Les trois Moines

 

Les trois Moines par le Théâtre national d’art pour les enfants de Pékin

PEJ-3moinesC’est une des  pièces les plus connues du  répertoire du Théâtre national d’art pour les enfants qui, depuis près de soixante ans, transmet aux plus jeunes des pièces anciennes et modernes du théâtre chinois. Les Trois Moines, célèbre conte traditionnel transmis de génération en génération, traduit sous la forme d’une petite histoire, un proverbe qui montre avec ironie la tendance à vouloir se reposer sur les autres : «Un moine seul porte deux seaux d’eau, deux moines portent un seul seau et quand ils sont trois, ils manquent d’eau… »
Il y a eu une version (1980) dans un registre cocasse, réalisée par Ah Da, artiste du studio d’animation de Shanghai, mais cette lecture à la fois théâtrale et chorégraphique  montre toute la richesse et la subtilité de la culture chinoise.

Sans dialogue,  avec seulement  quatre interprètes, on nous  conte ici avec danses, musique, projection lumineuses et arts martiaux, l’arrivée successive de trois moines, un petit, un gros et un maigre, dans un monastère situé au sommet d’une montagne. L’approvisionnement en eau, qui oblige à descendre jusqu’à la rivière, finit par semer la zizanie entre eux, jusqu’au jour où un incendie se déclare, mettant tout le monde d’accord. Cette fable théâtralisée veut  dénoncer l’égoïsme, la paresse et l’hypocrisie de l’espèce humaine.
Sur scène, un grand paravent demi-circulaire, en fils blancs tendus, servira à la projection des images, quelques accessoires et, à cour, un discret percussionniste assis en tailleur avec tambourins, petits gongs pour rythmer les différents moment de cette pièce muette.
Concentration, sens de l’espace, gestuelle, danse costumes unité de jeu: ici, tout relève des plus anciennes traditions du spectacle chinois, et impeccable, (moins les graphismes contemporains projetés assez vulgaires dans la forme et l’expression), et cette représentation de théâtre pour enfants est du même niveau, très élevé, que celles pour adultes.
Seul ennui: peut-être avons-nous perdu notre âme d’enfant, mais la fable nous a paru assez peu claire… Sans doute est-elle suffisamment connue en Chine pour être, sans paroles,  comprise de tous mais en Occident?  Peut-être aurait-il fallu quelques mots de temps en temps, en voix off, pour nous guider. Que cela ne vous empêche pas de tenter l’expérience: ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir à Paris du théâtre chinois pour enfants…

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  Paris du 11 au 14 novembre.


Une Femme chaste

Une Femme chaste de Wang Renjié,  mise en scène de  Zeng Jingping  par le Théâtre Liyuan (spectacle en chinois sur-titré)

 

Femmechaste_000607Le rôle principal d’Une Femme chaste est tenu par Zeng Jinping qui, avec Lu Ang, assure aussi la mise en scène de la pièce. La troupe de Liyuan de Quanzhou, née en 1953, est une des plus importantes en Chine et en Asie du Sud-Est. Théâtre local, parlé en hokkien, au Fujian, à Taïwan, en Asie du Sud-Est, et genre théâtral chinois de huit cents ans d’histoire.  L’auteur d’Une femme chaste, est aussi le librettiste de La Veuve et le Lettré, version tragique de cette première pièce, qui porte «un regard cru et dramatique sur le sort des femmes à travers la morale confucianiste et la répression du désir ».
Une jeune et jolie veuve, qui vit en recluse avec son fils de dix ans, s’inquiète du départ envisagé par son précepteur pour lequel elle  éprouve un désir inavoué. Contre toute réserve, elle oblige ce  jeune homme peu fortuné, à recevoir de l’argent pour l’aider  à aller dans  la grande ville passer ses examens. Aveu déguisé d’amour impudique aux pensées charnelles…
Or, le monde appartient aux vicieux, c’est bien connu, et non aux chastetés torturées. Le lettré ambitieux souhaite avant tout accéder au mandarinat, et sauvegarde égoïstement, malgré ses propres sentiments, sa prétendue vertu. Penser la femme, c’est penser l’Autre, comme menace, objet de désir et de remords, la dévalorisation féminine allant de pair avec son étrangeté et sa dangerosité.

Dans la tradition japonaise, la femme est «à l’instar des objets de laque à la poudre d’or ou de nacre, un être inséparable de l’obscurité…; de là ces longues manches et ces longues traînes qui voilaient d’ombre les mains et les pieds.» comme l’écrivait Tanizaki)
Les costumes soyeux et colorés du théâtre traditionnel chinois Liyuan sont merveilleux,  géométriquement purs, et, quand la veuve, dix ans plus tard, invitée par l’empereur, se présente à sa vue, refusant vainement les stèles que le dignitaire veut élever à sa vertu glorieuse, elle est vêtue de noir mais toujours élégante.

 Le jeu des acteurs du Théâtre Liyuan, comme dansé, est magistral et transmis de génération en génération, s’appuie sur dix-huit mouvements de base ; sa gestuelle du rôle féminin est renommée, et pour bon nombre d’entre eux, ces gestes sont copiés des dessins trouvés dans les grottes de Donghuang. Le spectateur occidental  est subjugué par cette grammaire gestuelle, avec ses mouvements gracieux qui expriment les profondeurs de l’âme.
Les scènes populaires de valets et servantes, sont pleines d’humour tonique, et pétillantes de vie, à la façon décalée d’un William Shakespeare,  né bien plus tard mais à la dramaturgie étrangement similaire. Et, si le lettré n’a pas répondu aux aspirations amoureuses de la veuve, l’empereur, dix ans plus tard, temps d’une chasteté imposée et vérifiée, refusera encore le désir de la dame et veillera à ce qu’on ne statufie ni ne célèbre cette continence douloureuse.
Ainsi, comme l’écrivait Lord Byron, «l’homme, souvent injuste envers l’homme, est toujours injuste envers les femmes ; elles vont toujours vers le même esclavage, la trahison est tout ce qu’elles peuvent espérer. (…) Un mari désagréable, puis un amour infidèle, puis la toilette, les enfants à soigner, la prière et c’en est fait. » À cette  amertume qu’il faut combattre sans se lasser, répond la beauté rare et éloquente d’un spectacle vivant, dont la musique (flûte droite, luth piriforme du Sud, er xian, san xian et tambour) enchante le public.
Un voyage esthétique dans le temps, l’espace  mais aussi dans  les profondeurs abyssales de l’être.

 Véronique Hotte

 Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes. Festival Le Standard Idéal – 10 ème édition – Programmation Hors Les Murs de la MC93;  les 30 juin et  1er juillet à 19h30, les 28 juin et  5 juillet à 15h. Et La Grande Mélancolie, les 27 juin, 3 et 4 juillet à 19h30.
 WWW.MC93.COM

 

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