Les Journées du matrimoine 2016

Les Journées du matrimoine 2016

 

Rue_PernelleUne manifestation festive, en forme de manifeste. Objectif : mettre en lumière les créatrices du passé et leurs œuvres, parallèlement aux Journées du patrimoine (voir Théâtre du Blog ).
L’égalité entre homme et femme sur le front intellectuel et artistique passe par la revalorisation de cet héritage trop absent des livres d’histoire. L’inégalité reste flagrante : même si depuis dix ans, à l’issue du rapport de Reine Prat, la tendance s’inverse lentement : 26% des femmes signent les mise en scène du réseau conventionnée contre 22% en 2006 ; 21% dirigent des Centres dramatiques nationaux, contre 16% en 2006. À quand la parité ? Quand les femmes constituent 60% des étudiant(e)s des enseignements artistiques supérieurs.

 Pour cette deuxième édition, les différentes branches de la fédération nationale H/F pour l’égalité dans les arts et la culture, mobilisent de nombreux partenaires : en Bretagne ( Rennes), en Normandie (Rouen) et surtout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec pas moins de seize événements (expositions, parcours urbains et conférences), du Rhône à la Haute-Loire, de Lyon à Bourg-en-Bresse, en passant par Montluçon et Annecy.

 H/F Île-de-France, pour sa part propose de nombreux événements aux côtés de nouveaux partenaires : Les Éditions de Femmes-Antoinette Fouque qui ont entamé cette réflexion depuis 1973 et ont sorti récemment l’imposant Dictionnaire Universel des Créatrices : 5000 pages couvrant quarante siècles de création dans le monde et dans tous les domaines. La jeune et florissante association AWARE ( Archives of Women Artists, Research and Exhibitions ) fondée en 2014 pour la diffusion des artistes femmes dans les musées et les universités. Des compagnies de théâtre, des lieux de spectacle, des musées et des bars et des cafés les rejoignent pour une programmation étoffée et festive.
À la Maison des Métallos, une exposition interactive sur L’Étoffe des femmes nous attend, avec nos morceaux de tissus, tandis que sept musées ouvrent leur fond au féminin : Jeu de Paume, Musée d’Art Moderne de Paris, Musée Carnavalet, Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Petit Palais, Mac/Val (le seul à respecter un parité dans ses acquisitions). Au gré de parcours urbains dans Paris, agrémentés de musiques et de lectures, on découvrira des femmes savantes brûlées comme sorcières, depuis Hypathie la mathématicienne d’Alexandrie au lVe siècle, jusqu’à Pernelle Flamel, l’alchimiste du XVlème siècle… Des interventions artistiques dans le tram T3, une promenade-lecture du restaurant de la Coupole au Cimetière Montparnasse, sur les lieux de prédilections de Simone de Beauvoir et de sa sœur Hélène peintre méconnue … Autant de rendez vous pour évoquer Communardes et compagnonnes, peintres et autrices, poétesses et «scandaleuses », militantes du mouvement de la paix et résistantes, toutes combattantes, inventrices ou créatrices qui ont fait l’histoire en y laissant si peu de traces.

 

Mireille Davidovici

 

17 et 18 septembre : programme complet sur les sites :

www.matrimoine.fr

http://hfauvergnerhonealpes.wixsite.com/matrimoine

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Verso Medea

Verso Medea, spectacle-concert d’après Euripide, texte et mise en scène d’Emma Dante

 

 DSC2183«Mon théâtre concerne la barbarie du monde », commente Emma Dante, comédienne, auteure et metteuse en scène de Palerme. Dans ce spectacle musical créé en 2003 au Teatro Mercadante de Naples, des comédiens sorte de chœur antique populaire qui diffuse le rude esprit des terres marines, jouent les femmes de Corinthe.
La maudite, la magicienne Médée (Elena Borgogni), le ventre gros d’un enfant, est portée par une rage maléfique. Image qui rappelle Le Sorelle Macaluso d’Emma Dante, au festival d’Avignon 2014. Dans un élan généreux, et avec une même volonté de résistance et  de colère au machisme paternel et fraternel, une brochette de sœurs, un rien chiffonnières, répondent, comme en écho esthétique et moral, à cette galerie d’hommes jouant les vieilles femmes.
On est en pleine Sicile traditionnelle du vingtième siècle, attachée à ses traditions et où règnent matriarcat, Eglise et… misère. Chez Emma Dante, on condamne le pouvoir abusif des hommes sur les femmes, mais on s’amuse aussi, et on fait preuve d’une santé vigoureuse. Les femmes portent une robe noire dont elles relèvent le bas, et exercent l’art de médire des autres et d’injurier tous les hommes de la Terre, dont Jason.
La guerre des sexes bat son plein dans l’humeur vive d’être au monde. Médée pratique une magie néfaste et des actes barbares, et commet un infanticide. Princesse étrangère et exilée, figure errante attirée par l’ailleurs,  elle apparaît sous l’aspect d’une femme, humiliée mais pas vaincue, et lance ses récriminations contre Jason et contre Créon qui l’a injustement exilé de Corinthe. Elle semble possédée par un démon intérieur plutôt que par un enfant à naître.
Passion tragique, déchirements de cette femme répudiée par son amant; Elena Borgogni a chorégraphié avec hargne une danse personnelle, dans un instinct de survie: du coup, la brochette d’hommes aux habits de femme, s’en trouve comme apaisée, à l’écoute d’une sœur féminine outragée par un mâle.
Ce chœur masculin entoure Médée avec cocasserie et gravité; il assume son travestissement, pointant juste la condition de la femme.  Avec une  remarquable invention théâtrale, l’accouchement est mimé, et le nouveau-né, juste figuré par une couverture, pleure, bercé dans des bras attentifs.
Les frères Mancuso, collecteurs de chansons locales mais aussi compositeurs, jouent de leurs beaux instruments traditionnels et chantent à merveille des airs entêtants, profondément ancrés dans l’histoire de leur peuple… Comme sortis de la nuit des temps, des rites quotidiens, paysans et marins, orgueil de la terre sicilienne.
Un rêve obscur à la magie éblouissante dans l’obscurité du plateau.

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris XVIIIème, jusqu’au 28 mai. T : 01 46 07 34 50.

 

Princesse vieille reine de Pascal Quignard

Princesse vieille Reine de Pascal Quignard, mise en scène et interprétation de Marie Vialle

 mv-022Après Le Nom sur le bout de la langue, conte de Pascal Quignard qu’elle a mis en scène et interprété, en s’accompagnant au violoncelle, comme Triomphe du temps, Marie Vialle poursuit sa route avec l’écrivain qui lui a écrit un texte sur mesure.
 « Dans Princesse vieille Reine, explique-t-il, les contes seront beaucoup plus nombreux. Ce n’est plus un mouvement de sonate. C’est plutôt une longue suite baroque. Une longue suite de mouvements de danses, de robes, plus variés, plus affluents, plus contrastés. Princesse, puis vieille reine, tel est le destin des femmes. Une unique figure de femme se transforme dans de grandes robes de plus en plus belles. Une seule histoire faite de pleins d’histoires. »
En tutu de tulle vaporeux, l’actrice s’approprie l’espace en décrivant d’amples mouvements, avant d’endosser, en longue tunique, le personnage d’Emmen, fille de Charlemagne, dont elle narre les  amours clandestines. La neige est tombée pendant que les amants s’étreignent dans «la loge noire d’un bûcher ».

  Comment regagner la maison des femmes sans laisser de traces? « C’est ainsi qu’Emmen prit Eginhard à califourchon sur son dos. Sur ses hanches, la princesse Emmen retint avec ses mains les cuisses puissantes d’Eginhard. Elle avance dans la neige. (…) Titubante, sans qu’il la fasse vaciller, ni qu’il tombe, elle traverse l’étendue qui mène au palais de son père.(…) C’est depuis ce temps que les femmes ont pris l’habitude de porter les hommes sur leurs épaules. »
Après ce premier conte, changeant de rôle et de robe, Marie Vialle sera tour à tour la jeune captive, concubine de l’empereur de Chine, la maîtresse séduite et abandonnée d’un prince japonais, noyée dans la mélancolie de l’attente, une chatte voluptueuse, puis dans «un autrefois, avant tous les autrefois » une vieille reine au bout du rouleau, aux confins du monde occidental : « Je me sens lasse, je sens décembre dans mes os », se plaint-elle.
Décembre, les neiges d’antan : le blanc est la tonalité dominante de ces textes d’une grande délicatesse parfois teintés de quelques touches féministes. Malgré le style imagé de l’auteur, perlé de détails sensuels et d’une douce nostalgie, il y a dans Princesse Vieille Reine, une certaine mièvrerie soulignée par la mise en scène.

  Certes, Marie Vialle est belle et joue avec grâce, mais elle nous transporte d’une princesse à l’autre, de la jeunesse à la mort, dans un compte à rebours sans suspens. Le déploiement systématique de costumes, qu’on peut trouver agaçant, tient lieu de seule dramaturgie,  avec une juxtaposition de personnages  sans autre nécessité que la performance d’une actrice.
Un spectacle léger, aussi peu consistant que ces flocons de neige si souvent évoqués. Certains tomberont sous le charme. Peut-être….

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, Paris, jusqu’au 27 septembre, T: 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr

Les 28 et 29 novembre à l’Equinoxe de Châteauroux ; les 19 et 20 janvier aux Espaces Pluriels, à Pau ; le 29 janvier, au Théâtre des Quatre saisons de Gradignan ; le 5 février, au Granit de Belfort et du 11 au 17 au Théâtre Garonne à Toulouse.
On pourra aussi retrouver Marie Vialle dans Ivanov de Tchekhov à L’Odéon-Théâtre de l’Europe, (reprise du 20 octobre au 1er novembre).

 Princesse Vieille Reine est publié aux Editions Galilée.

L’Instant Molière ou Les Femmes à l’école de la vie

Festival du pont du bonhomme:

L’Instant Molière ou Les Femmes à l’école de la vie, adaptation de Bernard Lotti, Laurent Lotti et Jacques Casari,  mise en scène Bernard Lotti

  Molière©Jean-Marie OriotComme toutes les éditions de ce festival, organisé par la compagnie de l’Embarcadère, dirigée par Christophe Maréchal, c’est dans l’amphithéâtre de plein air situé en face du magnifique et mélancolique cimetière à bateaux de Kerhervy-une marine somptueuse de carcasses de navires, gravée une fois pour toutes dans l’imaginaire-que se donne  ce spectacle, à moins qu’une pluie passagère n’exige, au dernier moment, un repli stratégique sous chapiteau.   
  L’enchantement des paysages alentour n’en reste pas moins un révélateur efficace de théâtre populaire, avec  cette dernière création de Bernard Lotti, un familier du festival qui  traque la quête du pouvoir chez Molière : le roi sur ses sujets, le maître sur ses valets, le père sur ses filles, la bourgeoise sur ses servantes, la parvenue sur ses paires plus jeunes.
   Ces «femmes à l’école de la vie», dévalorisées ou mésestimées, passent de tutelle en tutelle. Résonnent ici des scènes significatives des Femmes savantes, des Précieuses ridicules, de l’École des Femmes,  et de Dom Juan.
Des commentaires d’auteurs du XVIIème siècle,  comme Fénelon sur l’éducation des filles, alimentent le propos. Pour le metteur en scène, les hommes représentent un monde figé et ancien face au désir de vie, d’émancipation et de liberté chez les femmes.
Loin de vouloir imposer sur scène une tribune politique dont les slogans bien connus et ressassés auraient un goût de réchauffé, les femmes s’adressent au public, façon école républicaine de Jules Ferry, en maîtresses d’école au long tablier sombre, dressées debout devant leur grand tableau noir d’antan, une craie à la main.
Evocation désuète, quand l’heure est au numérique, mais qui inscrit les hommes dans un repli passéiste, tels d’éternels petits garçons, jamais grandis, obéissant à leur maîtresse d’école qu’ils voudraient et/ou aimeraient  voir enfin soumise…
On croit entendre le bon bourgeois Chrysale des Femmes savantes : «Il n’est pas bien honnête et pour beaucoup de causes, Qu’une femme étudie et sache tant de choses : Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants, Et régler la dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie. »

 Le spectateur sourit aussi devant le ridicule de Philaminte, Armande et Élise, ces savantes qui s’esclaffent et se pâment devant le fameux : «Quoiqu’on die » du sonnet du bel esprit et vaniteux Trissotin.
   Mais les données humaines ne sont pas si tranchées et flirtent avec l’ambiguïté ; le spectacle donne à réfléchir sur tous et toutes, grands et petits d’un même monde. Ainsi, Arnolphe dans L’École des femmes, se plaint de la trahison de l’innocente Agnès,  précieuse qui s’ignore et qui, à son tour, reproche avec esprit, à son barbon de père adoptif, de ne pas avoir su se faire aimer instinctivement comme le jeune Horace. Célimène, elle, rétorque  à son misanthrope d’Alceste : «Des amants que je fais, me rendez-vous coupable ? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable ? »
Sautant d’une pièce à l’autre, on retrouve le mythique Dom Juan répondant à Sganarelle : «Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. »
Chacun, mis à égalité scénique, est remis à sa place, sans y paraître, das ce théâtre de tréteaux avec penderie colorée en toile de fond, où circulent, de cour à jardin, les acteurs et les techniciens: Yassine Harrada, Jean-François Lapalus, Bernard Lotti, Tristan Rosmorduc, Moanda Daddy Kamono, et les femmes qui ne rencontrent guère l’autre sexe  ou si peu :Marieke Breyne, Marilyn Leray, Elizabeth Paugam, Emmanuelle Ramu et Margot Segredo. Ce sont elles qui ont la niaque et enchantent le plateau, grâce à l’évidence de leur argumentation vive, leur capacité à rire et  à se moquer des hommes balourds et suffisants, à leur malice et leurs facéties, tant dans le verbe et l’art des réparties, que dans une belle souplesse, une danse et une gestuelle éloquentes.

  Et l’on sourit encore à entendre laquais et servantes se faire réprimander crûment par leurs maîtres, nouveaux riches oublieux de leurs origines : « Bouvière, fripon, impudent, scélérat, mécréant… » Un théâtre de marionnettes, une mise en abyme miniaturisée et judicieuse, reprend ces figures farcesques à l’infini. Bref, un moment réjouissant, avec défilé d’insultes et jurons pleins de verdeur.

  À noter aussi  Libicoco, un solo de clownesse désenchantée et décalée d’Ingrid Coetzer, et Silento, un joli trio poétique de trapèze et musique, ode à la lenteur, avec les danseurs Marco Le Bars et Eve Le Bars-Caillet, aussi violoncelliste, et Etienne Grass à l’accordéon. Un spectacle de rue délicat sur l’art amoureux.

 Véronique Hotte

 Festival du Pont du Bonhomme  à Lanester (56), du 18 au 24 juillet.

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