(poièsis) Texte poètes-ses du XVI ème au XXI ème siècles, mise en scène de Jérémie Sontag et Florian Goetz

(poièsis) Texte poètes-ses du XVI ème au XXI ème siècles, mise en scène de Jérémie Sontag et Florian Goetz

« Comment appréhender notre monde sans donner prise au désespoir ou à la résignation ? dit Jérémie Sontag. Au cœur même du public, à travers une immersion poétique éruptive, deux acteurs nous reconnectent à nous-mêmes, à l’autre et au vivant. Munis de papier, de post-it et d’une enceinte portable, ils nous entraînent dans un voyage à travers la poésie (…) En nous la rendant organique, ils nous font ressentir sa sensibilité, sa pulsation et sa musicalité… (poíèsis) décale nos regards et nous aide à mieux percevoir la richesse de nos identités multiples pour envisager un monde commun. »

Ce spectacle de quarante minutes + dix minutes d’entretiens a déjà été joué dans de nombreux lycées et collèges. Et cela se passe dans une salle de cours au lycée Victor Duruy, Paris ( VIIème) Plus de mille élèves avec 99% de réussites au bac donc 83% de mentions, un panel de langues: Allemand, Anglais, Chinois, Espagnol, Grec ancien, Italien, Latin.. Avec deux hypokhâgnes et une khâgne, et  Et doté des enseignements artistiques : histoire des Arts, options danse ou arts plastiques, atelier théâtre. Tiens ce fut aussi le lycée des actrices: Silvia Monfort, Maria Casarès, Anémone, Isabelle Carré, Lou Doillon, Laure Duthilleul…

 

© Gilles Rammant

© Gilles Rammant

Dans cette salle de cours, ni scène ni estrade ni costumes et pour seules lumières, celles des plafonniers. Et des chaises pour une quarantaine d’élèves de quatrième et troisième. Bref, le strict minimum pour se laisser embarquer dans un voyage poétique dont les auteurs et autrices et auteurs sont français mais pas que… Et issus de nombreux pays. Célèbres, connus ou moins…

Ainsi Kae Tempest, un poète, rappeur, et dramaturge anglais de quarante ans, ouvre le bal: « Les gens se rencontrent par hasard, tombent amoureux, s’éloignent Des ados alcoolisés traînent dans le parc et regardent la nuit tomber. Les travailleurs fixent l’horloge, tripotent leurs stylos Parker/pendant que les grand-mères négocient avec les vendeurs au marché. (…)  »Ici où les enfants jouent et rient jusqu’à s’effondrer c’est chat-bisous et danse/ Puis des chambres mal éclairées et leur lots de regrets/ Trop vite trop tôt trop lent trop long On bouge toute la journée sans pouvoir avancer. » (…) 

Suivra Valère Novarina, notre grand poète et dramaturge disparu en janvier dernier: « Je suis fatigué, éreinté, kaputt, dans les choux, ras dans les choses, lessivé, plus bas que terre, dans les cordes, sur les rotules, à la ramasse, maffi, dans le potage, sur cent dix volts, vivement ce soir qu’on s’couche, schlasss, naze, vanné, nazebrock, k.-o., rétamé, claqué, rincé, h.s.,

Puis, Louise Labé (1524-1566) redécouverte seulement  au XIX ème siècle  et son célèbre et si étonnamment moderne:  » Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,/J’ai chaud extrême en endurant froidure,/La vie m’est trop molle et trop dure./J’ai grands ennuis entremêlés de joie. »
Et sa presque contemporaine Marguerite de Valois (1492-1549), sœur de François Ier, autrice de brillantes 
Stances amoureuses : « Nous n’aurons qu’une vie et n’aurons qu’un trépas. Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne.Mais ma mort est ta mort et ma vie est la tienne. Ainsi, je veux mourir et je ne le veux pas. »

© Gilles Rammant

© Gilles Rammant

Il y a aussi ce Défi à la force de David Diop (1927-1960),  poète sénégalais mort jeune dans un accident d’avion: « Toi qui plies, toi qui pleures/ Toi qui meurs un jour sans savoir pourquoi/Toi qui ne regardes plus avec le rire dans les yeux Toi au visage de peur et d’angoisse/ Relève-toi et crie : NON

Et Arthur Rimbaud écrit son célébrissime Bateau ivre à seize ans, l’âge des élèves ici  réunis: « Je sais le soir, l’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes.. Et j’ai vu quelque fois ce que l’homme a cru voir. » Et on connait bien de son ami Paul Verlaine: « Il pleure dans mon cœur/Comme il pleut sur la ville ;Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?/ Ô bruit doux de la pluie/ Par terre et sur les toits ! Pour un cœur qui s’ennuie, Ô le chant de la pluie !Il pleure sans raison/Dans ce cœur qui s’écœure. /Quoi ! nulle trahison ?…/ Ce deuil est sans raison. /C’est bien la pire peine/De ne savoir pourquoi/ Sans amour et sans haine / Mon cœur a tant de peine ! »
On ne peut citer tous les poèmes mais quand même Désirs
 d’Abdourahman Waberi, écrivain djiboutien:  Je suis le bruissement du monde/le balancement inapaisé entre ici et ailleurs/la frondaison muette du cactus/le bois rugueux qui recouvre le gecko/les rais du caméléon jaune soleil/le lit du livre-monde où les pages sont autant des vagues de la quête toujours recommencée »

Les poèmes sont impeccablement dits par Florian Goetz et  et Jordan Sajous à un endroit ou à un autre de la salle mais toujours au plus près des spectateurs. Les acteurs collent aussi aux murs des feuilles de couleur avec un mot par feuille: moins convaincant mais pas un mot, ps un chuchotement, pas un téléphone allumé et l’attention de ces jeunes élèves ne se relâche jamais devant ce spectacle, simple, généreux et efficace… et sans micro H.F. ni fumigènes.  Qui a dit que personne ne n’intéressait à la poésie? Si vous êtes en Avignon, loin des machins très longs, nocturnes et pas toujours passionnants, uns louchette  de poésie, cela ne se refuse pas et ce (poièsis) vaut le détour.
Avignon, cela peut être aussi l’occasion de se faire plaisir… 

Philippe du Vignal

Ce spectacle sera joué du 6 au 23 juillet au Onze, 11 boulevard Raspail, Avignon.

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Des Hommes endormis de Martin Crimp, traduction d’Alice Zeniter, mise en scène de Ludovic Lagarde

Des Hommes endormis de Martin Crimp, traduction d’Alice Zeniter, mise en scène de Ludovic Lagarde

Le dramaturge anglais a écrit de plus de quinze pièces, toutes jouées en France dont La Ville, Dans la République du bonheur, La Campagne…Cette pièce commandée par le Schauspielhaus d’Hambourg  y a été créée en 2018 mais n’a jamais encore été montée en France. Cela se passe justement à Hambourg, à deux heures du matin, chez Julia et Paul, la cinquantaine, ex-universitaires. Julia est directrice dans une agence d’art contemporain et Paul, producteur de musique électronique. Ils ont consacré leur vie au travail et leur bel appartement est fonctionnel mais assez froid.
Julia 
évoque leur vide de leur vie et l’enfant qu’ils auraient pu avoir mais qu’ils n’auront jamais: « Oh! Tu avais cette petite flamme intérieure autrefois.  Moi aussi. Nous avions un peu plus de flamme maintenant, nous n’en avions plus du tout. Dans notre travail, peut-être. » Chez Julia et Paul qui pourraient être les parents de Josefine et Tilman, le travail à haute dose a effacé sexualité, voire désir d’enfant.
Elle dit à Paul qu’elle a invité sa nouvelle et jeune collaboratrice Joséfine et son compagnon Tilman. Mais rien n’a été prévu à boire et à manger! Il est déjà tard et ils sonnent à la porte! Après avoir vécu intensément: drogues, alcool… ce couple commence à travailler… On apprendra cette nuit-là que Josefine est enceinte mais elle n’en a rien dit à Tilman…
Il y a parfois un conflit de générations entre Julia et Paul en cette nuit étrange où ils apprennent à se connaître. Paul lui, semble avoir des tendances nettement homosexuelles et ira à danser avec Tilman.  Mais pendant que Julia et Joséfine travaillent à un texte sur un ordinateur ( mais on ne croit pas une seconde à cette scène bâclée) les hommes  ont disparu : ils se sont endormis. Et voilà… Noir: la piécette est finie!

 © Camille Jacquelot

© Camille Jacquelot  L’équipe autour de Martin Crimp au centre

Et sur le plateau?  Il y a une grande pièce assez froide avec  hauts murs latéraux blancs et, dans le fond, une baie vitrée légèrement opaque donnant sur un balcon. Un réfrigérateur-congélateur  et évier métallique dans un angle, une table, deux chaises, un lampadaire un gros magnéto des années soixante.
Cela commence par une belle image de deux personnes qu’on voit en ombres sur le balcon. Puis Julia (Cristèle Tual) se lance dans un quasi monologue et les petites scènes se suivent sans grand intérêt: le texte difficile à comprendre, si on n’a pas lu la note d’intention, est d’une rare platitude. On retrouve ici le quatuor: un couple d’universitaires dans une soirée avec  un autre plus jeune, des personnages brillamment imaginés par Edward Albee dans sa célèbre pièce Qui a peur de Virginia Woolf  (1963).
Adaptée au cinéma trois ans plus tard par  Mike Nichols, elle a depuis été copiée un peu partout. Et ici,  l’auteur s’est aussi visiblement inspiré d’Harold Pinter. Mais le texte part un peu dans tous les sens, n’a jamais la rigueur et l’efficacité de ceux du grand dramaturge britannique: scénario limite, dialogues assez faible, longueurs, personnages sans consistance et peu crédibles… Et cette œuvrette se termine,  plutôt qu’elle ne finit… quatre vingt-dix minutes après

« La révolution numérique, dit Ludovic Lagarde, a inventé une société liquide dans un capitalisme fluide qui abolit les frontières entre espace privé/intime et espace professionnel/public. » Soit… Mais on ne sent rien de tout cela sur la plateau où il ne se passe pas grand-chose. Comment s’intéresser à ces semblants de personnages d’un théâtre poussiéreux que Martin Crimp s’applique -laborieusement- à « faire contemporain ». Et qui distille un ennui certain. Le dramaturge anglais a écrit des pièces d’une autre dimension, que celle-ci, née d’une commande. Ceci expliquerait-il cela?

Quant à la direction d’acteurs… Cristèle Tual, pourtant excellente actrice, en fait parfois des tonnes (pour remplir le vide?), Laurent Poitrenaux (Paul) lui, semble s’ennuyer, presque toujours assis, comme absent… Guillaume Costanza (Tilman), pas très à l’aise, boule souvent son texte. Seule, Hortense Girard (Joséfine)  arrive, malgré tout, à imposer ce personnage de jeune assistante et éclaire heureusement le plateau de sa présence. 
Mais rien à faire, les dialogues, sauf à de rares moments, n’arrivent jamais à décoller et le metteur en scène-pourquoi il est allé chercher ce texte?- a bien du mal à créer le climat onirique qu’il voudrait imposer. « Cela parle des rêves enfouis, de cet espèce d’état des lieux d’une génération, dit Ludovic Lagarde ». Mais on ne sent rien de tout cela et on se demande pourquoi il y a des noirs qui cassent un rythme déjà poussif. Le spectacle a été mollement applaudi! Bref, il n’y a aucune urgence à aller à l’Athénée.

Philippe du Vignal

Jusqu’au  24 mai, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, square Louis Jouvet, Paris (VIII ème) .

 Le texte a été publié par les éditions de l’Arche en 2019.


Les Demoiselles de Rochefort adaptation du film de Jacques Demy, mise en scène de Gilles Rico, musique de Michel Legrand

Les Demoiselles de Rochefort, adaptation du film de Jacques Demy, mise en scène de Gilles Rico, musique de Michel Legrand

Pourquoi et comment une œuvre devient-elle mythique? Les Parapluies de Cherbourg (1964) est récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes, un film chanté entre autres par Catherine Deneuve qui avait été entièrement doublée par Christiane Legrand, la sœur du compositeur.
Les Demoiselles de Rochefort (1967), une comédie musicale jouée, chantée et dansée, est le cinquième long métrage de Jacques Demy mais aussi sa cinquième collaboration avec Michel Legrand. Et, en 2016, la scène d’ouverture du film La La Land rend hommage à celle des Demoiselles de Rochefort. A sa sortie, les critiques étaient assez élogieux. « Pour parler des Demoiselles de Rochefort, il faudrait recourir au délicieux vocabulaire des confiseurs, écrivait un Jean-Louis Bory enthousiaste dans Le Nouvel Observateur. C’est un film devant lequel on se lèche les doigts. Moi qui suis gourmand comme un vieux matou, je me régale. » Mais d’autres émettaient des réserves… Ainsi, les « sœurs Dorléac» (Catherine Deneuve et Françoise Dorléac) sont juste citées par les critiques du Masque et la Plume qui  minimisent leur performance. Ils trouvent aussi que « Gene Kelly est un peu vieux», et que « Michel Piccoli ne danse pas très bien ». Certains pensent même que  le film est « trop sucré, trop bien fait »Tous les interprètes sont doublés quand ils chantent, sauf Danielle Darrieux, actrice française célèbre comme Gene Kelly et George Chakiris, grandes vedettes aux Etats-Unis. Le film qui avait été doublé en anglais, devait y faire carrière mais n’eut pas grand succès..

© Valentin Folliet

© Valentin Folli

Cette adaptation pour la scène est un véritable défi: ici les artistes doivent chanter, danser , jouer et surtout, le temps d’un soir, essayer de faire oublier les acteurs mythiques du film. Le plateau du Théâtre Lido 2 n’est pas celui du Châtelet… La chorégraphe Joanna Goodwin a du s’adapter à un plateau mobile vertical et à un autre tournant horizontal.  Sans doute, un point faible de cette création…
Dans la deuxième partie, il y a une meilleure occupation de l’espace. L’intelligente scénographie de Bruno de Lavenère est fondée sur ce dispositif scénique et des projections d’images qui aident à nous transporter dans les lieux même du film qui avait été entièrement tourné en extérieurs. Les quatorze musiques sont là, avec de belles performances vocales et un orchestre bien dirigé par Patrice Peyriéras, même si, en fonction des distributions, il y a certaines inégalités. Alexis Mabille a créé des costumes années soixante-dix aux couleurs acidulées du film.
Jean-Luc Choplin, président et directeur artistique, ne voulait pas de stars pour cette création mais les auditions ont été efficaces: on sort avec plusieurs airs mythiques dans la tête et la joie demeure devant ces multiples chassés-croisés amoureux.  » On peut, dit le metteur en scène Gilles Rico, la faire naître au théâtre sous une autre forme, en utilisant notamment la lumière et une vidéo immersive, tout en accentuant les contrastes entre les scènes. Les forains  apportent le soleil et l’insouciance de la jeunesse. Il en sera de même au Théâtre du Lido, ils entraîneront le spectateur dans le monde de la comédie musicale, transmettront à tous les personnages scène après scène, leur joie de vivre qui envahira le plateau. »
Un spectacle à découvrir en cette période morose. «Ou on est adulte, ou on est enfant, disait Michel Legrand. Tout ce qui m’a marqué, est tout ce qui est important pour un enfant et tout ce que j’ai oublié, est tout ce qui n’intéresse pas un enfant. »

Jean Couturier

Théâtre Lido 2, 116 B avenue des Champs-Élysées, Paris ( VIII ème). T. :  01 89 97 09 58.


La Vie rêvée, de et avec Kelly Rivière

Sa première création dans Avignon off en  2017 An irish Story, que nous avions beaucoup aimée ( voir Le Théâtre du Blog) avait été un beau succès et Kelly Rivière  l’a ensuite longtemps jouée. Celle-ci, créée aux Plateaux sauvages l’an passé, commence par des rafales d’applaudissements enregistrés: une danseuse -pointes et tutu blanc- salue le public… Une certaine Kelly Ruisseau, actrice de quarante ans, avait rêvé d’être danseuse-étoile puis elle se dirigea vers le théâtre mais le parcours est bien loin justement d’une vie rêvée… La jeune artiste subit sans résultat de nombreux castings. Dont l’un où une certaine Aurélie se fait plaisir à l’humilier plus bas que terre.

© Pauline Le Goff

© Pauline Le Goff

Elle participe aussi à des jeux de rôles en entreprise où elle doit jouer une femme de chambre, sans aucun autre espoir que de se faire quelques cachets… Elle a aussi la tristesse de voir la seule scène d’un film où elle joue, coupée au montage, alors qu’elle espérait tant se faire connaître.
Bref, le quotidien des actrices et acteurs débutants, ou pas toujours… Il nous souvient de Jérôme Savary, alors directeur  du Théâtre national de Chaillot, avertissant les élèves de l’Ecole: « Les filles, il faut vous bouger et ne pas attendre derrière votre téléphone. Et quand vous monterez sur scène, cela sera la cerise sur le gâteau; le reste du temps: enregistrements radio, animations, pubs, « voix » et au mieux, petits rôles au cinéma… Vous avez bien compris?  » Mais il avait quand même pris une quarantaine d’élèves dans ses distributions sur douze ans do,t deux rôles importants  ce n’est déjà pas si mal…
Kelly Rivière incarne avec facilité, de nombreux personnages vivants ou morts, dont sa mère irlandaise qui ne l’aime pas – une très bonne scène- et dont les phrases blessantes ressemblent à des gifles, son fils Liam, sa grand-mère adorée à l’accent du Sud mamie Nana qui la poussait à ne jamais abandonner. Et aussi Max, son grand ami au cours de théâtre, disparu à trente ans d’un cancer foudroyant et dont la mort la laisse à jamais inconsolable. Ou encore Pépé, machiniste à la retraite, devenu acteur de petits rôles. Plus vrai que dans la réalité: le critique d’un grand quotidien avait,  longuement encensé dans un article… son beau-père, inconnu au bataillon et qui avait eu ce même parcours!  Tout ce que dit Kelly Rivière  sur la dure réalité d’un métier, sonne juste et vrai, même si cette histoire d’illusions perdues est bien connue et n’a souvent rien de très passionnant. 

Au fond du plateau, un rideau de fils noirs et dorés et, à jardin, un piano droit dont un côté est couvert de photos. Kelly Rivière y joue et chante des artistes connus ou oubliés comme  Jacques Debronckart, auteur et interprète de chansons (1934-1983), avec Je suis comédien, je dors le matin.  Et ce solo finit sur la célébrissime musique (1817) de La Pie Voleuse de Rossini dans un cercle de plumes grises et noires.
Il y a de très bons moments mais le spectacle souffre d’une auto-direction et d’une mise en scène parfois approximatives… Kelly Rivière a une excellente gestuelle et passe avec facilité d’un personnage à l’autre mais le rythme souffre de longueurs, elle boule souvent son texte -et le micro H.F. ne peut rien arranger- la balance piano-chant n’est pas au point et les lumières LED, même pas dissimulées, font mal aux yeux du public. Bref, dans cette reprise, il y a encore du travail. A suivre…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 27 mai, le vendredi à 19 h et le samedi à 18 h 30, Théâtre actuel La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris ( IX ème). T. : 01 48 74 76 99.


Repentirs, texte et mise en scène de Bertrand de Roffignac

Repentirs, texte et mise en scène de Bertrand de Roffignac

Repentirs: en peinture, le terme désigne une modification apportée à un travail en cours. Tiens, justement cela se passe dans l’atelier de la Grande Chaumière à Paris, un célèbre atelier créé en 1906. Mais aujourd’hui vendu, et que le Théâtre de  la Suspension créé par Bertrand de Roffignac a pu investir quelques mois. Là, sont venus dessiner et peindre, entre autres, Amedeo Modigliani, Marc Chagall, Antoine Bourdelle, Louise Bourgeois, Jean de Brunhoff, le créateur de Babar et son fils Laurent de Brunhoff, Berenice Abott, photographe. Mais aussi Meret Oppenheim, peintre et photographe, Alberto Giacometti, Sam Szafran, le grand pastelliste et Henri Goetz, peintre et graveur  -les deux seuls que nous ayons un peu connus… Donc, un endroit encore hanté par tous ces artistes du XX ème siècle. Il y a encore quelques dessins sur les murs de cet atelier et un gros poêle au feu rougeoyant (illusion réussie!)  au long tuyau et qui sera, à la fin, un des personnages parlants.

Ici, une vingtaine d’artistes issus du théâtre, de la danse, de la musique, du cirque, de la scénographie et des arts numériques ont la volonté de créer un espace expérimental. Comme Fils de chien, une pièce ancienne mais reprise en janvier dernier (voir Le Théâtre du Blog), Repentirs est proche d’une performance où le corps, la gestuelle d’un artiste-peintre sont mis en abyme. Nous entrons dans la brume et la pénombre; cet ancien atelier -dont la haute verrière a été  occultée par des rideaux noirs-  a été aménagé  rustiquement avec des  bancs en bois et tabourets pour une cinquantaine de spectateurs. On pense à la salle toute noire de Jerzy Grotowski à Wroclaw en Pologne qui nous avait beaucoup impressionné.
Près de l’entrée, un pianiste qui joue sur la majeure partie du spectacle, sera vite coiffé d’un pot rempli de peinture rouge qui dégoulinera sur son visage. Mais il continuera à jouer, indifférent…
Le spectacle fait penser à une sorte de puzzle où il faut picorer, sans jamais arriver à tout comprendre de ce que son auteur veut nous dire.

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©Omnia pro motu

Bertrand de Roffignac semble hésiter entre un texte théâtral quelquefois un peu faible: ses personnages parlent beaucoup et fort mais  l’essentiel est sans doute dans une satire visuelle de l’art contemporain où un peintre à la tête monstrueuse juché en haut d’une escabeau en bois n’en finit pas de peindre une toile que nous ne verrons jamais.
Le Critique – Qu’est-ce que vous peignez ? Le Maître – La Joconde Le Critique – Encore ! Le Maître – Oui tous les jours depuis…Le Critique – Depuis…Le Maître – Depuis que je sais que je vais mourir. Le Critique – Vous peignez et repeignez la Joconde. Le Maître – Non je ne la repeins pas, tout le monde la repeint, pas moi. Le Critique – Tout le monde la repeint ? Le Maître – Oui ! C’est même la catastrophe de l’art aujourd’hui, repeindre sempiternellement la sempiternelle et emblématique Joconde. Le Critique – Vous voulez dire que l’art est devenu un discours sur l’art. Le Maître – Vous voyez quand vous faites un effort… Le Critique – Votre tableau importe peu à nos lecteurs. Ce qui les intéresse, c’est votre manière de peindre. C’est le geste derrière le tableau. »

Il y a seulement un vrai portrait posé contre le mur du fond qui sera balafré de peinture rouge. Sur deux murs et en hauteur,  sont  projetées les photos de toiles célèbres. Soit en noir et blanc, soit en couleurs ou les deux successivement. Et parfois tremblotantes,  comme La Joconde de Léonard de Vinci, La Décollation de Saint-Jean-Baptiste du Caravage, un tableau d’autel exceptionnellement horizontal chez ce peintre et d’une quinzaine de m 2. Mais aussi des œuvres aussi célèbres que Le Tricheur à l’as de carreau de Georges de la Tour. Et plus encore, les célébrissimes Radeau de la Méduse de Théodore de Géricault et L’Angélus (1857-1859) de Jean-François Millet… où un couple de paysans s’arrête de récolter des pommes de terre pour cette prière aux morts: l’angélus quotidien sonne au clocher de l’église du village. Un tableau souvent admiré et reproduit sur les calendriers des P.T.T. , assiettes, boîtes à sucre, etc. Un véritable symbole d’art populaire.
Et évoqué dans Mort à crédit (1936) de Louis-Ferdinand Céline. Mais aussi  moqué, copié, voire réinterprété par Salvador Dali. Fasciné, il avait écrit que ces paysans en prière se recueillaient devant un petit cercueil. Le Louvre fit radiographier le tableau et surprise! à la place du panier, un caisson noir… D’où sans doute ici,  comme en écho, arrive un beau jeune homme nu à tête de mort.  Longs cheveux noirs, sexe peint en vert, il  fera entrer un grand cercueil monté sur roulettes par l’étroite porte d’entrée. Une actrice en sortira un petit cercueil d’enfant. Et  des kilos de pommes de terre amassées dans le cercueil seront jetées au sol… Âmes sensibles, passez votre chemin. Un clin d’œil lancé par Bertrand de Roffignac à Jean-François Millet et  au public mais auquel il n’offre pas le mode d’emploi… C’est une  des ces images superbes, insolentes et drôles qui fleurissent dans ce spectacle bien joué par Rodolphe Menguy, Maximilien Seweryn, l’artiste maculé de peinture s’exprimant très fort, Louis Albertosi;  un critique assez excité et Coline Chéenne, un homme aux cheveux bleus…  

Nous sommes bien ici dans la lignée de Joseph Beuys et, bien sûr, d’Antonin Artaud mais aussi des happenings d’Allan Kaprow ou George Maciunas, le créateur du mouvement Fluxus. Et pas loin d’Otto Muehl et Herman Nistch, les actionnistes viennois… Avec une tranche  de viande exhibée, une jambe que l’on coupe…
A la fin, le gros poêle tout rouge se met à parler! Et c’est savoureux: 
« Je suis l’emblème lamentable de toutes les bohèmes, combien de culs se sont réchauffés devant mon grand tuyaux. Pas une pièce de Tchekhov où on ne voit la fausse neige, et le monologue pessimiste de l’acteur faisant mine de se frotter les mains devant moi, pas un opéra de province ou on se sera privé de jouer la mort de Mimi, devant l’ultime vérité de ma fonte. Le cliché des clichés, l’art, c’est le poêle, le poêle, c’est l’art. Faut qu’ils souffrent les artistes, regardez-les dans leur atelier de pacotille, faire mine de sacrifier leur jeunesse devant le poêle pour honorer l’absolu de la création. Sans poêle on ne croirait à rien, on ne croirait pas à leur combat intérieur, j’en ai brûlé des mots d’amour, j’en ai fait disparaître des vieux livres de compte, et des mégots de cigarette et des vieux vêtements sales… » Dommage, le reste du texte n’a pas toujours cette saveur…

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© Omnia pro Motu

Même s’il se passe toujours quelque chose dans cet atelier sans plateau où les cinq acteurs et une seule actrice, arrivant ou sortant par la porte unique donnant sur le couloir, sont toujours en mouvement. Bertrand de Roffignac a une gestion incomparable de l’espace, des voix et d’un univers sonore.
Et on retrouve ici son obsession pour le coup de revolver fracassant. Cet incomparable foutoir au meilleur sens du terme, à mi-chemin entre arts pastiques et théâtre, sans doute inégal mais d’une belle insolence et remarquablement orchestré par quatre techniciens, mérite d’être vu.
Ici, les images semblent faire naître les mots qui, eux-même, font naître des images dans une étonnante spirale. L’auteur et metteur en scène aurait sans doute pu nous épargner ces fumigènes permanents et, à la fin, en ouragan venu du couloir, (peut-être au second degré, vu leur fréquence actuelle?). 

Le public surtout jeune, ce qui n’est pas si fréquent, a chaleureusement applaudi ces Repentirs.  A l’heure où certains spectacles de grandes institutions et/ou de festivals, durent plusieurs heures et coûtent souvent une fortune (jamais révélée au public!), il faut rappeler que le théâtre a eu, aura et a toujours  besoin, de ces lieux expérimentaux. Même si le confort n’est pas au rendez-vous… Les bancs sont des bancs étroits et bien durs! Un conseil: emportez un coussin pour elle, si vous y emmenez votre vieille tata…
Une occasion de saluer la mémoire d’Edouard Autant (1870-1964) architecte et Louise Lara (1876-1952), ancienne sociétaire de la Comédie-Française qui habitaient le quartier. Ils connaissaient le travail de  Meyerhold, Vahtangov, Piscator, Reinhardt et fondèrent en 1912 Art et Action, un laboratoire  de théâtre au 82 rue Lepic à Montmartre: y furent créées cent douze ! (sic!)  œuvres d’Apollinaire, Aragon, Voltaire, Dante, Wyspianski, Rabelais, etc.  Sans grands moyens ni souci de rentabilité, avec la collaboration d’artistes comme Joseph Sima, Marie Vassilieff ou  Jean Lurçat…
Un lieu comme la Grande Chaumière sera-t-il préservé et rénové?  Pendant quelques mois, il sera ouvert à des répétitions, ateliers et à des spectacles, entre autres, celui de la performeuse Karel Prugnaud mais aussi à des  concerts, etc. Le Théâtre de la Suspension-Bertrand de Roffignac et toute son équipe ont eu le grand courage de tenter une expérience à l’heure où tout le monde compte ses petits sous… Ce ne sont sûrement pas les milliardaires actuels qui le soutiendront…Bon, la Mairie de Paris s’y intéresse mais ce serait bien qu’elle soutienne financièrement  et vite un projet comme celui-ci. A suivre, et croisons les doigts…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué du 30 avril au 4 mai à la Grande Chaumière, 14 rue de la Grande Chaumière, Paris (VI ème).      


Le Parfait Manuel, texte de Mariana Lézin et Paul Tilmont, mise en scène de Mariana Lézin

Le Parfait Manuel à l’usage des futurs dictateurs, texte de Mariana Lézin et Paul Tilmont, mise en scène de Mariana Lézin

 

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© Aglaé Bory

« Approchez, approchez, braves gens, n’ayez pas peur! Ensemble, nous apprendrons comment devenir un parfait petit dictateur en dix leçons En coulisse, une actrice célèbre et un généreux donateur usent de leur influence et façonnent l’animal politique pour en faire une bête de scène. L’homme prendra-t-il le pouvoir, ou le pouvoir prendra-t-il l’homme ? »

Le spectacle du Troupuscule Théâtre, une compagnie des Pyrénées-Orientales est une satire où les auteurs veulent montrer les mécanismes d’acquisition du pouvoir mais aussi la fragilité de nos démocraties quand un candidat à une élection présidentielle arrive à trouver l’argent nécessaire en France ou à l’étranger, au mépris de toute déontologie… Ici, on ne vise personne mais suivez notre regard. Pauline Vaubaillon, Paul Tilmont et Brice Cousin arrivent en bonimenteurs armés d’un tambour, d’une guitare sèche et d’une clarinette et chantent: « Willkommen, bienvenue, welcome”. Ils incarnent, ou plutôt représentent:  un apprenti-dictateur, une actrice aussi séduisante qu’inquiétante et un gros patron de médias privés aux discours sans complexe. Nous sommes invités à suivre les dix leçons d’un manuel pour devenir un excellent petit dictateur. Et la première leçon donnée  par l’actrice à un élégant candidat trentenaire est vraiment réussie.

Aucun nom, ni prénom pour ces personnages. Elle, l’actrice, croit à un idéal de justice sociale. Al, l’homme d’affaires a une puissance de tir financière absolue pour favoriser l’ascension d’un futur dirigeant, même et surtout dans ce qui ressemble encore à une démocratie. Et Lui va vite apprendre comment arriver à incarner une force politique: les leçons de l’actrice sur sa démarche, sa façon de s’exprimer seront très efficaces. C’est une satire farcesque où on doit voir progressivement la montée en puissance de cet homme jeune qui deviendra prisonnier du système qu’il a conçu et dont le corps va céder. Pas de noms de politiques actuels mais on aura l’embarras du choix… Bien vu. Il y a des références à Hannah Arendt et au Prince de Machiavel et à Bertolt Brecht. Et des citations des fameuses tirades  de Richard III et Jules César de William Shakespeare. Mariana Lézin s’est bien documentée et cela se sent.
Il y a aussi -un clin d’œil, une touche d’humour ?- les célèbres sonneries de trompettes écrites par Maurice Jarre pour avertir le public du T.N.P. de Jean Vilar à Chaillot et au festival d’Avignon, que le spectacle doit bientôt commencer. Après tout, pourquoi pas?
Cela dit, comment ne pas être partagé? La scénographie très précise que Mariana a conçue avec Alexis Marchetti  est efficace: un grand escalier monté sur roulettes dont les six marches renferment des coffres pour ranger les costumes et dont le fond, quand il sera retourné, il servira d’écran pour des slogans et des messages politiques télévisés à la nation. Les trois interprètes ont une diction et une gestuelle tout à fait remarquables, les courtes scènes s’enchaînent sans difficulté et le spectacle, parfaitement rodé, a une bonne fluidité. Les costumes de Patrick Cavalié et Eve Meunier sont très soignés et drôles. Trois marionnettes manipulées par les acteurs qui font aussi corps avec elles, apportent  à quelques moments une note de fraîcheur bienvenue. C’est donc tout un ensemble qui a de  belles qualités, pas si fréquente dans les créations actuelles et qui méritent d’être saluées.
Mais l’écriture reste incertaine et « poser un diagnostic sur la santé de nos démocraties » demanderait une dramaturgie plus solide, un texte moins sage et plus virulent, des personnages mieux cernés… Tout se passe comme si Mariana Lézin et Paul Timont avaient hésité à aller vers un format plus court de théâtre d’agit-prop, ce qui aurait mieux convenu au propos. On en retrouve ici certains principes: des moyens simples, de courtes scènes inspirées de l’actualité politique, des slogans mis en abyme, une langue facile à comprendre. Ce qu’avait réalisé en France le fameux groupe Octobre il y a presque un siècle avec, excusez du peu: les jeunes Jacques et Pierre Prévert, les futurs grand metteurs en scène Jean Dasté, Roger Blin, Jean-Louis Barrault. Mais aussi Sylvia Bataille, la future femme de l’écrivain, les frères Mouloudji, Maurice Baquet, Margot Capelier…
Et on aimerait bien que soit ici explicitée et mise en scène la phrase bien connue du Système totalitaire d’Hannah Arendt: « La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »
Il y a des longueurs dans ce Manuel trop bavard qui gagnerait beaucoup à être resserré. Côté mise en scène: il faudrait éviter des criailleries trop fréquentes, d’inutiles incursions dans le public, des phrases projetées sur écran et dites en même temps: (bonjour le pléonasme…), une musique de Nicolas Repac intéressante mais qui n’a rien à faire sous les dialogues et revoir une fin un peu floue. Et la metteuse en scène aurait pu nous épargner une inutile louchette de fumigène et des lumières rouges pour faire tragique (des stéréotypes qui fleurissent aussi à Perpignan!). Dommage.
Mais d’ici le festival d’Avignon, le texte et la mise en scène pourraient être nettement bonifiés et il  y sera sans doute bien accueilli. 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 29 mai, relâche le 6 mai, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème). T. : 01 48 06 72 34.

Festival d’Avignon off du 4 au 23 juillet  au Onze, 11 boulevard Raspail, Avignon (Vaucluse).

 


Madame de Sévigné Lettres parisiennes au musée d’Histoirede Paris-Carnavalet

Madame de Sévigné Lettres parisiennes au musée d’Histoire de Paris-Carnavalet


Une exposition élégante et intelligente, consacrée à l’une des figures  célèbres de la littérature française. Il y a quatre siècles, Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696) naissait dans l’hôtel particulier de ses grands-parents, place Royale devenue place des Vosges, un quartier fréquenté par les aristocrates et écrivains. Elle bénéficia d’une éducation privilégiée pour l’époque et se maria avec Henri de Sévigné, dont elle eut deux enfants : Françoise-Marguerite et Charles. Tué en duel, ce gentilhomme breton la laissera veuve à vingt-cinq ans!  Mais elle s’impliqua alors très vite dans la vie culturelle et politique en France.


© x Portarat de Madame de Sévigné par Jean Locret

© x Portait de Madame de Sévigné par Jean Locret

Elle fréquente des cercles intellectuels d’exception, notamment de femmes de lettres, où s’élaborait une nouvelle esthétique de la galanterie. Ce sont de véritables foyers d’invention littéraire et sociale où  émerge une parole féminine influente, dans un monde largement dominé par les hommes. Elle y côtoie, entre autres, mademoiselle de Montpensier, une cousine de Louis XIV. Et elle prend activement part aux combats de la Fronde contre les troupes royales. Elle rencontre aussi madame de Rambouillet, Madeleine de Scudéry… 

Madame de Sévigné, bonne observatrice, participe aussi à l’actualité. Ses lettres révèlent un talent de chroniqueuse quand elle dépeint l’envers du décor de la vie politique, à travers celle des courtisans et aussi des affaires marquantes comme le procès de Nicolas Fouquet, ou celle restée fameuse et dite : des Poisons.
Elle aimait fréquenter les cercles amicaux mais recevait souvent aussi chez elle ses amis et connaissances, dont tout particulièrement le duc de la Rochefoucauld et Madame de la Fayette, une femme politiquement puissante qui avait accès aux cercles fermés de la Royauté.
 
©Musée Carnavalet  Hendrik Mommers, Vue de Paris et de la Seine depuis le Pont-Neuf, (vers 1665)

© Musée Carnavalet Vue de Paris et de la Seine depuis le Pont-Neuf, d’Hendrik Mommers (vers 1665)

 

Elle rencontre Blaise Pascal et s’enthousiasme pour Les Provinciales qu’elle compare aux Dialogues de Platon, mais s’oppose absolument à ce qu’il préconise dans ses Pensées :  le divertissement détournerait l’homme de sa condition et l’empêcherait de regarder vers Dieu. Ce dont Madame de Sévigné est incapable… Sa demeure pendant vingt-cinq ans, l’hôtel Carnavalet, surnommé par elle-même, la Carnavalette, donne à cette lecture, une résonance sur la ville.  Les lettres à sa fille qui vit à Grignan (Drôme) prennent une autre dimension, quand elle décrit au quotidien la vie parisienne, au gré de ses promenades et rencontres. Cette  Correspondance éditée reste un document essentiel pour la connaissance de l’histoire des idées, mœurs et événements de notre pays qu’elle a connus et dont elle a été un témoin direct .

©x Gobelet et soucoupe

©x Gobelet et soucoupe

C’est un beau parcours dont la commissaire est Valérie Guillaume, conservatrice générale et directrice du musée Carnavalet-Histoire de Paris. On peut ainsi voir plusieurs beaux portraits et des lettres originales de madame de Sévigné. Et deux cent œuvres: entre autres, des manuscrits, portraits, dessins, objets, meubles, instruments de musique, faïences… du musée Carnavalet ou provenant de collections publiques françaises et étrangères ou de  particulières réunies à cette occasion.
Un voyage assez rare permettant de découvrir les lieux, personnages et événements de Paris au XVII ème siècle qui est encore un peu le nôtre…
A noter: une lecture de lettres de madame de Sévigné par Dominique Blanc.


Solange Barbizier

Jusqu’au 23 août, musée Carnavalet-Histoire de Paris, 14 rue Payenne, Paris (III ème). Tous les jours de 10 h à 18 h.
15€ . Tarif réduit : 13€ et gratuité pour les moins de dix-huit  ans.

Le 21 mai, à 19 h, conférence-projection: Les lettres ordinaires  avec Adrianna Wallis, Orangerie du musée.

Journées d’études les 3 et 4 juin: Présence des femmes dans l’espace public parisien au XVII ème siècle. Organisées en partenariat avec le Comité d’Histoire de la Ville de Paris, elles réuniront des spécialistes pour évoquer la question des femmes dans la Capitale, à cette époque.

 Le  6 juin de 11 h à 17 h ,performance:  Les Liseurs d’Adrianna Wallis, galerie Choiseul du musée. Le 7 juin à 16 h, lecture d’un choix de lettres de madame de Sévigné par Dominique Blanc, sociétaire de la Comédie-Française.

Le 18 juin à 19 h, soirée-concert, en partenariat avec le Conservatoire à rayonnement régional de Paris-Ida Rubinstein. Le 25 juin à 19 h, master-class de Jennifer Tamas, professeure à l’Université de Stanford. En dialogue avec Mélanie Traversier, historienne et comédienne, professeure d’histoire moderne à l’Université de Lille.Le 2 juillet à 19 h, soirée-spectacle : conférence dansée d’Hubert Hazebroucq. 

 

 

 


Tous en scène! une exposition du Centre national du costume et de la scène à Moulins

 

Tous en scène!  une exposition du  Centre national du costume et de la scène à Moulins

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Une présentation de costumes, issus des collections de l’Opéra de Paris, de la Comédie Française, de la Bibliothèque de France, institutions et donations privées. Pour célébrer ses vingt ans, le Centre national du costume et de la scène de Moulins réunit une centaine de pièces d’exception sur les 10.000 conservées ici. Une jolie partition mise en œuvre par Delphine Pinasa, commissaire de l’exposition, entourée des scénographes Alain Batifoulier et Simon de Tovar. Pierre Giner artiste associé, a usé de l’intelligence artificielle pour faire vivre les costumes. Depuis  son inauguration en 2006, quelque trente expositions et 1.400.000 visiteurs! Avec  une programmation ambitieuse, en mêlant  des approches historiques et en mettant un focus sur les techniques et mises en scène spectaculaires.


Ici, un parcours en onze salles avec d’abord, vingt ans d’acquisitions…  Le patrimoine est régulièrement enrichi avec  des pièces emblématiques. Ainsi le costume du Tigre pour La Flûte enchantée, conçu par Jean-Marc Stehlé en 2000, nous accueille à l’entrée comme une figure tutélaire. Un des symboles du lieu depuis l’exposition Bêtes de scène (2006). Puis dans la deuxième salle, on pénètre dans l’intimité des réserves où s’impose une politique rigoureuse de conservation pour assurer la pérennité de pièces souvent fragilisées par le travail sur la scène… Contrôles lumière, température, humidité sont bien entendu, rigoureuses.

Puis on assiste à vingt ans de mannequinage ou l’art de sublimer les costumes… Une étape essentielle de la présentation avec un support neutre, sans trahir sa forme ni son usage: l’équilibre entre fidélité historique et lisibilité muséale n’est jamais vraiment résolu. Et ensuite on montre comment en vingt ans, on a pu révéler une collection exceptionnelle de dix costumes issus de diverses expositions. Dans la salle 5, cadeau exceptionnel aux visiteurs, ceux portés par Sarah Bernhardt (1844-1923)! Un patrimoine éternel, avec, entre autres, la robe de la reine d’Espagne que portait dans Ruy Blas, la célèbre actrice qui avait été choisie par Victor Hugo en 1872…  Alourdie par ses broderies de perles, cette robe est montrée à plat en raison de sa fragilité mais des miroirs permettenr d’en voir toute la richesse.

Dans la salle suivante consacrée à Maria Callas (1923-1977), on peut admirer l’héritage prestigieux que  représentent ses costumes dont celui porté par la diva en 1964, dans Norma, l’opéra de Vincenzo Bellini. La  salle 7 montre le travail des costumières et costumiers, mais aussi des créateurs d’illusions et dans la  8 : Ateliers et artisans/la fabrique des costumes: on trouve un bon témoignage de ces métiers exceptionnels en évolution et chaque pièce raconte l’histoire de ceux dont le talent contribue à la magie des spectacles.

© Connaissances des arts/

© Connaissances des arts/Lénan da Silva


La salle 9 Vestiaires d’artistes/Une seconde peau  regroupe la robe de Line Renaud pour le  final d’un spectacle à Las Vegas. Mais aussi ceux de Dalida, Alain Delon, Raymond Devos mais aussi de Zizi Jeanmaire, Etienne Daho…

Salle 10- les coups de cœur du public… et dans la dernière, une parade du C.N.C..S,  avec un lever de rideau sur ses vingt ans et un mise en scène des principaux personnages de spectacles qui ne se sont jamais rencontrés.

Et cerise sur le gâteau,  ils prennent vie devant nous grâce à l’IA dans une farandole? Des Q.R. codes dans chaque vitrine permettent de voir des costumes réincarnés. Un hommage à tous ceux qui ont travaillé en coulisses: plumassiers, carcassiers, tailleurs… et à toute  l’équipe du C.N.C.S qui a participé à cette belle réalisation.

Solange Barbizier

Jusqu’au 3 janvier, Centre national du costume et de la scène à Moulins  (Allier). 

 

 

 

 


Un Terrier, texte, mise en scène et interprétation d’Anne Leterrier.

Un Terrier,  écriture, mise en scène et interprétation d’Anne Leterrier, co-mise en scène de Diane Vaicle 

C’est l’ histoire très intime d’une jeune femme. Née sous X, elle a été l’objet de soins constants pendant trois mois à l’hôpital où elle est née… Puis  a été vite adoptée par un couple qui ne pouvait avoir d’enfants et qui l’a tout de suite aimée.  » Et moi, quand les ai-je aimés? » Reste donc toujours chez celle qui est devenue adulte, sinon un trauma, du moins une interrogation permanente existentielle, difficile à résoudre. Qui est cette mère « biologique » comme on dit?  « J’ai toujours su, dit-elle, que j’étais adoptée. J’ai toujours su que je te chercherai un jour quand le moment viendrait. »

© Patrice Leterrier

© Patrice Leterrier

Et comme beaucoup d’autres, malgré les réticences de sa mère adoptive, elle a fait une demande auprès du Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles pour  retrouver sa mère « biologique ». Une quête d’identité assez longue mais qui a été enfin positive. Elle apprendra qu’elle est née des amours fugitifs d’un Portugais déjà marié et de Kadija, une  adolescente maghrébine. Anne veut alors retrouver cette mère qui habite à Marseille et qui, depuis, a eu d’autres enfants. Pour la connaître et essayer de comprendre pourquoi elle l’a abandonnée. Elles s’écriront et Anne finira par la rencontrer à Lyon. Reste pour ces femmes à accepter cette nouvelle situation familiale et à recomposer un puzzle.

Mais après tout, ces liens du sang sont-ils aussi forts qu’on le dit, ou une pure illusion?  Et il n’y a pas de miracle: une rencontre, même préparée, ne peut rien résoudre. Comme dans une famille normale où les enfants parfois n’ont pas toujours d’atomes crochus entre eux, alors qu’ils sont nés du même père et de la même mère, et qu’ils ont longtemps vécu ensemble. Que sont ces liens après tant d’années entre Anne et Kadija? Quelle relation Anne peut-elle avoir avec son demi-frère et sa demi-sœur dont son histoire n’est en rien la leur? Et malgré les lettres qu’elle s’adressent, la relation entre ces femmes aura tendance à se dissoudre. Bref, on ne récrit pas le passé et il faut faire avec.  » C’est, dit-elle, une histoire de secret et de dialogue, de rupture et de silence. Une histoire pour abattre les normes, détruire la toute puissance des liens du sang. »

Anne Leterrier, après des études musicologie, a réussi le concours de professeur des Ecoles et s’est formée à la marionnette. Puis elle  a quitté l’Education nationale pour se consacrer au théâtre et à la musique.  Et sur le plateau? Elle a une belle présence et fait tout pour donner vie à ce monologue, un premier texte assez léger et inégal. Et la mise en scène et la direction ne sont pas au rendez-vous… 
On sent que l’actrice veut bien faire!  Elle affiche un sourire permanent, ce qui est assez insupportable et sa diction est loin d’être précise:  ennuyeux, surtout pour un solo. Et on se demande bien pourquoi elle parle quelquefois dos au public et pourquoi elle fait lire plusieurs lettres par des spectatrices et un spectateur qu ont du mal à s’en tirer. Il y a quelques bons moments où des chants choraux féminins viennent apporter une fraîcheur et quand on entend la voix en off de sa mère adoptive, mais ce spectacle aurait nettement besoin d’une véritable mise en scène. Il y a donc encore du travail… A suivre.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 7 au 29 avril au Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris (XVIII ème). T. : 01 40 05 06 96.

 

 

Morgan de Cecco

Morgan de Cecco 

Il a franchi la grande porte de la magie à vingt ans. Lors d’un repas familial, il avait rencontré un ami du grand-père de sa femme qui faisait des tours à table. Et il a senti une vraie passion, ce qui l’a intrigué. Et il en a discuté avec lui, toute l’après-midi et le même soir. Puis il a cherché à en savoir un peu plus, en essayant de trouver des tours à apprendre sur Internet. Et il est tombé sur le tuto-vidéo du Houdini change (carte qui change en la frottant avec la main), un tour qu’il a vite travaillé. Après quelques heures d’entraînement, il l’a fait devant sa femme Nathalie qui en est restée bouche bée. Et la magie est devenue une véritable passion. « C’est drôle, dit-il, si elle n’avait pas réagi positivement, je n’aurais sans doute pas été plus loin et n’en ferai sans doute pas aujourd’hui. »

© Nathaile De Cecco

© Nathalie De Cecco

« Au début, j’en faisais surtout pour moi-même devant mon miroir. Il y avait tant de choses à découvrir que je m’extasiais des nouveaux secrets que j’apprenais. J’ai commencé par les cartes comme tout le monde, je crois, grâce aux incontournables volumes de La Magie par les cartes de Bernard Bilis. Une véritable encyclopédie en la matière. Je me suis pris claques sur claques mais j’en demandais toujours plus ! Mais l’artiste qui a sans aucun doute changé ma vie est David Stone avec ses deux DVD The real secrets of Magic. Une révélation. Tout me plaisait, le style de David, ses mouvements, ce qu’il dégageait, mais One coin routine que j’ai trouvée magnifique,  m’a ébloui plus que les autres.
Je voyais de la vraie magie dans ses mouvements et une forme de danse artistique, poétique, bref, une véritable œuvre d’art. J’ai eu l’impression de découvrir le Graal et ce que je voulais faire… Alors peu importeraient la difficulté et le temps que cela prendrait.Je ne comptais donc pas mes centaines d’heures d’entraînement… Un 
objectif si fort, que la difficulté des manipulations n’était pas un obstacle. Et je continue à pratiquer la magie des pièces, en essayant de me spécialiser toujours plus. Et elles sont désormais présentes dans tous mes close-up.   Et commencer par des tours vus par très peu de gens, quoi de mieux. « 


Morgan de Cecco a pu entrer dans l’équipe de France de
close-up en 2018. Un appel à candidatures avait été lancé sur les réseaux sociaux et il a envoyé la vidéo d’un numéro créé pour l’occasion. Après un retour positif, il est « monté » sur Paris et l’a présenté devant Bernard Bilis, Jean-Jacques Sanvert, Ludovic Julliot, Pascal Bouché et le président Laurent Guez. « Le stress était au rendez-vous avec deux candidats retenus sur dix: Markobi et moi-même. Depuis ce jour, je travaille avec eux mon numéro de concours pour le présenter en France  et à l’international. Grâce à cela, j’ai remporté le titre de champion de France FFAP 2022 à Poitiers, un troisième prix aux championnats d’Europe FISM 2024 à Saint-Vincent en Italie, et j’ai été vice-champion de France FFM 2025 à Troyes.
Tout cela n’aurait sans doute pas été possible sans le soutien de ma femme Nathalie qui m’a inscrit à mon premier concours et qui a déclenché chez moi l’envie de continuer dans cette voie. Elle m’a aussi beaucoup aidé dans l’écriture de mes numéros. Nous nous complétons parfaitement. Très souvent, elle imagine des effets qui peuvent servir la narration du numéro et quelques instants plus tard, je les lui présente en combinant plusieurs techniques et subtilités. Photographe, elle crée aussi tous mes visuels photo et vidéo, gère mon site web et ma communication sur les réseaux sociaux. Sans elle, je ne serai sans doute pas professionnel aujourd’hui…

 Pour Morgan de  Cecco, les principales qualités sont la persévérance et la patience. « Associées, elles permettent d’accomplir presque tout ce que l’on veut. Bien sûr, tout cela ne serait rien si je n’avais pas une passion dévorante depuis quelque vingt ans…Le cœur de mon métier reste le close-up. Je travaille dans toutes les conditions possibles,  parfois inimaginables, comme un close-up en costume au bord d’une piscine municipale dont le gérant avait organisé une nocturne sur le thème du cirque. Un conseil: ne faites pas choisir de cartes dans cet environnement: vous risqueriez de le regretter…

Il propose aussi un spectacle One man show, qu’il place en général à la suite d’une déambulation, avec des numéros très participatifs de mentalisme et effets visuels, extrasensoriels  et toujours une pointe d’humour. Tout son matériel tient dans un sac de courses pour un format: vingt minutes, à plus d’une heure. « J’ai  commencé à créer quand j’ai  participé à des concours. On se dit alors que faire de la magie pour surprendre des magiciens, est dénué de sens et un peu paradoxal mais je me suis vite rendu compte qu’au fil de mes trouvailles, c’était très bénéfique pour la créativité. Avec une gymnastique qui s’assouplit d’année en année, il m’est facile de trouver des solutions techniques pour réaliser de nouveaux effets… Je ne m’étais jamais imaginé cela à mes débuts mais ils ont bluffé notre communauté. Grâce à ces concours, j’ai réussi à tracer ma voie dans la magie des pièces. Cela m’a aussi permis de réaliseravec Philippe Molinal, un DVD et VOD: l’ABC de la magie des pièces (disponible sur mon site web) accompagné d’un kit pour les débutants…  Quelle fierté !

À ses tout débuts, il a été subjugué par Criss Angel et par son aura, en créant un contexte propice à ses miracles. Mais il s’est vite rendu aperçu que cette magie, même extraordinaire, ne pouvait se faire en conditions réelles et encore moins de manière impromptue. David Blaine fait partie de ses artistes emblématiques: ses passages à la télé vers 1990 avec seulement des cartes et quelques objets du quotidien, l’ont marqué. Il trouvait génial que tous ses tours aient  pu être réalisés dans la vraie vie et devant un vrai public. « C’est un peu à ce moment, dit-il, que j’ai vu qu’il ne fallait pas forcément compter sur des effets spéciaux pour rendre dingue, un public mais que de véritables miracles pouvaient aussi se cacher dans la simplicité… De nombreux artistes m’ont depuis influencé mais surtout David Stone. Il a, véritablement changé ma vie en me faisant croiser la route de la magie des pièces, avec tout le style qu’on lui doit… David, merci !

Il aime faire des effets partout, n’importe quand, et avec n’importe quel objet: téléphone, pièces de monnaie, billets mais aussi le pickpocket et le mentalisme…Mais il n’a guère envie de s’assoir à une table derrière un tapis de cartes et présenter la nième routine d’As leader.  Il y a une  connotation bien trop « magicien » à son goût et il travaille toujours debout pour donner l’impression que son travail est en corrélation avec le sujet de conversation de ses interlocuteurs comme de façon impromptue.  La magie visuelle est sa favorite.
Il a subi nombre d’influences au fil de son évolution. »Mon répertoire d’hier n’est plus, dit-il,  celui d’aujourd’hui et ne sera sans doute pas celui de demain. Rien n’est figé dans le marbre, comme on pourrait le croire. J’ai beaucoup été influencé par les artistes cités plus haut et par d’autres, mais plus le temps passe, plus j’ai tendance à m’éloigner de toutes les nouveautés pour me centrer sur moi-même. Cela m’a permis d’entrer dans un processus créatif qui m’a ouvert sur d’autres voies: notamment mon propre style. Bien sûr, cela n’aurait pas été possible, si je n’étais pas passé par un long temps de mimétisme et répétitions…

 Que recommander aux débutants? « Si je devais donner un conseil et un seul, ce serait avant tout d’avoir une passion pour ce que l’on fait et de l’entretenir. Je suis moi-même passé par des niveaux de passion variables qui se calquaient en partie sur les épreuves de la vie. Il est très facile de tout lâcher à la moindre difficulté. Il faut se donner des objectifs personnels. Pour ma part, les concours et leurs dates m’ont fait grandir comme jamais dans le métier. Le chemin à emprunter est propre à chacun et en fonction de nos ambitions. Tout le monde n’aspire pas à devenir  professionnel et veut souvent que la pratique de la magie reste un moment d’évasion agréable. sans stress, ni contrainte. Et donc amusez-vous, tout simplement…

 Quel regard porter sur la magie actuelle? Morgan De  Cecco trouve qu’elle est plus que jamais en ébullition et que la nouvelle génération la remet en lumière à travers le monde et lui redonne ses lettres de noblesse, en la dépoussiérant avec des innovations surprenantes. « Toute cette créativité, dit-il, n’aurait sûrement pu voir le jour, sans l’expansion d’Internet et des réseaux sociaux qui ont placé notre discipline sous stéroïdes. Mais, revers de la médaille il y a  toutes les vidéos de révélations que l’on peut trouver sur les plateformes de partage, le Magic porn comme on l’appelle. Je pense que nous pouvons aujourd’hui trouver la quasi-totalité de notre patrimoine débiné impunément par des  gens n’aspirant qu’à une course aux clics  et n’ayant même pas conscience du mal que cela génère.
Malheureusement, nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter cette situation regrettable et qui s’amplifiera avec le développement de l’ I.A. Bien sûr, la transmission est très importante pour perpétuer notre art mais il doit être mérité et non proposé à tout le monde qui le consomme par voyeurisme. Ce qui génère beaucoup de tort aux créateurs. Par chance, nous sommes encore un peu protégés: la masse d’informations disponibles est telle, que trouver ce que l’on cherche devient vite un incroyable parcours du combattant. Trop d’informations tue l’information… Bien que le monde du numérique évolue de manière exponentielle, je pense que la magie ne mourra pas…  Même  si on connait le TRUC
, le cerveau se fera à jamais berner par un « faux dépôt » motivé, ou une belle « misdirection »

 Et l´importance de la Culture dans tout cela?  » Je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de traverser le globe. Mais les différences ethniques, religieuses, socio-éducatives… nous offrent une richesse précieuse dans notre apprentissage. Et les réactions sont très différentes en fonction des pays. Les Français -et je les connais bien- sont un des publics les plus durs qui soient: ils ne s’extasient pas facilement. Au contraire, les Américains se laissent volontiers emporter et profitent pleinement. J’ai la chance d’avoir de la famille outre-Atlantique et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire du close-up : le public se transforme là-bas en grands enfants dès les premières secondes. Les Russes sont inexpressifs et froids en apparence, mais aiment beaucoup se faire bluffer. Les réactions que nous produisons ne sont pas un critère de qualité. Pourtant, nous les recherchons en priorité: cela nous flatte et nous galvanise mais je pense qu’il faut apprendre à se détacher des apparences: les émotions ressenties pendant nos petits miracles sont souvent bien plus fortes, que les réactions extérieures…

Morgan De  Cecco pratique la guitare électrique depuis qu’il a eu douze ans et aime beaucoup jouer du rock instrumental style Joe Satriani ou jazz/rock… Et il essaye de trouver un peu de temps pour sa  passion de la musique qui est toujours restée la même. À côté de cela, il aime aussi courir et faire du vélo mais le principal reste quand même sa femme et ses garçons de huit et dix ans. « Plus le temps passe, dit-il, plus je me rends compte que la chose la plus importante, est d’être avec ses proches. »

 Sébastien Bazou

Interview réalisée le 24 avril à Dijon ( Côte-d’Or).

 


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