(poièsis) Texte poètes-ses du XVI ème au XXI ème siècles, mise en scène de Jérémie Sontag et Florian Goetz
(poièsis) Texte poètes-ses du XVI ème au XXI ème siècles, mise en scène de Jérémie Sontag et Florian Goetz
« Comment appréhender notre monde sans donner prise au désespoir ou à la résignation ? dit Jérémie Sontag. Au cœur même du public, à travers une immersion poétique éruptive, deux acteurs nous reconnectent à nous-mêmes, à l’autre et au vivant. Munis de papier, de post-it et d’une enceinte portable, ils nous entraînent dans un voyage à travers la poésie (…) En nous la rendant organique, ils nous font ressentir sa sensibilité, sa pulsation et sa musicalité… (poíèsis) décale nos regards et nous aide à mieux percevoir la richesse de nos identités multiples pour envisager un monde commun. »
Ce spectacle de quarante minutes + dix minutes d’entretiens a déjà été joué dans de nombreux lycées et collèges. Et cela se passe dans une salle de cours au lycée Victor Duruy, Paris ( VIIème) Plus de mille élèves avec 99% de réussites au bac donc 83% de mentions, un panel de langues: Allemand, Anglais, Chinois, Espagnol, Grec ancien, Italien, Latin.. Avec deux hypokhâgnes et une khâgne, et Et doté des enseignements artistiques : histoire des Arts, options danse ou arts plastiques, atelier théâtre. Tiens ce fut aussi le lycée des actrices: Silvia Monfort, Maria Casarès, Anémone, Isabelle Carré, Lou Doillon, Laure Duthilleul…
Dans cette salle de cours, ni scène ni estrade ni costumes et pour seules lumières, celles des plafonniers. Et des chaises pour une quarantaine d’élèves de quatrième et troisième. Bref, le strict minimum pour se laisser embarquer dans un voyage poétique dont les auteurs et autrices et auteurs sont français mais pas que… Et issus de nombreux pays. Célèbres, connus ou moins…
Ainsi Kae Tempest, un poète, rappeur, et dramaturge anglais de quarante ans, ouvre le bal: « Les gens se rencontrent par hasard, tombent amoureux, s’éloignent Des ados alcoolisés traînent dans le parc et regardent la nuit tomber. Les travailleurs fixent l’horloge, tripotent leurs stylos Parker/pendant que les grand-mères négocient avec les vendeurs au marché. (…) »Ici où les enfants jouent et rient jusqu’à s’effondrer c’est chat-bisous et danse/ Puis des chambres mal éclairées et leur lots de regrets/ Trop vite trop tôt trop lent trop long On bouge toute la journée sans pouvoir avancer. » (…)
Suivra Valère Novarina, notre grand poète et dramaturge disparu en janvier dernier: « Je suis fatigué, éreinté, kaputt, dans les choux, ras dans les choses, lessivé, plus bas que terre, dans les cordes, sur les rotules, à la ramasse, maffi, dans le potage, sur cent dix volts, vivement ce soir qu’on s’couche, schlasss, naze, vanné, nazebrock, k.-o., rétamé, claqué, rincé, h.s.,
Puis, Louise Labé (1524-1566) redécouverte seulement au XIX ème siècle et son célèbre et si étonnamment moderne: » Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,/J’ai chaud extrême en endurant froidure,/La vie m’est trop molle et trop dure./J’ai grands ennuis entremêlés de joie. »
Et sa presque contemporaine Marguerite de Valois (1492-1549), sœur de François Ier, autrice de brillantes Stances amoureuses : « Nous n’aurons qu’une vie et n’aurons qu’un trépas. Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne.Mais ma mort est ta mort et ma vie est la tienne. Ainsi, je veux mourir et je ne le veux pas. »
Il y a aussi ce Défi à la force de David Diop (1927-1960), poète sénégalais mort jeune dans un accident d’avion: « Toi qui plies, toi qui pleures/ Toi qui meurs un jour sans savoir pourquoi/Toi qui ne regardes plus avec le rire dans les yeux Toi au visage de peur et d’angoisse/ Relève-toi et crie : NON
Et Arthur Rimbaud écrit son célébrissime Bateau ivre à seize ans, l’âge des élèves ici réunis: « Je sais le soir, l’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes.. Et j’ai vu quelque fois ce que l’homme a cru voir. » Et on connait bien de son ami Paul Verlaine: « Il pleure dans mon cœur/Comme il pleut sur la ville ;Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?/ Ô bruit doux de la pluie/ Par terre et sur les toits ! Pour un cœur qui s’ennuie, Ô le chant de la pluie !Il pleure sans raison/Dans ce cœur qui s’écœure. /Quoi ! nulle trahison ?…/ Ce deuil est sans raison. /C’est bien la pire peine/De ne savoir pourquoi/ Sans amour et sans haine / Mon cœur a tant de peine ! »
On ne peut citer tous les poèmes mais quand même Désirs d’Abdourahman Waberi, écrivain djiboutien: Je suis le bruissement du monde/le balancement inapaisé entre ici et ailleurs/la frondaison muette du cactus/le bois rugueux qui recouvre le gecko/les rais du caméléon jaune soleil/le lit du livre-monde où les pages sont autant des vagues de la quête toujours recommencée »
Les poèmes sont impeccablement dits par Florian Goetz et et Jordan Sajous à un endroit ou à un autre de la salle mais toujours au plus près des spectateurs. Les acteurs collent aussi aux murs des feuilles de couleur avec un mot par feuille: moins convaincant mais pas un mot, ps un chuchotement, pas un téléphone allumé et l’attention de ces jeunes élèves ne se relâche jamais devant ce spectacle, simple, généreux et efficace… et sans micro H.F. ni fumigènes. Qui a dit que personne ne n’intéressait à la poésie? Si vous êtes en Avignon, loin des machins très longs, nocturnes et pas toujours passionnants, uns louchette de poésie, cela ne se refuse pas et ce (poièsis) vaut le détour.
Avignon, cela peut être aussi l’occasion de se faire plaisir…
Philippe du Vignal
Ce spectacle sera joué du 6 au 23 juillet au Onze, 11 boulevard Raspail, Avignon.



Des Hommes endormis de Martin Crimp, traduction d’Alice Zeniter, mise en scène de Ludovic Lagarde











