Vingt-cinquième festival international des jardins

 

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Le jardin du parfumeur (c) Éric Sander

Vingt-cinquième festival international des jardins, au domaine de Chaumont-sur-Loire, la nature mise en scène

 

Noces d’argent, jubilée : à vingt-cinq ans, le festival international des jardins de Chaumont pourrait  faire figure de notable. Mais dans un jardin, tout est toujours à recommencer et à repenser : le thème de l’année 2016 est Jardins du siècle à venir. Laquelle année, déjà bien entamée, nous inquiète; les paysagistes et architectes invités  rendent compte de nos peurs : réchauffement climatique, montée des eaux, accumulation des déchets (et donc nécessaire récupération!) et urbanisation galopante qui nous enferme dans un monde minéral…
En même temps, monte la conscience que l’anthropocène, c’est-à-dire l’ère de l’empreinte dominante de l’homme sur la sphère terrestre, doit entrer dans une nouvelle phase ; il faudrait donc peut-être penser de nouveaux équilibres et rendre au vivant, au végétal en particulier, son rôle dans la réparation de la nature par elle-même…
Grandes questions pour petits jardins : à ces inquiétudes, la vingtaine d’équipes de paysagistes et d’architectes invitées au festival donne des réponses variées, souvent ludiques, parfois obscures et globalement, plutôt sages. 
Frankenstein’s nature, par exemple, déçoit : sortir cornues et vieux interrupteurs électriques du laboratoire ne suffit pas à transposer au jardin la force du mythe.
Dans la même perspective du dedans-dehors, l’Oikos, où l’herbe verte flambe aux brûleurs d’une vieille cuisinière, répond déjà mieux à l’esprit du jardin.
La Maison vivante, plus librement ouverte dans l’espace, célèbre la reconquête de la maison par le végétal, et en même temps, une joyeuse utilisation de la  récup’ : on vous recommande particulièrement les culs de bouteilles plastiques comme dallage d’une cuisine au jardin et le mobilier kitsch appelé doucement au retour à la terre.
Ce jardin-là, un peu nostalgique des jardins ouvriers, l’un des plus agréables à vivre pour une sieste, ou pour un repas entre amis, est surtout un espace partagé avec des plantes en liberté, dont aucune ne serait une « mauvaise herbe ».
Avec une plus grande ambition, l’équipe du Champ des possibles expose un plan incliné où se retrouvent visiteurs et plantes, de toute taille et de tout âge. L’objet, à la fois ludique, pédagogique et véritablement novateur, est appuyé à un mur de béton végétal (terre tenue par une herbe sèche remarquablement banale, le miscanthus).

Au cœur du sujet : le jardin-et la maison-d’un futur renouvelable, innovant, peu coûteux. D’autres perspectives s’ouvrent, avec des recherches pas toujours spectaculaires mais très prometteuses : les plantes électriques, le végétal dévorateur et recycleur de plastique…
Mais l’espace qui vous attire, sera poétique : Le Jardin flottant du songe réunit fibre sèche et mousses humides en des formes presque animales, les « bombes à graine » de l’explosive nature roulent au sol avant d’exploser en floraison aléatoires. Il faudra revenir dans deux mois : tout aura changé, poussé, il n’y aura plus qu’à s’asseoir au Jardin du dernier acte, pour assister au spectacle sans fin de la nature.

Christine Friedel

Huitième saison d’art contemporain

Moins connus que le festival horticole, les installations d’art plastique dans le parc, les salles et les communs du château, constituent une autre façon de mettre en scène la nature et le patrimoine. On peut donc compléter la visite des jardins par un tour du propriétaire, et s’amuser de ces œuvres disparates, commandes passées à des artistes de tous horizons.  Il y en a pour tous les goûts.
Marc Couturier investit l’asinerie avec un grand tapis rond entremêlant des motifs végétaux, auquel répond une peinture impressionniste qui fait vibrer le jour à travers les fenêtres. Dans la grange aux abeilles, le Brésilien Henrique Oliveira fait courir une impressionnante spirale en bois de palissade, Momento fecundo qui s’enroule dans les escaliers jusqu’à la charpente rustique.

 Dans l’enceinte de la ferme, Wang Keping expose une étrange armée de bois sculptés, polis et cirés, aux formes mi-humaines, mi-animales. Et en face, le Ghanéen El Anatsu habille les murs d’une grange, de tapisseries monumentales en relief, tissage minutieux de matériaux de récup : capsules de bière, canettes concassées, tôles découpées.   
D’autres spectacles nous attendent dans le parc qui domine la Loire. D’abord, le fleuve qu’on peut contempler du promontoire conçu par Tadashi Kawamata. Dans les arbres s’érigent les cabanes du même artiste japonais, où pendent les échelles de François Méchin.

Au détour d’un bosquet on découvre L’Œil de l’oubli d’Anne et Patrick Poirier, marbre niché dans les lierres, comme tombé d’un ciel antique, ou encore Ugwu, d’El Anatsui, amoncellement coloré de vieux bois, du plus bel effet, au pied des arbres vivants… Il y a une vingtaines d’œuvres ainsi disséminées dans le domaine, en comptant les installations théâtrales de Sarkis dans les greniers du Château, bric-à-brac organisé autour de vitraux suspendus aux fenêtres à tabatière, avec vue sur le fleuve…
Un bol d’air roboratif après une saison théâtrale…

Mireille Davidovici

Festival international des jardins, jusqu’au 2 novembre. Domaine de Chaumont-sur-Loire. T : 03 54 20 99 22.

 

 

 


POP UP garden

POP UP Garden, direction artistique de Davide Venturini et Francesco Gandi, chorégraphie de Stefano Questorio et Valentina Consoli

 

POP UP Garden 03@Ilaria CostanzoLa compagnie T.P.O. est bien connue pour avoir créé un théâtre d’images d’une haute technologie, chorégraphié et plutôt destiné au jeune public. POP UP Garden relève d’une relation singulière et ludique  avec les arts visuels, et se vit donc comme le fruit d’une expérimentation sur les nouveaux langages digitaux, associés à la danse, la musique et la poésie. Le concept de ce théâtre  se caractérise par un espace qui interagit avec le public.
  Avec une installation scénique bi-frontale dotée d’un tapis de danse sensible, équipé de capteurs à pression et d’une technologie sophistiquée, cette création rafraîchissante a pour thème, universellement proche et réconfortant, la nature et des jardins. Inspirée des livres de Gilles Clément, paysagiste, botaniste et écrivain (Traité succinct de l’art involontaire, 1997…).
  Nous assistons ici à une rencontre inédite entre Nature et Science qui, foncièrement technique et manipulatrice, touche à la Nature, élément irréductible et non manipulable, en l’associant au théâtre et à la danse. POPUP garden est un spectacle vivant qui flirte de façon  insistante, avec la technologie. Il suffit d’un rien comme le pas léger de Stefano Questorio ou la danse charmante et poétique de Valentina Consoli sur un tapis dessiné, pour qu’agisse la magie et qu’apparaissent alors des images solaires ou lunaires, terrestres ou célestes, arides ou gorgées de vie, avec feuilles vertes sur leurs tiges élégantes, pétales de fleurs épanouies, et oiseaux délicats d’estampes japonaises.
Les enfants confiants et facétieux déposent un pied léger sur la scène, de manière imaginaire depuis la salle, puis physiquement, à la fin du spectacle. C’est un drôle de sol qui bouge sous nos pieds, et dont on ne maîtrise rien. Aussitôt surgissent, glissent et s’échappent des images vidéo, admirables autant qu’inaccessibles, mirages entrevus et envolés aussitôt, avec des nuages blancs dans le ciel bleu, ou des pivoines rouges et charnues, qui semblent fuir la terre même.
Aux couleurs chaudes et chatoyantes de l’automne, succède le grand hiver sec et rude qui investit l’espace, entre fumées et étrangetés insaisissables. Après la mort, la vie renaît, victorieuse, faisant fi du passé et tendant le doigt vers les horizons futurs. Cette forme visuelle et sonore, mouvante et immersive, donne à voir  images, sons et couleurs d’une haute technologie. Mouvements, sons et voix sont repris par des caméras et micros invisibles, et jouent avec les déplacements des interprètes.
Parler de la planète est d’une actualité brûlante : terre, plantes et fleurs, l’homme est un jardinier qui observe et entretient ce que la Nature lui procure: une matière aidée par le vent, la pluie et le soleil  mais aussi meurtrie par le froid et le gel.  Ces mouvements volatils et transparents sont recueillis par les êtres attentifs à ce trésor collectif qui cultivent leur jardin pour leur survie.

 Énergie, vents et tempêtes, courants d’air et flux d’eau, la terre ne cesse jamais une danse que l’homme suit avec plus ou moins de bonheur. Cette leçon artistique envoûtante est aussi un hommage subtil rendu à la Terre et à l’enfance inventive.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 5 au 14 novembre. Tél : 01 53 65 30 00. Bonlieu-scène nationale Annecy, du 5 au 7 janvier. Cluses, le 9 janvier. Maison des arts du Léman, Thonon-Evian-Publier, les 15 et 16 janvier. Lux-Scène nationale de Valence, du 20 au 22 janvier. Espace Malraux-Scène nationale Chambéry-Savoie, du 8 au 12 février.

 

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