Crocodiles


Crocodiles de Fabio Geda, d’après l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat

09432CE4-28D0-4019-AC3F-260E5E432C03Nous sommes assis de part et d’autre d’une longue piste, face à deux écrans où l’on projette par instants les frontières qu’Enaïat Akbari, un jeune Afghan de dix ans, va traverser dans des conditions invraisemblables. Sa mère l’a conduit au Pakistan et l’y abandonnera dans l’espoir de lui préserver la vie. Enaïat  va faire entendre ici la voix de tous ceux qui sont tus là-bas. Afghanistan. Pakistan, Turquie, Grèce, Italie… les frontières se passent en cordée dans les montagnes, dans le double-fond d’un camion, à bord d’un canot pneumatique! Le temps ne passe pas à la même vitesse partout mais est toujours accompagné de son cortège d’angoisses et de désirs.

Rémy Fortin nous fait vivre les épreuves douloureuses d’Enaïat qui va traverser les frontières, et dans cette  aventure aux multiples dangers, quelques-uns de ses amis y laisseront leurs vies, exploités, affamés, enfermés parfois, mais lui, réussira, malgré tout, à survivre et même à retrouver le contact avec sa mère.

  Ce solo formidable et  magistralement enlevé,dénonce sans pathos une émigration provoquée en partie, il y a des décennies par le pillage de ses anciennes colonies par les pays occidentaux. Un spectacle traversé par un beau souffle d’espoir dans la morosité et l’égoïsme de notre monde repu.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, 108 rue du Chevaleret, Paris XIIIème. T.  : 01 45 84 72 00, jusqu’au 18 novembre, en matinées scolaires, et le 16 à 10 h et 14 h 30, 17 à 10 h
Tout public : en novembre: le 15 à 15 h, le 18 à 18 h et le 12 à 16 h.

 

 


La Grande Echelle, Festival jeune Public

 

La Grande Echelle, Festival jeune public

Pierre Planchenault

Pierre Planchenault

Après une première édition au Monfort Théâtre, le Festival jeune public La Grande Echelle, porté par l’ADAMI et Tsen Productions, en partenariat avec la Maison des Métallos, invite petits et grands à un week-end de partages et rencontres autour de la création contemporaine: cirque, danse, théâtre, musique, arts visuels et sonores, bal, ateliers.

Ce festival engagé remet en question nos certitudes et nous interroge sur la place de l’enfant et de l’adulte dans la sphère familiale et sociale. Avec d’abord Les Voies de l’Enfance, un documentaire sonore et ludique, direction artistique de Dominique Duthuit, à partir de six ans. La forme expérimentale s’annonce comme contemporaine,  et l’auteur interroge la relation entre enfants et adultes. Et c’est les premiers, forcément, qui ont le droit à la parole : le public écoute avec émotion, sourire et plaisir, les voix de ces enfants de six à neuf ans: des sons glanés par Dominique Duthuit qui a enquêté auprès d’élèves de deux écoles élémentaires du XX ème arrondissement.

Les spectateurs sont assis sur des coussins dans la salle carrée dont la scène serait un couloir étroit longeant deux des côtés en angle droit de l’espace. Chacun se laisse absorber par le jeu acidulé et facétieux de ces voix enfantines et juvéniles, tremblantes ou articulées, à la fois spontanées et réfléchies, entre maladresse et savoir-faire inné. Qu’est-ce qu’un enfant ? Qu’est-ce qu’un adulte ? Qui apprend à l’autre ? Qu’est-ce qui relie ou sépare les générations ? « Les adultes ne font que travailler, manger et dormir-et travailler, manger et dormir encore – ils ne s’amusent jamais. Quelle vie ! 
« Moi, quand mes parents se disputent, ce sont de vraies disputes fortes et mon père ne dit que des gros mots ! »

Les enfants nourrissent de vrais rêves dont celui de  « se débrouiller »  sans les adultes. Une  performance musicale, visuelle et sonore, avec accordéon et chants ludiques de l’interprète, à la fois musicienne et cantatrice.  Elle se déroule dans la pénombre, invitant les spectateurs à une sieste enfantine. Des dessins d’enfants sont projetées sur un mur blanc grâce à deux petites machines malicieuses artisanales, des jouets inventifs et créatifs. Un joli spectacle délicat, rare et si juste, quant à la saisie des instants de l’enfance.

Piletta Remix de et par Le Collectif WOW ! (Belgique) à partir de 7 ans.

Piletta Remix, adapté de la fiction radiophonique Piletta Louise, est à la fois un spectacle vif, coloré – enchanteur – et une invitation à venir découvrir la fabrication d’une fiction radiophonique en direct : comment cela fonctionne-t-il ? La fabrication scénique et scénographique relève de la puissante magie des sons : bruitages, personnages, musique, mise en ondes et mixage en direct. L’héroïne Piletta,  (Emilie Praneuf) est debout face à son micro sur pied. A ses côtés, debout encore ou le plus souvent assis à leur table de bruitage, les autres interprètes qui s’essaient à la diffusion exacte et précise des bruits du monde : voix d’interlocuteurs plus ou moins sympathiques ou dangereux, voix chaude de la grand-mère,  du père inattentif, bruit de la boisson versée, du vent qui souffle, d’une vitre brisée.

Les sons de la vie sont ainsi répercutés au creux de l’oreille de chaque spectateur-petits ou grand-auxquel on a prêté un casque sonore. L’histoire de Piletta Remix  se rapproche de celle du Petit Chaperon rouge ; la fillette porte une salopette d’un rouge éclatant, et est partie à la recherche de la fameuse fleur de «bibiscus», seule capable de sauver sa grand-mère affaiblie. Rencontre de loups méchants et cruels, rencontre de Luis, un garçon si attachant que Piletta en tombe amoureuse, allant pour lui jusqu’à dévaliser une banque… Un conte initiatique d’aujourd’hui bien mené par Florent Barat, Michel Bystranowski, Benoît Randaxhe et Sébastien Schmitz. Un conte  charmant, résonnant avec une belle dimension à travers les bruits et la fureur d’une aventure ludique, tonique et rythmée.

L’Arche part à 8h, traduction de Jeanne-Lise Pépin, mise en scène de Betty Heurtebise (à partir de sept ans)

La fin du monde est annoncée, selon un temps approximatif mais de plus en plus proche. Face au déluge originel décidé par Dieu, seul un couple de chaque espèce pourra embarquer dans l’arche. Trois pingouins dérogent à la règle en vue d’une drôle de traversée, incertaine, menaçante et angoissante, quand on sait les lions si près. De toute façon, les compères s’ennuyaient à mourir sur la glace blanche et dure de leur banquise, et passaient leur temps à se disputer pour des vétilles. La colombe organise l’embarquement, exigeant que les règles soient honorées. Vive et active, elle ne peut, malgré tous ses efforts, accepter un troisième larron.

Malgré cette situation difficile, nos trois phoques échapperont aux menaces d’exclusion, grâce à leur capacité de jouer, simuler et danser. Dans cette arche fabriquée en lattes de bois de pin accueillante et chaleureuse, les comédiens s’engouffrent avec plaisir et  le déluge arrive représenté par des  gouttes de lumière à n’en plus finir sur les murs de l’arche, en images vidéo. Quant au passager clandestin, il s’amuse de ses incursions agiles dans une malle. Un mythe revisité avec fantaisie, et traversé par des questionnements sur la désobéissance, la croyance et la solidarité. « Dieu est partout, donc dans le grille-pain. » Le rire des jeunes enfants fuse, acquis à  une interrogation spirituelle.

Un joli spectacle, populaire au sens noble, qui ouvre les chemins de l’imaginaire et du rêve grâce à l’invention technique et esthétique soignée de cette arche, grâce aussi au jeu savoureux-phoques et colombe-de Stéphanie Cassignard, Alexandre Cardin, Julie Menut et Sarah Leck.

Véronique Hotte

Spectacles présentés à La Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème, les 6, 7 et 8 octobre. T : 01 47 00 25 20.

Le Corps utopique

 

Le Corps utopique ou Il faut tuer le chien sur une idée de Nikolaus Holz, mise en scène de Christian Lucas

le corps utopiqueDes rideaux plissés mal accrochés beige foncé, d’une laideur repoussante et qui pendouillent. Dans cet univers déjanté Face public, une très longue table bordée d’une jupe plissée verdâtre, avec les noms des participants: Colonel, Dupont, Mendhelhson, Nathan, Robi, etc. imprimés sur une petite pancarte, avec une bouteille d’eau par personne coiffée d’un verre en plastique blanc qu’une secrétaire très sérieuse à lunettes-escarpins et mini-jupe ultra-serrée va redisposer sans fin. Côté jardin, un vieux fauteuil de bureau rafistolé à coups de bandes adhésives devant un piano à queue. Et derrière un échafaudage métallique à deux niveaux.

Le colonel arrive, cheveux très courts, chemise bleu pâle et képi, avec  une serviette noire à soufflet où il va aussitôt glisser la bouteille d’eau qu’il vient de piquer à la place voisine.
Arrive un jeune punk aux cheveux rouges qui s’assied à la place marquée Robi et qui provoque rapidement la colère du colonel. Bagarres, poursuites, coup de pied aux fesses entre les deux hommes. Puis un brave bonhomme en complet et chapeau noir s’assied entre eux deux; imperturbable, il répétera souvent au cours du spectacle: “Y-a-t-il des questions à poser? « 
Puis le spectacle, une fois la table explosée par un parpaing tombé des cintres évoluera plutôt vers l’acrobatie et le jonglage. Il y a une merveille scène très poétique où,  une boule rouge en équilibre sur la tête, Nikolaus Holz marche en équilibre sur les barres d’une sorte de cage puis arrive à se glisser en dessous, toujours avec sa boule rouge sur la tête, puis à en ressortir… 

Cet univers proche de celui de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, avec un échafaudage, quelques planches, des barres de fer rond, et des plafonniers qui, surtout à la fin, déversent de la poudre blanche sur les personnages, a été remarquablement conçu par Raymond Sarti.  Le spectacle participe d’un exercice corporel de très haut niveau, avec Nikolaus Holz lui-même, acrobate et jongleur hors pair qui joue le colonel,  deux jeunes circassiens: Mehdi Azema, lui aussi excellent acrobate et mime exemplaire quand il joue un chien et un singe, et Ode Rosset,  très bonne comédienne(la jeune secrétaire) et aussi acrobate. Vite métamorphosée dans la seconde partie, elle reprend son costume d’acrobate. Tous deux sortis de l’Ecole Nationale des Arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Tiens, Le Corps Utopique: une idée de sortie pour le politique Laurent Wauquiez  qui n’a pas de mots assez durs pour les écoles de cirque. (On peut avoir été élève à  Normale Sup  puis à l’E.N.A, et dire des conneries exemplaires!) Un spectacle comme celui-ci, mais il y a peu de chances qu’il le voit, lui remettrait peut-être les idées en place quand il émettra des jugements!)

Et il y a aussi le merveilleux Pierre Byland (quatre vingts-ans au compteur), grand clown de théâtre, professeur chez Jacques Lecoq et que l’on a vu autrefois comme metteur en scène et comme acteur chez-exusez-du peu-Beno Besson, Samuel Beckett, Roger Blin, Antoine Vitez, Jérôme Savary! Un personnage hors-normes comme les aimait Tadeusz Kantor, d’une grande présence scénique, avec une précision gestuelle exemplaire. Avec une silhouette de gros bonhomme un peu paumé, il apporte une touche d’humour incroyable, même si parfois ses blagues sont un peu longuettes. Mais quand il se met à jouer le début de la Cinquième de Beethoven au piano ou quand il pose sa question rituelle: “Y-a-t-il des questions?”, le public est emporté.

Soit trois générations d’acteurs-circassiens au service d’un spectacle où des objets dérisoires vont tout d’un coup acquérir une vie réelle: un gros chapeau noir, de grosses boules rouges, un simple parpaing ( qui va quand même tomber des cintres et casser une table!), une barre de fer, des gobelets en plastique, se mettent à vivre. Objets inanimés avez-vous donc une âme disait déjà Charles Baudelaire? « Les objets dit justement Nikolaus, font le lien entre les hommes-lieu et l’espace-lieu mais surtout… mais surtout ils racontent que l’homme est passé par là, qu’il était beau, qu’il était fier, qu’il voulait faire un salto tellement il était content et qu’il s’est fait mal.”

Éternelle revanche de l’objet fragile, utile quelques minutes comme ce verre en plastique mais qui en général, peut vivre beaucoup plus longtemps que l’homme! Il y a sans doute ici peu visible, mais que le public ressent profondément, une belle leçon de métaphysique. Où les artistes prennent  constamment des risques avec leur corps. “Mon corps c’est le lieu sans recours auquel je suis condamné, dit Nikolaus;  en jonglant, quand il rate, une seule fois et de peu, une boule rouge, le public, comme pour le consoler, applaudit très fort…

Belle connivence!Certes le spectacle qui vient d’être recréé, est encore un peu brut de décoffrage-il y a quelques longueurs surtout au début, une fausse fin, et des petites erreurs de mise en scène: quand Pierre Byland est au piano, la belle acrobate à sa barre verticale n’est pas bien mise en valeur ,alors qu’elle le mérite amplement.  Sinon, ne vous privez surtout pas de ce spectacle qui reste pendant quatre-vingt dix minutes, un vrai bonheur, et mon voisin, un petit garçon de cinq ans, riait sans arrêt. Un signe qui ne trompe pas!

 Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre Dramatique National, Place Jean Jaurès, Montreuil (Essone) jusqu’au 29 septembre.
Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon  du 3 au 7 octobre.

 

Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

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(C) Benoît Poix

 

Festival d’Avignon

Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

IMG_809 Angelina, ex-infirmière sans frontières, raconte l’histoire d’une jeune fille, recueillie en pleine guerre civile dans son hôpital. A cette enfant-soldat, ravagée par trois ans de captivité, de mauvais traitements et d’esclavage sexuel, il ne reste qu’un cahier dont elle nous lit des bribes, pour témoigner, comme le lui a demandé Elika. Une gamine de treize ans à l’enfance confisquée qui a eu le courage de fuir l’enfer, pour sauver un petit garçon, Joseph, des griffes de ses tortionnaires et qui retrouve petit à petit, et à travers l’écriture, une humanité qu’elle n’avait jamais perdue.

 Fanny Chevallier, face public, nous livre le double témoignage d’Angelina et d’Elika avec simplicité, sans pathos, accompagnée sur scène par l’artiste Stéphane Delaunay.  Sur un écran en fond de scène, ses  tâches d’encre improvisées au fil du texte, se diluent dans la lumière du rétro-projecteur, dessinant d’inquiétants trous noirs et d’étranges traînées et découpant un espace onirique qui rompt avec le côté didactique où le spectacle risquerait de verser.

En effet, au départ, Suzanne Lebeau avait conçu  Elika, à partir de témoignages d’enfants-soldats, pour apporter un éclairage plus pédagogique à sa pièce  Le bruit des os qui craquent ( voir Le Théâtre du blog) : « J’ai écrit ce texte, dit l’auteure québécoise,  pour essayer de comprendre la souffrance des corps d’enfants qui grandissent dans la violence quotidienne et des âmes qui cherchent un tuteur dans cet incroyable gâchis. Elikia a surgi avec sa souffrance en bandoulière. Avec elle, j’ai retrouvé un reste d’humanité que les cris et les coups n’avaient pas réussi à faire taire », dans les quelques lignes qui s’affichent dans l’obscurité, à la fin du spectacle.

 Moins théâtral que Le bruit des os qui craquent, monté en 2014 déjà par Marie Levavasseur et son équipe,  ce monologue, rondement mené, nous accroche et, même si l’actrice ne prétend pas nous tirer de larmes, nous en sortons ébranlés. Le festival d’Avignon, dans sa grande diversité,  permet de rencontrer de jeunes équipes   talentueuses  qui s’emparent  d’œuvres  contemporaines. Telle la compagnie Tourneboulé. Basée dans le Nord, et associée depuis deux ans au Théâtre du Grand Bleu à Lille pour des actions artistiques ou de projets participatifs. Si cela coûte aux compagnies de jouer en Avignon pendant trois semaines (environ quarante-cinq mille euros pour Elika), elles en sont parfois récompensées : ce spectacle va entamer une belle tournée.

 Mireille Davidovici

 Arthéphile 7 rue Bourg-Neuf Avignon, jusqu’au 28 juillet, T. 04 90 03 01 90.

 

 

 

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 

Festival d’Avignon

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 2015-03-11 10.05.33L’un des auteurs estampillés «jeune public», parmi les plus intéressants de notre génération, a fondé avec son épouse Sylviane Fortuny, une compagnie qui met en scène ses pièces depuis de nombreuses année, et  avec un grand succès.

Dès le début, notre auteur se défend de nous jouer un spectacle, avec une malice qui ne le quittera jamais ; si il avait su faire des spectacles, dit-il, il n’en écrirait pas ! Dans sa conférence, il va nous détailler ce en quoi consiste pour lui, le métier d’auteur de théâtre jeune public.

Les enfants, au centre de son œuvre, sont présents aussi par le biais de citations glanées lors d’interventions  dans des classes. Toutes plus drôles et/ou absurdes. Il nous raconte que pour lui, l’écriture était un moyen pour entrer dans la grande famille du théâtre, que ses écrits sont souvent le fruit d’un miracle, qu’il ne contrôle pas tout et qu’il se trompe souvent. Il écrit comme on vit, et c’est pour cela que selon lui, , il y a des longueurs, des temps morts et des respirations dans ses textes comme dans la vie.

Il rappelle aussi que l’écriture jeune public est moins bien considérée, mais qu’il en tire finalement une plus grande liberté, puisqu’il ne se sent pas attendu au tournant. Sa conférence est émaillée de lectures d’extraits de son œuvre,  avec pêle-mêle,  Sacré Silence, En attendant le Petit Poucet, Abeilles, habillez-moi de vous, Sœur, je ne sais pas quoi frère ou Ils se marièrent et eurent beaucoup.

Comme Philippe Dorin aime jouer, il propose au public de participer et demande qu’une lectrice lui donne la réplique depuis la salle, et qu’un couple de lecteurs se tienne derrière un cercle de petits cailloux pour lire,  ou que quelqu’un vienne aussi lire à ses côtés. Au-delà de l’essentiel de son œuvre essentielle, on découvre un homme que le sourire ne quitte jamais, joyeux et joueur, d’une grande humilité.

Cette vraie fausse conférence est à son image, un beau et léger moment et qui rend hommage à la spontanéité des enfants. Le final, plein de poésie, permet au public tout entier de se retrouver,  pour une petite performance à base de papier. Comme le dit si bien un des enfants rencontrés par Philippe Dorin: «Finalement faire du théâtre, c’est pas faire semblant, c’est faire exprès »

 Julien Barsan

 La Parenthèse jusqu’au 21 juillet à 17 heures.  T. :04 90 87 46 81

 

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre Yves Chapalain


Festival d’Avignon

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain (à partir de neuf ans)

SashaC’est une sorte de conte fantastique où l’auteur veut nous entraîner. Cela se passe dans une grande ville, où une mère vit seule avec Hannah, sa fille qui refuse de sortir de sa chambre. L’adolescente a rencontré Angelica par Internet, ce qui échappe à sa pauvre mère, incapable de la comprendre et d’avoir la moindre influence sur elle,  pour  la faire sortir de son enfermement. Le patron d’un grand restaurant voisin a invité un cirque et le hasard fait bien les choses, Hannah va découvrir qu’Angelica est la fille du restaurateur !  Si si c’est vrai! Et à la campagne, les deux  amies ne vont plus se quitter : un thème qui en vaut un autre…

Oui, mais voilà, le scénario au début du moins, même si il a un peu de mal à démarrer, tient à peu près la route mais devient vite confus et le conte dérive ! Une des deux ados est, dit-elle, de la famille d’un ogre assoiffé de chair, et il faut qu’elle prenne sur elle-même pour ne pas manger de bébés. Vous avez dit compliqué? Il y une remarquable scénographie d’Eric Soyer qui travaille régulièrement avec Joël Pommerat, avec un cirque, puis un très grand frigo d’une blancheur immaculée où sont pendus des jambons saucissons, et grands quartiers de viande rouge.

Le spectacle est bien joué en particulier par Jean-Louis Coulloc’h et trois jeunes comédiennes Bouilaïna El Fekkak, Julies Lespages, et Catherine Vinatier. Mais tout va cahin-caha pendant une éternité, c’est à dire un peu plus d’une heure seulement! Malgré de belles images, un pièce décevante, assez soporifique, à cause d’un texte trop compliqué et sans unité. “Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film», dit Sydney Pollack. Et cela vaut aussi bien sûrpour le théâtre voyez Sophocle, Euripide, Molière, Labiche, Feydeau, etc.. Pierre-Yves Chapalain aurait dû s’en souvenir. Donc, si ce n’est pas trop tard, pas la peine de vous déplacer et surtout n’y emmenez pas vos enfants…

Philippe du Vignal

Chapelle des Pénitents blancs, Avignon, jusqu’au 9 juillet à 11 et 15h, et le 11 juillet à 11h.
Du 18 au 20 octobre, Le Canal Théâtre du Pays de Redon.
Les 7 et 8 novembre, Scènes du Jura, Scène Nationale de Dole/Lons-le-Saunier ; les 22 et 23 novembre, Ferme du Buisson (`Marne-la-Vallée ; du 28 novembre au 1er décembre, Théâtre de Lorient.
Le 6 décembre, Théâtre du Pays de Morlaix ; les 8 et 9 décembre de Brest. Les 19 et 20 décembre, L’Archipel ,Les Glénans.

 

 

L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc

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 Festival d’Avignon

L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc (dès huit ans)

 Victor est un enfant qui d’abord se pense roi. D’ailleurs, les régents Papa Ier et Maman Ière ne veulent-ils pas un enfant parfait ? Se laver les mains, colorier des figures sans jamais en dépasser les bords, et embrasser en petit garçon bien élevé, Marie-Rogère, la-meilleure-amie-de-Maman. Le cocon familial, avide de réussite sociale pour son rejeton, s’est tissé royalement. Le fils fait la leçon : « Parfait », c’est le mot préféré de Papamaman. Ils ne cessent de le répéter. Surtout maman. Lorsque tout est parfait, elle sourit, elle est contente. Du coup, Papa aussi. Et moi, je suis content qu’ils soient contents. C’est comme un jeu. Un jeu très facile puisque je connais d’avance toutes les bonnes réponses »

 Un tel enfant sans vie, sans défaut, sans reproche, duquel on n’a qu’à se louer : Victor, selon le rêve parental, se présente comme bien, bon, irréprochable, réunissant toutes les qualités concevables dans les choses jugées excellentes.

Victor veut plaire à ses parents, leur être une source de plaisir ou être à leur goût : « Quand on veut plaire dans le monde, disait Chamfort, dans ses Maximes, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu’on sait, par des gens qui les ignorent.»

 L’art de charmer, satisfaire et contenter les proches, consiste à ne pas sembler parler de soi, à faire comme si l’on parlait toujours d’eux-mêmes, répondant à leur attente. Aimable et charmant, Victor a dessiné une maison avec une cheminée qui fume, un soleil au-dessus : Papamamanvictor et des cœurs autour ; il a colorié sans dépasser.

 Le jeu peut se décliner à l’infini mais l’inattendu enraye parfois une machine bien rôdée : le garçon dépasse les traits admis et dessine sur une image parfaite et lisse – papier glacé de magazine féminin – un gros chien noir, plein de poils. Horreur !

 En effet, en désignant ce qui est en voie d’accomplissement, l’imparfait fraie avec le non- achevé, l’ébauché, l’insuffisant, l’approximatif, ce que l’on nomme encore l »e vivant »  avec piquant, saveur et panache.

 Le souvenir de la fameuse pièce Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac surgit  alors. Rien ne sert de flatter ni de séduire les autres, il faut aussi vivre et se sentir exister. Sans le savoir, instinctivement et par anticipation, Victor s’impose en résistant aux fausses valeurs, un visionnaire à la Rimbaud, « Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde », et revendique une autre vie, la « vraie »… (…)« En fait, je trouve que c’est parfait, de ne pas être parfait. »

Pourquoi ne pas dépasser les lignes, ni faire de taches, s’empresser de les effacer ? La vie exige, en échange, de se mouvoir, de s’étendre et de déborder les traits, de se ployer, de courir, de bondir, de voler, de nager, de hurler, de parler et de chanter.

 Qu’on fasse appel à un robot exemplaire, Victor II, de JeanMichel-corporate inc., rien n’y fait, ni le logiciel, ni le vide existentiel d’un robot écervelé. La jolie maison-témoin pour enfant non dissipé, assisté de son clone idéal,  a été conçue par Bruno de Lavenère. Particulièrement judicieuse, nette et précise, avec un écran central lumineux d’images.

 Couleurs pastel et fluo, mobilier design et neuf sans la moindre poussière égarée. Ne jure à côté de cette excellence de décor intérieur, que le placard de la chambre où se réfugie le mélancolique et vrai Victor en quête d’existence ressentie. Scènes de vie, dialogues et faux échanges, des combats s’improvisent entre les deux Victor; le souffle et l’énergie qui habitent ces jeunes gens sont fascinants.

Sous les lumières de Laurent Castaingt,  Cyril Anrep, Laurent Joly, Thomas jubert, Valérie Keruzoré, Martin Sève, presque parfait, s’amusent à incarner la belle question shakespearienne: «To be or no to be… »Ici, pleinement eux-mêmes, jouant à séduire un public déjà acquis.

 Véronique Hotte

 Festival d’Avignon, Chapelle des Pénitents blancs, du 22 au 26 juillet, à 11h et 15h (relâche lundi 24 juillet).

Le texte est publié chez Heyoka Jeunesse, Actes Sud Papiers.

 

 

Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

 

Le petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, d’après le conte populaire, texte et mise en scène de Joël Pommerat (spectacle tout public à partir de six ans)

© Elisabeth Carecchio

© Elisabeth Carecchio

 Le maître de cérémonie, récitant et commentateur de ce conte légendaire, placé à cour ou à jardin, laisse ensuite advenir les scènes qu’il a décrites. La petite-fille, sa mère et sa grand-mère se partagent des instants vivants et éclairés. L’univers s’annonce sombre: une âme solitaire et inquiète voit se glisser dans l’obscurité, en elle et alentour, des ombres inconnues et équivoques. Le petit Chaperon rouge, à l’enfance un peu triste, à l’ennui épais et pesant, connaît une immense solitude, consciente de son existence perdue, au milieu d’un vaste monde encore inconnu.

 La mère d’abord, peu rassurante, nerveuse et juchée sur de hauts talons qui claquent trop bruyamment. Elle ne consacre guère de temps ni d’attention à sa petite fille en demande d’amour. Silhouette à la fois décidée et mystérieuse, à la longue chevelure rousse ondoyante, elle joue pourtant avec sa fille, s’amusant à mimer la bête furieuse qu’elle incarne, et l’enfant troublée, est partagée entre un bel effroi et la fascination.

Debout, la mère se plie en deux, bras et mains à terre, dessinant une bête sauvage à quatre pattes, puis se redresse d’un seul coup, et lève haut les pattes en l’air, simulant une agression arrêtée in extremis sur l’enfant : «Non, il faut arrêter», crie la petite, ou bien «Encore, Maman, fais encore la bête !» L’inconstance des sentiments a valeur de leçon de choses pour cette apprentie d’une vie à peine éclose qui s’essaie à la volonté de connaissance  et au désir volatil auquel on s’abandonne.

 La jeune fleur en bouton veut en découdre avec l’Autre et avec le monde, et tenter des expériences inouïes pour les dépasser, et faire «une» avec l’existence et être soi : «Elle aperçut aussi deux grands yeux qui avaient l’air d’observer dans sa direction. Elle pensa qu’elle n’avait jamais rien vu d’aussi beau et elle eut tout de suite envie de s’approcher. Ce n’était pas une chose ordinaire qu’elle avait devant elle. (…) »

 La vie recèle des énigmes et étrangetés troublantes comme la capacité d’éveil de l’être. L’homme raconte les états du Chaperon rouge, devenu avant l’heure, autobiographe : «La petite fille pensa qu’elle en avait peur, c’est vrai, mais que cette chose ne ressemblait en rien à la bête monstrueuse qu’elle s’attendait à rencontrer dans les bois, comme le lui avait prédit sa maman, au contraire. » S’amuser à cache-cache dans la clairière de la forêt et jouer avec son ombre, une silhouette agrandie et une vision fugitive d’elle-même en devenir, ou le reflet d’une peur compulsive déguisée: telle est l’heureuse découverte existentielle. Sans parler du loup, ombre noire, hurlements et cris maudits : il faut donc, un jour ou l’autre, frayer avec la bête et consentir plus ou moins à ses caprices.

 Et la petite fille ressent de la fierté d’avoir pu faire une telle rencontre sans effroi. Très étonnée, elle éprouve ce plaisir nouveau et tant attendu: se sentir grande : «Et se dit que, plus jamais, elle n’aurait de raison d’avoir à nouveau peur.» Mais l’histoire suit son cours  quand l’enfant  se frotte à l’inédit, comme la visite d’une grand-mère éloignée dans un lointain boisé. La petite deviendra grande à son tour, faisant tourner sans fin la grande ode de la vie.

Les acteurs sont aussi attachants que la bête féroce qu’on ne capture jamais : Isabelle Rivoal (la mère étrange), Ludovic Molière (L’homme qui raconte) et Valérie Vinci qui joue ici la petite-fille et la grand-mère : la roue ne cesse de tourner et la transmission des parents et grands-parents passe nécessairement par les petits-enfants qui ferment la boucle pour mieux recommencer ailleurs.

On ne se lasse pas de revoir encore ce loup, type même de la bête sauvage dévorante, gueule et dents carnassières, crocs et griffes, animal nocturne et féroce au regard maudit et difficile à approcher et à chasser… Assister à ce spectacle, treize ans après sa création, n’entame pas le plaisir de frayer encore avec ce loup, si proche de nous, et si lointain en même temps…

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord,  37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris. T: 01 46 07 34 50, jusqu’au 20 mai.

Le texte est publié chez Heyoka Jeunesse / Actes Sud-Papiers.

 

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, mise en scène de Christophe Laparra, pour jeune public à partir de huit ans)

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 Orcus, dieu souverain avaleur de soleil, représente l’engloutissement total, une gueule ouverte, associé aussi aux ténèbres : l’ogre incarne le temps destructeur. Cette figure monstrueuse entretient aussi la métaphore du père castrateur, le tabou de la consommation de l’enfant exprimant l’interdiction implicite de l’union sexuelle. Il est clair que l’homme fait instinctivement une analogie profonde entre l’acte de copuler et celui de manger ( voir La Pensée sauvage de Claude-Lévi Strauss).

 Dans l’imaginaire collectif, l’ogre et sa femme mangent les enfants, absorbent leur jeunesse – un acte brut de boucherie concrétisé par l’image sanglante de «chair fraîche» mastiquée puis avalée, pour devenir égoïstement éternels. L’ogre, sauvage et d’un aspect bestial, a la capacité de sentir la chair humaine. Mais comment faire front à cette insatiabilité, directement ou indirectement sexuelle ? 

La maîtresse d’école sait parler du désir avec une clarté juste. Le comédien et metteur en scène Christophe Laparra, artiste associé à la Comédie de Picardie, s’est emparé de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau pour mettre à mal la fameuse ogreté» en question-un mot inventé-soit la pulsion névrotique des ogres et le désir compulsif de dévorer la chair crue enfantine.

Le conte sur le plateau entre comédiens, dessins animés sur écran et lecture des titres de chapitres, joue de toutes les dimensions enfantines : peur et réconfort, effroi venu de l’extérieur et intimité du foyer , de la proximité de la forêt giboyeuse à l’intérieur d’une chaumière surprotégée par la mère de l’ogrelet. S’imposent les couleurs grises maternelles dans une chaumière en bois qu’éclairent, d’un feu à peine rougeoyant, des trappes construites dans la table de salle à manger. Le public contemple à la fois les coulisses du théâtre, les ampoules d’une psyché, la cabine sur roulettes et la malle à costumes de la mère et du fils et de la mère (Patricia Varnay) qui écarte les traces de rouge dans son univers: Simon ne mange que des légumes du jardin, haricots, brocolis, pommes de terre, carottes,  mais jamais de fraises ni de tomates, jamais de viande. Mais le passé de l’enfant le rattrape.

 Et la maîtresse de l’école à volets rouges, porte un joli rouge à lèvres et une robe rouge, ce qui n’est pas pour déplaire à l’élève en herbe, trop grand pour son âge. Quittant un monde en noir et blanc que reproduit à merveille un dessin animé au lointain, jouant de la miniaturisation du garçon et des animaux rencontrés dans la forêt, lièvres, belettes, renards et loups,  l’ogrelet fait peu à peu l’apprentissage de la vie en couleurs avec ses nuances, lumières, risques, troubles et ennuis de cœur.

 Sur le plateau, Christophe Laparra incarne l’ogrelet, reproduit sur écran en silhouette de garçonnet dans sa marche, bruits des bois et des récréations. Essoufflement après une course effrénée à fuir le loup, allers et retours entre foyer maternel et école: le jeune élève progresse jusqu’à la libération de soi et de ses terreurs rentrées, à travers expériences, épreuves et missives : l’apprentissage de la lecture passe aussi par les lettres échangées. L’enfant grandit, échappant naturellement à l’emprise maternelle, et à lui-même.

Les acteurs font résonner à merveille la belle prose poétique de Suzanne Lebeau. Un voyage dans l’enfance et les lointains des peurs fondatrices…

 Véronique Hotte

Studio-Théâtre à Charenton-le-Pont, du 22 au 28 avril.
Centre Culturel Jacques Tati/ Amiens-Comédie de Picardie hors-les-murs, du 10 au 12 mai.

Théâtre Eurydice Esat-Plaisir, du 18 au 19 mai.
Festival  d’Avignon, collège de la Salle, du 7 au 30 juillet.

 La pièce est publiée aux éditions Théâtrales/Collection Théâtrales Jeunesse.

 

Festival Méli’môme

Festival Méli’môme

 Cette année encore, pendant plus de quinze jours, la ville de Reims s’est tournée vers son jeune public grâce aux nombreuses propositions de cette manifestation au fonctionnement exemplaire, avec des spectacles pour tous les âges.
S’y associent les lieux culturels de Reims et de sa Région, avec les deux salles municipales du Cellier, au centre-ville, bien adaptées à l’accueil des tout-petits, la Comédie de Reims (Centre Dramatique National), Le Manège (Scène nationale) et l’Opéra. On mesure la qualité et la durabilité de ces partenariats, vu en général le peu d’appétence des grands lieux pour accueillir les spectacles Jeune public et petite enfance…

La plupart s’ouvrent à des séances scolaires grâce au travail de fond mené tout au long de l’année par l’association Nova Villa qui prend aussi en charge la programmation Jeune public de Reims/Scènes d’Europe. Elle multiplie les rencontres avec des auteurs, artistes ou professionnels des quatre coins du globe. Ainsi le dramaturge écossais Mike Kenny a rencontré des lycéens autour de son  Garçon à la valise. Et la Rwandaise Élise Rida Musomandera a présenté son poignant livre-témoignage, quelques mois après sa compatriote Carole Karemera. Et Karin Serres était à l’honneur avec la publication par Nova Villa, d’un Itinéraire d’artistes, un recueil de textes qui retracent son parcours, grâce aux témoignages d’artistes-amis.

 Us/Them  par le Théâtre Bronks (Belgique)

IMG_0625L’effroyable prise d’otages à l’école de Beslan, en 2004, et l’assaut des forces spéciales russes, dans le Caucase, ont fait plus de trois cent trente morts dont cent quatre-vingt-six enfants.

Les artistes belges se sont inspirés d’un documentaire qui, quelques années après, a donné la parole aux enfants rescapés qui reviennent sur ces événements avec un détachement surprenant et s’en tiennent surtout à des détails.

Après avoir tracé à la craie, sur le sol, le plan de l’école, les enfants (joués par Gytha Parmentier et Romain Van Houtven)  comptent les survivants, de moins en moins nombreux. Leur impassibilité, quoique troublante, correspond certainement à une capacité de résilience qui leur permet de résister à cette épreuve et de se reconstruire. Les comédiens ont su trouver le ton juste, la bonne distance, sur un plateau bien agencé et spatialisé. Des cordes tendues en travers de la scène renforcent l’impression d’enfermement. Scénographie complexe, mise en scène précise, et rythme soutenu sont mis ici au service d’un propos fort.

Le Garçon à la valise de Mike Kenny, mise en scène d’ Odile Grosset-Grange

 Deux enfants, Nafi et Krysia, quittent leur pays pour un exil vers un monde meilleur. On suit surtout les pérégrinations de Nafi, dont les parents se sacrifient pour lui offrir un aller simple vers l’Europe. Écrite il y a déjà treize ans, la pièce de l’auteur gallois reste d’actualité et aborde les questions de l’exil et de la reconstruction, en particulier vis-à-vis des enfants. Le texte possède de qualités mais la mise en scène manque de poésie, et le surjeu aboutit à un naturalisme forcé. Dommage !  D’autant plus que la scénographie imaginée par Marc Lainé, un sol en mappemonde, était une belle idée….

 Nuit par le collectif Petit Travers.

 Une pièce obscure, avec deux portes de chaque côté … Des hommes en costume sombre entrent et sortent, munis de chandeliers. Parfois, des balles fusent. Marchant comme des somnambules, les personnages se mettent à jongler. On ne sait trop combien ils sont, ni où ils se trouvent, mais une poésie absurde se dégage de leurs allées et venues. Comme après un réveil un peu brumeux, on a du mal à distinguer ce qui se passe!  Puis comme par magie des balles partent… puis reviennent  dont certaines rampent sur le sol, traversent l’espace, franchissent les portes. La musique de Denis Fargetton, constituée de morceaux classiques habilement agencés, souligne la virtuosité de Nicolas Mathis, Julien Clément et Rémi Darbois et renforce cette sensation de demi-sommeil, dans un beau clair obscur.

 9  par la compagnie du Cas Public, chorégraphie d’Hélène Blackburn,

 Rendez-vous à l’Opéra de Reims avec des Québécois habitués de Méli’môme. L’idée de 9 est née, avec l’arrivée d’un danseur sourd dans la compagnie. En préambule, quelques enfants sont invités sur scène à jouer avec des chaises blanches, de taille différente, disséminées ça et là, et qui resteront sur le plateau durant tout le spectacle.

Puis, avec des mouvements amples et une technique impeccable, les  interprètes se déplacent suivant les éclairages pour rester dans la lumière;. La hauteur du grill de l’Opéra permet aux lumières de dessiner de belles trajectoires sur le sol. Et, ainsi les malentendants qui ne peuvent se repérer avec le son,  le font avec l’espace…

Une vidéo représentant un jeune garçon sourd et appareillé, fil rouge du spectacle, fait référence à Cai Glover, l’interprète malentendant de la troupe. A ses côtés, Daphnée Laurendeau, Nicholas Bellefleur, Robert Guy et Danny Morissette font exploser les codes du classicisme, accompagnés par une musique très efficace, elle aussi classique. Passionnante de bout en bout, cette pièce nous incite à réviser nos préjugés sur la danse « classique».

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 Fratries d’Eve Ledig

 Eve Ledig promène depuis des années, sa compagnie Le Fil rouge, sur les scènes de France et d’ailleurs, bien connue maintenant des spécialistes du spectacle pour la petite enfance et le jeune public. Elle s’intéresse aux rapports de fratries, à ces relations «obligées» dans la famille, et a entamé un grand chantier de collecte de paroles.
Carole Breyer, Marie-Anne Jamaux, Catriona Morrison et Anne Somot disent, chantent et dansent ces propos de frères et sœurs, pas toujours tendres, parfois cruels, et souvent drôles. Sans chercher à sublimer ces liens, Eve Ledig  a imaginé une mise en scène très rythmée et ludique. Et ses comédiennes ont créé des personnages correspondant à leur nature, sensibles et plus profonds qu’ils ne le paraissent.

 Léger bémol : à cause de l’agitation qui règne sur le plateau,  les paroles en sont pas toujours bien mises en valeur, et nous n’avons guère le temps de profiter du riche matériau qui a été recueilli. La metteuse en scène aurait dû lui faire un peu plus confiance!

Julien Barsan

Spectacles vus au Théâtre Mansart, à Dijon, le 13 avril T. 03 80 63 00 00.

Auditorium de La Louvière, à Épinal, les 2 et 3 mai, T. :09 80 63 18 64; Dôme Théâtre d’Albertville du 30 mai au 2 juin. T. :04 79 10 44 80.

MA/Scène Nationale, Pays de Montbéliard, à Bethoncourt, le 19 mai.  T. : 0 805 710 700.


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