Zuihô Taiko, groupe de tambours sacrés japonais, compagnie Genesis of Entertainment et Konan Dance Company

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Zuihô Taiko, groupe de tambours sacrés japonais, précédés par les ballets de la compagnie Genesis of Entertainment et de la Konan Dance Company

Un spectacle de tambours japonais -déjà un événement en lui-même- l’est d’autant plus que le groupe rassemble des professionnels handicapés mentaux.  Cette compagnie née en 1987 sous la forme d’un club de loisirs propose à des personnes handicapées d’apprendre à jouer de cet instrument traditionnel. Puis en 2001,  elle s’est professionnalisée et donne chaque année, une centaine de concerts et participe à plus de cinq cents ateliers et actions sociales.

D’abord au programme: La Genesis of Entertainment, composée de personnes en fauteuil roulant, puis la Konan Dance Company dont les danseurs sont handicapés mentaux. Deux paraplégiques dansent avec deux interprètes valides: l’homme invalide, lui, rampe au sol et reconstruit son fauteuil roulant préalablement démonté. «Nous espérons, dit-il au public, que le vent vous porte dans la joie de vivre.» Suivront solos et duos sur une musique rythmée de boîte de nuit. Puis les interprètes valides se lancent dans une belle chorégraphie en utilisant un fauteuil roulant vide.

On retrouve ici cette liberté que procure la danse : pendant dix minutes, les membres de la Konan Dance Company enchaîneront une série d’improvisations impressionnantes sous le regard bienveillant de la danseuse Kitamura Shigemi, responsable de cette troupe et sur scène avec eux. Le pianiste Tanikawa Kensaku qui les accompagne, joue énergiquement comme Keith Jarret pouvait le faire avant de tomber malade en 90. Lors des saluts, petite anarchie jubilatoire: certains interprètes viennent saluer le public dans la salle, d’autres adressent des signes à la régie…

La dernière partie plus structurée (le suivi de la partition y oblige) fait résonner fortement pendant une heure les tambours japonais du groupe Zuihô Taiko. Ce spectacle atypique vient clore avec brio Japonisme 2.018 qui aura accueilli plus de trois millions de personnes.

Jean Couturier

Spectacle vu le 27 février à la Maison de la Culture du Japon, 101 bis quai Branly, Paris XV ème T. : 01 44 37 95 01.


Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert

 

Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert (spectacle jeune public, à partir de huit ans)

helen KLe principe de la Comédie Itinérante est un projet de développement artistique et culturel du territoire initié par la Comédie de Saint-Etienne. Avec comme but, « faire découvrir des auteurs vivants, et partager un théâtre d’aujourd’hui qui parle d’aujourd’hui ». Mais aussi proposer des temps de rencontre avec les artistes.
Helen K. est l’histoire de Miracle en Alabama de William Gibson qui se joue actuellement au Théâtre La Bruyère (voir Le Théâtre du Blog): celle réelle d’Helen Keller, une petite fille qui, bébé, devint aveugle, sourde et muette à la suite d’une scarlatine et qui, grâce à la ténacité d’Annie Mansfielfd Sullivan, une jeune éducatrice passionnée, réussira à recouvrer en partie la parole. Annie la prendra entièrement en charge avec une grande amitié, et malgré son handicap, Helen  intégrera une Université et fera de brillantes études supérieures.
Ici, il ne s’agit pas d’une adaptation de la nouvelle de William Gibson mais plutôt d’une réécriture de cette histoire par Elsa Imbert, assistant d’Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Etienne. « Au delà de la question du handicap, dit la metteuse en scène, l’histoire d’Helen Keller m’intéresse également, parce qu’elle nous montre à quel point l’apprentissage du langage transforme notre perception du monde. Le langage vient éclairer le monde noir et silencieux d’Helen. » A part ces bonnes intentions, que se passe-t-il sur le plateau? Quelques branches d’arbre  ancrées dans des cubes-pas très beau et encombrant-et une table pour seul décor, et pour ce Miracle en Alabama, on dira de poche, trois comédiens au lieu d’une dizaine, comme dans l’adaptation de Marguerite Duras.
Au début, on se dit que ce n’est pas une sotte idée que cette adaptation où Elsa Imbert veut aborder la question du handicap devant des enfants, ce qui nous renvoie en somme, dit-elle comme dit, un texte bien pâlichon, une mise en scène et une direction d’acteurs aux abonnés absents. Maybie Vareilles se sort tout juste de ce rôle difficile de miss Sullivan, et Stéphane Piveteau qui joue plusieurs personnages, annone son texte et n’est pas crédible une seconde! Seule, Leïla Ka, danseuse qui interprète la petite Helen sourde et muette, a une belle gestuelle et finit par s’imposer.

Quant au jeune public, les plus petits semblent regarder sans trop comprendre le message sur le handicap qu’on voudrait leur faire passer, et les plus âgés trouvaient  ces cinquante cinq minutes plus que longuettes et visiblement s’ennuyaient. Il y a juste une minute-particulièrement réussie-d’une danse sur une table avec Helen et Miss Sullivan. Mais l’ensemble n’est guère convaincant et ne mérite pas qu’on s’y attarde… Dommage pour les enfants de Chambon-sur-Lignon, ce formidable village marqué par une tradition protestante, qui fut un des piliers de la Résistance et qui sauva de très nombreux Juifs pendant la dernière guerre. Il possède depuis quelques années un beau lieu de mémoire dont nous vous reparlerons.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la salle polyvalente de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire),  le 2 mars.

La Chaise-Dieu, auditorium Cziffra, Place Lafayette, le 9 mars, 14 h et 20 h 30. T.: 04 71 00 01 16.
Sainte Sigolène, Auditorium-Maison de la musique, avenue de Marinéo, le 16 mars à 16 h 30 et 20 h 30.

 Saint-Didier-en-Velay salle polyvalente, complexe sportif de La Péchoire, le 13 mars à 14 h et 20 h. T.:  04 71 61 14 07.

Pélussion, salle des fêtes, rue de la Maladière, le 15 mars, 14 h et 20 h. T: 04 74 87 62 02

Costaros Salle polyvalente le 17 mars, 20 h 30. T: 04 71 57 88 00 Saint-Etienne, La Comédie/La Stéphanoise, les 21 mars,  à 15 h et 19 h, les 22,  23 mars, à 10 h et 14 h, et le 24 mars, à 17 h. T.: 04 77 25 14 14

 

           

  

Je veux seulement que vous m’aimiez, spectacle de Jacques Allaire

 

Je veux seulement que vous m’aimiez, spectacle de Jacques Allaire, à partir des interviews des acteurs de la  la Bulle bleue, et inspirés d’interviews de Rainer Werner Fassbinder.

(C)Marjory Corbinaud La Bulle Bleue

(C)Marjory Corbinaud La Bulle Bleue

 La Bulle Bleue, ESAT (Etablissement d’aide et service par le travail) est une compagnie de théâtre professionnelle et permanente avec une douzaine de comédiens en situation de handicap, qui compte aussi des techniciens de plateau. A sa création en 2012, la direction en  a été confiée à Delphine Maurel et cette Bulle Bleue a rejoint la dizaine d’établissements similaires à vocation artistique, sur les 1.400 recensés en France. Lieu de fabrique artistique culturelle, de 2016 à 2018 la compagnie La Grande Mêlée de Bruno Geslin est associée à l’Esat pour porter un projet artistique Prenez garde à Fassbinder! Pour pénétrer dans l’univers foisonnant du théâtre et cinéma du metteur en scène allemand et inventer une équation ouverte pour le collectif, Bruno Geslin invité les comédiens et metteurs en scène Jacques Allaire et Evelyne Didi à  venir y travailler.

 « Je veux seulement que vous m’aimiez-un titre emprunté à un film de Fassbinder- est le premier volet  du triptyque Prenez garde à Fassbinder ! qui a été confié à Jacques Allaire. A partir d’interviews consacrés au cinéma, le metteur en scène a conçu un spectacle en s’inspirant des questions des journalistes posées au dramaturge et cinéaste provocateur. Il a reformulé ces  questions formulées pour les comédiens qui ont vu au préalable une bonne partie du cinéma de Rainer Werner Fassbinder et auront lu ou entendu ses réponses sur les films mythiques qu’il apprécie, qu’il commente l’œuvre de Douglas Sirk ou celle de Jean-Luc Godard… A partir de leurs réponses personnelles ou des choix précis du cinéaste,  la pièce de Jacques Allaire s’est écrite « au plateau» avec les comédiens.

 Considérations existentielles du précurseur et inspirateur post-moderne de visions créatives propres aux générations suivantes. Sans complaisance avec des points de vue âpres et amers, et des regards provocateurs sur la société de consommation sur la bisexualité, sur les facettes tranchantes des années 70 et  80, prophétiques de nos temps bousculés. Entrée irréversible et progressive dans un libéralisme économique mondial, première Guerre du Golfe (1990-1991), terrorisme de la bande à Baader (1968-1998), prémonitoires d’un avenir sombre… : notre présent. Et ces interrogations n’en finissent pas de résonner dans un vide sans écho.

Lancinants, récurrents sont les thèmes essentiels de cette représentation: société, amour, couple (confort et enfermement), solitude subie, engagement dans les causes collectives de gauche ou anarchie choisie. Jacques Allaire nousinvite à pénétrer dans des lieux fassbindériens par excellence, comme l’intérieur d’un café comme ceux de: Tous les autres s’appellent Ali, de L’Année des treize lunes ou de Querelle de Brest, etc. La vie dans ce lieu quotidien, est aussi un repère individuel et espace collectif de compagnonnage-où est perceptible un certain bien-être, hors de l’univers parental et social, pour des jeunes, étudiants, travailleurs ou chômeurs à l’orée de leur vie.

Un comptoir kitch avec barman stylé, un juke-box pour écouter ensemble une musique à soi et à tous, et un espace aux éclairages fluo pour danser. Avec bières, vins et alcools pour adoucir la  vie. Une table en U,  nappée de blanc accueille les clients qui vont aussi s’isoler sur des canapés en skaï de couleur, de chaque côté du plateau. Et un vestiaire pour pendre sa veste, quand on vient du froid extérieur. Les comédiens jouent une partition d’une rare  densité, au plus près de leurs personnages dans le présent exigeant de la représentation…Ils s’interpellent, entament un dialogue-en continu ou presque-avec l’un puis avec un autre. Ils esquissent des couples qui se défont pour en inventer d’autres, choisissant plus tard de s’extraire du duo ou du groupe, et protégeant leur solitude.

Pourquoi vivre, si l’on n’est pas aimé ?  Un questionnement existentiel. Certains semblent capituler en arguant de l’impossibilité de vivre à deux durablement, quand il faut rendre des comptes et alors renoncer à vivre en liberté et selon ses désirs. Cris, vociférations, hurlements, injures libératoires, les répliques sonnent  avec des solos, un discours sur soi, puis  dans des moments festifs de danse chorale.

L’idée de normalité ne trouve guère de résonance dans ce spectacle élaboré, donnant plutôt à voir la fragilité de l’être dont nous sommes tous les représentants, dits «différents» ou non ; tous se reconnaissent dans la justesse affective éprouvée. Inclinations amoureuses reconnues et vécues avec la maturité nécessaire, sentiments éprouvés : les jeunes et les moins jeunes posent leur regard sur les mêmes enjeux existentiels : réussir une vie en aimant et en étant aimé, avant la mort proche.

 Un spectacle  à la fois émouvant et captivant, qu’on soit en situation de handicap ou non, grâce à sa rigueur  qui libère le bonheur d’être, en dépit de tout. Dans la teneur sensuelle et palpable des corps rapprochés et des voix.

 Véronique Hotte

Le Chai de la Bulle Bleue 285 rue du Mas de Prunet 34070 Montpellier Village Les Bouisses, jusqu’au 1er décembre. T. : 04 67 42 18 61 

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