Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

 

Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, d’après le conte populaire, texte et mise en scène de Joël Pommerat (spectacle tout public à partir de six ans)

© Elisabeth Carecchio

© Elisabeth Carecchio

 Le maître de cérémonie, récitant et commentateur de ce conte légendaire, placé à cour ou à jardin, laisse ensuite advenir les scènes qu’il a décrites. La petite-fille, sa mère et sa grand-mère se partagent des instants vivants et éclairés. L’univers s’annonce sombre: une âme solitaire et inquiète voit se glisser dans l’obscurité, en elle et alentour, des ombres inconnues et équivoques. Le petit Chaperon rouge, à l’enfance un peu triste, à l’ennui épais et pesant, connaît une immense solitude, consciente de son existence perdue, au milieu d’un vaste monde encore inconnu.

 La mère d’abord, peu rassurante, nerveuse et juchée sur de hauts talons qui claquent trop bruyamment. Elle ne consacre guère de temps ni d’attention à sa petite fille en demande d’amour. Silhouette à la fois décidée et mystérieuse, à la longue chevelure rousse ondoyante, elle joue pourtant avec sa fille, s’amusant à mimer la bête furieuse qu’elle incarne, et l’enfant troublée, est partagée entre un bel effroi et la fascination.

Debout, la mère se plie en deux, bras et mains à terre, dessinant une bête sauvage à quatre pattes, puis se redresse d’un seul coup, et lève haut les pattes en l’air, simulant une agression arrêtée in extremis sur l’enfant : «Non, il faut arrêter», crie la petite, ou bien «Encore, Maman, fais encore la bête !» L’inconstance des sentiments a valeur de leçon de choses pour cette apprentie d’une vie à peine éclose qui s’essaie à la volonté de connaissance  et au désir volatil auquel on s’abandonne.

 La jeune fleur en bouton veut en découdre avec l’Autre et avec le monde, et tenter des expériences inouïes pour les dépasser, et faire «une» avec l’existence et être soi : «Elle aperçut aussi deux grands yeux qui avaient l’air d’observer dans sa direction. Elle pensa qu’elle n’avait jamais rien vu d’aussi beau et elle eut tout de suite envie de s’approcher. Ce n’était pas une chose ordinaire qu’elle avait devant elle. (…) »

 La vie recèle des énigmes et étrangetés troublantes comme la capacité d’éveil de l’être. L’homme raconte les états du Chaperon rouge, devenu avant l’heure, autobiographe : «La petite fille pensa qu’elle en avait peur, c’est vrai, mais que cette chose ne ressemblait en rien à la bête monstrueuse qu’elle s’attendait à rencontrer dans les bois, comme le lui avait prédit sa maman, au contraire. » S’amuser à cache-cache dans la clairière de la forêt et jouer avec son ombre, une silhouette agrandie et une vision fugitive d’elle-même en devenir, ou le reflet d’une peur compulsive déguisée: telle est l’heureuse découverte existentielle. Sans parler du loup, ombre noire, hurlements et cris maudits : il faut donc, un jour ou l’autre, frayer avec la bête et consentir plus ou moins à ses caprices.

 Et la petite fille ressent de la fierté d’avoir pu faire une telle rencontre sans effroi. Très étonnée, elle éprouve ce plaisir nouveau et tant attendu: se sentir grande : «Et se dit que, plus jamais, elle n’aurait de raison d’avoir à nouveau peur.» Mais l’histoire suit son cours  quand l’enfant  se frotte à l’inédit, comme la visite d’une grand-mère éloignée dans un lointain boisé. La petite deviendra grande à son tour, faisant tourner sans fin la grande ode de la vie.

Les acteurs sont aussi attachants que la bête féroce qu’on ne capture jamais : Isabelle Rivoal (la mère étrange), Ludovic Molière (L’homme qui raconte) et Valérie Vinci qui joue ici la petite-fille et la grand-mère : la roue ne cesse de tourner et la transmission des parents et grands-parents passe nécessairement par les petits-enfants qui ferment la boucle pour mieux recommencer ailleurs.

On ne se lasse pas de revoir encore ce loup, type même de la bête sauvage dévorante, gueule et dents carnassières, crocs et griffes, animal nocturne et féroce au regard maudit et difficile à approcher et à chasser… Assister à ce spectacle, treize ans après sa création, n’entame pas le plaisir de frayer encore avec ce loup, si proche de nous, et si lointain en même temps…

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord,  37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris. T: 01 46 07 34 50, jusqu’au 20 mai.

Le texte est publié chez Heyoka Jeunesse / Actes Sud-Papiers.

 

 

 


L’Ogrelet de Suzanne Lebeau

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, mise en scène de Christophe Laparra, pour jeune public à partir de huit ans)

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 Orcus, dieu souverain avaleur de soleil, représente l’engloutissement total, une gueule ouverte, associé aussi aux ténèbres : l’ogre incarne le temps destructeur. Cette figure monstrueuse entretient aussi la métaphore du père castrateur, le tabou de la consommation de l’enfant exprimant l’interdiction implicite de l’union sexuelle. Il est clair que l’homme fait instinctivement une analogie profonde entre l’acte de copuler et celui de manger ( voir La Pensée sauvage de Claude-Lévi Strauss).

 Dans l’imaginaire collectif, l’ogre et sa femme mangent les enfants, absorbent leur jeunesse – un acte brut de boucherie concrétisé par l’image sanglante de «chair fraîche» mastiquée puis avalée, pour devenir égoïstement éternels. L’ogre, sauvage et d’un aspect bestial, a la capacité de sentir la chair humaine. Mais comment faire front à cette insatiabilité, directement ou indirectement sexuelle ? 

La maîtresse d’école sait parler du désir avec une clarté juste. Le comédien et metteur en scène Christophe Laparra, artiste associé à la Comédie de Picardie, s’est emparé de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau pour mettre à mal la fameuse ogreté» en question-un mot inventé-soit la pulsion névrotique des ogres et le désir compulsif de dévorer la chair crue enfantine.

Le conte sur le plateau entre comédiens, dessins animés sur écran et lecture des titres de chapitres, joue de toutes les dimensions enfantines : peur et réconfort, effroi venu de l’extérieur et intimité du foyer , de la proximité de la forêt giboyeuse à l’intérieur d’une chaumière surprotégée par la mère de l’ogrelet. S’imposent les couleurs grises maternelles dans une chaumière en bois qu’éclairent, d’un feu à peine rougeoyant, des trappes construites dans la table de salle à manger. Le public contemple à la fois les coulisses du théâtre, les ampoules d’une psyché, la cabine sur roulettes et la malle à costumes de la mère et du fils et de la mère (Patricia Varnay) qui écarte les traces de rouge dans son univers: Simon ne mange que des légumes du jardin, haricots, brocolis, pommes de terre, carottes,  mais jamais de fraises ni de tomates, jamais de viande. Mais le passé de l’enfant le rattrape.

 Et la maîtresse de l’école à volets rouges, porte un joli rouge à lèvres et une robe rouge, ce qui n’est pas pour déplaire à l’élève en herbe, trop grand pour son âge. Quittant un monde en noir et blanc que reproduit à merveille un dessin animé au lointain, jouant de la miniaturisation du garçon et des animaux rencontrés dans la forêt, lièvres, belettes, renards et loups,  l’ogrelet fait peu à peu l’apprentissage de la vie en couleurs avec ses nuances, lumières, risques, troubles et ennuis de cœur.

 Sur le plateau, Christophe Laparra incarne l’ogrelet, reproduit sur écran en silhouette de garçonnet dans sa marche, bruits des bois et des récréations. Essoufflement après une course effrénée à fuir le loup, allers et retours entre foyer maternel et école: le jeune élève progresse jusqu’à la libération de soi et de ses terreurs rentrées, à travers expériences, épreuves et missives : l’apprentissage de la lecture passe aussi par les lettres échangées. L’enfant grandit, échappant naturellement à l’emprise maternelle, et à lui-même.

Les acteurs font résonner à merveille la belle prose poétique de Suzanne Lebeau. Un voyage dans l’enfance et les lointains des peurs fondatrices…

 Véronique Hotte

Studio-Théâtre à Charenton-le-Pont, du 22 au 28 avril.
Centre Culturel Jacques Tati/ Amiens-Comédie de Picardie hors-les-murs, du 10 au 12 mai.

Théâtre Eurydice Esat-Plaisir, du 18 au 19 mai.
Festival  d’Avignon, collège de la Salle, du 7 au 30 juillet.

 La pièce est publiée aux éditions Théâtrales/Collection Théâtrales Jeunesse.

 

Festival Méli’môme

Festival Méli’môme

 Cette année encore, pendant plus de quinze jours, la ville de Reims s’est tournée vers son jeune public grâce aux nombreuses propositions de cette manifestation au fonctionnement exemplaire, avec des spectacles pour tous les âges.
S’y associent les lieux culturels de Reims et de sa Région, avec les deux salles municipales du Cellier, au centre-ville, bien adaptées à l’accueil des tout-petits, la Comédie de Reims (Centre Dramatique National), Le Manège (Scène nationale) et l’Opéra. On mesure la qualité et la durabilité de ces partenariats, vu en général le peu d’appétence des grands lieux pour accueillir les spectacles Jeune public et petite enfance…

La plupart s’ouvrent à des séances scolaires grâce au travail de fond mené tout au long de l’année par l’association Nova Villa qui prend aussi en charge la programmation Jeune public de Reims/Scènes d’Europe. Elle multiplie les rencontres avec des auteurs, artistes ou professionnels des quatre coins du globe. Ainsi le dramaturge écossais Mike Kenny a rencontré des lycéens autour de son  Garçon à la valise. Et la Rwandaise Élise Rida Musomandera a présenté son poignant livre-témoignage, quelques mois après sa compatriote Carole Karemera. Et Karin Serres était à l’honneur avec la publication par Nova Villa, d’un Itinéraire d’artistes, un recueil de textes qui retracent son parcours, grâce aux témoignages d’artistes-amis.

 Us/Them  par le Théâtre Bronks (Belgique)

IMG_0625L’effroyable prise d’otages à l’école de Beslan, en 2004, et l’assaut des forces spéciales russes, dans le Caucase, ont fait plus de trois cent trente morts dont cent quatre-vingt-six enfants.

Les artistes belges se sont inspirés d’un documentaire qui, quelques années après, a donné la parole aux enfants rescapés qui reviennent sur ces événements avec un détachement surprenant et s’en tiennent surtout à des détails.

Après avoir tracé à la craie, sur le sol, le plan de l’école, les enfants (joués par Gytha Parmentier et Romain Van Houtven)  comptent les survivants, de moins en moins nombreux. Leur impassibilité, quoique troublante, correspond certainement à une capacité de résilience qui leur permet de résister à cette épreuve et de se reconstruire. Les comédiens ont su trouver le ton juste, la bonne distance, sur un plateau bien agencé et spatialisé. Des cordes tendues en travers de la scène renforcent l’impression d’enfermement. Scénographie complexe, mise en scène précise, et rythme soutenu sont mis ici au service d’un propos fort.

Le Garçon à la valise de Mike Kenny, mise en scène d’ Odile Grosset-Grange

 Deux enfants, Nafi et Krysia, quittent leur pays pour un exil vers un monde meilleur. On suit surtout les pérégrinations de Nafi, dont les parents se sacrifient pour lui offrir un aller simple vers l’Europe. Écrite il y a déjà treize ans, la pièce de l’auteur gallois reste d’actualité et aborde les questions de l’exil et de la reconstruction, en particulier vis-à-vis des enfants. Le texte possède de qualités mais la mise en scène manque de poésie, et le surjeu aboutit à un naturalisme forcé. Dommage !  D’autant plus que la scénographie imaginée par Marc Lainé, un sol en mappemonde, était une belle idée….

 Nuit par le collectif Petit Travers.

 Une pièce obscure, avec deux portes de chaque côté … Des hommes en costume sombre entrent et sortent, munis de chandeliers. Parfois, des balles fusent. Marchant comme des somnambules, les personnages se mettent à jongler. On ne sait trop combien ils sont, ni où ils se trouvent, mais une poésie absurde se dégage de leurs allées et venues. Comme après un réveil un peu brumeux, on a du mal à distinguer ce qui se passe!  Puis comme par magie des balles partent… puis reviennent  dont certaines rampent sur le sol, traversent l’espace, franchissent les portes. La musique de Denis Fargetton, constituée de morceaux classiques habilement agencés, souligne la virtuosité de Nicolas Mathis, Julien Clément et Rémi Darbois et renforce cette sensation de demi-sommeil, dans un beau clair obscur.

 9  par la compagnie du Cas Public, chorégraphie d’Hélène Blackburn,

 Rendez-vous à l’Opéra de Reims avec des Québécois habitués de Méli’môme. L’idée de 9 est née, avec l’arrivée d’un danseur sourd dans la compagnie. En préambule, quelques enfants sont invités sur scène à jouer avec des chaises blanches, de taille différente, disséminées ça et là, et qui resteront sur le plateau durant tout le spectacle.

Puis, avec des mouvements amples et une technique impeccable, les  interprètes se déplacent suivant les éclairages pour rester dans la lumière;. La hauteur du grill de l’Opéra permet aux lumières de dessiner de belles trajectoires sur le sol. Et, ainsi les malentendants qui ne peuvent se repérer avec le son,  le font avec l’espace…

Une vidéo représentant un jeune garçon sourd et appareillé, fil rouge du spectacle, fait référence à Cai Glover, l’interprète malentendant de la troupe. A ses côtés, Daphnée Laurendeau, Nicholas Bellefleur, Robert Guy et Danny Morissette font exploser les codes du classicisme, accompagnés par une musique très efficace, elle aussi classique. Passionnante de bout en bout, cette pièce nous incite à réviser nos préjugés sur la danse « classique».

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 Fratries d’Eve Ledig

 Eve Ledig promène depuis des années, sa compagnie Le Fil rouge, sur les scènes de France et d’ailleurs, bien connue maintenant des spécialistes du spectacle pour la petite enfance et le jeune public. Elle s’intéresse aux rapports de fratries, à ces relations «obligées» dans la famille, et a entamé un grand chantier de collecte de paroles.
Carole Breyer, Marie-Anne Jamaux, Catriona Morrison et Anne Somot disent, chantent et dansent ces propos de frères et sœurs, pas toujours tendres, parfois cruels, et souvent drôles. Sans chercher à sublimer ces liens, Eve Ledig  a imaginé une mise en scène très rythmée et ludique. Et ses comédiennes ont créé des personnages correspondant à leur nature, sensibles et plus profonds qu’ils ne le paraissent.

 Léger bémol : à cause de l’agitation qui règne sur le plateau,  les paroles en sont pas toujours bien mises en valeur, et nous n’avons guère le temps de profiter du riche matériau qui a été recueilli. La metteuse en scène aurait dû lui faire un peu plus confiance!

Julien Barsan

Spectacles vus au Théâtre Mansart, à Dijon, le 13 avril T. 03 80 63 00 00.

Auditorium de La Louvière, à Épinal, les 2 et 3 mai, T. :09 80 63 18 64; Dôme Théâtre d’Albertville du 30 mai au 2 juin. T. :04 79 10 44 80.

MA/Scène Nationale, Pays de Montbéliard, à Bethoncourt, le 19 mai.  T. : 0 805 710 700.


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Radio Live

 

Radio Live (Girl Power, Pourquoi faut-il encore marcher pour les femmes ?) par Aurélie Charon et Caroline Gillet

12650161_10153841264590460_1947691006_n-650x487Aurélie Charon et Caroline Gillet dont les voix sont bien connues des auditeurs de France-Culture et de France-Inter, ont réalisé des séries documentaires sur la jeunesse française et du monde entier (Gaza, Beyrouth, Tel Aviv, Sarajevo, Alger, Moscou, etc.).  Riches de ce matériau, elles proposent en direct et en public depuis 2012 ces soirées Radio Live sur les scènes de l’hexagone : «Ce sont, disent-elles, des séries qui font le portrait d’une jeunesse ni triste ni résignée, qui pense qu’elle a un rôle à jouer pour l’avenir de son pays et la réinvention de nos démocraties (…) C’est une nouvelle génération au micro : on ne va pas faire de grand discours, on ne va pas tomber d’accord sur tout, mais au moins, on se sera parlé». Conçues comme des émissions de radio, chacune de ces soirées accueille trois ou quatre jeunes, accompagnés d’ un(e) musicien(ne).

Quelques jours après la Journée des droits des femmes, la thématique était trouvée : la réussite au féminin et les efforts des jeunes filles pour y arriver. Caroline Gillet et Aurélie Charon mènent les débats et régulent les prises de parole dans un bazar bien organisé, se parlant souvent à l’oreille, traversant le plateau. Amélie Bonnin, elle, dessine en direct à la palette graphique, par-dessus les images projetées sur un grand écran ou parfois, se contente d’écrire : mignon mais un peu répétitif… 

Trois jeunes filles prennent la parole, et dessinent au sol leur maison/chambre, avec un marqueur blanc. Sanjida, originaire du Bangladesh, a fui, seule, son pays après un mariage forcé et imprévu. Aujourd’hui en France, elle cherche à finir ses études et reprend peu à peu contact avec sa famille qu’elle a quittée précipitamment. Maya, trente ans, vient du Liban où elle a gagné un prix à une émission de télé-réalité politique: le droit et le financement pour se présenter aux prochaines législatives… qui ont déjà été repoussées plusieurs fois ! Prochaine date annoncée : juin prochain! Enfin, Nour, une Marseillaise voilée, étudiante en droit et féministe, vient tancer les Parisiens amateurs de foot ! Elle apprécie autant Chopin que le rap, et la révolution tunisienne à laquelle elle a assisté, lui a donné envie de s’engager.

Ces témoignages, souvent émouvants, nous ouvrent au monde extérieur. Malheureusement, le spectacle s’attarde sur des détails: plan de la maison, organisation d’une chambre à coucher, etc. occultant l’essentiel: comment quitter son pays et ses proches ? comment vivre de près la Révolution tunisienne? Et, au lieu des 95 minutes annoncées, la soirée a duré plus de deux heures, après avoir commencé avec vingt minutes de retard !

Un peu débordées, Aurélie Charon et Caroline Gillet ont accéléré le rythme sur la fin, et ont donc laissé peu de temps pour s’exprimer à Inna, une jeune Russe mais elle participera au prochain Radio Live. Et les remarquables interventions musicales de Kyrie Kristmanson étaient trop rares. Dans une salle pleine surtout de jeunes gens, cette soirée, un peu décousue, a quand même apporté des témoignages forts et une belle ouverture d’esprit…

 Julien Barsan

Spectacle vu le 10 mars à à la Maison des Métallos, 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème.T. 01 47 00 25 20. Autres soirées de Radio-Live à la Maison des Métallos,  les 18 et 19 avril.

Et en mars, à la Comédie de Reims, 3 Chaussée Bocquaine, 51100 Reims, T. : 03 26 09 33 33, dans le cadre du festival Méli-Mômes.

 

 

 

 

Kant de Jon Fosse

Kant de Jon Fosse, traduction de Terje Sindig,  mise en scène d’Émilie Anna Maillet création virtuelle de Judith Guez

 constellation-com-960x820Aux saluts, ils sont une quinzaine, alors que, pendant une heure, un seul acteur tient la scène, avec deux assistants en coulisses. Les autres sont les hologrammes de l’équipe constituée par le compagnie Ex voto à la lune pour réaliser ce monologue de l’écrivain norvégien, destiné au jeune public. Emilie Anna Maillet a imaginé un dispositif scénique qui mêle jeu direct et vidéo en 3 D. Réel et virtuel cohabitent, grâce à l‘utilisation des nouvelles technologies et d’installations interactives dans le théâtre.

 Le texte de Jon Fosse, d’une grande simplicité, tient en quelques répliques : les questions que Kristoffer, huit ans, ressasse ad libitum dans son lit, cherchant le sommeil. « L’univers a-t-il des limites, ou est il infini ?  Comment peut-il être infini car tout a une fin ? Qu’est ce qu’il y a après l’endroit où ça finit ? Rien ? (…) Je comprends pas et je pense tout le temps à l’univers. Ça me fait peur. Et si l’univers a une fin, il y a peut-être un géant qui vit derrière ? (…)  Et si on existait que dans les rêves du géant ? Et si le géant se réveillait, qu’y aurait il ? Rien ?» Plus Kristoffer pense à l’univers, plus il a peur. Pas facile de dormir, même quand son papa vient le rassurer. S’il était lui aussi dans les rêves du géant ? Bien qu’il lise beaucoup de livres, même ceux de Kant, son père n’a pas réponse à tout. Kant, en norvégien signifie bord !

 Kristoffer et son double projeté apparaissent dès le début, dans un jeu de cache-cache entre réel et virtuel. Comme pour le décor : le lit réel disparait et réapparait en image… L’illusion est permanente. S’y ajoutent des effets plus poétiques : l’enfant secoue sa couette dont les plumes volent en flocons d’étoiles lumineuses, jusqu’à envahir la chambre. Les planètes tournent dans l’espace et les signes du Zodiaque s’y inscrivent.

Régis Royer en pyjama rouge, dans le rôle de Kristoffer, se fond dans ce décor mobile, et joue aussi bien avec les hologrammes qu’avec quelques objets réels : un ballon rouge, un petit avion orange, parfois remplacés par des images flottantes. La magie de la technologie n’a rien de gratuit ni de superflu ici. Le lourd dispositif-mais invisible-réussit à nous entraîner vers un monde onirique léger. Dans le rêve du géant ?

 Selon la même démarche, on peut s’inviter dans la chambre de Kristoffer, avant ou après le spectacle, à condition d’avoir pris rendez-vous à l’avance (nombre de places limité). Là, on vous installe devant les yeux, un casque immersif Oculus Rift qui vous plonge dans un voyage virtuel: objets, meubles et jouets se mettent à flotter et l’on se retrouve immergé dans un ciel étoilé… On éprouve un léger vertige comme l’enfant dans la pièce de Jon Fosse.

Plus pédagogique, un parcours Q R Code très instructif. Muni d’une tablette tactile, vous parcourez le hall du théâtre et téléchargez à chaque étape, à partir de petits carrés dessinés au sol, des documents relatifs aux origines du monde : conférence d’un astrophysicien, cosmogonie illustrée de l’Egypte antique, références cinématographiques, points de vue philosophiques…) tous documents que l’on peut consulter sur le site de la compagnie.

 Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? Le spectacle et ses à-côtés font le tour de la question.  Sans, bien sûr, y répondre complètement. Mais, comme le dit Kristoffer : «Je comprends pourquoi je ne comprends rien à l’univers. Parce que nous les hommes, ne pouvons pas tout comprendre avec notre manière de penser.»

Mireille Davidovici

Théâtre Paris-Villette 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris T. 01 40 03 72 23 jusqu’au 28 février, programmé en partenariat avec le Théâtre de la Ville de Paris  

L’Estran Guidek (56) le 7 mars ; Le Grand Bleu à Lille du 16 au 18 mars; Espace Legendre à Compiègne, les 30 et 31 mars

La pièce est publiée par L’Arche éditeur.

www.exvotolalune.com

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Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié

Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié, regard extérieur d’Harry Holtzman et Babette Masson

 

 Sébastien Lefebvre

©Sébastien Lefebvre

Laurent Fraunié a fondé le collectif Label Brut, avec Babette Masson et Harry Holtzman, après une collaboration avec Philippe Genty et le Nada Théâtre. Moooooooonstres avait été créé en avril 2012 et présenté en France et à l’étranger.  Aucun problème de traduction avec ce spectacle pour tout petits enfants puisque muet…

Armé d’un questionnaire et d’un micro, Laurent Fraunié avait d’abord, mené une enquête dans plusieurs écoles primaires du pays de Château-Gontier en Mayenne et de Paris, pour recueillir les documents nécessaires à la création de la bande-son du spectacle: «Soudainement éclairé par le paradoxe de l’œuf et de la poule et après diverses rencontres avec des enfants, et leurs réponses à une série de questions philosophiques et existentielles sur les monstres, la vie, la mort… Je suis arrivé à me poser une question qui va occuper mes insomnies de l’automne et de l’hiver, à savoir : qui, du monstre ou de la peur, est arrivé en premier ?»

 Le lit, élément essentiel de la scénographie imaginée par Grégoire Faucheux était installé dans une salle de classe vide, où, chaque jour, les élèves étaient invités à assister à une étape de la journée où on voit, dans son lit, Laurent Fraunié garder sa veilleuse allumée pour prévenir les cauchemars…. « Le jour, dit-il, s’éloigne dangereusement dans la solitude du lit… Mais le dormeur tombe dans une somnolence. Son drôle de corps dans son drôle de lit est le théâtre d’une sarabande d’apparitions fugaces, de fantômes et d’ectoplasmes…De quoi vous mettre la tête à l’envers…Et découvrir le plaisir de se faire peur et de manipuler les monstres. C’est parfois très utile un monstre. Mais à quel prix trouver le sommeil ? L’abandon ou le traité de paix ? »

Le polochon va se révolter, l’édredon engloutir le dormeur  et toutes sortes de monstres moelleux le réveiller. Il saute, tombe du lit et tente d’y remonter à force d’acrobaties. Ce solo tendre  de quarante cinq minutes fait éclater de rire les très jeunes enfants qui peuvent y reconnaître leurs terreurs nocturnes. Une habile manipulation acrobatique dans ce lit, tremplin de tous les rêves…

 Edith Rappoport

 Théâtre Paris-Villette samedi 11 février à 17 h, et  dimanche 12 à 11 h. T : 01 40 03 72 23
 resa@theatre-paris-villette.fr

En tournée à Figeac, Franconville, Mézidon Canon, Saumur, Cognac,Marcheprime, Maisons-Alfort, Limoges.

 

Contre les bêtes de Jacques Rebotier

© Pascale Collet

© Pascale Collet

 

Contre les bêtes de Jacques Rebotier, mise en scène d’Emilie Le Roux

 

Le Théâtre Dunois, à Paris, dédié à l’enfance et la jeunesse, situé dans le quartier en pleine mutation de la B.N. F. , déploie sa façade aux vitres colorées au pied d’un grand immeuble. Heureux les jeunes du quartier qui bénéficient de cette programmation au goût toujours sûr. Jacques Rebotier y fait son entrée avec Contre les Bêtes, paru en 2012. Il y est question des bêtes qui paraissent et qui, surtout, disparaissent, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Un horrible personnage nous explique que «les bêtes sont bêtes», qu’elles sont en trop, qu’il faut les supprimer. Peu à peu, le discours se retourne contre notre « omme »  qui se prend les pattes dans son argumentaire, pour nous dire des vérités qui débordent la question animale : « Le propre de toi ? Etre le seul qui détruise son nid, et avec entrain, et tout le reste avec. La bestialité est le propre de l’omme. » Il nous rappelle aussi quelques scandales sanitaires comme:  » La grippe du poulet qui a tué dans le monde une gigantesque … cinquantaine de personnes. Qui ont été scandaleusement privées de mourir d’autre chose ! Prix : cent millions de poulets, abattus-rabattus. La vache folle a eu la pauvre peau de millions, non de centaines de mille, euh, de milliers, euh! non, finalement : cent quarante-trois personnes. Et de bons millions de vaches, en nette surproduction d’ailleurs, que ça tombait pas trop mal. »

Acerbe, ironique, parfois hystérique, le texte nous malmène, et virevolte à un rythme effréné. Xavier Machault le tient bien en bouche et le porte haut et fort pendant cinquante minutes. Sans jamais savonner, sans jamais tomber dans les pièges des jeux de mots et des consonances de Jacques Rebotier, il nous captive.

Émilie Le Roux travaille beaucoup sur le rythme, apporte des cassures, et des montées en puissance dans un texte pas facile à porter au plateau et à rendre intelligible. Aux côtés du comédien, les virtuoses Valentin Ceccaldi, violoncelliste, et Théo Ceccaldi, au violon. Avec une partition enjouée, rapide et contrastée qui, en phase avec le travail sur le tempo,  apporte des respirations bienvenues et de belles phases improvisées. Véritables partenaires du comédien,ils  s’engagent à fond et s’impliquent dans son jeu. Ils se trémoussent, entrent en transe et sont aussi intéressants à regarder qu’à entendre. Sous de belles lumières, très étudiées.

Retenons le nom d’Émilie Le Roux et de sa compagnie Les Veilleurs. On a déjà pu apprécier son travail et sa finesse d’approche du jeune public (voir dans Le Théâtre du Blog, Mon frère ma princesse et En attendant le petit Poucet). Ce Contre les bêtes est un spectacle salutaire et drôle à aller voir au plus vite !

Julien Barsan.

Théâtre Dunois, 108 Rue du Chevaleret, 75013 Paris. T : 01 45 84 72 00 jusqu’au 22 janvier T. 01 45 84 72 00
Train Théâtre de Portes-lès-Valence,  le 6 avril. T. 04 75 57 14 55.
Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, les 23 et 24 mai T. : 01 55 53 10 60

 

Drôles de Vampires

Drôles de Vampires,  texte et mise en scène de Richard Demarcy

 

2416739080Dans le cadre de ce sixième parcours jeunesse, le Théâtre de la Ville présente au Grand Parquet le nouveau spectacle de Richard Demarcy, metteur en scène mais aussi auteur de pièces pour enfants ou tout public comme on dit maintenant, où il fait souvent avec bonheur appel aux grands mythes, avec une prédilection pour les contes et légendes du continent africain…
Avec cette fois, le recours à une sorte de fantaisie burlesque/mini-comédie musicale sur le thème d’une jeune ado vampire qui, comme tous les ados, est en rupture avec sa famille dont elle voudrait bien s’émanciper. Cela commence par une scène où, très bcbg, trois vampires un peu inquiétants mais pas trop, à tête caractéristique de vampire-père, mère, et fille (la photo-cidessus) vont se mettre à table après cette prière qui avait pour nom benedicite (une toute autre époque!) et que l’on disait encore récemment dans les familles très catholiques…

Le ton est donné, assez cynique. Le Père : «Remercions nos ancêtres. Donnez du sang à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ont froid et faim. Pour vous, ce sang bien chaud. Ainsi, soit-il. Bon appétit, bonne déglutition.» La Mère : « Bois ton bol de sang, ma petite, il est tiède à souhait. » Le Père : « Un joli résiné, bien oxygéné. T’as pas d’appétit, ce soir? Il faut se nourrir ma petite chérie, sinon tu vas maigrir et dépérir »… « Tu es de plus en plus pâle ?  »

Mais juste après, la vampirette aux airs naïfs-petites couettes et chaussettes blanches-va tenter une sorte de voyage initiatique en solitaire et oser quitter le monde souterrain, pour aller découvrir une autre vie inconnue: celle qui se passe à la lumière du bon vieux et sympathique soleil des vivants… «Je n’en peux plus de cette vie de cloîtrée. Tant pis, je risque le tout pour le tout, je veux savoir ce qui se passe dehors, c’est plus fort que moi, je veux voir.»

Et dans la rue-le hasard fait bien les choses-elle rencontre des collégiens qui préparent une petite comédie musicale rock, intitulée La Parade des vampires. Ces collégiens l’accueillent volontiers dans leur groupe mais elle ne leur dira pas qu’elle est aussi fait partie de la grande famille des vampires… Et elle découvrira aussi l’amour et le plaisir de choisir sa vie, au lieu de se la voir imposée par ses affreux parents… Même si elle sait déjà inconsciemment que la vie et la mort sont de vieux ennemis unis depuis l’éternité, et que le vampire est condamné à évoluer entre les deux. Pour le meilleur et le vent-pire… comme aurait pu dire Jacques Lacan.

Comme dans tous les spectacles de Richard Demarcy, ici, les acteurs sont aussi musiciens et chanteurs : Alvie Bitemo, Antonio Nunes Da Silva, Dima Smirnov, Nadja Maire, Nicolas Lebossé, Théodora Sadek, et de différentes origines : Congo, Portugal, France, Egypte, Russie. Impeccables et particulièrement efficaces dans le second degré, drôles et généreux avec une autre approche de la scène, et qui savent vite mettre le public dans leur poche.

 Et cela donne, sur fond légèrement psychanalytique, une couleur aussi particulière que poétique à cette mini-comédie musicale, très au point, avec orchestre rock (guitare électrique, harmonica, batterie et percussions) et chants en solos, duos et chœurs, qui revisite aussi bien James Brown, Lou Reed, Tom Waits que Bernard Lavilliers… Il y a donc ici une belle énergie, malgré quelques très courts temps morts, dans cette histoire où comédiens/musiciens/chanteurs se permettent aussi quelques pas de danse. A la fin, il y a ainsi un ballet avec une petite forêt de totems avec masques de vampires, tout à fait réussi.

En fait, ce spectacle tout public, mis en scène avec une grande rigueur, est plutôt destiné aux enfants de dix ans et plus, et à leurs parents. (Les petits semblaient moins concernés). Mais malgré une série de représentations en Avignon cet été, il est encore un peu brut de décoffrage: au chapitre des bémols, il y a une bien mauvaise balance entre une musique trop forte qui sature le petit espace du Grand Parquet, et des dialogues que l’on peine à entendre. Mais après quelques mises au point, cela devrait s’arranger, surtout quand le spectacle sera joué sur une plus grande scène. Par ailleurs, Richard Demarcy aurait intérêt à revoir d’urgence sa scénographie: rideaux, accessoires et costumes non signés et pour la plupart franchement laids, voire bricolés, comme ce manteau noir en cuir vite réparé au scotch!

A ces réserves près, dans le froid et la pluie d’un dimanche parisien, cela faisait du bien de se retrouver avec un vrai public, dans cet endroit simple mais chaleureux, à voir jouer et chanter ces six jeunes comédiens… Curieux aller et retour: la fille dans ce conte quitte sa famille pour de nouvelles aventures, mais, et les choses sont bien faites, Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville, a eu raison de contribuer à accueillir le spectacle de son papa au Grand Parquet, dont sa structure est partenaire. Même si la Mairie de Paris a finalement décidé d’en refiler la gestion au Théâtre Paris-Villette. Que la vie est compliquée dans le petit monde du théâtre parisien!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville au Grand Parquet, jusqu’au 21 janvier à 17h, et le 22 janvier à 15h30.

Espace Paris Plaine 13 rue du Général Guillaumat, Paris 15ème, du 8 au 29 mars. T : 01 40 43 01 82.  espaceparisplaine@wanadoo.fr

 

 

Blanche,tragédie théâtrale pour enfants

Blanche, tragédie théâtrale pour enfants, écriture et mise en scène de Céline Snepf, création musicale et sonore de Frédéric Aubry (à partir de neuf ans)

Céline Schnepf continue à créer un théâtre jeune public qui puisse tisser un lien entre générations.  Blanche clôt un diptyque des forêts, ouvert avec Au Fond du Bois Dormant, inspiré du Petit Poucet. Blanche, est une enfant traquée, au fond des bois, en proie à la méchanceté d’une femme insatiable de beauté, mais qui restera invisible à nos yeux…

Un colosse barbu, assis sur un grand tambourin jonché de feuilles mortes et débris de branches, nous raconte son histoire : il est chargé de tuer une belle jeune fille dont la reine est jalouse. Max Bouvard  joue les trois personnages de cette fable inspirée de Blanche-Neige,  mais dont Céline Snepf s’est habilement écartée.

 On voit ainsi la belle-mère ranger avec soin les abats de la prétendue belle-fille! Elle chante devant son miroir. Le colosse dialogue en racontant les personnages, et creuse un trou en y déposant des chaussures. Blanche sort alors d’une boîte: «Il faut attendre et rêver à plus tard ! » Musiques et  projections vidéo agrandissent cet espace obscur et inquiétant. Mais Blanche finira par triompher…

Ce beau voyage onirique, bien mis en scène par Céline Snepf installée à Besançon, passionne le jeune public qui participe ensuite avec vigueur au débat. Après Philéas, créé en 2009, Le Vol des hirondelles (à partir de un an), Au fond du bois dormant à partir de cinq ans, Blanche est destiné aux plus de neuf ans… dont nous faisons partie.

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de Châtillon le 8 décembre.

Théâtre Gérard Philipe à Frouard, les 2 et 3 février; Le Channel de Calais, les 10 et 11 février; Théâtre du Pilier-Belfort, les 15 et 16 février; Le Grand Kursaal à Besançon, le 23 février; Espace Culturel Grossemy  à Bruay-la-Buissière, les 23 et 24 février.

http://www.unchateauenespagne.com

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En attendant le Petit Poucet de Philippe Dorin

tumultes-les_veilleurs_compagnie-600x600-1436801989En attendant le Petit Poucet de Philippe Dorin, mise en scène d’Émilie Le Roux

 La compagnie Les Veilleurs qui nous avait déjà fortement touchés avec Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon (voir Le Théâtre du Blog), a été choisie pour faire partie du projet Les Inattendus développé par la S.A.C.D.,  le Théâtre de la Ville à Paris et le festival Petits et Grands à Nantes.

Le but étant, un peu comme avec Sujets à vif au festival d’Avignon, de rassembler des artistes de disciplines différentes, pour créer de petites formes destinées à des lieux non équipés, en particulier les écoles.

Émilie Le Roux s’est tournée vers un travail chorégraphique: «A un moment où le corps est souvent oublié, nié et censuré, il nous a semblé intéressant de le remettre au cœur de notre démarche théâtrale, particulièrement à l’occasion du travail thématique que nous voulons mener. Nous avons donc invité la chorégraphe Adéli Motchan à nous rejoindre sur ce projet.» Emilie Le Roux s’appuie sur un texte de Philippe Dorin, pointure du théâtre jeune public, dont l’écriture, très poétique, flirte souvent avec l’absurde et ne se prive jamais de jouer avec le langage.

Ici, un frère et une sœur fuient, errent, à la recherche de leur rêve et d’un endroit bien à eux où ils pourraient «retirer leurs chaussures et poser leurs pieds sur un petit tapis». Ils s’inventent des jeux pour surmonter les difficultés et ne pas perdre espoir. A partir du Petit Poucet, Philippe Dorin trace un habile parallèle avec la douloureuse question des migrants : comment se projeter dans un avenir incertain et repartir à zéro, en n’emportant que ses souvenirs ? Autant de questions que  pose l’auteur, avec des dialogues pudiques et poétiques, sans jamais brusquer les jeunes spectateurs, mais sans rien omettre (il est ici beaucoup question de la mort!).

Pour Émilie Le Roux, cette pièce écrite en 2001, «ouvre une discussion sur les migrations et l’immigration avec les plus jeunes. Les images terribles de l’été 2015 ont inscrit la nécessité de poser des mots sur ces morts échoués sur les plages, et sur les vivants sillonnant les routes européennes. Réfléchissons ensemble. Qui sont-ils ? Ont-ils choisi d’être en route ? Pourquoi ? Quelle est leur détresse ? Pourquoi les accueillir chez nous ? Mais qu’est-ce ce «chez nous » ? Un pays ? Une nation ? Si migrer, est passer les frontières, quelle est la nature de ces frontières ? À quoi servent-elles? Toutes ces questions recouvrent des champs juridiques et philosophiques. En nous menant sur des routes peines de symboles, le texte de Philippe Dorin nous offre une entrée par la poésie et le sensible. »

 Un grand cube rectangulaire, plus long que large pour une scénographie bi-frontale. Première surprise : les comédiens sortent de ce cube, tout habillés de noir. La scénographie, intelligente et sobre de Tristan Dubois et Éric Marynower, est faite de quatre longs blocs verticaux qui renferment l’unique dispositif d’éclairage des comédiens… Et d’un peu de magie aussi: des cailloux et une petite charrette bougent tout seuls.

La gestuelle est très étudiée, avec des mains qui sortent de la structure, et une marche sur place, plusieurs fois renouvelée pendant le spectacle. Sans être de la danse, le mouvement des corps obéit à une chorégraphie précise. Kim Laurent et Jonathan Moussali, avec un jeu simple mais expressifs, provoquent le rire des écoliers qui écoutent avec attention ce texte de Philippe Dorin, exigeant dans sa thématique comme dans son écriture, et cela, malgré des conditions de représentation difficiles.

Il faudrait être avec eux pour savoir ce qu’ils en ont pensé, et si ce parallèle avec les migrants leur a parlé. En tout cas,  saluons cette intelligente proposition qui a su s’adapter aux contraintes de départ. Cette pièce d’actualité se joue en effet aussi dans les écoles où le théâtre ne sera jamais assez présent pour former des citoyens et des amoureux de la culture.

En janvier, Contre les bêtes, un très beau texte de Jacques Rebotier, sera repris au Théâtre Dunois par cette compagnie. Il faut signaler la vitalité de l’écriture à destination du jeune public où les écrivaines sont très présentes: Nathalie Papin, Estelle Savasta, Karin Serres, Eve Ledig, la compagnie Tourneboulé…

 Julien Barsan

Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), du 23 au 27 janvier ; Les Sept Collines à Tulle (Corrèze) du 7 au 16 mars ; Salle des fêtes de Nanterre (Hauts-de Seine), du 21 au 24 mars ; Théâtre-cinéma Paul Éluard de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), du 26 au 29 mars.
Festival Petits et Grands à Nantes (Loire Atlantique), du 31 mars au 1er avril ; Parvis de Tarbes (Hautes-Pyrénées), du 26 au 28 avril, et Le Train-Théâtre de Portes-lès-Valence (Drôme) du 9 au 12 mai.

 

 

 

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