Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Festival d’Avignon

Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

A côté de la proposition théâtrale resserrée et  forte, sérieuse en un mot de la compagnie des Ambres ( voir Le Théâtre du Blog) le spectacle de sortie d’école mené par Clément Hervieu-Léger fait pâle figure. Présenté dans le in et aux mêmes tarifs ! que d’autres spectacles plus roboratifs, il fait espérer au spectateur une lecture singulière. Pourtant, la mise en abyme, le jeu avec les feuilletages de réalité dans cette belle épître aux acteurs (il s’agit d’un répétition, pot-pourri des textes du grand Molière) n’offrent qu’une tranche de vie d’une troupe… vue et revue.

On pourrait s’en accommoder s’il y avait ici prétexte à l’émergence de talents, mais le metteur en scène a choix de laisser quasi en permanence les dix-sept jeunes acteurs du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique sur le plateau, et cela ne les singularise guère. De ci de là, un cabotinage fait émerger une personnalité, mais si peu ! Il y a de très beaux tempéraments comme Alexiane Torres que l’on découvre avec gourmandise, et une scène de chant choral qui amuse sur I want to break free de Queen. La plupart des garçons ont un allant où pointe un vrai sens de l’humour. Mais quel manque d’audace dans la mise en scène !

C’est juste un spectacle de fin d’école, pas mauvais mais les deux heures défilent mollement ! Et la climatisation atroce, ultra-bruyante, qui souffle son blizzard sur les derniers rangs des spectateurs n’arrange rien…

 

Stéphanie Ruffier

 

 

Articles récents

Trois hommes sur le toit, texte de Jean-Pierre Siméon

 

Festival d’Avignon suite et fin…

Trois hommes sur le toit de Jean-Pierre Siméon, mise en scène d’Emilie Charlier et  Loris Debrie

DSCN9082_editedLes chemins de traverse ont toujours du bon. Ce jour-là, l’annulation d’une  soirée d’Unwanted à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, et l’envie d’aller voir jouer un texte contemporain nous a poussés vers la proposition de la jeune Compagnie des Ambres. Belle surprise !

Ce huis-clos eschatologique de Jean-Pierre Siméon, critique dramatique et poète émérite, se déroule après le déluge, sur un toit : on y suit les échanges de survivants, Prof, Chef et Maurice. Trois personnalités, trois façons d’affronter la solitude et le désastre. Un seul pourra être sauvé, en marchant sur les eaux pour rejoindre une femme. Ne plus rien attendre que la mort, regarder passer des bourrasques d’espoir… L’atmosphère tragique de désœuvrement fait bien sûr songer à l’attente de Godot.

Chez Samuel Beckett, une feuille avait poussé sur l’arbre nu, mais ici, on observe avec désespoir, tomber la dernière. Scénographie efficace : un toit qui tient du bac à sable de béton et de la cour carcérale de promenade est efficace en diable, alliée à un magnifique travail sur le son. Le metteur en scène qui signe sa première adaptation, dirige aussi ses camarades rencontrés, pour la plupart, à l’école de théâtre parisienne des Enfants Terribles.

Certains viennent de l’humanitaire. Tous ont un profond désir de se confronter aux planches et se saisissent avec pertinence des différentes postures de leurs personnages : amour naïf, volonté de pouvoir, cœur fourbu… Leurs belles gueules cassées, singulières, nous fascinent: en particulier, Léo Henriot avec un regard abattu bleu acier et Samuel Etifier qui possède l’énergie d’un boxeur.

On n’entend pas toujours très distinctement Maxence Demonio, à la dégaine de punk avachi. Margaux Vallée fait une apparition aérienne, énigmatique et décalée à souhait. Ces quatre-là portent avec rage, plaisir et implication, un texte à qui on ne peut reprocher qu’une chute peu lisible.  Rencontre avec l’auteur, courtes vidéos de recherche visuelle sur le thème «avant le déluge» sur leur page Facebook … On sent que la Compagnie des Ambres possède un vrai désir de creuser la matière.

Stéphanie Ruffier

Spectacle vu au Laurette théâtre, Avignon  le 28 juillet

 


La Dame de chez Maxim… ou presque!de Georges Feydeau/Jacques Offenbach

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

 

La Dame de chez Maxim… ou presque! de Georges Feydeau/Jacques Offenbach, adaptation de Marie-Claire Utz et Vincent Goethals, mise en scène de Vincent Goethals, direction musicale de Gabriel Mattei

 On retrouve ici la dimension loufoque, triviale et farcesque, de la célèbre pièce: lors  d’une nuit de beuverie, le docteur Petypon, bourgeois caricatural, a ramené dans le lit  conjugal, la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge: facéties et galipettes garanties. Bref, une fête absurde avec des personnages aux réactions dues à un stress insensé et à une sensibilité exacerbée, où ils  sont en proie à la démesure et à une perte de leurs repères. Surtout ce mari infidèle et hypocrite dont les mensonges vont le trahir.

Coups de colère et de théâtre, quiproquos et miroirs aux alouettes: le public assiste émerveillé au jeu plutôt lourd des hommes, dès que la sexualité s’en mêle; ici tout est bafoué: identité sociale, notabilité et liens amicaux ou familiaux. Un soi égoïste s’impose, qu’il faut sortir des embarras…Le docteur Petypon (Frédéric Cherboeuf) se tire de façon incroyable de sa très mauvaise affaire en cours, mais après bien des péripéties ; il saute par-dessus les chaises, se cache sous un sofa s’alarme et vocifère, tenant de main de maître tous les liens qui font avancer les chevaux emballés de la voiture de poste.

A ses côtés, Valérie Dablemont est une Môme Crevette nature, provocatrice et sensuelle, rieuse et libérée au possible. Une très jeune personne dévergondée qui prend grand plaisir à se moquer de tous ces mâles aussi peu adroits dont certains ne se renient pas et assument l’insulte, comme un Général caricatural, oncle de Petypon, qu’interprète avec beaucoup de gouaille Marc Schapira.

 L’épouse de Petypon ( Mélanie Moussay) que tous  couvrent de sarcasmes, garde un sourire serein et une constance que  rien ne vient bousculer. La cantatrice radieuse assure le travail vocal de tous les interprètes pour les airs et les chansons de Jacques Offenbach, accompagnés par une petit orchestre:  violoncelle, accordéon, contrebasse, violon, flûte et contrebasse que dirige Gabriel Mattei en abbé taquin aux airs nigauds de Fernandel.

 Belle scénographie qui sert au mieux  le chœur  de ces bourgeois, ici de bons comédiens amateurs, pour  un mariage grotesque en Touraine. Ils boivent leurs coupe de champagne, habillés  de costumes de province désuets, qu’il soient serviteurs raides, officiers et civils  peu dégrossis ou dames  en quête à la fois d’amour et de Paris. La scène flaubertienne vaut vraiment le coup d’œil, et les metteurs en scène offrent au public ravi une forêt de Bussang exceptionnelle de vérité puisque bien réelle, (photo ci-dessus), avec son  son hêtre centenaire, dans une belle mise en abyme qui relie le théâtre à la nature dans un rire moqueur.

Véronique Hotte

Spectacle vu aux Estivales 2017,  du 14 juillet au 26 août.
Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang. T : +33 (0)3 29 61 62 47 – info@theatredupeuple.com

 


En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas

 

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas,  de Steve Gagnon, mise en scène de Vincent Goethals

 Vincent Goethals choisit l’épure de la modernité, via la chorégraphie de Louise Hakim. Des châssis  transparents montent et descendent, s’ouvrent ou se ferment, alors que l’on distingue à peine en théâtre d’ombres,  le guitariste Bernard Vallery qui assure l’environnement sonore : angoisse presque palpable.

 Des lits au design blanc, parallèles, dont la configuration varie, baignoire ou bien table, meublent le plateau nu animé par les lumières subtiles de Philippe Catalano.Les personnages de ce huis-clos sulfureux, tous à la fois victimes et bourreaux dans cette histoire tragique de famille, sont incarnés avec vérité par Sébastien Amblard, Violette Chauveau, Lyndsay Ginepri, Aurélien Labruyère et Marion Lambert.

 L’histoire n’est pas tant celle du Britannicus de Racine que d’une famille traditionnelle où  deux frères s’aiment et se jalousent de tout temps, jusqu’au jour où l’un éprouve un désir infernal pour la femme de l’autre.La mère évidemment n’est pas pour rien dans cette rivalité entre les deux frères que seule, elle voudrait posséder mais qui, à la fin, lui échapperont en la détruisant.Tension, sentiment d’oppression, impossibilité de dénouement heureux, il y a ici un poids émotionnel qui envahit scène et salle. Comment en effet échapper à l’inéluctable et à l’irréparable de conflits qui ne se dominent pas,  pour cause d’immaturité, d’absence de raisonnement et de laisser-aller de soi ?

 Un moment de théâtre âcre tenu par la belle tension des objets obscurs du désir.


Véronique Hotte

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

Petit Bisou, un spectacle de Arnault Mougenot, est écrit à partir des témoignages de ceux qui font le spectacle : régisseurs, éclairagistes, costumières, maquilleuses, responsables de la billetterie, de la production… On assiste à hauteur du regard, aux allées et venues des protagonistes, techniciens et autres installés sur un radeau en lattes de bois. Avec des Des silhouettes apparaissant puis disparaissant en dessous de leur radeau de survie ou derrière, incarnant nombre de professionnels du théâtre.

 Coups de fil avec petit bisou, chuchotements, discours de panique ou de stress: le public se fait le réceptacle des angoisses des techniciens et personnels de théâtre mais aussi des doutes, rumeurs, médisances, souffrances et harcèlements.Tous se plaignent mais ne s’en sentent pas moins des êtres les plus heureux de la terre à travailler au service du théâtre, au plus près de la création et des artistes, construisant collectivement et pas à pas une œuvre humaine et artistique à venir.

 Valérie Dablemont et Solo Gomez s’amusent de ce jeu de théâtre dans le théâtre, l’une plus inquiète et fébrile, et l’autre, plus paisible et ironique, changeant de costume et de coiffure, mimant tel partenaire ou tel autre, incarnant la fatigue ou la colère, mais retournant travailler en dépit de tout, dans ce beau sérail.Un spectacle sincère qui joue malicieusement avec les codes du théâtre.

 Véronique Hotte

 
Estivales 2017 au Théâtre du Peuple de Bussang, du 14 juillet au 27 août.


Le Film du dimanche soir par la compagnie Annibal et ses éléphants

Le Film du dimanche soir:  The World Witness par la compagnie Annibal et ses éléphants

Dans le joli parc Léon Salagnac de Malakoff (Hauts-de-Seine), Annibal et ses éléphants reprennent ce spectacle remarquable réalisé il y a cinq ans (voir Le Théâtre du Blog), avec un dispositif scénographique conçu pour projeter le premier western français en noir et blanc en quatre vingt dix minutes, avec soixante-dix acteurs de théâtre dont les les noms sont cités au générique de fin… mais avec aussi des acteurs sur ce plateau en plein air.

Et la compagnie de citer volontiers Abbas Kiarostami : »Le seul moyen d’envisager un nouveau cinéma, c’est de considérer davantage le rôle du spectateur »« Le film muet est sonorisé en direct par Thierry Bacon-Lorent, Maria Beloso-Hall, Irchad Benzine, Jean-Michel Besançon et Frédéric Fort.

Ce western français prétendûment de 1919 a pour cadre Santa Anna, un paisible village d’agriculteurs, bien trop poltrons pour aller jusqu’à Springtown, témoigner contre El Bicho,un  bandit notoire, qui a pourtant terrorisé la région. Seule Jenny Hardkiss, une jeune fille, accepte de le faire, au risque de sa vie. Avec quelques volontaires, le shérif l’escorte au cœur du territoire sioux…

On nous projette un film muet dont les comédiens réalisent en direct la bande-son avec un humour décapant : dialogues, musique, bruitages…, et engagent un dialogue avec le public  à chaque changement de bobine.
Cette projection sert aussi de prétexte à une réflexion sur les personnages, la vraisemblance de l’histoire, le respect du scénario annoncé, le choix des musiques, etc… Et une partie des péripéties du deuxième acte étant interchangeable, ils invitent aussi les spectateurs  à modifier le scénario…

Le public-en grande majorité par des migrants non francophones qui ne parlent pas ou très mal le français-rassemblé par la dynamique association Scarabée de Malakoff, et quelques voisins immédiats- se réjouit de ces clichés sur la conquête de l’Ouest Américain, avec des affrontements où les Indiens sont déjà presque tous exterminés. Ce film en trois parties met en joie l’assistance; la Mairie de Malakoff mène une politique dynamique d’accueil des réfugiés, qu’on souhaiterait voir développer ailleurs…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 28 juillet au Parc Léon Salagnac de Malakoff (Hauts-de-Seine).

Ce 4 août à 21 heures 30, au Parc Caillebotte, rue Jules Michelet à Colombes (Hauts-de-Seine) .
La compagnie Annibal et ses éléphants sera présente avec plusieurs autres de ses spectacles au festival International de théâtre de rue d’Aurillac, du 23 au 26 août.

Samedi 12 et dimanche 13 août à 23 heures, au Festival des Arts de la Rue, Place de Zurich à Strasbourg.

Le 22 septembre à 21 heures 30,  Festival Cergy-Soit (lieu à définir ) Cergy (95 ).

Et le 6 octobre à 20 heures, Centre Culturel Pablo Picasso, à Montigny-les-Cormeilles (95).
La compagnie Annibal et ses éléphants sera présente avec plusieurs de ses spectacles au festival International de théâtre de rue d’Aurillac, du 23 au 26 août.

 


Le Décapsuleur de Laetitia Ajanohun, mise en lecture d’Armel Roussel

Photo Pascal Gély

Photo Pascal Gély 

 

Festival d’Avignon; cycle: Ça va, ça va le monde ! 2017

 Le Décapsuleur de Laetitia Ajanohun, mise en lecture d’Armel Roussel

 Le focus sur l’Afrique annoncé par la direction du festival a déçu: pas de  juste place pour les nouvelles dramaturgies, pourtant bien vivaces. Radio-France Internationale vient un peu rétablir l’équilibre; elle organise tous les ans un cycle de lectures et un prix Théâtre qui a été remporté l’an passé par l’écrivain guinéen Hakim Bah avec Convulsions (voir Le Théâtre du Blog).

Dans ce programme, Le Décapsuleur a retenu notre attention. Belge par sa mère, Béninoise par son père, Laetitia Ajanohun, jeune comédienne et émetteuse en scène, a répondu à une commande : il s’agissait d’écrire sur Kinshasa. Dans ce vaudeville à la sauce kinoise, le Décapsuleur incarne la débrouille : comme il faut bien vivre et se loger, il s’introduit  subrepticement dans le confortable foyer d’un couple…

L’épouse se laisse séduire par le bagout du jeune homme, et son mari, qui a fait son trou dans la «ville des casseurs de pierres», en revenant de l’étranger, vaque à ses combines mais se trouve bientôt dépassé par les événements. L’auteure, dans une langue charnelle, donne vie à ce trio explosif, porté par l’énergie effervescente d’une mégalopole brutale et chaotique mais inventive et pleine de ressources.

Laetitia Ajanohun s’est inspirée, dit-elle, «de trois figures rencontrées à Kinshasa». « Pour parler d’aujourd’hui, de la ville, des mouvements citoyens en République démocratique du Congo, comme LUCHA (Lutte pour le Changement)…» L’auteure n’en est pas à son premier texte : dès sa sortie de l’Institut des Arts de Diffusion en Belgique où elle apprend à jouer, elle écrit et monte Hippocampes une pièce chorale pour six acteurs, à Bruxelles.

Puis une rencontre déterminante avec Étienne Minoungou, organisateur des Récréâtrales de Ouagadougou, un festival qui a accouché de nombre d’auteurs remarquables, lui a donné l’occasion d’écrire pour des comédiens africains et de retrouver ainsi « la musique de la langue de mon papa, me racontant des histoires ». «J’ai appris à travers eux, ajoute-t-elle, la possibilité du chemin : le résultat n’est pas l’essentiel, tout reste en mouvement .»

 Laetititia Ajanohun  veut «porter une parole organique et engagée. Avec un rythme et une pulsation qui passe par le ventre.» Cette deuxième pièce d’une trilogie, bien construite, a fait l’objet d’une belle lecture, où la batterie discrète de Wilfried Manzaza soutenait les pulsations des mots vigoureusement portés par Moanda Daddy Kamono, Israeël Tshipamba, et Aminata Abdoulaye. Cette actrice sera l’interprète d’une pièce sur Joséphine Baker de la jeune auteure qui ne manque pas de projets.

Membre de la compagnie de Dieudonné Niangouna, les Bruits de la rue, basée à Paris, elle participe à des créations comme metteuse en scène ou comédienne. On la retrouvera aussi au prochain festival de lectures Prise Directe, à Lille, avec un projet d’écriture épistolaire Talking to each other  entre des collégiens du Nord et de migrants  guinéens mineurs, « ces héros contemporains ». Une démarche artistique aux enjeux importants.

 Mireille Davidovici

 Diffusion de la pièce  sur RFI dimanche 20 août à 12 h ; toutes  les pièces du cycle sont diffusées les dimanches à 12h, à partir du 30 juillet  sur rfi.fr : Fréquence Paris – RFI 89 FM / Abidjan – RFI 97,6 FM / Conakry – RFI 89 FM  Cotonou – RFI 90 FM / Dakar – RFI 92 FM / Lubumbashi – RFI 98 FM / Ouagadougou – RFI. Et en podcast sur http://www.rfi.fr/tag/ca-va-ca-va-le-monde/

Le Décapsuleur est publié aux Editions Passages/Tarmac, La Noyée à L’Harmattan et Les Mots sont manouches, chez Lansman.

 


Sortilège Cuivre d’Asie, mise en scène de Qu Yi.

 

Festival d’Avignon

Sortilège Cuivre d’Asie, mise en scène de Qu Yi

IMG_844Cette année, les Chinois ont investi le festival d’Avignon avec une dizaine de spectacles dans le off, et ils s’intéresse de plus en plus au paysage théâtral français. Un marché en plein développement. Taïwan participe déjà au festival depuis plusieurs années, mEnboim ais nous avons aussi découvert  le ballet troublant mis en scène par une jeune metteuse en scène, qu’interprètent trois hommes et deux femmes.

Qu Yi a adapté et mis en scène une légende,  Le Maître de porcelaine Zhu  de façon très sensuelle. Elle a fait travailler ses danseurs à partir du qi- gong et du tai chi chuan, afin qu’ils obtiennent  un parfait contrôle de leur corps. Son intention : montrer la connexion entre les humains et les génies locaux de la  terre, des rivières, des forêts, des montagnes… la Nature communiquant avec l’homme par leur intermédiaire.

On assiste ici à une sorte d’Eveil du printemps de Frank Wedekind (1864-1918) mais dansé, et parfois accompagné d’une voix off en chinois. Sous l’influence de Pina Bausch, Qu Yi donne aussi aux corps une grande liberté. Un dieu (Li Xialong) en costume d’opéra chinois-se transforme en une sorte de maître des cordes et maître des vies.  Il encercle une de ses disciples, (Tao Siye), entravant ses mouvements à la manière du shibari (bondage érotique japonais). Gu Nika interprète la fleur du mal avec violence et sensualité. Meng Fandi, la scribe écrit l’histoire de ce récit sur un parchemin qu’elle déroule au sol. Enfin Cao Junyi s’engage dans de beaux solos dynamiques.

A la fin du spectacle, les artistes invitent quelques spectateurs à partager ce rituel de vie. «A travers la danse, le théâtre n’est plus un théâtre mais un environnement, dit Qu Yi.  Aller sur ce plateau investi de symboles chinois, c’est quitter Avignon et la France pour entrer dans le champ asiatique.» De très beaux costumes, d’une grande sensualité, couvrent presque complètement le corps des danseurs. Qu Yi a offert au public un merveilleux voyage dans l’inconnu et une explosion des sens inhabituelle dans ce pays.

Jean Couturier

Ce spectacle a été présenté au Théâtre du Girasole, 24 bis rue Guillaume Puy, Avignon, du 7 au 28 juillet.


Le Festival d’Avignon: bilan

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Le Festival d’Avignon: bilan

Le plus vaste festival de théâtre et de spectacles s’est terminé il y a quelques jours. L’occasion de faire un rapide bilan. Olivier Py, le directeur du In peut se réjouir. Cette 71ème édition aura fait le plein : 59 spectacles dans trente-neuf lieux différents, soit 300 représentations!  et 112.000 billets vendus, avec un taux de fréquentation de 91% donc  comparable à celui des années précédentes. Et environ 40.000 entrées aux manifestations gratuites, ce qui est moins quantifiable…

Avec, sur le plan technique, une mobilisation d’une véritable armée de spécialistes, et une organisation efficace en matière de sécurité. Ce qui n’est pas évident dans un festival où le public vit du matin jusqu’à une heure avancée de la nuit, dans les salles mais aussi dans le dédale des rues et des places du vieil Avignon. Pour le plus grand bonheur des Français mais aussi d’un nombre croissant d’Européens venus applaudir les troupes de leur pays. Olivier Py l’a souvent rappelé : c’est un festival qui se veut international. Soit quelque 25 spectacles en langue étrangère donc avec surtitrage obligatoire, ce qui est quand même beaucoup…

Côté curiosité, le public du in composé en majorité d’intellectuels et d’enseignants en activité ou retraités, n’a pas du tout rajeuni, semble assez satisfait, même s’il est parfois étonné qu’aucun classique français n’ait été programmé… Nous vous avons rendu compte de la majorité des spectacles. Et, comme le dit Elisabeth Naud, il y a eu quelques excellentes choses comme entre autres ; Saïgon de Caroline Guiela Nguyen, Ibsen Huis l’adaptation de pièces d’Ibsen par Simon Stone,  ou Standing in time, le spectacle maori…

Mais bon, malgré un niveau artistique indéniable, le festival garde un côté bcbg,  avec en priorité, des spectacles d’une très bonne qualité technique, mais souvent longs et assez conventionnels, malgré une apparence de modernité: la vidéo continue à sévir, comme dans Monsieur Molière de Frank Castorf… La plupart de ces spectacles sont de toute façon de marque internationale et ont fait ou iront faire les beaux jours d’autres grand théâtres nationaux et/ou festivals. Et il y a comme une bizarre obligation : une vedette française dans la Cour d’Honneur, avec cette année, Juliette Binoche… Mais pourquoi  Olivier Py commande-t-il si peu de créations des Centres Dramatiques Nationaux ?

Autre question: to be or not to be, et la plupart des spectacles sont vraiment chers donc pratiquement interdits aux gens qui ont peu de moyens et en particulier aux jeunes que l’on voit très peu dans le in. Là, il y a  vraiment quelque chose qui ne va pas!  Et de plus , si on peut à la rigueur aller  sous le soleil à la FabricA à pied mais la navette à 4,50 € est obligatoire pour entre autres, le Parc des expositions ! Malgré les légers efforts de politique tarifaire sous le règne d’Olivier Py, entre le TGV obligatoire, le logement et l’entrée aux spectacles, s’offrir quelques jours en Avignon reste souvent un rêve inaccessible pour beaucoup…

Et pourquoi n’y-a-t-il jamais au moins la création d’un grand spectacle vraiment populaire-théâtre comédie musicale,etc. dans la Grande Cour pour une durée de cinq jours minimum ? Cela serait sans doute courageux  et changerait un peu ; au lieu de programmer chaque année sans grand risque, et en priorité, des créations souvent formatées comme cette année Antigone japonaise à la Cour d’Honneur, de metteurs en scène étrangers reconnus…

Côté logistique, le festival avec la menace terroriste, a dû s’adapter et multiplier les contrôles et fouilles mais les files d’attente sont souvent interminables à l’entrée des salles… et des toilettes. Cette année, la logistique avait du mal à suivre. Emmanuel Macron n’a visiblement pas eu trop envie de venir venu et Françoise Nyssen, nouvelle ministre de la Culture,  est arrivée juste à temps pour essayer d’éteindre l’incendie !

En effet, au moment, où le Ministère annonçait une restriction de ses subventions-environ 50 million d’euros!-Régine Hatchondo, la directrice  générale de la création artistique, sans doute pour fêter à sa manière le 14 juillet, s’en prenait en effet sans état d’âme aux directeurs des Centres Dramatiques Nationaux: «Quand vous me parlez d’argent, vous me faites pas rêver… heureusement que j’ai autre chose que vous dans ma vie» (…) «Votre modèle économique est à bout de souffle.» (…) «Et puis il va falloir quand même penser à faire tomber le mur de Berlin entre vous et le théâtre privé». Quelle grande élégance, surtout quand on est un des principaux personnages du Ministère, donc soumis à une obligation de réserve… Du jamais vu!

C’est la même dame, ci-devant administratrice du Théâtre National de Chaillot qui avait voulu supprimer d’un trait de plume, sans l’avis du Ministère et surtout aucune concertation avec l’équipe pédagogique,  l’Ecole de ce Théâtre, voulue et programmée par son directeur Jérôme Savary: elle en trouvait le budget trop élevé… budget qu’elle avait elle-même accepté à peine deux ans auparavant ! Même vulgarité et même mépris qu’en Avignon, il y a deux semaines. Vous avez dit, gribouille? Gouverner, c’est prévoir… En tout cas, devant la protestation de très nombreux professionnels, la dame avait déjà dû courageusement reculer…

 Et ici, rebelote: à cause de la colère grandissante des directeurs de Centres Dramatiques Nationaux à qui on demande de faire toujours plus avec le moins possible, et sans doute aussi sur ordre de sa Ministre, elle a dû rétropédaler vite fait et présenter piteusement ses excuses ! Trop tard, le mal était fait!

Et Françoise Nyssen a dû naviguer serré pour rattraper cette belle connerie, surtout en plein festival d’Avignon, lieu emblématique de la vie théâtrale française: «Ce n’était pas du tout dans l’esprit de ce que je souhaitais mettre en place puisque j’avais rencontré les mêmes personnes trois jours avant» (…) «Donc à aucun moment ceci n’est remis en question, au contraire. J’entends ce sentiment d’incompréhension et j’en suis désolée.» Ou comment rattraper cette énorme bourde de quelqu’un qui connaît visiblement mal un milieu souvent peu solidaire mais toujours prêt à monter au créneau! Et Françoise Nyssen a diplomatiquement remercié les responsables de ces structures pour leur travail d’éducation et d’enseignement artistique qui est pourtant, que l’on sache, un service public, ce à quoi Régine Hatchondo semble assez peu sensible, comme on le savait depuis son passage à Chaillot !

Donc la méfiance reste d’actualité : on sait que le Ministère prépare souvent des coups tordus pendant l’été. Et si Madame Hatchondo venait par hasard au festival d’Aurillac, l’accueil risquerait d’être assez frais chez les professionnels du théâtre de rue, eux aussi concernés par cette déclaration venant d’une directrice de ministère censée être au service de la collectivité, et en comprendre les demandes… Serait-ce trop lui demander un peu plus de respect envers le travail théâtral?

Du côté du off, depuis quelques années, le paysage s’est radicalement transformé et la programmation s’est mieux structurée, et le festival bénéficie d’un service de presse exemplaire et comparable à celui du in, lui aussi d’une singulière efficacité. Et comme toute l’équipe du Théâtre du Blog l’a remarqué, que cela soit en théâtre, en danse, cirque, etc.  la qualité des spectacles-comme des lieux-est souvent des plus remarquables. Avec notamment  des pièces appartenant à des centres dramatiques comme entre autres,  le Nest de Thionville qui n’a pas hésité pas à venir jouer dans l’ex-Flunch, une nouvelle salle bien équipée du 11 Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail. Il y a aussi Artephile, le remarquable petit théâtre de la rue du Bourg Neuf, le Théâtre des Halles, La Manufacture, Le Théâtre du Balcon, La Chapelle du Verbe Incarné, Le Petit Louvre, etc.

Bref, il y a maintenant,  et encore plus en 2017, un in du off (voir Le Théâtre du Blog) de grande qualité. Et on n’imagine guère le festival sans la programmation du off. Que ce soit en théâtre mais aussi en danse où Jean Couturier a noté « une tendance à une nudité théâtralisée,  comme chez Emma Dante, pour Bêtes de scène dans le in,  et avec Néant de Dave St-Pierre et Le Récital des postures de Yasmine Hugonnet dans le off.  Où on a aussi pu découvrir deux chorégraphes:  Hsiao-Tzu-Tien avec  The Hole,  et Edouard Hue pour Meet me Halfway. »

Bref, depuis trente ans, les lignes ont singulièrement bougé et surtout disons ces cinq dernières années; en tout cas, plus personne n’oserait remettre en cause cet ensemble de spectacles, même s’il est souvent difficile de s’y repérer: pour le public… comme pour les critiques.

« Comme chaque année, le festival a connu son lot de polémiques, dit Mireille Davidovici,  et  Moi, la mort, je l’aime comme vous aimez la vie de Mohamed Kacimi a eu les honneurs la presse culturelle, sans que grand monde l’ai lue ni vue. Jusqu’à la ministre de la Culture israélienne, Miri Eegey , membre du Likoud, connue pour son hostilité au milieu artistique israélien et pour sa haine des théâtres palestiniens qui a écrit à notre Ministre de la Culture,  pour lui demander l’interdiction de la pièce! »

“La polémique soulevée par la programmation de ma pièce dépasse l’entendement, dit Mohammed Kacimi. Elle retrace les dernières heures de Mohamed Merah, ce jeune islamiste Franco-Algérien qui à Toulouse, tua sept personnes dont trois enfants en mars 2012, s’est jouée six jours. Un seul journaliste  de France Info, l’a vue. Il a fait un très bon papier  sur le site de France Télévision. Ce qui a mis le feu aux poudres.  Mon texte reprend ni plus ni moins les derniers échanges entre le tueur et la police, avant qu’il ne soit abattu, et qui furent publiés dans Libération.

« La polémique, poursuit Mireille Davidovici, et selon Pascal Keiser, directeur de la Manufacture, où s’est jouée la pièce, « a  été  construite par Meyer Habib, un député représentant les Français de l’étranger, appartenant en France à l’UDI, un centriste donc, mais à double nationalité (franco-israélienne) proche, en Israël  de l’extrême-droite du Likhoud et de Netanyahou. » Elle n’émaner donc pas directement du collectif d’avocats des familles des victimes de Mohamed Merah ni d’associations juives en France, telle la LICRA.

André Marcowicz , traducteur et écrivain, lui,  a pris la peine de lire  la pièce: « Le portrait d’un homme -un être humain-, ce qui le rend d’autant plus monstrueux. Monstrueux, répugnant et pathétique-un homme qui n’arrête pas de flotter dans sa vie, dans ses idées (si l’on peut appeler ça des  » idées « ), un homme qui passe sa vie à jouer à des jeux vidéos de massacres (il est très bon là-dedans) et qui ne fait aucune différence entre les cibles qu’il dézingue sur l’écran et celles qu’il fait dans la vraie vie (…) — et c’est d’autant plus stupéfiant quand il refuse de dire qu’il a tué des enfants dans une école : non, il n’a pas tué des enfants, il a frappé  » des cibles « . C’était un homme d’une bêtise, d’une brutalité primales, primaires, absolues. Un monument de crétinerie. Mais il était un homme. Je veux dire qu’il n’était pas un monstre, et c’est justement ça qui le rend si terrible. Ce n’était pas, je ne sais pas, un malade mental. »  

Même si la location des salles par les troupes est obligatoire-impossible pour des débutants et de l’ordre de 6.000 € minimum le mois!-le off a donc acquis des parts de marché de plus en plus importantes. Prix des places très raisonnables, salles confortables et situées en plein centre, grande qualité des textes, souvent étrangers mais aussi des mises en scène de spectacles qui ne durent pas cinq heures, acteurs connus, longue durée d’exploitation, catalogue lourd à porter mais d’une extrême précision, accueil professionnel, diversité et ponctualité des horaires, attente très limitée, possibilité de réservations… Rien à voir avec les tout débuts du off volontiers méprisé par les professionnels du in qui ne daignaient même pas s’y risquer….Une piste de réflexion pour Olivier Py et son équipe?

Mais nous signalait Julien Barsan, comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre, curieusement la fin du festival dans le in et le off qui coïncide à quelques jours près, a semblé rassembler nettement moins de public. Et les faits sont têtus: il y a une hémorragie de jeunes spectateurs dans le in, mais pas dans le off, au contraire. Cela dit, peut-on imaginer un off sans le in?

Sans doute pas..Bref, rien n’est simple. En tout cas, il y a urgence, nous semble-t-il, et l’édition 2018, sans doute déjà dans les cartons mais Olivier Py devra faire preuve de plus d’imagination. Le modèle 2017, copié-collé de celui des précédentes années,  même bien construit, a quelque chose de décevant et malheureusement d’assez élitaire …

Philippe du Vignal et l’équipe du Théâtre du Blog

Le Festival d’Avignon in et off  a eu lieu du 6 au 26 juillet et jusqu’à la fin du mois pour certains spectacles du off.

Moi, la mort je l’aime comme vous aimez la vie est publiée à L’Avant-Scène. Le spectacle sera repris en décembre prochain au Centre Dramatique National de Normandie, à Rouen. 

 


Y a de la joie ! mise en scène de Didier Perrier

 

Festival d’Avignon

Y a de la joie ! mise en scène de Didier Perrier

ya_dla_joie1 La compagnie picarde de l’Échappée continue le questionnement sur le bonheur entamé avec Haute Autriche en 2013. Accueillis personnellement par un des comédiens,  nous prenons place dans un cabaret foutraque avec adresse permanente au public, et un montage de textes et chansons de Joël Pommerat, Denise Bonal, Guy Debord, Hanock Levin, Christian Rullier, Lydie Salvayre… …

Le bonheur est ici abordé comme une quête, quelque chose de difficile à obtenir, une projection dans l’avenir. Ici donc, pas de naïveté ni béatitude-certains textes montrent même un certain désespoir- preuve que cela se travaille ! Pour Didier Perrier, « Selon Kant (on se documente…), le bonheur ne peut pas être défini : nous ne pouvons dire avec certitude, ce qui nous rendra heureux car il nous faudrait une connaissance absolue de nous-mêmes et du monde. Le bonheur n’est pas un idéal de la raison, mais un idéal de l’imagination. »

Dans un décor de salon cosy, avec  pelouse synthétique et multitude de lampes, Chantal Laxenaire promène sa guitare électrique et sa boîte à rythmes, ce qui colore bien le spectacle. Il y a un bon équilibre entre chansons et textes et la mise en scène est bien travaillée… Dominique Bouché surgit du public au début, ce qui donnera le ton au spectacle, et qui entretient une vraie/fausse interactivité avec la salle.

Thibaut Mahiet et Laurent Nouzille sont énergiques et chacun pousse la chansonnette à un moment ou à un autre. Mais la fin du festival d’Avignon semble difficile cette année-la ville s’est presque vidée-et il y avait juste une petite dizaine de spectateurs dans la salle : ce qui n’a pas permis au spectacle de prendre son ampleur et de jouer vraiment l’interaction avec le public.

Julien Barsan.

 Spectacle vu à L’Espace Alya, Avignon.

 Image de prévisualisation YouTube

 


J’ai bien fait ? texte et mise en scène de Pauline Sales

Tristan Jeanne-Vallès

Tristan Jeanne-Vallès

 

Festival d’Avignon

J’ai bien fait ? texte et mise en scène de Pauline Sales

 Le Préau, centre Dramatique National de Vire en Normandie pose ses valises à Avignon avec Tout Entière et ce J’ai bien fait ? au 11 Gilgamesh Belleville, un des lieux les plus en pointe cette année. A Vire depuis 2009, Pauline Sales et Vincent Garanger ont signé de belles  créations remarquées, comme En Travaux, Occupe-toi du bébé, Docteur Camiski ou l’esprit du sexe, Le Monstre du couloir ou Sur la page Wikipedia de Michel Drucker… (voir Le Théâtre du Blog).

Ici, on découvre Valentine, une prof, la quarantaine avec deux enfants déjà grands, un mari souvent absent et un frère artiste avec lequel elle s’est fâchée. Un soir, elle fait irruption chez lui, tient des propos incohérents, et laisse croire qu’elle est en voyage scolaire avec sa classe.  Puis arrive un drôle de personnage, Manhattan, une ancienne élève de la professeur, peu diserte, qui fait le ménage chez le frère de Valentine qui est confrontée à son métier, à son passé, à sa responsabilité. Complètement submergée par le monde et par sa vie qu’elle croyait pourtant sur des rails.

Où sont les élèves ? Pourquoi Valentine pose autant de questions sur la cave ? Quelle est la nature exacte de la relation entre Manhattan et le frère de Valentine ? Pauline Sales explique ainsi le titre de sa pièce : « Le point de départ est le souci pour chacun des personnages à des endroits très différents de faire au mieux, de faire du mieux qu’on peut, ce qui empêche ou n’empêche pas des catastrophes en tout genre, des petites et des grandes, et quelques victoires. »

Dans son désir de « faire un théâtre qui parle d’aujourd’hui à des gens d’aujourd’hui », Pauline Sales nous propose une Valentine comme vous et moi, mais qui finit par dérailler complètement. Hélène Viviès semble à fleur de peau et donne une vraie profondeur à cette professeure en jupe en laine et bien sous tous rapports,.

Anthony Poupard joue le frère artiste, très charismatique, qui, lui se pose bien moins de questions. Olivia Chatain, en femme-enfant, campe une Manhattan surprenante et parfaite. Ces trois acteurs permanents du Préau sont rejoints par Gauthier Baillot, en scientifique lunaire qui a besoin de se réfugier dans la recherche, quand la réalité personnelle ou familiale est trop compliquée.

La scénographie de Marc Lainé et Stephan Zimmerli, très habile, est fondée sur une  grand nombre de traversins, objets de la création du frère artiste avec des volumes sur lesquels joue la lumière. Coup double pour Pauline Sales dont l’écriture est proche de nous, quasi quotidienne, et drôle.Et de bons comédiens servent une mise en scène très claire, la seconde après En Travaux, ! Une joie de théâtre !

 Julien Barsan

Spectacle joué au 11 Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail, Avignon jusqu’au 26 juillet.

Le Préau de Vire du 28 septembre au 14 octobre .T. :02 31 66 16 00.

Du 17 au 20 octobre au Théâtre de Dijon Bourgogne Centre Dramatique National T. :03 80 30 12 12.

Le 17 Novembre au Théâtre de Coutances T.: 02 33 76 78 68.

Les 14 et 15 novembre au Théâtre L’Éphémère du Mans T. : 02 43 43 89 89.

Les 13 et 14 décembre à la Comédie de Saint Étienne T. : 04 77 25 14 14.

 


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