Vaille que Vivre avec Juliette Binoche et Alexandre Tharaud

Festival d’Avignon

Vaille que Vivre avec Juliette Binoche et Alexandre Tharaud

© Gilles Vidal

© Gilles Vidal

Ce spectacle, né de la passion de ces artistes pour Barbara, permet au public de redécouvrir ses chansons, entrecoupées de  textes tirés de son autobiographie Il était un piano noir … Mémoires interrompus.

Alexandre Tharaud apparaît seul dans un rayon de lumière,  auprès d’un piano à queue couvert de tissu noir, comme emprisonnant la mémoire de la chanteuse. Une fois l’étoffe retirée, le célèbre pianiste joue d’abord sur un mini-piano, puis avec Juliette Binoche, suit un dialogue, entrecoupé des musiques de Barbara au piano, et de quelques-unes de ses chansons, reprises par l’un ou par l’autre. La comédienne très chic,  toute en noir, semble parfois fragile lors de la première de cette création très attendue. Mais moins à l’aise que le pianiste dans cet exercice de style particulier.

La personnalité solitaire de la chanteuse se dévoile : «J’ai toujours préféré la solitude seule… Je ne sais pas dire, je t’aime.» Ses douleurs et fractures ont donné naissance à une œuvre ancrée dans la mémoire du public, qui reprenait a cappella les chansons de ses derniers et  mythiques concerts, au Châtelet en 1987 et à Mogador en 1990. Cette passion du public a été récompensée par Barbara elle-même,  lorsqu’elle lui dédia en 1966 Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous.

Alexandre Tharaud  joue une variation autour de cette chanson, après la reprise des paroles par Juliette Binoche avec une grande émotion. «Ce fut, un soir, en septembre, vous étiez venus m’attendre, Ici même, vous en souvenez-vous? A vous regarder sourire, à vous aimer, sans rien dire. C’est là que j’ai compris, tout à coup. J’avais fini mon voyage, et j’ai posé mes bagages. Vous étiez venus au rendez-vous. Qu’importe ce qu’on peut en dire, je tenais à vous le dire. Ce soir, je vous remercie de vous. Qu’importe ce qu’on peut en dire, je suis venue pour vous dire. Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous».

Une belle et douce soirée dans la nuit d’Avignon, comme seul ce festival peut en créer.

Jean Couturier

Cour du lycée Saint-Joseph jusqu’au 26 juillet, puis en tournée en France
Le 15 octobre à la Philharmonie de Paris.

Puis en Espagne, en Suisse et en Roumanie.

Festival-avignon.com

Cette autobiographie romancée est parue aux éditions Fayard et dans la collection Livres de poche.


Voyage en Loden. Vers Wanda

Voyage en Loden vers Wanda

 

Voyage en Loden. Vers Wanda wanda

© Elizabeth Carecchio

Un projet de Marie Rémond autour de Barbara Loden, création collective. Marie Rémond part à la rencontre de Wanda : de l’héroïne du film et de celle qui lui a donné vie, Barbara Loden.
Un parcours mené en compagnie de Clément Bresson et Sébastien Poudéroux qui tiendront tous les rôles masculins du spectacle, tour à tour protagonistes, narrateurs, présentateurs.
Quant à elle, elle interprète alternativement la Wanda du film et  Barbara , comédienne et seconde épouse d’Elia Kazan, traçant de ce fait un parallèle entre la vie privée et l’œuvre de l’actrice. Comme si cette dernière avait inventé le personnage pour se raconter.
Le spectacle se revendique d’entrée de jeu comme un montage bricolé à trois, dans l’atelier de menuiserie qui accueille le spectateur. Des bruits de marteau et de perceuse interrompront parfois les doctes analyses du film ou les propos machistes d’un Kazan. Une amorce de burlesque qui se poursuivra toute la soirée. Il ne faut donc pas s’attendre à un remake théâtral du film ou à une biographie de Barbara Loden.
Il s’agit plutôt d’un habile tricotage entre des scènes de la vie domestique de Barbara et quelques séquences de Wanda,  notamment la fameuse scène du bar où la jeune femme en cavale est recueillie par une autre paumé, un petit voleur sans envergure. Le tout agrémenté de matériaux d’archive (commentaires autour du film, extraits d’entretiens).
Wanda
, film culte, unique réalisation de Barbara Loden disparue prématurément en 1980, fait figure d’ovni dans le glamour hollywoodien des années soixante-dix, préfigurant les rôles féminins et le style d’un Cassavetes ou, sans l’intellectualisme, La Femme gauchère de Handke. Il met en scène une femme floue et banale qui déserte sans raison son foyer pour suivre, au hasard, un petit voyou sans envergure, jusqu’à commettre un hold-up raté. « Wanda ne peut survivre qu’avec un homme et en s’accordant à son ambition. Elle pense ne pas pouvoir vivre autrement. En Amérique, une femme n’a d’identité qu’à travers l’homme qu’elle attrape », a confié la réalisatrice, ce qui fait écho aux scènes où se manifeste le paternalisme de Kazan vis à vis de sa femme.
Le spectacle replace aussi le film dans son contexte historique. On apprend que, malgré la révolte silencieuse que nous percevons aujourd’hui chez Wanda, il fut dénigré à l’époque par les féministes, avant d’être réhabilité, en France, par Marguerite Duras et Isabelle Huppert et  on entendra des extraits de leurs déclarations.
Abordant Wanda par sous les angles, l’équipe artistique organise un jeu de piste ludique grâce à des trouvailles de mise en scène, de bande-son, de décor que nous vous conseillons d’aller découvrir.
Elle a su trouver une manière originale et juste d’allier cinéma et théâtre.

Mireille Davidovici

 

Théâtre de la Colline jusqu’au 26 octobre.

01 44 62 52 52 ; www.colline.fr

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