L’Encyclopédiste,conception : Encyclopédie de la parole, texte et interprétation de Frédéric Danos

L’Encyclopédiste, conception : Encyclopédie de la parole, texte et interprétation de Frédéric Danos

Cela se passe dans une belle petite salle située dans les hauts de Belleville. Frédéric Danos, membre du collectif L’Encyclopédie de la parole qui collecte des enregistrements de parole, seul sur un plateau nu entre des châssis noirs, commente un choix de paroles originales enregistrées, issues de cette bibliothèque vivante de l’oralité créée en 2007, entretenue et augmentée par un collectif de poètes, artistes, linguistes.

Cela commence plutôt bien avec quelques phrases poétiques que n’auraient pas reniées les surréalistes: «J’étais sous la douche et je me disais: on fabrique une parole comme on fabrique un nid. Brindille après brindille.»( …) Et même si des oiseaux bâtissent de bluffants abris dignes des meilleures maîtrises mathématiques, contentons-nous ce soir de l’anarchie, c’est à dire la collaboration et le partage qui une définition personnelle de l’anarchie que j’assume et qui je pense s’applique.Et d’ailleurs anarchie et mathématiques ne sont pas antinomiques. Donc je suis sous la douche, je me suis savonné, maintenant je me rince, les pies en face de la cuisine et de la salle de bains, qui donne du même côté de l’immeuble que la cuisine donc les pies à côté de moi quand je me douche les pies érigent leur nurserie. »

L’auteur et unique interprète commente des documents sonores diffusés pour servir à une théorie de la parole avec une sincérité indéniable mais avec quand même un poil de prétention:  «La dynamique du spectacle, dit-il,  repose sur une alternance entre commentaires et restitutions, et, après des moments de possession, L’Encyclopédiste reprend sa démonstration théorique, revient à la motivation première de sa présence sur scène : je vais vous parler du Comment parler se fait. (…) L’Encyclopédiste est  « en démonstration» – en démonstration théorique et pratique. Chaque document diffusé abonde nécessairement dans le sens de l’hypothèse de départ. Chaque enregistrement vient se faire brindille dans ce nid en construction. Dès le début, le public dispose de la structure d’ensemble (le nid) et de l’unité de construction (la brindille). Pas besoin d’en passer par un fictionnement lourd ou une dramatisation compliquée, il y a un simple constat documentaire. »

© Martin Argyroglo

© Martin Argyroglo

Oui, mais voilà, sur scène les choses sont beaucoup moins convaincantes. Les pièces sonores, restituées par le biais d’un haut-parleur, sont censées venir à l’appui du discours sur la parole et illustrer le propos de Frédéric Danos. Mais pas vraiment de fil rouge et la mise en scène est aux abonnés absents. Et il y a un manque flagrant de relation entre les affirmations proférées sur scène et les dix-huit extraits de paroles -à la qualité inégale- issues, entre autres, de deux émissions de France-Culture, de Satan est un clochard, un beau soliloque enregistré par l’auteur sur un quai de métro et qui aurait mérité d’être mieux exploité, une annonce en anglais dans un TGV, un « dialogue » de bébés… Tout cela, habilement tricoté aurait pu faire sens si cela avait été construit, ce qui est loin d’être le cas, et en variant  son et lumières.
Le théâtre, lieu de la parole : pourquoi non ? Mais surtout quand on veut justement traiter de la parole, mieux avoir une impeccable diction. Et celle de Frédéric Danos est très souvent approximative: les cours de théâtre servent en principe à quelque chose! Et comme il reste
face public très statique, passé les  premières minutes, cette conférence illustrée sur la parole, à cause d’une dramaturgie mal ficelée et d’une direction d’acteur inexistante, devient vite ennuyeuse. Bref, ce qui aurait pu faire l’objet d’un sketch réussi en trente minutes, ne tient pas la route sur une heure… Et pourquoi ce short et cette chemise bleue pour tout costume, comme au café du coin? Quelle négligence, quelle vulgarité… Nous sommes au théâtre, alors Frédéric Danos, trouvez-vous quelque chose de plus adapté. Certes, il faisait très chaud dehors mais pas du tout dans la salle.
Bon, nous ne sommes pas là pour faire du mal mais pour voir comme éviter le pire. Lequel n’est pas toujours sûr: Popaul nous le rappelle avec son sous-titre du Soulier de Satin ! Alors maintenant, comment éviter un naufrage annoncé, même si le public du off d’Avignon n’est pas très exigeant… 1) D’abord en revoyant drastiquement et avec une paire de ciseaux, un texte à la dramaturgie médiocre. 2) En faisant mettre en scène par un professionnel ce texte qui, alors, commencerait à ressembler à un spectacle. D’accord, c’était une avant-première, même si le spectacle avait déjà été présenté au Centre Georges Pompidou ce mois-ci. Pour le moment, on est loin du compte. Mais il reste deux semaines et tous les professionnels vous le diront: en quinze jours, on peut encore faire des miracles. Alors, vite, vite au travail, M. Danos, si vous voulez que le wagon du train bleu attire du monde…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 18 juin à la M.J.C. de Belleville, 49 rue du Borrégo, Paris (XX ème).

Du 8 au 27 juillet, à 11h 40, Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon (Vaucluse).

 

 

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Adieu Jean-Louis Trintignant

Adieu Jean-Louis Trintignant

Il est mort avant hier à quatre-vingt douze ans en Provence après un début de carrière au théâtre, puis surtout au cinéma. En 49, étudiant à la fac de droit d’Aix-en-Provence, il assiste à une représentation de L’Avare  de Molière, mise en scène par le grand Charles Dullin puis de Jules César de Shakespeare, mise en scène de Raymond Hermantier. Et il décide alors de « monter » à Paris pour suivre les cours  de Charles Dullin puis après sa mort, ceux de Tania Balachova. Il veut devenir acteur de théâtre et réalisateur de cinéma. Il entre donc à l’I.D.H.E.C. Il est aussi figurant et joue de petits rôles entre autres au T.N.P.  de Jean Vilar. Puis en 1951, il a le rôle principal dans À chacun selon sa faim du poète belge Jean Mogin, dans la mise en scène de Raymond Hermantier et joue à la Comédie de Saint-Etienne, Macbeth, mise en scène de son directeur Jean Dasté.

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En 56, il a seulement vingt-six ans, il créée Et Dieu créa la femme et a une liaison avec sa partenaire Brigitte Bardot et devient une  une vedette. Un long service militaire le fait oublier. Mais  en 58, il joue au théâtre  Hamlet et dans Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim avec Gérard Philipe. mais aussi en Italie dans Eté violent de l’Italien Valerio Zurlini  puis dans dans une adaptation du célèbre roman Le Désert des Tartares de Dino Buzzati (1976) avec Vittorio Gassman, Giulano Gemma, Philippe Noiret, Lauren Terzieff. Il a aussi tourné ensuite en Italie dans Le Fanfaron de  de Dino Risi. Et Un Homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’or à Cannes en 66.  Et aux États-Unis, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario original en 1967.  Et il jouera aussi dans les films de Bernardo Bertolucci, Luigi Comencini et surtout Ettore Scola..
Jean-Louis Trintignant au début des années soixante joue sur la fragilité, la gentillesse, un sourire déconcertant ou… une vraie dureté coupante. Alain Cavalier lui a ainsi confié le rôle d’un militant d’extrême droite dans Combat dans l’île (1962). Avec l’âge, la fragilité s’estompe, la dureté est plus nuancée et les compositions, plus discrètes et efficaces. Il a trente-neuf ans et construit des personnages subtils comme le petit juge inflexible dans Z  de Costa-Gavraspuis un ingénieur catholique dans Ma nuit chez Maud d’Eric Rohmer.

Plus tard, il jouera les antihéros tourmentés parfois sarcastiques comme un policier implacable ou un tueur froid. En 1984, à cinquante-quatre ans, il est un président de la République tout à fait crédible (premier acteur français à endosser ce rôle) dans Le Bon Plaisir de Francis Girod. Et il est passé deux fois derrière la caméra en 1973 avec Une journée bien remplie et six ans plus tard, Le Maître-nageur. Des films originaux à l’humour nonchalant mais avec aussi une une vision forte noire de l’espèce humaine. Il y a du moraliste désabusé chez le cinéaste Trintignant.
Depuis 2003, il ne s’était jamais remis de la mort de sa fille Marie tuée par son compagnon Bernard Cantat.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 

 


Passé-je ne sais où, qui revient, texte et mise en scène de Lazare, en collaboration avec Anne Baudoux

Passé-je ne sais où, qui revient, texte et mise en scène de Lazare,  en collaboration avec Anne Baudoux

Le spectacle avait été créé en mai 2018 au Théâtre national de Strasbourg avec les élèves comédiens, scénographes-costumiers, régisseurs, créateurs du groupe 44, puis à la MC 93 de Bobigny. Lazare, aujourd’hui associé au T2G -théâtre de Gennevilliers, a remis en scène avec Anne Baudoux dix ans après sa création, cette pièce avec de jeunes comédiens sortis aussi de l’école du T.N.S. : Océane Cairaty en alternance avec Ella Benoit, Paul Fougère, Simon-Elie Galibert, Romain Gneouchev, Ferdinand Régent-Chappey, Yanis Skouta, Claire Toubin. C’est le premier volet d’une trilogie sur la mémoire refoulée, voire niée, de l’histoire de France. Ici, avec des événements tragiques arrivés sous le règne de de Gaulle, alors chef de l’Etat.

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Un homme est allé manifester le 8 mai 1945 à Guelma dans une Algérie alors département français et fut tué. Suivit alors le plus grand massacre de la France contemporaine alors en temps de paix, avec quelque 30.000 Algériens tués par des Européens. Et dans un four à chaux, on a brûlé les corps, avec une insupportable odeur de chair brûlée.cLe grand écrivain Kateb Yacine est, alors lycéen à Sétif: «C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. » Neuf ans plus tard, l’insurrection de la Toussaint Rouge en 1954 marque le début de la guerre en Algérie. François Hollande le reconnaîtra : «Pendant cent trente-deux ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. »

Plutôt que d’une véritable pièce, il s’agit ici plutôt d’un long poème-oratorio poétique aux allures de cabaret, avec monologues mais aussi dialogues superbement dits par ces jeunes acteurs à la diction et à la gestuelle parfaites. Sur le plateau, tout un bric-à-brac imaginé par Estelle Deniaud: côté jardin, un piano droit qui servira pour quelques accompagnements, côté cour, devant un grand rideau rouge, un guitariste et un batteur. En fond de scène, deux châssis noirs, un autre vitré et monté sur roulettes, puis un troisième arrivera avec une porte à battants en bois, deux grandes tables rectangulaires noires qui serviront surtout de praticables, un lit double avec sommier recouvert de tissu imprimé qui, posé à l’envers, fera office de cloison, un vieux poste de télé carré sans autre image qu’un écran gris brouillé, une lampe de chevet vieillotte en tissu… La Mère raconte toute cette douleur qui accablé tout un peuple sans nom. Son fils Libellule, un jeune acteur, semble avoir quelques difficultés avec la vie au quotidien réel. Il appelle le metteur en scène pour lui dire qu’il ne pourra pas être à la répétition… Il rêve et assiste à son propre meurtre pendant une manifestation. Comme la direction d’acteurs est rigoureuse et le jeu des acteurs impeccable, le public, souvent jeune, se laisse prendre à ce déferlement de mots. Même si le texte de forme très libre… mais de qualité inégale, est moins convaincant que ceux des récents spectacles de Lazare…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 16 juin, T2 G, 41 avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis). T. : 01 41 32 26 10. .

La pièce est publiée aux éditions ESSE QUE.


Les enjeux locaux dans une culture globalisée à l’Abbaye d’Ambronay

Les enjeux locaux dans une culture globalisée au Centre culturel de Rencontre de l’Abbaye d’Ambronay

Une réunion de ces Centres culturels de rencontre s’est récemment tenue à Ambronay autour du thème: « Jeunes créateur.trice.s et insertion professionnelle: entre mobilité européenne et circuits courts ». Les C.C.R. ont été imaginés par Jacques Rigaud, Jean Salusse et Jacques Duhamel en 1972, sur le modèle des Maisons de la Culture créés par André Malraux quand il était ministre des Affaires Culturelles. Le but: donner une vie culturelle, artistique à des monuments historiques qui n’ont plus leur fonction première. Ces centres  -six à l’origine-  sont à vocation patrimoniale et culturelle et forment aujourd’hui un réseau hexagonal, européen et mondial de trente-huit membres, animé par l’Association des Centres Culturels de Rencontre .Les derniers nés : à Ouidah (Bénin) et à Pioggiola, (Haute-Corse) avec le projet de l’A.R.I.A. :Théâtre et Nature.

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L’abbaye bénédictine d’Ambronay (Ain), fondée au Xl ème siècle, a été désacralisée à la Révolution, puis classée monument historique. Enfin, connue pour avec son festival de musique baroque. en 2003, elle a été labellisée: C.C.R.  Isabelle Battioni, nommée il y a peu directrice, nous invite à partager les préoccupations qui traversent actuellement le monde artistique à l’heure des méfaits climatiques et économiques dus à la globalisation.  Elle souhaite créer des passerelles avec d’autres disciplines artistiques et des lieux culturels voisins : «Le C.C.R. d’Ambronay sera un lieu d’hospitalité pour les ensembles de musiciens, les enseignants de la région Auvergne Rhône-Alpes et des espaces limitrophes, et pour les ensembles amateurs, en particulier ceux du département. Je compte développer les partenariats en Région et sur les bassins de vie.»

Pour souligner cette volonté d’explorer le patrimoine local, lors de la première journée, une partie des invités s’est rendue au Musée des Soieries Bonnet de Jujurieux. Un parcours en vélo, parmi les champs de blé et d’orge. Dans cette vallée du Bugey, que se disputèrent longtemps le Dauphiné et la Savoie avant qu’elle ne soit rattachée à la France au XVIl ème siècle, cette fabrique a été fondée en 1810 par un soyeux lyonnais. Et elle fut la première usine-pensionnat de textile installée à la campagne.

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Une exposition présente le travail des treize mille jeunes filles qui ont séjourné dans ce couvent industriel jusqu’en 1940, sous la gouverne des sœurs de Saint-Joseph. L’usine malgré la crise du textile a, de père en petits-fils, maintenu ses activités en les diversifiant, jusqu’en 2011. Devenue un monument historique, elle accueille des artistes, des metteurs en scène de théâtre et des musiciens. Souvent en complicité avec l’Abbaye d’Ambronay qui enregistre les disques de son label dans la chapelle qui possède une acoustique exceptionnelle. Un bel exemple de coopération…

La visite guidée des locaux par le directrice Nathalie Foron-Dauphin a été suivie d’un concert par deux jeunes flûtistes. Issues du Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon, elles ont entrepris une tournée en vélo, soucieuses, comme de nombreux artistes, de diffuser leurs créations sans asphyxier la Planète. Répondant à la préoccupation des nouvelles générations et parmi les soieries et brocarts, les métiers à tisser dont certains fonctionnent encore, le philosophe néerlandais Errol Boon nous livra ses réflexions sur l’opposition, pour lui contestable, entre global et local.

Pour sortir de cette dialectique binaire, il avance la notion de trans-local, prenant pour exemple… les soieries Bonnet dont la qualité leur assura un rayonnement international. Mais selon lui, l’internationalisation comme promesse de coopération entre « citoyens du monde » n’a pas répondu aux espoirs d’un village global où tous vivraient heureux. Au contraire, la globalisation a repoussé à la périphérie la majorité des humains et tend à une reproduction généralisée des structures de pouvoir. La fin des frontières est un leurre, car aujourd’hui protectionnisme  nationalismes se trouvent renforcés. 

Errol Boon :  » Dans le monde culturel, il y a en réaction deux tendances: les artistes qui veulent tirer profit de la globalisation et d’autres qui veulent revenir au local, comme ceux que nous avons rencontrés. Ils cherchent plutôt une synthèse entre leurs ambitions internationales et leurs activités locales. Avec cette notion de trans-local, nous nous référons à des activités artistiques qui s’orientent vers l’ailleurs tout en s’ancrant dans le territoire (…) Le trans-local transcende les limites du local sans entrer dans le monde global. On repense ce local dans son rayonnement, en créant des œuvres accessibles aussi bien ici qu’ailleurs. La question reste ouverte : comment dépasser les limites de son territoire sans perdre son ancrage? Comment utiliser la richesse de l’histoire locale comme source d’inspiration ? Comment mettre en place des échanges internationaux, sans reproduire les rapports de domination et en protégeant le climat et la Planète ? »`

 Le lieu patrimonial est, dit-on, le lieu culturel le plus partagé sur un territoire et permet de rééquilibrer localement l’action culturelle. On le pense passéiste et pétrifié mais les C.C.R. sont, pour la plupart, des laboratoires qui se donnent pour mission de relier l’histoire séculaire, au présent.

 Mireille Davidovici

 Le 20 mai, abbaye Notre-Dame d’Ambronay, Place de l’abbaye, Ambronay (Ain). T. 04 74 38 74 00.

 Du 10 septembre au 3 octobre, Festival du musique baroque d’Ambronay

Prochaines Rencontres de l’A.C.C.R. sur le thème:  les droits culturels, les communautés patrimoniales et l’hospitalité
Château de Goutelas (Loire) , du 12 au 14 décembre


Nosztalgia express, texte et mis en scène de Marc Lainé

Nosztalgia express , texte et mise en scène de Marc Lainé

Un certain Victor Zellinger qui a été détective privé pendant trente ans, nous raconte comment il a été associé à une enquête difficile sur l’affaire Simone Valentin, une affaire qui l’a marqué à vie. Le 4 novembre 1956, cette Simone Valentin et Daniel son fils de dix ans, prennent un train pour Strasbourg. Nous les voyons dans un petit film très réussi, seuls dans un compartiment.  Puis un homme vient s’asseoir avec eux. Assez indiscret, il cherche le contact avec mais elle se méfie de lui. Il lui dit qu’il l’a connue mais ses propos sont du genre confus. Il roule les r et a un accent slave prononcé. Peut-être est-il russe ou d’un pays de l’Est. Bizarrement, il lui déconseille de poursuivre son voyage.
Avant de descendre à une gare, il oublie (intentionnellement?) son journal. Simone s’en empare et lit horrifiée le titre de la première page. Le train s’arrête en gare de Reims et Simone dit alors à son fils de descendre avec une valise et qu’elle va le rejoindre. Mais elle reste dans le train qui repart… Qui est cette Simone? Pourquoi a-t-elle laissé son petit garçon sur un quai de gare? Où va-t-elle si seule? Est-elle un agent double et au service de qui ? Dans Les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt remarque qu’une nouvelle catégorie d’êtres humains a émergé trente ans avant: les «sans-droits». Simone, la jeune Française,  va sans doute en faire partie mais elle va là où son destin l’attend… Et elle va découvrir en Hongrie « ce qui est également, dit Hannah Arendt,  propre à notre époque, l’intrusion massive de la criminalité dans la vie politique. »

© christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Nous sommes dix ans plus tard. Le petit Daniel est devenu Dany, un chanteur yé-yé en costume bariolé. Il a eu du succès mais semble être très mal dans sa peau, se gave de médicaments et de whisky, dort sur une banquette du studio d’enregistrement. Bref, la dépression n’est pas loin! Hervé Marconi son imprésario comme Daphné Monrose, son assistante qui l’admire beaucoup, n’arrivent pas à lui remonter le moral : Dany est en effet marqué à jamais par la disparition de sa mère… Ils décident alors de faire appel à ce Victor Zellinger pour essayer de retrouver sa trace.  Le détective (qui a tous les dons!) va alors hypnotiser Dany et essayer de lui faire revivre la scène du train pour avoir quelques éléments d’enquête. Il retrouve ainsi une carte postale et un article de quotidien sur l’insurrection de Budapest face à l’invasion du grand frère soviétique ( tiens déjà ? L’ histoire décidément bégaie ! Selon lui, Simone Valentin serait sans doute allée en Hongrie pour rejoindre un homme, son grand amour qui est peut-être le père de Dany. Et sans doute a-t-elle joué un rôle essentiel dans la résistance hongroise ? Hervé Marconi et Daphné Monrose emmènent alors Dany en Hongrie sous prétexte de faire un concert pour relancer sa carrière. Mais le but est bien de retrouver cette mère disparue et ainsi de réconcilier le chanteur avec un passé qui l’obsède…. Intimidations politiques d’un agent du gouvernement qui voit bien que ce soi-disant concert dissimule autre chose, micros cachés dans la chambre d’hôtel, valet de chambre apportant des boissons alors que les personnages n’ont jamais rien demandé, épisodes à rebondissements: tout ici tient du polar sur fond d’invasion de la Hongrie par l’Union soviétique mais aussi d’une sorte de comédie musicale, puisque l’on y chante souvent, surtout Dany….  

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Il y a dans ce spectacle une maîtrise absolue de l’espace qui se transforme à vue. Marc Lainé a été et reste un scénographe expérimenté: nous passons du train (en vidéo) au studio d’enregistrement puis à une chambre d’hôtel, et à la fin, au grand hall triste d’un hôtel hongrois. Mais il y a aussi, projetées sur grand écran, de tristes photos en noir et blanc avec des rues de Budapest parsemées de cadavres devant des immeubles bombardés, une tête de la statue de Staline fichée dans les pavés entre les rails du tramway. Des images en noir et blanc d’une force inouïe. Ce que nous racontait, à nous étudiants de Sorbonne médusés, une jeune Hongroise qui avait réussi à s’enfuir et à se réfugier à Paris. Marc Lainé s’amuse à retrouver la marque des années soixante-dix dans meubles, accessoires et rideaux aux teintes orange ou bleu foncé et aux dessins ondulés. Nostalgie, quand tu nous tiens… Tout ici est très soigné comme les lumières virevoltantes ou les costumes et perruques des nombreux personnages que jouent la plupart des neuf acteurs. Tous très crédibles malgré parfois l’invraisemblance des situations. Mention spéciale à François Praud( Dany) presque toujours en scène qui est aussi au synthé et au piano. Marc Lainé sait maîtriser les enchaînements d’une courte scène à l’autre et nous conte une histoire avec parfois cinq personnages sur le plateau en flirtant avec le second degré mais qui reste jusqu’au bout, d’une remarquable fluidité.

Pari gagné? Pas tout à fait… Les micros H.F. ne rendent aucun service au spectacle et quand les personnages se mettent à crier, cela devient même assez pénible et c’est dommage. Marc Lainé a quelque mal avec le dialogue théâtral souvent inconsistant, sauf dans une belle scène entre un soldat russe prêt à tuer Simone… qu’il va finalement protéger. Et l’auteur-metteur en scène maîtrisait beaucoup mieux le temps dans Vanishing Point et Nos Paysages mineurs, ses précédents spectacles (voir Le Théâtre du Blog). Si la première heure passe assez vite, le voyage à Budapest avec ses nombreuses ramifications et une fausse fin, beaucoup moins. Et il y a de sacrées longueurs: le spectacle aurait beaucoup gagné s’il avait duré quarante  minutes de moins. Marc Lainé avait-il besoin de deux heures quarante pour raconter cette affaire d’espionnage aux allures de B.D., aussi compliquée que loufoque avec arrières-plans historiques? Sûrement pas! Bref, un spectacle intelligemment conçu et attachant par bien des côtés dont une scénographie virtuose, mais souvent bavard et peu maîtrisé sur le plan dramaturgique. A vous de voir si cela vaut le coup…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 23 juin, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 74 22 22 77.

 


Écoute la neige tomber, sept nouvelles de Raymond Carver, adaptation de Dimitris Katalifos et Stella Krouska, mise en scène de Dimitris Katalifos

Écoute la neige tomber, sept nouvelles de Raymond Carver, adaptation de Dimitris Katalifos et Stella Krouska, mise en scène de Dimitris Katalifos

Sept des nouvelles de cet écrivain américain de premier ordre (1938-1988) et, comme il y tenait: « poète, nouvelliste et, occasionnellement, essayiste » sont à la base de ce spectacle qui nous a profondément touchés. En France, Sylvain Maurice avait tiré un remarquable spectacle de six nouvelles: Voisins de palierVous êtes d’accord ?, Parlez-moi d’amour, Obèse, L’Aspiration, Une petite douceur.
Pour Raymond Carver, dit Patrice Beray, « Nouvelles et poèmes participent de cette même alchimie et il y associe également, en substance, un souci de précision allié à une économie de moyens, le sens aigu du détail aiguisant la pointe du mystère jusqu’à saisir ce qui survient sous la surface des choses ainsi atteintes.  Raymond Carver n’a en fait jamais vraiment cessé d’écrire des poèmes et s’il y fait naturellement retour quelques années après l’écriture de Cathedral, c’est aussi parce qu’il s’agit dans son cas d’une «poésie personnelle ». Narrative, déclarative, son écriture se fonde sur un «dit» à la première personne du singulier; d’autant plus solidaire avec tout interlocuteur que la trame des poèmes est traversée par une angoisse existentielle violente (la mort, l’œuvre de destruction du temps, l’amour aussi en ce qu’il témoigne d’une séparation originelle). »

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Sur le plateau, un lit, une petite télé, une table, quelques chaises pour sept instantanés de la vie de gens ordinaires. Règne ici l’utile et l’agréable de la quotidienneté…Raymond Carver nous parle des relations dans le couple avec ses inévitables conflits…
Selon l’écrivain, l’amour tisse des nœuds de signification difficilement maîtrisables. Comment distinguer toutes les nuances du mot: amour ? Et quand il « finit », où va-t-il ? Les instantanés se consument en entier dans une incertitude.
Ici, l’homme et la femme sont les meneurs d’un jeu et d’un rituel. Entre bonheur et malheur, vie et mort, mariage et divorce, passé et présent, jeunesse et vieillesse…

Ici, un vieil homme vend ses meubles à de jeunes mariés
Dans la cour de sa maison, un couple heureux et ivre crie son bonheur.Une autre histoire montre une mère possessive qui change très souvent d’appartement et déménage d’une ville à l’autre. Jamais heureuse, elle se plaint à son fils et sa femme.

Après bien des années où il ne l’a pas vu, un père rencontre son fils dans un bar d’aéroport et lui confie qu’il a trompé sa femme. Un écrivain fameux cherche son inspiration en rencontrant son ex-femme qui l’a trahi et blessé.
Une femme se plaint de l’infidélité de son conjoint avec qui elle dirige un motel de dernière catégorie. Et dans la scène finale pendant une soirée, deux couples, l’un jeune et l’autre âgé, boivent, échangent des idées et se racontent des histoires, en essayant de définir le sens de l’amour.

Une mise en scène est exceptionnelle avec des images qui resteront dans notre mémoire. Quatre comédiens seulement incarnent tous ces personnages et changent leur façon de s’exprimer d’un rôle à l’autre. Une des meilleures créations de cette année. A ne pas manquer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes. T. : 0030 210 6453330.

Les œuvres de Raymond Carver sont  publiées en français aux Editions de l’Olivier.

 


Salvador et Monsieur Henri, d’après les chansons d’Henri Salvador, conception d’Anne Cadilhac, mise en scène d’Yann de Monterno

Salvador et Monsieur Henri, d’après les chansons d’Henri Salvador, conception d’Anne Cadilhac, mise en scène d’Yann de Monterno

 La célébrité des chanteurs fantaisistes s’appuie souvent sur des airs rigolos qui dissimulent un univers poétique ignoré. Et un chanteur comique inspire en général un jugement négatif… Il faut alors gratter pour retrouver un talent comme celui d’Henri Salvador (1917-2008). Ici, nous reconnaissons immédiatement ses succès comme Zorro est arrivé, Faut rigoler, Minnie Petite Souris, Le Lion est mort ce soir, Le Blouse du dentiste, etc. Mais ils laissent au second plan des chansons qui ont aussi fait le tour des ondes : Une Chanson douce, Syracuse, Maladie d’amour… Monsieur Henri est l’auteur de deux-cent soixante dix-neuf textes !

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Pour révéler ce patrimoine, Anne Cadilhac a choisi d’offrir un hommage où nous retrouvons des paroliers mythiques comme Boris Vian Bernard Dimey ou de compositeurs-arrangeurs célébrissimes: Michel Legrand, Quincy Jones, Sidney Bechet mais aussi Gabriel Yared et Laurent Voulzy…. Cette remarquable pianiste, mais aussi chanteuse et comédienne, amoureuse de la chanson française et du jazz a déjà réalisé un hommage aux Frères Jacques, à Nino Ferrer, au répertoire des Années Folles et aux chants révolutionnaires d’Amérique du Sud.

 Dérision et humour pour ce récital en forme de cabaret avec une joyeuse anthologie salvadorienne. Anne Cadilhac à son petit piano à queue, mêle sa voix de contralto à celle de la soprano Caroline Montier, tout aussi inventive (en alternance avec Juliette Pradelle). Du rock endiablé, aux mélodies nostalgiques ou à des pastiches, chaque chanson -un sketch illustré par quelques accessoires- chatouille notre mémoire. Yann de Monterno alterne traitement cocasse et pure émotion. Nous sommes sortis à la fois émus et ravis de ce Salavador et Monsieur Henri. A voir, si vous allez au festival d’Avignon.

 Jean-Louis Verdier

 Spectacle vu le 9 juin à l’Archipel, 17 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème).T. : 01 73 54 79 79.

 Du 7 au 30 juillet, Théâtre des Trois Soleils, 4 rue Buffon, Avignon (Vaucluse). T. 04 90 88 27 33.

 

 


Archée ,conception et mise en scène de Mylène Benoit

Archée ,conception et mise en scène de Mylène Benoit

Selon La Charte de l’égalité des femmes et des hommes :«Longtemps le silence a pesé sur la plupart des œuvres de femmes, parce que la création ne pouvait aller de pair avec la place réservée aux femmes dans la société. Et la situation a aujourd’hui moins changé dans ce domaine, que dans beaucoup d’autres.»Dans la philosophie grecque, archée désigne les cellules qui ont donné les premières formes de vie.

 

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Avec cet ovni créé au dernier festival d’Avignon, Mylène Benoit essaye ici de rééquilibrer les choses avec une distribution féminine et un propos « engagé ». Huit danseuses chanteuses et musiciennes venues de Taïwan, France, Chili, Suède, Israël se libèreront de leur costume jusqu’à la nudité.
La metteuse en scène, issue des arts plastiques, a imaginé deux sculptures en métal mobiles à cour et à jardin, des châssis géométriques noirs en fond de scène et une descente de lit couleur fuchsia pour accueillir quelques danseuses au repos !

Comment interpréter ces cris de femmes dans les coulisses, au commencement du spectacle dont le fil rouge n’est pas plus simple à décrypter par la suite. La metteuse en scène veut révéler l’animalité de ses artistes. Telles les hyènes constituant une société matriarcale très organisée et moins sauvage qu’on le prétend, les danseuses hurlent et ont des mouvements ritualisés. Evocant par bribes de phrases, la naissance des sociétés matrilinéaires, la domination masculine permanente, les féminicides, etc. Mais cette succession  de tableaux est peu lisibles et ce spectacle -assez ambitieux- d’une heure quinze laisse une partie du public au bord de la route…

 Jean Couturier

 Jusqu’au 17 juin, Chaillot-Théâtre National de la Danse, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème) T. : 01 53 65 31 00.

 


Le Mensonge de Florian Zeller, traduction de Marialena Kotsaki, mise en scène de Kerassia Samara

Le Mensonge de Florian Zeller, traduction en grec de Marialena Kotsaki, mise en scène de Kerassia Samara

Dans la rue, Alice a surpris le mari d’une de ses amies avec une autre femme et elle ne sait plus que faire: doit-elle lui dire ce qu’elle a vu ? Paul tente de la convaincre qu’elle doit absolument lui cacher la vérité. Il fait ainsi l’éloge du mensonge. Est-ce seulement pour défendre son ami ou a-t-il lui aussi des choses à cacher? Le fameux triangle mari-femme-amant du boulevard devient chez cet auteur français, une réflexion à la Pirandello sur les relations conjugales. Le mariage, une convention pour sauver les apparences mais où le mensonge règne et est presque devenu un contrat. On sait la vérité mais il ne faut jamais l’avouer, au moins il faut être d’accord qu’entre nous, on se dit des mensonges qu’on fait semblant de croire donc on est content tous les deux !

 

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Les relations amoureuses sont aussi complexes que simples : mensonge et vérité, secret et illusion s’entremêlent pour que le cocuage soit un crime que… personne n’a commis ! « Vérités et mensonges font partie du théâtre et de ses ressorts, dit Florian Zeller. Les acteurs portent des masques. Cela m’a amusé de jouer de tous les codes conventionnels de la comédie et de les retourner. Il est savoureux de voir quelqu’un sur scène jouer les mauvais menteurs, tenter de s’en sortir, et de réaliser que tout le monde, autour de lui, lui ment. Personnellement, je ne trouve rien de plus dangereux que de vouloir toujours dire la vérité. Dans la vie, même dans les relations d’affection et de tendresse, il faut savoir ne pas tout dire. Le mensonge est même un bien s’il permet de protéger les autres. »

 La metteuse en scène crée un spectacle bien rythmé dans la cour du théâtre Alexandria, ce qui favorise la convivialité entre les personnages et crée un climat joyeux, puisque les spectateurs peuvent aussi y boire un verre. Les acteurs, avec une gaieté et un brio remarquables, arrivent à provoquer le suspense avant que ne soit dévoilée la véritable identité des personnages et leurs motivations. Et ils soulignent toute l’ambiguïté du langage.. Bref, cette comédie de ce jeune auteur français qui a écrit treize pièces et dont le premier long métrage comme réalisateur The Father (2020) lui a valu deux Oscars l’an passé, nous fait rire et réfléchir à la fois ! 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre Alexandria, 14 rue Spartis, Athènes. T. : 0030 2121007079.


Les Forteresses, texte et mise en scène de Gurshad Shaheman

Les Forteresses, texte et mise en scène de Gurshad Shaheman

Les Forteresses 2

Gurshad Shaheman et sa mère © Agnes Mellon

 Trois femmes nous invitent à prendre place dans un vaste salon de thé oriental: larges divans avec coussins et tapis persans, musique de leur pays… Ce sont la mère et les tantes du metteur en scène. Elles vont nous raconter, par la voix de trois actrices, leurs tribulations depuis leur enfance dans les années soixante à Mianeh, dans l’Azerbaïdjan iranien, jusqu’au jour où Gurshad Shaheman les a réunies, après des années de séparation.

Né en Iran en 1978 et arrivé en France à douze ans avec sa mère et sa sœur, l’auteur, acteur et metteur en scène écrit un théâtre fondé sur des expériences personnelles. Dans le sillage de sa trilogie autobiographique Pourama Pourama (voir Le Théâtre du Blog), il a écrit Les Forteresses à partir de récits de ces trois soeurs au parcours houleux dont les histoires s’entrelacent.

Chacune au douloureux destin, a subi le poids de la tradition familiale avec mariage arrangé, violences masculines, arrivée brutale de la révolution islamique avec son cortège de répressions et crimes. Ces femmes qui ont connu les révoltes de 1979 contre le Shah, l’espoir déçu d’une démocratie, la guerre avec l’Irak,  sont là, en chaire et en os, retrouvant devant nous les gestes et les costumes des époques et es épreuves traversées.

Leurs doubles: Guilda Chahverdi, Mina Kavani, Shady Nafar prennent en charge avec conviction et pudeur leurs paroles croisées recueillies par leur fils et neveu, et organisées en trois temps ponctués par des chansons qu’elles interprètent avec Gurshad Shaheman, parfait en crooner persan. Le texte a obtenu le Prix de la Librairie théâtrale 2022.

 Du chapitre 1 : « Le monde portée de la main » qui aborde leur foi en l’avenir, au chapitre 3 « Choisir sa prison », elles voient le monde se refermer sur elles mais elles ne baissent jamais sans les bras. Elles en ont fait du chemin les trois sœurs de Mianeh ! L’une exilée en France y a trouvé sa place, l’autre,  en Allemagne a vécu le chemin de croix imposé aux demandeurs d’asile, la troisième est restée en Iran malgré les troubles politiques et les difficultés financières.

Les Forteresses 3

© Agnes Mellon

Dignes, fières et fortes, elles disent leur lutte contre l’adversité et comment de leurs prisons respectives, elles ont choisi la vie. Elles disent aussi, avec humour et douceur, leur soif de liberté. Gurshad Shaheman a su trouver la clef pour ouvrir les forteresses qui les enserrent. Et il les écoute, discrètement assis au bord du plateau. Mathieu Lorry Dupuy conçu la scénographie nécessaire pour établir une convivialité entre public et interprètes. Nous partageons avec émotion, trois heures durant, les heurs et malheurs de ces mères-courage.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 11 juin, MC 93, 9 boulevard Lénine, Bobigny (Seine-Saint-Denis) T. :01 41 60 72 72.

Et du  2 au 4 janvier, Le Maillon, Strasbourg (Bas-Rhin).

Du 7 au 9 mars Théâtre de l’Union, Limoges  (Haute-Vienne ; le16 mars, La Faïencerie, Creil (Oise) ; le 18 mars, Théâtre de Chelles (Seine-et-Marne) ; Les Les 24 et 25 mars, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord) ; le 31 mars, Thêâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine).

Le 4 avril, Théâtre d’Angoulême (Charente).

Les 24 et 25 mai, Comédie de Valence (Drôme) ; les 30 mai et 1 er juin, Théâtre du Nord  (avec la Rose-des-Vents) Lille (Nord) ..

La pièce est  publiée aux Solitaires Intempestifs.

 

 


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