Festival d’Aurillac: Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre

Festival d’Aurillac:  (suite et fin)

105_MG_3804Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre, Collectif  la Folie Kilomètre de Marseille.

Surprise totale que ce spectacle indescriptible, « road-movie hallluciné et poétique » concocté par une équipe d’une vingtaine d’artistes issue de la FEAR (Formation avancée des arts de la rue de Marseille) et coproduite par une vingtaine de structures.
On nous donne rendez-vous en voiture sur le parking d’un centre commercial d’Aurillac pour une virée guidée, grâce à une chaîne de radio précieuse, car nous suivons une trentaine de véhicules dans la nuit noire, sur des routes incertaines pendant une heure et demie.
Soit six séquences: du Drive In à La  Transition Libre, mais jamais en 45 ans de  spectacles un peu partout, de telles surprises ne nous avaient été réservées…De Drive In à Regarder l’horizon, en passant par Prendre le large, Rentrer dans les coulisses, Transition Rodéo, Tourner en rond, Transition libre et Accéder au rêve, on ne sait plus où donner de la tête ! Le récit se déploie dans un paysage se déroule comme une scène de cinéma derrière les vitres de notre voiture… Des images apparaissent puis s’effacent.
Mais il ne faut pas déflorer une telle surprise pour les futurs spectateurs. Cette compagnie remporte haut la main pour moi, le grand prix du Festival d’Aurillac 2016.

www.lafoliekilomètre.org

 

Surmâles par la compagnie Gérard Gérard

Capture dcran 2015-06-25  12.25.16L’ombre d’Alfred Jarry rôde sur ce spectacle absurde dont on ne parvient pas à saisir le fil rouge dans cette cour d’école où les compagnies mettent leurs recettes en commun. Alexandre Moisescot, Julien Bleitrach et  Maxime Donnay entrent en scène coiffés de têtes de canard, de chien et de cochon.
Ils se mettent à table, le chien fume, le cochon ouvre un journal, ils s’esclaffent, boivent un café, rugissent, se tirent dessus, se relèvent.

On annonce un débat, ayant « marre de brailler du théâtre de rue », mais le public est là. « Au début, c’était des performances pour les pizzerias, moi c’est Tadeusz Kantor, l’acteur n’est pas un objet, mais l’objet est un acteur… » affirme Alexandre. Ils se disputent, esquissent un petit ballet avec des ombrelles, Alexandre se coiffe d’une perruque verte, brandit un drapeau tricolore : « De quoi rêvent les Français ? « . On pose des questions ridicules sur les engagements, on annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale, Superman débarque sur un engin à roulettes, on s’étreint dans un caddie, un chat doré surgit de ces amours. Tout dégénère dans une débauche foldingue. « Arrête de douter, ton texte est fin, peu d’acteurs de rue sont de vrais acteurs ! »
On ne sait plus trop où donner de la tête dans cette débauche d’objets tirés d’un magasin de Walt Disney, malgré un humour décapant qui ravit  un public nombreux. Il existe une version pour salle de spectacles plus concentrée qu’on aimerait voir.

Le Nid  création de Doriane Morietus et Patrick Dordoigne

Patrick Dordoigne qui accompagne depuis des années le remarquable travail du Rire Médecin auprès des enfants malades dans les hôpitaux, avait réalisé L’Envol, sur une bande de retraités s’échappant de l’hôpital pour vivre leurs vies, spectacle solaire et régénérant.

 Le Nid traite du début de la vie d’adultes. Après un long dédale autour des centres commerciaux qui cernent la banlieue d’Aurillac, nous arrivons dans une clairière boisée autour d’un grand champignon, et plus de 500 personnes y sont rassemblées. Des mains émergent, des bras, des têtes de couples qui se regardent, on entend des bruits d’oiseaux, des ballons surgissent, des visages masqués, des chapeaux de fête.
Deux  garçons montrent leurs torses nus, on voit des vêtements voler.
Les couples s’étreignent dans la fête, on s’arrache les bonnets, une planche-plongeoir surgit du champignon, certains sautent, d’autre s’y suspendent. Tout le monde descend pour en faire le tour, chacun propose son projet au public. On voit un conseil de classe, on entend un discours de François Hollande sur le changement climatique. Le spectacle se termine par un belle course éperdue.

Un spectacle singulier, plein d’une ironie décapante présenté par une dizaine de jeunes acteurs acrobates, co-produit par la majorité des Centres Nationaux des Arts de la Rue en France..

crc3a9dit-photo-sidonie-fauquenoi-9Quatre-vingt treize d’après Victor Hugo par la compagnie de la Grenade .

 Marseillaise chantée avec le public. Nous sommes le premier jour de juin 1793 en Vendée, nous assistons à un interrogatoire, les Vendéens chantent… La Vendéenne. « Fusillez les blessés, les prisonniers ! ». Un mois plus tard, c’est la revanche républicaine, tout est consanguin, on chante : « Ah, ça ira, les aristocrates à la lanterne, sache qu’il faut faire la guerre … ».
On recherche les enfants enfermés, on les trouve, on les protège. Au cours d’un procès « Si on guillotine les gens parce qu’ils ont tait de bonnes actions, alors guillotinez-moi (…) craignez que la terreur ne soit la calomnie de la Révolution, il faut que le droit entre dans la loi ! ».

Interprété par une équipe de cinq comédiens qui jouent tous les rôles, nobles comme sans culottes, ce texte de Victor Hugo fait retentir la nécessité d’une solidarité humaine par delà les clivages politiques.

lagrenadegraintheatral.wordpress.com

Entre eux  d’Emmeline Guillaud avec douze  acteurs musiciens.

Une scénographie  bi-frontale, de part et d’autre d’un espace jonché de vêtements, bordé d’un orchestre de percussions. Au dessus de nos têtes, de longs fils à linge sur trois niveaux.
Les six acteurs se précipitent pour balancer les vêtements sur les côtés aux rythmes de la batterie, pour ne laisser subsister que les noirs, avec un discours sur l’Espagne et les Tontons Macoutes dont la liste ne sera jamais close. Ils s’agglutinent en un tas noir, qui remue et roule dans un fracas.

On s’enlace, on tombe, on tire. Une danseuse suspendue sur un fil à grande hauteur, est rejointe par un homme, ils s’étreignent. Du linge sèche sur deux niveaux, un acteur enfile à l’envers une robe de chambre, un autre un pantalon. Au sol, des Barbapapas s’étreignent, pendant qu’un acrobate saute sur un fil. Au sol, des poupées, des monceaux de vêtements dont des acteurs émergent. Cinq d’entre eux se voilent et font une danse aborigène. Le tout sur des rythmes d’enfer …Insolite, vous avez dit insolite ?
Malaxe a été créé à Marseille en 2011.

Trouble  de Ben Farey, compagnie Tricyclique Dol, textes de Fabrice Melquiot

TROUBLEcTricycliqueDol003Étrange voyage en ville, du jamais vu ni entendu de mémoire de vieille spectatrice ! Cette écriture dans l’espace public prend naissance dans une petite bibliothèque où l’on nous confie un livre qui nous servira de guide à travers le quartier pour écouter d’étranges affiches colorées sur lesquelles il faut poser son oreille, là où on recèle une protubérance. Il faut poser son oreille dessus et se boucher les oreilles pour parvenir à écouter avec son corps et entendre les murs. Le livre qu’on nous a confié sert de guide, mais le repérage au sein d’un quartier bariolé d’affiches du off est difficile. Heureusement, c’est la dernière et un gentil guide m’escorte. Préoccupée par le repérage les souvenirs du texte se sont évanouis.

www.tricycliquedol.com  

La Deuche joyeuse,  Opéra de parvis de Générik Vapeur, Trafic d’Acteurs et d’Engins, auteur et mise en scène Pierre Berthelot, direction artistique Cathy Avram

Une première représentation avait été annulée la veille à coup de bombes lacrymogènes qui avaient dispersé les manifestants en train d’abattre les « barrières de sécurité » soit disant destinées à protéger le public des attentats. Dans la soirée, les grilles incendiées sont déblayées, et le dispositif de surveillance  allégé. La pluie s’est heureusement arrêtée au moment où le spectacle commençait.

Quatorze interprètes entrent en scène et déballent des morceaux de 2 CV de leurs enveloppes de papier. Ils en sortent des instruments de musique dissimulés derrière. Goobie se déchaîne « Mâchez les mots, laissez rentrer les gros billets (…) Travailler plus pour gagner plus, Moi Président de la République …». Un fille avec un gilet de sauvetage est hissée en haut d’une pyramide, « ceci n’est pas un mur, je hais les murs, pas de mur ! ». On fait des pulvérisations bleu, blanc, rouge pour Madame France et la 2 CV Citroën, « objet modeste, fille naturelle de Pégase et d’un moulin à légumes ».
Sur un rythme musical endiablé, la voiture est reconstituée et fait son départ triomphal au sein de plusieurs  autres 2 CV conduites par des collectionneurs locaux. « Les 2 CV rasent les murs, les 4/4 font le trottoir ! ».

Spectacle décapant, plein d’une ironie qui en dit long aux propriétaires de ces voitures dont nous avons été, cette Deuche Joyeuse rend tout son sens à un festival qui a su faire tomber les barrières.

www.generikvapeur.com

Edith Rappoport

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Hôtel particulier par la compagnie Carabosse

Festival d’Aurillac:

Hôtel particulier par la compagnie Carabosse, direction et coordination artistique de Gérard Court et Nadine Guinefoleau, mis en scène et direction d’acteurs de Martin Petit Guyot

web_crea_hotel_particulier_photo_sylvie_monier_imgp2468w.jpg__133x200_q85_crop_upscaleCarabosse, un collectif d’artistes concepteurs, scénographes, comédiens, constructeurs, musiciens, inventeurs, et plasticiens  s’est surtout fait connaître par ses spectacles en plein air, résultant d’une écriture collective, favorisant la proximité avec le spectateur, et utilisant la musique  et le feu vif, à une échelle qui dépasse largement celle des plateaux de théâtre, pour atteindre parfois des images de grande beauté. Son espace : les petites rues, lieux et places publiques des centres ville, voire les sinistres zones semi-industrielles à la périphérie d’un seul coup transformées avec poésie à la nuit tombante…

Cela se passe sur le terrain de sports à côté du gymnase de la Jordanne, là où il y a quelques années nous avions vu le tournage d’un western par le Royal de Luxe.
Nous attendons devant l’entrée d’un hôtel aux fenêtres désespérément fermées, et aux murs sales qui tombent en loques, et à la véranda possédant encore quelques vitres; deux grooms minables en uniforme noir accueillent le public qu’ils invitent à entrer sur un terrain sablonneux rectangulaire, fermés de murs en contre-plaqué quelques colonnes de faux-marbre,  et sous l’éclairage d’une merveilleuse et grosse lune pâle, et surtout de torchères et de quelques projecteurs-mal disposés ils éblouissent souvent le public. Debout il peut voir et revoir: soit un chambre d’hôtel un assez minables, à deux portes portant le numéro 13, encombré de valises avec une femme de chambre en  robe noire et petit tablier blanc, d’autrefois, et une cliente très exigeante. Ou plus loin,en face, une salle à manger des années trente avec une grande bourgeoise qui reçoit à dîner  un professeur de sciences neurologiques il y a aussi un bureau-bibliothèque  où deux hommes en noir discutent poésie et littérature. 
Sur deux des murs, une reproduction d’une œuvre du douanier Rousseau, de la Joconde, des nus, une vanité style XVIIème, et des tableaux d’inspiration cubiste et surréaliste… Au fond, sur une petite scène,  une affichette plaquée sur un ancien pare-feu en bois, annonce une conférence du professeur Pélissard sur les implications du cerveau et du sommeil dans la production des rêves: au mur, quelques photos d’artistes dédicacées comme celle de Fred Astaire, etune jeune femme chante au micro face public. Elle se plaint de l’influence grandissante qu’exerce un homme imposant, chauve, à rouflaquettes, en costume noir rayé qui lui dit que son nouveau piano va arriver.
Le public debout comprend  vite qu’il doit se déplacer, pour recomposer un scénario qui finalement lui échappera, même si les petites scènes se répètent, de façon à ce que tout le monde puisse avoir vu l’ensemble.
  Petit ennui : on entend très mal les dialogues joués sans micro, et trop bien la chanteuse… Et passé l’étonnement que présente cet univers pictural, les quelque deux cent cinquante spectateurs qui vont d’un univers à l’autre, sans y trouver vraiment un grand intérêt, essaye de se trouver une place assise sur le petit escalier d’arrivée. Comment s’intéresser en effet à ces personnages qui sont plutôt des silhouettes, certes intéressantes sur le plan plastique mais qui évoluent dans une dramaturgie qu’on a du mal à saisir. Et ces deux heures d ‘un spectacle qui commence déjà en retard deviennnent  interminables
D’autant qu’il y a une seconde partie avec une fausse/vraie conférence- heureusement au micro, sur les sciences neurologiques du professeur Pélissard mais guère convaincante. Et cette fois l’hémorragie de spectateurs s’accentue.
 «Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film dit  le grand Sydney Pollack ». Et cela vaut aussi pour un spectacle, surtout en plein air.
“L’écriture de nos créations et nos multiples manières de les offrir, porte un regard sur le monde plein de revendications, de coups de gueule, de tendresse, d’humour et de liberté dit la compagnie Carabosse. »  Peut-être mais ici dommage, on reste sur sa faim, et on s’ennuie vite, malgré la beauté visuelle de certains moments et une bonne direction d’acteurs. Mais cela ne suffit pas.
Quelle déception !

 Philippe du Vignal

 Gymnase de la Jordanne jusqu’au 19 août. Accès payant.

 

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Zéro avril, mise en scène Anne Corté

Festival d’Aurillac:

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

 

zéro avril« Est-ce que vous êtes chauds ? » demande un message imprimé sur le tee-shirt blanc d’un fantôme. Ben, oui, plutôt. On nous vend un concept de la mort; on va pouvoir se costumer et participer au spectacle. Il suffira de choisir son camp, dix minutes avant le début de la représentation : mourir ou regarder ceux qui ont choisi de mourir.  Soixante-dix participants peuvent ainsi revêtir un suaire blanc, bénéficier d’une formation express et se lancer sur scène avec les pros. Les fantômes débarquent  ensemble, en désordre, tous confondus.

 Oui, mais voilà, tout ça devient vite d’un ennui mortel. On veut bien que ça lorgne du côté de l’absurde, de la pataphysique ou de dada… ! Mais quand on voit les âmes en peine errer sur le terrain vague et les spectateurs fuir sans précaution les gradins, on est en droit de penser que l’association Roure est malheureusement passée à côté d’un concept du feu de Dieu. D’autant qu’il y avait du public aux balcons alentour, de ce public qu’on ne voit pas dans les théâtres.

 Dans un espace pourtant prometteur : un terrain pour la pratique de divers sports, entre les barres de la cité Montade. De grands panneaux blancs annoncent la couleur : Crève générale, Morts précoces, vivants frigides, même combat,  Souris blanches partout, lapins blancs nulle part. Sur cette scène très ouverte et très laide (mais on pourrait s’en accommoder!), un fatras de projecteurs, de balles en plastique coloré, d’estrades  mais aussi de cotillons, chapeaux, feux d’artifice, tirés d’un gros sac de sport, d’abord repéré comme suspect. Le but affiché : chercher un moment d’intensité ensemble.

Il y a quelques bonnes scènes où quelque chose pourrait prendre : ce bon papa, à énorme tête de statue grecque, dont on prend soin dans des coussins. Et une très vague réflexion sur l’état du monde à travers les drapeaux de pays dans l’errance et la « crise » (Syrie, Nigéria, France, Etats-Unis…). L’apparition de têtes noires de type Ile de Pâques, criblées de flèches. Quelques effets de groupe.
Et puis cette exploration à la caméra d’un cimetière de mégots, spectres de cigarettes. On sent que le sexe pourrait nous sortir de notre torpeur: en arrière-plan, des «partouzeurs en colère» semblent une invitation… Mais l’ensemble est si foutraque et distendu, que cela ne prend guère.
Un type nous montre régulièrement son cul nu où est écrit FIN en lettres noires, d’où la sensation pénible et récurrente d’assister à plusieurs fausses fins (il n’y aura pas, on l’aura compris, ni début ni clôture: « the show must go on »).
Aucun rythme. Pas de pensée. Cela fait songer à une vague répétition pour nous éviter la déception : préparez-vous, de l’autre côté, ce sera aussi mal organisé et vulgaire qu’ici et ça n’aura aucun sens parce qu’en réalité, il n’y a pas de vrai meneur, ni de bonté. On sait pourtant qu’il y a du beau monde sous les draps blancs : l’énergie d’Alix Montheil, de Panxo Gimenez et de Catherine Fornal en particulier.
On ne peut qu’approuver ce cri de désespoir: « On s’est fait chier toute notre vie pour vivre ça dans la mort ? » Et puis, comme le dit encore un autre personnage :  « J’ai pas pris de plaisir, même pas eu le temps d’aimer ».

Stéphanie Ruffier

 

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

Festival d’Aurillac:

 

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

01-Compagnie-Rasposo_La-Devoree-Laure Villain« Je vais te donner un spectacle. » Dans La Machine infernale de Jean Cocteau, la sphinge met Œdipe en garde. Son pouvoir, c’est le verbe : elle va en déployer tous les charmes et tous les attachements. Menace de liens serrés. Ainsi parle le corps de circassienne, aussi fascinant que vulnérable sous les jeux d’ombre et de lumière du chapiteau.
Même dans un langage ici non verbal, il s’agit bien de la même aliénation. Et l’homme tombe dans le piège. Un spectateur fasciné, sort du rang et s’approche de la piste : ses yeux absorbent le corps aérien, gracile et coruscant de la trapéziste, avec la même avidité qu’il  mange du pop-corn . Consommation aveugle. Histoire de la séduction, de la dévorante négociation du désir réciproque: ce sont les règles du jeu du spectacle.

 « Est-ce que tu m’aimes ? Montre-moi. » Bercée par le cirque depuis sa plus tendre enfance-et sur les planches, dès quatre ans-issue de trois générations de femmes-artistes, Marie Molliens maîtrise parfaitement les enjeux du spectacle, « ce qui s’offre aux regards pour susciter émotions et sentiments ». Sur sa piste, se joue la capacité à soutenir un regard, à supporter durablement l’attraction, à saisir la gravité d’un instant, à se laisser aller à la rencontre tout en conservant son mystère.

Aussi a-t-elle choisi d’allégoriser la parade amoureuse et le sublime combat qui s’ensuit à travers le couple mythologique Achille et Penthésilée. On y retrouve toutes les étapes d’une version cruelle de la carte du Tendre : jouer des regards, s’affronter au corps à corps, se porter, se blesser, se donner, se reprendre…
Comme la reine des Amazones, « la femme de cirque » (elles sont ici trois à se relayer autour de l’homme), reste «toujours en équilibre entre la volonté de combattre à tout prix, et celle de se laisser atteindre.» Les performances au trapèze, fil de fer, cerceau, comme les portés acrobatiques trouvent ici une nouvelle résonance.

Dans ce monde d’une sublime cohérente visuelle, tout en blanc, rouge sang et or (au cœur du mot dévORée), la violence symbolique atteint ici un rare degré de maîtrise. On navigue entre tango, chasse à courre et tauromachie. Le tout, sous une pluie de paillettes comme  chez Gustave Klimt.
Que d’images terrifiantes ! Que de moments de grâce ! Notre cœur et notre âme ne cessent de sursauter. Quelle fête de l’intelligence ! Cela tient beaucoup à l’omniprésence des musiciens (un contrebassiste et un percussionniste accompagnés d’une fabuleuse cantatrice à robe de cuir et guitare électrique rouges, Françoise Pierret), mais aussi à  la mise en scène très pertinente.
Marie Molliens tient fermement les rênes de la relation regardant-regardé, et de l’ altérité. Couleurs, lumières, matières (admirable choix de costumes), gestes précis, coups de théâtre cinglants: tout concourt à ce que le spectateur vive dans sa chair l’attraction-confrontation. Sans oublier un saupoudrage d’humour…

 On retiendra en particulier un duo au trapèze d’une fluidité bouleversante, suspendu au-dessus des promesses du lit. Tout en souplesse et reddition. Il y a aussi cet homme-sylphide qui se répand sans cesse en volutes de fumée, zébré de rouge après un sanglant numéro de cerceau, boucherie qui lorgne du côté de Francis Bacon et des représentations de martyrs chrétiens.
Et puis cette scène poignante, acmé de la fable : une femme troublée essaye de reprendre pied, au-dessus du vide, par sauts et glissades sur le fil, en dépeçant un blouson de cuir sur le poignant What power art thou du King Arthur d’Henry Purcell. Danse macabre accompagnée d’un lâcher de trois majestueux lévriers afghans: ils participent, comme dans la légende, au festin du cœur de l’homme aimé.  

Qui dévore ? Qui est dévoré ? Subtiles images de l’amour fou.

Stéphanie Ruffier

Institution Saint-Eugène, Aurillac jusqu’au 19 août, à 19 h.

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Le Point de bascule

Festival d’Aurillac (suite et fin):

As the World tipped  (Le Point de bascule) par le  Wired aerial Theatre

  IMG_0023A Sirènes de police et «poursuites» lumineuses balaient le brouillard de la nuit. Sur la place Paul Doumer, les milliers de spectateurs réunis au pied du mât d’une grue sentent que l’heure est grave. Sur le large plateau où flotte le drapeau de l’O.N.U., se rejoue la conférence de Copenhague sur le changement climatique. Des bureaucrates affairés classent des dossiers, et énumèrent des noms exotiques d’animaux en danger.
  Bla-bla de technocrates et vaines allers et venues. Pour tout voir, tendre démesurément le cou est nécessaire. La paperasse vole. C’est la débâcle ! Notre monde se casse la gueule. Alain Timàr pour Pédagogie de l’échec de Pierre Notte (voir Le Théâtre du Blog) nous proposait déjà un personnel administratif accrochés à ses vieux schémas, et luttant désespérément sur un plan de plus en plus incliné.
Les acrobates du Wired aerial Theatre vont encore plus loin dans l’image-catastrophe. Le plateau bascule, de façon de plus en plus en plus sinistre, pour terminer à la verticale. Le monde est suspendu au-dessus du vide. Sidérant ! On ne quitte pas des yeux la poignée de survivants qui s’agrippent au bord supérieur du plateau avec l’énergie du désespoir.
  A cause impérieuse, mise en scène monumentale : le spectacle de danse aérienne qui suit se mêleIMG_0071A habilement à la projection vidéo. Ode à la gravité qui illustre la pesanteur de l’état désastreux de la planète et celui de ses malheureux habitants, malmenés par leurs erreurs politiques. L’image et les médias deviennent une fragile planche de salut où continuent de courir, sauter, trébucher et vaciller les voltigeurs.
 Magnifique lutte de l’homme contre le numérique et les législations aussi verbeuses qu’impuissantes. Les images-choc jouent sur notre voyeurisme morbide, avec séquences de séisme, tempête, fracture et effondrement (certaines animations font toutefois un peu carton-pâte !) et alternent avec de beaux paysages et portraits de visages indiens.   Applaudissements spontanés et enthousiastes. La symbiose entre les assistants, ces artistes de l’ombre, qui font contrepoids sur les sections de pont latérales à ceux qui évoluent à vue, est parfaitement maîtrisée. Dans une belle complicité…
  La fin est didactique : CHANGE se mue en «be change» et «demand change». Les Anglais de Liverpool savent embarquer le public dans leur univers de prestidigitateurs-architectes de l’extrême. Cette voltige est  souvent puissante et hypnotique…

 Stéphanie Ruffier

Color of time

Color of time Aurillac

Festival d’Aurillac :

Color of time, Artonik, mise en scène d’Alain Beauchet et Caroline Selig

 

Nous les croisons à chaque coin de rue, ces passants béats, fardés de rouge, rose, bleu, orange et vert vif. Cheveux bariolés, peau polychrome, chaussures mouchetées de taches écarlates. Rares sont les parties du corps et les vêtements épargnés. Tous ont vécu la même expérience, le spectacle participatif qui  tient du rituel, et qui puise son inspiration dans la fameuse fête traditionnelle hindoue, la holi.
Sur un plateau, trois musiciens officient, et une dizaine de danseurs orchestrent un grand brassage de corps et d’énergies. Parmi le public, des bénévoles formés en amont (le site de la compagnie et des panneaux en ville recrutent hardiment) relaient les consignes, participent à la chorégraphie.

  Leurs sacs à dos regorgent de petits sachets de pigments qui répandent la couleur à grosses brassées. Sur une musique hindi aux sonorités planantes qui fraient avec la transe-techno, la foule vibre.
  Soif d’idéal ? Voilà un rassemblement où peut s’épanouir une joie primaire, organique, vibrante. Cet avatar de rave-partie pacifiste, pour tous, en pleine rue, répond à un vrai besoin de défoulement, de mouvement et de contact physique. De loin, il crée par fulgurances chromatiques des gerbes et des nuages fascinants au-dessus d’une masse grouillante et sautillante.
Mais c’est dans l’œil du cyclone que l’expérience prend tout son sens. On y célèbre une joie compacte et colorée d’être ensemble. Les Parisiens Léa, Antoine, Lorenzo, François, Anton et Maud ont répondu à l’invitation de leur copine cantalienne, et racontent : « Quand tout le monde saute et danse, on boit pigment, on rejette pigment, on vit pigment. »

  Ils se réjouissent de l’expérience collective qui donne la sensation de  faire groupe. Venus en connaissance de cause, ils avaient acheté au préalable des tee-shirts bon marché. Ils imaginaient un joli moment, la surprise a été de taille: «plus de couleurs, plus de convivialité et de partage ».
«On était le spectacle» assurent ces jeunes étudiants. Faire jaillir du gulul, cette poudre de maïs coloré, et se mouvoir collectivement constitue une manière de revendication politique bon enfant : une manifestation de joie, une façon de changer son environnement immédiat et d’affirmer qu’on est capable de vivre ensemble, de se toucher, de rire.
La vision de cette marée de visages cousins, sereins et souriants, provoque aussi des accès de fraternité et une méditation bienheureuse.

 

Stéphanie Ruffier

 http://www.artonik.org/The-Color-of-Time,61

Le spectacle sera aussi joué à Metz le 30 août, à Cergy le 13 septembre, puis à l’étranger.

Looking for Paradise

Festival d’Aurillac:

Looking for Paradise écriture et mise en scène de Nicolas Chapoulier et des Trois Points de suspension

06-Les-Trois-Points-de-Suspension_Looking-for-ParadisecClement.MartinMystérieuse quête en plusieurs épisodes à travers les rues d’Aurillac… A la billetterie, on nous conseille d’aller jusqu’à un rond-point, munis d’une carte avec un numéro de téléphone; en l’appelant, la route à suivre nous sera indiquée. On suit un dédale de chemins jusqu’à un stand en contrebas, où on nous distribue des guirlandes de fleurs et où on nous invite à suivre un guide muni d’un renard bavard qui nous mène à travers les rues jusqu’à la place des Carmes.
Après plusieurs stations devant trois danseurs en sacs poubelle et un dernier arrêt devant de gros canards Disney qu’on nous présente: Alfred qui incarne nos désirs, Boris les croyances et l’infini des possibles : «Désirs et croyances sont les deux mamelles de l’inconscient !».

  Nous nous retrouvons Place des Carmes devant trois «Tahitiens» à cornes,  torses nus, chaussés d’ adidas, qui procèdent à un regroupement des spectateurs: les croyants à droite (25%), les non-croyants à gauche (75 %). Mais peu à peu, les groupes se rééquilibrent, tout le monde passe du côté des « gagnants », l’orateur constate que «ça fait un peu de temps qu’on se balade sur le chemin du doute ! ».
Une grande voiture blanche embarque des acteurs, un gros œuf explose, à l’intérieur un pianiste nous  joue un morceau.

Et, dernière station, nous entrons au Palais des Congrès pour une séance d’hypnose. Sur les fauteuils, il y a des masques qu’on nous invite à mettre puis on nous distribue des écouteurs, et on nous parle d’activer la glande pinéale… Sur fond de musiques des tropiques, nous pouvons enfin plonger dans un sommeil réparateur. À la sortie, on nous distribue un élégant livret Manifeste Looking for Paradise, suivi du Protocole 33.
Ce reflet hétéroclite de notre société en déroute évoquée dans nombre de spectacles de cet Aurillac 2015, mobilise un public important, tout en évitant les engorgements dans les rues bondées de monde. Sur le thème d’un jeu « sur des grandes questions métaphysiques pour offrir une ode à la joie, Looking for Paradise, dit Nicolas Chapoulier, libère les flots de nos inconscients collectifs et propose d’y surfer ensemble afin de transformer pour toujours cette quête absurde qu’est la vie en une croisière merveilleuse »
Peut-être… mais, côté émotion artistique, ce spectacle nous a vraiment laissé sur notre faim!

Edith Rappoport

www.troispointsdesuspension.fr

Tempête

Festival d’Aurillac:

Tempête, par la compagnie Gérard Gérard, mise en scène de Muriel Sapinho

 

  Bienvenue dans le monde sournois des ultra-libéraux vaguement inspiré par Shakespeare ! L’histoire est celle des civilisations décadentes : une ascension vérolée puis la chute. La tempête vient tout balayer et les survivants tentent de rapiécer l’humanité.
Aux manettes, au départ, une boîte commerciale baptisée sobrement et vicieusement: La Compagnie. Le totalitarisme est en embuscade. Cela commence par un câlin gratuit entre une jeune femme sexy un peu hagarde et un spectateur: on aurait dû se méfier… Et voilà que débarquent des types en costard qui veulent optimiser la ville.
  Amusante scène de réalité augmentée, façon  Rapport minoritaire, le film de science-fiction de Steven Spielberg (2002) où, à Wahington en 2054, des être humains mutants, les précogs, peuvent prédire les crimes grâce à leur don de prescience… Leur slogan : «Donner un avenir à votre futur». Leur projet : «Aurillaquium 2000, havre de paix entre Paris et Singapour» pour redynamiser une ville que «même les autoroutes préfèrent éviter». Aurilac (sic) va connaître son heure de gloire…
Les spectateurs rigolent et acquiescent puis sont invités à acheter des actions sur les parkings, hôpitaux et écoles, à brandir des drapeaux avec logo, à adhérer à des idées nauséabondes. Ils collaborent sans s’en apercevoir.

Bien vue, cette opération à l’insu de notre plein gré qui révèle insidieusement les similitudes entre notre adhésion de spectateur à la fiction (dont l’acceptation de certaines grosses ficelles du théâtre de rue) et notre collaboration de citoyen à une économie-spectacle (elle aussi si souvent grotesque !).
Thomas, un inconnu (faussement) tiré du public est porté au pinacle. Là aussi, on y croit, ou on feint d’y croire… C’est l’astuce de ce dispositif dramaturgique retors : un jeu caricatural, signe de notre société de masques. Ah ! Les charmes de la médiatisation qui font d’un simple clampin, une véritable star. Thomas devient ainsi le «Che Guevara du capitalisme nouveau», et le «Jim Morrison qui passe à The Voice».
Le spectacle s’enlise un brin côté rythme, mais l’arrivée de la tempête revivifie les images et le tempo. Camion, terroristes et machine font leur petit effet. Nous avons assisté à une représentation du spectacle, place Aurinques. Celles qui ont lieu devant l’Hôtel de Ville dépotent davantage, paraît-il, avec descente de la façade en rappel.

  L’eau et la terre magnifient les comédiens. Le fameux tableau de Géricault Le Radeau de la Méduse comme métaphore de notre société, a décidément la cote cette année.  On l’a déjà vu à Avignon dans l’aéroport de transit de Nathalie Garraud (Soudain la nuit), et la compagnie Kumulus la développe abondamment dans son foutraque et coloré Naufrage (à 21h30, parking de la Tour). Ici, c’est un podium furtif où les loosers burlesques gagnent en humanité.
Les Gérard Gérard, issus de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, ont un sacré sens de la caricature de la formule publicitaire, comme nos politiques férus l’ont des éléments de langage. Les images météorologiques avec le khalife et les communicantes échevelées sont superbes.

 Bref, c’est une belle troupe de comédiens qui ne ménagent pas leur engagement.

 Stéphanie Ruffier

Le spectacle a été joué du 19 au 22 août Place Aurinques et Place de l’Hôtel de ville, et sera repris ensuite en tournée.

http://www.dailymotion.com/video/x18ffu2

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac

Festival d’Aurillac:

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac, mise en scène de Charlotte Meurisse

 

la-cuisiniere_19Puisant avec une gourmandise rosse dans l’imagerie publicitaire américaine des années cinquante, le spectacle met le feu à nos représentations de la bonne ménagère à ses fourneaux. Sur un plateau surélevé, une cuisinière flambant neuve telle qu’on peut en voir dans les vitrines. Moderne, rutilante, tellement pratique. La «machine», objet très récalcitrant comme le théâtre burlesque les affectionne,  est l’adversaire de la cuisinière en chair et en os.  Quand elle débute sa recette, «la tarte choco-caramel meringuée sur son lit de compote de pommes», c’est encore une pin-up bcbg, un peu coquine toute de même. Elle suit avec application les directives données par l’animatrice radio, swinguant sur la voix suave de Frank Sinatra. Mais sa maladresse nous parachute rapidement dans une esthétique de cartoon, où se succèdent gags visuels et sonores. Dans ce duel sans paroles avec l’évier, le fouet et autres accessoires, l’épouse parfaite se mue en trois coups de cuillère à pot, en femme au foyer désespérée. Quête impossible de l’ingrédient rare (du vécu!), réparation de la fuite d’eau avec du chewing-gum, allumage du four à l’essence pour réparer l’oubli du préchauffage… A chaque étape de la recette, elle franchit un nouveau palier de l’hystérie. Si tout se délite, se déglingue, part en feux d’artifice, flammes et jets d’eau, la mécanique du rire tourne quant à elle de façon impeccable. Bravo au bricoleur de génie, le scénographe Nicolas Granet. Cette jouissive entreprise d’autodestruction de la machine, au crescendo ravageur, ménage de multiples surprises. Les enfants sont ravis : c’est sale, débraillé, rythmé. Les plus grands savourent un humour à la Tex Avery.    Noémie Ladouce, seule en scène dans ce ballet punk-rock, est une diabolique performeuse. Son corps-à-corps avec la cuisine, façon catch affriolant, nous emporte, comme la fougue rocailleuse de Janis Joplin. A la fin,  il y a un feu de joie célébrant la libération de la femme !

 Stéphanie Ruffier

Festival d’Aurillac, du 20 au 22 août, emplacement 77, à 19h 30. Et le 28 août à Uriage-les-Bains;  le 29 août place Libre,  Le Touvet; le 18 septembre au Théâtre de Givors.

 http://toutenvrac.net/

 

Naufrage par la compagnie Kumulus

Festival d’Aurillac:


Naufrage, un spectacle de Barthélémy Bompard, par la compagnie Kumulus

kumulusKumulus, depuis plus d’une vingtaine d’années, explore les désastres en cours de notre monde en déroute, avec une lucidité désespérée. Après Silence encombrant, une fresque terrifiante sur notre monde d’un blanc mortel voué aux rebut et Les Pendus, (Aurillac 2011) voici Naufrage qui balance entre le célèbre tableau du Radeau de la Méduse et Walt Disney.
  Sur un radeau qui tangue, hérissé d’un long mât rempli de sacs en plastique, une fête réunit des collèges de travail, personnages boursouflés et grimés à outrance, qui ne tarde pas à dégénérer en une bacchanale sauvage.
Hommes et femmes s’étreignent tête-bêche, se sucent à l’envi, sans distinction de sexe avec une ardeur désespérée. Tout le monde finit par s’endormir, puis se réveille, en se dépouillant de ses bedaines, faux seins et d’une partie de ses masques colorés. Le radeau tangue de plus en plus, et tous vont retirer les sacs du mât pour les jeter autour du radeau, après s’en être coiffé ou revêtu.
Dans cette mer déchaînée qui ne leur offre aucune issue, les sept protagonistes semblent de plus en plus désespérés!  Interprété avec vigueur par une troupe rompue aux aventures de Kumulus, ce spectacle fascine la majorité des 800 spectateurs, rassemblés autour du radeau mais en dérange certains qui libèrent heureusement des places assises.
Barthélémy Bompard, voilà plus de 20 ans, avait déclaré que s’il devait changer de métier, il serait éboueur des mers…
Naufrage en est une belle métaphore !

Edith Rappoport

Parking de la Tour, jusqu’au 22 août à 21 h 30. (Il est conseillé d’arriver en avance pour avoir des places assises!)

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