CIRCa 2019 Festival du cirque actuel, Entretien avec Marc Fouilland

© G.Guibert

© G.Guibert

CIRCa 2019 Festival du cirque actuel

 

Entretien avec Marc Fouilland directeur du pôle national du cirque d’Auch

 Ce trente-deuxième festival est le dernier que programme Marc Fouilland qui va quitter la direction du CIRCa, après dix-huit ans de bons et loyaux services. Que de chemin parcouru depuis 1997, date de son arrivée à Auch, au service culturel de la Ville, où il comprend que «le projet à construire ici, doit s’appuyer sur les arts du cirque  » !

Le terrain est favorable car l’aventure circassienne débute ici en 1975. L’abbé de Lavenère-Lussan organise un atelier cirque au collège Oratoire Sainte-Marie pour apprendre aux jeunes à vivre ensemble. Le Pop Circus, école de cirque d’Auch, est né et, dès 1989, la ville accueille les rencontres de la Fédération Française des Écoles de Cirque (FFEC) sous divers chapiteaux. En 1996, le Festival ouvre ses portes aux compagnies professionnelles, alors que le « nouveau cirque » commence à émerger. Jusque là gérée par des bénévoles, la structure se dote d’un permanent en 1999. Elle a gardé ce lien avec ces amateurs en mobilisant, pendant le Festival, quelque deux cents volontaires qui assurent, entre autres, l’accueil aux entrées des spectacles ou conduisent les navettes entre les dix-sept salles et chapiteaux disséminés en ville et transfèrent artistes et programmateurs vers les gares et l’aéroport.

À l’arrivée de Marc Fouilland, l’équipe va s’étoffer petit à petit. Il prend en 2001 les commandes de la première Scène conventionnée pour les arts du cirque, baptisée Circuit, qui sera labellisée “Pôle national des arts du cirque Auch-Gers-Midi-Pyrénées » en 2011, sous le nom de CIRCa. Dès 2012, il organise l’installation du CIRC (Centre d’Innovation et de Recherche Circassien) sur le site d’une ancienne caserne. Autour du Dôme de Gascogne, chapiteau permanent pensé pour accueillir les spectacles en frontal ou en circulaire, on trouve une salle de répétition de 480 m2, un restaurant d’insertion (la Cant’Auch), des bureaux, des ateliers et espaces de stockage. Les vastes terrains alentour permettent de dresser des chapiteaux itinérants pendant le festival.

 

Instable ©thomas-amorim

Instable de Christophe Huysamn cie les Hommes penchés © thomas-amorim

L’équipe compte aujourd’hui dix-sept salariés permanents pour mener, tout au long de la saison, outre le Festival, des actions culturelles et pédagogiques régionales et des résidences de création. « La mission du pôle national comporte des actions en milieu scolaire qui touchent près de 16.000 jeunes du département », précise Marc Fouilland.

 Le Festival n’est donc que la partie visible du complexe CIRCa. Cet événement annuel a pour objectif de « mettre en visibilité les artistes », en rassemblant écoles de cirque, artistes professionnels et programmateurs (trois cents cette année !)  « La chance du festival, ce sont les rencontres des écoles », dit Marc Fouilland qui définit le cirque contemporain comme : « pratiqué par des artistes qui on suivi des écoles ». Au Festival, on peut voir les travaux de plus de 550 élèves sous l’égide de la FFEC : Fédération Française des Ecoles de Cirque, qui réunit douze fédérations régionales et 136 écoles, soit 27. 000 licenciés de tout âge, amateurs et professionnels… 

 

C) Ch ristophe Raynaud de Lage

i-solo de Jérôme Thomas © Christophe Raynaud de Lage

L’heure est au bilan pour le directeur : « Le public a grandi avec CIRCa : moins de 5.000 au début et plus de 30.000 spectateurs cette année !  Pour la plupart prêts à prendre des risques. « C’est  l’un des rares endroits où la diversité des propositions permet aux gens de se laisser surprendre, dit Marc Fouilland. Le public comprend que le cirque d’aujourd’hui est pluridisciplinaire et, par la suite, il peut aller vers la danse et le théâtre. Le langage du corps parle directement. L’artiste questionne sur comment, on prend sa vie en charge. Ici, on veut former un public avec une programmation qui n’enferme pas le cirque dans des formes commerciales mais le met devant des corps engagés d’artistes qui prennent des risques comme cette année, les Suédois de Circus I Love you ou les Italiens du Circo Zoé ( Born to be circus) (…) 

Les artistes d’aujourd’hui continuent en effet à prendre des risques sur les formes avec des dispositifs circulaires, frontaux, quadri-frontaux et beaucoup d’inventions d’agrès, d’écritures. Même les compagnies installées, par exemple cette année, pour Moebius, la compagnie XY a dû déporter sa pratique avec la chorégraphie de Rachid Ouramdane. Et Jérôme Thomas a joué son solo (I-Solo) devant six cents spectateurs. »

Les Scènes nationales ont commencé à programmer des spectacles de cirque mais se montrent plus frileuses vis-à-vis de cet art, qu’envers la danse. Et une douzaine seulement de leurs responsables a assisté au Festival. « J’ai fait le choix, dit Marc Fouilland, d’intensifier le nombre de spectacles car les compagnies ont besoin d’être vues pour être diffusées. Il y en a trente-deux cette année dont la moitié sont venues en résidence de création à Auch. » En revanche, il y avait trente-cinq programmateurs étrangers, car le cirque continue à beaucoup tourner en dehors de l’hexagone : « L’Institut Français s’est beaucoup servi du cirque comme passeport de la culture française mais les budgets sont en baisse… »  

© Charlette Lefebure

Möbius de RAchid Ouramdane cie XY © Charlette Lefebure

Pourquoi quitter un CIRCa en plein essor ? « Parce que c’est le bon moment pour moi, dit Marc Fouilland. Avant de me lasser, d’être trop fatigué. Mais je suis très fier du travail accompli et des fidélités que j’ai eues. Par exemple, la compagnie franco-catalane Baro d’evel, que j’ai accompagnée depuis sa sortie d’école, Jérôme Thomas  ou encore Christophe Huysman, un auteur de théâtre avec sa compagnie Les Hommes penchés. L’une des chances, quand on travaille dans le secteur, c’est de voir évoluer les artistes, de voir comment on passe de spectacles à une œuvre.» De cet observatoire, il a pu aussi assister à l’évolution et des thématiques et des engagements politiques : « L’écologie, la question des femmes mais aussi celle du genre, posée y compris par les hommes. Car le circassien est quelqu’un qui n’a pas envie d’entrer dans des moules. Il veut réinventer des fonctionnements collectifs.»    

 Marc Fouilland ne part pas très loin : il prend la tête de l’Adda 32 ( Association départementale pour le développement des arts du Gers),  l’un des partenaires privilégiés de CIRCa. De là, il pourra suivre au plus près le devenir d’une structure qu’il a mise en place et fait prospérer, et les artistes qui lui tiennent à cœur. « Ce festival doit rester à  la fois un lieu pour les familles et offrir une visibilité au contemporain.» Pour son successeur, dont la nomination interviendra l’année prochaine, il émet le vœu que l’État qui soutient CIRCa depuis le départ, le finance enfin à la hauteur de ses promesses… À suivre.

Mireille Davidovici, le 28 octobre.

Le festival 2019 s’est tenu du 18 au 27 octobre. CIRCa , Allée des Arts, Auch (Gers) T. : 05 62 81 65 00 www.circa.auch.fr


Machine de cirque de Vincent Dubé

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Machine de cirque, de Vincent Dubé

 

   Ils sont cinq, Elias Larsson, Raphaël Dubé, Maxima Laurin, Ugo Dario, avec un musicien multi-instrumentiste et pas mal accoquiné avec le surréalisme, Frédéric Lebrasseur. Leur chantier : un échafaudage qui n’a l’air de rien mais sera le lieu de leurs prodiges, chutes et envols verticaux. Techniciens ultra qualifiés, de par la précision et la force de leurs gestes, enfants par le jeu, les risques joyeux qu’ils prennent et leurs rires complices, champions sportifs évidemment ; avec tout cela, ils nous éblouissent et nous font rire, sans jamais se prendre pour des dieux. Ils sont juste jeunes et beaux, dans leur maîtrise fragile, capables d’encaisser les ratés de leur spectacle hyper rodé, quitte à lâcher un « merde » très décontracté pour une tentative en échec (aussitôt surmonté, selon la loi du cirque). Ils prennent le temps de souffler après cent acrobaties à la bascule qui nous tiennent, nous, en haleine, et trouvent le moyen de se reposer (se poser ailleurs, comme des oiseaux ?) avant de s’élancer encore, requinqués par leurs moments de danse lente ou d’humour très contemporain.

Peu importe le fil dramaturgique, le seul véritable fil est celui, à la lettre, de la « machine de cirque ». Ils imaginent un monde où ils seraient les seuls survivants? De fait, ils sont seuls à tout faire, à cinq, sur la scène. Seuls, enfin presque, car nous sommes là. Ils s’autorisent à franchir le quatrième mur, à rompre l’enchantement pour venir chercher dans la salle dans la salle une gentille fille qui voudra bien jouer avec eux un moment. La nôtre eut le talent d’accepter avec discrétion et bienveillance, guidée par la main de son prétendant au milieu de ses partenaires jouant – c’est l’occasion ou jamais – les utilités. On vous laisse découvrir comment. Tous pour un, un pour tous : ils osent même laisser un temps l’un d’eux se dépatouiller avec son trapèze en vrille ou autre verticale à parcourir par tout moyen possible, surtout le plus inattendu.  « Hé, les gars ! » : à ce niveau, on peut appeler à l’aide, « pour de faux », ça détend.

Leur dispositif scénographique en rajoute sur le double registre d’une efficacité sidérante et de l’image d’une technologie mécanique jouissant de sa propre complication. La bascule coréenne, le jonglage aux massues ou de la roue Cyr, grands classiques du cirque, ils les réinventent avec leur danse fluide, l’enchaînement des causes et des effets qui les conduisent à passer mine de rien d’un agrès à un autre, sans jamais insister sur la performance. Désinvoltes ? Plutôt des fous du timing, du tempo, du rythme et d’une élégance huilée à l’humour.

Ces jeunes messieurs ne viennent pas de nulle part : Cirque du Soleil, les Sept doigts de la main, récompenses au grand concours du Cirque de Demain… Bonnes écoles, mais ils ont largement dépassé le stade de l’école, assez libres pour inventer un numéro irrésistible qu’ils font délicieusement durer. Nus, fragiles, comment protéger sa pudeur avec quatre serviettes de bain pour quatre, quand en seul en accapare plusieurs ? Jonglerie inédite, acrobatie douce réglée comme un ballet, étourdissant calcul géométrique en action que ce morceau de bravoure !

Ils ont la grâce. Ce concentré de cirque contemporain tourne dans le monde entier depuis la création de leur groupe en 2013. Si vous avez la chance de ne pas les avoir encore croisés, saisissez celle de les voir à la Scala.

Christine Friedel

La Scala (Paris 10e), à 18h30 jusqu’au 3 novembre (18h le dimanche) -T.01 40 03 44 30

Théâtre Musical Pibrac (31820) à 20h30 le 29 novembre- T.05 61 07 12 11

L’Olympia (Paris 9e) à 20h30 le 7 décembre – T. 0 892 68 33 68

La Grange de La Tremblay à Bois d’Arcy (78 390) à 2Oh30 le 27 mars 2020 – T.01 30 07 11 80

 

Bosch Dreams mise en scène de Samuel Tétreault, mise en images d’Ange Potier

Bosch Dreams mise en scène de Samuel Tétreault, mise en images d’Ange Potier

 Bosch4_1A l’heure où l’on met en scène les grands peintres de l’Histoire, comme à la Carrière des Lumières aux Baux-de-Provence (voir Le Théâtre du Blog), des circassiens osent ici faire une incursion  surprenante dans l’œuvre de Jérôme Bosch (1450-1516). La compagnie  québécoise les 7 Doigts, qui joue depuis 2002 et avec succès dans le monde entier, célèbre, à la demande de la fondation Hieronymus 500, le cinq centième anniversaire de la mort du peintre avec une remarquable création  alliant numéros spectaculaires et cinéma d’animation.

Les 7 Doigts  nous invite ici à partager Le Jardin des Délices. Le célèbre triptyque, exposé au Musée du Prado à Madrid, s’ouvre ici en plein écran, comme un gigantesque livre d’images où les circassiens rejoignent les créatures fantastiques du peintre, natif de Den Bosch,  un bourg au sud des Pays-Bas.  Une petite fille au ballon rouge nous entraîne dans ce monde fabuleux, telle une Alice au pays des merveilles, et nous conduit dans cette iconographie irréelle, du Paradis à l’Enfer. Elle se révèlera aussi une excellente trapéziste et meilleure guide que le conférencier aux commentaires lourds et inutiles qui essaye, entre les scènes, de décrypter cette œuvre étrange.. 

 Les images parlent mieux que les mots, et les corps nous enchantent. On se promène dans le panneau central du tableau, peuplé d’une humanité étrange et fornicatrice, d’un bestiaire monstrueux et cocasse. De la toile, animée en trois dimensions par Ange Potier, émergent  des villageois aux masques grotesques, un prestidigitateur et des acrobates moyenâgeux. Plus tard, une contorsionniste décrit des arabesques dans une bulle, telle les femmes écartelées du tableau… Light my fire enflamme un duo  aérien onirique : Jim Morrison, poète et musicien, cofondateur du groupe The Doors ( 1943-1971) était un grand admirateur de Jérôme Bosch…

 Après les délices de ce jardin, accompagnées des musiques planantes de The Doors ou de Philip Glass un paysage d’apocalypse se déploie, scènes de guerre et d’incendie dans une scénographie calquée sur le dernier volet du triptyque. Avec des artistes  au sommet de leur art au milieu des bombes, des sirènes et des flammes… Malgré les commentaires besogneux de l’animateur pédagogue et ses clins d’œil appuyés du côté de Salvador Dali, qui rompent régulièrement la magie du spectacle, cette féérie nous captive, et nous ne regretterons pas d’être venus.

Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie), le 19 décembre.

Les 24 et 25 janvier, Maison des Arts du Lac Léman Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) ; du 29 au 31 janvier, Scène nationale de Bayonne (Pyrénées- Atlantiques).
Le 5 février, Scènes Mitoyennes de Cambrai (Nord) ; les 8 et 9 février, Grand Théâtre de Mâcon (Saône-et-Loire )  et du 12 au17 février, Odyssud, Blagnac (Haute-Garonne).

F(я)iction, spectacle de fin d’études, trentième promotion, mise en scène d’Antoine Rigot et Alice Ronfard de la compagnie des Colporteurs

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F(я)ICTION, spectacle de fin d’études, trentième promotion du Centre National des Arts du cirque, mise en scène d’Antoine Rigot et Alice Ronfard

Le C.N.A.C. est un établissement supérieur et de recherche. Inauguré en 1986 dans le cirque municipal de Châlons-en-Champagne construit à la fin du XIXe siècle par l’architecte Louis Gillet, et ensuite dans les années cinquante, voué à des matchs de catch… Inscrit au titre des Monuments historique depuis 1984,  il a aussi depuis trois ans, de nouveaux espaces de travail sur le site de la Marnaise, situé à proximité.

Il dépend du ministère de la Culture et attribue depuis 2015, le Dnsp AC -Diplôme national supérieur professionnel d’artiste de cirque, à l’issue d’un cursus de trois ans en collaboration avec l’Ecole nationale des arts du cirque (Enacr) de Rosny-sous-Bois assurant la formation en première année. Et depuis 2012, le C.N.A.C. participe au Bac L-option arts du cirque,  au lycée Pierre Bayen de  Châlons-en-Champagne, et assure aussi des formations pour les professionnels du cirque…

La compagnie des Colporteurs  fondée en 96, s’associa à celle des Nouveaux Nez pour imaginer il y a dix ans, La Cascade, Pôle national des arts du cirque à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) et produit et diffuse ses spectacles sous chapiteau. Antoine Rigot a été formé à l’Ecole Nationale du Cirque Annie Fratellini. Et Alice Ronfard a mis en scène une trentaine de pièces  au Canada et a récemment  Candide de Voltaire au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal où elle avait aussi créé L’Imposture (voir Le Théâtre du Blog).

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© Christophe Raynaud de Lage :

Oui, mais voilà : la direction des jeunes interprètes et la mise en scène n’ont rien à voir avec celles des remarquables présentations de fin d’études précédentes. Les numéros se succèdent mais souvent sans rythme et ne font pas spectacle. Et la référence à Shakespeare est des plus floues. «Inspirés par les thèmes que propose La Tempête, s’appuyant sur un travail d’écritures et d’improvisations, les Colporteurs ont invité ces jeunes artistes circassiens à partir à la recherche d’un un univers et d’une identité qui leur est propre et où tout est possible. Un monde inversé, celui de la création et du fantastique, de l’autre côté du miroir. Le défi était de parvenir à créer une forme autant théâtrale que circassienne, un cirque qui parle à la communauté, qui donne du sens à la performativité. »

On veut bien, mais cette note d’intention assez prétentieuse n’aboutit sur rien de bien convaincant… Quelle déception! Et pour un cirque qui, soi-disant, «donne du sens à la performativité», il faudra repasser ! Nous ne vous conseillons pas du tout ce pseudo-spectacle. Et encore une fois, les jeunes circassiens, leur énergie et le haut niveau de leurs performances ne sont pas ici en cause.

Philippe du Vignal

Centre national des Arts du Cirque, Châlons-en-Champagne (Marne) jusqu’au 15 décembre.

Paris,  Parc de la Villette, du 23 janvier au 17 février. Cirque Théâtre d’Elbeuf (Seine-Maritime). Pôle national Cirque-Normandie, dans le cadre du festival Spring, du 29 au 31 mars. Théâtre municipal de Charleville-Mézières (Ardennes), du  19 au  22 mars.
Le Manège, Scène nationale de Reims (Marne), du 12 au 14 avril. Montigny-lès-Metz  (Moselle), du 20 au 22 avril.

 

 

La Condition collective, chorégraphie et mis en scène d’Elsa Guérin

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La Condition collective, chorégraphie et mis en scène d’Elsa Guérin

Deuxième édition de ce festival piloté par Jean Lambert-wild, directeur du Théâtre de l’Union, Centre Dramatique National de Limoges et de l’Académie qui fête ses vingt ans. Cette année, il s’est ouvert  à une nouvelle discipline : le cirque. Huit spectacles gratuits dont La Condition collective pour ce festival de l’Union des écoles avec notamment, Le Cercueil est trop grand pour la fosse, venu de Singapour et Le Roi Lear, de l’Académie centrale de Pékin, Zone franche de Conakry (Guinée),  quatre « masterclass », un stage de théâtre et deux stages de critique professionnelle. «Ce festival international, dit Jean Lambert-wild, est aussi l’occasion d’affirmer que la Nouvelle-Aquitaine, la ville de Limoges et la Haute-Vienne  sont des terres d’accueil, d’échange qui ne ratent jamais l’opportunité de célébrer le talent de cette jeunesse et de s’ouvrir à l’ailleurs. »

L’Académie est, elle, située au château du Mazeau à Saint-Priest-Taurion à douze kilomètres de Limoges. Sur 1.200 m2, avec plateau, salles de répétition et de cours, loges, locaux vidéo, centre de documentation, atelier de construction, et  espace de vie. L’Académie,  ouvrira aussi ses portes à la prochaine rentrée une classe préparatoire destinée à des élèves venus d’Outre-Mer, une grande première en France: on vous reparlera de cette expérience inédite…

La Condition collective est le résultat d’un atelier de travail d’environ deux mois avec les élèves de troisième année de la Séquence 9 de l’Académie de l’Union à Limoges : Gabriel Allée, Claire Angenot, Quentin Ballif, Matthias Beaudoin, Romain Bertrand, Hélène Cerles, Ashille Constantin, Yannick Cotten, Estelle Delville, Laure Descamps, Antonin Dufeutrelle, Nina Fabiani, Marine Godon, Isabella Olechowski, Sherley Paredes, Nicolas Verdier. Cela se passait ce soir-là sous le grand chapiteau du Sirque, Pôle National des Arts du Cirque/Nouvelle Aquitaine, à Nexon (Haute-Vienne). Avec une scénographie frontale:  juste un rideau de fond et un tapis de danse, pour une centaine de spectateurs.  

«Imaginée et mise en scène, dit Elsa Guérin,  pour les seize jeunes élèves-comédiens de L’Académie de l’Union, La Condition collective, une pièce où jonglage et mouvement sont au cœur de l’écriture avec une succession de transformations, un fondu enchaîné d’états, les corps des acteurs et les objets s’agencent, entrent en contact pour former un groupe, gomment les frontières pour créer une entité, qui s’agrège et se désagrège, se déploie, se répand, se rétracte, avance.» Cela commence par une intervention de Jean-Luc Godard en voix off: pas très claire… Puis se succèdent quelques tableaux où les jeunes comédiens prennent des poses en groupe comme autrefois les acteurs du Living Theatre, puis le travail de jonglage en groupe débute avec une transformation permanente du groupe qui s’apparente souvent à de la danse contemporaine et visiblement inspiré de Merce Cunningham. Le jonglage s’effectue avec un maximum de trois boules souples, ce qui n’est déjà pas si mal pour des comédiens après un travail de courte durée…

La relation entre le travail au quotidien d’un jeune acteur en formation et une discipline comme le jonglage? Pas évident mais pourtant solide: exigence d’une concentration maximum donc équilibre entre le corps et l’esprit, manipulation d’un objet dans l’espace,  jeu individuel mais aussi collectif, indispensable solidarité dans le groupe… Tout cela bien utile dans la formation d’un jeune comédien et Paul Golub, le responsable pédagogique de l’Académie, a eu raison d’introduire ce temps d’apprentissage d’une discipline circassienne dans le cursus. Et il y a une belle séquence où une bataille a lieu entre garçon/ garçon, fille/fille ou encore garçon/fille chacun avec une boule sur la tête. Il s’agit bien entendu de faire tomber cette foutue boule de la tête de l’adversaire jusqu’à extinction. Un (e)seul(e) restant en piste à la fin.

Mais tout n’est pas de cette veine !  Et on a plus affaire ici à une démonstration en quarante-cinq minutes qu’à un véritable spectacle, même si les jeunes comédiens sont très engagés et si cela se passe dans d’excellentes conditions techniques. On oubliera vite la «chorégraphie» comme la «mise en scène», assez prétentieuses d’Elsa Guérin. Mais qu’importe, ces seize jeunes comédiens auront sans doute beaucoup appris dans cette pratique du jonglage, à la fois sur la conscience de leur propre corps et ses limites, et sur les mouvements d’ensemble. «Il faut entretenir la vigueur du corps pour conserver celle de l’esprit, disait déjà Vauvenargues en 1746».

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 15 juin, au Sirque, Pôle National des Arts du Cirque/ Nouvelle Aquitaine Nexon (Haute-Vienne).

L’Académie de l’Union, Ecole Supérieure professionnelle de Théâtre du Limousin, Le Mazeau, 87480 Saint-Priest-Taurion.T. : 05 55 37 93 93/06 45 38 13 48. adm@academietheatrelimoges.com

 

 

Optraken par le Galactik Ensemble

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Optraken par le Galactik Ensemble

 Le Monfort à Paris est devenu un lieu de  référence pour les arts du cirque, présentés dans la salle, ou sous un chapiteau. Les cinq garçons du Galactik Ensemble se sont formés à l’Ecole nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois qui dispense une excellente formation. Ils pratiquent une «acrobatie de situation », dans un rapport entre un environnement accidenté et la capacité de l’homme à s’y ajuster. Leur démarche consistant à placer l’individu comme le groupe,  face à un imprévisible réel et à une situation à risques. 

 Le plateau nu est surmonté de quatre-vingt petits sacs gentiment suspendus aux cintres, dont on se dit qu’ils finiront bien par tomber!  D’abord dans un ballet de châssis noirs, apparaît et disparaît un acrobate. On en comprend le mécanisme: deux compères, alternativement, manipulent les châssis et les font passer d’un côté et de l’autre, mais ils réalisent ce tour de magie avec une grande fluidité, sans qu’on en voit les coutures. D’une simplicité prodigieuse, comme l’ensemble du spectacle.

 Le danger est partout ! L’un secoue la tête et il en tombe des petites billes qui explosent par terre ! Il y a aussi quelques belles glissades avec une chorégraphie de l’absurde. Sur  ce plateau où règne le noir, des lumières à dominante blanche et des costumes clairs  pour un univers visuel élégant et recherché. 

Malgré la virtuosité de leurs acrobaties, Mathieu Bleton, Mosi Espinoza, Jonas Julliand, Karim Messaoudi et Cyril Pernot ne visent pas à en mettre plein la vue, mais à déclencher le rire, le sourire mais aussi parfois la peur. Ce spectacle d’une heure, fluide, précis et exigeant, offre de beaux moments de grâce et nous tient en haleine. Très bien construit, avec une  vraie progression dramaturgique, il commence doucement et finit en apothéose.  Ici, tout ne passe pas par la performance, même si elle est présente d’un bout à l’autre. Une leçon pour les jeunes… et les moins jeunes.

Julien Barsan

Théâtre Monfort, Paris XVème jusqu’au 25 novembre T. 01 56 08 33 88

Moulin du Roc, Niort,  le 30 novembre, et du 5 au 7 décembre, à la Coupe d’or à Rochefort, et du 18 au 22 décembre au Théâtre de Lorient.

 Les 16 et 17 janvier à la Passerelle à Gap ; le 20 janvier à Houdremont (La Courneuve), du 25 au 27 janvier à Châteauvallon (Var).
Le 2 février à la Mégisserie de Saint-Junien ; le 25 février à Mars-Mons, et le 28 février aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles.
 Les 23 et 24 mai aux 3T de Châtellerault.

 

Cirkopolis par le Cirque Eloize, mise en scène de Dave Saint-Pierre et Jeannot Painchaud

©Cirque Eloize

©Cirque Eloize

Cirkopolis par le Cirque Eloize, mise en scène de Dave Saint-Pierre et Jeannot Painchaud

Il faut saluer l’ouverture d’un nouveau théâtre dans  le XIIIème, place d’Italie, succédant à un cinéma,  ce qui est très rare.  Avec un spectacle grand public mais non racoleur de cette compagnie de cirque québécoise au doux nom d’Éloize, un mot du patois acadien se prononçant elwaz et signifiant «éclair de chaleur» aux Îles-de-la-Madeleine, archipel du golfe du Saint-Laurent à 200 km de la côte Est du Québec et dont les artistes de la première troupe du Cirque Éloize étaient tous originaires. Fondé en 1993, la compagnie a créé quelque onze spectacles originaux dont iD en 2009, Cirkopolis en 2012, Le Music-Hall de la Baronne en 2014 et Saloon en 2016. Avec plus de 4.000 représentations dans cinquante  pays…

«Ce spectacle, dit Jeannot Painchaud qui a fondé la compagnie et en est le directeur artistique, parle d’espoir, de la quête de soi-même qui conduit à la liberté,  Le personnage principal se rend compte qu’il veut échapper à ces engrenages de la ville-usine, quitter cet environnement déshumanisé qui finirait par l’écraser. » Dave Saint-Pierre dont  nous avions vu un spectacle en solo au dernier festival d’ Avignon, (voir Le Théâtre du Blog) en a réalisé la chorégraphie, avec un souci d’esthétique et d’harmonie du geste. Et les performances circassiennes qui se succèdent, ont donc, grâce à lui ici, un supplément d’âme. Un vrai plaisir… Hasley, un homme seul, évolue dans l’environnement étouffant d’une ville-usine et d’immenses engrenages, en images de synthèse d’une qualité exceptionnelle qui s’inspirent du fameux Metropolis de Fritz Lang ou Brazil de Terry Gilliam.

Détournant les agrès et accessoires de cirque de leur fonction initiale, les artistes réalisent des tableaux très réussis, entre poésie et performance. Avec, en particulier, un superbe numéro de roue Cyr, du nom de son inventeur québécois, de diabolo-exceptionnel de virtuosité et de beauté-puis de mât chinois, avec une danseuse et son partenaire. Nous rêvons avec le personnage principal, quand une autre danseuse, toute de mauve vêtue, passe dans les airs avec tendresse entre les mains de ses partenaires qui la soutiennent telle une déesse: une véritable icône reprise sur l’affiche. Une chanson l’accompagne : «Saurais-tu quitter les songes pour te joindre à nous? » Tout un programme! La partition musicale transporte le public. Mais les applaudissements à la fin de chaque numéro, nuisent un peu à la fluidité du spectacle.

Les jeunes artistes de neuf nationalités occupent avec une belle énergie les quelque trente mètres d’ouverture du plateau. et nous offrent, pour le final, un vrai feu d’artifice de performances, mêlant danse, cirque et théâtre. Un beau spectacle qu’Olivier Peyronnaud, le directeur de ce nouveau lieu qui vient d’ouvrir (voir prochainement l’entretien avec lui dans Le Théâtre du Blog) offre au public.

Jean Couturier

Le 13ème Art, Place d’Italie, Paris XIII ème ,jusqu’au 29 octobre.
www.le13emeart.com www.justepourrire.fr

             

Chills (Frissons ) par le cirque cambodgien

 

Chills (Frissons ) par le cirque cambodgien de l’association Phare Ponieu Selpak

 

IMG_617Le sourire khmer n’a rien d’une légende,  et s’il éclot de la pierre des temples (comme celui de Bayon, à Angkor, il est aussi le symbole du courage et du charme d’un pays qui fait tout pour s’en sortir. Les khmers rouges avaient réquisitionné l’ancien lycée français de Phnom Penh, lieu selon eux d’un savoir “bourgeois“ qu’ils voulaient éradiquer,  et en avaient fait l’effroyable S21, un centre de détention et de torture!

Mais aujourd’hui, on voit partout s’ouvrir des écoles, courir des bandes d’enfants et d’adolescents en uniforme bleu marine et blanc, ou bien en toge safran. Ici les monastères bouddhistes sont aussi des lieux d’enseignement gratuits.

Parmi les nombreuses O.N.G. qui prennent en charge les enfants orphelins ou en danger, l’association Phare Ponieu Selpak «clarté des arts », fondée, entre autres, par la Française Véronique Decrop, s’engage pour leur formation, par le dessin, le théâtre, la musique et le cirque, tout en leur permettant de suivre une scolarité générale.

Une parfaite réussite dont Chills est la démonstration éblouissante. Ce cirque moderne, sans animaux et virtuose, propose une petite fiction : il était une fois une bande de collégiens, dont un froussard, terrorisé par les fantômes. Moquez-vous : les rouleurs de mécanique trembleront à leur tour devant les mauvais esprits. Le plus jeune voudrait séduire la musicienne ? Les rouleurs en question l’en empêcheront, occasion de bagarres très acrobatiques et de jongleries aussi précises que pleine d’humour.

Et le tout est à l’avenant, avec des fantômes, incroyables contorsionnistes, un «petit», jongleur hors pair,  un froussard, bel humoriste à froid, et tous ces circassiens, remarquables acrobates et équilibristes qui arrachent au public des oh ! et des ah!

16730173_1338128249587561_2916559601639436405_nMât chinois, envols de tissus, sauts et défis à la pesanteur, équilibres invraisemblables : pas un temps mort, pas une seconde de trop, avec des numéros rythmés à la perfection. La musique, jouée sur des instruments traditionnels, l’improvisation théâtrale : ici, tout est moderne, vivant et respire la joie de jouer chez ces artistes qui, en complicité immédiate avec le public, ne s’attardent pas sur la performance. Et pour ne rien gâcher, avec un dénouement de la pièce “moral“ : tout bien réfléchi, les mauvais esprits ne peuvent nous faire du mal que si l’on veut bien…

Une autre équipe de cette troupe vient de clore avec Eclipse, une tournée dans la région Rhône-Alpes-Auvergne. Guettez ce cirque cambodgien connu en France qui a en effet une qualité comparable aux Sept Doigts de la main, cette compagnie québécoise qui vient de triompher au Bataclan, à Paris,  avec Réversible.

Christine Friedel

Spectacle vu à Phnom Penh, le 20 mars.
Festival du mime de Périgueux, les 27 et 28 juillet.  Autres dates encore possibles : informations  auprès du collectif Clown d’ici et d’ailleurs, qui organise les tournées.
diffusion@ccai.fr.

 

Le Pas grand chose de et par Johann Le Guillerm

 

Festival SPRING des nouvelles formes de cirque en Normandie :

Le pas grand chose, conception et mise en scène de Johann Le Guillerm

PasGrandChoseCréé par la Plateforme 2/Pôles Cirque en Normandie, La Brèche à Cherbourg et le Cirque-Théâtre d’Elbeuf, SPRING est un festival de cirque contemporain à l’échelle de toute la Normandie. Avec des spectacles axés sur les nouvelles écritures du cirque.

Johann Le Guillerm, issu de la première promotion du Centre National des arts du cirque, a travaillé avec Archaos, puis participé ensuite à la création de la Volière Dromesko et co-fondé le Cirque O. En 1994, il a créé sa compagnie: Cirque ici, avec un solo, Où ça.
 Il obtint le grand Prix national du Cirque il y a déjà vingt ans et le Prix des arts du cirque SACD (2005). Avec Attraction, (2002) il interrogeait déjà l’équilibre des formes, le mouvement et l’impermanence, bien au-delà des disciplines traditionnelles du cirque. Avec Secret, et des installations comme La Motte et Les Imperceptibles, il invente des sculptures en mouvement, ou Les Architextures, sculptures auto-portées, et Les Imaginographes, outils d’observation.

 Il y a quatre ans,  il a créé La Déferlante pour l’Espace Chapiteau de la Villette à Paris. Depuis 2011, Johann Le Guillerm est soutenu et accueilli en résidence de recherche par la Mairie de Paris, au Jardin d’Agronomie tropicale. Maintenant bien connu, il continue à créer des spectacles où il se sert surtout d’éléments de physique, mais aussi de botanique, etc. Passionné par l’expérimentation puis par la construction d’objets et par une mise en  scène très personnelle.

Ici, il entre seul, en costume gris, traînant une petite carriole, comme celle autrefois des marchandes de quatre saisons, qui comporte une dizaine de tiroirs enfermant ses accessoires. Puis il dresse deux mâts avec un projecteur et une caméra qui va retransmettre sur grand écran les schémas, dessins et écritures qu’il fait à la craie sur le couvercle horizontal de cette carriole. Il manipule ainsi des séries de schémas de formes, et de chiffres montrant par exemple toutes les parentés possibles entre le 9 et le 6, entre le 4 et le 7. Ou grand moment du spectacle, il fait sautiller trois bananes sur elles-mêmes mais seule, l’une des trois gagnera avec cinq sautillements!!!! ???

Pas facile de résumer un spectacle aussi riche que parfois déroutant! Ce conférencier sinistre a quelque chose du professeur Nimbus et de Buster Keaton réunis. Avec une excellente gestuelle et une tout aussi excellente  diction, il emmène son public là où il veut, dans un comique et un délire complet, à la fois logique et absurde. Comme avec ce petit cadre en carton qui va s’animer tout seul.  Aussi troublant que poétique…

Il fait aussi passer au volume,  avec quelques coups de vaporisateur d’eau, un entrelacs en deux dimensions, qui semble alors prendre son indépendance. , on retrouve aussi ces entrelacs bien connu des physiciens, dans les arts plastiques comme entre autres, les fameux nœuds de l’art celte, puis dans les vitraux cisterciens aux lignes rigoureuses comme ceux de l’abbaye d’Aubazine  qui auraient inspiré à Coco Chanel qui les a connus enfant, son célèbre logo. C’est dire que Johan Le Guillerm est tout autant sculpteur qu’homme de cirque!

Il parle beaucoup mais on écoute émerveillé, le discours absolument déjanté de cette vraie/fausse  conférence sur le pas grand-chose: «Démêler le monde pour créer mon propre sac de nœuds, ne me sembla pas plus limpide que l’original. La seule chose qui m’apparaissait clairement, était que je n’y voyais pas mieux. (…)D’où que je parte, je me retrouve très vite dans une arborescence (explosive) régénérante recyclable. Forme d’imbroglio labyrinthique illisible. Plus j’y regarde et moins j’y vois. Plus j’avance, plus je me perds. (…) Confronté à mes facultés de décryptage du monde, mes ambitions sont encore trop prétentieuses. Je dois m’attaquer à quelque chose de bien plus modeste. Quelque chose de vraiment pas grand-chose. Presque pas quelque chose. Pas quelque chose. Rien ? 0 ? 0 , 1. Un quelque chose.»

 Johann Le Guillerm, avec la manipulation de quelques objets, joue sans cesse avec le déséquilibre physique mais aussi mental, jusqu’au vertige de la pensée. « Mon projet, travailler le mouvement de l’objet et celui du corps qui évoluent ensemble, comme s’ils ne faisaient qu’un. » (…) Tant qu’à vouloir faire le point sur le monde qui m’entoure en tentant une diffraction globale, faire le point sur le point me semble finalement une ambition raisonnable et irréductiblement modeste. » Tout est dit ou presque de celle lutte permanente de l’homme avec l’objet.

Et on est happé par ce tourbillon permanent d’intelligence et de fausse logique  mais on a intérêt à être attentif:  cette vision un peu particulière du monde est portée à un haut degré d’incandescence poétique. On regarde émerveillé, fasciné par son discours et par ces formes, ces schémas et ces étranges mais très simple petites machines-tous très bien retransmis sur grand écran-qui font parfois penser à celles du génial Tadeusz Kantor, autre grand artiste qui faisait le grand écart permanent entre spectacle et arts plastiques.


Comme dans Secret, Johann Le Guillerm cherche à dompter la matière même des objets. En équilibre des plus instables sur un haut tabouret perché sur sa carriole, il défiera les lois de la gravité et de la création du mouvement mais on ne vous en dira pas plus pour vous laisser la surprise de cette fin aussi stupéfiante! A la base de tout ce spectacle, une bonne dose de poésie, un peu de mystère aux yeux des non-initiés en physique comme la plus grande partie du public, et une sacrée expérience du spectacle en solo qui lui permet avec  les objets qu’il a créés et qui n’ont rien d’accessoires, d’offrir une autre perception de la réalité.  Impressionnant d’intelligence mais aussi de sensibilité au monde.

On voit rarement des spectacles aussi rigoureusement menés, même si ce qui s’y passe, est  invraisemblable sur une scène, et donc très vrai, très juste! Il suffit de se laisser embarquer… Quel bonheur scénique ! Le public d’Elbœuf, ravi de ce cadeau, a fait une longue ovation très méritée à ce solo. On vous avait déjà recommandé Le Vol du rempart (voir Le Théâtre du blog) comme à M. Laurent Wauquiez, grand pourfendeur des écoles de cirque. Quitte à paraître gâteux, on lui recommande aussi d’aller voir Johann Le Guillerm.

Ce Pas Grand chose est à coup sûr, vous l’aurez compris, un des meilleurs spectacles de ces dernières années: allez-y sans hésiter. C’est à l’honneur du Festival Spring d’avoir accueilli sa création.

 Philippe du Vignal

La septième édition du Festival Spring se déroule du 9 mars au 14 avril, dans toute la Normandie.
Le pas grand chose a été créé au Cirque Théâtre d’Elbeuf, le 9 mars .
Centre Dramatique National de Caen, le 17 mars. Le Monfort à Paris, du 21 mars au 1er avril.

Le Volcan,/Scène nationale du Havre, les 4, 5, 7 et 8 avril.
Les Treize Arches /Scène conventionnée de Brive, les 11 et 12 avril.

Tandem/Hippodrome de Douai/Théâtre d’Arras, les 3 et 4 mai.

 

Le Vol du Rempart

 

Le Vol du Rempart, de et avec Vincent Martinez, Katell Boisneau, Moïse Bernier et Nicolas Bachet, mise en scène de Pierre Tallaron, musique et textes de Nicolas Bachet

Ils sont quatre acrobates au mât chinois mais Katell Boisneau est aussi harpiste, Nicolas Bachet, musicien, compositeur et slameur, Moïse Bernier, clown et musicien, et Vincent Martinez, danseur: cette petite compagnie de cirque n’imagine pas l’acrobatie sans musique en direct. Cela commence avec un un texte médiocre et mal dit, mais heureusement les choses s’éclairent avec la montée à un mât chinois traditionnel et des acrobaties à son sommet. C’est déjà impressionnant et sublime de virtuosité, notamment, après son complice qui descend très vite, et Katell Boisneau qui le fait lentement, tête en avant…

Mais les quatre complices ont imaginé aussi un nouveau dispositif: un autre mât chinois mais culbuto d’environ quatre mètres, c’est à dire monté sur un support base d’une demi-boule lestée qui va servir de contre-poids.Comment dire les choses de façon plus précise…  Ils vont s’en servir à tour de rôle ou à plusieurs. Et ils glissent dessus, s’envolent tout au bout de la perche avec facilité, grâce à ce contrepoids qui restitue toute l’énergie capable de les faire s’envoler comme par miracle, puis retombent sur le sol, quand même veillés de près par les autres. Cela suppose en effet, bien entendu, un énorme travail de précision et de solidarité, pour arriver, ce qui n’est pas incompatible, à cette grande élégance acrobatique. Ou ils tournent autour, et passent, méprisant le danger, en dessous du socle qui oscille sans cesse…puis sautent dessus parfois à trois en même temps

Tous encore plus impressionnants de force et de virtuosité qu’au mât fixe. Il y a ici, au delà même de ce travail physique, quelque chose de métaphysique dans ce déséquilibre permanent, l’image même de la condition humaine. Soutenue par le merveilleux grincement amplifié de la demi-sphère, et par la harpe, la guitare électrique et le violon. Et, dernière vision d’une intense poésie,  on retrouve les acrobates en équilibre, accroupis sur une perche souple oblique, accrochée au sol…

La mise en scène, un peu hésitante, manque de rythme, surtout au début; mais qu’importe, Le Vol du rempart, est un spectacle remarquable de sensibilité, et on ne cesse d’admirer l’énergie de ces corps en mouvement qui s’approprient avec une certaine espièglerie l’espace aérien. On ne saurait trop conseiller à M. Laurent Wauquiez, président la région Rhône-Alpes-Auvergne, (ce monsieur n’aime guère les écoles de cirque, selon lui trop coûteuses!), de prendre le temps d’aller voir la compagnie du Mauvais coton sous ce petit chapiteau…Le public, lui, l’a applaudie chaleureusement.

Philippe du Vignal

Espace Cirque d’Antony, rue Georges Suant, 92160 Antony. T. : 01 41 87 20 84, jusqu’au 26 mars

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