Noir de boue et d’obus

Festival d’Avignon :

Noir de boue et d’obus  chorégraphie de Chantal Loïal

  noir_de_boue__d_obus-2Chantal Loïal dirige depuis vingt ans la compagnie guadeloupéenne Dife Kako, qui s’inspire essentiellement des cultures africaines et antillaises. Ici, elle imagine, avec  trois danseurs et une danseuse, la rencontre de soldats enrôlés dans les bataillons d’Outremer.
 On sait que les colonies de l’Empire français ont joué un rôle essentiel dans la première guerre mondiale, ce dont veut témoigner cette pièce. Quelque part sur le front où les soldats s’entraînent sur des airs militaires et au son de discours patriotiques, la fleur au fusil !
Les pas sont rigides, contraints, mais quelques échappés ouvrent des fenêtres sur l’imaginaire des poilus : ici une silhouette esquisse une danse guillerette, symbole de l’insouciance à l’arrière, là surgissent des réminiscences de la terre qu’on a quittée, rythmées par ses chants d’ailleurs.

 Puis reprennent les combats. Les quatre interprètes ne ménagent pas leur peine pour construire des tranchées qui seront leurs tombeaux. Les scènes au sol se multiplient : l’un tombe, blessé, secouru par un autre ; un soldat sombre dans un rire de folie. Les danseurs s’immobilisent pour construire de leurs corps les statues d’un monument aux morts… Tandis qu’on entend des bribes de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, les soldats rampent devant un film d’animation très réussi, évoquant un magma mouvant de corps noirs…

Cette danse très narrative est soutenue par une bande-son composite, parfois un peu trop présente (peut-être à cause des conditions techniques limitées du lieu).
 La chorégraphe s’attache autant à figurer le contexte historique qu’à explorer les liens de solidarité qui se créent entre les individus embarqués dans cette galère, et à montrer leur humanité dans ce contexte inhumain. La sensualité des danses afro-antillaises contraste avec la rigidité des marchés guerrières.
Un travail rigoureux, généreux, et bien interprété…

 Mireille Davidovici

 Théâtre Golovine jusqu’au 27 juillet ; les 13 et 14 novembre, EPCC des Arts vivants de Guyane; le 24 novembre, Auditorium de Basse-Terre, Guadeloupe : les 27 et 28 novembre, Espace Robert Loyson au Moule de Guadeloupe.


A petites Pierres

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Festival d’Avignon : À petites Pierres  de Gustave Akakpo, mise en scène d’Ewelyne Guillaume

 

  Nous avons la chance de pouvoir rencontrer des artistes venus des territoires d’Outremer, notamment à la Chapelle du Verbe incarné, où nous avons pu voir le travail d’Ewelyne Guillaume, directrice artistique de la Scène conventionnée Kokolampoe, installée dans l’ancien bagne de Saint-Laurent du Maroni, dont les créations ancrées dans la culture caraïbe, sont menées avec des artistes de la région.
En Guyane, existent des villages hors des circuits officiels, fondés par des esclaves fugitifs dits marrons, qui ont longtemps vécu en autarcie, sans avoir accès à l’école, à la culture et à la langue françaises. Les acteurs d‘A Petites Pierres viennent  d’un de ces villages, ce qui explique l’étrangeté de leur jeu et de leur diction, et la beauté de leurs chants tribaux comme sortis des profondeurs de l’Afrique.

  Formés au théâtre à l’école de Kokolampoe qui travaille en lien avec l’ENSATT, ils sont devenus professionnels, et certains vivent leur vie d’acteurs et chanteurs en dehors de la compagnie guyanaise. Ils ont choisi de monter cette farce de Gustave Akakpo, qui traite avec légèreté, de la pourtant tragique condition des femmes, de l’excision qui les guette et de la lapidation qui les menace.
 Selon eux, la pièce écrite dans le français parlé du Togo, est proche des langues bushinangue (celle des marrons) de Guyane, et ils sont très à leur aise dans les tournures africaines,  proverbes et expressions imagées qui participe au burlesque de l’écriture.
L’argument est simple : une jeune villageoise se laisse séduire par « un qui vient de métropole ». C’est un crime! Et elle sera lapidée. S’ensuivent bien des péripéties. L’intrigue enchaîne des situations à la Molière et des quiproquos à la Marivaux, avec une truculence couleur locale.
Dans la bouche de ces comédiens, la pièce prend toute sa saveur et, grâce à la rigueur et la précision de la mise en scène, le spectacle reste sobre, sans complaisance, tout en respectant le naturel et les personnalités de la troupe.
À suivre, une tournée se prépare.

 

Mireille Davidovici

 

Chapelle du Verbe Incarnė jusqu’au 26 juillet

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