, Roger Lafosse, avec l’appui  financier déterminant du maire Jacques Chaban-Delmas  Sigma (de la lettre grecque ) pour la semaine que durait ce festival,  auront été invités des gens encore peu connus à l’époque, et jamais vus en France, comme, excusez du peu ! Les américains: Meredith Monk, Le Performance Group, Le Bread and Puppet, le Living Theatre, John Vaccaro, le Wooster Group, mais aussi les Norvégiens de l’Odin Teatret, Jan Fabre, les Hollandais du Hauser Orkater, les anglais de Pip Simmons et le très fameux Jerzy Grotowski. Et pour la France, André Benedetto, Jean-Jacques Lebel, la fameuse troupe de travestis Les Mirabelles, Zingaro qui s’appelait alors le Cirque Aligre, Farid Chopel, Jérôme Savary et son Grand Magic Circus, sans oublier de jeunes troupes bordelaises comme celle de Guy Lenoir et Richard Coconier ou le Groupe 33 de Jacques-Albert Canque …En littérature, Robert Escarpit y crééa Le Prix de la seconde chance et Le Prix des lecteurs en 67. En arts plastiques, il y eut Erro, Malaval, Vialat etc… sigma-en-1977-a-la-pointe-de-l-avant-garde_1464654_460x306  Il y eut aussi tout un volet cinéma avec  des nuits blanches de cinéma comme La nuit de l’underground imaginée en 67 par Pierre Bordier, avec des centaines de personnes faisant la queue dans l’espoir d’obtenir une place… Du côté danse,  Lucinda Childs, le Sankaï Juku, Régine Chopinot; et Roger Lafosse avait aussi accueilli les compositeurs Pierre Boulez, Phil Glass, le GRM, Pirre Henry et son concert couché,  Les Pink Floyd et grand  connaisseur de jazzn il reçut aussi Miles Davis, Dizzie Gillipsie, Chet Baker, Lionel Hampton, Duke Ellington, Albert Ayler. Impossible de citer tout le monde mais bref, Sigma aura été aussi au rendez-vous des plus récentes formes de théâtre, des nouvelles technologies, des performances et des happenings comme ceux de Jean-jacques Lebel. D’année en année avec méthode et opiniâtreté, Roger Lafosse aura eu le nez creux et aura tissé une sacrée toile artistique! Bordeaux aura été ainsi, du moins surtout les vingt premières années de Sigma, la seule ville- très bourgeoise, encore assez fermée à la création contemporaine- à offrir, une semaine durant, une sorte de concentré artistique incomparable, avec ce qui se faisait de plus novateur.   Une sorte de bouillon de culture avec un brassage d’artistes  dans des lieux parfois incroyables, comme Le Capitole, Le Théâtre Fémina dédié le reste de l’année à l’opérette! ou l’Alhambra-qui fut,on l’a oublié, notreroyal de luxe Chambre des députés pendant la guerre 14-18-doté d’un parterre pivotant avec, d’un côté de vieux  fauteuils de velours, et de l’autre, un impeccable parquet de bal! Ou plus tard, aux Entrepôts Lainé, construits en 1822, puis aussi dans l’ancienne et gigantesque base sous-marine allemande, avec  Le Royal de Luxe, les Espagnols de La Furia del Baus, ou les performances du bordelais Jacques-Albert Canque.  » Comme l’écrivait Maurice Fleuret, critique musical et conseiller de Jack Lang,  qui fut à l’origine de la fête de la musique:  » De toujours, Sigma est allé plus loin que l’objet d’art. D’abord en le sortant du cadre convenu qui, d’ordinaire, l’étouffe, en le mettant dans une situation propre à exalter toute la charge d’innovation. Et puis en favorisant les inter-mondes où artistes, scientifiques et philosophes, hommes de création, d’invention, de pensée, peuvent ensemble remettre en cause leurs certitudes, et par là en élaborent de nouvelles. Chaque rendez-vous d’automne à Bordeaux nous a donné son lot de provocations, de révélations, d’éblouissements mais surtout de questions, de ces si bonnes questions que personne ne les voit. » Et, comme l’écrivait fort lucidement, le marquis de Secondat, de la Brède tout près de Bordeaux, dit aussi Montesquieu:  » Du jour où on n’entend plus les bruits du conflit, la tyrannie n’est pas loin ».  Effectivement,  l’auteur des Lettres persanes, deux siècles auparavant,  ne croyait pas si bien dire, Sigma, parfois conflictuel, aura aussi et surtout été un lieu essentiel de liberté de pensée, et le carrefour annuel de toutes les avant-gardes et provocations artistiques et donc parfois même… de bagarres, comme celles entre autres, où Jean-Hedern Hallier jeta des colins pas frais à la tête de Guy Hocquenhem! Sigma n’aurait pu être Sigma sans le travail de toute une équipe, professionnels et bénévoles bordelais  qui aidaient avec beaucoup d’efficacité Roger Lafosse. Ce qui frappe dans l’histoire de Sigma, comme l’avait écrit le critique de Sud-Ouest, Pierre Veilletet: « C’est son nomadisme, peu de bagages, pas de meubles, beaucoup de déménagements ». Le festival connut une certaine baisse de fréquentation vers la fin des années 80; Roger Lafosse qui avait perdu en 89 son lieu magic circusde fondation, les Entrepôts Lainé, avait dû se rabattre dans des entrepôts sur les quais de la Garonne, beaucoup moins accueillants et le ministère de la Culture, n’avait pas fait  beaucoup d’efforts pour  soutenir ce festival qui avait sans doute connu des jours meilleurs. Son fondateur et directeur avait mis la barre vraiment très haut et semblait-et c’est normal-avoir quelque mal à renouveler son vivier de jeunes créateurs. Il avait même dû renoncer au festival 93. Et Sigma devait s’éteindre définitivement en 96. Roger Lafosse né en 1930, est mort il y a trois ans, et les programmes des vingt premiers Sigma ressemblent maintenant à de grands cimetières sous la lune. Mais Charlotte Laubard, la directrice du CAPC,  a eu la bonne idée de faire revivre la grande aventure de ces Sigma. Avec Agnès Vatican, et  Patricia Brignone, commissaires, elle a conçu cette  grande exposition, co-produite à la fois par le CAPC, les Archives municipales qui gèrent le riche fonds de documents écrits, visuels et sonores légué par Roger et Michèle Lafosse, et l’INA. Mais comment rendre compte dans le bel espace architectural des Entrepôts Lainé de ces centaines d’événements théâtraux, chorégraphiques,musicaux, etc… sur plus de vingt ans qui témoignent d’une remarquable période artistique et leur redonner un maximum de vie… Charlotte Laubard reconnait que « le noir et blanc, les textes d’intention d’époque, et les extraits télévisés semblent impuissants à rendre compte de de cette effervescence ». Effectivement, la tâche n’est pas facile: comment faire renaître ce qui n’est plus mais qui a tellement frappé le public mais aussi les créateurs, écrivains ou critiques français comme étrangers et  tous ceux qui y ont suivi le plus souvent d’année en année l’aventure Sigma avec passion? 439853_17108626-1Pourquoi aimait-on Sigma? Comme le disait le célèbre prédécesseur d’Alain Juppé, à la mairie de Bordeaux présent au vernissage, le grand Michel de Montaigne: « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Impossible de ne pas être touché à titre individuel par l’une ou l’autre de ces manifestations artistiques, surtout quand on habitait cette ville qui jouait  à l’époque les belles endormies. Patricia Brignone a proposé une lecture  diachronique, et non chronologique à travers les différentes disciplines, et elle a eu raison: c’était sans doute le seul moyen d’éviter le piège de la nostalgie et cela aurait été forcément fastidieux. Elle a préféré  afficher des images en noir et blanc, ce qui donne une grande unité mais  parfois aussi un côté un peu tristounet) et de grandes bannières suspendues, où l’on voit entre autres une Meredith Monk, toute jeune dans les années 70. Mais, dommage, pas Le Bread and puppet pour des raisons de droits! Mais il y aussi heureusement des extraits vidéo de spectacles, des interviews, etc… Ainsi, Jérôme Savary joue de la trompette dans une vieille rue pavée de Bordeaux où des 4L Renault passent entre des spectateurs aux cheveux longs, un jeune postier raconte qu’il fait partie de l’équipe de bénévoles de Sigma qui viennent donner un coup de main après leur travail, Roger Lafosse raconte comment il bâtit sa programmation. Bref, tout un monde disparu… Et un brin de nostalgie dans l’air. Il y a surtout la diffusion intégrale chaque jour d’une  œuvre créée à Sigma et une consultation de documents vidéo à la demande, grâce à la présence d’un archiviste-médiateur mais… à des horaires  différents selon les jours, ce qui complique un peu les choses. Et il y a enfin un certain nombre de conférences de spécialistes qui ont vécu Sigma. Ce qui était très émouvant le soir du vernissage, c’était surtout de voir des centaines de jeunes gens qui n’avaient jamais connu un Sigma de leur vie, naviguer dans l’exposition, regarder passionnés ce fond  exceptionnel réuni ici pour la première fois (photos, vidéos, extraits de presse, affiches), poser des questions, comme à la recherche d’une mémoire collective bordelaise dont leurs grands-parents et parents furent les acteurs. L’exposition est une sacrée leçon pour les jeunes générations actuelles, et ceux qui verront tout ce que Roger Lafosse et ses collaborateurs ont réalisé avec efficacité il y a quelques décennies, pourront aussi avoir envie de concevoir des événements artistiques comparables. Autrement sans doute, et c’est tant mieux. C’est en cela que cette exposition est importante car elle transmet l’essentiel de l’esprit Sigma. Donc, si vous habitez Bordeaux ou si vous y passez, n’hésitez pas.

Philippe du Vignal

  CAPC Musée d’art contemporain aux  Entrepôts Lainé  7, rue Ferrère. T: 05 56 00 81 50, jusqu’au 2 février de 11h à 18h et de 11h à 20h les mercredis.Fermé les lundis et jours fériés. Plein tarif : 5 €Tarif réduit :2,50 € www.capc-bordeaux.fr

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