Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert

 

Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert (spectacle jeune public, à partir de huit ans)

helen KLe principe de la Comédie Itinérante est un projet de développement artistique et culturel du territoire initié par la Comédie de Saint-Etienne. Avec comme but, « faire découvrir des auteurs vivants, et partager un théâtre d’aujourd’hui qui parle d’aujourd’hui ». Mais aussi proposer des temps de rencontre avec les artistes.
Helen K. est l’histoire de Miracle en Alabama de William Gibson qui se joue actuellement au Théâtre La Bruyère (voir Le Théâtre du Blog): celle réelle d’Helen Keller, une petite fille qui, bébé, devint aveugle, sourde et muette à la suite d’une scarlatine et qui, grâce à la ténacité d’Annie Mansfielfd Sullivan, une jeune éducatrice passionnée, réussira à recouvrer en partie la parole. Annie la prendra entièrement en charge avec une grande amitié, et malgré son handicap, Helen  intégrera une Université et fera de brillantes études supérieures.
Ici, il ne s’agit pas d’une adaptation de la nouvelle de William Gibson mais plutôt d’une réécriture de cette histoire par Elsa Imbert, assistant d’Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Etienne. « Au delà de la question du handicap, dit la metteuse en scène, l’histoire d’Helen Keller m’intéresse également, parce qu’elle nous montre à quel point l’apprentissage du langage transforme notre perception du monde. Le langage vient éclairer le monde noir et silencieux d’Helen. » A part ces bonnes intentions, que se passe-t-il sur le plateau? Quelques branches d’arbre  ancrées dans des cubes-pas très beau et encombrant-et une table pour seul décor, et pour ce Miracle en Alabama, on dira de poche, trois comédiens au lieu d’une dizaine, comme dans l’adaptation de Marguerite Duras.
Au début, on se dit que ce n’est pas une sotte idée que cette adaptation où Elsa Imbert veut aborder la question du handicap devant des enfants, ce qui nous renvoie en somme, dit-elle comme dit, un texte bien pâlichon, une mise en scène et une direction d’acteurs aux abonnés absents. Maybie Vareilles se sort tout juste de ce rôle difficile de miss Sullivan, et Stéphane Piveteau qui joue plusieurs personnages, annone son texte et n’est pas crédible une seconde! Seule, Leïla Ka, danseuse qui interprète la petite Helen sourde et muette, a une belle gestuelle et finit par s’imposer.

Quant au jeune public, les plus petits semblent regarder sans trop comprendre le message sur le handicap qu’on voudrait leur faire passer, et les plus âgés trouvaient  ces cinquante cinq minutes plus que longuettes et visiblement s’ennuyaient. Il y a juste une minute-particulièrement réussie-d’une danse sur une table avec Helen et Miss Sullivan. Mais l’ensemble n’est guère convaincant et ne mérite pas qu’on s’y attarde… Dommage pour les enfants de Chambon-sur-Lignon, ce formidable village marqué par une tradition protestante, qui fut un des piliers de la Résistance et qui sauva de très nombreux Juifs pendant la dernière guerre. Il possède depuis quelques années un beau lieu de mémoire dont nous vous reparlerons.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la salle polyvalente de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire),  le 2 mars.

La Chaise-Dieu, auditorium Cziffra, Place Lafayette, le 9 mars, 14 h et 20 h 30. T.: 04 71 00 01 16.
Sainte Sigolène, Auditorium-Maison de la musique, avenue de Marinéo, le 16 mars à 16 h 30 et 20 h 30.

 Saint-Didier-en-Velay salle polyvalente, complexe sportif de La Péchoire, le 13 mars à 14 h et 20 h. T.:  04 71 61 14 07.

Pélussion, salle des fêtes, rue de la Maladière, le 15 mars, 14 h et 20 h. T: 04 74 87 62 02

Costaros Salle polyvalente le 17 mars, 20 h 30. T: 04 71 57 88 00 Saint-Etienne, La Comédie/La Stéphanoise, les 21 mars,  à 15 h et 19 h, les 22,  23 mars, à 10 h et 14 h, et le 24 mars, à 17 h. T.: 04 77 25 14 14

 

           

  


La Migration des canards d’Élisabeth Gonçalves, mise en scène d’Émilie Le Roux

 

La Migration des canards d’Élisabeth Gonçalves, mise en scène d’Émilie Le Roux

 

© Jessica Calvo

© Jessica Calvo

Une petite fille de dix ans évoque son quotidien, ses parents, l’école, et parle de «la loge» : sa mère est gardienne d’immeuble… Quand ses camarade de classe l’invitent à leur anniversaire, sa mère trouve systématiquement une excuse pour ne pas l’y envoyer : rendez-vous chez le médecin, départ en week-end… Car elle a honte de son petit logement et ne peut inviter à son tour, les amis de sa fille. Le père n’hésite pas à battre l’enfant quand elle ne répond pas à ses exigences : il veut qu’elle excelle en tout et qu’elle ne fasse pas de vagues.

C’est l’histoire de toutes ces familles issues de l’immigration qui ne se sentent légitimes que si elles se fondent dans le paysage, que si elles renoncent à leur culture et à leur identité d’origine. La petite fille vit difficilement les coups, mais plus encore cette injonction d’exemplarité,  si pesante. Comment, dans ces conditions, grandir, s’épanouir et exprimer sa personnalité ? Pour Émilie Le Roux, «Le défi de cette création était de faire entendre ce récit fort et sensible en l’ancrant dans une aspiration à la vie et à la liberté. Sous l’emprise d’une éducation stricte, violente, l’enfant voudrait s’en extraire et elle en prend conscience sur les bancs de l’école qui vient mettre en tension son éducation et ses aspirations »

 Elisabeth Gonçalves signe un texte fort et âpre mais qui prend un certain temps à s’incarner au plateau. Élisa Violette Bernard parvient petit à petit à nous embarquer, insidieusement au début. Puis son débit devient plus rapide, ses gestes sont plus marqués et elle s’essouffle comme si une spirale se refermait sur elle.

Au-dessus de l’espace de jeu, des chaises de classe, immobiles et retenues par de minces filins, finiront par descendre, danser et encercler la comédienne. L’école, seul lieu extra-familial du personnage, se révèle ici un endroit à la fois d’enfermement et d’épanouissement. La vidéo, bien « dosée » de Pierre Reynard complète la scénographie de Tristan Dubois éclairée de façon magnifique par Éric Marynower. Et par ailleurs, la musique enregistrée par Roberto Negro et les frères Ceccaldi accompagne ce travail d’équipe d’une grande cohérence. Émilie Le Roux et la compagnie Les Veilleurs s’imposent spectacle après spectacle, comme des acteurs incontournables du théâtre jeune public (voir Le Théâtre du Blog). Mais au-delà de cette étiquette, la pièce reste intéressante à tout âge, et cette Migration des Canards prend son envol, une fois que l’on est entré dans cette écriture un peu particulière.

Julien Barsan

Spectacle vu au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Le 16 mars au Parvis, Scène nationale de Tarbes-Pyrénées. T. : 05 62 90 08 55

 

Les Séparables de Fabrice Melquiot, création collective sous le regard de Christophe Lemaire et Emmanuel Demarcy-Mota

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Les Séparables de Fabrice Melquiot, création collective sous le regard de Christophe Lemaire et Emmanuel Demarcy-Mota

L’auteur est un vieux complice d’Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville. Acteur dans sa compagnie, il a ensuite été auteur en résidence à la Comédie de Reims, quand il  la dirigeait. Il a notamment écrit plusieurs pièces de théâtre pour enfants, dont Alice et autres merveilles, rejoué l’an passé à l’Espace Cardin. Et Fabrice Melquiot dirige depuis cinq ans le théâtre pour la jeunesse, Am Stram Gram à Genève.

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Les Séparables, un beau titre pour une histoire d’amour à la fois simple et des plus subtiles, dans un quartier ou une cité actuels, où le « vivre ensemble » n’est pas toujours facile, à cause de la diversité des populations. Et où fleurissent des tensions sur fond de préjugés et non-dits mais aussi de clichés et injures racistes. Romain, un français et Sabah, d’origine algérienne, n’ont même pas dix ans et vont connaître des amours enfantines à la fois imprégnées de tendresse mais aussi du sentiment de précarité.

Leur amour mais aussi la haine des adultes entre eux vont être leur ordinaire. Sabah se prend pour une Sioux de la tribu des Dakota qui chasse le bison blanc et sa vie va tourner autour de cette légende qu’elle s’est inventée pour se protéger d’un monde hostile. Romain, lui, est un petit garçon dont les parents s’aiment tellement… qu’ils le laissent le plus souvent seul. Il les dit capables de «l’oublier dans un coin et d’aller manger des huîtres au restaurant». Plus tard, il apprendra, catastrophé, qu’ils divorcent! Comme Sabah, il se réfugie donc dans un imaginaire bien à lui et s’imagine en cow-boy à cheval, loin des horreurs du quotidien.

D’abord très amis, ils découvrent l’amour mais aussi la haine des adultes entre eux, ce qui finira par les séparer. Sabah a apporté à Romain des makrouts-une pâtisserie maghrébine à base de semoule et pâte de dattes-que sa mère a  confectionnés. Mais ce petit cadeau va tout bouleverser! Romain estropie le mot makrout qu’il trouve plutôt bizarre. Sabah, elle, lui dit qu’il a des parents racistes. La famille de Sabah, effectivement écœurée par le racisme ambiant, quittera la cité et les  amoureux seront donc séparés. Pour se retrouver plus tard… mais quelque chose aura évolué dans leur relation. Ainsi la vie n’est pas le long fleuve tranquille décrit par la Bible, semble nous dire Fabrice Melquiot. Avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de raffinement dans une écriture virtuose, quand il peint ces enfants en quête d’un idéal et qu’il dénonce le comportement de certains adultes…

 © Jean-Louis Fernandez.

© Jean-Louis Fernandez.

Sur le plateau, Yves Collet a imaginé une scénographie très simple avec surtout, en fond de scène, des  images vidéo réussies et efficaces de Mike Guermyet qui situent bien les choses: de hautes barres d’immeubles grises et tristes comme on en voit un peu partout dans les banlieues des grandes villes, une belle forêt avec un cerf, et la silhouette d’un cheval que Romain va enfourcher… Céline Carrère et Stéphane Krähenbühl imposent vite les personnages de ces enfants qui «croyaient en des mystères plus grands qu’eux», et «enrageaient de ne pas être ceux qu’ils voulaient être». Mais la jeune comédienne aurait quand même intérêt à faire simple et à ne pas jouer parfois en force cette petite fille qu’elle n’est plus.

Un spectacle pour enfants, plus que pour adolescents, en cinquante minutes et d’une grande exigence artistique dans la mise en scène, le jeu et la scénographie. Qui sonne comme une invitation au respect et à la tolérance envers l’autre… Et où les parents peuvent aussi trouver matière à réflexion, quand il s’agit pour eux de vivre la différence, avec des parents d’enfants amis des leurs,  mais d’une autre couleur de peau et/ou issus d’autres civilisations… Il faut signaler que le Théâtre de la Ville a, chaque saison, une bonne programmation de théâtre, pour enfants et pour adolescents. Ce qui n’était pas le cas sous le règne des précédents directeurs de ce théâtre, ni dans les autres salles parisiennes qui ne font jamais de création de textes contemporains, et qui, le plus souvent, présentent des pièces classiques en format poche, mal mises en scène et mal jouées…Et la petite salle de l’Espace Cardin qui héberge le Théâtre de la Ville-fermé pour cause de travaux depuis 2016-convient bien à ce type de spectacle.

Mais au fait, madame Hidalgo, pourquoi ces dits travaux, longs et coûteux, n’ont-ils visiblement pas commencé? Pourtant planifiés de plus longue date pour remettre aux normes les outils techniques, la sécurité et l’accessibilité de la salle. Cela veut sans doute dire que le Théâtre de la Ville va devoir loger dans la médiocre salle de Cardin et, au coup par coup, dans d’autres salles parisiennes pendant encore plus de deux ans! Alors que le Théâtre du Châtelet, lui aussi sous tutelle de la Mairie de Paris, est actuellement aussi en rénovation…L’inauguration des deux bâtiments étant prévue avant les prochaines élections municipales  en mars 2020! Mais on voit mal comment les délais pourront être tenus…

Cela n’est pas digne d’une ville comme Paris! Vous avez dit désordre?

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville, Espace Cardin, avenue Gabriel, Paris VIIIème, jusqu’au 23 février.  

Le texte est publié aux éditions de l’Arche.

 

 

Sept d’un coup, de Catherine Marnas, inspiré du Vaillant petit tailleur des frères Grimm

©-Frédéric-Desmesure

©-Frédéric-Desmesure

 

Sept d’un coup, texte et mise en scène de Catherine Marnas, inspiré du vaillant petit tailleur de frères Grimm.

 Les frères Grimm: Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859), grands linguistes allemands ont recueilli des contes populaires de leur pays et en ont écrit quelque deux cent mais aussi réalisé un dictionnaire et une histoire de la langue allemande. Richard Wagner s’inspira de plusieurs des légendes qu’ils collectèrent  pour  composer ses opéras  et de la Mythologie allemande de Jacob Grimm pour sa Tétralogie.

 Le conte, sans doute l’une des plus anciennes formes d’expression  depuis Homère, a depuis le milieu du XXème siècle, séduit nombre de metteurs en scène de théâtre qui   ont réalisé soit une histoire racontée en solo, soit en  un spectacle avec quelques acteurs, en général surtout destiné à au jeune public, en une heure maximum.  Le plus souvent, un héros principal est placé dans une situation presque sans espoir à cause d’un nouvel élément imprévu (catastrophe, mauvaises rencontres d’êtres à la fois bénéfiques ou malfaisants, souvent fantastiques…) le plus souvent au cours d’un long voyage. Malgré de nombreuses épreuves, il se montre plus fort sur le plan mental que ses adversaires, ce qui lui permet de jouir enfin du bonheur qui, jusque là, lui avait été refusé. Mais les auteurs contemporains refusent  souvent cette fin heureuse, et aiment introduire le tragique dans leur textes. Ils ont lu Bruno Bettelheim (1903-1990) qui analyse le contenu  psychanalytique des contes pour enfants (Blanche-Neige, La Belle et la bête,etc.) et montre comment ils répondent en fait aux angoisses des enfants, en les informant sur les épreuves à venir  avant d’être adultes.

  Catherine Dasté dans les années 70 avait réussi à donner au théâtre pour enfants une légitimité avec de merveilleuses et fortes mises en scène sur les plans dramaturgique et pictural, et depuis, les contes à l’origine, oraux et populaires ont souvent été portés au théâtre, avec le plus souvent un récit  et des actions représentées au premier degré, voire avec une certaine distance. Comme dans les très remarquables spectacles tout public de Joël Pommerat qui reprend, loin d’une littérature «enfantine» au mauvais sens du terme, de grands classiques comme Pinocchio, Cendrillon, et Le petit Chaperon rouge: autant de chefs-d’œuvre d’écriture et de mise en scène

Catherine Marnas s’est, elle aussi, prise au jeu et a donc revisité et mis au goût du jour, en en gardant la trame, le célèbre conte des frères Grimm. Ici, plus de petit tailleur mais un jeune garçon, Olivier, maladroit, pas très costaud et qui se sent toujours en état d’infériorité, donc une cible idéale pour ses copains, des durs à cuire en blouson à capuche qui se moquent de lui et le maltraitent. Il se réfugie dans la dégustation d’une tartine de confiture, un savoureux goûter mais…  qui attire les mouches ! Il prend un torchon et arrive alors à en tuer sept !

Fier de son exploit,  il marquera sur son T shirt : « Sept d’un coup » et décidera de partir en voyage. En chemin, il rencontrera dans une forêt peuplée de géants fantomatiques et l’un d’eux le mettra au défi  d’être aussi fort que lui. Il presse une pierre et arrive à en tirer de l’eau mais Olivier prend dans son sac un fromage et arrive au même résultat. Le géant dépité lance alors une pierre très haut qui retombera  même au bout de longues secondes. Plus rusé,  Olivier fera s’envoler l’oiseau qu’il avait emmené dans son sac de voyage, et qui lui, ne retombera jamais! Et il aura donc encore  gagné ! Après avoir repris sa route, il rencontre un roi qui a peur pour sa vie et celle de ses sujets, quand il voit l’inscription sur le T shirt d’Olivier. Et il lui offre aussitôt la moitié de son royaume et la main de sa fille, une très belle princesse. Le roi remet toujours à plus tard la récompense promise… Moralité : il ne faut jamais enfant faire confiance aux adultes. Mais tout finira bien pour Olivier.

Sur le plateau nu, juste des cadres métalliques pour figure l’architecture d’une maison que l’on pourra déplacer.  L’un des comédiens joue Olivier et les autres sont en charge de tous les autres personnages. «La modernisation du personnage et des thèmes, dit Catherine Marnas, n’empêchera en rien le merveilleux et le poétique, les géants glisseront comme par magie dans de grandes robes allant jusqu’au sol, la forêt sera peuplée d’être étranges… car il me semble important de lier la catharsis que j’évoquais au début, à l’imaginaire du rêve».

Ce spectacle honnête est très sérieusement réalisé par Catherine Marnas, même s’il a un peu de mal à se mettre en route. Mais Julien Duval, Carlos Martins, Olivier Paul et Bénédicte Simons, très habiles, même s’ils n’ont pas du tout l’âge du rôle, arrivent à endosser de nombreux personnages et à rendre la peur et les angoisses du petit Olivier. Et il y a vraiment une réelle poésie dans les belles scènes où Olivier rencontre le Roi et la princesse.
Ce qui fonctionne moins bien : l’utilisation-inutile, voire carrément nuisible-de micros HF, même si la musique et les bruitages sont souvent intéressants, une scénographie et des costumes, disons approximatifs, alors qu’ils s’avèrent pourtant essentiels, surtout dans une réalisation de «théâtre en famille à partir de six ans». Bref, on aurait aimé que la fantaisie et un grain de folie soient davantage au rendez-vous. Mais bon…

 Philippe du Vignal

TnBA-Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine jusqu’au 2 décembre.
Agora, Pôle national des Arts du cirque de Boulazac,  le 27 février.

 

Crocodiles


Crocodiles de Fabio Geda, d’après l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat

09432CE4-28D0-4019-AC3F-260E5E432C03Nous sommes assis de part et d’autre d’une longue piste, face à deux écrans où l’on projette par instants les frontières qu’Enaïat Akbari, un jeune Afghan de dix ans, va traverser dans des conditions invraisemblables. Sa mère l’a conduit au Pakistan et l’y abandonnera dans l’espoir de lui préserver la vie. Enaïat  va faire entendre ici la voix de tous ceux qui sont tus là-bas. Afghanistan. Pakistan, Turquie, Grèce, Italie… les frontières se passent en cordée dans les montagnes, dans le double-fond d’un camion, à bord d’un canot pneumatique! Le temps ne passe pas à la même vitesse partout mais est toujours accompagné de son cortège d’angoisses et de désirs.

Rémy Fortin nous fait vivre les épreuves douloureuses d’Enaïat qui va traverser les frontières, et dans cette  aventure aux multiples dangers, quelques-uns de ses amis y laisseront leurs vies, exploités, affamés, enfermés parfois, mais lui, réussira, malgré tout, à survivre et même à retrouver le contact avec sa mère.

  Ce solo formidable et  magistralement enlevé,dénonce sans pathos une émigration provoquée en partie, il y a des décennies par le pillage de ses anciennes colonies par les pays occidentaux. Un spectacle traversé par un beau souffle d’espoir dans la morosité et l’égoïsme de notre monde repu.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, 108 rue du Chevaleret, Paris XIIIème. T.  : 01 45 84 72 00, jusqu’au 18 novembre, en matinées scolaires, et le 16 à 10 h et 14 h 30, 17 à 10 h
Tout public : en novembre: le 15 à 15 h, le 18 à 18 h et le 12 à 16 h.

 

 

La Grande Echelle, Festival jeune Public

 

La Grande Echelle, Festival jeune public

Pierre Planchenault

Pierre Planchenault

Après une première édition au Monfort Théâtre, le Festival jeune public La Grande Echelle, porté par l’ADAMI et Tsen Productions, en partenariat avec la Maison des Métallos, invite petits et grands à un week-end de partages et rencontres autour de la création contemporaine: cirque, danse, théâtre, musique, arts visuels et sonores, bal, ateliers.

Ce festival engagé remet en question nos certitudes et nous interroge sur la place de l’enfant et de l’adulte dans la sphère familiale et sociale. Avec d’abord Les Voies de l’Enfance, un documentaire sonore et ludique, direction artistique de Dominique Duthuit, à partir de six ans. La forme expérimentale s’annonce comme contemporaine,  et l’auteur interroge la relation entre enfants et adultes. Et c’est les premiers, forcément, qui ont le droit à la parole : le public écoute avec émotion, sourire et plaisir, les voix de ces enfants de six à neuf ans: des sons glanés par Dominique Duthuit qui a enquêté auprès d’élèves de deux écoles élémentaires du XX ème arrondissement.

Les spectateurs sont assis sur des coussins dans la salle carrée dont la scène serait un couloir étroit longeant deux des côtés en angle droit de l’espace. Chacun se laisse absorber par le jeu acidulé et facétieux de ces voix enfantines et juvéniles, tremblantes ou articulées, à la fois spontanées et réfléchies, entre maladresse et savoir-faire inné. Qu’est-ce qu’un enfant ? Qu’est-ce qu’un adulte ? Qui apprend à l’autre ? Qu’est-ce qui relie ou sépare les générations ? « Les adultes ne font que travailler, manger et dormir-et travailler, manger et dormir encore – ils ne s’amusent jamais. Quelle vie ! 
« Moi, quand mes parents se disputent, ce sont de vraies disputes fortes et mon père ne dit que des gros mots ! »

Les enfants nourrissent de vrais rêves dont celui de  « se débrouiller »  sans les adultes. Une  performance musicale, visuelle et sonore, avec accordéon et chants ludiques de l’interprète, à la fois musicienne et cantatrice.  Elle se déroule dans la pénombre, invitant les spectateurs à une sieste enfantine. Des dessins d’enfants sont projetées sur un mur blanc grâce à deux petites machines malicieuses artisanales, des jouets inventifs et créatifs. Un joli spectacle délicat, rare et si juste, quant à la saisie des instants de l’enfance.

Piletta Remix de et par Le Collectif WOW ! (Belgique) à partir de 7 ans.

Piletta Remix, adapté de la fiction radiophonique Piletta Louise, est à la fois un spectacle vif, coloré – enchanteur – et une invitation à venir découvrir la fabrication d’une fiction radiophonique en direct : comment cela fonctionne-t-il ? La fabrication scénique et scénographique relève de la puissante magie des sons : bruitages, personnages, musique, mise en ondes et mixage en direct. L’héroïne Piletta,  (Emilie Praneuf) est debout face à son micro sur pied. A ses côtés, debout encore ou le plus souvent assis à leur table de bruitage, les autres interprètes qui s’essaient à la diffusion exacte et précise des bruits du monde : voix d’interlocuteurs plus ou moins sympathiques ou dangereux, voix chaude de la grand-mère,  du père inattentif, bruit de la boisson versée, du vent qui souffle, d’une vitre brisée.

Les sons de la vie sont ainsi répercutés au creux de l’oreille de chaque spectateur-petits ou grand-auxquel on a prêté un casque sonore. L’histoire de Piletta Remix  se rapproche de celle du Petit Chaperon rouge ; la fillette porte une salopette d’un rouge éclatant, et est partie à la recherche de la fameuse fleur de «bibiscus», seule capable de sauver sa grand-mère affaiblie. Rencontre de loups méchants et cruels, rencontre de Luis, un garçon si attachant que Piletta en tombe amoureuse, allant pour lui jusqu’à dévaliser une banque… Un conte initiatique d’aujourd’hui bien mené par Florent Barat, Michel Bystranowski, Benoît Randaxhe et Sébastien Schmitz. Un conte  charmant, résonnant avec une belle dimension à travers les bruits et la fureur d’une aventure ludique, tonique et rythmée.

L’Arche part à 8h, traduction de Jeanne-Lise Pépin, mise en scène de Betty Heurtebise (à partir de sept ans)

La fin du monde est annoncée, selon un temps approximatif mais de plus en plus proche. Face au déluge originel décidé par Dieu, seul un couple de chaque espèce pourra embarquer dans l’arche. Trois pingouins dérogent à la règle en vue d’une drôle de traversée, incertaine, menaçante et angoissante, quand on sait les lions si près. De toute façon, les compères s’ennuyaient à mourir sur la glace blanche et dure de leur banquise, et passaient leur temps à se disputer pour des vétilles. La colombe organise l’embarquement, exigeant que les règles soient honorées. Vive et active, elle ne peut, malgré tous ses efforts, accepter un troisième larron.

Malgré cette situation difficile, nos trois phoques échapperont aux menaces d’exclusion, grâce à leur capacité de jouer, simuler et danser. Dans cette arche fabriquée en lattes de bois de pin accueillante et chaleureuse, les comédiens s’engouffrent avec plaisir et  le déluge arrive représenté par des  gouttes de lumière à n’en plus finir sur les murs de l’arche, en images vidéo. Quant au passager clandestin, il s’amuse de ses incursions agiles dans une malle. Un mythe revisité avec fantaisie, et traversé par des questionnements sur la désobéissance, la croyance et la solidarité. « Dieu est partout, donc dans le grille-pain. » Le rire des jeunes enfants fuse, acquis à  une interrogation spirituelle.

Un joli spectacle, populaire au sens noble, qui ouvre les chemins de l’imaginaire et du rêve grâce à l’invention technique et esthétique soignée de cette arche, grâce aussi au jeu savoureux-phoques et colombe-de Stéphanie Cassignard, Alexandre Cardin, Julie Menut et Sarah Leck.

Véronique Hotte

Spectacles présentés à La Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème, les 6, 7 et 8 octobre. T : 01 47 00 25 20.

Le Corps utopique

 

Le Corps utopique ou Il faut tuer le chien sur une idée de Nikolaus Holz, mise en scène de Christian Lucas

le corps utopiqueDes rideaux plissés mal accrochés beige foncé, d’une laideur repoussante et qui pendouillent. Dans cet univers déjanté Face public, une très longue table bordée d’une jupe plissée verdâtre, avec les noms des participants: Colonel, Dupont, Mendhelhson, Nathan, Robi, etc. imprimés sur une petite pancarte, avec une bouteille d’eau par personne coiffée d’un verre en plastique blanc qu’une secrétaire très sérieuse à lunettes-escarpins et mini-jupe ultra-serrée va redisposer sans fin. Côté jardin, un vieux fauteuil de bureau rafistolé à coups de bandes adhésives devant un piano à queue. Et derrière un échafaudage métallique à deux niveaux.

Le colonel arrive, cheveux très courts, chemise bleu pâle et képi, avec  une serviette noire à soufflet où il va aussitôt glisser la bouteille d’eau qu’il vient de piquer à la place voisine.
Arrive un jeune punk aux cheveux rouges qui s’assied à la place marquée Robi et qui provoque rapidement la colère du colonel. Bagarres, poursuites, coup de pied aux fesses entre les deux hommes. Puis un brave bonhomme en complet et chapeau noir s’assied entre eux deux; imperturbable, il répétera souvent au cours du spectacle: “Y-a-t-il des questions à poser? « 
Puis le spectacle, une fois la table explosée par un parpaing tombé des cintres évoluera plutôt vers l’acrobatie et le jonglage. Il y a une merveille scène très poétique où,  une boule rouge en équilibre sur la tête, Nikolaus Holz marche en équilibre sur les barres d’une sorte de cage puis arrive à se glisser en dessous, toujours avec sa boule rouge sur la tête, puis à en ressortir… 

Cet univers proche de celui de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, avec un échafaudage, quelques planches, des barres de fer rond, et des plafonniers qui, surtout à la fin, déversent de la poudre blanche sur les personnages, a été remarquablement conçu par Raymond Sarti.  Le spectacle participe d’un exercice corporel de très haut niveau, avec Nikolaus Holz lui-même, acrobate et jongleur hors pair qui joue le colonel,  deux jeunes circassiens: Mehdi Azema, lui aussi excellent acrobate et mime exemplaire quand il joue un chien et un singe, et Ode Rosset,  très bonne comédienne(la jeune secrétaire) et aussi acrobate. Vite métamorphosée dans la seconde partie, elle reprend son costume d’acrobate. Tous deux sortis de l’Ecole Nationale des Arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Tiens, Le Corps Utopique: une idée de sortie pour le politique Laurent Wauquiez  qui n’a pas de mots assez durs pour les écoles de cirque. (On peut avoir été élève à  Normale Sup  puis à l’E.N.A, et dire des conneries exemplaires!) Un spectacle comme celui-ci, mais il y a peu de chances qu’il le voit, lui remettrait peut-être les idées en place quand il émettra des jugements!)

Et il y a aussi le merveilleux Pierre Byland (quatre vingts-ans au compteur), grand clown de théâtre, professeur chez Jacques Lecoq et que l’on a vu autrefois comme metteur en scène et comme acteur chez-exusez-du peu-Beno Besson, Samuel Beckett, Roger Blin, Antoine Vitez, Jérôme Savary! Un personnage hors-normes comme les aimait Tadeusz Kantor, d’une grande présence scénique, avec une précision gestuelle exemplaire. Avec une silhouette de gros bonhomme un peu paumé, il apporte une touche d’humour incroyable, même si parfois ses blagues sont un peu longuettes. Mais quand il se met à jouer le début de la Cinquième de Beethoven au piano ou quand il pose sa question rituelle: “Y-a-t-il des questions?”, le public est emporté.

Soit trois générations d’acteurs-circassiens au service d’un spectacle où des objets dérisoires vont tout d’un coup acquérir une vie réelle: un gros chapeau noir, de grosses boules rouges, un simple parpaing ( qui va quand même tomber des cintres et casser une table!), une barre de fer, des gobelets en plastique, se mettent à vivre. Objets inanimés avez-vous donc une âme disait déjà Charles Baudelaire? « Les objets dit justement Nikolaus, font le lien entre les hommes-lieu et l’espace-lieu mais surtout… mais surtout ils racontent que l’homme est passé par là, qu’il était beau, qu’il était fier, qu’il voulait faire un salto tellement il était content et qu’il s’est fait mal.”

Éternelle revanche de l’objet fragile, utile quelques minutes comme ce verre en plastique mais qui en général, peut vivre beaucoup plus longtemps que l’homme! Il y a sans doute ici peu visible, mais que le public ressent profondément, une belle leçon de métaphysique. Où les artistes prennent  constamment des risques avec leur corps. “Mon corps c’est le lieu sans recours auquel je suis condamné, dit Nikolaus;  en jonglant, quand il rate, une seule fois et de peu, une boule rouge, le public, comme pour le consoler, applaudit très fort…

Belle connivence!Certes le spectacle qui vient d’être recréé, est encore un peu brut de décoffrage-il y a quelques longueurs surtout au début, une fausse fin, et des petites erreurs de mise en scène: quand Pierre Byland est au piano, la belle acrobate à sa barre verticale n’est pas bien mise en valeur ,alors qu’elle le mérite amplement.  Sinon, ne vous privez surtout pas de ce spectacle qui reste pendant quatre-vingt dix minutes, un vrai bonheur, et mon voisin, un petit garçon de cinq ans, riait sans arrêt. Un signe qui ne trompe pas!

 Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre Dramatique National, Place Jean Jaurès, Montreuil (Essone) jusqu’au 29 septembre.
Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon  du 3 au 7 octobre.

 

Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

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(C) Benoît Poix

 

Festival d’Avignon

Elika de Suzanne Lebeau, mise en scène de Marie Levavasseur

IMG_809 Angelina, ex-infirmière sans frontières, raconte l’histoire d’une jeune fille, recueillie en pleine guerre civile dans son hôpital. A cette enfant-soldat, ravagée par trois ans de captivité, de mauvais traitements et d’esclavage sexuel, il ne reste qu’un cahier dont elle nous lit des bribes, pour témoigner, comme le lui a demandé Elika. Une gamine de treize ans à l’enfance confisquée qui a eu le courage de fuir l’enfer, pour sauver un petit garçon, Joseph, des griffes de ses tortionnaires et qui retrouve petit à petit, et à travers l’écriture, une humanité qu’elle n’avait jamais perdue.

 Fanny Chevallier, face public, nous livre le double témoignage d’Angelina et d’Elika avec simplicité, sans pathos, accompagnée sur scène par l’artiste Stéphane Delaunay.  Sur un écran en fond de scène, ses  tâches d’encre improvisées au fil du texte, se diluent dans la lumière du rétro-projecteur, dessinant d’inquiétants trous noirs et d’étranges traînées et découpant un espace onirique qui rompt avec le côté didactique où le spectacle risquerait de verser.

En effet, au départ, Suzanne Lebeau avait conçu  Elika, à partir de témoignages d’enfants-soldats, pour apporter un éclairage plus pédagogique à sa pièce  Le bruit des os qui craquent ( voir Le Théâtre du blog) : « J’ai écrit ce texte, dit l’auteure québécoise,  pour essayer de comprendre la souffrance des corps d’enfants qui grandissent dans la violence quotidienne et des âmes qui cherchent un tuteur dans cet incroyable gâchis. Elikia a surgi avec sa souffrance en bandoulière. Avec elle, j’ai retrouvé un reste d’humanité que les cris et les coups n’avaient pas réussi à faire taire », dans les quelques lignes qui s’affichent dans l’obscurité, à la fin du spectacle.

 Moins théâtral que Le bruit des os qui craquent, monté en 2014 déjà par Marie Levavasseur et son équipe,  ce monologue, rondement mené, nous accroche et, même si l’actrice ne prétend pas nous tirer de larmes, nous en sortons ébranlés. Le festival d’Avignon, dans sa grande diversité,  permet de rencontrer de jeunes équipes   talentueuses  qui s’emparent  d’œuvres  contemporaines. Telle la compagnie Tourneboulé. Basée dans le Nord, et associée depuis deux ans au Théâtre du Grand Bleu à Lille pour des actions artistiques ou de projets participatifs. Si cela coûte aux compagnies de jouer en Avignon pendant trois semaines (environ quarante-cinq mille euros pour Elika), elles en sont parfois récompensées : ce spectacle va entamer une belle tournée.

 Mireille Davidovici

 Arthéphile 7 rue Bourg-Neuf Avignon, jusqu’au 28 juillet, T. 04 90 03 01 90.

 

 

 

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 

Festival d’Avignon

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 2015-03-11 10.05.33L’un des auteurs estampillés «jeune public», parmi les plus intéressants de notre génération, a fondé avec son épouse Sylviane Fortuny, une compagnie qui met en scène ses pièces depuis de nombreuses année, et  avec un grand succès.

Dès le début, notre auteur se défend de nous jouer un spectacle, avec une malice qui ne le quittera jamais ; si il avait su faire des spectacles, dit-il, il n’en écrirait pas ! Dans sa conférence, il va nous détailler ce en quoi consiste pour lui, le métier d’auteur de théâtre jeune public.

Les enfants, au centre de son œuvre, sont présents aussi par le biais de citations glanées lors d’interventions  dans des classes. Toutes plus drôles et/ou absurdes. Il nous raconte que pour lui, l’écriture était un moyen pour entrer dans la grande famille du théâtre, que ses écrits sont souvent le fruit d’un miracle, qu’il ne contrôle pas tout et qu’il se trompe souvent. Il écrit comme on vit, et c’est pour cela que selon lui, , il y a des longueurs, des temps morts et des respirations dans ses textes comme dans la vie.

Il rappelle aussi que l’écriture jeune public est moins bien considérée, mais qu’il en tire finalement une plus grande liberté, puisqu’il ne se sent pas attendu au tournant. Sa conférence est émaillée de lectures d’extraits de son œuvre,  avec pêle-mêle,  Sacré Silence, En attendant le Petit Poucet, Abeilles, habillez-moi de vous, Sœur, je ne sais pas quoi frère ou Ils se marièrent et eurent beaucoup.

Comme Philippe Dorin aime jouer, il propose au public de participer et demande qu’une lectrice lui donne la réplique depuis la salle, et qu’un couple de lecteurs se tienne derrière un cercle de petits cailloux pour lire,  ou que quelqu’un vienne aussi lire à ses côtés. Au-delà de l’essentiel de son œuvre essentielle, on découvre un homme que le sourire ne quitte jamais, joyeux et joueur, d’une grande humilité.

Cette vraie fausse conférence est à son image, un beau et léger moment et qui rend hommage à la spontanéité des enfants. Le final, plein de poésie, permet au public tout entier de se retrouver,  pour une petite performance à base de papier. Comme le dit si bien un des enfants rencontrés par Philippe Dorin: «Finalement faire du théâtre, c’est pas faire semblant, c’est faire exprès »

 Julien Barsan

 La Parenthèse jusqu’au 21 juillet à 17 heures.  T. :04 90 87 46 81

 

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre Yves Chapalain


Festival d’Avignon

Où sont les Ogres ? texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain (à partir de neuf ans)

SashaC’est une sorte de conte fantastique où l’auteur veut nous entraîner. Cela se passe dans une grande ville, où une mère vit seule avec Hannah, sa fille qui refuse de sortir de sa chambre. L’adolescente a rencontré Angelica par Internet, ce qui échappe à sa pauvre mère, incapable de la comprendre et d’avoir la moindre influence sur elle,  pour  la faire sortir de son enfermement. Le patron d’un grand restaurant voisin a invité un cirque et le hasard fait bien les choses, Hannah va découvrir qu’Angelica est la fille du restaurateur !  Si si c’est vrai! Et à la campagne, les deux  amies ne vont plus se quitter : un thème qui en vaut un autre…

Oui, mais voilà, le scénario au début du moins, même si il a un peu de mal à démarrer, tient à peu près la route mais devient vite confus et le conte dérive ! Une des deux ados est, dit-elle, de la famille d’un ogre assoiffé de chair, et il faut qu’elle prenne sur elle-même pour ne pas manger de bébés. Vous avez dit compliqué? Il y une remarquable scénographie d’Eric Soyer qui travaille régulièrement avec Joël Pommerat, avec un cirque, puis un très grand frigo d’une blancheur immaculée où sont pendus des jambons saucissons, et grands quartiers de viande rouge.

Le spectacle est bien joué en particulier par Jean-Louis Coulloc’h et trois jeunes comédiennes Bouilaïna El Fekkak, Julies Lespages, et Catherine Vinatier. Mais tout va cahin-caha pendant une éternité, c’est à dire un peu plus d’une heure seulement! Malgré de belles images, un pièce décevante, assez soporifique, à cause d’un texte trop compliqué et sans unité. “Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film», dit Sydney Pollack. Et cela vaut aussi bien sûrpour le théâtre voyez Sophocle, Euripide, Molière, Labiche, Feydeau, etc.. Pierre-Yves Chapalain aurait dû s’en souvenir. Donc, si ce n’est pas trop tard, pas la peine de vous déplacer et surtout n’y emmenez pas vos enfants…

Philippe du Vignal

Chapelle des Pénitents blancs, Avignon, jusqu’au 9 juillet à 11 et 15h, et le 11 juillet à 11h.
Du 18 au 20 octobre, Le Canal Théâtre du Pays de Redon.
Les 7 et 8 novembre, Scènes du Jura, Scène Nationale de Dole/Lons-le-Saunier ; les 22 et 23 novembre, Ferme du Buisson (`Marne-la-Vallée ; du 28 novembre au 1er décembre, Théâtre de Lorient.
Le 6 décembre, Théâtre du Pays de Morlaix ; les 8 et 9 décembre de Brest. Les 19 et 20 décembre, L’Archipel ,Les Glénans.

 

 

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