Maison de la Poésie : Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets

Maison de la Poésie : 

 Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets


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Olivier Chaudenson le directeur de cette Maison, a souhaité mettre les auteurs eux-mêmes sur le devant de la scène. « Depuis une quinzaine d’années, dit-il, la littérature est marquée par l’essor de nouvelles formes d’expressions (lectures d’auteurs et de comédiens, croisements. Ce goût pour la performance, autrefois apanage de la poésie sonore, concerne désormais toutes les catégories d’auteurs et tous les genres. »

Poètes, romanciers et dramaturges sont donc conviés lors de soirées, souvent uniques, à faire entendre leurs textes, la plupart du temps avec comédiens, musiciens, vidéastes ou danseurs (voir Festival Contredanse Le Théâtre du Blog). Cet accès direct aux textes et aux écrivains permet une proximité avec les œuvres et désacralise la littérature… Une preuve qu’elle n’est pas réservée aux seuls initiés. D’une façon ou d’une autre, le spectacle aura toujours partie liée avec la littérature.

 Lors de cette rencontre à la mémoire de Pierre Pachet (1937-2016),  Anouk Grinberg a ressuscité devant nous, avec le talent qu’on lui sait, un écrivain peu connu du grand public mais très apprécié du monde littéraire. Elle nous a fait partager la délicatesse d’une écriture tournée vers l’intime en lisant des extraits des livres réunis par Yaël, la fille de l’auteur, dans un recueil volumineux préfacé par Emmanuel Carrère: «Depuis Autobiographie de mon père, écrit-il, j’étais fasciné par ses livres, par cette voix sourde et obstinée, par cette façon de regarder sans ciller tout ce qui compose une expérience humaine. Toute son œuvre est un exercice d’intranquillité et de vigilance. » 

 

© Hannah Assouline

Pierre Pachet © Hannah Assouline

Sous la houlette de Christine Lecerf, des proches de l’écrivain vont nous donner les clefs d’une œuvre singulière imprégnée du «devoir que l’on a d’être celui que l’on est ». Essayiste, traducteur, enseignant et critique littéraire, Pierre Pachet s’est intéressé aussi bien au sommeil, à la littérature de l’Est de Franz Kafka à Alexandre Soljenitsyne, qu’à l’Histoire et à la politique. Il laisse derrière lui une œuvre rare et subtile qui a fait son chemin auprès d’un petit cercle de lecteurs mais qui reste à découvrir. Ce recueil devrait y contribuer et sa fille, elle-même romancière, a consacré un livre, Le Peuple de mon père, à celui qui s’était risqué à une “auto-hétéro-biographie“ de son père: parfaite filiation !

 Alain Finkielkraut témoigne son admiration pour la capacité de cet écrivain à se mettre face à la singularité des gens. Il l’invita à plusieurs reprises à son émission sur France-Culture et le considère comme le plus grand lecteur en France : « Il va chercher chez les écrivains, la manière d’être soi ». Il souligne, dans ses livres personnels, « sa capacité d’attention à ce qui fait la force de vie des individus dans l’Histoire. » Il a été frappé par Conversation à Jassy : en 1996, Pierre Pachet se rend dans le nord de la Roumanie, région d’où son père est originaire. Sous la ville contemporaine de Iasi, il veut revoir la ville de Jassy, jadis riche d’une forte population juive, victime d’un pogrom en juin 1941. De ces lieux marqués par des frontières, annexions et expulsions, il se fait expliquer ce qu’est la Moldavie indépendante, ce que furent la Bucovine, la Bessarabie où vivait son grand-père, la Transnistrie d’où tant de Juifs furent déportés.

«J’y retrouve la complexité de ces sociétés qui sortent du communisme et tombent dans un capitalisme sauvage, dit Alain Finkielkraut. Pachet est habité par les deux douleurs de l’Europe : le communisme et le nazisme.  A travers l’histoire de son père,  il trace l’Histoire cabossée du XX ème siècle. Son œuvre, au plus près de l’intime, est  l’anthropologie de l’individu démocratique. »

 A son tour, Martin Rueff évoque Pierre Pachet critique littéraire et sa capacité d’attention aux détails de la vie des autres, et souligne l’intensité de sa vie intérieure, fondement de son écriture personnelle. « Dans L’Oeuvre des jours, il explore ce qu’il fait et comment il fait. Ce que font les jours et ce qu’il fait tous les jours. Ce livre montre une œuvre en travail, pour faire œuvre, comme on fait un chemin. « Il refuse la posture d’écrivain, signe des grands écrivains, conclut-il. »

Au terme de cette rencontre émouvante qui nous incite à poursuivre la lecture de Pierre Pachet, force est de constater qu’il se passe toujours quelque chose à la Maison de la poésie, à raison de deux événements par soirée…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu, le 10 février, à la Maison de la poésie, 157 rue Saint-Martin, Paris (III ème) T. 01 44 54 53.

Pierre Pachet, Un Ecrivain aux aguets, éditions Pauvert, 2020.

 

 

 

 

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Ni Couronne ni plaque , conception et mise en scène de Janice Szczypawka

Ni Couronne ni plaque , conception et mise en scène de Janice Szczypawka

Jules Audry

Jules Audry

La mort, vaste question et éternel mystère…En réponse à l’ouvrage de Sophie Calle :   »Que faites vous de vos morts ? » Janice Szczypawka en a fait un spectacle. La disparition, plus précisément tout ce qui matériellement, accompagne le décès d’un défunt et son cérémonial sont au cœur de la pièce. Donner vie et représenter l’envers des funérailles ne manquent pas d’humour et ce n’est pas si courant dans le paysage théâtral.

En 2012, bouleversée et à la fois intriguée par le décès de sa grand-mère, elle observe l’ensemble des démarches pour ses obsèques. Quelques années plus tard, en 2017, la jeune artiste regarde un documentaire sur les croquemorts et « Ni couronne ni plaque dit-elle, naît alors de mon envie de traiter un fait universel et sociologique, à travers un rapport intime à la mort et une enquête de terrain au sein d’une entreprise de pompes funèbres lorraine.»

De nos jours, au XXI ème siècle, le décès d’un être et le rituel en hommage au mort sont traités de plus en plus comme un produit commercial. Ou au mieux, comme un moment de rassemblement où le sacré n’est pas mis à l’écart, mais où consciemment ou inconsciemment, il se manifeste avec le maximum de discrétion possible. Or le texte, et son manque volontaire de profondeur et de poésie, laisse sous-entendre cette réalité marchande et désacralisée, grandissante face au rituel de la mort. Et comme le dit Janice Szczypawka : «Ce spectacle a été conçu avec une démarche documentaire. Il est question d’individus qui existent réellement ou qui ont existé (…) et de la retranscription de leurs paroles. Je n’ai pas écrit une fable. » La transfiguration poétique malgré tout prend corps, portée par une belle mise en scène et une scénographie-installation réussie, ambiance cabaret. Si le spectacle révèle au public des pratiques souvent ignorées par le commun des mortels,  cette création  n’a rien de didactique ou moralisateur. Elle nous laisse découvrir  avec humour et une sensibilité crue, la boutique des pompes funèbres dans tous ses recoins. Style et couleurs bigarrées des costumes participent de cette esthétique festive, peu banale du repos éternel. La force du spectacle tient aussi pour beaucoup et trouve un rythme jubilatoire grâce aux comédiens. les trois actrices particulièrement sont formidables,  pour ne citer qu’elle, Juliette Blanchard, à travers ses regards et son mutisme… est un vrai bonheur.

Les « Cathy » créent au sein de cet univers singulier, un décalage inattendu, comique et absurde. Un point d’honneur au musicien, Tristan Boyer, à la stature de dandy. La bande-son, impeccable, intervient comme des interludes entre les scènes et diffuse une onde poétique, une tension… Un joli moment, où la préparation du défunt nous surprend  et nous instruit  mais nous laisse aussi de temps à autre perplexe. Choisir comme thème, la mort, pour une première création, ne manque pas d’audace ! Chapeau bas à Janice Szczypawka qui, avec ce spectacle, a remporté cette année la mention spéciale du prix Théâtre 13 /Jeunes metteurs en scène.

 Elisabeth Naud

Théâtre de Belleville 16, passage Piver, Paris  (XI ème). T. : 01 48 06 72 34, jusqu’au 25 février.

 


Black Mountain de Brad Birch, mise en scène d’Alice Vannier, Bérangère Notta et David Maisse

Black Mountain de Brad Birch, traduction de Guillaume Doucet, mise en scène d’Alice Vannier

BLACK MOUNTAIN / GROUPE VERTIGO Après Nature morte dans un fossé et Pronom, le Groupe Vertigo a choisi de monter  cette pièce, un thriller psychologique du jeune auteur britannique Brad Birch, écrivain en résidence au Théâtre Undeb, détaché à la Royal Shakespeare Company et auteur associé au Théâtre national de Londres.  Black Mountain est un petit bijou théâtral en équilibre instable sur un fil tendu à l’extrême, tout près de basculer vers l’horreur. A partir d’une situation initiale fort claire puis d’un trouble indéfinissable dont le public est complice, surgit alors  l’humour…

 Un homme a trahi sa femme et le couple s’isole dans une chalet rudimentaire, un peu isolé d’un village de montagne, histoire de se parler enfin, de faire le point pour se quitter définitivement ou bien renouer ensemble. Lui paraît souhaiter la seconde solution mais elle, reste muette. Et peu à peu, la tension monte : on ne sait qui manipule l’autre… Et la maîtresse s’invite, en se cachant de la femme, dans une remise. En cinq journées dont, sur un petit écran, sont indiqués le temps et l’espace : matin, soir, nuit, chambre, cuisine, devant la remise …On est donc à l’intérieur ou à l’extérieur de ce chalet aux murs lambrissés. Loin des des bruits de la ville mais dans la forêt et le vacarme effrayant des tronçonneuses…

Des scènes brèves, alternant lieux et moments. Avec des noirs pour ces changements qui font monter le mystère. Le suspense en est décuplé grâce à une dramaturgique rigoureuse… Lui n’apprécie guère le froid et les balades dans la montagne enneigée mais elle, y prend plaisir… Grâce à de petits signes infimes, on voit le doute, la suspicion ou un éclair fugitif de compréhension et de lucidité quant leurs intentions. La femme, remarquablement interprétée par Bérengère Notta, fait preuve de patience et de sourires pour aller vers une réconciliation.  Mais ne propose-t-elle pas sciemment une promenade en montagne pour faire souffrir l’homme? Il n’a pas les chaussures adéquates et cela va être pour lui une torture… Y a-t-il chez elle un désir latent de se venger, en faisant ainsi payer celui qui l’a trahie. Et lui est-il vraiment prêt à «réparer »  cette sortie de route et à recommencer leur vie commune en mieux ?

 Pourquoi sa maîtresse surgit-elle à l’improviste, en lui demandant des comptes et en espérant le faire revenir avec elle en ville,  s’il réussit à lâcher son épouse ? Cet homme (David Maisse) est incertain au possible, toujours d’accord avec les propositions de sa femme mais se retrouve perdu quand survient l’amante à l’improviste… Un jouet entre les mains de ses compagnes ! Et il ne sait vers laquelle se tourner…

 Alice Vannier, qui avait si bien mis en scène En réalités, d’après La Misère du monde de Bourdieu  (voir Le Théâtre du Blog) est ici la nouvelle élue, facétieuse, un rien étrange et inattendue. A-t-elle pris la hache rangée soigneusement dans la remise, et à quelles fins ? Lui en constate la disparition soudaine.  Les dialogues sont amorcés, pas vraiment aboutis, désarticulés. Dans une suite de répliques où rien ne se dit manifestement mais où tout se manifeste de façon implicite : impossibilité de rendre compte des dégâts sentimentaux essuyés, blessure subie et difficulté à s’en remettre, les phrases ne se terminent pas. Et les propos se croisent, souvent détournés, coupés, comme si l’essentiel: s’aimer ou ne pas s’aimer ne pouvait être jamais formulé. Et s’enclenche alors, irréversible, le jeu, vide énigmatique et insatisfaisant, des redites. Une façon banale et quotidienne de se parler dans une impasse consentie et les comédiens jouent à plein la folie d’êtres qui veulent se trouver.

 Véronique Hotte

 Centre culturel Athéna, Auray (Morbihan), du 11 au 14 février.

D.S.N. Dieppe (Seine-Maritime), du 19 au 23 mai.

 


Fase /Four Movements to the music of Steve Reich, chorégraphie d’ Anne Teresa De Keersmaeker

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Fase/Four Movements to the music of Steve Reich, chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker

 

Créée en 1982 à Bruxelles, cette pièce marque l’entrée en lice fracassante de la chorégraphe flamande: elle avait vingt-deux ans… Œuvre fondatrice, elle annonce son style dépouillé, minimaliste, alliant fluidité et figures géométriques. «Ce n’est pas ma première pièce, dit-elle mais  elle prend à bras-le-corps l’art de la chorégraphie, l’art d’écrire le mouvement. » Dansée à l’époque par Michèle Anne De Mey et la chorégraphe elle-même qui continuera à l’interpréter pendant trente-six ans, elle est reprise aujourd’hui par de jeunes interprètes éblouissantes. On voit s’y dessiner une grammaire cinétique implacable et une manière d’inscrire le mouvement des corps dans celui de la musique que l’on retrouvera, par exemple, dans les deux versions d’A Love supreme, sur le morceau éponyme de John Coltrane (voir Le Théâtre du Blog).

 Dans le premier duo, Piano Phase écrit par Steve Reich en 1967, les danseuses, en élégante robe blanche, tournoient sans fin sur elles-mêmes devant un écran immaculé où se découpent leurs ombres triplant ainsi leur présence, alors que la musique démultiplie ses notes en accélérant le rythme. A l’instar de la partition, d’abord parfaitement synchronisée, leurs gestes jumeaux se décalent légèrement, pour se recaler ensuite. Et leurs ombres, tantôt se séparent, tantôt se superposent. Notre regard est pris dans un étonnant vertige hypnotique.

 Pour écrire Come out (1966), Steve Reich a utilisé un extrait du témoignage sonore d’un garçon, arrêté et tabassé par la police avec d’autres jeunes afro-américains, lors des émeutes de Harlem en 1964. Ces paroles : « come out to show them »  ont été enregistrés sur plusieurs pistes puis déphasés jusqu’à obtenir une distorsion des mots puis des sons seuls et, à la neuvième minute, un bruit blanc, étale… Sur cette étrange partition vocale, les danseuses, vissées à des chaises et sous des abat jour orangés, se débattent, tournent ensemble ou en décalage, suivant le principe du phasage/déphasage de la musique. La danse transcrit cette violence induite par cette scène qui engendra la partition de Steve Reich. Les costumes masculins des interprètes donnent à ce duo un supplément de dureté.

 Le magnifique solo, bâti sur Violin Phase (1967), vient détendre l’atmosphère. Il contient en germe l’A.D.N. de Fase. «Il est toujours demeuré “ma danse“, dit la chorégraphe. Le petit bout de code où sont encapsulés tous les éléments déterminants de mon parcours. » Et la rosace dessinée par ses pas donna son nom à la compagnie Rosas d’Anne Teresa De Keersmaker. L’interprète, entre des jeux de pieds rigoureux, tente quelques lancers de jambes et sautillements gracieux. Sa robe tournoie harmonieusement, comme un cloche, laissant deviner ses dessous… La simplicité des mouvements : tourner, sauter, balancer les bras, a quelque chose de juvénile mais se trouve mis en tension par des contretemps, des instants de suspension…    

 On retrouve les interprètes en costume masculin pour un numéro de fausses claquettes dans Clapping Music (1972), composé à partir de claquements secs de mains. Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti ou Laura Bachman, Soa Ratsifandrihana (en alternance) s’accordent et se désaccordent. Une fois encore les variations de lumière de Remon Fromont interviennent dans la dramaturgie de l’espace, en créant des zones d’ombre ou des images surexposées sur un écran blanc en fond de scène.

 Une heure dix de mouvement perpétuel : on reste médusé par la modernité de ce ballet qui n’a pas pris une ride et, précurseur, il questionne le corps féminin par la gémellité des interprètes (même coiffure, même corpulence) et par une alternance ironique masculin/féminin. «Aujourd’hui, dit la chorégraphe, la notion de “gender liquidity“ s’étant répandue, il peut paraître désuet de se cramponner à ce point à l’idée de corps féminin questionné et déconstruit. Mais j’attache de l’importance à cette similitude formelle entre ces femmes.» Elle a raison et il faut vite aller voir ce spectacle.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 22 février, Théâtre de la Ville,  à l’Espace Cardin,  1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème) T. : 01 42 74 22 77.

 

 

 


L’Art du rire de Jos Houben

© Giovanni Cittadini Cesi

© Giovanni Cittadini Cesi

 

L’Art du Rire de Jos Houben

 Svelte et grand presque 1, 90m et Belge, dit-il souvent, il a été comédien, notamment dans Fragments de Samuel Beckett, mis en scène par Peter Brook. Mais aussi metteur en scène à Londres où il a fondé avec Simon Mac Burney le Théâtre de Complicité, et il y a créé des spectacles burlesques. Il a été enseignant pour des master class et à l’Ecole Lecoq. Ici dans une sorte de fausse conférence théâtrale, il analyse brillamment quelques mécanismes du comique en scène, surtout gestuel quand son personnage est en équilibre instable et il donne lui-même des exemples in vivo et aussi pendant quelques minutes avec un complice. Nous avions rendu compte de ce spectacle quand Joe Houben était passé au Théâtre du Rond-Point (voir Le Théâtre du Blog) ? Depuis, semble-t-il, son personnage de faux/vrai distrait un peu fou, s’est affiné et la mise en scène et la dramaturgie sont plus dépouillées, mieux construites, plus subtiles aussi dans l’explication du mécanisme comique.

On sent qu’il connaît à fond Le Rire d’Henri Bergson et d’autres ouvrages théoriques sur la question- il a étudié la philo à l’université de Louvain- mais il se garde bien et il a raison de ne jamais le citer. Et bien entendu, quand il donne des exemples, on retrouve l’influence chez lui de Buster Keaton, Harold Lloyd, mais aussi de Laurel et Hardy qui ont réussi d’abord dans le cinéma muet puis dans le parlant, ce qui était assez exceptionnel.  Et chaque scène est soulignée par une analyse très pointue quand, entre autres, il explique brillamment le pourquoi du comique provoqué par la chute. C’est parfois moins juste quand Jos Houben montre comment il  faut éviter de jouer un personnage alcoolisé: un comportement certes souvent stéréotypé chez les acteurs mais il y a différents degrés d’alcoolisation et donc différentes types de marches et gestes.

Sa conférence devient brillantissime quand Jos Houben met en parallèle la verticalité et le poids d’un humain, quand cette verticalité dérape et que naît alors le comique chez le spectateur, Même chose quand il raconte avec beaucoup de finesse, notre façon de regarder les autres, de marcher et de garder un semblant de dignité dans une situation des plus gênantes… Tout en effet dans notre  gestuelle est  révélateur d’un état de pensée, même fugitive. On apprend cela dans les bonnes écoles de commerce pour être en mesure d’avoir un temps d’avance sur un client potentiel. Et il se montre, absolument juste, le ventre un peu en avant ou légèrement en arrière, ou encore les mains posées au-dessus des hanches ou en-dessous. Ou quand il analyse la position de nos sœurs architecturales que sont la tour Eiffel et la tour de Pise, c’est aussi comique, que d’une belle poésie.

 Jos Houben ne le dit pas mais cela se devine facilement… Faire rire est un travail subtil, fait de longues et nombreuses observations sur le comportement humain et cela exige des heures de répétition. Et pourquoi rit-on sinon pour se rassurer, même si c’est toujours aux dépens d’un autre -rarement d’un groupe et parfois dans des circonstances qui n’ont rien de comique- une autre qui pourrait être nous-même: c’est toute l’ambiguïté de ce curieux phénomène. La valeur de ce solo d’une rare intelligence tient à la fois dans les scènes comiques présentés comme celle  avec le serveur d’un restaurant,  et de l’analyse que Jos Houben en fait avec une grande précision et une excellente diction, ce qui ne gâte rien. En une heure et quelque, tout est dit et bien dit… Cela donne envie de revenir voir ce spectacle, ce qui n’est pas souvent le cas… comme avec ceux longs comme un jour sans pain et prétentieux qui fleurissent trop souvent sur les scènes des Théâtres Nationaux… Surtout, n’hésitez pas à aller voir Jos Houben; en ces temps moroses, cela fait vraiment du bien…

 Philippe du Vignal

 Jusqu’au 22 février, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30.

 

 


Passagères de Daniel Besnehard, mise en scène de Tatiana Spivakova

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Passagères de Daniel Besnehard, mise en scène de Tatiana Spivakova

Deux femmes sur un bateau militaire: certains iront jusqu’à dire que cela porte malheur… à elles pour commencer. Une passagère qui revient d’un chantier à Arkhangelsk où elle a été une ouvrière modèle et une femme de service condamnée à rester sur ce bateau, pour délit de bourgeoisie et parasitisme: on apprendra qu’elle fut actrice, et des plus grandes…

L’auteur évoque le long enfermement de la société collectiviste soviétique, avec cette image d’un navire militaire, un fantasme pour claustrophobes. Et les séparations durent des mois, voire de années… L’ouvrière a un fiancé au loin, parti pour servir la patrie. Et sur le bateau,  un jeune officier a une fiancée, elle aussi très loin et le corps de cette jeune femme devant lui, le lui rappelle dangereusement… La «bourgeoise» punie elle travaille et se tait quant à son mari, même si sa compagne de voyage essaye de la faire parler et elle est inquiète pour lui…

On a l’impression qu’en écrivant cette pièce en 1984 pour Denise Bonal et Catherine Gandois, Daniel Besnehard s’intéressait plus à la relation entre ces femmes, qu’à la question politique fondamentale qu’il pose. Tatiana Spivakova, venue de Russie, elle, met davantage l’accent sur cette période sombre, en resserrant de façon presque continue les allers et retours sur le bateau et en introduisant des poèmes murmurés (en russe ou traduits) du Requiem d’Anna Akhmatova. La vie à bord est ici figurée par une soute avec des matériaux  ternis, des objets sans âme et il y un petit escalier côté cour d’où descend l’autorité masculine et politique. On s’interroge sur le rapport aux objets, à mi-chemin entre une théâtralité rigoureuse et un usage réel incompatible avec la scène. Les gestes du travail ont leur importance : ils signifient le déclassement et la “rééducation“ du personnage joué par la grande actrice Catherine Gandois, pour cette recréation, dans le rôle que jouait Denise Bonal. Mais elle a en elle, la mémoire du personnage de la jeune ouvrière qu’elle interpétait : un privilège rare au théâtre. Le jeune officier (Vincent Bramoullé) a plutôt une fonction, qu’il n’est un personnage, sauf dans une scène très réussie de tentation et nostalgie réunies, toute en agaceries et désir désespéré  -réciproques-  entre la jeune femme et lui.

Mais la pièce est vraiment écrite pour les actrices de deux générations. Anna et Katia, nouvelles incarnations d’une Arkadina et d’une Nina (on n’échappe pas à Tchekhov et à sa Mouette quand on touche à la Russie et au théâtre), sont confrontées à d’autres situations qui les forcent peu à peu aux confidences, aux imprudences et aux trahisons amenées avec une grande pudeur: pureté de la tragédie.  On résiste quelque temps à ce théâtre à l’ancienne où Sarah Jane Sauvegrain, qui a joué Alexia dans la série Paris sur Arte, apporte ici sa modernité mais on finit par se laisser embarquer corps et âme sur ce sombre navire.

Christine Friedel

Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème),  jusqu’au 22 mars. T. : 01 45 44 57 34.

 


Le Lys et le serpent de Nikos Kazantzakis, mise en scène de Christos Thanos

Le Lys et le serpent de Nikos Kazantzakis, mise en scène de Christos Thanos

 
6B3CBE62-0974-4428-BB90-E3DDFE200CEEAvec un ensemble considérable de romans, essais philosophiques, théâtre, poésie… Nikos Kazantzakis, né en Crète en 1883 et mort en 1957 en Allemagne, est l’une des figures les plus marquantes de la littérature grecque moderne. Son premier roman, Le Lys et le Serpent (1906) emprunte la forme du journal intime pour nous livrer l’histoire passionnelle d’un jeune couple. Transmis du point de vue d’un homme aux sentiments extrêmes, rythmé par le passage des saisons, ce texte empreint de mystère et de lyrisme a marqué les esprits dès sa parution et a constitué une entrée en littérature précoce impressionnante du grand écrivain grec  sous le pseudonyme littéraire Kárma Nirvamí. Il avait vingt-trois ans… 

Le livre annonce les thèmes centraux qui jalonneront son œuvre dès le début: « J’ai de la fièvre encore aujourd’hui. Tout mon corps est traversé de frissons. Quelque chose s’agite et se tend dans mon esprit -on dirait qu’un ressort se détache brusquement, que derrière mon front, se dévide, avec violence, une pensée non domestiquée.  » (…) « Il me semble que ses lèvres rouges sont deux grosses gouttes de sang et quand je me penche sur elles et les baise, un désir sauvage, un violent instinct anthropophage d’un âge primitif se déverse dans mes veines – et je frissonne tout entier et je crois sucer de la chair humaine dégoulinante de sang. »

Iro Bezou et Christos Thanos ont adapté le texte pour le théâtre et en proposent une belle narration  grâce à une gestualité et une diction vibrantes. Dans une salle carrée, une robe rouge pendue sur un cintre, symbole du corps féminin et de la passion. Et sur de longs et étroits praticables, ils marchent très lentement et disent le texte en déchirant des feuilles de papier. Avec une voix sensuelle, une respiration profonde, des expressions hédoniques, un regard parfois érotique et des pauses significatives A la fin, ils arrivent au proscénium. Noir brutal puis on entend un bruit de combat. Tableau vivant des deux corps et forte sémiotisation du caractère guerrier de l’amour. Un spectacle où les metteurs en scène arrivent à exprimer de façon très intéressante la dialectique entre chair et esprit,  lumière et obscurité, amour et mort.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtre alternatif  BIOS, 84 rue Peiraios, Athènes, T. : 0030 210 3425335.


Nous campons sur les rives, textes de Mathieu Riboulet, mise en scène d’Hubert Colas

Nous campons sur les rives, textes de Mathieu Riboulet, mise en scène d’Hubert Colas

©Herve Bellamy

©Herve Bellamy

Mathieu Riboulet, (1960-2018) a  réalisé plusieurs films qu’il a lui-même produit puis a écrit de nombreux textes dont plusieurs  romans Le Corps des Anges, L’Amant des Mort. Hubert Colas a associé ici deux des textes. Cela se passe dans la  toute petite salle dite du Planétarium, avec son toit en coupole au Théâtre de Nanterre-Amandiers. On devine sur le tapis noir trois grandes et longues tables en bois, la lumière est un peu jaune et on voit à peine le beau visage de Frédéric Leidgens qui porte seul Nous campons sur les rives. En fond de scène, est assis Thierry Raynaud dans une obscurité presque totale, et avec une grande précision et Frédéric Leidgens déroule une longue litanie de méditations dans la lignée de Blaise Pascal. Assis, les mains posées sur la table, regardant fixement le public.  Sur le mur de fond, côté cour, une image vidéo tremblotante qui reproduit le visage de l’acteur sur le plateau.  Et une autre image vidéo où on voit de loin dans la nuit quelques fenêtres éclairées de hauts immeubles…. »
Cela parle de l’espace et du temps, ceux tout proches de nous ou lointains, dans un aller et retour permanent entre passé et présent, ici et ailleurs. Parfois d’une belle poésie : « Ainsi, de nouveau, je fais tenir le monde dans la lumière, le vent, les pierres, le sable et les odeurs d’ici, de l’ici où je suis, de l’ici où nous sommes. « Mais ce long monologue monté de façon très statique n’est pas vraiment  passionnant, malgré une qualité de langue indéniable. Et il aurait quand même demandé à être un peu plus éclairé : cela fait penser aux derniers spectacles de Claude Régy récemment décédé qui privilégiait souvent aussi la pénombre… Et, même quand la salle est petite et donc les acteurs très proches comme en gros plan,  on a du mal à ne pas décrocher…

Ensuite,  le second moment du spectacle est tiré de Dimanche à Cologne, un chapitre extrait du livre Lisières du corps  où l’auteur fait le tableau d’un sauna gay à Cologne. Thierry Raynaud prend la place de Frédéric Leidgens avec une voix plus claire mais avec la même sérénité, le même rapport au texte. Un « corps étranger malade  devient une interrogation pour les hommes qui circulent autour de lui.  Hubert Colas a eu envie :« en retraversant cette écriture, en reprenant ces textes pour les donner à entendre ( …) de réaclimater notre rapport à l’intime face à une société extrêmement bruyante et parasitaire à chaque instant notre attention est l’objet de toutes sortes de sollicitations. Il s’agit au contraire de reposer le corps et l’esprit dans un temps qui est celui d’une descente en nous-mêmes. » Mais désolé, nous n’avons pas réussi à entrer dans ces textes de Mathieu Riboulet dont le premier lui a été inspiré, si on a bien compris, par la tempête de 1999 en France et  le deuxième qui renvoie à la question de l’homosexualité, lui permet d’aborder celle de l’altérité. Et cela, malgré une direction d’acteurs exigeante…

Le spectacle, un peu ennuyeux malgré sa courte durée, pose le problème de l’invasion de plus en plus fréquente du théâtre contemporain par le monologue, même s’il a été à l’origine de l’art dramatique dans la Grèce antique. Mais les metteurs en scène, pour des raisons financières évidentes, en montent de plus en plus, avec des justifications souvent douteuses… Tout y passe: articles de presse, romans, nouvelles, discours, analyses économiques, compte-rendus de réunion, sermons, poésies, lettres, journaux intimes, biographies, textes philosophiques… Même si le public se sent de moins en moins concerné par ces solos tirés de textes non écrits pour une scène et qu’on adapte tant bien que mal… et plutôt mal que bien, l’exercice se révélant toujours périlleux… Attention : risque de désertion des salles…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 23 au 26 janvier et du 6 au 9 février, à Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T. : 01 46 14 70 00.

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Frontière(s) Projet de territoire à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs

Frontière(s) Projet de territoire à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs

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Babelle de José Montalvo © Virginie KahnL

 

 

 

La M.P.A.A. établissement culturel de la Ville de Paris, fondé en 2008 pour fournir aux amateurs de théâtre, danse, musique, arts visuels… des équipements adaptés. Une étude, menée en 2006 par la Maison des conservatoires, avait pointé le manque criant de salles de répétition. Depuis son ouverture à l’Auditorium du marché Saint-Germain, la M.P.A.A. a essaimé et ses cinq sites offrent dix-neuf salles de travail avec une équipe de quinze permanents et une quarantaine d’intervenants extérieurs. Elle accueille chaque année environ six cents projets aboutissant à cent cinquante représentations par des professionnels ou des amateurs et qui sont vues par quelque vingt-deux mille spectateurs…

 Sonia Leplat, sa directrice

Sonia Leplat, sa directrice ©

Sonia Leplat, sa directrice depuis 2017, mène une politique active pour élargir les missions de ces lieux et « s’ouvrir  sur les territoires, sur les traces de l’éducation populaire abandonnée aujourd’hui par l’État ». Elle a lancé des projets spécifiques aux quartiers environnants : par exemple, un atelier sur les migrations avec A.T.D. Quart Monde ou des actions culturelles avec le SAMU social. Elle a aussi créé une Brigade d’intervention féministe et programme organise un cabaret du matrimoine*.

«  D’abord il convient de réhabiliter le mot amateur, dit-elle, sans l’opposer à « professionnel“…  Et «Accueillir les envies de pratique, quelle que soit la maturité du projet. Proposer aux plus avancés, des conseils artistiques ou juridiques. »  Où commence le fait d’être professionnel ? Une frontière parfois ténue. La M.P.A.A. propose donc aux compagnies en voie de professionnalisation des espaces de travail : «On ne fait pas dans l’émergence, on est sollicité par l’émergence. » Et aujourd’hui une centaine d’entre elles bénéficie de locaux aux heures où les amateurs ne les utilisent pas. La M.P.A.A fait aussi partie du réseau du festival Impatience piloté par le Cent Quatre et réservé à des équipes d’acteurs qui ont au moins à leur actif un projet professionnel après leur sortie d’école.

 Des liens entre amateurs et professionnels se tissent et une quarantaine d’ateliers sont encadrés par des artistes confirmés. On voit aussi se croiser les disciplines : ainsi des musiciens amateurs vont rencontrer une compagnie de théâtre ou de danse pour créer ensemble un spectacle… Cela bénéficiera aussi aux habitants de la petite Couronne et du Grand Paris. Pour que le public s’y retrouve, la M.P.A.A. met en place une plate-forme informatique référençant les offres en matière de musique, théâtre et arts visuels : cours, ateliers, rencontres, spectacles, festivals, agenda des scènes-amateurs, appels à projet ou à participation … Du pain sur la planche !

 Frontière(s)

Chaque année, une action “de territoire“ est lancée dans un des cinq sites de la M.P.A.A., autour d’une thématique. Des artistes viennent dialoguer et mettre en œuvre des projets avec des personnes ou des collectifs vivant ou travaillant dans  un quartier et au-delà. En février, commence  Frontière(s) à la M.P.A.A./ Saint-Blaise (20 ème), en bordure du périphérique. Un quartier les plus denses d’Europe : quinze mille habitants, et classé en zone de sécurité prioritaire. Avec une grande mixité sociale parfois source de divisions mais qui pourrait être une richesse si la Culture apportait des traits d’union entre les différences de ses habitants. Tout au long de l’année, des artistes invités interrogeront ces frontières, de Gambetta à la place de la Réunion, voire jusqu’à Montreuil et Bagnolet. Ils donneront des ateliers, en lien avec leur création. A la soirée de lancement, sera présentée Version originale, chorégraphie de Sylvain Goud, issue d’un atelier. La manifestation se clôture le 26 septembre par une grande performance urbaine à Saint-Blaise.

Entre temps, Frontière(s) propose ateliers, spectacles et expositions pour tous les âges… Comme Stravinsky Nègre avec des amateurs de seize à soixante-dix ans pour transposer de sa Russie originelle à la forêt africaine,  Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski:  du 22 avril au 26 septembre  à la M.P.A.A. Breguet). Et Quibdó art lab, associera des adolescents colombien·ne·s et francilien·ne·s pour une création bilingue théâtre,  krump et musique ( jusqu’au 26 septembre). 

Mon appartement est un théâtre ira chez des aînés pour partager des histoires de la ville et questionner avec eux le fameux : “ C’était mieux avant »,  en s’appuyant sur J’ai rêvé d’un cafard de Sonia Belskaya (de mars à juin, Saint-Blaise). Danse et musique  pour Voyou, Voyelles à partir d’une texte construit en atelier sur la figure du voyou, et un chœur éphémère chantera et rythmera le texte : Saint-Blaise,  (du 3 mars au 26 septembre). Babil /la musique des langues collecte langues et dialectes dont la matière des mots sera travaillée et mise en musique collectivement pour présenter, un paysage sonore des parlers du 20 ème (du 31 mars au 26 septembre, Saint-Blaise).

Il y aura aussi, en partenariat avec le Théâtre de la Colline, un atelier de théâtre : #placedelaréplique3 pour les jeunes de quinze à trente ans. Difficile parfois de se repérer dans toutes ces propositions… Mais la M.P.A.A. mérite d’être mieux connue des Parisiens et Franciliens : chacun devrait trouver des salles de répétition peu onéreuses, des ateliers à son goût, rejoindre une compagnie d’amateurs ou satisfaire sa curiosité de spectateur à prix modique… 

 Mireille Davidovici.

 Version originale le 29 février et Frontière(s) du 26 février au 26 septembre à  la M.P.A.A. Saint-Blaise.

* Le Mois des femmes du 7 mars au 2 avril :
 A la M.P.A.A./ Saint-Germain,  du 7 et 8 mars, Et ta sœur ? comédie musicale ; le 15 mars  What the femmes! chorale karaoké; le 28 mars Enchantez-vous ! théâtre à partir de dix ans ; le 31 mars, La Princesse au petit pois, théâtre et le 2 avril Presqu’illes, cabaret matrimoine. Ateliers à la M.P.A.A./Breguet : De Femme à femmes, Brigade d’Intervention Féministe à partir du 4 mars. Et du 18 avril au 28 mai ; Levons-nous, théâtre /danse /performance pour les femmes, à partir de seize ans. 

M.P.A.A./La Canopée, Forum des Halles, Paris (Ier)   T. :01 85 83 02 10.
M.P.A.A./Saint-Germain, 4 rue Félibien, Paris (VIème)  T. : 01 46 34 68 58.
M.P.A.A./Breguet 17/19 rue Breguet, Paris (XI ème)  T. : 01 85 53 03 50.
M.P.A.A ;/Broussais, 100 rue Didot, Paris (XIV ème) T. :01 79 97 86 00.
M.P.A.A./Saint-Blaise, 37/39 rue Saint-Blaise  Paris (XX ème) T. :01 46 34 94 90. 

mpaa.fr.


Festival Momix : Le Complexe de Chita de Daniel Calvo Funes

tro heol-CC- Damien et les poules

Festival Momix :

Le Complexe de Chita de Daniel Calvo Funes

On ne présente plus Kingersheim, du moins à ceux qui connaissent sa fabrique artistique et culturelle, le C.R.É.A. et son festival. Sous l’impulsion de son maire, Jo Spiegel,  cette ville près de Mulhouse s’est dotée d’un outil vivant d’utopie. Selon la règle : c’est impossible donc on va le faire, elle a développé spectacles, ateliers, rencontres pour les enfants, présence dans les écoles et même pendant les vacances, avec la ferme intention que  « le développement de toutes les intelligences: sensibles, cognitives, émotionnelles, politiques, poétiques, créatives » rejaillisse sur les adultes.

 Ce qui se produit, si l’on en juge par la réussite de Momix.  Le succès, -ici évident et durable- cela se compte en nombre de spectacles : plus de quarante cette année et de spectateurs : plus de trente mille, de trois à cent trois ans (au moins), dans la ville et ses environs. La réussite, ça se voit, au bon fonctionnement du festival, à la diversité des propositions : cirque, marionnettes, danse, chanson… Mais aussi  au visage des enfants et parents, à la solidarité entre les compagnies… Et cela se goûte au restaurant-épicerie bio et solidaire et se partage, cette année, avec la Suisse voisine.

La compagnie Tro-Héol  (tournesol en breton, en hommage au Théâtre du Soleil), une fidèle de Momix, y est venue huit fois, avec, entre autres, Mix Mex, une histoire d’amitié entre un chat, une souris et un homme, dans l’ordre que vous voudrez et Je n’ai pas peur. Où l’on s’aperçoit que grandir, c’est drôlement bien mais que ça peut faire quand même un peu peur. Si vous avez vu au cinéma un Tarzan, vous comprendrez Le Complexe de Chita. Quand on est un garçon, il faut être le héros, puisqu’on ne peut pas être une fille…  Ou alors l’astucieux chimpanzé qui rend bien des services : après tout, un enfant est peut-être, face aux adultes, un animal ? Alors, autant être le plus malin !

Daniel Calvo Funes place son histoire dans le sud de l’Espagne, vers les années quatre-vingt. Un jour, le père annonce à son fils et accessoirement, à sa fille: cette année, pas de rentrée scolaire, vous travaillerez à la ferme. Joie ! La fille lit des atlas, révise les capitales mondiales et laisse le garçon s’occuper de la poule Blanchette, des chèvres et chiens et de l’ânesse. Mais, mais, mais… On lui apprend que les chiens sont faits pour être attachés, les poules, mangées et les ânesses, incapables de porter deux fois leur poids transformées en saucisson. Et que le fusil est l’instrument viril par excellence. C’est cela, être un homme ?

Le spectacle utilise toute la richesse de son artisanat et le dispositif scénique s’inspire de la roue Cyr : on est au cirque et les scènes tournent comme à la lanterne magique et la manipulation est aussi une danse des comédiens à vue. Les marionnettes changent d’échelle pour évoquer plans larges ou gros plans. Et des prothèses évoquent une tante à la poitrine monstrueuse et accueillante ou bien un dieu Pan un peu effrayant. Les objets sont fabriqués dans un même matériau de base, la toile de jute (soigneusement maltraitée) parfaite pour évoquer la paille, la terre séchée… Et le spectacle prend le temps de transformations à vue, sort du cadre… Ce qui donne des instants de suspension qui ajoutent à son charme.

La compagnie a deux têtes : Daniel Calvo Funes et Martial Anton (pour ce spectacle, un « regard extérieur »et un photographe) et une famille d’artistes autour d’eux  pour fabriquer costumes, objets et histoires : à chacun sa spécialité, mais, avec plusieurs casquettes. L’équipe travaille dans une ancienne école en Bretagne  (les enfants ne sont jamais loin…) où elle peut construire décors et marionnettes. Mais aussi créer, répéter sereinement et inviter en résidence des compagnies amies. Un équilibre et une indépendance précieux,  en un temps où la diffusion des spectacles recule sur tout le territoire. Mais Momix ne leur fera pas défaut. Rendez-vous l’année prochaine pour la trentième édition…  

Christine Friedel

Centre Culturel La Paillette, Rennes (Ille-et Vilaine), les 10 et 11 février.

Festival Meliscènes, Auray  (Morbihan), les 13 et 14 mars. Espace culturel Beaumarchais, Maromme (Seine-Maritime), le 24 mars ; La Loco, Mezidon (Calvados) les 26 et 27 mars.

 


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