Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

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(C) Benoît Poix

 

Festival d’Avignon

Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

IMG_809 Angelina, ex-infirmière sans frontières, raconte l’histoire d’une jeune fille, recueillie en pleine guerre civile dans son hôpital. A cette enfant-soldat, ravagée par trois ans de captivité, de mauvais traitements et d’esclavage sexuel, il ne reste qu’un cahier dont elle nous lit des bribes, pour témoigner, comme le lui a demandé Elika. Une gamine de treize ans à l’enfance confisquée qui a eu le courage de fuir l’enfer, pour sauver un petit garçon, Joseph, des griffes de ses tortionnaires et qui retrouve petit à petit, et à travers l’écriture, une humanité qu’elle n’avait jamais perdue.

 Fanny Chevallier, face public, nous livre le double témoignage d’Angelina et d’Elika avec simplicité, sans pathos, accompagnée sur scène par l’artiste Stéphane Delaunay.  Sur un écran en fond de scène, ses  tâches d’encre improvisées au fil du texte, se diluent dans la lumière du rétro-projecteur, dessinant d’inquiétants trous noirs et d’étranges traînées et découpant un espace onirique qui rompt avec le côté didactique où le spectacle risquerait de verser.

En effet, au départ, Suzanne Lebeau avait conçu  Elika, à partir de témoignages d’enfants-soldats, pour apporter un éclairage plus pédagogique à sa pièce  Le bruit des os qui craquent ( voir Le Théâtre du blog) : « J’ai écrit ce texte, dit l’auteure québécoise,  pour essayer de comprendre la souffrance des corps d’enfants qui grandissent dans la violence quotidienne et des âmes qui cherchent un tuteur dans cet incroyable gâchis. Elikia a surgi avec sa souffrance en bandoulière. Avec elle, j’ai retrouvé un reste d’humanité que les cris et les coups n’avaient pas réussi à faire taire », dans les quelques lignes qui s’affichent dans l’obscurité, à la fin du spectacle.

 Moins théâtral que Le bruit des os qui craquent, monté en 2014 déjà par Marie Levavasseur et son équipe,  ce monologue, rondement mené, nous accroche et, même si l’actrice ne prétend pas nous tirer de larmes, nous en sortons ébranlés. Le festival d’Avignon, dans sa grande diversité,  permet de rencontrer de jeunes équipes   talentueuses  qui s’emparent  d’œuvres  contemporaines. Telle la compagnie Tourneboulé. Basée dans le Nord, et associée depuis deux ans au Théâtre du Grand Bleu à Lille pour des actions artistiques ou de projets participatifs. Si cela coûte aux compagnies de jouer en Avignon pendant trois semaines (environ quarante-cinq mille euros pour Elika), elles en sont parfois récompensées : ce spectacle va entamer une belle tournée.

 Mireille Davidovici

 Arthéphile 7 rue Bourg-Neuf Avignon, jusqu’au 28 juillet, T. 04 90 03 01 90.

 

 

 


Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 

Festival d’Avignon

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 2015-03-11 10.05.33L’un des auteurs estampillés «jeune public», parmi les plus intéressants de notre génération, a fondé avec son épouse Sylviane Fortuny, une compagnie qui met en scène ses pièces depuis de nombreuses année, et  avec un grand succès.

Dès le début, notre auteur se défend de nous jouer un spectacle, avec une malice qui ne le quittera jamais ; si il avait su faire des spectacles, dit-il, il n’en écrirait pas ! Dans sa conférence, il va nous détailler ce en quoi consiste pour lui, le métier d’auteur de théâtre jeune public.

Les enfants, au centre de son œuvre, sont présents aussi par le biais de citations glanées lors d’interventions  dans des classes. Toutes plus drôles et/ou absurdes. Il nous raconte que pour lui, l’écriture était un moyen pour entrer dans la grande famille du théâtre, que ses écrits sont souvent le fruit d’un miracle, qu’il ne contrôle pas tout et qu’il se trompe souvent. Il écrit comme on vit, et c’est pour cela que selon lui, , il y a des longueurs, des temps morts et des respirations dans ses textes comme dans la vie.

Il rappelle aussi que l’écriture jeune public est moins bien considérée, mais qu’il en tire finalement une plus grande liberté, puisqu’il ne se sent pas attendu au tournant. Sa conférence est émaillée de lectures d’extraits de son œuvre,  avec pêle-mêle,  Sacré Silence, En attendant le Petit Poucet, Abeilles, habillez-moi de vous, Sœur, je ne sais pas quoi frère ou Ils se marièrent et eurent beaucoup.

Comme Philippe Dorin aime jouer, il propose au public de participer et demande qu’une lectrice lui donne la réplique depuis la salle, et qu’un couple de lecteurs se tienne derrière un cercle de petits cailloux pour lire,  ou que quelqu’un vienne aussi lire à ses côtés. Au-delà de l’essentiel de son œuvre essentielle, on découvre un homme que le sourire ne quitte jamais, joyeux et joueur, d’une grande humilité.

Cette vraie fausse conférence est à son image, un beau et léger moment et qui rend hommage à la spontanéité des enfants. Le final, plein de poésie, permet au public tout entier de se retrouver,  pour une petite performance à base de papier. Comme le dit si bien un des enfants rencontrés par Philippe Dorin: «Finalement faire du théâtre, c’est pas faire semblant, c’est faire exprès »

 Julien Barsan

 La Parenthèse jusqu’au 21 juillet à 17 heures.  T. :04 90 87 46 81

 

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre Yves Chapalain


Festival d’Avignon

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain (à partir de neuf ans)

SashaC’est une sorte de conte fantastique où l’auteur veut nous entraîner. Cela se passe dans une grande ville, où une mère vit seule avec Hannah, sa fille qui refuse de sortir de sa chambre. L’adolescente a rencontré Angelica par Internet, ce qui échappe à sa pauvre mère, incapable de la comprendre et d’avoir la moindre influence sur elle,  pour  la faire sortir de son enfermement. Le patron d’un grand restaurant voisin a invité un cirque et le hasard fait bien les choses, Hannah va découvrir qu’Angelica est la fille du restaurateur !  Si si c’est vrai! Et à la campagne, les deux  amies ne vont plus se quitter : un thème qui en vaut un autre…

Oui, mais voilà, le scénario au début du moins, même si il a un peu de mal à démarrer, tient à peu près la route mais devient vite confus et le conte dérive ! Une des deux ados est, dit-elle, de la famille d’un ogre assoiffé de chair, et il faut qu’elle prenne sur elle-même pour ne pas manger de bébés. Vous avez dit compliqué? Il y une remarquable scénographie d’Eric Soyer qui travaille régulièrement avec Joël Pommerat, avec un cirque, puis un très grand frigo d’une blancheur immaculée où sont pendus des jambons saucissons, et grands quartiers de viande rouge.

Le spectacle est bien joué en particulier par Jean-Louis Coulloc’h et trois jeunes comédiennes Bouilaïna El Fekkak, Julies Lespages, et Catherine Vinatier. Mais tout va cahin-caha pendant une éternité, c’est à dire un peu plus d’une heure seulement! Malgré de belles images, un pièce décevante, assez soporifique, à cause d’un texte trop compliqué et sans unité. “Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film», dit Sydney Pollack. Et cela vaut aussi bien sûrpour le théâtre voyez Sophocle, Euripide, Molière, Labiche, Feydeau, etc.. Pierre-Yves Chapalain aurait dû s’en souvenir. Donc, si ce n’est pas trop tard, pas la peine de vous déplacer et surtout n’y emmenez pas vos enfants…

Philippe du Vignal

Chapelle des Pénitents blancs, Avignon, jusqu’au 9 juillet à 11 et 15h, et le 11 juillet à 11h.
Du 18 au 20 octobre, Le Canal Théâtre du Pays de Redon.
Les 7 et 8 novembre, Scènes du Jura, Scène Nationale de Dole/Lons-le-Saunier ; les 22 et 23 novembre, Ferme du Buisson (`Marne-la-Vallée ; du 28 novembre au 1er décembre, Théâtre de Lorient.
Le 6 décembre, Théâtre du Pays de Morlaix ; les 8 et 9 décembre de Brest. Les 19 et 20 décembre, L’Archipel ,Les Glénans.

 

 

L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc

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 Festival d’Avignon

L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc (dès huit ans)

 Victor est un enfant qui d’abord se pense roi. D’ailleurs, les régents Papa Ier et Maman Ière ne veulent-ils pas un enfant parfait ? Se laver les mains, colorier des figures sans jamais en dépasser les bords, et embrasser en petit garçon bien élevé, Marie-Rogère, la-meilleure-amie-de-Maman. Le cocon familial, avide de réussite sociale pour son rejeton, s’est tissé royalement. Le fils fait la leçon : « Parfait », c’est le mot préféré de Papamaman. Ils ne cessent de le répéter. Surtout maman. Lorsque tout est parfait, elle sourit, elle est contente. Du coup, Papa aussi. Et moi, je suis content qu’ils soient contents. C’est comme un jeu. Un jeu très facile puisque je connais d’avance toutes les bonnes réponses »

 Un tel enfant sans vie, sans défaut, sans reproche, duquel on n’a qu’à se louer : Victor, selon le rêve parental, se présente comme bien, bon, irréprochable, réunissant toutes les qualités concevables dans les choses jugées excellentes.

Victor veut plaire à ses parents, leur être une source de plaisir ou être à leur goût : « Quand on veut plaire dans le monde, disait Chamfort, dans ses Maximes, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu’on sait, par des gens qui les ignorent.»

 L’art de charmer, satisfaire et contenter les proches, consiste à ne pas sembler parler de soi, à faire comme si l’on parlait toujours d’eux-mêmes, répondant à leur attente. Aimable et charmant, Victor a dessiné une maison avec une cheminée qui fume, un soleil au-dessus : Papamamanvictor et des cœurs autour ; il a colorié sans dépasser.

 Le jeu peut se décliner à l’infini mais l’inattendu enraye parfois une machine bien rôdée : le garçon dépasse les traits admis et dessine sur une image parfaite et lisse – papier glacé de magazine féminin – un gros chien noir, plein de poils. Horreur !

 En effet, en désignant ce qui est en voie d’accomplissement, l’imparfait fraie avec le non- achevé, l’ébauché, l’insuffisant, l’approximatif, ce que l’on nomme encore l »e vivant »  avec piquant, saveur et panache.

 Le souvenir de la fameuse pièce Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac surgit  alors. Rien ne sert de flatter ni de séduire les autres, il faut aussi vivre et se sentir exister. Sans le savoir, instinctivement et par anticipation, Victor s’impose en résistant aux fausses valeurs, un visionnaire à la Rimbaud, « Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde », et revendique une autre vie, la « vraie »… (…)« En fait, je trouve que c’est parfait, de ne pas être parfait. »

Pourquoi ne pas dépasser les lignes, ni faire de taches, s’empresser de les effacer ? La vie exige, en échange, de se mouvoir, de s’étendre et de déborder les traits, de se ployer, de courir, de bondir, de voler, de nager, de hurler, de parler et de chanter.

 Qu’on fasse appel à un robot exemplaire, Victor II, de JeanMichel-corporate inc., rien n’y fait, ni le logiciel, ni le vide existentiel d’un robot écervelé. La jolie maison-témoin pour enfant non dissipé, assisté de son clone idéal,  a été conçue par Bruno de Lavenère. Particulièrement judicieuse, nette et précise, avec un écran central lumineux d’images.

 Couleurs pastel et fluo, mobilier design et neuf sans la moindre poussière égarée. Ne jure à côté de cette excellence de décor intérieur, que le placard de la chambre où se réfugie le mélancolique et vrai Victor en quête d’existence ressentie. Scènes de vie, dialogues et faux échanges, des combats s’improvisent entre les deux Victor; le souffle et l’énergie qui habitent ces jeunes gens sont fascinants.

Sous les lumières de Laurent Castaingt,  Cyril Anrep, Laurent Joly, Thomas jubert, Valérie Keruzoré, Martin Sève, presque parfait, s’amusent à incarner la belle question shakespearienne: «To be or no to be… »Ici, pleinement eux-mêmes, jouant à séduire un public déjà acquis.

 Véronique Hotte

 Festival d’Avignon, Chapelle des Pénitents blancs, du 22 au 26 juillet, à 11h et 15h (relâche lundi 24 juillet).

Le texte est publié chez Heyoka Jeunesse, Actes Sud Papiers.

 

 

Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

 

Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, d’après le conte populaire, texte et mise en scène de Joël Pommerat (spectacle tout public à partir de six ans)

© Elisabeth Carecchio

© Elisabeth Carecchio

 Le maître de cérémonie, récitant et commentateur de ce conte légendaire, placé à cour ou à jardin, laisse ensuite advenir les scènes qu’il a décrites. La petite-fille, sa mère et sa grand-mère se partagent des instants vivants et éclairés. L’univers s’annonce sombre: une âme solitaire et inquiète voit se glisser dans l’obscurité, en elle et alentour, des ombres inconnues et équivoques. Le petit Chaperon rouge, à l’enfance un peu triste, à l’ennui épais et pesant, connaît une immense solitude, consciente de son existence perdue, au milieu d’un vaste monde encore inconnu.

 La mère d’abord, peu rassurante, nerveuse et juchée sur de hauts talons qui claquent trop bruyamment. Elle ne consacre guère de temps ni d’attention à sa petite fille en demande d’amour. Silhouette à la fois décidée et mystérieuse, à la longue chevelure rousse ondoyante, elle joue pourtant avec sa fille, s’amusant à mimer la bête furieuse qu’elle incarne, et l’enfant troublée, est partagée entre un bel effroi et la fascination.

Debout, la mère se plie en deux, bras et mains à terre, dessinant une bête sauvage à quatre pattes, puis se redresse d’un seul coup, et lève haut les pattes en l’air, simulant une agression arrêtée in extremis sur l’enfant : «Non, il faut arrêter», crie la petite, ou bien «Encore, Maman, fais encore la bête !» L’inconstance des sentiments a valeur de leçon de choses pour cette apprentie d’une vie à peine éclose qui s’essaie à la volonté de connaissance  et au désir volatil auquel on s’abandonne.

 La jeune fleur en bouton veut en découdre avec l’Autre et avec le monde, et tenter des expériences inouïes pour les dépasser, et faire «une» avec l’existence et être soi : «Elle aperçut aussi deux grands yeux qui avaient l’air d’observer dans sa direction. Elle pensa qu’elle n’avait jamais rien vu d’aussi beau et elle eut tout de suite envie de s’approcher. Ce n’était pas une chose ordinaire qu’elle avait devant elle. (…) »

 La vie recèle des énigmes et étrangetés troublantes comme la capacité d’éveil de l’être. L’homme raconte les états du Chaperon rouge, devenu avant l’heure, autobiographe : «La petite fille pensa qu’elle en avait peur, c’est vrai, mais que cette chose ne ressemblait en rien à la bête monstrueuse qu’elle s’attendait à rencontrer dans les bois, comme le lui avait prédit sa maman, au contraire. » S’amuser à cache-cache dans la clairière de la forêt et jouer avec son ombre, une silhouette agrandie et une vision fugitive d’elle-même en devenir, ou le reflet d’une peur compulsive déguisée: telle est l’heureuse découverte existentielle. Sans parler du loup, ombre noire, hurlements et cris maudits : il faut donc, un jour ou l’autre, frayer avec la bête et consentir plus ou moins à ses caprices.

 Et la petite fille ressent de la fierté d’avoir pu faire une telle rencontre sans effroi. Très étonnée, elle éprouve ce plaisir nouveau et tant attendu: se sentir grande : «Et se dit que, plus jamais, elle n’aurait de raison d’avoir à nouveau peur.» Mais l’histoire suit son cours  quand l’enfant  se frotte à l’inédit, comme la visite d’une grand-mère éloignée dans un lointain boisé. La petite deviendra grande à son tour, faisant tourner sans fin la grande ode de la vie.

Les acteurs sont aussi attachants que la bête féroce qu’on ne capture jamais : Isabelle Rivoal (la mère étrange), Ludovic Molière (L’homme qui raconte) et Valérie Vinci qui joue ici la petite-fille et la grand-mère : la roue ne cesse de tourner et la transmission des parents et grands-parents passe nécessairement par les petits-enfants qui ferment la boucle pour mieux recommencer ailleurs.

On ne se lasse pas de revoir encore ce loup, type même de la bête sauvage dévorante, gueule et dents carnassières, crocs et griffes, animal nocturne et féroce au regard maudit et difficile à approcher et à chasser… Assister à ce spectacle, treize ans après sa création, n’entame pas le plaisir de frayer encore avec ce loup, si proche de nous, et si lointain en même temps…

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord,  37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris. T: 01 46 07 34 50, jusqu’au 20 mai.

Le texte est publié chez Heyoka Jeunesse / Actes Sud-Papiers.

 

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, mise en scène de Christophe Laparra, pour jeune public à partir de huit ans)

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 Orcus, dieu souverain avaleur de soleil, représente l’engloutissement total, une gueule ouverte, associé aussi aux ténèbres : l’ogre incarne le temps destructeur. Cette figure monstrueuse entretient aussi la métaphore du père castrateur, le tabou de la consommation de l’enfant exprimant l’interdiction implicite de l’union sexuelle. Il est clair que l’homme fait instinctivement une analogie profonde entre l’acte de copuler et celui de manger ( voir La Pensée sauvage de Claude-Lévi Strauss).

 Dans l’imaginaire collectif, l’ogre et sa femme mangent les enfants, absorbent leur jeunesse – un acte brut de boucherie concrétisé par l’image sanglante de «chair fraîche» mastiquée puis avalée, pour devenir égoïstement éternels. L’ogre, sauvage et d’un aspect bestial, a la capacité de sentir la chair humaine. Mais comment faire front à cette insatiabilité, directement ou indirectement sexuelle ? 

La maîtresse d’école sait parler du désir avec une clarté juste. Le comédien et metteur en scène Christophe Laparra, artiste associé à la Comédie de Picardie, s’est emparé de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau pour mettre à mal la fameuse ogreté» en question-un mot inventé-soit la pulsion névrotique des ogres et le désir compulsif de dévorer la chair crue enfantine.

Le conte sur le plateau entre comédiens, dessins animés sur écran et lecture des titres de chapitres, joue de toutes les dimensions enfantines : peur et réconfort, effroi venu de l’extérieur et intimité du foyer , de la proximité de la forêt giboyeuse à l’intérieur d’une chaumière surprotégée par la mère de l’ogrelet. S’imposent les couleurs grises maternelles dans une chaumière en bois qu’éclairent, d’un feu à peine rougeoyant, des trappes construites dans la table de salle à manger. Le public contemple à la fois les coulisses du théâtre, les ampoules d’une psyché, la cabine sur roulettes et la malle à costumes de la mère et du fils et de la mère (Patricia Varnay) qui écarte les traces de rouge dans son univers: Simon ne mange que des légumes du jardin, haricots, brocolis, pommes de terre, carottes,  mais jamais de fraises ni de tomates, jamais de viande. Mais le passé de l’enfant le rattrape.

 Et la maîtresse de l’école à volets rouges, porte un joli rouge à lèvres et une robe rouge, ce qui n’est pas pour déplaire à l’élève en herbe, trop grand pour son âge. Quittant un monde en noir et blanc que reproduit à merveille un dessin animé au lointain, jouant de la miniaturisation du garçon et des animaux rencontrés dans la forêt, lièvres, belettes, renards et loups,  l’ogrelet fait peu à peu l’apprentissage de la vie en couleurs avec ses nuances, lumières, risques, troubles et ennuis de cœur.

 Sur le plateau, Christophe Laparra incarne l’ogrelet, reproduit sur écran en silhouette de garçonnet dans sa marche, bruits des bois et des récréations. Essoufflement après une course effrénée à fuir le loup, allers et retours entre foyer maternel et école: le jeune élève progresse jusqu’à la libération de soi et de ses terreurs rentrées, à travers expériences, épreuves et missives : l’apprentissage de la lecture passe aussi par les lettres échangées. L’enfant grandit, échappant naturellement à l’emprise maternelle, et à lui-même.

Les acteurs font résonner à merveille la belle prose poétique de Suzanne Lebeau. Un voyage dans l’enfance et les lointains des peurs fondatrices…

 Véronique Hotte

Studio-Théâtre à Charenton-le-Pont, du 22 au 28 avril.
Centre Culturel Jacques Tati/ Amiens-Comédie de Picardie hors-les-murs, du 10 au 12 mai.

Théâtre Eurydice Esat-Plaisir, du 18 au 19 mai.
Festival  d’Avignon, collège de la Salle, du 7 au 30 juillet.

 La pièce est publiée aux éditions Théâtrales/Collection Théâtrales Jeunesse.

 

Festival Méli’môme

Festival Méli’môme

 Cette année encore, pendant plus de quinze jours, la ville de Reims s’est tournée vers son jeune public grâce aux nombreuses propositions de cette manifestation au fonctionnement exemplaire, avec des spectacles pour tous les âges.
S’y associent les lieux culturels de Reims et de sa Région, avec les deux salles municipales du Cellier, au centre-ville, bien adaptées à l’accueil des tout-petits, la Comédie de Reims (Centre Dramatique National), Le Manège (Scène nationale) et l’Opéra. On mesure la qualité et la durabilité de ces partenariats, vu en général le peu d’appétence des grands lieux pour accueillir les spectacles Jeune public et petite enfance…

La plupart s’ouvrent à des séances scolaires grâce au travail de fond mené tout au long de l’année par l’association Nova Villa qui prend aussi en charge la programmation Jeune public de Reims/Scènes d’Europe. Elle multiplie les rencontres avec des auteurs, artistes ou professionnels des quatre coins du globe. Ainsi le dramaturge écossais Mike Kenny a rencontré des lycéens autour de son  Garçon à la valise. Et la Rwandaise Élise Rida Musomandera a présenté son poignant livre-témoignage, quelques mois après sa compatriote Carole Karemera. Et Karin Serres était à l’honneur avec la publication par Nova Villa, d’un Itinéraire d’artistes, un recueil de textes qui retracent son parcours, grâce aux témoignages d’artistes-amis.

 Us/Them  par le Théâtre Bronks (Belgique)

IMG_0625L’effroyable prise d’otages à l’école de Beslan, en 2004, et l’assaut des forces spéciales russes, dans le Caucase, ont fait plus de trois cent trente morts dont cent quatre-vingt-six enfants.

Les artistes belges se sont inspirés d’un documentaire qui, quelques années après, a donné la parole aux enfants rescapés qui reviennent sur ces événements avec un détachement surprenant et s’en tiennent surtout à des détails.

Après avoir tracé à la craie, sur le sol, le plan de l’école, les enfants (joués par Gytha Parmentier et Romain Van Houtven)  comptent les survivants, de moins en moins nombreux. Leur impassibilité, quoique troublante, correspond certainement à une capacité de résilience qui leur permet de résister à cette épreuve et de se reconstruire. Les comédiens ont su trouver le ton juste, la bonne distance, sur un plateau bien agencé et spatialisé. Des cordes tendues en travers de la scène renforcent l’impression d’enfermement. Scénographie complexe, mise en scène précise, et rythme soutenu sont mis ici au service d’un propos fort.

Le Garçon à la valise de Mike Kenny, mise en scène d’ Odile Grosset-Grange

 Deux enfants, Nafi et Krysia, quittent leur pays pour un exil vers un monde meilleur. On suit surtout les pérégrinations de Nafi, dont les parents se sacrifient pour lui offrir un aller simple vers l’Europe. Écrite il y a déjà treize ans, la pièce de l’auteur gallois reste d’actualité et aborde les questions de l’exil et de la reconstruction, en particulier vis-à-vis des enfants. Le texte possède de qualités mais la mise en scène manque de poésie, et le surjeu aboutit à un naturalisme forcé. Dommage !  D’autant plus que la scénographie imaginée par Marc Lainé, un sol en mappemonde, était une belle idée….

 Nuit par le collectif Petit Travers.

 Une pièce obscure, avec deux portes de chaque côté … Des hommes en costume sombre entrent et sortent, munis de chandeliers. Parfois, des balles fusent. Marchant comme des somnambules, les personnages se mettent à jongler. On ne sait trop combien ils sont, ni où ils se trouvent, mais une poésie absurde se dégage de leurs allées et venues. Comme après un réveil un peu brumeux, on a du mal à distinguer ce qui se passe!  Puis comme par magie des balles partent… puis reviennent  dont certaines rampent sur le sol, traversent l’espace, franchissent les portes. La musique de Denis Fargetton, constituée de morceaux classiques habilement agencés, souligne la virtuosité de Nicolas Mathis, Julien Clément et Rémi Darbois et renforce cette sensation de demi-sommeil, dans un beau clair obscur.

 9  par la compagnie du Cas Public, chorégraphie d’Hélène Blackburn,

 Rendez-vous à l’Opéra de Reims avec des Québécois habitués de Méli’môme. L’idée de 9 est née, avec l’arrivée d’un danseur sourd dans la compagnie. En préambule, quelques enfants sont invités sur scène à jouer avec des chaises blanches, de taille différente, disséminées ça et là, et qui resteront sur le plateau durant tout le spectacle.

Puis, avec des mouvements amples et une technique impeccable, les  interprètes se déplacent suivant les éclairages pour rester dans la lumière;. La hauteur du grill de l’Opéra permet aux lumières de dessiner de belles trajectoires sur le sol. Et, ainsi les malentendants qui ne peuvent se repérer avec le son,  le font avec l’espace…

Une vidéo représentant un jeune garçon sourd et appareillé, fil rouge du spectacle, fait référence à Cai Glover, l’interprète malentendant de la troupe. A ses côtés, Daphnée Laurendeau, Nicholas Bellefleur, Robert Guy et Danny Morissette font exploser les codes du classicisme, accompagnés par une musique très efficace, elle aussi classique. Passionnante de bout en bout, cette pièce nous incite à réviser nos préjugés sur la danse « classique».

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 Fratries d’Eve Ledig

 Eve Ledig promène depuis des années, sa compagnie Le Fil rouge, sur les scènes de France et d’ailleurs, bien connue maintenant des spécialistes du spectacle pour la petite enfance et le jeune public. Elle s’intéresse aux rapports de fratries, à ces relations «obligées» dans la famille, et a entamé un grand chantier de collecte de paroles.
Carole Breyer, Marie-Anne Jamaux, Catriona Morrison et Anne Somot disent, chantent et dansent ces propos de frères et sœurs, pas toujours tendres, parfois cruels, et souvent drôles. Sans chercher à sublimer ces liens, Eve Ledig  a imaginé une mise en scène très rythmée et ludique. Et ses comédiennes ont créé des personnages correspondant à leur nature, sensibles et plus profonds qu’ils ne le paraissent.

 Léger bémol : à cause de l’agitation qui règne sur le plateau,  les paroles en sont pas toujours bien mises en valeur, et nous n’avons guère le temps de profiter du riche matériau qui a été recueilli. La metteuse en scène aurait dû lui faire un peu plus confiance!

Julien Barsan

Spectacles vus au Théâtre Mansart, à Dijon, le 13 avril T. 03 80 63 00 00.

Auditorium de La Louvière, à Épinal, les 2 et 3 mai, T. :09 80 63 18 64; Dôme Théâtre d’Albertville du 30 mai au 2 juin. T. :04 79 10 44 80.

MA/Scène Nationale, Pays de Montbéliard, à Bethoncourt, le 19 mai.  T. : 0 805 710 700.


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Radio Live

 

Radio Live (Girl Power, Pourquoi faut-il encore marcher pour les femmes ?) par Aurélie Charon et Caroline Gillet

12650161_10153841264590460_1947691006_n-650x487Aurélie Charon et Caroline Gillet dont les voix sont bien connues des auditeurs de France-Culture et de France-Inter, ont réalisé des séries documentaires sur la jeunesse française et du monde entier (Gaza, Beyrouth, Tel Aviv, Sarajevo, Alger, Moscou, etc.).  Riches de ce matériau, elles proposent en direct et en public depuis 2012 ces soirées Radio Live sur les scènes de l’hexagone : «Ce sont, disent-elles, des séries qui font le portrait d’une jeunesse ni triste ni résignée, qui pense qu’elle a un rôle à jouer pour l’avenir de son pays et la réinvention de nos démocraties (…) C’est une nouvelle génération au micro : on ne va pas faire de grand discours, on ne va pas tomber d’accord sur tout, mais au moins, on se sera parlé». Conçues comme des émissions de radio, chacune de ces soirées accueille trois ou quatre jeunes, accompagnés d’ un(e) musicien(ne).

Quelques jours après la Journée des droits des femmes, la thématique était trouvée : la réussite au féminin et les efforts des jeunes filles pour y arriver. Caroline Gillet et Aurélie Charon mènent les débats et régulent les prises de parole dans un bazar bien organisé, se parlant souvent à l’oreille, traversant le plateau. Amélie Bonnin, elle, dessine en direct à la palette graphique, par-dessus les images projetées sur un grand écran ou parfois, se contente d’écrire : mignon mais un peu répétitif… 

Trois jeunes filles prennent la parole, et dessinent au sol leur maison/chambre, avec un marqueur blanc. Sanjida, originaire du Bangladesh, a fui, seule, son pays après un mariage forcé et imprévu. Aujourd’hui en France, elle cherche à finir ses études et reprend peu à peu contact avec sa famille qu’elle a quittée précipitamment. Maya, trente ans, vient du Liban où elle a gagné un prix à une émission de télé-réalité politique: le droit et le financement pour se présenter aux prochaines législatives… qui ont déjà été repoussées plusieurs fois ! Prochaine date annoncée : juin prochain! Enfin, Nour, une Marseillaise voilée, étudiante en droit et féministe, vient tancer les Parisiens amateurs de foot ! Elle apprécie autant Chopin que le rap, et la révolution tunisienne à laquelle elle a assisté, lui a donné envie de s’engager.

Ces témoignages, souvent émouvants, nous ouvrent au monde extérieur. Malheureusement, le spectacle s’attarde sur des détails: plan de la maison, organisation d’une chambre à coucher, etc. occultant l’essentiel: comment quitter son pays et ses proches ? comment vivre de près la Révolution tunisienne? Et, au lieu des 95 minutes annoncées, la soirée a duré plus de deux heures, après avoir commencé avec vingt minutes de retard !

Un peu débordées, Aurélie Charon et Caroline Gillet ont accéléré le rythme sur la fin, et ont donc laissé peu de temps pour s’exprimer à Inna, une jeune Russe mais elle participera au prochain Radio Live. Et les remarquables interventions musicales de Kyrie Kristmanson étaient trop rares. Dans une salle pleine surtout de jeunes gens, cette soirée, un peu décousue, a quand même apporté des témoignages forts et une belle ouverture d’esprit…

 Julien Barsan

Spectacle vu le 10 mars à à la Maison des Métallos, 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème.T. 01 47 00 25 20. Autres soirées de Radio-Live à la Maison des Métallos,  les 18 et 19 avril.

Et en mars, à la Comédie de Reims, 3 Chaussée Bocquaine, 51100 Reims, T. : 03 26 09 33 33, dans le cadre du festival Méli-Mômes.

 

 

 

 

Kant de Jon Fosse

Kant de Jon Fosse, traduction de Terje Sindig,  mise en scène d’Émilie Anna Maillet création virtuelle de Judith Guez

 constellation-com-960x820Aux saluts, ils sont une quinzaine, alors que, pendant une heure, un seul acteur tient la scène, avec deux assistants en coulisses. Les autres sont les hologrammes de l’équipe constituée par le compagnie Ex voto à la lune pour réaliser ce monologue de l’écrivain norvégien, destiné au jeune public. Emilie Anna Maillet a imaginé un dispositif scénique qui mêle jeu direct et vidéo en 3 D. Réel et virtuel cohabitent, grâce à l‘utilisation des nouvelles technologies et d’installations interactives dans le théâtre.

 Le texte de Jon Fosse, d’une grande simplicité, tient en quelques répliques : les questions que Kristoffer, huit ans, ressasse ad libitum dans son lit, cherchant le sommeil. « L’univers a-t-il des limites, ou est il infini ?  Comment peut-il être infini car tout a une fin ? Qu’est ce qu’il y a après l’endroit où ça finit ? Rien ? (…) Je comprends pas et je pense tout le temps à l’univers. Ça me fait peur. Et si l’univers a une fin, il y a peut-être un géant qui vit derrière ? (…)  Et si on existait que dans les rêves du géant ? Et si le géant se réveillait, qu’y aurait il ? Rien ?» Plus Kristoffer pense à l’univers, plus il a peur. Pas facile de dormir, même quand son papa vient le rassurer. S’il était lui aussi dans les rêves du géant ? Bien qu’il lise beaucoup de livres, même ceux de Kant, son père n’a pas réponse à tout. Kant, en norvégien signifie bord !

 Kristoffer et son double projeté apparaissent dès le début, dans un jeu de cache-cache entre réel et virtuel. Comme pour le décor : le lit réel disparait et réapparait en image… L’illusion est permanente. S’y ajoutent des effets plus poétiques : l’enfant secoue sa couette dont les plumes volent en flocons d’étoiles lumineuses, jusqu’à envahir la chambre. Les planètes tournent dans l’espace et les signes du Zodiaque s’y inscrivent.

Régis Royer en pyjama rouge, dans le rôle de Kristoffer, se fond dans ce décor mobile, et joue aussi bien avec les hologrammes qu’avec quelques objets réels : un ballon rouge, un petit avion orange, parfois remplacés par des images flottantes. La magie de la technologie n’a rien de gratuit ni de superflu ici. Le lourd dispositif-mais invisible-réussit à nous entraîner vers un monde onirique léger. Dans le rêve du géant ?

 Selon la même démarche, on peut s’inviter dans la chambre de Kristoffer, avant ou après le spectacle, à condition d’avoir pris rendez-vous à l’avance (nombre de places limité). Là, on vous installe devant les yeux, un casque immersif Oculus Rift qui vous plonge dans un voyage virtuel: objets, meubles et jouets se mettent à flotter et l’on se retrouve immergé dans un ciel étoilé… On éprouve un léger vertige comme l’enfant dans la pièce de Jon Fosse.

Plus pédagogique, un parcours Q R Code très instructif. Muni d’une tablette tactile, vous parcourez le hall du théâtre et téléchargez à chaque étape, à partir de petits carrés dessinés au sol, des documents relatifs aux origines du monde : conférence d’un astrophysicien, cosmogonie illustrée de l’Egypte antique, références cinématographiques, points de vue philosophiques…) tous documents que l’on peut consulter sur le site de la compagnie.

 Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? Le spectacle et ses à-côtés font le tour de la question.  Sans, bien sûr, y répondre complètement. Mais, comme le dit Kristoffer : «Je comprends pourquoi je ne comprends rien à l’univers. Parce que nous les hommes, ne pouvons pas tout comprendre avec notre manière de penser.»

Mireille Davidovici

Théâtre Paris-Villette 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris T. 01 40 03 72 23 jusqu’au 28 février, programmé en partenariat avec le Théâtre de la Ville de Paris  

L’Estran Guidek (56) le 7 mars ; Le Grand Bleu à Lille du 16 au 18 mars; Espace Legendre à Compiègne, les 30 et 31 mars

La pièce est publiée par L’Arche éditeur.

www.exvotolalune.com

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Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié

Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié, regard extérieur d’Harry Holtzman et Babette Masson

 

 Sébastien Lefebvre

©Sébastien Lefebvre

Laurent Fraunié a fondé le collectif Label Brut, avec Babette Masson et Harry Holtzman, après une collaboration avec Philippe Genty et le Nada Théâtre. Moooooooonstres avait été créé en avril 2012 et présenté en France et à l’étranger.  Aucun problème de traduction avec ce spectacle pour tout petits enfants puisque muet…

Armé d’un questionnaire et d’un micro, Laurent Fraunié avait d’abord, mené une enquête dans plusieurs écoles primaires du pays de Château-Gontier en Mayenne et de Paris, pour recueillir les documents nécessaires à la création de la bande-son du spectacle: «Soudainement éclairé par le paradoxe de l’œuf et de la poule et après diverses rencontres avec des enfants, et leurs réponses à une série de questions philosophiques et existentielles sur les monstres, la vie, la mort… Je suis arrivé à me poser une question qui va occuper mes insomnies de l’automne et de l’hiver, à savoir : qui, du monstre ou de la peur, est arrivé en premier ?»

 Le lit, élément essentiel de la scénographie imaginée par Grégoire Faucheux était installé dans une salle de classe vide, où, chaque jour, les élèves étaient invités à assister à une étape de la journée où on voit, dans son lit, Laurent Fraunié garder sa veilleuse allumée pour prévenir les cauchemars…. « Le jour, dit-il, s’éloigne dangereusement dans la solitude du lit… Mais le dormeur tombe dans une somnolence. Son drôle de corps dans son drôle de lit est le théâtre d’une sarabande d’apparitions fugaces, de fantômes et d’ectoplasmes…De quoi vous mettre la tête à l’envers…Et découvrir le plaisir de se faire peur et de manipuler les monstres. C’est parfois très utile un monstre. Mais à quel prix trouver le sommeil ? L’abandon ou le traité de paix ? »

Le polochon va se révolter, l’édredon engloutir le dormeur  et toutes sortes de monstres moelleux le réveiller. Il saute, tombe du lit et tente d’y remonter à force d’acrobaties. Ce solo tendre  de quarante cinq minutes fait éclater de rire les très jeunes enfants qui peuvent y reconnaître leurs terreurs nocturnes. Une habile manipulation acrobatique dans ce lit, tremplin de tous les rêves…

 Edith Rappoport

 Théâtre Paris-Villette samedi 11 février à 17 h, et  dimanche 12 à 11 h. T : 01 40 03 72 23
 resa@theatre-paris-villette.fr

En tournée à Figeac, Franconville, Mézidon Canon, Saumur, Cognac,Marcheprime, Maisons-Alfort, Limoges.

 

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