Udo complètement à l’Est

UdoUdo complètement à l’Est, texte et mise en scène de Métilde Weyergans et Samuel Hercule, création musicale de Mathieu Ogier

 Blanche-Neige est un conte allemand dont la version la plus connue est celle de Jacob et Wilhem Grimm (1812) dont on ne compte plus les adaptations pour la scène, la BD  et bien sûr le  cinéma qui ont commencé il y a un siècle  avec le film muet, en noir et blanc de J. Searle Dawley.
 Une reine, malheureuse de ne pas avoir d’enfant, se pique le doigt en cousant : quelques gouttes de sang tombent sur la neige. «Si j’avais, dit-elle, un enfant, au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène !». Et peu après, elle meurt, en accouchant d’une petite fille. Le roi se remarie avec une femme  jolie mais méchante et jalouse de Blanche-Neige. Son miroir magique lui répète qu’elle est la plus belle du royaume mais reconnaît un jour que  Blanche-Neige  est devenue plus belle.
 La reine demande alors à un chasseur de la tuer et de lui en rapporter le cœur, mais il n’obéit pas et l’abandonne Blanche-Neige dans les bois, qui, seule, découvre une  petite maison abritant sept nains qui ont pitié d’elle, la cachent et l’emploient comme servante. La reine, apprend, toujours grâce à son miroir qu’elle vit toujours, et  elle essaye trois fois de la faire mourir. Déguisée en paysanne, elle lui fait croquer une pomme empoisonnée à Blanche-Neige qui  tombe comme morte.
Les nains, accablés de tristesse, la mettent dans un cercueil de verre pour que tous puissent l’admirer.Un prince en tombe amoureux et obtient leur permission d’emporter le cercueil, mais, en route, le morceau de pomme coincé dans la gorge de Blanche-Neige se dégage, et elle se réveille. Le prince la demande en mariage; invitée à la fête, la reine est condamnée à danser avec des chaussures de fer chauffées au rouge…
 Un psychanalyste comme Bruno Bettelheim s’était beaucoup intéressé aux contes de fées, «miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité ». Et sur le petit plateau, Mathieu Ogier qui a sans doute aussi lu Bruno Bettelheim, sait nous parler de cette Blanche-Neige mais d’une autre façon:  « Vous connaissez l’histoire ? Mais je peux vous le dire, moi : ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Pas du tout.Dans ce livre, on parle d’un roi. Une seule fois, à la première page, après plus rien. Tout le monde s’en fout complètement du père de Blanche-Neige. Et ce père, ce roi, c’est moi. Udo, je m’appelle Udo, mais dans l’histoire, on dit juste «le roi». Mais il est où, ce «roi» pendant tout ce temps où sa petite fille est en danger? C’est bizarre, non ? Et il fait quoi ? Il s’est sans doute passé quelque chose dans sa vie pour qu’il soit si transparent… Comme un fantôme. Peut-être qu’il faudrait lui poser la question, au roi… Vous voulez que je vous raconte mon histoire? ».
 Ainsi commence  ce court (quarante-cinq minutes) mais très beau et poétique spectacle pour enfants.  Matthieu Ogier, seul à un pupitre, raconte d’abord cette histoire merveilleuse et cruelle, en tournant les pages d’un livre illustré, puis en joue le prolongement imaginé par Métilde Weyergans et Samuel Hercule.On le voit ainsi mimant Udo dans le train qui l’emmène très loin de son royaume, un ensemble de hautes tours de H.L.M. !. Avec des moyens très simples, les metteurs en scène suggèrent une situation, un lieu comme la vitre embuée d’un wagon (photo plus haut). Ce  fameux roi, en réalité, un pauvre trapéziste au chômage, reçoit une proposition de travail dans un cirque… installé tout au bout du Transsibérien.
Il va donc quitter donc femme et fille pour un long voyage dans une Russie neigeuse et glacée que l’on voit, comme les autres personnages de cette épopée, sur un écran, comme par magie grâce à de minuscules projecteurs, mais les flocons  de neige sont  soufflés  à vue par un ventilateur.

Tout va donc bien pour le trapéziste qui a retrouvé du travail, mais le dernier jour du sixième mois de son contrat, il rate le filet et fait une grave chute, ici métaphoriquement figurée par l’écroulement d’une trentaine de grosses boîtes de conserve blanches et rouges. Il s’en sortira mais deviendra amnésique pendant huit ans, ce qui rappelle évidemment la mort supposée de Blanche-Neige.
Il
finit par retrouver sa fille mais c’est maintenant une jolie jeune femme qu’il ne reconnaît pas vraiment…  Udo travaille toujours dans un cirque  où… faute de mieux, il vend à l’entracte des pommes d’amour! Vous savez : celles enrobées de caramel rouge qui font rêver les enfants, à l’inverse de la fameuse pomme empoisonnée, croquée par Blanche-Neige. C’est une  triste fin  mais moins cruelle que celle du conte  traditionnel!
Mathieu Ogier nous raconte l’histoire de cet Udo, avec beaucoup d’intelligence, de simplicité et une excellente diction. Quentin, son frère, à la console, apporte bruitages en direct et musique qui servent d’appui aux images  illustrant cet
impeccable et beau spectacle, mis en scène avec une grande rigueur par leurs auteurs sur la petite scène du café des Œillets où il a été chaleureusement applaudi par les adultes…
Nous souhaitons vraiment aussi que les groupes d’enfants puissent le voir, dès que cela sera à nouveau possible.

Philippe du Vignal

Café des Oeillets au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, Paris (4ème). Les représentations sont bien maintenues jusqu’au 28 novembre, et ensuite jusqu’au 20 février (dès huit ans). T: 01.42.74.22.

 


Les trois Moines

 

Les trois Moines par le Théâtre national d’art pour les enfants de Pékin

PEJ-3moinesC’est une des  pièces les plus connues du  répertoire du Théâtre national d’art pour les enfants qui, depuis près de soixante ans, transmet aux plus jeunes des pièces anciennes et modernes du théâtre chinois. Les Trois Moines, célèbre conte traditionnel transmis de génération en génération, traduit sous la forme d’une petite histoire, un proverbe qui montre avec ironie la tendance à vouloir se reposer sur les autres : «Un moine seul porte deux seaux d’eau, deux moines portent un seul seau et quand ils sont trois, ils manquent d’eau… »
Il y a eu une version (1980) dans un registre cocasse, réalisée par Ah Da, artiste du studio d’animation de Shanghai, mais cette lecture à la fois théâtrale et chorégraphique  montre toute la richesse et la subtilité de la culture chinoise.

Sans dialogue,  avec seulement  quatre interprètes, on nous  conte ici avec danses, musique, projection lumineuses et arts martiaux, l’arrivée successive de trois moines, un petit, un gros et un maigre, dans un monastère situé au sommet d’une montagne. L’approvisionnement en eau, qui oblige à descendre jusqu’à la rivière, finit par semer la zizanie entre eux, jusqu’au jour où un incendie se déclare, mettant tout le monde d’accord. Cette fable théâtralisée veut  dénoncer l’égoïsme, la paresse et l’hypocrisie de l’espèce humaine.
Sur scène, un grand paravent demi-circulaire, en fils blancs tendus, servira à la projection des images, quelques accessoires et, à cour, un discret percussionniste assis en tailleur avec tambourins, petits gongs pour rythmer les différents moment de cette pièce muette.
Concentration, sens de l’espace, gestuelle, danse costumes unité de jeu: ici, tout relève des plus anciennes traditions du spectacle chinois, et impeccable, (moins les graphismes contemporains projetés assez vulgaires dans la forme et l’expression), et cette représentation de théâtre pour enfants est du même niveau, très élevé, que celles pour adultes.
Seul ennui: peut-être avons-nous perdu notre âme d’enfant, mais la fable nous a paru assez peu claire… Sans doute est-elle suffisamment connue en Chine pour être, sans paroles,  comprise de tous mais en Occident?  Peut-être aurait-il fallu quelques mots de temps en temps, en voix off, pour nous guider. Que cela ne vous empêche pas de tenter l’expérience: ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir à Paris du théâtre chinois pour enfants…

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  Paris du 11 au 14 novembre.

POP UP garden

POP UP Garden, direction artistique de Davide Venturini et Francesco Gandi, chorégraphie de Stefano Questorio et Valentina Consoli

 

POP UP Garden 03@Ilaria CostanzoLa compagnie T.P.O. est bien connue pour avoir créé un théâtre d’images d’une haute technologie, chorégraphié et plutôt destiné au jeune public. POP UP Garden relève d’une relation singulière et ludique  avec les arts visuels, et se vit donc comme le fruit d’une expérimentation sur les nouveaux langages digitaux, associés à la danse, la musique et la poésie. Le concept de ce théâtre  se caractérise par un espace qui interagit avec le public.
  Avec une installation scénique bi-frontale dotée d’un tapis de danse sensible, équipé de capteurs à pression et d’une technologie sophistiquée, cette création rafraîchissante a pour thème, universellement proche et réconfortant, la nature et des jardins. Inspirée des livres de Gilles Clément, paysagiste, botaniste et écrivain (Traité succinct de l’art involontaire, 1997…).
  Nous assistons ici à une rencontre inédite entre Nature et Science qui, foncièrement technique et manipulatrice, touche à la Nature, élément irréductible et non manipulable, en l’associant au théâtre et à la danse. POPUP garden est un spectacle vivant qui flirte de façon  insistante, avec la technologie. Il suffit d’un rien comme le pas léger de Stefano Questorio ou la danse charmante et poétique de Valentina Consoli sur un tapis dessiné, pour qu’agisse la magie et qu’apparaissent alors des images solaires ou lunaires, terrestres ou célestes, arides ou gorgées de vie, avec feuilles vertes sur leurs tiges élégantes, pétales de fleurs épanouies, et oiseaux délicats d’estampes japonaises.
Les enfants confiants et facétieux déposent un pied léger sur la scène, de manière imaginaire depuis la salle, puis physiquement, à la fin du spectacle. C’est un drôle de sol qui bouge sous nos pieds, et dont on ne maîtrise rien. Aussitôt surgissent, glissent et s’échappent des images vidéo, admirables autant qu’inaccessibles, mirages entrevus et envolés aussitôt, avec des nuages blancs dans le ciel bleu, ou des pivoines rouges et charnues, qui semblent fuir la terre même.
Aux couleurs chaudes et chatoyantes de l’automne, succède le grand hiver sec et rude qui investit l’espace, entre fumées et étrangetés insaisissables. Après la mort, la vie renaît, victorieuse, faisant fi du passé et tendant le doigt vers les horizons futurs. Cette forme visuelle et sonore, mouvante et immersive, donne à voir  images, sons et couleurs d’une haute technologie. Mouvements, sons et voix sont repris par des caméras et micros invisibles, et jouent avec les déplacements des interprètes.
Parler de la planète est d’une actualité brûlante : terre, plantes et fleurs, l’homme est un jardinier qui observe et entretient ce que la Nature lui procure: une matière aidée par le vent, la pluie et le soleil  mais aussi meurtrie par le froid et le gel.  Ces mouvements volatils et transparents sont recueillis par les êtres attentifs à ce trésor collectif qui cultivent leur jardin pour leur survie.

 Énergie, vents et tempêtes, courants d’air et flux d’eau, la terre ne cesse jamais une danse que l’homme suit avec plus ou moins de bonheur. Cette leçon artistique envoûtante est aussi un hommage subtil rendu à la Terre et à l’enfance inventive.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 5 au 14 novembre. Tél : 01 53 65 30 00. Bonlieu-scène nationale Annecy, du 5 au 7 janvier. Cluses, le 9 janvier. Maison des arts du Léman, Thonon-Evian-Publier, les 15 et 16 janvier. Lux-Scène nationale de Valence, du 20 au 22 janvier. Espace Malraux-Scène nationale Chambéry-Savoie, du 8 au 12 février.

 

L’Orchestre de papier

 

L’Orchestre de papier  conception et  jeu de Max Vandervorst, mise en scène d’Alain Moreau

image  Deux feuilles pliées en éventail, et c’est le froissement d’ailes d’un papillon qui s’envole ; un souffle dans un carton posé sur un verre d’eau, et l’on entend coasser une grenouille. Un cône de papier percé de trous devient pipeau, flûte ou trompette selon la taille de l’instrument. Un boîte de lessive Bonux sera le corps d’une guitare basse…
Max Vadervost, compositeur et maître belge en «lutherie sauvage», invente et présente depuis 1988, des instruments de musique fabriqués à partir d’objets de fortune.

Entre ses doigts, tout devient matière sonore. Après des bouteilles en plastique et des boîtes de conserve vides, le musicien s’attaque, à coups de ciseaux, au papier et au carton. Orchestre de papier exploite toutes les ressources de ce matériau banal. Peu à peu, le montreur de sons fabrique et  exhibe devant nous sa panoplie de vents, cordes et percussions, dont il joue en alternance ou  simultanément.
  Homme-orchestre, il excelle aussi bien dans le jazz, le rock-and-roll que dans la musak de bal, ou se lance dans une tyrolienne endiablée avec, respectivement, une boîte de Toblerone et de Vache-qui-rit en guise de maracas, collées sur ses chaussures, accompagnée d’une rhombe tournoyant sur son chapeau pointu. Il y a du clown chez ce poète, fondateur aussi d’une Maison de la Patophonie qu’il définit ainsi : royaume musical aux frontières ondulantes.
 La musique y est célébrée au quotidien, sauf le 21 juin qui est la fête du silence. On y accède par le soupir d’une porte, une promenade au clair de la lune, un soir de poubelles dans les rues de Bruxelles, en interprétant Plaisir d’Amour sur une gamme de pots de fleurs dans la jardinerie d’un Bricorama. La fantaisie est au rendez-vous.
Les enfants, à qui s’adresse ce spectacle ludique, ne s’y trompent pas : ils se taisent ou rient, séduits par la virtuosité, l’inventivité, la drôlerie et la désinvolture de l’artiste. Et les adultes ne sont pas en reste. Courez voir ce spectacle réjouissant, avec ou sans enfants…

Mireille Davidovici

Le Grand Parquet, 35 rue d’Aubervilliers 75018 T: 01 40 05 01 50 jusqu’au 15 novembre. http://www.maxvandervorst.be/spectacles/spectacles-en-tournee/l-orchestre-de-papier/

En fer et en os

123504026_B971581443Z.1_20131210112700_000_G061KP77R.1-0Festival d’Avignon:

En Fer et en os, texte et mise en scène de Rachid Bouali

C’est l’histoire pas banale du naïf Wilber qui, parti au marché avec les dernières économies de la famille pour acheter une vache, revient avec une armure du plus bel effet. Cuissardes, haubert, heaume, bouclier… Sa panoplie brille de mille feux. Devant nos yeux ébahis, apparaît un chevalier dont la superbe impressionne tout le village.
Magie du théâtre ! Le plateau est pourtant nu, sans accessoires, ni décor, ni vidéo. A peine quelques nuances de lumière et un tintement de clochette par ci, par là.  Rachid Bouali, seul en scène, maîtrise parfaitement son art.

L’Ecole Lecoq aura sans aucun doute nourri ce comédien particulièrement doué pour faire d’un geste, une épopée. Une foule de personnages truculents naissent de ses jeux de voix et sa langue bien pendue bruisse d’images puissantes et fertilise tout l’espace.
Le chevalier fait son chemin. Sûr de lui, il part à la conquête du monde. Malheureusement, son armure, métaphore de toutes les carapaces, drame du paraître, le rend imperméable aux subtilités de l’extérieur, emprisonne son identité, obscurcit sa vue comme son écoute et crée des péripéties aussi fines que cocasses.
L’écriture, inventive et espiègle, fait de Wilber, un cousin du prince de Motordu. On lui dit « manger », il entend « danger », « attaque » pour « barque ». Complètement parano le chevalier ! Sa femme le rassure, ce n’est que « le chat du voisin ».
Il saute hors du lit : « Des farazins ! Je m’en doutais ! » Et voilà comment le chat qui miaule près du cimetière se change en «horde qui a passé la frontière». Le quiproquo évoque aussi bien les différences de perception au sein du couple, que les intolérances et préjugés qui déforment la vision politique du monde.
La rencontre avec un oiseau philosophe ouvre de belles perspectives de réflexion : «De quelle réalité veux-tu parler ? De la tienne ou de la mienne ?» Elle apprend à relativiser la notion d’ennemi. L’oiseau, impeccablement campé en trois mouvements, propose d’abandonner ce heaume qui enserre nos idées pour s’ouvrir à une généreuse vision panoramique.   

  Spectacle conseillé à partir de huit ans, mais les plus jeunes restent suspendus à l’univers de mots déployé sur le plateau. Que de nuances… Les parents, qu’ils soient lecteurs assidus de Boris Cyrulnik ou simples amateurs de belles histoires, goûteront toutes les subtilités d’une fable délicatement engagée.

Stéphanie Ruffier

 Maison du théâtre pour enfants, tous les jours sauf les dimanches 12 et 19 juillet, à 14h15.

Les Inséparables

 

Les Inséparables d’après Colas Gutman, mise en scène de Léna Bréban, spectacle pour enfants dès 6 ans

IMG_7734-682x1024« Avec Delphine, on a conclu un pacte. Premièrement, faire en sorte que Papa se sépare de Pierrette. Deuxièmement, remettre Papa avec Maman ». cette adaptation du roman de Colas Gutman raconte l’histoire d’une famille recomposée à travers les yeux de Delphine et Simon qui vivent douloureusement la séparation de leurs parents. Leur père vient de se remarier avec une mère de deux enfants dont chacun doit partager leur chambre. Ils détestent leur belle-mère et plus encore la séparation qu’on leur impose.
N’ayant pu réussir à séparer leur père de leur belle-mère malgré les pièges tendus, ils parviennent tout de même à quitter leurs nouveaux «frère et sœur»  pour se retrouver ensemble dans leur chambre chez leur mère à qui ils sont confiés.
La mise en scène subtile de Léna Bréban transforme les comédiens en marionnettes à mi-corps devant un castelet à deux niveaux qui instaure une distance comique dans ce drame familial vécu par nombre d’enfants. Rachel Arditi, Laure Calamy, Julie Pilod, Alexandre Zambeaux interprètent avec finesse ces six personnages souvent drôles, parfois émouvants.

Edith Rappoport

 

Théâtre Paris Villette jusqu’au 12 juillet. T: 01 40 03 72 23; resa@-paris-villette.fr, et en tournée toute la saison prochaine.
Le roman est publié aux éditions de l’Ecole des Loisirs.

Le Kojiki

Kojiri

Le Kojiki- Demande à ceux qui dorment, texte et mise en scène d’Yann Allegret

 

Le Théâtre Dunois présente la première création jeune public de la compagnie (&) So Weiter, (plus facile à écrire qu’à prononcer !)  qui propose aussi recherches et rencontres, entre autres, avec des sportifs comme pour La Plénitude des Cendres (voir Le Théâtre du Blog). Le Kojiki s’inspire d’une très ancienne légende japonaise, dont le texte vient d’être réédité dans une jolie version illustrée, aux éditions Gallimard-Jeunesse. Une  version radiophonique a aussi été enregistrée, et diffusée sur France Culture*.
Un père est venu embrasser dans son lit sa fille, dont la mère est absente. C’est certainement cette absence inhabituelle qui la contrarie un peu et l’empêche de s’endormir. Elle s’imagine tout un monde et une voix qui  lui pose deux questions auxquelles elle devra impérativement répondre sous peine de ne plus jamais fermer les yeux. Comment tout a commencé ? Pourquoi tu es toi-même ?  Deux interrogations que la petite fille relaiera à son père qui, pour bien y répondre,  lui racontera une histoire qui va remonter  jusqu’avant la création du monde.
C’est évidemment un récit initiatique qui prend la forme d’une épopée avec deux héros, Izanami et Izanagi, sorte de démiurges. Comme dans beaucoup d’autres textes, l’idée est de raconter une belle histoire aux enfants pour répondre à leurs premières questions et angoisses existentielles.  Comme dans Kant, un texte  magnifique de Jon Fos, où là aussi, un père doit répondre à son fils qui ne trouve pas le sommeil…
Aurélia Poirier incarne la petite fille en pyjama; elle évolue parmi des éléments réalistes : table et chaise, lit-c’est là la force du conte et du rêve- qui vont se retrouver noyés dans la fumée et la couleur. Maya Vignando  (la mère) et Pascal Farré, (le père) jouent aussi les deux divinités. Il s’agit de rêves aux lumières très colorées;  les comédiens s’enduisent aussi de pigments de couleur et lancent des confettis .
Mais le jeu trop appuyé, et les gestes, trop amples, manquent de naturel.  Quant à l’histoire, déjà  bien difficile à suivre, elle se perd en circonvolutions, malgré une belle idée de départ. Avec des situations  décrites, au lieu d’être simplement jouées. Certains effets fonctionnent mal  et ce qui est donné à voir est souvent trop riche; bref,  nous sommes vite noyés par une abondance de couleurs et de paroles. Un peu d’épure dans la mise en scène et l’écriture, aurait  sans doute amélioré cette légende.
Le Théâtre pour le jeune public est une alchimie difficile mais peut être magnifique, quelque soit l’âge. Ici les ingrédients sont là mais la mayonnaise ne prend pas malgré des idées et de bons acteurs .

Julien Barsan

Théâtre Dunois à Paris,  les 23 et 30 mai à 18h; les 24 et 30 mai à 16h, et le 27 mai à 15h  T. 01 45 86 39 24

*http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4760404

De Passage

De Passage de Stéphane Jaubertie, conception et mise en scène de Johanny Bert

Unknown «Il faut que je te dise. Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme : hier, aujourd’hui, et demain», premières paroles philosophiques de ce spectacle à la prose poétique cadencée, dite  par  un conteur; sur un écran, il y a aussi toute la magie animée d’un théâtre d’ombres, encadré d’un manteau d’arlequin orné d’une guirlande festive de loupiotes  rougeoyantes.
Johanny Bert poursuit  la création de son propre langage scénique avec des acteurs et des « formes marionnettiques », et le spectateur, , entend l’histoire, casque sur la tête. Une voix intime lui dit: «D’où tu es, si tu regardes bien, tu peux voir dans le noir. Tu peux voir l’enfant seul, dans son lit. Regarde. Tu verras qu’il ne dort pas. Il a les yeux ouverts, et, dans ses yeux, il y a des images.»
C’est bien ici la matière onirique de l’imaginaire ardent et enfantin d’un garçon de neuf ans, combinée avec des images familières et standard que chacun véhicule et dont se saisit le metteur en scène.
Le garçon pense à des jolies choses le soir, tandis que sa mère travaille de nuit à l’unité des soins palliatifs de l’hôpital; le matin ramène la mère et le jour près de l’enfant. Mais, ce soir-là, le sommeil ne lui vient pas: les images qui l’habitent sont trop fortes. Attiré alors par la lumière, il se lève et, en pyjama, met ses chaussures et son manteau, avant de sortir dans la nuit froide rejoindre sa mère à l’autre bout de la ville.

La voix douce demande au spectateur de regarder le garçon marcher dans le noir : lui seul, le voit, en temps réel et en ombre chinoise, traverser solitairement la nuit des autres qui dorment, telle une apparition :«Aster, mimosa, véronique de Perse…neige, nivéole, primevère. Il se dit que les fleurs, à peine, on les nomme, que déjà elles s’effacent.»Les fleurs déclinent toutes les saisons, d’une année à l’autre ; il faut savoir les saisir.
L’enfant  est le symbole des jeunes qui découvrent les lois de l’existence; entre ce qui est dit et ce théâtre d’image, c’est  tout  un apprentissage du temps, ce fabricant d’expériences… Les personnages du récit apparaissent, puis s’en vont comme cette mère élégante en talons, figures graphiques ou silhouettes se mouvant entre ombre et lumière.
Le conteur, de son côté, surgit, se retire mais entre aussi dans l’image, comme par un tour de magie gracieuse.  Le spectateur a, lui, le sentiment d’une épreuve existentielle, de la fragilité de la vie, et de la brièveté du bonheur, puis de la longue lutte contre le malheur, avant l’abandon final à la mort. Entre-temps,  des jours  s’effeuillent pour nous tous êtres de passage, au-delà des infortunes et des maladies qui nous happent. Passage qui est celui aussi de la filiation, de la mère au fils, du fils à l’adulte qui se détache  de la mère originelle pour en trouver une autre d’adoption, ou inversement, entre secrets, aveux tardifs ou inavoués,  et mensonges déjoués.
Saluons l’engagement serein et efficace de Maxime Dubreuil, Ludovic Molière, Laëtitia Le Mesle, Christophe Luiz et Cécile Vitrant dans ce conte d’aujourd’hui, à la fois sombre et lumineux, destiné aux enfants que nous sommes restés.

 Véronique Hotte

 Le Théâtre de Lorient-Centre Dramatique National, spectacle familial à partir de 9 ans,  joué les 29 et 30 avril.

 

Dormir cent ans.

Dormir cent ans, texte et et mise en scène de Pauline Bureau

timthumb.phpPauline Bureau, avec ce spectacle pour le jeune public, vise ce moment si particulier de la  vie, ce passage délicat vers l’âge adulte, quand on n’est pas encore adolescent, mais plus tout à fait enfant. Avec un corps qui change, des rituels amoureux qui s’annoncent, des angoisses, d’autres rapports avec les parents, et des rêves.
   Aurore (douze ans) et Théo (treize ans) font partie de ces enfants aimés et choyés mais un peu livrés à eux-mêmes : leurs parents, obnubilés par leur travail, rentrent tard.
Ce qui leur laisse du temps pour se construire un imaginaire : Théo s’invente un ami homme-grenouille issu d’une bande dessinée, et Aurore, elle,  joue du piano et compte tout: le nombre de notes qu’elle joue, les mots qu’elle écrit… Et se demande dans quel sens, il faut tourner la langue quand on embrasse, qui fait alors le premier pas, comment ça doit se passer pour ne pas être ridicule.

Après une première partie qui retrace, de manière séparée, le quotidien des deux enfants, la metteuse en scène,  nous plonge ensuite dans les rêves  où vont se rencontrer Aurore et Théo, qui chevaucheront un tigre, et traverseront une rivière. Pauline Bureau interroge ce passage vers l’adolescence  avec des mots mais aussi  grâce à un dispositif scénique ingénieux, une grande avant-scène délimitée par une série de cloisons servant d’écran aux projections vidéo.
La métaphore qu’offre cette scénographie, celle du passage et des épreuves, est assez claire; c’est aussi le caché, ce qui est derrière le mur, qu’Aurore et Léo auront à découvrir. Les vidéos, dans la première partie, montrent plutôt un décor de fond très réussi, avec  les images d’un environnement grandeur nature. Il y a aussi un frigo qui sert de porte d’entrée et de sortie pour l’ami imaginaire de Théo,  et un canapé, lieu d’une bataille de coussins qui fera voler des plumes, effet théâtral des plus conventionnels… mais toujours efficace, quand il est bien éclairé.

Ce dispositif permet aussi d’entrer dans la tête de ces pré-ados ; on quitte alors le réel, pour se retrouver dans une forêt imaginaire, peuplée de tigres rugissants et d’oiseaux bienfaiteurs. On a alors vraiment l’impression de vivre les choses, grâce à ces projections d’images qui occupent tout l’espace scénique.
Les comédiens sont impeccables: en particulier, Marie Nicolle qui passe très vite du personnage de Théo à celui de sa mère un peu vamp, et Géraldine Martineau, impressionnante d’émotion dans le rôle d’Aurore. Elle a le visage et la corpulence d’une petite fille, avec une voix et un ton remarquablement justes.
Saluons cette création jeune public prévue pour un grand plateau, avec les moyens techniques et un nombre de comédiens au-delà des standards du genre; on lui espère une longue vie, pour que tous puissent s’émerveiller,  s’interroger, et passer un moment de théâtre en famille.
C’est un spectacle qui laissera sûrement un bon souvenir aux enfants et qui montre la vitalité du théâtre jeune public d’aujourd’hui.

Julien Barsan

Théâtre Paris-Villette, jusqu’au 8 mars T : 01 40 03 72 23.

 

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Les Voyages fantastiques

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Les Voyages fantastiques, de Jules Verne à Méliès, texte et mise  en scène de Ned Grujic

 

Ces voyages fantastiques sont nés d’une fusion écrite et réalisée par Ned Grujic. Soit trois des voyages imaginés par Jules Verne (1828-1905) dans ses fameux romans: De la Terre à la lune, Voyage au centre de la terre et Vingt mille lieues sous les mers, et les studios de Georges Méliès (1861-1938) qui avait appris le métier de mécanicien  et se perfectionna en anglais à Londres où il fut vendeur au rayon corset d’un magasin, il en profitera pour y apprendre la prestidigitation. Trois choses des plus utiles pour son avenir. En effet revenu à Paris, il rachète en 1888, le théâtre de Robert Houdin, le célèbre illusionniste et y présente des spectacles qui finissent par des projections de photos peintes sur verre qui connaissent vite le succès.
Il crée l’Académie de Prestidigitation, devenue en 1893, premier syndicat des Illusionnistes de France, et deux ans plus tard, invité à une répétition privée de la fameuse première projection publique du Cinématographe inventée par les frères Lumière, à l’hôtel Scribe boulevard des Capucines, il comprend tout de suite ce qu’il peut faire avec une telle machine. Et il va réaliser de 1896 à 1914, dans ses studios à Montreuil que nous avons visités, environ 600 films de 1 à 40 minutes, (surtout féerie, science-fiction et récits historiques) qui passionnèrent les surréalistes.
Avec un sens inouï du trucage et des effets spéciaux qu’il reprend de la photographie comme la sur-impression, les fondus enchaînés, l’arrêt caméra qui permet de modifier personnages et accessoires, mais aussi des trompe-l’œil pour les décors qu’il peint lui-même à plat. 

  Georges Méliès est toujours à la frontière entre théâtre et cinéma, et ses films seront vus dans le monde entier mais disparaîtront, quand, ruiné par des procès aux Etats-Unis, il revendit ses studios ; son œuvre  renaîtra grâce à Léon Druhot de Ciné-Journal et à l’inlassable et mythique Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque.
  On retrouve donc ici Georges Méliès, son épouse et sa petite équipe de tournage qui préparent, jouent aussi trois petits films inspirés par les célèbres voyages imaginés par Jules Verne. Magie et trucages sont bien entendu au rendez-vous, mais il y a aussi nombres d’accessoires et des toiles peintes, marionnettes, ombres chinoises, appareils à bulles. Sans énormes moyens techniques mais avec des portes ouvertes sur un rêve de cinéma en train de se fabriquer: bien vu! Les acteurs jouent sans parler pendant les tournages, dans le style jeu très expressionniste du cinéma muet, avec musiques d’ambiance signées Jean-Sébastien Bach, Piotr Tchaïkovky, Claude Debussy, Camille Saint-Saens, Igor Stravinsky et Eric Satie.
   C’est assez malin, et loin de toute prétention ; Ned Grujic (créateur du Petit Poilu illustré, très beau spectacle sur la guerre de 14-18, voir Le Théâtre du Blog) dirige bien ses acteurs/chanteurs, et a conçu une mise en scène précise, avec très réussis: une scénographie de Danièle Rozier, des costumes  de Karine Delaunay, des effets spéciaux dus à Christophe Oliver Dupuy, et une captation par rétroprojection d’images en direct pour figurer les décors des petits films.
 Dans un bel aller et retour entre naïveté et réalisme distancié, et sans pédagogie appuyée. Deux petites réserves : un peu longuettes, ces séquences gagneraient à subir un coup de ciseaux et les comédiens quand ils parlent, ont tendance à en rajouter quelques louches, tapent parfois sur les fins de phrase, ce qui n’est vraiment pas nécessaire…
  Le charme de cette création tout public, à la fois intelligente et qui ne triche jamais, (et où les plus jeunes sont considérés comme de spectateurs adultes), tient à ce qu’il peut être vu avec plaisir par les enfants qui, visiblement, y prennent un grand plaisir, même s’ils ne comprennent pas tout de cet univers d’il y a déjà un siècle, où on tournait les films avec un appareil à manivelle et des grandes bobines de pellicule ! Mais aussi par leurs parents qui apprécient la construction de ces séquences, à la fois artisanales et théâtralement efficaces. Donc loin, très loin des tablettes électroniques, et pourtant parfois si près : Georges Méliès était un grand poète, et ses films furent copiés/collés sans scrupule par les réalisateurs américains. Pas très adroit en affaires, il s’est retrouvé ruiné, et tint avec son épouse une petite boutique de friandises dans l’ancienne gare Montparnasse détruite en 1966…
 Ces Voyages fantastiques se jouent à la périphérie de Paris, dans un quartier qui n’en est pas un, coincé entre boulevards extérieur et périphérique,  mais ils méritent largement le voyage.

Philippe du Vignal

Espace Paris-Plaine 13 rue du Général Guillaumat 75015 Paris jusqu’au 28 février, et en tournée. Métro Porte de Versailles, bus PC ou tramway.
www. Les trottoirs.com

 

 

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