Flexible silence de Saburo Teshigawara

Flexible silence chorégraphie de Saburo Teshigawara

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Le chorégraphe  vient pour la sixième fois, en dix ans, au Théâtre National de la Danse de Chaillot, et nous avons pu assister aux dernières répétitions de sa nouvelle création. Pour Saburo Teshigawara, «La musique est composée de sons audibles et inaudibles, le son qui ne s’entend pas, c’est-à-dire le silence, coule dans la musique, cette pièce naît de cette dualité».

Après Solaris, (voir Le Théâtre du Blog), l’Ensemble Intercontemporain collabore avec le metteur en scène japonais qui réalise, comme d’habitude chorégraphie, décor, lumières et costumes. A cet orchestre créé par Pierre Boulez, se joint le sextuor d’ondes Martenot du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

 Chaque formation, sous la conduite pointilleuse du chorégraphe, répète tour à tour avec les danseurs : l’Ensemble Intercontemporain, avec la musique de Toru Takemitsu, et le sextuor d’ondes Martenot avec celle d’Olivier Messiaen. Les danseurs, tous japonais, à l’exception de Maria Chiara Mezzadri, italienne, connaissent bien l’esthétique de Saburo Teshigawara qui danse avec eux et Rihoko Sato. Ils ont participé à plusieurs spectacles du maître, dont, récemment, Sleeping Water, au théâtre des Salins de Martigues.

«Saburo est mystique à sa façon et dans la pureté du mouvement. Travailler avec lui, c’est comme revenir à la source» dit Aurélie Dupont qui va l’accueillir à l’Opéra de Paris la saison prochaine. De son coté, Rihoko Sato, son interprète fétiche et assistante depuis vingt ans, assure la coordination entre les trois groupes artistiques, et avec l’équipe technique.

Lors de la première rencontre avec les musiciens, elle a improvisé un solo de quarante-cinq minutes, pour permettre à Saburo Teshigawara de finaliser ses lumières et les fait littéralement danser.  En véritable démiurge, le chorégraphe vérifie chaque détail, déplace lui-même tel ou tel instrument de musique, puis invite les danseurs à improviser. Ils épousent son style si particulier: mouvements continus, ondulations des corps, avec des cassures de rythme brutales. Ils oscillent en permanence, sur les indications vocales de Saburo Teschigawara. Parfois la danse se fait dans le silence, parfois soudain les artistes se croisent dans un faible trait de lumière. Une danseuse se colle au sol, rampant tel un insecte, et longe le cercle lumineux.

Nous assistons, fascinés, à la construction de tableaux hypnotiques d’une grande beauté. Le public va découvrir une œuvre mouvante, empreinte de spiritualité,  à la fois grâce aux musiques choisies et à l’énergie qui habite le cerveau de ce créateur hors normes. Pour un voyage d’une heure quarante, servi par des artistes en parfaite osmose avec ce travail unique de Saburo Teshigawara.

Jean Couturier

Théâtre National de Chaillot 1 Place du Trocadéro Paris XVIème du 27 février au 3 mars.

www.theatre-chaillot.fr

       

 

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Monchichi, chorégraphie de Wang Ramirez

 

Monchichi ,chorégraphie de Wang Ramirez

 

Morah Geist

Monchichi, surnom qu’un voisin allemand a donné à Honji Wang quand elle était petite à cause de son look de métèque, devient le titre du premier spectacle de la compagnie Wang Ramirez, créé en 2011. Elle, d’origine coréenne mais née à Francfort, et lui, de parents espagnols,  dansent leurs différences, cherchant les points de contact et les ruptures de style entre leurs univers. Toujours en décalage, ils finissent par se rejoindre…

A chaque séquence, sa musique : de simples vibrations jusqu’à un tango de Carlos Gardel en passant par les accords de Nick Cave. Les scènes de genre se succèdent, brillants exercices soutenus par des ambiances lumineuses sophistiquées. Seul décor, un grand arbre nu masque les changements de costumes, mais  surtout, devient partie prenante de la danse, en se couvrant de fleurs ou se teintant d’une sève verte, selon les éclairages.

 Honji Wang allie force et souplesse, unit danse classique et mouvements d’arts martiaux, et on relève des traces de son passage auprès d’Akram Khan et de la danseuse de flamenco Rocio Monlina.  Son style sinueux contraste avec les mouvement francs et directs de Sébastien Ramirez,  venu lui de la break dance et du hip hop. Mais le couple finit par s’accorder…

Quelques querelles de ménage et quelques mots sur leurs origines ponctuent les parties dansées. Ces courts dialogues, pas vraiment nécessaires, renforcent l’impression de décousu qui émane de l’ensemble. Mais ce pas de deux à épisodes opère, pendant cinquante-cinq minutes, une indéniable séduction sur le public. Plus intimiste que Borderline créé en 2013 ( voir Le Théâtre du Blog) il en porte déjà les germes.

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond Point 2Bis Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris. T : 01 44 95 98 00, jusqu’au 18 février. Programmé avec le Théâtre de la Ville T.01 4274 22 77

Williams Center for the Arts, Easton, Pennsylvanie, le 4 mars; Clarice Smith Performing Arts Center, Maryland, le 8 mars ; Mercat de les Flors de Barcelone, les 6 et 7 avril ; Théâtre du Kremlin-Bicêtre (94) le  26 avril. Borderline : les 31 mars et 1er avril au Staatstheater de Mayence (Allemagne) ; Le Manège de Reims, les 9 et 10 juin.

Naked Lunch, chorégraphie de Guy Weizman et Roni Haver

Naked Lunch, chorégraphie de Guy Weizman et Roni Haver en anglais, surtitré en français,adaptation de Naked Lunch (Le Festin nu) de William Burroughs, musique de Yannis Kyriakides

   IMG_9461Cette adaptation dansée, jouée et chantée de cette œuvre de William Burroughs marque d’une pierre blanche la première venue en France de ces chorégraphes néerlandais, qui ont d’abord été danseurs à la Batsheva Dance Company.
 Mettre en dialogues, en scène et en musique ce livre-référence de la beat generation, publié en 1959, mettre en images l’addiction à l’alcool et aux drogues : entreprise osée… Le 6 septembre 1951, à Mexico, l’écrivain, drogué, voulant jouer à Guillaume Tell, tue sa femme d’une balle dans la tête, épisode qui servira de trame à la pièce. D’entrée, l’un des personnages annonce: «On en a pour une heure trente… Vous comprenez, il y en a du monde sur scène. Ce plateau est immense, rien que pour le traverser, il faut une minute et demi. On a aussi une femme enceinte et elle ne peut pas danser trop vite… Et tout le monde voulait un solo de deux, trois minutes.»
Cette création nous emporte dans un vent de folie, avec une chorégraphie remarquable de précision, sur une musique hallucinée de Yannis Kyriakides. Trois excellents percussionnistes, trois chanteurs impressionnants de mobilité, trois danseurs et quatre danseuses, et une actrice, Veerle van Overloop (dans le rôle de la femme de l’auteur) occupent en permanence l’espace qui se transforme grâce à un jeu subtil de praticables, scialytiques à éclairage sans ombre des salles d’opération, et de châssis mobiles où sont accrochées de grandes radiographies de tête de bébé, d’un crâne transpercé de clous, d’un panoramique dentaire, et la photo d’un couloir souterrain.  

  Naked Lunch donne à voir le corps du danseur traversé par l’expérience des toxiques dans l’interzone mythique décrite par Williams Burroughs. Mais, pour peindre la folie et le délire, mieux vaut posséder une écriture chorégraphique très structurée. Comme ici, avec une rare qualité de danse, dynamique, en tension permanente, qu’elle soit individuelle ou collective. Danseurs et chanteurs, pieds nus ou en chaussettes rouges,  changent régulièrement de costumes.
 Les bouffées délirantes de personnages sous héroïne de Naked lunch se retrouvent  surtout dans les associations de mots proférées par la comédienne : «Bleu, policier, père, pute, cancer, combat, came, sexe, rêver …». Pour donner un peu de respiration à ce texte dur, le public, au milieu du spectacle, est invité quelques minutes sur le plateau, à une danse collective libératoire. Fait intéressant : un chorégraphe s’empare de l’imaginaire du drogué : cette expérience personnelle ressentie profondément dans le corps et le psychisme du sujet dépendant, l’est aussi par l’interprète dans l’acte dansé.
Et les endorphines libérées par l’effort, le poussent à se sublimer, à laisser libre son corps en mouvement; l’adrénaline, que procure la danse, le transforme, et se transforme aussi en une beauté plastique que le public vient chercher ici, et qui le pousse à revenir. Nous garderons longtemps en mémoire cette débauche contrôlée d’énergie et de vie paradoxale, puisque la toxicomanie aboutit à la mort.

 Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre National de Chaillot, Paris, du 6 au 8 avril.
www.theatre-chaillot.fr         

Music for 18 Musicians de Steve Reich

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Music for 18 Musicians de Steve Reich, chorégraphie de Sylvain Groud

Curieuse proposition que ce « concert dansé». Le public est invité à « ressentir la pièce du fondateur de la musique minimaliste américaine, de façon totalement inédite ».
Sur le plateau, l’ensemble Links et ses 18 musiciens (19 pour être plus précis !) entament la partition, toute en variations répétitives, amplifications et montées en puissance. Très organique, elle prend aux tripes et emmène dans une agréable transe.
Après quelques minutes, un groupe de danseurs traverse le plateau, amorçant de petits gestes. Derrière le chorégraphe, l’équipe du théâtre et même le pompier de service. La fièvre gagne la salle, ça et là des gens se grattent, balancent la tête de droite à gauche, se retournent, se lèvent, et leurs mouvements s’affirment.
 Bientôt, une bonne partie de l’assistance reproduit ces gestes simples, étonnée et sourires aux lèvres. Naissent alors des images magnifiques : des enfants, portés au-dessus du public, semblent nager et des spectateurs, debout, de plus en plus nombreux, tendent les bras le plus haut possible. Une Ola! fait tanguer la salle, et sur une musique plus rythmée, le public se lance alors dans un rock-and-roll effréné, balayé par les lumières.
Une procession se met en place pour gagner la scène où une jeune danseuse amatrice s’engage dans un solo, droite et déterminée, devant cinq cents personnes. Enfin les corps s’apaisent, se couchent, et les musiciens, un par un, quittent leurs instruments, jusqu’aux derniers coups du marimba qui a accompagné tout le morceau.
La musique se ferme tout doucement comme elle s’était ouverte, et les applaudissements jaillissent, sans qu’on sache vraiment s’ils s’adressent aux musiciens, aux danseurs amateurs, au public. Bref, pour une fois, on applaudit à 360 degrés ! Instant de communion très rare : nous avons l’impression d’avoir tous contribué au spectacle.
Le chorégraphe a fait travailler des groupes d’amateurs locaux, enfants et adultes, attribuant à chacun une séquence de cette musique savamment construite. Disséminés dans la salle, ils incitent le public à les suivre et lui communiquent l’envie de bouger diffusée par la partition. Le théâtre, un lieu de partage ? Ici, c’est plus vrai que jamais.  Des adolescents hospitalisés ont participé au spectacle après douze heures d’atelier avec un membre de la compagnie MAD. Sylvain Groud a toujours porté attention aux corps empêchés, allant jusqu’à danser à l’hôpital, s’invitant dans les chambres des patients.
Ce concert dansé reste un moment unique de communion et découverte de la musique de Steve Reich. Joie, sourires et émotion à l’issue de la représentation. On en oublierait, l’espace d’une soirée, la baisse des subventions départementales qui afflige ce théâtre flambant neuf ! Bravo pour cette programmation ambitieuse, populaire et participative. Même si tous les spectateurs ne se sont pas levés pour entrer dans la danse, personne n’est sorti indifférent de cette soirée pas comme les autres.

Julien Barsan

Spectacle vu le 7 avril au Théâtre de Sénart (77). Le 4 juin à 17h, Scène Nationale de Montbéliard T. 0 805 710 700.
Le 18 novembre à Eindhoven, Pays-Bas.

Les Trocks

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Les Trocks

 En quelque quarante ans d’existence, les Ballets Trockadero de Monte-Carlo, devenus Les Trocks, célèbre troupe de travestis basée à New York, n’ont cessé de parcourir la planète : du Japon qui les adore, à l’Europe où ils reviennent chaque année,  avec plus de 3.000 représentations dans plus de  six cent villes !
 A quoi tient un tel engouement ? Sans doute à un  parfait cocktail de professionnalisme et d’humour. Avec d’excellents interprètes capables de parodier les chefs-d’œuvre du ballet classique, sans pour autant les dénaturer. Leur répertoire comprend aussi Cafe of experience  de Pina Bausch, Lamentation of Jane Eyre de Martha Graham, Pattern in Space, de Merce Cunningham…
Mais ce sont surtout les codes et le vocabulaire du ballet académique qui se prêtent à un exercice parodique. Voir les Trocks, tous solidement musclés mais aux allures de diva avec de longs cils et la bouche en cœur, danser en tutu et sur des pointes,provoque bien sûr, le sourire, chose peu fréquente dans le monde chorégraphique actuel.

Mais cela n’empêche pas une impeccable réalisation de manèges, pirouettes, fouettés et autres figures difficiles,  et provoque vite l’admiration. Le directeur des Trocks, Tory Dobrin, lui-même ancien danseur de la compagnie de 1980 à 1990, veille au respect des règles classiques.
Ainsi, p
our Le Lac des cygnes, Giselle ou Don Quichotte, chaque entrée d’une pièce au répertoire est assurée par des artistes, russes le plus souvent, qui l’ont dansée et qui la transmettent au plus près de l’original. Et, après avoir complètement intégré pas et enchaînements, les danseurs y ajoutent leurs facéties, souvent trouvées au hasard des événements. Pour Paquita par exemple, que Marius Petipa avait créé en 1847 et qui leur a été enseigné par une interprète du Bolchoi dans le respect du style académique, un des danseurs est tombé lors d’une répétition, et sa chute entraîna celle de toute la ligne de ses camarades qui se sont écroulés l’un après l’autre comme un château de cartes, déclenchant ainsi le rire! Bien entendu, le gag fut conservé.
Dans ce programme, il y a, à la fois des moments qui ont fait la réputation des Trocks, comme le fameux acte II du Lac des cygnes, et d’autres plus récents, mais jamais présentés en France, comme cet extrait de Paquita.
Avant même le lever du rideau, la bonne humeur s’installe grâce à un artiste au fort accent russe (la tradition du ballet reste l’apanage de la Russie pour le grand public!) qui indique la distribution: Maria Paranova, Olga Suppozova et autres divas aux noms fantaisistes que portent ici de vraies étoiles d’aujourd’hui
Aujourd’hui, où la mode est à une sérieuse déconstruction des codes du spectacle, celui qui se contente de s’en divertir, s’expose à la critique des esprits chagrins qui lui reprochent d’être futile.
Mais Les Trocks, avec leur virtuosité et leur esprit ludique, amènent à la danse un public qui ne s’y serait peut-être jamais intéressé autrement. Bref, le territoire de l’art chorégraphique est assez vaste pour inclure l’original, sa déconstruction… mais aussi sa parodie.

 Sonia Schoonejans

 Spectacle vu à la Maison de la Danse à Lyon

 

Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner: conférence de presse

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Conférence de presse à l’Opéra de Paris, avec Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner

Certains s’étaient munis de carnet et stylo, d’autres, d’un smartphone, et les plus nombreux, d’un appareil photo ou d’une caméra. Jamais autant de monde ne s’était intéressé à la direction de la danse à l’Opéra ! Le côté people et médiatique de Benjamin Millepied et sa démission surprise y sont pour quelque chose. Mais point de révélations fracassantes, ni d’anecdotes surprenantes. Avec son départ, la danse à l’Opéra de Paris n’intéressera sans doute plus autant Le Figaro-Madame et Paris-Match, alors que l’ancien directeur s’y exprimait volontiers.
«Il part trop tôt, trop vite, certains restent trop longtemps, regrette Stéphane Lissner.» Tout en reconnaissant avec Benjamin Millepied que la charge de directeur est trop lourde pour l’artiste et le chorégraphe. 
«Ce qui m’a motivé pour faire évoluer l’institution, dit Benjamin Millepied, c’est le danseur. Le plus important, pour moi: être en studio avec eux, c’est comme cela que j’aime vivre mon métier. La position de directeur de la danse n’est pas pour moi, elle ne me convient pas.»
Il parle avec chaleur d’Aurélie Dupont qui va lui succéder : «Ce qui va se passer maintenant est une continuité, je serai là de tout cœur avec elle, et avec eux, pour la suite. Je veux que cette compagnie fasse avancer notre art, il faut qu’elle apporte quelque chose à l’histoire de la danse.»  À cela, Aurélie Dupont répond : «Je vais continuer ce qu’a fait Benjamin (…) Je suis pleine de passion, d’amour pour cette maison, précise-t-elle. Je veux aborder la direction de cette compagnie avec la passion du travail, de l’ambition, de l’exigence, et de l’ouverture d’esprit. (…)
Pour moi, la troupe de l’Opéra de Paris reste une compagnie de danse classique avec une ouverture sur le contemporain, dit-elle, soulignant qu’elle n’a aucun talent de chorégraphe.» Aurélie Dupont, une belle personne : mère de deux enfants, danseuse-étoile, est maintenant directrice de la danse,  à la tête des cent cinquante-quatre  artistes. Sa prise de fonction se fera officiellement en septembre prochain. «Je suis intelligente, je réfléchis et je change d’avis parfois, pas vous? »
Ainsi a-t-elle répondu à une question, et elle a aussi précisé qu’à un moment donné de sa vie, elle n’avait pas voulu de ce poste. «Je vais faire de mon mieux, je vous le promets, ajoute-t-elle, avec un large sourire.»
 Benjamin Millepied, lui, était déjà parti pour la générale de son spectacle qui avait lieu trois heures plus tard. La saison prochaine, il présentera deux créations avec les danseurs de l’Opéra…  

Jean Couturier

À l’Opéra-Garnier, ce 4 février.          

Chantal Loïal, chevalier de la Légion d’honneur…

visuel-da8aee64329e76f854e2e47e5ec1bd88Chantal Loïal, chevalier de la Légion d’honneur…

 Danseuse guadeloupéenne bien connue  de la compagnie Montalvo-Hervieu, et des Ballets C. de la B. (Ballets Contemporains de Belgique), elle dirige aussi Difé Kako, la compagnie qu’elle a créée en 1994 rassemblant des danseuses qui ont en général une formation pluridisplinaire, et des musiciens: percussions, djembé, tambours, maracas, accordéon, balafon, etc..
  Arrivée en Métropole en 1977, Chantal Loïal a connu les milieux de la danse africaine, antillaise et contemporaine.Elle rencontra aussi des chorégraphes comme, entre autres Assaï Samba,  ou Lolita Babindamana du Ballet national du Congo, Tchico Tchikaya, Kanda Bongo Man, chanteurs l’un congolais et l’autre zaïrois,  mais aussi des metteurs en scène, comme Jérôme Deschamps et Macha Makeieff. Pédagogue, elle a obtenu en 2008, son diplôme d’Etat en danse contemporaine.
  A la mairie du XIII ème Chantal Loïal a célébré, fière et enthousiaste, les vingt ans de Difé kako, sa compagnie créole, et la Légion d’Honneur qu’elle a reçue  des mains de François Hollande en mars dernier à l’Elysée. « Ce que vous voulez montrer, a dit le Président, c’est que toutes les cultures sont dignes de reconnaissance, que toutes les cultures s’enrichissent les unes les autres. » Plus original, je meurs !
Accompagnée de ses proches et de ses  danseuses et musiciens, elle a donc fêté ces deux événements à la mairie du XIIIème arrondissement. Fait des plus rares, la République française remet plus souvent la Légion d’honneur à des personnalités politiques comme, dans la même promotion, Anne Hidalgo pour services rendus au P.S., qu’à des artistes, chorégraphes ou danseurs.
 Chantal Loïal a aussi rappelé qu’elle dirigera samedi 30 janvier, un Bal Konsèr à la salle des fêtes du XIII ème. «Le Bal Konsèr, dit-elle, est aussi bien à voir et entendre qu’à danser, avec des répertoires traditionnels caribéens mais aussi africains et brésiliens.» 

 
Philippe du Vignal

Bal Konsèr, à la salle des fêtes-Mairie du XIII ème. 1 Place d’Italie, 75013 Paris. T : 01 44 08 13 13.  Gratuit mais dans la limite des places disponibles !

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Asa Nisi Masa

Asa Nisi Masa chorégraphie, scénographie et conception vidéo de José Montalvo

 RTEmagicC_AsaNisiMasa_uneIncantation poétique, Asa Nisi Masa renvoie au film de Federico Fellini, Huit et demi, où Asa Nisi Masa, une formule magique lancée par une fillette, permet au jeune Guido de faire un plongeon onirique dans son enfance.
Au début du spectacle, le public est incité à la prononcer, suivant une gestuelle indiquée par les danseurs. Un rituel qu’ils répéteront sur scène, pour ponctuer les changements de tableaux. La pièce, destinée au jeune public, s’organise en rêves successifs, comme autant de contes où la danse, comme souvent chez le chorégraphe, flirte avec la vidéo. Les images, projetées sur grand écran en fond de scène, convoquent des animaux de toute taille, de tous poils et plumes, en peluche ou en chair et en os.

Volatiles graciles ou de poulailler, fauves bondissants, singes, tortues… se rejoindront sur une kora géante, voguant, telle l’arche de Noé. Le chorégraphe a l’art de démultiplier les échelles de grandeur : un énorme gorille regarde avec mépris la frêle danseuse qui, en bas de l’écran, dompte des oiseaux ; des éléphants viennent se percher sur la tête des interprètes.
Dans une deuxième partie, encore plus délirante, Don Quichotte et ses moulins à vent débarquent dans le métro parisien, station Asa Nisi Masa… En solo ou en tribu, les danseurs, eux aussi, de styles et d’apparences disparates, jouent avec les images, et vice et versa. Hip-hop, danse classique ou contemporaine, rythmes africains, flamenco, claquettes, figures acrobatiques coexistent, accentuant le caractère baroque de ces histoires à dormir debout (au bon sens du terme).

 » Sur un sujet aussi universel que l’enfance et l’animalité, toutes les danses se rassemblent, dialoguent et se mélangent, commente le maître d’œuvre. Finalement, cette pièce, je l’ai écrite d’abord pour moi, pour laisser encore résonner l’extravagance de mes émerveillements d’enfant. »
Asa Nisi Masa, créée la saison passée au Théâtre National de Chaillot, où José Montalvo est artiste permanent, subjugue petits et grands par la magie de ses images et l’alacrité de ses danseurs.

Le baroque de la pièce s’affirme grâce à une impeccable synchronisme entre les mouvements des uns et des autres, la conjugaison du virtuel et du réel, et la maîtrise extraordinaire d’un désordre organisé. Une petite fausse note : les costumes ne sont pas du meilleur goût, et c’est dommage…
La tournée ne fait que commencer, ne manquez pas ce spectacle s’il arrive dans votre région, surtout si vous avez des enfants.

 Mireille Davidovici

 Vu à  Bonlieu/Scène Nationale d’Annecy, le  21 novembre. Théâtre intercommunal Le Forum de Fréjus/Saint-Raphaël, les 29 et 30 novembre ; MA scène nationale-Pays de Montbéliard, les 2 et 3 décembre; Espace des Arts de Châlon-sur-Saône, les 10 et 11 décembre ; Théâtre du Vellein, (38) les 16 et 17 décembre ; Théâtre-Cinéma Paul Eluard de Choisy-le-Roi, les 19 et 20 décembre.
Maison de la Danse à Lyon, du 5 au 9 janvier ; Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois, les 15 et 16 janvier ; Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine, les 27 et 28 janvier; Le Rive Gauche, 76800 Saint-Étienne-du-Rouvray
les 28 et 29 février ; Théâtre municipal de Charleville-Mézières, les et 4 mars ;Théâtre de Bourg-en-Bresse, les 16 et 17 mars ; Le Carré Belle Feuille, Boulogne-Billancourt  les 3 et 4 avril ; Le Pin Galant, à Mérignac  les 3 et 4 mai ; Odyssud, à  Blagnac du 25 au 29 mai; Théâtre National de Chaillot, Paris du 11 au 20 mai ; Châteauvallon/C.N.C.D.C , le 7 juin.

 

Available Light

Available Light, chorégraphie de Lucinda Childs, musique de  John Adams

 

Availaible Light (1983) n’a rien perdu de son originalité et de son énergie. La pièce s’inscrit dans une recherche formelle qui caractérise la danse post-moderne américaine. La chorégraphe new-yorkaise a opté, dès les années 1970, pour le minimalisme, dans le lignée de Merce Cunningham, l’un de ses maîtres.
Pour ce ballet, elle utilise de manière radicale la partition de la scène sur deux plans scéniques proposée par l’architecte Frank Gehry, à qui l’on doit notamment la Cinémathèque française et la fondation Vuitton à Paris.
« J’aimais l’idée de quelque chose qui casserait l’espace, dit Lucinda Childs, mais sans réduire la place réservée à la danse et la seule matière de faire cela, c’était de créer un autre niveau, un étage.» En effet, ce dispositif démultiplie les possibilités de combinaisons chères à la chorégraphe. Les onze danseurs occupent le double plateau : deux en haut, puis un et jusqu’à trois, tandis qu’en contre-bas, les autres danseurs évoluent, tous ensemble, ou alternativement, quatre par quatre, trois par trois, les autres marquant de courtes pauses. Comme des silences à l’intérieur du mouvement.
La musique, elle, ne s’arrête jamais, sauf pendant le noir qui délimite les deux parties de la pièce. John Adams développe une rythmique à huit temps et à six pour les parties plus rapides, avec des thèmes qui se répètent ad libitum,  tout comme les figures simples, empruntées à la danse classique, exécutées à l’identique, à l’unisson ou de manière décalée par chaque  interprète, homme ou femme.
Tous habillés de tuniques rouges, noires ou blanches, jambes nues, ils dessinent dans les deux espaces des tracés géométriques, des lignes horizontales, verticales, diagonales. Ici, nul solo, pas-de-deux, trio ; pas de mouvement au sol, ni de porté,  ni jamais de contact entre les corps.
Chaque interprète est un électron qui navigue dans un champ de forces multidimensionnelles. Un atome de couleur au sein d’un réseau de formes en déplacement, mues par des sons et rythmées par les éclairages, et pris dans un vaste mécanisme savamment agencé.

Totalement épuré, le spectacle fascine, plus qu’il ne séduit, par les infinies combinaisons qu’il propose. Envoûté par la musique entêtante de John Adams, hypnotisé par le mouvement perpétuel des corps dans l’espace, le spectateur part pour une aventure formelle où la danse se fait à la fois concrète et abstraite.
Il faut revoir ou découvrir cette œuvre emblématique avec laquelle Lucinda Childs, John Adams et Frank Gehry ouvraient la voie à bien des chorégraphes contemporains.

 

Mireille Davidovici

 

Théâtre de la Ville jusqu’au 7 novembre: theatredelaville-paris.comT: 01 42 74 22 77

www.festival-automne.com

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Incidence chorégraphique

Incidence chographique, avec les danseurs de l’Opéra de Paris

brunobouché L’une des plus grandes difficultés, disait Serge Diaghilev en 1929, est aussi de faire émerger des chorégraphes, et dans le monde théâtral, c’est vraiment un oiseau rare. Au XIXe siècle, nous n’en avons eu en soixante-dix ans qu’un seul: Marius Petipa. Les décorateurs et compositeurs ne travaillent pas seulement pour le ballet, mais le chorégraphe s’y consacre exclusivement et doit donc avoir une vraie culture... Depuis quinze ans, Bruno Bouché,  avec  la compagnie Incidence Chorégraphique qu’il a créée a pour but de faire émerger de jeunes chorégraphes, comme lui-même, au sein de l’Opéra de Paris; c’est un travail rigoureux et de qualité, nécessitant une bonne organisation, vu les emplois du temps chargés des danseurs impliqués dans cette aventure. Pour la belle et grande scène du Chesnay près de Paris (14 mètres d’ouverture sur 12 mètres de profondeur et une salle de six cents places),  a été élaboré un programme contemporain pour lequel l’engagement physique et technique des interprètes de l’Opéra est  total pour le plus grand plaisir des spectateurs , où la proximité du plateau permet d’être au cœur du geste dansé. Presque toutes les musiques sont jouées sur scène : celle de la première partie d’une grande beauté, est composée de lieders de Franz Schubert,  chantés par Till Fechner, accompagné par Florian Puddu au piano.  Alexandre Gasse a chorégraphié ces moments, dansés par lui  Daniel Stokes et Erwan Leroux: une veste et des chaussures passent d’un danseur à l’autre avec des gestes délicats et sensuels.   Ensuite Réversibilité, reprend le final d’une pièce de Michel Kelemenis  créée en 1999 pour dix-neuf danseurs de l’Opéra de Paris. Jennifer Visocchi, Cyril Chokroun et Daniel Stokes interprètent avec énergie ce trio de danse néo-classique, sur  un enregistrement de Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel. Bless-Ainsi soit-il, dirigée par Bruno Bouché, s’inspire de la Genèse. Sur une musique de Johann Sebastian Bach, merveilleusement interprétée par Edna Stern au piano, Aurélien Houette et Daniel Stokes et lui-même se livrent corps et âme, dans un duo intense et éprouvant pour l’organisme. Puis, on retrouve Jennifer Visocchi et Cyril Chokroun dans un pas de deux, chorégraphié par Bruno Bouché sur une Passacaille de Georg Friedrich Haendel. Pour  la dernière demi-heure, Yvon Demol, Aurélien Houette, Alexandre Ganse et Yann Saïz, que dirige Bruno Bouché, naissent et disparaissent sous le piano qui fait résonner la majestueuse Sonate en si mineur de Franz Liszt, grâce à Edna Stern. Une échelle en bois, dressée à jardin, exerce un réel pouvoir attractif sur les danseurs, et semble induire chez eux des postures rappelant l’esthétique,de la statuaire soviétique.Gestes précis, synchronisation parfaite mais les figures construites dans l’espace sont immédiatement déconstruites. Avec une extrême implication des corps qui fait naître une émotion constante. Le public a salué généreusement le talent de tous ces jeunes danseurs placés sous la houlette de Bruno Bouché et mis en lumière par Tom Klefstadt. Serge Diaghilev peut être rassuré…

 Jean Couturier

La Grande Scène du Chesnay le 13 juin. Incidencechorégraphique.com 

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