Alex au pays des poubelles, conception et chorégraphie de Maria Clara Villa Lobos

Alex au pays des poubelles, conception et chorégraphie de Maria Clara Villa Lobos,

93beb92efc72848ed9a7fff5fe926326Un clin d’œil  à Alice au pays des merveilles… Le spectacle destiné au jeune public à partir de six ans est mené avec une étonnante maîtrise par cette jeune artiste brésilienne basée à Bruxelles, où elle a réalisé une dizaine de pièces qui ont été ensuite jouées en Europe mais aussi au Brésil, au Canada, et en Corée du Sud.

Alex, petite fille très gâtée,reçoit beaucoup de jouets… qu’elle jette sans scrupules quand elle n’en veut plus. Mais un jour, elle se retrouve dans un étrange pays: un immense dépôt de déchets-impressionnante scénographie d’Isabelle Anais-avec des centaines de bouteilles et de sacs en plastique envahissant le plateau. Alex va rencontrer de curieux personnages-bien interprétés par Clara Henry, Clément Thirion, Gaspard Herblot et Antoine Pedro-qui  plongent dans ces déchets. La petite fille va se mêler à eux pour un concert de bouteilles et des danses virevoltantes mais elle est brutalisée par un monstre qui surgit tout à coup. Les personnages font mine de se régaler de coca-ketchup, mais pour avoir le droit de boire, il faut s’asseoir et Alex n’a pas de place. Ils se transforment en bibendum, Alex aussi. « C’est devenu le pays des poubelles, le roi a complètement interdit de faire le tri, on dit le thé  (…) Il y a de plus en plus d’objets jetables, et, du coup on a rasé la forêt ! On a perdu tout espoir de revoir un jour un arbre et même des fleurs! »

Les acteurs parviennent à reconstituer un dragon chinois, et des costumes à partir de peluches jetées par Alex Le spectacle, par moments assez effrayant, reste drôle et rejoint étrangement le thème traité par Eugenio Barba dans L’Arbre présenté par la compagnie de l’Odin Teatret actuellement joué au Théâtre du Soleil.

Edith Rappoport

Le spectacle a été  joué au Tarmac, 159 avenue Gambetta, Paris XX ème du 14 au 18 mai.


La Guerre de Troie (en moins de deux) d’Eudes Labrusse,mise en scène de Jérôme Imard et Eudes Labrusse (à partir de neuf ans)

© L Ricouard

© L Ricouard

La Guerre de Troie  (en moins de deux) d’Eudes Labrusse, d’après Homère, Sophocle, Euripide, Hésiode et Virgile, mise en scène de Jérôme Imard et Eudes Labrusse (à partir de neuf ans)

En fait, le spectacle n’est pas construit sur cette seule fameuse guerre mais participe d’une sorte de récit mythologique, tissé de courtes scènes jouées par sept acteurs, accompagnés par un pianiste; on peut ainsi entendre et/ou voir la naissance divine de la belle Hélène, la colère d’Achille, la jalousie des déesses face à la Pomme d’or, le choix de Pâris qui va enlever cette maudite Hélène, le sacrifice de la jeune Iphigénie par son père Agamemnon pour que souffle le vent qui l’emmènera à Troie, la colère d’Achille, le cheval de bois imaginé par les Grecs, les ruses d’Ulysse qui apparaît beaucoup moins sympathique que dans L’Odyssée mais aussi la transformation de Zeus en cygne blanc pour donner naissance à la plus belle femme du monde, la ruse de Palamède pour piéger Ulysse, la folie où va tomber le valeureux Ajax et le destin de Philoctète…
Soit en vingt-quatre tableaux, une fresque qui a donc trait en partie à la guerre de Troie. Eudes Labrusse a donc surtout travaillé sur Homère mais avec quelques emprunts à Sophocle, Euripide, Hésiode et Virgile.

 “Le projet dit-il,  s’attache à retracer la «miniature» d’une immense fresque mythologique, tout en tâchant d’en traduire le souffle d’épopée. La mise en scène est ancrée dans ce jeu de confrontation entre le petit et le grand. » Sur le plateau, une dizaine de chaises noires en bois et une très belle table rectangulaire aux pieds métalliques qui sert aussi et surtout de praticable où les acteurs jouent souvent. Des costumes noirs aussi: jupes, chemises, avec parfois quelque chose du drapé mais aussi de morceaux de treillis militaire. Quant à la belle Hélène, elle apparaît seulement en poupée barbie… “Il s’agit, précise Eudes Labrusse, de maintenir toujours une tension entre incarnation et distanciation (comme le suppose une prise en charge à la troisième personne)”.

On veut bien mais, même si la mise en scène  le jeu des acteurs sont très précises (impeccables diction et gestuelle) la dramaturgie adoptée ne fonctionne pas vraiment. Toutes ces silhouettes-plus que des personnages-défilent pendant quatre-vingt minutes, sans  que l’on puisse s’y attacher, que ce soit par le récit ou lors de trop courtes scènes. Jérôme Inard et Eudes Labrusse font (discrètement) dans l’anachronisme: une poupée barbie, un casque militaire actuel, un revolver… La vieille recette, même un peu usée, reste efficace à chaque fois auprès du public, ravi de partager une certaine connivence avec les metteurs en scène.

Mais on aimerait bien que les comédiens baissent parfois un peu le ton, et jouent moins en force ce texte-patchwork qui n’en est pas vraiment un… mais qui a le mérite de la clarté quand il faut raconter ces histoires mythologiques aux nombreux héros. Cela dit, il aurait sans doute aussi fallu moins jouer moins la carte du burlesque et du dérisoire, et davantage montrer et/ou dire l’extrême violence des combats très sanguinaires: c’est surtout cela l’Iliade-et aussi l’émotion.  Choses que l’on ne ressent presque jamais ici. A force de jouer le décalage, le burlesque et la trop fameuse distanciation, le souffle épique disparait vite… Dommage. Pauline Bayle qui avait adapté L’Iliade comme avec L’Odyssée avec beaucoup d’intelligence scénique, (voir Le Théâtre du Blog) avait beaucoup mieux réussi son coup avec deux formidables spectacles.

Il y a ici un accompagnement musical assez invasif, composé et  joué au  piano par Christian Roux, “sur un mode monophonique: la Grèce Antique ne connaissait que ce mode, puis tordu pour lui donner des sonorités orientales et balkaniques, que la musique grecque ne tardera pas à adopter mais qui surtout nous emmènent si facilement en voyage”. Mais nous n’avons rien perçu de cela. Trouver un musique inspirée de l’antique-puisqu’on n’en sait pas grand-chose et qu’il en reste juste quelques phrases-relève du pari impossible. Dans ce cas, pourquoi le tenter? Jacques Chailley pour Les Perses d’Eschyle joués plusieurs centaines de fois sur quelque trente ans dans la mise en scène-culte (1935) de Maurice Jacquemont pour le Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne, y avait parfois assez bien réussi. Il avait eu l’idée de marier des instruments remontant à la nuit de temps comme des gongs, tambourins, crotales… mais aussi les ondes Martenot conçues dans les années vingt, ancêtre du synthétiseur, aux sons magiques, et parfois glaçants dans les aigus. Plus tard  vers 1960, Guy Morançon avait pour Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, conçu une remarquable partition musicale, mais cette fois résolument contemporaine et toujours à base d’ondes Martenot…

Malgré un travail des plus honnêtes, et même si on ne s’ennuie pas vraiment à cette petite chose sympathique, on passe à côté de « l’approche festive et ludique d’un monument de notre imaginaire collectif”, revendiquée avec une certaine prétention par les metteurs en scène. Bref, rien ici de très nouveau ni de très convaincant: on reste donc sur sa faim, malgré quelques  beaux moments comme celui du cheval de Troie avec une table et des chaises empilées… Voilà, vous êtes prévenus et, si le cœur vous en dit, allez-y.

Philippe du Vignal

Théâtre 13/Jardin, 103 A boulevard Auguste Blanqui, Paris XIIIème. T.: 01 45 88 62 22

 

Nosferatu, écriture, mise en scène de Julien Mellano et Denis Althimon

 
Nosferatu, écriture et mise en scène de Julien Mellano et Denis Althimon, à partir de huit ans

Bob-théâtreAprès Ersatz et Fulmine que la compagnie du Bob Théâtre avait présentés au Mouffetard et au Dunois, ce théâtre d’objets à faire peur, atteint ici son objectif avec une salle de jeunes enfants qui sont fascinés. Cela se passe au XIX ème siècle dans un château des Carpates, où est appelé pour affaires un jeune clerc de notaire. Sur son chemin, s’accumulent rencontres menaçantes et mauvais présages. Il arrivera quand même au château où l’accueille le sinistre comte Orlock. On pense bien sûr,  entre autres au roman de Bram Stocker et au film-culte de Murnau.
Tonnerre, obscurité due à des pannes de courant, musique dramatique et effets de suspense: Julien Mellano et Denis Althimon, en croque-morts impassibles au visage livide, reprennent aujourd’hui ce théâtre d’objets, petit bijou du répertoire du Bob Théâtre qui  avait été nommé aux Molières Jeune public en 2008.
Ce Nosferatu se joue sur une table avec un chaudron et juste deux acteurs qui manipulent des objets: «Vivants, vivantes, sachez que la plus grande force du vampire est que personne ne croit à son existence!» On a droit à des projections de voyages en Transylvanie et rien ne nous est épargné pour nous glacer de terreur en un clin d’œil…
Comment prendre du plaisir à avoir peur à un spectacle de théâtre  ou au cinéma? Un paradoxe … depuis les vieilles légendes horribles où le sang coule jusqu’à la reconstitution de faits divers bien sanglants? En tout cas, ici le contrat est ici remarquablement rempli et avec beaucoup d’humour.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 8 avril au Mouffetard-Théâtre de la Marionnette, rue Mouffetard Paris Vème  jusqu’au 13 avril. T. :  01 84 79 44 44.

7 d’un coup, texte et mise en scène de Catherine Marnas

7 d’un coup texte inspiré du Vaillant petit tailleur des frères Grimm et mise en scène de Catherine Marnas 

©frederic Desmesure

©frederic Desmesure

Ce beau spectacle créé l’an passé à Bordeaux (voir Le Théâtre du Blog) arrive à Paris. Un conteur invite les jeunes spectateurs «à la grande aventure des rêves », avec une histoire « qui commence bien mal». Il était une fois un petit garçon «un peu trop “tout », que l’on appellera Olivier : trop petit, trop malingre, trop maladroit…» Tête de turc de ses camarades, souvent violents à son égard, il se réfugie dans la lecture et l’étude. Un jour, les mouches le harcèlent pendant le goûter mais il réussit à en écraser sept. A partir de cet exploit, sa vie bascule : il arbore fièrement un  tee-shirt où est écrit: 7 d’un coup et part à l’aventure. Ce 7, objet de malentendu, sera interprété de travers et forcera le respect de ses adversaires et interlocuteurs. 

 Le personnage principal (Olivier Pauls) quitte alors son univers quotidien et pénètre dans le monde imaginaire du conte des Grimm, où les épreuves qu’il rencontre et surmonte lui permettront de dissiper ses peurs et de se débarrasser de son rôle de victime.  Olivier, petit, mais malin, vaincra un géant redoutable mais un peu bêta, des fantômes évanescents, et surtout, trois sorcières sanguinaires, dernière épreuve qui lui vaudra la main de la princesse…

 «J’ai eu envie, dit la metteuse en scène et directrice du Centre Dramatique National de Bordeaux,  de m’attaquer à  une adaptation du Vaillant petit tailleur, pour cet âge de l’enfance où l’on se sent toujours plus petit, plus faible ou plus malhabile que les autres. Les peurs, angoisses, désirs,  et sentiment d’impuissance devant le monde des adultes, trouvent dans les personnages ou les situations de ce conte, un soulagement, des consolations, voire une revanche. »

Partant d’une situation réaliste et familière où les enfants évoluent en survêtement, sweat à capuche et baskets, la pièce entre progressivement dans un environnement onirique, et les êtres étranges qui peuplent les forêts revêtent des costumes de conte de fée contrastant avec les uniformes des jeunes d’aujourd’hui. La musique et les sons réverbérés renforcent l’étrangeté de l’ambiance. Un contraste entre réalisme et fantastique, géré par le narrateur, sorte de meneur de jeu, qui, avec deux autres partenaires se partage tous les rôles satellites autour d’Olivier. 

Catherine Marnas aborde ici de manière ludique, à travers ce conte initiatique, le thème du harcèlement. Les enfants présents au débat à l’issue de la représentation, ont d’abord, spontanément, commenté cet aspect de la pièce disant que cela arrive surtout aux filles mais aussi aux garçons. Ils ont ensuite posé des questions aux acteurs et techniciens sur les effets de magie. Preuve que le spectacle est une réussite à la fois esthétique et pédagogique.

Mireille Davidovici

Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris XIXème.

 

Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert

 

Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert (spectacle jeune public, à partir de huit ans)

helen KLe principe de la Comédie Itinérante est un projet de développement artistique et culturel du territoire initié par la Comédie de Saint-Etienne. Avec comme but, « faire découvrir des auteurs vivants, et partager un théâtre d’aujourd’hui qui parle d’aujourd’hui ». Mais aussi proposer des temps de rencontre avec les artistes.
Helen K. est l’histoire de Miracle en Alabama de William Gibson qui se joue actuellement au Théâtre La Bruyère (voir Le Théâtre du Blog): celle réelle d’Helen Keller, une petite fille qui, bébé, devint aveugle, sourde et muette à la suite d’une scarlatine et qui, grâce à la ténacité d’Annie Mansfielfd Sullivan, une jeune éducatrice passionnée, réussira à recouvrer en partie la parole. Annie la prendra entièrement en charge avec une grande amitié, et malgré son handicap, Helen  intégrera une Université et fera de brillantes études supérieures.
Ici, il ne s’agit pas d’une adaptation de la nouvelle de William Gibson mais plutôt d’une réécriture de cette histoire par Elsa Imbert, assistant d’Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Etienne. « Au delà de la question du handicap, dit la metteuse en scène, l’histoire d’Helen Keller m’intéresse également, parce qu’elle nous montre à quel point l’apprentissage du langage transforme notre perception du monde. Le langage vient éclairer le monde noir et silencieux d’Helen. » A part ces bonnes intentions, que se passe-t-il sur le plateau? Quelques branches d’arbre  ancrées dans des cubes-pas très beau et encombrant-et une table pour seul décor, et pour ce Miracle en Alabama, on dira de poche, trois comédiens au lieu d’une dizaine, comme dans l’adaptation de Marguerite Duras.
Au début, on se dit que ce n’est pas une sotte idée que cette adaptation où Elsa Imbert veut aborder la question du handicap devant des enfants, ce qui nous renvoie en somme, dit-elle comme dit, un texte bien pâlichon, une mise en scène et une direction d’acteurs aux abonnés absents. Maybie Vareilles se sort tout juste de ce rôle difficile de miss Sullivan, et Stéphane Piveteau qui joue plusieurs personnages, annone son texte et n’est pas crédible une seconde! Seule, Leïla Ka, danseuse qui interprète la petite Helen sourde et muette, a une belle gestuelle et finit par s’imposer.

Quant au jeune public, les plus petits semblent regarder sans trop comprendre le message sur le handicap qu’on voudrait leur faire passer, et les plus âgés trouvaient  ces cinquante cinq minutes plus que longuettes et visiblement s’ennuyaient. Il y a juste une minute-particulièrement réussie-d’une danse sur une table avec Helen et Miss Sullivan. Mais l’ensemble n’est guère convaincant et ne mérite pas qu’on s’y attarde… Dommage pour les enfants de Chambon-sur-Lignon, ce formidable village marqué par une tradition protestante, qui fut un des piliers de la Résistance et qui sauva de très nombreux Juifs pendant la dernière guerre. Il possède depuis quelques années un beau lieu de mémoire dont nous vous reparlerons.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la salle polyvalente de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire),  le 2 mars.

La Chaise-Dieu, auditorium Cziffra, Place Lafayette, le 9 mars, 14 h et 20 h 30. T.: 04 71 00 01 16.
Sainte Sigolène, Auditorium-Maison de la musique, avenue de Marinéo, le 16 mars à 16 h 30 et 20 h 30.

 Saint-Didier-en-Velay salle polyvalente, complexe sportif de La Péchoire, le 13 mars à 14 h et 20 h. T.:  04 71 61 14 07.

Pélussion, salle des fêtes, rue de la Maladière, le 15 mars, 14 h et 20 h. T: 04 74 87 62 02

Costaros Salle polyvalente le 17 mars, 20 h 30. T: 04 71 57 88 00 Saint-Etienne, La Comédie/La Stéphanoise, les 21 mars,  à 15 h et 19 h, les 22,  23 mars, à 10 h et 14 h, et le 24 mars, à 17 h. T.: 04 77 25 14 14

 

           

  

La Migration des canards d’Élisabeth Gonçalves, mise en scène d’Émilie Le Roux

 

La Migration des canards d’Élisabeth Gonçalves, mise en scène d’Émilie Le Roux

 

© Jessica Calvo

© Jessica Calvo

Une petite fille de dix ans évoque son quotidien, ses parents, l’école, et parle de «la loge» : sa mère est gardienne d’immeuble… Quand ses camarade de classe l’invitent à leur anniversaire, sa mère trouve systématiquement une excuse pour ne pas l’y envoyer : rendez-vous chez le médecin, départ en week-end… Car elle a honte de son petit logement et ne peut inviter à son tour, les amis de sa fille. Le père n’hésite pas à battre l’enfant quand elle ne répond pas à ses exigences : il veut qu’elle excelle en tout et qu’elle ne fasse pas de vagues.

C’est l’histoire de toutes ces familles issues de l’immigration qui ne se sentent légitimes que si elles se fondent dans le paysage, que si elles renoncent à leur culture et à leur identité d’origine. La petite fille vit difficilement les coups, mais plus encore cette injonction d’exemplarité,  si pesante. Comment, dans ces conditions, grandir, s’épanouir et exprimer sa personnalité ? Pour Émilie Le Roux, «Le défi de cette création était de faire entendre ce récit fort et sensible en l’ancrant dans une aspiration à la vie et à la liberté. Sous l’emprise d’une éducation stricte, violente, l’enfant voudrait s’en extraire et elle en prend conscience sur les bancs de l’école qui vient mettre en tension son éducation et ses aspirations »

 Elisabeth Gonçalves signe un texte fort et âpre mais qui prend un certain temps à s’incarner au plateau. Élisa Violette Bernard parvient petit à petit à nous embarquer, insidieusement au début. Puis son débit devient plus rapide, ses gestes sont plus marqués et elle s’essouffle comme si une spirale se refermait sur elle.

Au-dessus de l’espace de jeu, des chaises de classe, immobiles et retenues par de minces filins, finiront par descendre, danser et encercler la comédienne. L’école, seul lieu extra-familial du personnage, se révèle ici un endroit à la fois d’enfermement et d’épanouissement. La vidéo, bien « dosée » de Pierre Reynard complète la scénographie de Tristan Dubois éclairée de façon magnifique par Éric Marynower. Et par ailleurs, la musique enregistrée par Roberto Negro et les frères Ceccaldi accompagne ce travail d’équipe d’une grande cohérence. Émilie Le Roux et la compagnie Les Veilleurs s’imposent spectacle après spectacle, comme des acteurs incontournables du théâtre jeune public (voir Le Théâtre du Blog). Mais au-delà de cette étiquette, la pièce reste intéressante à tout âge, et cette Migration des Canards prend son envol, une fois que l’on est entré dans cette écriture un peu particulière.

Julien Barsan

Spectacle vu au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Le 16 mars au Parvis, Scène nationale de Tarbes-Pyrénées. T. : 05 62 90 08 55

 

Les Séparables de Fabrice Melquiot, création collective sous le regard de Christophe Lemaire et Emmanuel Demarcy-Mota

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Les Séparables de Fabrice Melquiot, création collective sous le regard de Christophe Lemaire et Emmanuel Demarcy-Mota

L’auteur est un vieux complice d’Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville. Acteur dans sa compagnie, il a ensuite été auteur en résidence à la Comédie de Reims, quand il  la dirigeait. Il a notamment écrit plusieurs pièces de théâtre pour enfants, dont Alice et autres merveilles, rejoué l’an passé à l’Espace Cardin. Et Fabrice Melquiot dirige depuis cinq ans le théâtre pour la jeunesse, Am Stram Gram à Genève.

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Les Séparables, un beau titre pour une histoire d’amour à la fois simple et des plus subtiles, dans un quartier ou une cité actuels, où le « vivre ensemble » n’est pas toujours facile, à cause de la diversité des populations. Et où fleurissent des tensions sur fond de préjugés et non-dits mais aussi de clichés et injures racistes. Romain, un français et Sabah, d’origine algérienne, n’ont même pas dix ans et vont connaître des amours enfantines à la fois imprégnées de tendresse mais aussi du sentiment de précarité.

Leur amour mais aussi la haine des adultes entre eux vont être leur ordinaire. Sabah se prend pour une Sioux de la tribu des Dakota qui chasse le bison blanc et sa vie va tourner autour de cette légende qu’elle s’est inventée pour se protéger d’un monde hostile. Romain, lui, est un petit garçon dont les parents s’aiment tellement… qu’ils le laissent le plus souvent seul. Il les dit capables de «l’oublier dans un coin et d’aller manger des huîtres au restaurant». Plus tard, il apprendra, catastrophé, qu’ils divorcent! Comme Sabah, il se réfugie donc dans un imaginaire bien à lui et s’imagine en cow-boy à cheval, loin des horreurs du quotidien.

D’abord très amis, ils découvrent l’amour mais aussi la haine des adultes entre eux, ce qui finira par les séparer. Sabah a apporté à Romain des makrouts-une pâtisserie maghrébine à base de semoule et pâte de dattes-que sa mère a  confectionnés. Mais ce petit cadeau va tout bouleverser! Romain estropie le mot makrout qu’il trouve plutôt bizarre. Sabah, elle, lui dit qu’il a des parents racistes. La famille de Sabah, effectivement écœurée par le racisme ambiant, quittera la cité et les  amoureux seront donc séparés. Pour se retrouver plus tard… mais quelque chose aura évolué dans leur relation. Ainsi la vie n’est pas le long fleuve tranquille décrit par la Bible, semble nous dire Fabrice Melquiot. Avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de raffinement dans une écriture virtuose, quand il peint ces enfants en quête d’un idéal et qu’il dénonce le comportement de certains adultes…

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Sur le plateau, Yves Collet a imaginé une scénographie très simple avec surtout, en fond de scène, des  images vidéo réussies et efficaces de Mike Guermyet qui situent bien les choses: de hautes barres d’immeubles grises et tristes comme on en voit un peu partout dans les banlieues des grandes villes, une belle forêt avec un cerf, et la silhouette d’un cheval que Romain va enfourcher… Céline Carrère et Stéphane Krähenbühl imposent vite les personnages de ces enfants qui «croyaient en des mystères plus grands qu’eux», et «enrageaient de ne pas être ceux qu’ils voulaient être». Mais la jeune comédienne aurait quand même intérêt à faire simple et à ne pas jouer parfois en force cette petite fille qu’elle n’est plus.

Un spectacle pour enfants, plus que pour adolescents, en cinquante minutes et d’une grande exigence artistique dans la mise en scène, le jeu et la scénographie. Qui sonne comme une invitation au respect et à la tolérance envers l’autre… Et où les parents peuvent aussi trouver matière à réflexion, quand il s’agit pour eux de vivre la différence, avec des parents d’enfants amis des leurs,  mais d’une autre couleur de peau et/ou issus d’autres civilisations… Il faut signaler que le Théâtre de la Ville a, chaque saison, une bonne programmation de théâtre, pour enfants et pour adolescents. Ce qui n’était pas le cas sous le règne des précédents directeurs de ce théâtre, ni dans les autres salles parisiennes qui ne font jamais de création de textes contemporains, et qui, le plus souvent, présentent des pièces classiques en format poche, mal mises en scène et mal jouées…Et la petite salle de l’Espace Cardin qui héberge le Théâtre de la Ville-fermé pour cause de travaux depuis 2016-convient bien à ce type de spectacle.

Mais au fait, madame Hidalgo, pourquoi ces dits travaux, longs et coûteux, n’ont-ils visiblement pas commencé? Pourtant planifiés de plus longue date pour remettre aux normes les outils techniques, la sécurité et l’accessibilité de la salle. Cela veut sans doute dire que le Théâtre de la Ville va devoir loger dans la médiocre salle de Cardin et, au coup par coup, dans d’autres salles parisiennes pendant encore plus de deux ans! Alors que le Théâtre du Châtelet, lui aussi sous tutelle de la Mairie de Paris, est actuellement aussi en rénovation…L’inauguration des deux bâtiments étant prévue avant les prochaines élections municipales  en mars 2020! Mais on voit mal comment les délais pourront être tenus…

Cela n’est pas digne d’une ville comme Paris! Vous avez dit désordre?

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville, Espace Cardin, avenue Gabriel, Paris VIIIème, jusqu’au 23 février.  

Le texte est publié aux éditions de l’Arche.

 

 

Sept d’un coup, de Catherine Marnas, inspiré du Vaillant petit tailleur des frères Grimm

©-Frédéric-Desmesure

©-Frédéric-Desmesure

 

Sept d’un coup, texte et mise en scène de Catherine Marnas, inspiré du vaillant petit tailleur de frères Grimm.

 Les frères Grimm: Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859), grands linguistes allemands ont recueilli des contes populaires de leur pays et en ont écrit quelque deux cent mais aussi réalisé un dictionnaire et une histoire de la langue allemande. Richard Wagner s’inspira de plusieurs des légendes qu’ils collectèrent  pour  composer ses opéras  et de la Mythologie allemande de Jacob Grimm pour sa Tétralogie.

 Le conte, sans doute l’une des plus anciennes formes d’expression  depuis Homère, a depuis le milieu du XXème siècle, séduit nombre de metteurs en scène de théâtre qui   ont réalisé soit une histoire racontée en solo, soit en  un spectacle avec quelques acteurs, en général surtout destiné à au jeune public, en une heure maximum.  Le plus souvent, un héros principal est placé dans une situation presque sans espoir à cause d’un nouvel élément imprévu (catastrophe, mauvaises rencontres d’êtres à la fois bénéfiques ou malfaisants, souvent fantastiques…) le plus souvent au cours d’un long voyage. Malgré de nombreuses épreuves, il se montre plus fort sur le plan mental que ses adversaires, ce qui lui permet de jouir enfin du bonheur qui, jusque là, lui avait été refusé. Mais les auteurs contemporains refusent  souvent cette fin heureuse, et aiment introduire le tragique dans leur textes. Ils ont lu Bruno Bettelheim (1903-1990) qui analyse le contenu  psychanalytique des contes pour enfants (Blanche-Neige, La Belle et la bête,etc.) et montre comment ils répondent en fait aux angoisses des enfants, en les informant sur les épreuves à venir  avant d’être adultes.

  Catherine Dasté dans les années 70 avait réussi à donner au théâtre pour enfants une légitimité avec de merveilleuses et fortes mises en scène sur les plans dramaturgique et pictural, et depuis, les contes à l’origine, oraux et populaires ont souvent été portés au théâtre, avec le plus souvent un récit  et des actions représentées au premier degré, voire avec une certaine distance. Comme dans les très remarquables spectacles tout public de Joël Pommerat qui reprend, loin d’une littérature «enfantine» au mauvais sens du terme, de grands classiques comme Pinocchio, Cendrillon, et Le petit Chaperon rouge: autant de chefs-d’œuvre d’écriture et de mise en scène

Catherine Marnas s’est, elle aussi, prise au jeu et a donc revisité et mis au goût du jour, en en gardant la trame, le célèbre conte des frères Grimm. Ici, plus de petit tailleur mais un jeune garçon, Olivier, maladroit, pas très costaud et qui se sent toujours en état d’infériorité, donc une cible idéale pour ses copains, des durs à cuire en blouson à capuche qui se moquent de lui et le maltraitent. Il se réfugie dans la dégustation d’une tartine de confiture, un savoureux goûter mais…  qui attire les mouches ! Il prend un torchon et arrive alors à en tuer sept !

Fier de son exploit,  il marquera sur son T shirt : « Sept d’un coup » et décidera de partir en voyage. En chemin, il rencontrera dans une forêt peuplée de géants fantomatiques et l’un d’eux le mettra au défi  d’être aussi fort que lui. Il presse une pierre et arrive à en tirer de l’eau mais Olivier prend dans son sac un fromage et arrive au même résultat. Le géant dépité lance alors une pierre très haut qui retombera  même au bout de longues secondes. Plus rusé,  Olivier fera s’envoler l’oiseau qu’il avait emmené dans son sac de voyage, et qui lui, ne retombera jamais! Et il aura donc encore  gagné ! Après avoir repris sa route, il rencontre un roi qui a peur pour sa vie et celle de ses sujets, quand il voit l’inscription sur le T shirt d’Olivier. Et il lui offre aussitôt la moitié de son royaume et la main de sa fille, une très belle princesse. Le roi remet toujours à plus tard la récompense promise… Moralité : il ne faut jamais enfant faire confiance aux adultes. Mais tout finira bien pour Olivier.

Sur le plateau nu, juste des cadres métalliques pour figure l’architecture d’une maison que l’on pourra déplacer.  L’un des comédiens joue Olivier et les autres sont en charge de tous les autres personnages. «La modernisation du personnage et des thèmes, dit Catherine Marnas, n’empêchera en rien le merveilleux et le poétique, les géants glisseront comme par magie dans de grandes robes allant jusqu’au sol, la forêt sera peuplée d’être étranges… car il me semble important de lier la catharsis que j’évoquais au début, à l’imaginaire du rêve».

Ce spectacle honnête est très sérieusement réalisé par Catherine Marnas, même s’il a un peu de mal à se mettre en route. Mais Julien Duval, Carlos Martins, Olivier Paul et Bénédicte Simons, très habiles, même s’ils n’ont pas du tout l’âge du rôle, arrivent à endosser de nombreux personnages et à rendre la peur et les angoisses du petit Olivier. Et il y a vraiment une réelle poésie dans les belles scènes où Olivier rencontre le Roi et la princesse.
Ce qui fonctionne moins bien : l’utilisation-inutile, voire carrément nuisible-de micros HF, même si la musique et les bruitages sont souvent intéressants, une scénographie et des costumes, disons approximatifs, alors qu’ils s’avèrent pourtant essentiels, surtout dans une réalisation de «théâtre en famille à partir de six ans». Bref, on aurait aimé que la fantaisie et un grain de folie soient davantage au rendez-vous. Mais bon…

 Philippe du Vignal

TnBA-Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine jusqu’au 2 décembre.
Agora, Pôle national des Arts du cirque de Boulazac,  le 27 février.

 

Crocodiles


Crocodiles de Fabio Geda, d’après l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat

09432CE4-28D0-4019-AC3F-260E5E432C03Nous sommes assis de part et d’autre d’une longue piste, face à deux écrans où l’on projette par instants les frontières qu’Enaïat Akbari, un jeune Afghan de dix ans, va traverser dans des conditions invraisemblables. Sa mère l’a conduit au Pakistan et l’y abandonnera dans l’espoir de lui préserver la vie. Enaïat  va faire entendre ici la voix de tous ceux qui sont tus là-bas. Afghanistan. Pakistan, Turquie, Grèce, Italie… les frontières se passent en cordée dans les montagnes, dans le double-fond d’un camion, à bord d’un canot pneumatique! Le temps ne passe pas à la même vitesse partout mais est toujours accompagné de son cortège d’angoisses et de désirs.

Rémy Fortin nous fait vivre les épreuves douloureuses d’Enaïat qui va traverser les frontières, et dans cette  aventure aux multiples dangers, quelques-uns de ses amis y laisseront leurs vies, exploités, affamés, enfermés parfois, mais lui, réussira, malgré tout, à survivre et même à retrouver le contact avec sa mère.

  Ce solo formidable et  magistralement enlevé,dénonce sans pathos une émigration provoquée en partie, il y a des décennies par le pillage de ses anciennes colonies par les pays occidentaux. Un spectacle traversé par un beau souffle d’espoir dans la morosité et l’égoïsme de notre monde repu.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, 108 rue du Chevaleret, Paris XIIIème. T.  : 01 45 84 72 00, jusqu’au 18 novembre, en matinées scolaires, et le 16 à 10 h et 14 h 30, 17 à 10 h
Tout public : en novembre: le 15 à 15 h, le 18 à 18 h et le 12 à 16 h.

 

 

La Grande Echelle, Festival jeune Public

 

La Grande Echelle, Festival jeune public

Pierre Planchenault

Pierre Planchenault

Après une première édition au Monfort Théâtre, le Festival jeune public La Grande Echelle, porté par l’ADAMI et Tsen Productions, en partenariat avec la Maison des Métallos, invite petits et grands à un week-end de partages et rencontres autour de la création contemporaine: cirque, danse, théâtre, musique, arts visuels et sonores, bal, ateliers.

Ce festival engagé remet en question nos certitudes et nous interroge sur la place de l’enfant et de l’adulte dans la sphère familiale et sociale. Avec d’abord Les Voies de l’Enfance, un documentaire sonore et ludique, direction artistique de Dominique Duthuit, à partir de six ans. La forme expérimentale s’annonce comme contemporaine,  et l’auteur interroge la relation entre enfants et adultes. Et c’est les premiers, forcément, qui ont le droit à la parole : le public écoute avec émotion, sourire et plaisir, les voix de ces enfants de six à neuf ans: des sons glanés par Dominique Duthuit qui a enquêté auprès d’élèves de deux écoles élémentaires du XX ème arrondissement.

Les spectateurs sont assis sur des coussins dans la salle carrée dont la scène serait un couloir étroit longeant deux des côtés en angle droit de l’espace. Chacun se laisse absorber par le jeu acidulé et facétieux de ces voix enfantines et juvéniles, tremblantes ou articulées, à la fois spontanées et réfléchies, entre maladresse et savoir-faire inné. Qu’est-ce qu’un enfant ? Qu’est-ce qu’un adulte ? Qui apprend à l’autre ? Qu’est-ce qui relie ou sépare les générations ? « Les adultes ne font que travailler, manger et dormir-et travailler, manger et dormir encore – ils ne s’amusent jamais. Quelle vie ! 
« Moi, quand mes parents se disputent, ce sont de vraies disputes fortes et mon père ne dit que des gros mots ! »

Les enfants nourrissent de vrais rêves dont celui de  « se débrouiller »  sans les adultes. Une  performance musicale, visuelle et sonore, avec accordéon et chants ludiques de l’interprète, à la fois musicienne et cantatrice.  Elle se déroule dans la pénombre, invitant les spectateurs à une sieste enfantine. Des dessins d’enfants sont projetées sur un mur blanc grâce à deux petites machines malicieuses artisanales, des jouets inventifs et créatifs. Un joli spectacle délicat, rare et si juste, quant à la saisie des instants de l’enfance.

Piletta Remix de et par Le Collectif WOW ! (Belgique) à partir de 7 ans.

Piletta Remix, adapté de la fiction radiophonique Piletta Louise, est à la fois un spectacle vif, coloré – enchanteur – et une invitation à venir découvrir la fabrication d’une fiction radiophonique en direct : comment cela fonctionne-t-il ? La fabrication scénique et scénographique relève de la puissante magie des sons : bruitages, personnages, musique, mise en ondes et mixage en direct. L’héroïne Piletta,  (Emilie Praneuf) est debout face à son micro sur pied. A ses côtés, debout encore ou le plus souvent assis à leur table de bruitage, les autres interprètes qui s’essaient à la diffusion exacte et précise des bruits du monde : voix d’interlocuteurs plus ou moins sympathiques ou dangereux, voix chaude de la grand-mère,  du père inattentif, bruit de la boisson versée, du vent qui souffle, d’une vitre brisée.

Les sons de la vie sont ainsi répercutés au creux de l’oreille de chaque spectateur-petits ou grand-auxquel on a prêté un casque sonore. L’histoire de Piletta Remix  se rapproche de celle du Petit Chaperon rouge ; la fillette porte une salopette d’un rouge éclatant, et est partie à la recherche de la fameuse fleur de «bibiscus», seule capable de sauver sa grand-mère affaiblie. Rencontre de loups méchants et cruels, rencontre de Luis, un garçon si attachant que Piletta en tombe amoureuse, allant pour lui jusqu’à dévaliser une banque… Un conte initiatique d’aujourd’hui bien mené par Florent Barat, Michel Bystranowski, Benoît Randaxhe et Sébastien Schmitz. Un conte  charmant, résonnant avec une belle dimension à travers les bruits et la fureur d’une aventure ludique, tonique et rythmée.

L’Arche part à 8h, traduction de Jeanne-Lise Pépin, mise en scène de Betty Heurtebise (à partir de sept ans)

La fin du monde est annoncée, selon un temps approximatif mais de plus en plus proche. Face au déluge originel décidé par Dieu, seul un couple de chaque espèce pourra embarquer dans l’arche. Trois pingouins dérogent à la règle en vue d’une drôle de traversée, incertaine, menaçante et angoissante, quand on sait les lions si près. De toute façon, les compères s’ennuyaient à mourir sur la glace blanche et dure de leur banquise, et passaient leur temps à se disputer pour des vétilles. La colombe organise l’embarquement, exigeant que les règles soient honorées. Vive et active, elle ne peut, malgré tous ses efforts, accepter un troisième larron.

Malgré cette situation difficile, nos trois phoques échapperont aux menaces d’exclusion, grâce à leur capacité de jouer, simuler et danser. Dans cette arche fabriquée en lattes de bois de pin accueillante et chaleureuse, les comédiens s’engouffrent avec plaisir et  le déluge arrive représenté par des  gouttes de lumière à n’en plus finir sur les murs de l’arche, en images vidéo. Quant au passager clandestin, il s’amuse de ses incursions agiles dans une malle. Un mythe revisité avec fantaisie, et traversé par des questionnements sur la désobéissance, la croyance et la solidarité. « Dieu est partout, donc dans le grille-pain. » Le rire des jeunes enfants fuse, acquis à  une interrogation spirituelle.

Un joli spectacle, populaire au sens noble, qui ouvre les chemins de l’imaginaire et du rêve grâce à l’invention technique et esthétique soignée de cette arche, grâce aussi au jeu savoureux-phoques et colombe-de Stéphanie Cassignard, Alexandre Cardin, Julie Menut et Sarah Leck.

Véronique Hotte

Spectacles présentés à La Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème, les 6, 7 et 8 octobre. T : 01 47 00 25 20.

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