Festival d’Aurillac: suite

Festival d’Aurillac

Les 3 Tess, chorale loufoque (tout public, à partir de cinq ans)

E1FBBFD6-7906-442E-AFEB-93B435D1D7E1Cécile Dallier, Amandine Rubio et Jacques Toinard: un  trio vocal et loufoque, très B.C.B.G. chante le soleil qui a chassé la pluie. « Le Pape est mort, il ne grandira plus ! » « Les oiseaux sont sur les arbres ». Un acteur va danser dans le public, se réfugie dans les bras d’un spectateur en chantant cuicui et Alouette, gentille alouette.

Les deux autres se déchaînent : « Une bonne fête à toutes les Rose et Roseline. Puis on a droit à un concert de grimaces et à Ne pleure pas Jeannette… On nous présente ensuite Miss ADN, Miss Urdupoix et Monsieur Tituel. «Nous faisons partie des grandes clefs vocales de France, nous allons pratiquer un canon vocal tous ensemble ! »
Un rire nous échappe parfois mais ce spectacle nous a laissé sans grand enthousiasme.

Edith Rappoport

 Emotion par la compagnie Monsieur Cheval & Associés

69E2BC6E-433E-467C-B830-10B62EEE55C1Théodore Carriqui et Vincent Portal revêtent des justaucorps couleur chair… On entend un roulement de tambour : « Nous allons commencer par un cycle émotionnel de trente minutes ! » Les acteurs se tordent de rire,  jouent des scènes du quotidien, boivent un verre, chantent de façon ridicule puis s’asseyent pour manger une pomme.
L’un d’eux se frotte les yeux, récite  des poèmes d’Apollinaire et d’autres écrivains et du Corneille, tout en mangeant : »Une émotion peut se placer sur une échelle de un à dix. Niveau 1 : joie, colère, peur, tristesse. On explore les autres niveaux sur l’articulation émotionnelle…Ils enfilent de fausses lèvres pour exprimer la peur : « Celui qui ne sait pas partager, est infirme des émotions ! » Ils parlent ensuite d’émotion et motricité, se présentent: Théodore et Vincent. L’un d’eux se scotche le visage, évoque Albert Einstein et parle d’une armure de joie. L’autre le frappe avec un boudin, il proteste. C’est absurde, parfois drôle mais malheureusement un peu vain…Tant pis

E.R.

Doppelganger, écriture  et mise en scène de Brice Maire

ED32D1A4-4975-40A4-935A-34F53B422D84On entend un bourdonnement dans le noir sur fond de musiques envahissantes venues d’autres spectacles dans des cours proches, puis on perçoit, dans la pénombre, le corps d’un adolescent nu (Sébastien Dénigues); il raconte sa descente aux enfers de la drogue et la jouissance qu’il procure à d’autres comme esclave sexuel. L’héroïne a fait de lui un objet et il tente de s’en débarrasser mais c’est peine perdue et il ne peut y échapper malgré de multiples cures de désintoxication.

Fascinant et paradoxalement pudique dans sa nudité aussi physique que mentale, cette autobiographie est-elle rêvée ou vécue ? En tout cas, le public de cette petite cour accueillante retient son haleine.

Edith Rappoport

 

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Festival d’Aurillac (suite) Rituel de désenvoûtement de la finance Occupy

Festival d’Aurillac (suite)

Rituel de désenvoûtement de la finance Occupy par la compagnie Loop-s

Une occupation temporaire de l’espace public avec de nouveaux rites collectifs  pour contribuer à la transformation de notre système économique. Avec partage et expérimentations de pratiques artistiques et sorcières. « Un lieu où l’on est invité à couper symboliquement le lien, l’emprise de la finance sur nos vies et celle de la production agricole, afin de retrouver, ici et maintenant, dans notre quotidien, de la puissance pour imaginer et fabriquer de nouveaux mondes. La finance donne un prix aux céréales, au lait, à la viande, aux semences, à la terre ; elle façonne les terres agricoles et leur usage, elle détermine notre façon d’accéder à l’alimentation. La finance est partout, l’argent déborde. »

C’est une création -très collective!- de cette compagnie belge par Julien Celdran, Luce Goutelle, Emmanuelle Nizou, Camille Lamy, Maxime Lacôme, Aline Fares, Fabrice Sabatier, Stéphane Verlet-Bottéro, Ilaria Boscia, Dimitri Tuttle, Yohan Dumas, Aude Schmitter, Alix Denambride, Zelda Soussan, Arthur Lacomme, Amandine Faugère, Vincent Matyn, Suzie Suptille, Grégory Edelein, Alice Conquand, Émilie Siaut, Martin Pigeon, Gabriel Nahoum, Grégory Rivoux, Lora Verheecke et Jean-Baptiste Molina. Ici, trente participants rassemblés autour d’une construction pyramidale figurant le Veau d’Or, édifiée place des Carmes. Des feux brûlent tout autour, des cravates accrochées à un fil, flottent au vent et les propositions d’Euro Next sont affichées. On entend les réactions du marché en plusieurs langues et des agents torse nu s’enlacent.

Mais, panique dans les salles de marché: il faut désenvoûter les cartes bancaires. «Tenons-nous les uns, les autres, par la carte bancaire, la finance est partout, la finance est nourrie de nos dettes abyssales qui nous soufflent aux oreilles. » (…) « Il faut briser quelque chose, de l’ordre de l’envoûtement. Laisser les questions économiques et financières aux mains des experts n’est plus envisageable! » Tous les spectateurs obéissent, sauf nous, prennent leur carte bancaire et se tiennent les uns les autres

On perçoit un message publicitaire de Monsanto/Bayer quand on présente les profits. Mais tout s’écroule: les participants tournent autour du Veau d’or puis libèrent la place. Ce deuxième « rituel de désenvoûtement, celui du Marché des semences a laissé la place à 23 h 23 à celui du Marché des céréales. Mais, lassés et déçus, nous avons renoncé…

Edith Rappoport

Jusqu’au 24 août, place des Carmes, Aurillac. Des ateliers participatifs ont eu lieu le 24 août à 11 h 11 et à 13 h 13.


Terra Lingua, chantier de paroles, texte d’Olivier Comte, mise en scène d’Olivier Comte et Julia Lopez

Terra Lingua, chantier de paroles, texte d’Olivier Comte, mise en scène d’Olivier Comte et Julia Lopez

904E80E4-EBE2-4CD5-AF1A-6967A9C13686Une création issue d’une résidence de la compagnie des Souffleurs poétiques au Parapluie, la grande et belle salle située en dehors d’Aurillac. « C’est, nous dit la note d’intention, le voyage du silence de l’Homme vers sa parole, qu’il ne lâchera plus. À travers une parole qui cherche son nom, Babel se dresse puis s’évanouit, célébrant ainsi le génie de l’être humain à réinventer sans cesse le monde dans chacun de ses mots. Une langue ne sert pas seulement à parler, elle sert à penser le monde. (…) « Le chemin de l’être humain, du silence à la parole, puis de la parole à l’écriture, la voilà, le véritable monument, la tour du silence. »

Cela se passe sur la très grande place Michel Crespin devant la façade d’une ancienne caserne rénovée aux quelque soixante fenêtres. Un carré fermé par des tôles grises d’où émerge une longue perche dotée d’un micro placé au-dessus de l’espace scénique. Les comédiens se font face, vêtus d’épais manteaux en fourrure synthétique, ce qui, par la chaleur actuelle, représente une performance… Manteaux qu’ils enlèveront rapidement  pour se retrouver en collant noir et T. shirt rouge. Pas de paroles et très vite Nicolas Bilder, Christophe Bonzom, Olivier Comte, Virginie Deville, Thomas Laroppe, Irène Le Goué, Julia Loyez, Axel Petersen, Kevin Rouxel et Vincent Comte vont monter soigneusement et avec un évident savoir-faire, une tour-échafaudage en tubes de métal d’environ huit mètres de hauteur et se placeront aux différents niveaux.

Et tout en haut, plusieurs d’entre eux diront alors un texte sur une musique de basses très rythmée. Mais mauvaise balance: on les entend mal. “ Je n’ai pas de nom, personne n’a pris soin de me nommer. Est-ce que j’existe si je n’ai pas de nom.” Suivent un texte interminable sur le thème du nom qui continue à être noyé sous les basses. A la fin, il y a un clown blanc au petit chapeau conique et un acteur avec une longue coiffe d’Indien… Comprenne qui pourra!
Puis on entend la fameuse chanson Les Feuilles mortes autrefois interprétée  par Yves Montand. Enfin un vrai petit moment de poésie dans ce tunnel d’ennui, même si on en en voit mal la relation avec le spectacle : « Oh, je voudrais tant que tu te souviennes/ Des jours heureux où nous étions amis/ En ce temps-là la vie était plus belle/Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui. /Les feuilles mortes se ramassent à la pelle/ Tu vois, je n’ai pas oublié/ Les feuilles mortes se ramassent à la pelle/Les souvenirs et les regrets aussi. »

 « Les Souffleurs s’inscrivent dans l’évidence du clignotement général du monde, ( sic!!!!) usent de la nécessité vitale du droit d’irruption poétique. Dans ces temps de grandes incertitudes et de repli identitaire, ils nous rappellent que les incroyables vitalité et diversité des pensées du monde à travers nos langues sont une chance inouïe pour tous. »

 On veut bien mais ce sabir et ces lapalissades sur les langues font long feu et le texte n’a rien de très convaincant! Bref, on voit mal où ces Souffleurs poétiques, entre acrobaties et  essai philosophico-littéraire, veulent nous emmener… Ces soixante-cinq minutes nous ont paru une éternité et les quelque trois cent spectateurs de ce spectacle -dit en accès libre: c’est à dire gratuit- n’a guère applaudi et est très vite parti ou avait déjà déserté… Encore un travail assez prétentieux qui n’avait pas sa place dans ce festival ! Et on comprend mal qu’il ait pu être choisi… Et le pauvre Michel Crespin, l’ancien directeur du festival, aujourd’hui dans le ciel des artistes, doit en être tout étonné…

Philippe du Vignal

Spectacle joué du  21 au 23 août,  Place Michel Crespin, Aurillac.

 

 

 


J’ai peur quand la nuit sombre par Erd’O (pour adultes et enfants à partir de douze ans)

 

J’ai peur quand la nuit sombre, d’après des versions du Chaperon rouge (tradition orale)  mise en scène d’Edith Amsellem (pour adultes et enfants à partir de douze ans)

25515-190814163836381-0Un spectacle conçu pour des parcs et jardins,  avec les personnages emblématiques du Petit Chaperon rouge, loin des contes de Charles Perrault et de ceux des frères Grimm. Soit, nous dit à l’entrée, une voix off aussi mielleuse qu’insupportable: «Une invitation à se perdre dans les méandres symboliques de quelques versions originelles du conte ». Bon, à voir…

Cela se passe à La Plantelière, un très bel arboretum sur sept ha à Arpajon-sur-Cère, une commune jouxtant Aurillac. Avec une grande variété d’arbres: érables, conifères, fruitiers, frênes, saules, hêtres… de nombreuses prairies avec fleurs sauvages, un labyrinthe de haies, un potager, un espace compost, un verger des formes et un verger conservatoire… Le tout, sans pesticides, herbicides ou engrais chimiques.

Le spectacle déambulatoire a lieu en trois espaces dans une clairière. Le public s’assied, s’il le peut et de temps à autre, sur quelques rares coffres en contre-plaqué coloré en  brun, vite convoités. Sur l’herbe verte et sous les beaux arbres éclairés par des projecteurs suspendus, il y donc ces espaces délimités par un fil rouge: la maison de la grand-mère Laura (soixante quatre-ans, dit-elle) celle de la mère et si on a bien compris, entre les deux, un espace dévolu au grand méchant loup, un grand jeune homme masqué, torse nu et en collant noir, muni d’une hache. «En libre circulation autour d’un jeu de pistes de la maison de la mère à la maison de la grand-mère, le public pourra assister à une ou deux séances pour suivre le fil rouge de différents points de vue. »

Effectivement, il y a du fil rouge un peu partout sur l’herbe verte et décliné en paquets, pelotes, mur, tas, mannequins… Et la grand-mère en embobine même une dizaine de mètres sur une perceuse sans fil verte donc assortie à l’herbe. La maison de la mère est elle figurée par un cadre en tringles rouges. Bref, du rouge partout avec  des centaines de mètres de fil de laine mais à l’inverse, l’histoire, elle, manque singulièrement – pardon pour le jeu  de mots facile- de fil rouge et on s’ennuie vite…
Le spectacle en deux parties est coupé d’un entracte : pour la première, cela se passe en quatre chapitres. L’installation plastique ne manque pas de charme, surtout à la nuit tombante mais on ne s’intéresse guère au texte, assez médiocre et souvent couvert par la mauvaise balance avec la musique. On se balade d’un endroit à l’autre comme l’a recommandé la voix off. Comme il y a parfois certaines scènes qui se jouent en même temps mais qui semblent se répéter, fatalement on décroche. D’autant que le niveau de jeu est assez faible ! Heureusement, il y a l’arboretum qui permet de rêver, le chant de quelques oiseaux nocturnes et quelques beaux instants avec la grand-mère dans la revisitation du célèbre conte. Mais pour le reste autant en emporte la nuit et tout cela ne suffit pas à faire un spectacle… Bref, on n’a absolument aucune envie de rester pour la seconde partie. Heureusement, il y a une navette prévue et le car est vite bourré. Rares en effet ont été  les applaudissements… On se demande bien pourquoi ce spectacle a été programmé ! A la sortie, une spectatrice exaspérée ne mâchait pas ses mots à propos du travail d’Edith Amsellem: «Quinze euros pour une petite chose aussi prétentieuse que dénuée d’humour, cela fait cher! » Donc, conseil d’ami, vous l’aurez compris, inutile de vous déplacer…

Philippe du Vignal

Le point de vue de Joséphine, critique stagiaire au Théâtre du Blog…

Une voix-off à la diction étrange nous donne les consignes. Avec un léger air de Twin Peaks. « Il n’y a pas de sens à la visite »  » (…) « Vous pouvez composer votre spectacle ». Un fil de laine rouge délimitant la scène sur quelque quatre vingt mètres de long, est interdite aux spectateurs. Trois espaces alignés, non séparés mais de l’un à l’autre, on ne peut entendre les dialogues… Si on en a le courage, il est possible de rester voir le même spectacle être rejoué une seconde fois pendant une heure dix, sinon  impossible de suivre tous les dialogues. De toute façon, cette histoire décousue est  difficile à comprendre !

Le dépaysement induit par l’installation peut séduire mais le texte manque  d’originalité. C’est une énième libre adaptation du Petit Chaperon Rouge, avec des thèmes maintes fois traités: relations mère-fille, émancipation féminine, règles, ménopause ou sexualité… Et on ne comprend pas vraiment ce que l’on fait là. Si les comédiens jouent les prisonniers de leur fiction, on se sent quant à nous, mis à l’écart et on les laisse volontiers dans leur espace. Croire qu’un public debout est un peu plus actif que sur un fauteuil et qu’il se sent forcément plus concerné par ce qu’on lui raconte, participe d’une certaine  naïveté…
Tant pis, mais aucune envie de rester et comme Philippe du Vignal, nous  avons repris la navette à la fin de la première partie…

Joséphine Yvon

 Du 21 au 24 août à 20 h 30, départ en navette: 36 avenue des Pupilles de la Nation, Aurillac. 

 


Festival de Bussang: Moi, Bernard

Festival de Bussang (suite) :


image (1)Moi, Bernard

Chaque dimanche, le comédien et metteur en scène Jean de Pange propose une exploration de la correspondance de Bernard-Marie Koltès, à partir de Lettres (2009)  parues aux éditions de Minuit.  François Koltès, frère et ayant-droit de Bernard-Marie, a fait un choix parmi cette vaste correspondance (heureux temps qui ne connaissait pas encore Internet et où on pouvait suivre la trace d’une vie, d’une pensée…)

Jean de Pange porte, de sa seule voix, cette invitation à voyager dans l’œuvre et la biographie de Koltès, au milieu des livres, sur une petite estrade de la salle des fêtes. Nous découvrons les débuts dans l’écriture du jeune Bernard, avec une carte de vœux écrite en 1955 à ses parents. Un clin d’œil qui place d’emblée ce parcours dans l’intimité familiale, amicale mais Jean de Pange garde une totale pudeur sur les destinataires dont peu sont mentionnés. Ce n’est donc pas le répertoire mondain, théâtral ou littéraire des relations de l’auteur que nous suivons, mais bien plus le contenu de sa pensée, de ses inquiétudes, de ses espoirs…

Et d’espoirs, Bernard-Marie Koltès en est plein, alors qu’il commence en 1968 à se lancer : «Je risque mon âme » en créant une compagnie de théâtre aujourd’hui oubliée : Le Quai, à Strasbourg, pour laquelle il écrit Les Amertumes, Procès ivre puis Héritage. Nous suivons les débats sur le formalisme avec Hubert Gignoux qui l’accompagnera de ses encouragements. Vient le début de la reconnaissance avec l’enregistrement pour France-Culture, grâce à Lucien Attoun, de la version radiophonique d’Héritage (1972). Et la révélation à Avignon avec La Nuit juste avant les forêts en 1977.

Cette période nous est la plus précieuse: nous lisons dans ses lettres la rage d’écrire autrement, de dire un ailleurs qu’on ne voyait pas sur les scènes. Tissée de ses multiples voyages (il se voulait imprégné d’autres réalités, d’autres rencontres, d’autres extases, alors que le milieu parisien du théâtre lui sortait par les yeux), cette correspondance dessine la carte de ses lieux privilégiés: New-York, le Nicaragua, différents pays d’Afrique, Riode Janeiro, qui en font un « errant des villes « .

Jean de Pange saute d’un extrait à l’autre et parfois nous livre visuellement le contenu d’une lettre. Sans doute est-ce à la fois le charme et la fragilité de cette proposition : on sautille dans le temps, on se plaît à reconnaître tel ou tel interlocuteur, à se souvenir de telle mise en scène: nous avons l’âge d’avoir vu les créations de Combat de nègres et de chiens, Quai Ouest, Dans la Solitude des champs de coton, Roberto Zucco ou encore Retour au désert

Mais rien de la correspondance avec Patrice Chéreau. Et on se demande à quel moment le sida y prendra sa place de personnage principal… Et ce sont donc les années de jeunesse qui font l’intérêt majeur de Moi, Bernard. Mi-conférence, mi-confidence. Ces soixante-quinze minutes filent, au rythme des petites saillies de l’acteur qui cherche encore, manifestement, la colonne vertébrale de son projet. Mais on ne boude pas son plaisir: passer une heure avec Koltès, c’est quand même passer un moment d’intelligence et de non-conformisme. Et nous sortons assez perplexes quand deux jeunes filles disent à la sortie : – «Tu sais qui c’est toi, Koltès ? » – «Non, aucune idée, jamais entendu parler. » Peut-être auront-elles envie de le découvrir ?

 Marie-Agnès Sevestre

Prochaine représentation: le 1er septembre, à 19 h, salle des fêtes de Bussang.


Festival d’Aurillac 2019 (suite)

Festival d’Aurillac 2919 (suite)

©Midi Libre

©Midi Libre

Full Fuel, par la compagnie Oxyput, chorégraphie de  Marine Cheravola

On place le public en rond autour d’un espace délimité par cinq bidons bleus. Autour, quatre danseuses se déhanchent furieusement, accompagnées par la musique d’une guitare électrique. Certains spectateurs se lèvent et les accompagnent. Elles tombent et jaillissent à nouveau. La ronde des spectateurs se rétrécit autour d’elles. Elles saisissent les bidons, se les envoient. L’une, seins nus, se masque avec sa chemise puis saute. Elle allume une cigarette et une autre boit à un bidon rouge et défaille. Les trois autres boivent aussi l’une après l’autre et tombent en arrière. Les danseuses courent en rond et le cercle se rétrécit encore.

Peu à peu elles mettent des habits pailletés qui recouvrent leurs tenues maculées de boue et se trémoussent en rythme. L’une d’elles se lance dans un beau solo: « Une transformation d’un système s’accompagne d’une accélération des particules ! » Elles se projettent l’une contre l’autre, puis tournent en rond, entraînant dans leur course des spectateurs fascinés. A ne pas manquer !

Edith  Rappoport

diffusion@oxyputcompagnie.com

Avis de décès Heuheu

Avis de décès« Siméon, c’est le croque mort qui rêvait d’être marin… » Goobie entre en scène en costume de marin avec un chapeau melon : »C’est ça qui est bien dans les enterrements, Je suis mort, c’est pas drôle, tu peux faire une croix dessus ! ». Il prend un spectateur dans ses bras et l’embrasse : »Mon Jeannot, ça c’est une pelle ! Sachez qu’on fait une promotion sur les cercueils d’enfants. » (…)  « Je rêvais d’être marin, y a un trou, y a la famille, mais pas le corbillard. Je ne voulais pas être croque mort, je voulais être marin ! Est-ce que vous savez comment on ferme la bouche à un mort qui ne veut pas fermer la bouche ? » (…) « Arriver en retard le jour de mon enterrement ! On dirait que je serais mort, mais je serais un petit peu vivant ! Vous allez leur dire que tout là haut, au fond, y-a un marin.» Goobie  se plonge avec un délice non dissimulé dans cet humour noir qui plonge le public dans l’hilarité. Une cérémonie d’une demi-heure à ne pas manquer.

Edith Rappoport

Square des frères Andrieu square à 10h pastille 77, à 13 h haut du jardin des Carmes pastille 37, à 17 h 15 et 19 h 30 square des Justes, pastille 103.

La Grosse Situation, mise en jeu collective d’Alice Fahrenkrug, Bénédicte Chevallereau et Clovis Chatelain
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Crédit photo : La Grosse Situation

Les trente glorieuses célèbrent la grande distribution, on écrème le nombre d’agriculteurs, la terre est le nerf de la guerre, la déforestation est en marche, c’est l’enterrement de Gaïa notre mère. On enterre la terre. « S’il n’y a plus personne pour manger, qu’est-ce qu’on fait ? ». « Au Concours général agricole, on a le taux le plus élevé de suicides dans le pays ! »

  Un acteur trace le plan d’une ferme sur le dos nu de Clovis Chatelain qui fait le cochon. « Vinci achète des terres, JB, arrête avec ton glyphosate, la propriété privée, c’est mon libre arbitre ! »Une trentaine de paires de bottes sont disposées autour de l’aire de jeu et les comédiens les disposent en présentant le travail des agriculteurs. Un spectacle singulier à ne pas manquer.

E. R.

Rue du Puy Courny à 20 h 45 jusqu’au 24  août.

 

PSE, La Chaloupe,  mise en scène par Sarah Danga

Une performance en l’honneur des cinquante ans de l’Apocalypse ! Deux cyclistes sous une musique céleste, un homme avec des gants de boxe, une femme en manteau de fourrure, trois personnages qui se déshabillent et se serrent la main… Ce déclin émotionnel de l’humanité est conjugué au féminin ! Avec une grande fête capitaliste en hommage à nos ancêtres, à nos morts…

On apporte des fleurs, puis on brandit un drapeau tricolore. «En 2069, aura lieu l’effondrement des systèmes politiques, priorité de chacun, la survie !  La priorité n’est pas la lutte pour la vie, mais l’entraide ! » On lance des fleurs au public. «Nous allons arrêter la pollution, détruire les centrales atomiques du globe jusqu’en 2.023. L’apocalypse est proche ! » On tire un coup de feu sur un participant qui est blessé. Sur le toit d’une voiture, les trois actrices interprètent une chanson célébrant la fin du monde…

E.R.

 


La Mélancolie des dragons, conception,scénographie et mise en scène de Philippe Quesne

Brigitte Enguerand Théâtre du Rond-point

Brigitte Enguerand Théâtre du Rond-point

Festival d’Aurillac

La Mélancolie des Dragons, conception, scénographie et mise en scène de Philippe Quesne 

 Repris l’an passé au Théâtre des Amandiers-Nanterre pour célébrer son dixième anniversaire, ce spectacle a été longuement joué en France comme à l’étranger. Nous l’avions vu à sa création.  La Mélancolie des Dragons a beaucoup de texte est teinté en permanence de musique rock  mais aussi  de références à l’histoire de l’art classique et contemporain. Dans la lignée des premiers spectacles de Bob Wilson… Avec une évidente primauté donnée à l’image.

Sur le sol d’une clairière couvert de neige et tout autour des arbres sans feuilles tout  givrés, une vieille petite AX Citroën  à laquelle est accrochée une grande et haute remorque blanche où l’on découvrira des perruques suspendues et qui s’agitent parfois. Pendant dix bonnes minutes, comme un éloge à la lenteur, il ne se passe rien ou si peu : pas le moindre mot. On devine la présence de quatre personnes aux cheveux très longs dans  cette voiture aux vitres sales qui semble être en panne…

Ils mangent en silence des chips et boivent des canettes de Kro… En écoutant, entre autres, des chansons du groupe allemand qu’ils rythment de la tête. Isabelle, une femme d’une cinquantaine d’années, arrive alors et veut les  aider. Les connaît-elle ? Peut-être certains d’entre eux… De la remorque sortent alors  trois autres jeunes gens et un petit chien.
 Isabelle qui semble s’y connaître, plonge sous le capot d’où sort alors une épaisse fumée, en retire plusieurs pièces de moteur dont une tête de delco. Diagnostic sans appel; ce delco est mort et Isabelle téléphone à un de ses potes garagistes et lui demande de lui en procurer une neuve d’urgence mais il faudra attendre huit jours…

 Ces jeunes gens tout habillés de noir- de vrais et gentils loubards très crédibles  auront donc tout loisir pour refaire le monde et présenter à Isabelle leur projet. D’abord leur remorque qui n’est pas une scène mais plutôt, disent-ils, une « installation ». Isabelle les regarde, à la fois éblouie et un peu méfiante… On ne saura jamais si elle les connaît vraiment, ou pas du tout. Ils lui montrent aussi tous leurs appareils : un appareil à faire des bulles qui l’émerveille, une machine à fumée, un vidéo-projecteur dont il sont très fiers. Commandé par ordinateur, il projette PARC D’ATTRACTION en plusieurs langues, graphismes et couleurs, un titre qui disent-ils, doit pouvoir être visible par tous et attirer le client… On verra ensuite un grand coussin gonflé d’air que ces jeunes gens vont porter à bout de bras en dansant sur un air de musique médiévale. Un petit ballet ridicule à souhait mais aussi -et ce n’est pas incompatible- merveilleusement poétique… A condition d’avoir gardé un peu de son âme d’enfant, on se laisse facilement embarquer par le délire de ces jeunes gens chevelus qui veulent faire la promotion de leur histoire de fous : un parc d’attractions démontable et reproductible…

 Et quand ils se mettent à parler -en fait, c’est bien Philippe Quesne ex-élève en scénographie aux Arts Déco qui s’exprime ici- en se moquant de l’art contemporain: , une charge aussi féroce que juste, quand on connaît un peu ce milieu. Et subtile référence à l’art minimal, les jeunes musicos chevelus à la fin du spectacle, gonflent d’air de très imposants oreillers noirs qui viennent se dresser verticalement sur le tapis de neige blanc. La scène théâtrale participe alors d’une formidable installation qui aurait sa place dans un musée d’art actuel… Pierre Soulages, le grand peintre du noir et créateur des nouveaux vitraux de la cathédrale de Conques (il a eu cent ans cette année: l’air de l’Aveyron conserve !) admirerait cet étonnant contraste avec la neige.

Et là on atteint avec ces belles images soutenues par des extraits de musique symphonique, la poésie pure. Entre théâtre presque visuel et arts plastiques, Philippe Quesne a un savoir faire inimitable pour tisser des liens. Il est aussi question d’une  bibliothèque que le groupe met dans la caravane à la disposition du public…  Une occasion pour Philippe Quesne  de parler d’Antonin Artaud qui séjourna à l’hôpital de Rodez donc pas très loin d’ici et qui donnera son nom à ce parc d’attraction mobile. On atteint là encore le délire absolu!

Un des garçons montre à Isabelle le catalogue de Mélancolie, la grande et belle exposition (2006) dont Jean Clair était le commissaire au Grand Palais et  qui a visiblement beaucoup influencé Philippe Quesne mais aussi des ouvrages consacrés à Caspar David Friedrich et à Dürer. On offre aussi à Isabelle un T-shirt avec une reproduction de L’Hiver de Brueghel en noir et blanc. Comme cela, disent-ils non sans humour: « Tu pourras te fondre dans le paysage. « Il y a aussi un livre pour enfants sur les dragons dont l’auteur essaye d’identifier les différentes espèces de ces animaux. Et dont une reproduction miniature semble être le doudou de ces jeunes gens.

Isabelle a droit à une découverte des éléments du futur par d’attractions, avec des engins bricolés qui évoqueront l’eau avec une petite fontaine ridicule, le feu avec un appareil à fumée, l’air avec un gros ventilateur et la terre… A la fin, on la voit de dos admirant cinq gros coussins noirs remplis d’air, dodelinant sur la neige blanche dans un épais brouillard. Fin de cette belle série d’images savamment concoctée par Philippe Quesne.

Dix ans après l’avoir vu,  vos impressions du Vignal ? Les images, mais pas toutes- notre petit disque dur a ses limites- nous nous en souvenons assez bien, même après quelque centaines de spectacles vus depuis. Notamment,  la première émouvante et de toute beauté: cette voiture bloquée dans la neige et la dernière, quand les gros coussins noirs envahisent le plateau, avec Isabelle seule de dos. Sublime de poésie et de force…

Au chapitre des réserves : des problèmes de rythme et parfois quelques longueurs et ruptures de lumière. Sinon, demeure le même enchantement, au sens étymologique du terme, et le public qui  a beaucoup applaudi,  semblait fasciné par cet univers à la fois magique et ancré sur la réalité quotidienne, mais aussi décalé. Et on laissera le mot de la fin à Joséphine Yvon, la très jeune critique stagiaire du Théâtre du Blog : « Un spectacle impossible à dater et qui aurait pu être créé hier ». Bel et lucide hommage à une création d’il y a déjà dix ans…Et très rares sont les spectacles qui atteignent cet âge canonique! Il fait en tout cas partie de l’histoire du théâtre contemporain… Comme le mythique Regard du sourd de Bob Wilson, entrera-t-il un jour dans cinquante ans au répertoire de la Comédie-Française?Après tout pourquoi pas?

Philippe du Vignal

Théâtre d’Aurillac jusqu’au 24  août.

 


Apatrides par la compagnie des Laborateurs

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Festival d’Aurillac:

Apatrides par la compagnie des Laborateurs

Une création collective en cours d’élaboration avec onze jeunes acteurs qui se relaient pour raconter l’histoire des Atrides …Une voiture arrive, trois filles et un garçon sac au dos  en sortent et l’’un d’eux se présente comme Oreste et va jusqu’au cimetière pour retrouver Electre mais il tombe sur Egisthe, l’amant de sa mère, la reine Clytemnestre qui appelle alors les Erynies, ces déesse maléfiques. Et Oreste sera condamné à l’exil. « Si je n’entre pas dans la ville, pas de matricide mais alors je ne venge pas mon père ! »

Ils se disputent, prennent des accessoires dans leur sac à dos, puis jouent le retour d’Agamemnon, victorieux après dix ans de guerre. La reine et le roi sont dans la voiture mais lui en tombe…  On le retrouve avec Cassandre qui parle en anglais. Le Roi debout sur la voiture avec une guitare lui promet tout : «Cassandre, mon cœur est à toi !» Clytemnestre sera tuée par Oreste. « La déclaration de guerre, tu l’as vue ? Il faut des papiers ! » 

On cherche vainement des certificats médicaux dans la tente. Atrée présente Thyeste en train de manger ses enfants. Il bannit ce frère. Oreste demande ses papiers : « Je pourrais faire une demande d’asile  comme citoyen de nulle part ! » Tout se joue autour de la voiture qui repart, chargée à bloc. Nous nous perdons agréablement dans cette errance sur la mythologie grecque et nous reviennent alors des souvenirs du groupe de  Théâtre Antique de la Sorbonne créé par Roland Barthes avant la seconde guerre mondiale et qu’ont fréquenté alors nombre de futurs gens de théâtre comme Lucien Attoun, Jean-Pierre Miquel, Jacques Livchine, Philippe du Vignal… Il faut saluer le savoir-faire et l’énergie ludique de cette jeune troupe de Toulouse qui sait qu’elle doit encore remettre le fer à l’ouvrage.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 22 août à Aurillac. laborateurs@gmail.com. T.: 06 89 20 39 05.


Festival d’Aurillac édition 2019 Conférence des choses par la 2B company

Festival d’Aurillac édition 2019
Conférence des choses par la 2B company

Pierre Mifsud, comédien lausannois, prononce une étrange conférence dans la grande salle  du cinéma Cristal d’Aurillac qui remplace le Normandie  ouvert en 1945. Aucun élément de décor, juste une table de réunion et même pas de chaise. Il installe un minuteur pour ne pa s dit-il, ne pas dépasser le temps imparti soit très précisément 53,33 minutes. Il va ensuite décliner les Dix Commandements, les Tables de la loi . Puis évoquer le poireau, « emblème du pays de Galles », avant de brandir un drapeau vert avec un dragon rouge, « Trois cent ans avant Jésus Christ, dans la Chine traditionnelle !  » (…) « Je connais la musique, toujours trahir avant d’être trahi !».

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Il se perd dans des évocations bizarres : « Chasser les étrangers, une méthode qui n’a pas encore fait ses preuves. » puis évoque les douze travaux d’Hercule, le jardin des Hespérides, Hercule entre dans sa caverne, le lion de Némée, Atlas demandant qu’on le libère du poids de la voûte céleste, Atlas rapportant les trois pommes et remplaçant Hercule, les Saintes Marie et Marthe allant à la rencontre de Jésus qui ressuscite Lazare qui lui aussi attend le Christ… ».

Cette errance fort bien maîtrisée par un orateur de haut vol exerce sur le public une véritable fascination; l’étrange discours  de Pierre Misfud ne laisse personne indifférent: longs applaudissements…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 21 août, au cinéma le Cristal. Conférence différente chaque jour,  avec une intégrale de huit heures, le 24 août à 13 h.


Festival de Bussang Suzy Storck de Magali Mougel, mise en scène de Simon Deletang

Festival de Bussang

Suzy Storck de Magali Mougel, mise en scène de Simon Deletang

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez.

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez.

Séduit par l’écriture de cette auteure qui réside désormais à Epinal, Simon Deletang présente  sa mise en scène pour le spectacle dit « de soirée » qui, porté par des acteurs professionnels, s’attache à une écriture contemporaine. Créée d’abord en anglais par Jean-Pierre Baro au Gate Theater de Londres, la pièce connaît ici sa première en français, avec le soutien du Centre Dramatique National de Besançon.

L’univers de Magali Mougel,  dont on a pu suivre la production littéraire depuis une dizaine d’années, explore les réalités cinglantes de personnages culturellement démunis, soumis à l’offre et à la demande du marché du travail. Où les femmes sont  confrontées à de multiples formes d’oppression sexuelle et sociale… Ici, l’auteure place Suzy Storck, le personnage féminin,  au centre d’un mécanisme qui se détraque et dont elle a conscience mais qu’elle ne peut enrayer.

« Chacun sa croix, c’est l’arrangement » : cela pourrait résumer la vie de Suzy Storck, au moins avant que tout ne déraille. Construit comme une spirale, remontant à ce jour fatal du 17 juin, le récit circulaire donne la parole à une jeune fille qui a eu le choix « entre le poulet, les couches et les tétines », produits fabriqués par trois usines de sa région qui emploient puis licencient tour à tour… Elle a donc « fait dans le poulet » puis se présente à un entretien d’embauche dans un magasin de puériculture. Vrai moment de bravoure dans l’écriture, que la comédienne Marion Couzinié porte à un niveau de cruauté sociale délirante.

Faute d’emploi, le mariage peut devenir la solution dans ce milieu sans avenir. Mais l’enchaînement des grossesses non désirées enlaidit la vie. Les injonctions brutales de la Mère à supporter son sort (excellente Françoise Lévy)  et les colères maritales devant une maison qui part à vau-l’eau, usent les petites résistances de la ménagère qui mécanise peu à peu ses gestes et part dans ses rêves. 

Très inspirée par Heiner Müller, Magali Mougel retraverse certains thèmes d’Hamlet-Machine : «Je déterre de ma poitrine, l’horloge qui fut mon cœur. » Le drame est déjà arrivé quand commence le spectacle. Simon Deletang, tel un chroniqueur social à la télé, assis sur une machine à laver dont l’œil rond nous regarde, introduit et commente au micro les différents tableaux. Seul objet réaliste, ménager, il concentre sur l’actrice le poids du dérèglement.

L’écriture présente une fine approche de ce que peut vivre une jeune femme de milieu modeste qui subit des rapports sexuels sans désir et qui s’enlise dans une vie sans amour à donner. Mais on peut regretter le traitement à gros traits du personnage masculin qui ne laisse guère à Charles-Antoine Sanchez qu’une partition monocolore de mâle sans finesse. Le drame est celui de Suzy Storck mais on ne saura jamais ce que traverse son homme.

La mise en scène est d’un brutalisme assez déconcertant : néons aveuglants, intermèdes sonores assourdissants et direction d’acteurs, en particulier de la comédienne, orientée vers le hurlement. On reste d’un trait dans le même tempo et Simon Deletang abandonne l’intimité du sujet. On peut accepter qu’il souhaite donner un cadre imposant à l’écriture contemporaine (ce qui n’est guère l’usage, puisqu’elle est souvent cantonnée dans les petites salles de nos institutions). Mais on frôle ici, dans un très grand espace, le surclassement. L’écriture, qui joue finement sur la cruauté des rapports sociaux, sur la consternation devant le réel, sur la mise en absence de soi-même, aurait mérité un  traitement plus acéré et peut-être plus humble.

Texte publié aux Editions 34

Marie-Agnès Sevestre

Théâtre du Peuple à Bussang ( Vosges) du mercredi au samedi à 20h, jusqu’au 7 septembre.

 


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