Les Étoiles, texte et mise en scène de Simon Falguières

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© Simon gosselin

Les Étoiles, texte et mise en scène de Simon Falguières

 

« Le Vieil Ezra : Je m’appelle Ezra./J’étais le Poète de cette histoire./J’étais né dans une maison blanche à la périphérie d’une ville du Nord. /J’étais né de Pierre et de Zocha. D’un amour sans étreinte. D’un amour inégal comme toujours. » Ainsi commence un flash-back de deux heures, avec allers et retours dans l’espace et le temps, entre un univers terre à terre et un autre onirique…

 Une petite maison, comme celle d’un dessin d’enfant au milieu du plateau nu. Zocha vient de mourir : son mari, un taiseux et son frère, l’Oncle Jean, désigné comme l’idiot du village, préparent l’enterrement. Au moment de prononcer l’oraison funèbre de sa mère, Ezra perd ses mots et s’enferme dans sa chambre… Dehors, il se met à pleuvoir. L’eau recouvre le village et la rivière devient un lac.

Sur son lit, transformé en radeau, Ezra vogue vers des pays imaginaires avec un chien et un oiseau. Sous la conduite de la déesse indienne Kowagountata Papo et de Dionysos, personnages extravagants et incarnations des marionnettes de son enfance… Le jeune homme remonte le temps, rencontre des fantômes : Zocha, petite fille juive rescapée de Pologne, Monsieur Dieu, la Reine et le Roi de conte, et même Ingmar Bergman qui l’invite à une projection dans une cinéma miteux, après que son embarcation se soit échouée sur les côtes suèdoises.

 Autour de ce Little Nemo au pays des merveilles, la vie continue… Oncle Jean tombe amoureux, une petite fille nait des amours d’Ezra et Sarah, Pierre part dans le Sud… Ces deux mondes coexistent sur le plateau : le décor  se déplie et se referme comme un accordéon, tourne au gré du récit et des lieux visités… La scénographie d’Emmanuel Clolus dévoile ironiquement les artifices du théâtre : changement à vue de costumes et décor, manipulation à découvert des guindes qui règlent les envols des objets et d’un petit peuple de marionnettes et d’effigies d’animaux, grandes et petites .

Simon Falguières se refuse à employer des effets spéciaux vidéo et a préféré rendre un hommage direct au cinéma, en projetant un vrai film en super 8 tourné par son frère Emmanuel : « Je voulais que cet espace soit celui de la lanterne magique. » Il apparait lui-même en un Ingmar Bergman fantomatique. «Cet artiste, dit-il, a une place centrale dans la pièce. Bergman adorait les marionnettes et y jouait, enfant, comme le petit Ezra. Les Étoiles emprunte aux procédés cinématographiques avec un montage faisant dialoguer plusieurs segments narratifs, le tout dans un joyeux artisanat du plateau… »

Rêve et réalité se superposent habilement dans l’écriture, comme dans la mise en scène. Au fil de séquences qui s’entrecroisent, les six acteurs jouent une quinzaine de rôles : ceux de la sphère familiale ou du peuple des fantasmagories d’Ezra, inspirée des sculptures naïves de l’Oncle Jean et de héros des contes pour enfants.  Charlie Fabert, sorte d’Alice au masculin, est un Ezra plus concret qu’évanescent. Stanislas Perrin confère à l’Oncle Jean une tendresse empruntée. John Arnold joue un père bourru mais sensible. Agnès Sourdillon donne toute sa fantaisie à Zocha et à Kowagountata Papo. Pia Lagrange joue tous les rôles de jeunes filles avec piquant. Le metteur en scène confie à ses personnages quelques adresses au public pour signifier qu’on est bien dans une fiction théâtrale.

Cette féérie baroque nous révèle l’univers très personnel de cet artiste qui s’était fait connaître avec une pièce-feuilleton, Le Nid de Cendres*  (voir Le Théâtre du blog). Une “épopée théâtrale“ de six heures en quatre parties qui sera reprise en mai au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes. Simon Falguières poursuit par ailleurs la création en solo du Journal d’un autre, un journal intime théâtral.

Mireille Davidovici

Présentation professionnelle vue au Théâtre du Nord-Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing (Nord) le 7 janvier.

Tournée prévue sous réserves :

Du 28 au 30 janvier, Le Tangram-Scène Nationale d’Évreux-Louviers  (Eure); 2 février, Le Piaf-Théâtre de Bernay (Eure);  5 février,  L’Éclat-Théâtre, à Pont-Audemer (Eure); du 9 au 13 février, Rouen-Centre Dramatique de Normandie-Rouen (Seine-Maritime) ; du 17 au 19 février, Le Préau-Centre Dramatique National de Vire (Calvados).

*Reprise du 4 au 23 mai ,Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes.

 La pièce est éditée chez Actes Sud-Papiers.

 

 

 

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Kolik de Rainald Goetz, mise en scène d’Alain Françon

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© Ina Seghezzi

Kolik de Rainald Goetz, mise en scène d’Alain Françon

 Seul en scène, hormis un fauteuil, Antoine Mathieu donne voix et corps à un texte âpre et charriant des obsessions existentielles. Armé d’une bouteille, il boit tout aussi obsessionnellement devant un écran où se hasardent quelques mots et où s’égrènent les numéros de dix-sept occurrences titrées : homme, renversement, force, musique, science, doute, travail… pour finir dans la mélancolie avec : douleur, faible, stop, meurs…

 Plus qu’un personnage, c’est une figure de l’homme face à lui-même et à la déliquescence de son être physique et moral, que le comédien habite. Avec les mots récurrents d’un individu qui se répand en colique corporelle et  verbale. « Le virus virulent de la vie vit en tant que mort ». Mais, dans un même élan : « Le doute c’est  douter… Calculer c’est penser, penser c’est douter, douter c’est penser. »

De ces étranges syllogismes, de ces énoncés qui tournent sur eux-mêmes, naît une progression dramatique d’une économie particulière, faite de retours en arrière, répits et moments lumineux mais allant vers une fin inéluctable. En même temps que la vie, la parole s’en va, réduite à des bribes de langage, brutes, désarticulées, asyntaxiques soulignant la perte du sens. Quand il se tait enfin, c’est la paix !

 Kolik est le troisième volet d’une trilogie publiée en 1986 : Guerre. Le premier traite de la guerre en général le deuxième, Batailles, des luttes intestines dans le couple.  «Guerre à la fin, dit Rainald Goetz, signifie ici : «tractat contre la résistance du matériau, égal ni matériau ni résistance mais summa summarum tractat nommé cordialement Kolik ; je, mot, mort. »

 Couvert de prix littéraires outre-Rhin, le poète et romancier est peu joué en France malgré l’édition chez P.O.L. d’une traduction d’Olivier Cadiot. Alain Françon avait monté Katarakt en 2004, au Théâtre de la Colline, un monologue tout aussi touffu, qu’interprétait Jean-Paul Roussillon.

Le metteur en scène avait fait connaître l’auteur à Antoine Mathieu qui dès lors s’est emparé de Kolik, jusqu’à le faire sien, comme dans cette mise en scène sobre, et éclairante. Ina Seghezzi avec Antoine Mathieu et Alain Françon, en a établi la version actuelle : «La langue de Goetz est difficile à traduire, dit-elle. Afin que la circulation du sens dans cette écriture hautement dense soit la plus ouverte, j’ai opté pour une langue dans un état brut et rugueux.  » Une collaboration qui porte ses fruits.

 On suit Antoine Mathieu pas à pas dans cet inventaire d’une vie, quand la guerre, à l’intérieur du cerveau cherche à se frayer un chemin, vers une condensation extrême, à l’ultime instant de vie avant la mort. Il sait, grâce à différentes postures, nous conduire avec beaucoup d’humour dans cet épais labyrinthe, en tirer du sens, sans s’appesantir sur la noirceur de la pièce. Il faut se laisser guider par lui à travers ces petites unités de parole -parfois absconses- et déchiffrer cette œuvre étonnante  conçue par le comédien comme « une exploration faite en commun de ce texte inouï, qui parle au corps, à partir du corps. »

Nous avons assisté à cette présentation professionnelle le 6 janvier au Théâtre 14, où le spectacle devait avoir lieu. Mathieu Touzé et Édouard Chapot qui en ont repris dernièrement la direction, ont travaillé disent-ils, plus d’un an et demi à donner pendant cette première saison, un nouvel élan à cette salle :  « Avec un plan A, un plan B, un plan C mais tout a explosé ! Nous nous sommes plongés sans réfléchir dans le torrent acceptant cette nouvelle normalité, nous avons mis en place, projeté, annulé, stoppé, tenté. « (…) «Nous nous sommes amarrés au concret, nous avons relevé nos manches pour une première réouverture en juin, puis un festival en juillet, intégralité de la saison reportée, participation au référé liberté.  Comment aborder cette nouvelle année ? Que va-t-il se passer dans les prochains mois ? Nous avons choisi notre meilleure ressource : l’imaginaire. (…). Voilà où nous plaçons maintenant nos efforts dans une tentative poétique de penser notre avenir. Nous résistons par notre plus grande force, celle de l’esprit, celle du rêve. »

Mireille Davidovici

Théâtre 14,  20 avenue Marc Sangnier, Paris (XIV ème).

Du 5 au 13 février,  Théâtre du Nord, Lille (Nord) 

 Di 5 au 13 février 2021


Adieu Melly Puaux

Adieu Melly Puaux

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© x Avec François Mitterrand, Jack Lang et Paul Puaux

Peu connue du grand public, Melly Toouzoul Puaux qui vient de mourir à soixante-dix sept ans ans dans sa maison de Prat-Souteyran (Lozère). Avec Paul Puaux,  de 1971  jusqu’au début des années 2000, elle a œuvré, avec dévouement à la mémoire de Jean Vilar et du festival d’Avignon, et au rayonnement de la Maison Jean Vilar.

Actrice, elle avait commencé dans la troupe de Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent,  puis Melly Touzoul fut secrétaire permanente au festival d’Avignon en 1967 et dix ans plus tard,  épousera Paul Puaux, directeur du festival qu’elle accompagna jusqu’à sa mort en 1998.

À la Maison Jean Vilar, Melly Puaux a pris surtout en charge les archives personnelles du metteur en scène et directeur du T.N.P. et y organisa des expositions et rencontres. Elle a aussi collecté les archives et témoignages de ses collaborateurs et écrit de nombreux ouvrages* sur le théâtre populaire. Melly Puaux aura fait partie toute sa vie de celles et ceux qui ont fait le théâtre contemporain, discrètement mais avec efficacité…

Philippe du Vignal 

Entre autres ouvrages: Mot pour mot / Jean Vilar, textes réunis et présentés par Melly Touzoul et Jacques Téphany, Paris : Stock, 1972.

Jean Vilar : du tableau de service au théâtre, notes de service de Jean Vilar rassemblées par Melly Puaux, Louvain : Cahiers théâtre Louvain, 1985.

L’Aventure du théâtre populaire : d’Épidaure à Avignon, Melly Puaux, Paul Puaux, Claude Mossé, Monaco ; Paris : Éd. du Rocher, 1996.

Paul Puaux, l’homme des fidélités, Association Jean Vilar, 2000.
 
Jean Vilar par lui-même, Association Jean Vilar, Avignon : Maison Jean Vilar, 2003.
 
Les Amis du Théâtre Populaire hier et aujourd’hui..., coordination Melly Puaux, Montreuil : Association Théâtre Populaire, 2017.


Petits cadeaux pour une rentrée qui n’en est pas vraiment une…

Petits cadeaux pour une rentrée qui n’en est pas vraiment une…

Political Mother Unplugged d’Hofesh Shechter

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Aujourd’hui en direct lundi 5 janvier à 19h; le 6 janvier à 18h; le 08 janvier à 14h30e-représentation scolaire retransmission en direct du Théâtre des Abbesses (sans public) gratuit.

Et le 9 janvier à 15 h en direct et  à 18h30-19h45 (en attente de confirmation )

https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/gardons-le-lien/les-directs/political-mother-unplugged-1

 

Jeune couple Bacchus et Ariane de Tullio Lombardo

©x Jeune couple Bacchus et Ariane de Tullio Lombardo

 Le Corps et l’âme

Une visite guidée  de cette exposition encore pas accessible comme les autres   en compagnie de Marc Bormand, conservateur en chef du département sculptures du Louvre.

Une remarquable analyse de certaines des cent quarante œuvres de cette exposition, organisée avec le musée du Castello Sforzesco de Milan, de la seconde moitié du Quattrocento au début du 16e siècle un moment d’apogée de la sculpture de la Renaissance. Avec des formes très novatrices d’expression des sentiments, depuis Donatello jusqu’à Michel-Ange.

L’exposition propose aussi d’aller à la découverte d’artistes moins réputés, d’admirer des œuvres peu accessibles, de par leur lieu de conservation : églises, petites communes, situation d’exposition dans les musées, pour les mettre en lumière et dans leur contexte.

Une exposition  qui fait suite à celle remarquable du Printemps de la Renaissance en 2013 au Louvre et au Palazzo Strozzi et consacrée aux prémices de l’art de la Renaissance à Florence dans la première moitié du Quattrocento.

 YouTube Le Scribe accroupi

135 façons de sauver la terre de Kapser T. Toepilitz et François Bon
 

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Le compositeur et l’écrivain présentent quelques-unes des 135 façons de sauver la Terre… Un projet politique de poétisation du monde sous la  forme d’un registre numéroté de brefs thèmes d’improvisation conduits lors de répétitions en duo avec Kasper Toeplitz, en studio ou en concert, in situ, en public ou en privé. Et systématiquement filmées et archivées. « Dans chacune de ces répétitions ou performances, en public ou en studio, nous parcourons un certain nombre des improvisations (…) Les improvisations sont ensuite transcrites, et intégrées dans le fichier texte principal sous forme de variation (plus lieu et date) pour chaque thème.

 

Les numérotations des thèmes sont mobiles et arbitraires. Certaines des improvisations filmées sont retranscrites et inclues dans le livre sous forme de variations uniques ou multiples, mais l’idée de partition pour l’improvisation demeure prévalente.Dans l’idéal, soit en situation de performance, soit dans cette version écrite, des interruptions régulières sont ménagées pour des histoires parlées, qui sont répertoriées ici comme les autres improvisations.Merci au compositeur Kasper T. Toeplitz de sa collaboration pour donner à ce projet sa vraie ampleur. « 

« C’était comme si des fois on en avait trop marre
c’était comme si des fois tu te dis mais ça peut pas continuer ça peut pas durer ça peut pas aller tout droit comme ça
c’est comme des fois tu te dis pas de solution là sur le côté pas de solution là sur le côté pas de solution dessus pas de solution dessous et devant quoi tu cognes tu heures
alors tu fais quoi tu crois qu’on peut s’en sortir quand même tu crois
alors on se dirait il est temps de se protéger
alors on se dirait il est temps de se cacher
il est temps de s’armure de cocon de couverture de capitonner
alors on ferait quoi… »

Ce soir mardi 5 janvier à 18h 30.  Concert retransmis en direct sur Youtube live.

Alice traverse le miroir, texte sur une idée d’Emmanuel Demarcy-Mota, de Fabrice Melquiot d’après Lewis Carroll, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta

Une diffusion en direct  avec la troupe du Théâtre de la Ville Aux frontières de la logique et du non-sens, du réel et de l’absurde, du poétique et du scientifique.  » Carroll redonne à chacun le goût des jeux de langages et de l’inconnu. Son épopée si réellement fantastique s’offre avec la même saveur à tous les âges de la vie, à toutes les cultures.
« Alice, dit Odile Quirot, vole en apesanteur dans une image d’escalier et rencontre des héroïnes qui pourraient être ses descendantes: Dorothy, née du Magicien d’Oz, Zazie la môme de Queneau, et Rose, une fille d’aujourd’hui. À propos, qui est dans le rêve de qui ? Alice, en tout cas, est à jamais dans le beau rêve de théâtre total d’Emmanuel Demarcy-Mota. »

Le samedi 9 janvier à 17 h 30 et le jeudi 14 janvier à 14h 30 sur le site du Théâtre de la Ville.

Philippe du Vignal

 

 


 

 


Pieds nus dans le parc de Neil Simon, mise en scène de Reïna Eskenazi

Pieds nus dans le parc de Neil Simon, traduction en grec d’Antonis Galéos, mise en scène de Reïna Eskenazi
 
Producteur, dramaturge et scénariste américain, Neil Simon  (1927-2018), surnommé le roi de la comédie, a aussi adapté en 1967 cette pièce au cinéma avec Robert Redford et Jane Fonda.  Dans cette comédie romantique pleine d’humour, traduite et montée dans le monde entier avec grand succès, l’auteur met en valeur l’amour, comme sentiment omniprésent et… omnipotent.

Mais il y a toujours dans les relations humaines un quelque chose porteur d’ambiguïtés et d’antinomies. Et l’homme comme la femme souffrent de doutes, soupçons et  manque de confiance en soi. La routine du mariage semble un cauchemar, le couple a besoin d’un changement, d’une surprise ou d’une folie qui écraserait la monotonie : ce «marchons pieds nus dans le parc » est peut-être un remède…

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Après six jours de lune de miel, Paul, jeune avocat plein d’avenir, découvre le « petit nid d’amour » que leur a  trouvé Corie : un loft insalubre au huitième étage sans ascenseur ! Le couple est brutalement plongé dans la réalité d’une vie à deux. Paul découvre l’endroit le jour de leur installation et c’est l’enfer. Impossible pour lui de travailler dans cet espace  inconfortable! Et il doit plaider sa première affaire le lendemain matin! En fait, rien ne se passe comme prévu : leurs meubles tardent à arriver, leur nouveau voisin cherche visiblement à squatter et Esther, la mère de Corie, aurait tendance à prendre racine… Tout cela risque fort d’aboutir à une situation explosive.

Reïna Eskenazi  a réalisé une mise en scène rythmée où alternent comique des situations et émotion. Le décor et les costumes soulignent le burlesque de la pièce. Un spectacle léger et touchant qui provoque le rire, mais où Neil Simon  rappelle les difficultés de la cohabitation comme du mariage. Argiris Aggelou (Paul) et Vassiliki Troufakou (Corie) sont  un couple  de personnages aux contradictions évidentes mais qui ont une profonde sensibilité. Aris Lembessopoulos excelle en Victor Velasko, le vieux et dingue voisin qui n’hésite pas à flirter avec Corie pour gagner le cœur de sa mère. Hélène Krita interprète Esther avec brio et Jérome Kaluta est magnifique à la fois en technicien et en serviteur. Ici la parodie fait aussi merveille.  
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 1 er janvier  en retransmission depuis le Théâtre Akadimos, Athènes.


Adieu Robert Hossein

Adieu Robert Hossein

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L’acteur et metteur en scène est mort aujourd’hui à 93 ans. Il avait suivi les cours de théâtre de René Simon puis de Tania Balachova. Cet artiste hors-normes, déjà passionné par la mise en scène, montera avec son ami Frédéric Dard, au Théâtre du Grand-Guignol à Paris (une salle devenue l’I.V.T. ) Docteur Jekyll et Mister Hyde, La Chair de l’orchidée d’après James Hadley Chase.
Et Il joua dans de nombreux films d’abord en 1964, avec Bernard Borderie, qui tourna, d’après les livres d’Anne et Serge Golon : Angélique marquise des anges, puis Angélique et le roy (1965), Indomptable Angélique et Merveilleuse Angélique (1967), Angélique et le sultan (1968). Mais il joua aussi sous la direction de Roger Vadim, Claude-Autant-Lara, Julien Duvivier, Christian Jaque, Edouard Molinaro… Il réalisa aussi quelques films entre autres en 1955 Les Salauds vont en enfer.

En 1970, il fut nommé directeur du théâtre populaire de Reims. Deux ans plus tard, il engagera Isabelle Adjani pour jouer dans La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca. « Du théâtre comme vous n’en voyez qu’au cinéma.» disait-il. Il montera ainsi Crime et châtiment, d’après Dostoïevski et Les Bas-Fonds de Maxime Gorki,  ces deux pièces avec Jacques Weber, Roméo et Juliette de Shakespeare… Il n’avait pas l’exigence d’un Jean Vilar mais réussit à conquérir un public qui ne venait jamais au théâtre. Et il sut choisir ses acteurs:  ainsi entre autres, Isabelle Huppert dans Pour qui sonne le glas, d’après Hemingway et  Jacques Villeret pour jouer Scapin dans Les Fourberies de Scapin

Puis, et cela le fera connaître encore davantage, il mettra en scène de grands spectacles avec de nombreux figurants au Palais des Sports et au Palais des Congrès à Paris, comme en 1975, La Prodigieuse aventure du Cuirassé Potemkine, Notre-Dame-de-Paris (1978), Danton et Robespierre (1978), Les Misérables (1980), Un homme nommé Jésus (1983) avec environ 700. 000 spectateurs, un chiffre très rare au théâtre. Dans En 1987, L’Affaire du courrier de Lyon : il demande à cent spectateurs de former sur scène un jury populaire et après le procès, ils votent en appuyant sur un bouton : vert, c’est l’innocence de Joseph Lesurques ; jaune, la complicité ; rouge, la culpabilité… Un peu facile mais efficace.
Suivirent La Liberté ou la Mort (1988), Je m’appelais Marie-Antoinette (1993): là, à l’entracte, cette fois tout le public vote : liberté, exil, prison ou mort pour la Reine qui sera à la fin tout de même guillotinée. C’est plus vendable…. 1940-1945 : de Gaulle, celui qui a dit non (1999. Habile commerçant, il avait aussi créé aussi la prévente de billets chez des commerçants amis, ce qui lui permettait d’avoir une mise de fonds pour assurer la production de spectacles importants. Et il avait donc inventé un théâtre « participatif » où le public était appelé à voter… Il adapta aussi Les Misérables de Victor Hugo en comédie musicale, un spectacle qui eut grand succès populaire.

Pas toujours très bien vu des critiques qu’il invitait peu, il n’était pas soutenu du Ministère de la Culture qui ne voulait pas financer ses grandes productions coûteuses, avec nombreux figurants et débauche de lumières mais avec peu d’acteurs, toujours sonorisés, et disant plutôt qu’interprétant un texte à l’écriture facile. Plus récemment en 2004, il monta aussi au stade de France avec quelque cinq cent figurants, un Ben-Hur avec une course de sept chars tirés par vingt-huit chevaux, toujours une obsession du grandiose comme garantie de succès… Un système qui a ses limites…

Homme du théâtre privé, il dirigea ensuite le Théâtre Marigny de 2000 à 2008 en 2000 où Alfredo Arias mit en scène Isabelle Adjani dans La Dame aux camélias. Robert Hossein aura encore la force, à près de quatre-vingt ans, de créer N’ayez pas peur ! Jean Paul II, en 2007 au Palais des sports et Une Femme nommée Marie, pour un seul soir il y a neuf ans devant plus de 25.000 spectateurs à Lourdes…

Ses grands spectacles n’avaient pas la qualité de ceux qu’il monta à la Comédie de Reims mais là, comme à Paris, il aura réussi à faire venir tout un public populaire qui avait déserté les salles. Et qu’on le veuille ou non, Robert Hossein, même avec sa démesure, aura marqué l’histoire du théâtre français à la fin du XX ème siècle…

Philippe du Vignal


Sans Famille (Mais… sans spectacle) d’après Hector Malot, mise en scène de Léna Bréban

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Sept bougies pour le 7.000 ème article du Théâtre du blog. Merci à tous nos lecteurs

Sans Famille d’après Hector Malot, mise en scène de Léna Bréban. Et… sans spectacle! 

Comme des centaines d’autres un peu partout, ce Sans Famille, d’après le célèbre roman d’Hector Malot (1830-1907), adaptation d’Alexandre Zambeaux et Léna Bréban, a été encore reporté… Il devait voir le jour au Vieux-Colombier-Comédie-Française, le 25 novembre, puis le 3 et enfin le 15 décembre… On connaît la suite et il a été maintenant reprogrammé en novembre 2021!

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Cette œuvre pour enfants (1878) a fait couler des litres de larmes. Et il y a de quoi écrire plusieurs scénarios…Le cinéma s’en est emparé il y a déjà plus d’un siècle et il y en a eu plusieurs versions dont la dernière en 2018: Rémi sans famille d’Antoine Blossier, avec entre autres Daniel Auteuil, Ludivine Sagnier. Mais il y a eu aussi des versions B.D. du célèbre roman qui r este encore sans cesse édité

Nous vous épargnerons la totalité de cette intrigue romanesques aux péripéties inattendues, rebondissements, longs voyages à pied et retrouvailles.. Qui donne une bonne image de la vie rude des Français dans un pays encore très rural. Souvent sans eau courante, sans électricité (à Paris même elle n’a été posée dans certains quartiers du XX ème que vers 1950 !) et bien sûr, sans sécurité sociale ni médicaments efficaces, et sans téléphone : les nouvelles de proches arrivaient lentement dans les provinces même en cas d’accident. Et nombre de maladies et malformations  étaient encore incurables, comme la tuberculose. Et où les ouvriers des fermes, des usines et du bâtiment, très mal payés,  étaient priés de ne pas compter leurs heures. Il ne faut pas l’oublier: c’est à ce prix-là que les beaux et solides immeubles haussmanniens à Paris se sont construits… Et  Hector Malot, en filigrane de ce roman, ne cesse de montrer les graves injustices sociales de son temps.

L’histoire : Jérôme Barberin vit avec sa femme à Chavanon, un village de la Creuse mais travaille comme tailleur de pierre à Paris. Un jour, il découvre un nourrisson aux beaux langes : sans doute né de riches parents. Espérant obtenir une récompense, il propose de s’en occuper et sa femme le nomme Rémi. Mais Barberin blessé dans un accident du travail, attaque son employeur en justice et, pour assumer les frais du procès, il ordonne à sa femme de vendre leur vache et d’abandonner Rémi. La vache sera vendue mais Rémi restera. Il a huit ans quand Barberin revient. Et furieux de le voir, il le vend à Vitalis, un artiste ambulant qui voyage avec ses trois chiens Capi, Dolce et Zerbino et un singe : Joli-Cœur.

Vitalis est bon avec lui et lui apprend à jouer de la harpe, à lire et à jouer. Ils parcourent le Sud-Ouest mais à Toulouse, il est jeté en prison et à dix ans, Rémi doit gagner seul sa vie, celle des chiens et du singe… Ils vont mourir de faim quand ils rencontrent Monsieur et Madame Milligan et Arthur leur fils malade sur une péniche descendant le canal du Midi. Ils recueillent Rémi qui ira avec eux jusqu’à Béziers et Sète…Vitalis sortira de prison mais les Milligan lui proposent de garder Rémi avec eux. Vitalis veut que Rémi reste avec lui et Madame Milligan se résignera…
La fin de l’histoire  : après bien des aventures et la mort de Vitalis, en fait: Carlo Balzani, un ancien et célèbre chanteur à la Scala de Milan.  Et après avoir retrouvé sa famille, Rémi découvre qu’il est l’héritier d’une grande fortune. On fait venir d’Italie, Cristina, la petite sœur de Mattia, un garçon qu’il connu à Paris. Arthur s’est rétabli et épousera Cristina. Mattia, lui, devient un violoniste célèbre, Rémi épouse Lise et ils auront un fils qu’ils nommeront Mattia et qui aura pour nourrice la mère Barberin…

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Bien entendu, Alexandre Zambeaux en charge de la dramaturgie et Léna Bréban ont choisi les moments les plus représentatifs de ce roman souvent bavard et qui tombe parfois dans le mélo mais les personnages, bien campés, sont emblématiques d’une société et l’intrigue est facile à suivre par de jeunes lecteurs.  Hector Malot qui se réclame de Stendhal, a un souci exemplaire de vérité et se révèle aussi bon dialoguiste… Entre autres, quand il évoque la vie de Rémi à la campagne, tout est dit en quelques phrases : «Tu sais que c’est aujourd’hui Mardi gras, le jour des crêpes et des beignets. Mais comme tu sais aussi que nous n’avons ni beurre, ni lait, tu n’oses pas en parler. C’est vrai ça ?
– Oh ! mère Barberin.
– Comme d’avance, j’avais deviné tout cela, je me suis arrangée pour que mardi gras ne te fasse pas vilaine figure. Regarde dans la huche.
Le couvercle levé, et il le fut vivement, j’aperçus le lait, le beurre, des œufs et trois pommes.
– Donne-moi les œufs, me dit-elle, et, pendant que je les casse, pèle les pommes.

Oui, mais voilà  depuis le covid est passé. Et Léna Bréban, comme Alexandre Zambeaux, ne cache pas sa déception et sa tristesse. « Nous avions juste fini les répétitions et fait un dernier filage qui a fait l’objet d’une captation pour nous, quand le décret est tombé. Et il faudra bien faire avec.  J’ai le bonheur d’avoir avec moi d’excellents acteurs. Véronique Vella joue Rémi, Thierry Hancisse, Vitalis. Jean Chevallier, le jeune acteur qui jouait Alexandre dans Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman: Matthia, l’ami de Rémi, Dominique Blanc, (qui vient d’être nommé sociétaire de la Comédie-Française) la mère Barberin. Antoine Prudhomme de la Boussonnière: l’enfant handicapé. Et Alexandre Zambeaux qui a construit avec moi toute la dramaturgie, joue plusieurs des méchants qui peuplent le récit. Mais la plupart interprètent aussi d’autres personnages secondaires.
Et nous avons voulu avec Alexandre que l’adaptation de ce roman soit drôle, voire le plus burlesque possible. Mais pour compenser, les scènes tristes sont traitées au premier degré:impossible autrement quand il faut mettre en scène la mort de Vitalis. Et ce roman nous rappelle à réalité d’aujourd’hui: ce vieil homme misérable, victime d’un déclassement comme un SDF d’aujourd’hui, meurt de froid à cause d’une tempête de neige… Nous avons répété, bien sûr tous masqués, avec toutes les précautions: gel, etc. Et aucun repas ensemble, aucune personne venant de l’extérieur. Mais à la fin, bas les masques et pour moi, c’était génial de voir enfin apparaître le visage de mes acteurs et de tous leurs personnages.”

Et le proche avenir?  “ Je suis bouleversée mais croisons les doigts, dit Léna Bréban, les répétitions reprendront en octobre, et j’espère vraiment avec les mêmes interprètes. C’est cela qui me fait plus peur car ma direction d’acteurs se fait beaucoup à partir du corps et j’ai beaucoup d’admiration pour mon équipe: tous passionnés, ils travaillent énormément.
En attendant, j’ai la grande chance de pouvoir faire une mise en scène au festival Les Utopiks de Un à Cent dix  ans qui devrait avoir lieu du 29 janvier au 3 février à la Scène Nationale de Chalon-sur-Saône. C’est une petite forme avec deux acteurs dont Antoine Prudhomme de la Boussonnière, sur l’égalité hommes/femmes, un spectacle adapté du roman Grand Saut de Florence Hinckel. Avec des dialogues parfois étonnants:  « Elle se souvint alors d’une phrase qu’elle avait lue quelque part sur le net :  » « Si c’est gratuit, c’est toi, le produit. »
Quant à la suite, dit Léna Bréban, je reste optimiste mais je suis, comme tous les acteurs et metteurs en scène, dans l’attente des décisions gouvernementales .”

Philippe du Vignal 
 

 


Derniers cadeaux pour 2020 mais vous en aurez d’autres l’année prochaine

Derniers cadeaux pour 2020 mais vous en aurez d’autres l’année prochaine…

Pour le moment, plus de théâtres, cinémas, musées, cafés, restaurants… C’est tout un pan de la richesse à Paris et au-delà qui reste interdit. Restent, pour se consoler un peu, des lieux insolites, extérieurs ou pas, et le plus souvent accessibles gratuitement et classés, en plein centre de la capitale ou presque. Alors, pourquoi s’en priver mais pour certains comme les restaurants, il faudra attendre encore un peu pour voir leurs décors de plus près…

Allez découvrir ces pépites bâties par de grands architectes, et/ou préservées par des conservateurs mais aussi pars des maires et des habitants soucieux de préserver ce fabuleux patrimoine… Il en existe une bonne centaine à Paris, miraculeusement intacts ou presque depuis un, voire deux ou trois siècles; en voici quelques-uns…

La B.N.F.  rue de Richelieu

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En 1998, le gouvernement décida que les bibliothèques du futur Institut national d’histoire de l’art créé en 2001, l’Ecole nationale des Chartes mais aussi le Département des Arts du spectacle à la Bibliothèque Nationale, jusque-là installé à l’Arsenal, intégreraient dans cet espace, dit Labrouste du nom de son architecte: en 1861, il commença en effet la construction de l’imposante salle de travail qui sera inaugurée sept ans plus tard. Il s’inspira pour le plafond, des coupoles byzantines mais en utilisant au maximum -une belle réussite- les possibilités du fer et du verre, comme à la bibliothèque Sainte-Geneviève, pour que l’espace reçoive le maximum de lumière.

C’est devenu un lieu très riche (sans jeu de mots!) où on célébra il y a quelques années les arts de la rue (voir Le Théâtre du Blog). En effet, le département des Arts du spectacle conserve la mémoire des expressions les plus diverses du théâtre mais aussi du cirque, danse, marionnettes, mime, cabaret, music-hall… Et du cinéma, de la télévision et de la radio. On y trouve tous les documents produits avant, pendant et après la représentation : manuscrits, correspondance, maquettes, éléments de décor, costumes, objets de scène, photographies, documents audiovisuels, affiches, dessins et estampes, programmes et coupures de presse… Et des livres et revues mais aussi de nombreuses archives et collections de personnalités comme de théâtres, festivals, compagnies. Le Département des Arts du spectacle possède aussi une antenne à la Maison Jean Vilar à Avignon. C’est un pôle de référence exceptionnel pour les chercheurs et les artistes…

B.N.F. Département Arts du Spectacle, Rue de Richelieu, Paris (I er). Métro: Richelieu-Drouot ou Palais Royal.

Le Bouillon Chartier  

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Un restaurant mythique classé aux monuments historiques et créé en 1896 par les frères  Frédéric et Camille Chartier, dans une salle à deux étages qui était auparavant un atelier de fabrication de cartouches et douilles construit en 1845. Connu dans le monde entier, notamment par les artistes américains, il a toujours gardé des prix très accessibles. D’une grande hauteur sous plafond, il est ouvert tous les jours de l’année jusqu’à minuit. Carte de cuisine traditionnelle française: pot-au-feu, harengs/pommes à l’huile, etc.

Les garçons de salle sont habillés du traditionnel gilet noir à poche et du long tablier blanc. Au Bouillon Chartier, ont été tournées la scène finale de La Chose publique (2003) de Mathieu Amalric, certains moments de La Passante du Sans-Souci (1982) de Jacques Rouffio avec Romy Schneider et Michel Piccoli et Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004). Attention, il y a toujours une file d’attente sur le  trottoir…

7 Rue du Faubourg Montmartre, Paris (IX ème).

La brasserie Vagenende
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Située boulevard Saint-Germain près du  métro Odéon et qu’il y a un demi-siècle, les Sorbonnards pouvaient fréquenter, vu les prix assez doux. Ils le sont beaucoup moins, mais le menu est de qualité et le décor de toute beauté vaut le détour… En 1904, les frères Chartier reprirent une ancienne boutique et en firent un restaurant populaire mais au décor luxueux : piliers portemanteaux en bronze, miroirs biseautés, boiseries en arabesques de style « nouille », verrière peinte recouvrant une ancienne cour intérieure, faïences aux motifs de fruits et une trentaine de paysages sur verre de Pivain. Il y a un siècle son concurrent Rougeot reprit ce Bouillon Chartier, puis le vendit  à la famille Vagenende qui en conserva tout le décor… Mais en 1966, il faillit être racheté et démoli pour y construire à la place, un supermarché! Alerté à temps par la presse, André Malraux, alors ministre de la Culture sous de Gaulle, le fit classer. Et heureusement, Vagenende est toujours là! Merci Malraux…

142 Boulevard Saint-Germain, Paris (VIème). T.: 01 43 26 68 18 La Cité florale

De petites maisons individuelles construites à proximité du parc Montsouris entre les rues Lançon, Boussingault et Brillat-Savarin il y a un peu plus de cent ans sur un ancien pré régulièrement inondé par la Bièvre où on ne pouvait donc pas construire d’immeuble.

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A voir surtout au printemps et en été : les habitations très bien restaurées ont des murs couverts de glycines et de rosiers et il y a dans des bacs des géraniums et des lys un peu partout. Bref, un délicieux et paisible coin de campagne en plein Paris, et où le grand Patrice Chéreau habita quelque temps. Chacune des maisons possède souvent son propre petit jardin et les étroites voies pavées, heureusement sans stationnement possible, ont des noms de fleurs: rue des Iris, rue des Liserons, rue des Orchidées, rue des Volubilis, square des Mimosas…

RER B Station :Cité Universitaire. Métro: Maison blanche ligne 7 Tramway T3; station Stade Charléty. Bus 21 :Amiral Mouchez-Charbonnel.

La Bibliothèque Mazarine

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Située quai de Conti dans le VI ème, elle est un «grand établissement scientifique et littéraire», placée sous la tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche mais rattachée administrativement à l’Institut de France. Le fond, complété au fil du temps, est issu de la bibliothèque personnelle du cardinal Mazarin (1602-1661). D’une architecture baroque remarquable, elle est depuis plus de trois siècles, publique et ouverte à tous. Avec aujourd’hui environ 600.000 volumes, dont un tiers est un très riche fond ancien encyclopédique et un fond moderne spécialisé en histoire, notamment religieuse, littéraire et culturelle du Moyen Âge : du XII ème au XV èmesiècle,  et des XVI ème au XVII ème siècle. Mais il comprend aussi l’histoire du livre et l’histoire locale et régionale de la France.

Visites guidées gratuites pour les particuliers et en fin de journée sous la conduite d’un conservateur.  Environ 1 h 30 et consacrées à l’histoire de la bibliothèque et de ses collections, à son architecture et à son décor… La grande galerie de la Bibliothèque Mazarine et les expositions se visitent librement aux heures d’ouverture au public. Scolaires et universitaires bienvenus à la Bibliothèque avec visites-découvertes…

23 quai de Conti, Paris (VI ème). T.  : 01 44 41 44 06. Métro: Odéon et Saint-Michel.

La Cour Damoye

Cette cour remonte à 1780, quand M. Damoye l’investit sur les terrains d’un ancien égout. De nombreux cafés auvergnats et des boucheries existaient encore à la fin du XX ème siècle avant sa rénovation et maintenant dans ce passage, on trouve des ateliers, bureaux, commerces et galeries d’art.

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Tout près de la Bastille, le faubourg Saint-Antoine  conserve ainsi de nombreuses cours ou passages. Et celui-ci est un des nombreux endroits de Paris dont on garde la mémoire grâce au cinéma friand de pittoresque. Ainsi, avant qu’il ne soit rénové, Bertrand Tavernier y avait tourné La Fille de d’Artagnan sorti en 1994, un film inspiré par Les Trois Mousquetaires et Vingt après d’Alexandre Dumas avec Philippe Noiret, Claude Rich…

Paris (XII ème) Métro Bastille. La Coupole des magasins du Printemps

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Le lieu qui préfigurait comme Le Bon Marché les grands espaces commerciaux d’aujourd’hui fut créé le 11 mai 1865 par Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos donc sous le Second Empire dans un quartier de Paris encore peu urbanisé mais promis à un grand développement car à proximité de la gare Saint-Lazare. Au au coin de la rue du Havre et du boulevard Haussmann. Architectes: Jules Sédille et Paul son fils.

Puis verront le jour neuf ans plus tard quatre autres bâtiments desservis par des ascenseurs et en 1904, sera aussi créée une  grande coupole en verre aux  couleurs magnifiques éclairant un hall de 42 mètres de haut, comprenant aussi un escalier central à quatre révolutions d’inspiration Art Nouveau.

Cette coupole fait l’admiration des étrangers dont de nombreux Japonais… Pourquoi pas vous? Vous n’êtes même pas obligé d’acheter un des nombreux produits de luxe qui ont remplacé ceux essentiels, comme dirait Macron, de ce magasin autrefois populaire et à bas prix, comme feu La Samaritaine.

Paris (VIII ème) Métro:  Havre-Caumartin, Madeleine, Chaussée d’Antin.

Le Musée des Arts Forains

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Là, l’entrée est payante 8 et 16 € mais bon, vous en aurez pour votre argent. Cela se situe dans les Pavillons de Bercy,  autrefois chais de vins construit par le Bourguignon Bercy sur des terrains offerts par Louis XIV pour se faire pardonner une bévue. A une messe, le roi avait envoyé les gardes faire s’agenouiller à une messe un homme très grand, le croyant debout.  A l’initiative de Jean-Paul Favand, metteur en scène du Patrimoine du spectacle et des Arts, le Forains, avec 11. 400 m2 est aussi orienté vers les nouvelles technologies et en 2009, il a été classé Entreprise du patrimoine vivant. C’est  la seule collection d’éléments d’art forain privée ouverte au public avec des expositions temporaires et  un site permanent: quatorze manèges, seize boutiques et attractions restaurés, dix-huit ensembles d’œuvres historiques, et plus de 500 œuvres indépendantes…

Le musée des Arts forains, le théâtre du merveilleux, le Salon vénitien, le Magic Mirror et le Théâtre de verdure sont visitables toute l’année, avec la possibilité de tester manèges et attractions… Il y a notamment un jeu de lancer de boules qui actionne une course de garçons de café dans un décor serti de miroirs en biseaux (vers 1900). Et surtout une des attractions les plus prisées: un manège vélocipédique de 1897, restauré et utilisable par les visiteurs. Un des premiers à avoir procuré de fortes sensations de vitesse: il pouvait atteindre environ  soixante km/h à une époque où les vélos eux-mêmes étaient rares et réservés aux plus fortunés et où un cheval galopait à  30 km/h. Il transporte environ 300.000 personnes par an…

Métro: Cour Saint-Emilion, ligne 14.

Le Théâtre de l’Atelier

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Et pour la bonne bouche, comme disaient nos mamans? Un petit bijou qui gardé tout son charme, sur une place pavée, maintenant appelée place Charles Dullin, un peu esquintée parce plus tout à fait plane, à cause de la construction d’un parcs à voitures en-dessous… Inscrit aux Monuments historiques en 1965, il est avec l’Odéon, un des plus anciens théâtres parisiens.

Avec quelque cinq cent places -pas très confortables mais la population a grandi en taille!- il n’a dû guère changer depuis qu’il a été inauguré il y a juste deux siècles sous le nom de théâtre Montmartre. L’un des premiers construits par Pierre-Jacques Seveste qui avait les privilèges d’exploitation de salles, dans ce qui était encore la banlieue de Paris,  comme le Théâtre Montparnasse, le Théâtre des Batignolles, le Théâtre de Belleville.. Au fil du temps, y furent programmés : comédie, vaudeville, drame, mélodrame, opérette… En 1913, il devint un cinéma: Le Montmartre qui ferma en 1922. Le comédien et metteur en scène Charles Dullin, ancien collaborateur de Jacques Copeau au Vieux-Colombier, le racheta et le nomma Théâtre de l’Atelier. Il le dirigea avec la volonté affirmée d’en faire un lieu d’excellence et  y fonda une école exigeante qui eut, entre autres élèves, Roger Blin, Madeleine Robinson, Alain Cuny, Roland Petit, Pierre Clémenti, Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho…  Il venait souvent au théâtre à cheval et il l’abritait dans la petite cour du théâtre. Il y mit en scène, le plus souvent avec des moyens très limités mais avec une grande rigueur, des auteurs de l’époque comme Marcel Achard, Jules Romains, Armand Salacrou mais aussi des classiques: Aristophane, Shakespeare, Ben Jonson, Calderon, Molière…

Puis en 1940, Charles Dullin le confia à  son collaborateur André Barsacq qui le dirigea jusqu’en 1973 et qui y créa des pièces de Paul Claudel, Nicolas Gogol, Jean Anouilh, Félicien Marceau, Luigi Pirandello,  René de Obaldia… Après plusieurs directions, Marc Lesage, ancien directeur entre autres du Théâtre de Beauvais, des Célestins-Théâtre de Lyon, reprit la salle l’an passé.

Paris (XVIII ème). Métro Pigalle.

A suivre…

Philippe du Vignal

 

 

 

 

       


Blue Jasmine et Soit dit en passant, une autobiographie de Woody Allen

Blue Jasmine et Soit dit en passantune autobiographie de Woody Allen

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Blue Jasmine, film réalisé en 2013séduit d’abord par le charme irrésistible de Cate Blanchett. Cette femme délicieuse, troublante, attractive et remarquable actrice, nous attire follement dans son tourbillon. Jasmine est un personnage léger et virevoltant, mondaine vivant à Park Avenue dans le luxe et sans état d’âme, qui se venge de son mari après avoir découvert ses infidélités. Elle dénonce au fisc, en un simple coup de fil, cet homme d’affaires et escroc qui évoque Bernard Madoff et sa pyramide de Ponzi. Son mari se suicide en prison, laissant Jasmine sans le sou et couverte de dettes. La vengeance a entraîné la chute et la destruction de toute la famille.

L’humour féroce de Woody Allen suit alors les tribulations de Jasmine qui se retrouve dans un tout autre monde, cherchant à trouver sa place dans l’appartement exigu de sa sœur Ginger, vendeuse dans un supermarché de San Francisco. De Park Avenue et des somptueuses demeures des Hampton où vivent les milliardaires de la finance, au monde de la « lower class, » on tombe du haut d’un gratte-ciel. Fort heureusement, l’humanité reste la même : crise de couple, mensonges et infidélités, désirs d’amour insatisfaits, lient tous les personnages dans une même tragi-comédie.

Hurlements, colères, réconciliations, tout se retrouve sur la côte Ouest comme à New York et se répète à l’infini. Jasmine rumine ses échecs, parle toute seule, confondant les époques et supporte comme elle peut les humiliations qu’elle doit maintenant affronter. Comment retrouver son establishment et surtout un mari riche ad hoc? Son identité reste introuvable et son fonctionnement mental éclaté, dispersé, semble se refléter dans la construction du film qui alterne les scènes du présent et celles d’un passé qui ne passe pas en un rythme étourdissant. Le mensonge et le faux-self, sont pour Jasmine comme une seconde nature et vont bientôt, une nouvelle fois, la conduire à sa perte. Tout est faux, « fake », dans cet univers factice où elle a vécu jadis et où les amitiés disparaissent au moindre coup de sirocco. L’élégant diplomate qu’elle a rencontré, qui est prêt à l’épouser et à se ruiner pour elle, s’aperçoit au détour d’une rue qu’elle lui a menti sur toute la ligne, » all down the line », et la quitte sur le champ. Jasmine se retrouve seule et abandonnée, désespérée, enfermée dans ses mensonges, ses rêves et ses contradictions, errant et monologuant seule en tailleur Chanel défraîchi, dans les rues de San Francisco, semblant promise à la clochardisation…

 Une implacable descente aux enfers semble ainsi conduire Jasmine aux bords de la folie…  Le personnage évoque irrésistiblement Blanche du Bois du Tramway nommé désir de Tennessee Williams, œuvre-culte pour Woody Allen mais on se demande cependant si le cinéaste ne règle pas ici quelques comptes. N’existerait-il pas une correspondance intime avec une femme brillante, fascinante, également capable de tout détruire pour une affaire d’infidélité ? Mia Farrow, certes, n’a pas téléphoné au fisc pour se venger de l’infidélité d’un mari mais a inventé de toutes pièces une abominable histoire d’inceste et de pédophilie pour se venger de Woody Allen, père adoptif de ses enfants. Mia comme Cate ont également détruit leur famille. Soit dit en passant, l’autobiographie de Woody Allen, raconte les plans machiavéliques de la star pour l’assassiner publiquement.

Qu’est-ce qui fascine tant Woody Allen dans ce personnage de Jasmine ? Est-ce le passage de la plus grande réussite matérielle à la soudaine pauvreté qui frappe son héroïne ou encore sa misère psychique qu’il cherche à décrire et à cerner ? Dans son autobiographie, Woody Allen raconte qu’il est lui-même passé d’un quartier très modeste de Brooklyn à la magnificence d’un appartement dominant Central Park dans le Upper East Side à New-York. Fils d’un ramasseur de balles et arnaqueur au billard, comme il aime à se décrire, il évoque les somptueuses soirées qu’il a donné à la Harkness House, avec Liza Minelli, Norman Mailer, Bob Fosse… Des soirées dignes de Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald ou de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles. Il y rencontrera Mia Farrow…

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Le titre anglais de l’autobiographie de Woody Allen est en bilingue : A propos of nothing, que l’on peut comprendre aussi comme A propos de tout. Woody nous emmène dans la ronde frénétique de ses rencontres, des comédiens et cinéastes qu’il a connus, des femmes qu’il a aimées, de la cinquantaine de films qu’il a tournés, avec une langue alerte, pleine d’humour, truffée de mots yiddish qui émergent ça et là dans son livre. Woody Allen est né en 1935, il commença à seize ans à écrire des chroniques dans plusieurs journaux de Broadway, puis pour la radio, la télévision, le théâtre, le cinéma et deviendra ensuite humoriste puis réalisateur de cinéma. « Changer de nom s’accordait parfaitement à mes rêves de faire mon entrée dans le show business… Au fil des ans, nombreux sont ceux qui se sont demandé pourquoi je l’avais transformé en « Woody Allen ». Certains ont affirmé que c’était à cause du clarinettiste Woody Herman, mais je n’ai absolument jamais fait ce rapprochement. (…) En vérité, c’était totalement arbitraire. Je voulais garder quelque chose de mon nom original : Allen Konigsberg, donc j’ai conservé Allen comme patronyme. Et je choisis Woody à partir de rien. C’était court, ça allait bien avec Allen ». Changer de nom, changer de vie, changer d’époque, trouver une identité qui corresponde à l’ambition, reste un thème majeur de Blue Jasmine. 

 Côté femmes, la vie de Woody Allen est un long périple. Dans son autobiographie, il confesse sa vive excitation pour les filles, dès son plus jeune âge. « J’aimais les filles, en elles, tout me plaisait », écrit-il. Sa mère se plaint à ses professeurs. « Il passe son temps à flirter ». A dix-huit ans, il va consulter Peter Blos, célèbre spécialiste de l’adolescence qui l’envoie sur le divan quatre fois par semaine pendant huit ans. Woody Allen a passé de longues années en psychanalyse. « J’ai réussi à éviter soigneusement tout progrès notoire », raconte-t-il avec humour.

 

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Marié trop jeune à vingt ans avec Harlène, dix-sept ans, puis avec Louise Lasser qui souffrait de troubles mentaux et qui fut soignée en hôpital psychiatrique, ayant eu une longue liaison avec Judy Henske, atteinte de troubles maniaco-dépressifs, tombant sans cesse amoureux de filles « mechuganas », totalement dingues, « aussi instables que l’uranium », Woody rencontre Mia Farrow après de nombreuses tribulations.Il aurait dû, écrit-il, relever dès le départ bien des signes inquiétants. « Les signaux s’allumaient tous les trois mètres, mais la nature nous a fourni un mécanisme de déni, sans lequel nous ne pourrions traverser l’existence, comme l’ont expliqué Freud, Nietzsche et T.S. Eliot ». Peu de temps après leur rencontre, Mia Farrow lui propose de lui faire un enfant. Elle en a déjà sept, trois biologiques et quatre adoptés.

« La promptitude de la proposition et l’irritation de Mia face à son refus aurait dû me faire deviner qu’il était face à un personnage plus complexe que la super-maman un peu fragile qu’elle semblait être », écrit Woody Allen qui semble ici fort prudent; s’est-il fait relire par ses avocats ? En fait, c’est une véritable Mégère, une Gorgone, qui va bientôt se déchaîner.

Mia Farrow est décrite comme une mère maltraitante qui use et abuse de ses enfants biologiques ou adoptés. Certains ont été rendus après quelques jours passés chez elle, comme la loi l’y autorise, parce qu’ils ne lui convenaient pas ! « Les enfants ne s’achètent pourtant pas comme des jouets », écrit Woody. Le devenir de plusieurs de ces enfants sera tragique. Deux eux se suicideront. Une fille mourra du sida, sans que sa mère, lit-on, ne s’en préoccupe.

Woody Allen apparait comme un mécène, un sponsor, dépensant des millions de dollars pour subvenir aux besoins de sa nouvelle et nombreuse famille. Quand naît leur fils Satchel, (aujourd’hui Ronan et dont Mia Farrow dira que son père biologique est en fait Frank Sinatra), Mia reprend les clés de son appartement et change soudain de comportement avec Woody Allen qui n’est plus persona grata chez elle. Ils n’ont jamais vécu ensemble et il traverse Central Park tous les matins pour se rendre dans l’Upper West Side où habite Mia Farrow pour voir ses enfants.

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Une tragédie alors se noue quand Woody Allen s’éprend de Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow, qu’il connait et côtoie depuis de nombreuses années. Des photographies érotiques de la jeune femme sont découvertes par une femme de ménage qui les apporte à Mia Farrow. Acte manqué de Woody qui a laissé traîner ces photos sur une cheminée ? L’étourderie n’explique pas tout… Mia Farrow, blessée, considère qu’il lui a volé sa fille Soon-Yi et décide, pour se venger, de lui interdire la sienne, Dylan, cinq ans, fille adoptée et reconnue par lui. Mia l’accuse d’inceste envers sa fille Dylan. On sait que ce type de plainte apparait quelquefois au cours des divorces conflictuels et ruine les familles. La plainte de Mia Farrow donnera lieu à une longue instruction et fera exploser toute la famille. Suivront sept ans d’interrogatoires par la police, Allen passera au détecteur de mensonge, ses enfants seront examinés par de nombreux psychologues et pédopsychiatres ; il ne pourra les voir que lors de visites médiatisées ! Il engagera les meilleurs avocats, dépensera des millions de dollars pour obtenir gain de cause : deux jugements le blanchiront en effet complètement.

Le lecteur français aura sans doute du mal à suivre et à comprendre le système judiciaire américain. Les juges sont ici décrits comme incroyablement partiaux, pouvant entretenir des relations personnelles avec les plaignants. Comment comprendre, en effet, que le juge Frank Maco puisse aller déjeuner avec Mia Farrow ou que le juge Wilk se rende lui-même coupable de harcèlement sexuel envers un prévenu ! On reste sidéré par la narration que Woody Allen peut faire de la justice américaine. Les éditions Skyhorse Publishing qui ont publié l’autobiographie de Woody, A propos of nothing, ont sans doute bien relu chaque ligne et engagés les meilleurs avocats ! On pense par ailleurs ici à l’acharnement du procureur Kenneth Starr envers Bill Clinton dans l’affaire Monika Levinski et aux poursuites encore actuelles de la justice américaine contre Roman Polanski dans l’affaire Samantha Gailey-Geimer.

Malgré tous les faux témoignages et atermoiements, Woody Allen s’en sortira par un non-lieu. Le procès aura duré des années et des millions de dollars auront été dépensés en expertises et contre-expertises pédo-psychatriques, comme en frais d’avocat. L’affaire va-elle en rester là et la vie de Woody avec Soon-Yi va-t-elle être enfin tranquille ? Le couple vit depuis vingt-cinq ans ensemble à New-York et a adopté deux petites filles d’origine coréenne… Malgré tout l’humour du livre, la plongée dans Manhattan et les blagues yiddish, la suite n’a rien d’une comédie désopilante. Une nouvelle plainte va transformer la vie de Woody Allen en cauchemar. En février 2014, Dylan, trente ans, publie une lettre ouverte dans le New York Times où elle accuse son père Woody de l’avoir violée, enfant, dans un grenier.

 A l’ère Me-Too, l’accusation fait l’effet d’une bombe. Voilà Woody Allen « en nouveau Dreyfus ou en tueur en série » ! Malgré deux jugements qui l’ont innocenté et totalement blanchi, Woody Allen est aujourd’hui considéré aux Etats-Unis comme un prédateur pédophile. Si de nombreuses comédiennes comme Scarlett Johansson l’ont soutenu, si toutes les femmes de sa vie furent là pour l’épauler, Harlène, Diane Keaton, Louise, Stacey…, certaines actrices ont déclaré publiquement qu’elles regrettaient d’avoir joué dans ses films. Le New York Times, l’a éreinté choisissant de croire qu’il avait abusé de sa fille. Son dernier film Un Jour de pluie à New York n’a pas trouvé de distributeur dans son pays. Un nouveau maccarthysme sévit aujourd’hui aux États-Unis. Mia Farrow a-t-elle réussi sa vengeance, ou tout est-il pourri au royaume de l’Oncle Sam ? Restent l’humour imbattable de Woody Allen, ses blagues, son talent d’écrivain et surtout… ses cinquante-six films à voir et à revoir. 

Jean-François Rabain

                                                                                                          


 


En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

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L’année avait bien commencé avec Le Sacre du printemps, une version d’Isaac Galván, accompagné par la musique d’Igor Stravinski jouée dans son intégralité et sa réduction à quatre mains par les virtuoses Sylvie Courvoisier et Cory Smythe sur leur Steinway D grande queue à deux claviers.  Son respect pour le chef-d’œuvre qui, jadis, fit scandale, n’a pas empêché le Sévillan Isaac Galván d’introduire quelques touches d’humour, y compris dans la gestuelle. Nous l’avons vu, à plusieurs reprises, chuter brusquement pour se retrouver le postérieur sur le tapis de sol, façon «clown de Dieu».
Pour rester dans le flamenco, Rocío Molina nous est revenue en forme olympienne, sinon olympique: elle a mis du liant dans ses routines de danse autrefois déglinguées. Au festival de Nîmes, elle a suivi pas à pas et note à note, les arpèges debussiens du mélancolique guitariste et compositeur espagnol Rafael Riqueni.

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Parmi les opus sacrifiés par la faculté de médecine, il y a eu cette année des spectacles dits vivants, ou se croyant tels. Et aussi Petites danseuses d’Anne-Claire Dolivet, un documentaire -la chose étant rare par les temps qui courent- certes mineur mais qui n’est jamais sorti. Même s’il a fait l’objet de quelques projections pour les critiques et la cinéphilie… Deux fillettes rêvant de devenir ballerines sont dirigées par une prof de danse qui fut «Mademoiselle âge tendre» au milieu des années soixante. On pense à Adolescence, le premier film de Marin Karmitz, coréalisé avec Vladimir Forcency, où Sonia Petrovna suit les cours de Lioubov Egorova, ex-étoile des Ballets russes. On pense aussi à ce feuilleton télévisé L’Âge heureux (1966) de Philippe Agostini et Odette Joyeux, la mère du regretté Claude Brasseur, qui bénéficiait des chorégraphies néoclassiques de Michel Descombey.

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Si l’on passe de l’image animée, à celle fixée par Gyula Halasz, plus connu sous le nom de Brassaï, nous avons pu dater cette photo que nous avions acquise en 1992 à Drouot, représentant une danseuse en tutu de 1935 et non 1938 comme indiqué dans le catalogue : l’étoile soviétique Marina Semenova, invitée par l’Opéra de Paris à danser Giselle avec Serge Lifar…

 Un entretien avec Raoul Sangla nous a permis de revenir sur le traitement de la danse et des variétés par la Télévision, au temps de l’O.R.T.F. Ce réalisateur, influencé par la distanciation -non celle du docteur Véran, actuel ministre de la Santé- mais celle de Bertolt Brecht, a capté dans des conditions étonnantes et acrobatiques, les récitals des chanteurs des années soixante. De Jacques Brel à Johny Hallyday, en passant par Charles Aznavour, Guy Béart, Claude Nougaro, Salvatore Adamo, Dalida, Serge Gainsbourg, Christophe, Michel Polnareff, Julien Clerc, Françoise Hardy, Brigitte Fontaine, Petula Clark, Sonny and Cher, Nancy Sinatra, The Kinks… Et Jimmy Hendrix, qu’il a enregistré en 1967 pour Discorama. Il fait mine de jouer du… piano et du violon en se livrant à un happening. On le voit aussi chanter pour Le Nouveau dimanche avec son groupe, The Jimi Hendrix Experience (Mitch Mitchell à la batterie et Noel Redding à la basse), dans une belle version de The Wind cries Mary. C’était à Balard, dans un chantier de démolition, parmi les marteaux-piqueurs…

Cette année, nous avons aussi discuté au téléphone avec Marc’O, metteur en scène de théâtre et réalisateur de quatre-vingt douze ans qui invita le groupe lettriste d’Isidore Isou en 1950 au Tabou, un éphémère mais célèbre club de jazz et de danse fréquenté par Miles Davis, Sartre et Beauvoir, Montand et Signoret…. Marc’O produisit Traité de bave et d’éternité, un film d’Isidore Isou l’année suivante et publia deux revues d’avant-garde, Ion et Soulèvement de la jeunesse. Et Jean Cocteau présenta au festival de Cannes Closed Vision (1952), un film que Marc’O réalisa avec l’aide de Léon Wickman et du milliardaire américain Howard Hughes. «Il faudrait parler, disait-il, de retardataires et non de précurseurs, car un précurseur, tel que la routine l’entend, serait analogue à un homme qui se promènerait avec un parapluie ouvert la veille, et même l’avant-veille, d’un orage. »

 2020 aura permis de tester la censure, désormais robotique, de réseaux plus ou moins sociaux qui aurait voulu être exercée sur une photo de Body of Work, performance de Daniel Linehan au Potager du roi à Versailles (voir Le Théâtre du Blog) dans le cadre de Plastique danse flore. Avec volonté d’en interdire la publication -ou le soi-disant «partage»- par un système aveugle d’algorithmes ! La nudité choquerait-elle davantage les prudes directeurs de plateformes internet, que les propos scandaleux ou racistes ?

Enfin, auraient mérité des nécrologies : Monet Robier, la fille de Rosella Hightower, une danseuse contemporaine et pédagogue de l’école cannoise, dont, à notre connaissance, aucun média, en dehors de Nice-Matin, n’aura rendu compte de la disparition…

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Et bien sûr aussi, Zizi Jeanmaire, danseuse classique puis néoclassique, immortalisée par le disque, la télévision et  le cinéma. Freddy Buache avait bien analysé son succès à l’écran : «Merveilleuse actrice autant que danseuse, elle possède une intelligence corporelle (Ah ! que ses épaules sont spirituelles) qui lui permet de jouer toute la gamme des attitudes. Aussi superbement gouailleuse que Mistinguett, délurée comme Arletty, elle peut subitement se transformer en petit animal apeuré. Elle chante et mime la croqueuse de diamants avec une aisance foudroyante: pétillante dans des froufrous emplumés, ravissante en robe de cocktail, émouvante en trench-coat. »

 Nicolas Villodre


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Blue Jasmine et Soit dit en passant, une autobiographie de Woody Allen

En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

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