Prima carta de San Pablo a los corintios

Primera carta de San Pablo a los Corintios, (Première épître de Saint-Paul aux Corinthiens)Cantata BWV 4, Christ lag in Todesbanden. Oh, Charles ! d’Angélica Liddell (en espagnol et suédois surtitrés)

  corintios_1-samuel_rubio-20150318L’automne dernier, Angélica Liddell créait dans ce même théâtre de l’Odéon, You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia) ( le premier des trois volets du Cycle des résurrections (voir Le Théâtre du Blog).
 Aujourd’hui, Prima carta de san Pablo a los corintios, le second volet, avant Tandy, le dernier de ce cycle, participe à la fois d’une sorte de confession mystique, et d’une longue déclaration d’amour à son amoureux.  Avec nombre de références religieuses et bibliques, mais surtout avec de larges extraits de la Première Epître de Siant-Paul aux Corinthiens, où il place l’amour au-dessus de tout: «J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien./L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil /Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. (…) /L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée./Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais le plus grand des trois, c’est la charité. »
Sur le plateau, rien ou si peu, à cour, un grand rideau de lourd velours rouge qui tombe des cintres et se répand en plis sur le sol, où il y a trois étroites plates-formes. Dans le fond, une grande reproduction du merveilleux tableau à l’exceptionnelle richesse chromatique du Titien, exposé aux Offices de Florence, La Vénus d’Urbino (1538), où l’on voit une très belle jeune femme nue, sensuelle et séductrice, allongée auprès d’un petit chien. Avec une main sur le sexe, (pour le cacher ou se masturber ?).
Le ton est donné: avec rappels des thèmes de ses précédents spectacles : profond mysticisme, fascination pour le corps humain nu des deux sexes, érotisme et amour physique, proclamé, revendiqué, avec références à la peinture occidentale,  texte personnel, prédominance des images et de la musique.
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Il y a sur le plateau, une jeune femme en robe blanche, et un homme aux cheveux longs, très christique, le corps nu mais couvert d’une peinture bronze, qui arrive avec une sorte de petit nécessaire pour dire la messe, puis qui s’en va…
Dans ce spectacle, il y a, aussi comme fil rouge, le texte de trois lettres : celle, dans Les Communiants (1964) d’Ingmar Bergman, de Marta  Lundberg, une institutrice athée, qui voue en vain un profond amour au pasteur Tomas Ericsson qui a perdu la foi depuis la mort de sa femme adorée, puis  La lettre de la Reine du Clavaire au grand amant, d’Angélica Liddell, et donc cette fameuse Epître de Saint-Paul aux Corinthiens.
Plus tard, après cette sorte de préambule,  tombent des cintres avec grand fracas des poutres que des jeunes femmes nues au crâne rasé vont chevaucher. Angélica Liddell apparaît ensuite pour dire, avec une rare violence et une belle efficacité, cette lettre à son ancien amoureux où elle dit et proclame que l’amour  rejoint le sacré : « Désobéir au calcul de la raison, dit Angélica Liddell, est ce qui nous met en contact avec l’essence des émotions humaines, avec notre ETRE PRIMITIF, qui est l’ETRE qui moi m’intéresse. Cette transgression, c’est la poésie. » (…) La création poétique est, par essence, une transgression de toutes les lois que nous devons respecter dans la vie ; elle est l’espace tragique où sont réunis Dieu, l’amour et la mort.
Vers la fin, cinq jeunes femmes entièrement nues, tête rasée, entrent chacune, avec le crâne et les bois d’un cerf, qu’elles vont  lentement déposer au sol. Le jeune homme nu coupe les longs cheveux d’une jeune femme, sur la musique de la Cantate BWV 4 de Jean-Sébastien Bach; un peu plus tard, (âmes sensibles s’abstenir), une infirmière, en pantalon et tee-shirt, vient, professionnelle, avec une poche à perfusion, et pique le bras droit du jeune homme pour recueillir un peu de sang, (pas d’affolement, on est au théâtre et il y a déjà de l’eau dans la poche!) qu’elle suspend et dont le tuyau va lentement laisser couler un mélange rougeâtre sur un drap blanc que l’on montrera cérémonieusement au public.
Telles sont quelques-unes des images de «ce voyage pour atteindre la lumière à travers les ténèbres». Et cela donne quoi sur le plateau? A la fois de l’excellent, quand Angélica Liddell seule, en longue robe rouge, ses beaux cheveux  noirs dénoués, nous dit cette longue et belle lettre, autour de la divinisation de l’être aimé. Sans pathos mais très vite et avec une sourde colère. Mais toujours avec une présence généreuse et engagée tout au long de ce monologue; aucun doute, Angélica Liddell sait capter l’attention du public…
Pour le reste, on sort de là un peu déçu. Il y a bien tout son vocabulaire habituel : sexe, nudité, sang, cheveux, souffrance physique, volonté d’en découdre avec ses amants, crudité d’un texte aux revendications clairement féministes sur fond musical ou, au besoin, silence total, et référence permanente à la peinture classique et à l’art contemporain ( rayon: arts minimal et conceptuel, performances et happenings)
Ce collage musique, arts plastiques et texte fonctionne moins bien, et il manque ici une véritable syntaxe à ce collage, par ailleurs très bien réalisé: Angélica Liddell sait faire, et bien faire. Mais la pièce a bien du mal à se mettre en marche et le spectacle commence en fait quand elle apparaît, elle, sur le plateau, superbement éclairée.
Désolé, mais le spectacle  un côté attendu, presque BCBG, comme si Angélica Liddell avait peur de choquer le public bourgeois de l’Odéon; elle ne va pas aussi loin dans l’expression de la violence et l’exaltation de l’amour que dans ses premières pièces présentées en France, comme cette remarquable La Casa della Fuerza (La Maison de la Force), il y a déjà cinq ans.
Et les applaudissements étaient un peu timides.
Alors à voir ? Si vous êtes un fan d’Angélica Liddell, vous y trouverez peut-être votre compte, mais, pour nous, même si elle reste sincère et juste dans sa démarche, la créatrice espagnole semble vivre un peu sur les réserves de son magasin, avec un ton en-dessous, et comme si elle nous avait déjà dit ce qu’elle avait à nous dire sur son parcours quasi-mystique, via ses expériences amoureuses.
On a droit, nous semble-t-il, d’être plus exigeant avec celle qui nous a habitué à des spectacles où elle  faisait preuve de beaucoup plus de beauté, de superbe arrogance, avec des images fabuleuses d’inspiration picturale, et où elle s’engageait personnellement comme auteure, metteuse en scène et comédienne…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 novembre.
Le Maillon à Strasbourg du 1er au 3 décembre et Theater Chru (Suisse).

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La Simplicité trahie

CHANTIERS D’EUROPE:

La Semplicità inganata, librement inspiré par les œuvres littéraires d’Argangela Trabotti et l’histoire des Clarisses d’Udine (en italien surtitré)

image La Simplicité trahie, qui fut publié en 1654 à Leyden sous le pseudonyme de  Galerana Barcitotti est un des livres d’une femme exceptionnelle (1602-1652) qui écrivit aussi  La Tirannia paterna, et l’Inferno monacale. Arcangela Tarabotti eut le même sort que des milliers d’autres jeunes filles de son époque, difficiles à marier parce que rebelles ou atteintes d’une défaut physique comme légèrement boiteuse et/ou pauvre, ou sans véritable dot, puisque les congrégations religiueses acceptent des dots au rabais!  Elle fut enfermée très jeune dans un couvent de Sant’Anna de Venise de par la volonté paternelle.  Avec la bénédiction du clergé masculin et  toute la société de l’époque.
    Mais elle eut le courage, et la force intérieure d’échapper quelque peu à sa condition : le Cardinal Patriarca Corner lui fait lire des livres, y compris de Machiavel et eut le droit de sortir du monastère, pour aller enseigner, et  rencontra ainsi de riches étrangers, comme l’ambassadeur de France,Nicolas Bretel et connut Gabriel Naudè, le bibliothécaire de Mazarin.
 A cette même époque, les Clarisses du couvent d’Udine dans le Frioul  contestèrent cette tyrannie absolue de ces  toute la clique  catholique qui les tenait enfermées là,  s’en prirent aux dogmes et se révoltèrent la culture masculine qui écartaient les femmes de toute responsabilité sociale et/ou politique, en particulier  contre la terrible inquisition des tout puissants vicaires généraux et autres évèques.
  Seule en scène, Marta Cuscunà  a voulu donner la parole et témoigner de l’histoire de ces jeunes femmes  qui, dit-elle «luttèrent contre les conventions sociales, en revendiquant leur droit à une liberté de pensée et de critique vis-à-vis d’un modèle social basé sur les dogmes de la culture masculine, et surtout une liberté d’inventer un modèle féminin alternatif face au modèle existant. Alors que les femmes étaient priées d’obéir soit comme filles puis comme épouses, sinon comme religieuses cloîtrées ou putains dans les nombreux bordels des grandes villes.« Et c’est de l’intérieur même du couvent, écrit Marta Cuscunà, quArcangela Tarabotti « dénonce ouvertement l’utilisation des vocations féminines religieuses à des fins économiques, en comparant les femmes contraintes à prendre le voile à des oiseaux mis en cage.(…) Je crois que le moment est arrivé d’opérer un changement de cap radical vis-à-vis du féminin et que c’est sur ce dernier que se décidera le tournant à prendre et qui pourrait nous faire sortir de cette crise globale ».
Marta Cuscunà est seule en scène en robe blanche puis noire. Dans le fond, un crucifix rappelle le pouvoir absolu de l’Eglise, et il y a six têtes de marionnettes absolument incroyables de vérité posées sur une grille, dès qu’elle la comédienne leur donne la parole, leur bouche étant seule animée par  la comédienne qui est derrière elles. Tout aussi incroyable est la tête de l’évèque aux yeux exorbités qu’elle manipule aussi.
  Marta Cuscunà raconte très bien l’étonnante histoire de cette révolte aux accents féministes évidents de ces six nonnes qui ne craignent pas d’aller à sa rencontre et d’affronter le terrible vicaire général Jacoppo Moracco avec une force  et une vérité qu’on entend rarement. L’univers sonore (parfois un peu trop envahissant) est impressionnant: chants religieux, bruits de portes en fer qui se ferment brutalement lors des vœux solennels…
  La révolte  et le revendication d’un nouveau modèle alternatif durèrent à Udine une soixantaine d’années puis l’Eglise reprit le dessus mais les choses ne furent plus tout à fait comme avant. Cette Simplicité trahie est un spectacle  tout à fait remarquable que nous a offert avec une belle conviction Marta Cuscunà en soixante-dix minutes: on espère vraiment qu’un théâtre français le  programmera  (il n’a été présenté que deux fois) , et sur une plus longue série de représentations. Tiens, au fait, pourquoi pas aux Théâtre des Abbesses, Emmanuel Demarcy-Motta?
 

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre de la Cité Universitaire le 13 juin.

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