Seventeen de François Stemmer

Seventeen de François Stemmer

img_8557-hr1La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (Ville de Paris) encadre des amateurs de toutes disciplines. Après ceux de Saint-Germain-des-Près, Broussais, Saint-Blaise, un nouveau site vient d’ouvrir sous la Canopée des Halles.
La compagnie de François Stemmer, a repris Seventeen, créée en 2013 au Point-Éphémère à Paris par des adolescents, comédiens amateurs pour la plupart. Avec une partie de la distribution normande: des jeunes issus de l’atelier de création de la MPAA.

Seventeen, poème visuel et sonore sur l’adolescence, ne prétend pas faire endosser aux jeunes, d’autres rôles que les leurs. « C’est avant tout le corps que je fais parler, dit François Stemmer, ce corps que les adolescents découvrent encore, et cherchent à apprivoiser, ce corps qu’ils exhibent ou cachent, ce corps qui les raconte. Chacun a son rythme, son style, son look. Je les prends tels qu’ils sont, tels qu’ils bougent et je les dirige, je les fais se regarder, se rencontrer, se provoquer, se toucher, se rejeter, s’aimer, s’amuser, se parler, s’exprimer, partager, découvrir, essayer et créer »
Le but : coller le plus possible à leur identité. Les ombres de David Bowie et d’Arthur Rimbaud, ces deux symboles de la jeunesse sont bien là : on entend les poèmes du poète français, et les chansons de la star américaine, dites ou chantées. Ziggy Stardust, ce  personnage conçu et interprété par David Bowee, icône du  glam rock, est un messager humain d’une intelligence extraterrestre; il cherche à transmettre à l’humanité qui n’a plus que cinq années à vivre, un message d’amour et de paix, mais il finit par être détruit par ses propres excès.
« Avec Ziggy, dit François Stemmer, David Bowie s’est créé un monstre. Certains des adolescents présents sur scène en sont là; qu’ils se cachent derrière un look, un discours, ou une idole, ils ont créé un monstre que je veux aussi montrer.» Malgré des références assez justes à Arthur Rimbaud et David Bowie, le résultat, lui se révèle malheureusement inégal. Pendant la longue scène du début, on entend mal le garçon resté dans la pénombre. Puis, les jeunes gens, seuls ou en groupe, vont se mettre en fond de scène, mais c’est assez  fastidieux. Quand enfin, ils sont alignés en pleine lumière, un drôle de personnage marche lentement (trop) vers l’avant-scène, puis se déshabille avec méthode, en fixant le public et en se contorsionnant.
On pense aux films de Larry Clark ,notamment Wassup Rockers (2004) qui traite de la culture skateboard » et du passage de l’adolescence à l’âge adulte  de sept jeunes d’origine latino-américaine de milieu pauvre… La musique très dansante du groupe danois Junior Senior accompagne une époustouflante chorégraphie: souplesse, fluidité et rythme, chaque jeune possède un talent pour la danse hip-hop, la percussion (cajon), le patin à roulettes, ou le skate. D’autres entonnent de superbes duos.
  Mais les scènes, parfois trop longues, s’enchaînent sans véritable dramaturgie ni rythme, et restent trop illustratives. Dommage ! En effet souvent, ces jeunes, très investis, se livrent ici avec un vrai charisme. Le texte-projeté-de Nina Atlan illustre bien leur frénésie, et parle clairement de sexualité, et sans rien de trop contrôlé…
  Puis le spectacle marque une pause : deux adolescents syriens nous racontent leur voyage : risques pris, déchirements de quitter leur famille, nuits passées à la gare d’Austerlitz. Récit touchant, presque indécent. Cet écart entre ces  combattants de la vie, et d’autres, plus favorisés, crée un malaise : leur histoire fait diversion, alors qu’elle mériterait un spectacle à part entière.
  L’adolescence reste un vaste thème difficile à mettre en scène ; on se souvient encore de la justesse de Comme possible de Didier Ruiz (voir Le Théâtre du Blog). De ce Seventeen, même s’il manque de colonne vertébrale, on gardera des images intéressantes, de beaux visages et une scène finale pleine d’énergie positive, .

Julien Barsan

Spectacle vu au centre de Saint-Germain des-Prés, Maison des Pratiques Artistiques Amateurs/Ville de Paris.

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Gabriel(l)e

Adolescence et territoire(s), troisième édition

 Gabriel(le) par le collectif In Vitro, création collective avec  dix-neuf adolescents, dirigée par Julie Deliquet, Gwendal Anglade et Julie Jacovella

Gabrielle
Depuis 2012, l’Odéon-Théâtre de l’Europe est maître d’œuvred’Adolescence et territoire(s), un projet  qui réunit des  structures associatives et culturelles de  Clichy-la-Garenne, Saint-Denis et Saint-Ouen, voisines des Ateliers Berthier à Paris où,  après Didier Ruiz et Jean Bellorini, le collectif In vitro: Julie Deliquet, Gwendal Anglade et Julie Jacovella  mettent en scène pour cette troisième édition, Gabriel(le).
Gabriel (le) est retrouvée morte accidentellement dans de curieuses circonstances :  dix-neuf jeunes amateurs ont imaginé un spectacle à partir d’improvisations collectives et donnent vie à une fiction : « L’adolescent et le personnage, le réel et l’improvisation cherchent à ne faire qu’un, tel est l’enjeu de ce plateau ».
La question est celle du harcèlement des plus faibles par les plus forts, les groupes de jeunes marginalisant et excluant à plaisir «l’autre». Passer son temps à harceler la personne que l’on sent fragile, fait qu’on s’éprouve soi-même comme plus fort et plus solide dans un geste illusoire de pouvoir mais dont les conséquences peuvent être tragiques.
Être du côté du bourreau, un challenge, et tenir la victime à ses côtés pour la soumettre sans répit à de petites attaques réitérées; l’exciter, l’attaquer par des moqueries, des paroles blessantes ; l’importuner enfin par des demandes, des sollicitations et des pressions ; bref,  lui rendre la vie impossible.
La situation est vite exposée: la faiblesse de l’un(e) face à la puissance d’un groupe constitué, lors d’une soirée bien arrosée. Dans la nuit, il y a un seul personnage, puis  entre  le groupe, et se produit alors l’acte irréversible.

Les jeunes gens essayeront de dénouer le drame en revenant sur les motivations et les agissements des uns et des autres. Deux sœurs parlent entre elles, comme une mère et sa fille, un fils face à son père et à sa sœur, une autre mère encore avec son enfant. Paroles énigmatiques, explications vaines et décevantes : chacun veut échapper à la faute collective et mettre à distance sa propre culpabilité.Les scènes s’inscrivent en étoile dans l’ombre, puis tous reviennent sur le plateau, chantant à l’unisson, au son d’une guitare, aux lumières chaudes d’un beau soleil couchant.
Les jeunes vivent ainsi comme leur propre roman de formation, dépassant le clivage entre adolescence et âge adulte, dépassant l’angoisse et la critique des adultes conformistes, trop adaptés à la réalité. On a volé la jeunesse insouciante de ces enfants, livrés à eux-mêmes, sans cadre parental, et initiés trop tôt à des comportements adultes qu’ils ne saisissent pas, et qui provoquent en eux  désespoir ou haine.
Ils font malgré eux de la victime, une héroïne à l’existence brève :« Et c’est dans la limpide rosée de ce matin, la jeunesse/ Qu’il faut craindre le plus les contagions mortelles. » dit Shakespeare dans Hamlet.
Un spectacle émouvant, tant les adolescents se sentent engagés dans cette histoire de vie et de mort qu’ils se doivent de contourner.

 Véronique Hotte

 Ateliers Berthier /Odéon-Théâtre de l’Europe, les 22 et 23 mai.
Théâtre Rutebeuf, Clichy-la-Garenne le 6 juin à 15h et 20h. T: 01 47 15 98 50.
Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis, le 13 juin à 20h. T: 01 48 13 70 00.
Espace 1789, Saint-Ouen, le 18 juin à 20h. T: 01 40 11 70 72

Le Rêve d’un homme ridicule

 Adolescence et territoire(s) :

Le Rêve d’un homme ridicule, de Fiodor Dostoïevski, traduction d’André Markowicz, mise en scène de Jean Bellorini.

_DSC2808_p1« Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou. Ce serait une promotion, s’ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule. Mais maintenant je ne me fâche plus, maintenant, je les aime tous, et même quand ils se moquent de moi –c’est surtout là, peut-être, que je les aime le plus. »
Incompris, idéaliste, pressé de refaire le monde, le narrateur-personnage du
Rêve d’un homme ridicule se destine à une mort choisie, quand la rencontre fortuite avec une petite fille chagrinée le détourne de son projet macabre.

Revenu chez lui, cet insomniaque tombe, étrangement, dans un profond sommeil, et un voyage onirique le conduit vers un monde alternatif et utopique, une planète imaginaire où règne le bonheur et la bonté d’âme, Éden bientôt corrompu…Il se réveille, fort de la conviction qu’on peut lutter contre le Mal, que le Paradis est accessible, ici et maintenant. Ce constat transcende tous les ridicules, même si l’homme en question provoque encore le rire et les moqueries, qui font de lui une éternelle victime expiatoire.
Jean Bellorini a eu l’intuition que ce fou, issu du
Rêve d’un homme ridicule (1877), aimait à se distinguer : « Je me moquerais bien avec eux, pas de moi-même, non, mais en les aimant, si je n’étais pas si triste quand je les vois. Si triste, parce qu’ils ne connaissent pas la vérité, et, moi, je connais la vérité ! Mais, ça, ils ne le comprendront pas », dit-il.
Et ce rêveur, qui regarde le monde depuis des hauteurs toutes relatives, correspond parfaitement à chacun des vingt-et-unjeunes comédiens amateurs d’Asnières, Clichy, Paris, Saint-Denis, Saint-Ouen, que le nouveau directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis a mis en scène.
Qui est ce fou? L’acteur qui raconte son aventure ? Ou simplement le metteur en scène, ou bien le spectateur? Ces jeunes gens, qui sont en train de passer de l’enfance à l’âge adulte, diffusent la flamme d’une parole critique avec une voix claire, aisée et agile. Ils dessinent romantiquement les mouvements d’une danse ample et gracieuse où ils s’échangent rôles et personnages, s’enfonçant dans un fauteuil, allongés sur un lit d’hôpital ou s’imposant au monde sur un trône élevé en majesté.
Nuit obscure, lampes jaunes et tremblantes qui descendent à vue des cintres, telles des étoiles filantes sur le noir du firmament, la vie qui va et vient capte les regards. Bellorini sait organiser des mouvements de foule, et la belle assemblée des acteurs forme un chœur habillé de couleurs acidulées. Ces jeunes gens insufflent du goût, de la vigueur et de la fraîcheur à leurs paroles. Ils ont conviction et foi en la vie.
Quand la lumière s’attarde sur l’un d’eux, son visage rayonnant donne à la scène toute la promesse du jeu qui l’habite, frêle et solide à la fois. On les sent pressés d’en découdre avec un monde qu’ils pressentent tyrannique et passionnant; ils attendent l’existence, instinctivement instruits des vagues de vie qui déferlent sur leur être en devenir.

Véronique Hotte

Ateliers Berthier, Odéon-Théâtre de l’Europe, le 14 juin.

Comme possible

 Adolescence et territoire(s) :

 

Comme possible, mise en scène de Didier Ruiz

 

2013 comme possible - Photo Emilia Stéfani-Law 5Quatorze adolescents de Clichy, Saint-Ouen et Paris 17ième, issus pour la plupart de ce qu’on appelle la diversité, se sont lancés l’an dernier sur un plateau de théâtre – les Ateliers Berthier-Odéon-Théâtre de l’Europe. C’est Didier Ruiz qui les y avait dirigés, en sachant être au plus près de leur présence.
Ils reviennent en 2014 sur ce même plateau, plus graves peut-être, car plus mûrs.

Ce sont ces mêmes jeunes existences en herbe, incertaines et fragiles, boutons de printemps confrontés déjà et sans être jamais abîmés, aux violences quotidiennes d’une société où les dits Français et Blancs restent sourdement dominateurs moraux…
Ces jeunes gens, même s’ils ressentent la brutalité cassante et humiliante des rapports sociaux, n’en restent évidemment pas à ce constat réducteur, heureusement mis à mal par une société nouvelle qui s’ouvre et s’enrichit de toutes les différences. Le brassage des populations est irréversible : c’est un beau combat contre la sclérose sociale, l’incapacité d’un pays ou d’une population à évoluer et à s’adapter aux situations nouvelles par manque de dynamisme, repliement sur soi, vieillissement, et peur de l’autre.
Tous, filles ou garçons, petits ou grands, minces ou ronds, égrènent leurs origines diverses, algériennes, marocaines, tunisiennes, maliennes, comoriennes. Mais très peu disent qu’ils sont français, par respect peut-être pour leurs origines et dans le refus symbolique de trahir leurs parents; l’un d’eux choisit même de se dire seulement Africain… sans même évoquer son pays.
Ils sont tous là, conscients de leur corps et de leur être, face au public qu’ils regardent à la fois avec timidité et assurance, assis sagement sur une rangée de chaises, puis se levant à tour de rôle, ou se lançant chacun ou collectivement, sur une musique, dans une danse effrénée qui libère leur énergie. Et ce temps de mobilité du corps est plein de grâce.
Un jeune évoque son engagement politique pour, dit-il, améliorer les relations humaines. Et on entend les aveux intimes de certains et qui leur font mal, tant ils exigent d’efforts sur soi. Ils auraient sans doute pu ne pas être offerts à un public. Cela mis à part, grâce à Didier Ruiz, le travail de ces jeunes qui ont peu de temps derrière eux mais beaucoup devant eux est attachant: « ils ont des centaines d’années comme tout le monde », écrivait Marguerite Duras.
Ils nous ressemblent tous… à moins que ce ne soit nous qui leur ressemblions.

 

Véronique Hotte

 

Ateliers Berthier – Odéon-théâtre de l’Europe, le 14 juin.

 

 

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