Loki – Pour ne par perdre le Nord

Loki-Pour ne par perdre le Nord, conte électro-acoustique, feuilleton mythologique d’Abbi Patrix, librement inspiré des travaux de Georges Dumézil, Régis Boyer, Kevin Crossley-Holland, Marit Jerstad et J.R.R. Tolkien, des poèmes eddiques du XIIème siècle et de L’Edda en prose de Snorri Sturluson

 101Ce mythe littéraire du Nord correspond à une construction fantasmatique et merveilleuse de nos rêves et de nos manques, selon le spécialiste Régis Boyer.  Un Nord fascinant, à la mesure des imaginations enfiévrées, une Scandinavie au bout du monde physique et mental, territoire définitivement marginal.
Danemark, Suède, Norvège, Islande et îles Féroé évoquent des fjords, fjells, glaciers, volcans, mers glaciales et terres immenses peu habitées, un royaume naturel élu par le renne, l’aigle, l’élan, le faucon, animaux surréels de contrées inexploitées et laissées au vent large des songes.

La glace et la neige, blancheur et lumière, signifient pureté et dureté, silence et solitude. Avec les aurores boréales et le soleil de minuit, les rêves s’envolent et la réalité transfigurée se dédouble, sous des impulsions mystérieuses, mystiques et magiques : «Du Nord vient la lumière, disaient les Anciens. Toute une alchimie n’a cessé de placer là, le siège du Troisième Empire ou du Royaume des Morts ou du Monde des Supra-Vivants. »
 Au moment de la création, lance le conteur, s’était creusé un grand vide au centre, puits infernal ou gouffre maudit, avec alentour, une terre de neiges sauvages à n’en plus finir.  Ce paysage idéal confond la terre et le ciel, et  l’eau, la terre, l’air, le feu: éléments, dit Gaston Bachelard, à dimension universelle
L’univers légendaire possède un décor onirique, entre crainte et émerveillement, peuplé de nains, trolls, jars et vikings qui mirent des siècles à élaborer leur merveilleux drakkar lancé sur les mers et ancré dans la mémoire.

  Avec des histoires d’affrontements entre les dieux siégeant dans leur tour et les géants alentour. Cette vision scandinave du monde n’en fait pas moins la part belle à l’inexprimé, à l’ineffable et au secret respectueux de la complexité sensible de l’être.
Loki, personnage principal d’une grande série mythologique Viking mi-dieu, mi-géant, héros ambigu par excellence et roi de la métamorphose, peut à chaque instant conduire l’humanité à la fin du monde.
On l’assimile au dieu de la discorde qui nous ressemblerait : une drôle de figure dont les agissements équivoques et non réfléchis relèvent du « Ragnarok » : la fin du monde.

Pour raconter cette saga extraordinaire, le conteur illuminé Abbi Patrix et la sage musicienne et chanteuse Linda Esdjö aux percussions nous invitent, face à leur haute table sonorisée à laquelle ils donnent vie et tremblements,  imaginant différents numéros de poésie sonore et visuelle. Amplifiés, les sons frappés, frottés proviennent ici de perles, haricots, clous, clés, bols…

  Loki ne perd pas le Nord et raconte le cycle complet de la destruction du monde pour qu’ enrayée, elle ne puisse se répéter. Ce conte, d’une belle étrangeté, participe d’une odyssée sonore aux visions oniriques.
Abbi Patrix a bien fait d’explorer à travers musiques, chants et comptines, ces veines légendaires et inépuisables de l’imaginaire nordique.

Véronique Hotte

Cycle Musiques au Comptoir  spectacle (à partir de douze ans) vu à Fontenay-sous-Bois, le 12 février.
Théâtre de l’Étoile du Nord à Paris, du 29 mars au 16 avril. T : 01 42 26 47 47.

 


Sales Gosses

 Sales Gosses de Mihaela Michailov, traduit du roumain par Alexandra Lazarescou, mise en scène de Michel Didym 

SalesGosses©EricDidym4 La pièce est inspirée d’un fait divers : une jeune élève a été ligotée dans sa classe par la maîtresse d’école…  Alexandra Lazarescou, sa traductrice, était venue en 2013, en parler à La Mousson d’été, festival international d’écritures contemporaines fondé par Michel Didym qui a aussitôt été séduit par cette écriture singulière : «Une seule voix traite tous les personnages, et cela apporte de la créativité». Il retint aussi le traitement direct d’un sujet politique, social, et violent d’une pièce  pour « jeune public » qui, pour Mihaela Michailov, n’est pas en Roumanie, le théâtre du seul public jeune…
   Elle a écrit Sales Gosses comme un  texte-manifeste contre le système éducatif qui ne cesse de prôner aux enfants comme aux adolescents, la nécessité d’être le meilleur en tout, quitte à écraser son voisin ! En Roumanie et ailleurs…  Dans la pièce, le narrateur dit: « Qu’as-tu appris à l’école hier ? Et aujourd’hui ? Et demain ?
 Es-tu compétitif ?
 Es-tu productif ?
 Sais-tu obéir?
 Sais-tu reproduire ?
 Sais-tu te taire?
 Sais-tu penser? 
As-tu le droit de dire non ? »
  C’est quoi un « sale gosse » dans nos sociétés libérales et de consommation extrême? En effet,  rentable, conforme (à quoi? Cela reste souvent trouble) et productif sont les seuls mots d’ordre pour devenir un homme ou une femme  responsable, citoyen(ne) digne de la démocratie,  évoquée  ici avec humour et ironie.
  Nous sommes confrontés au réel, vécu par certains ou présent dans tous les médias européens; les exemples d’enfants maltraités à l’école, par leurs enseignants ou par leurs camarades, parce que différents ou doux rêveurs, ne manquent pas!
Créée pour la première fois en France, Sales Gosses s’apparente au théâtre documentaire, avec beaucoup de poésie, mais sans féerie dans le texte ni dans la mise en scène, inventive et sobre. Plein de surprises, l’unique décor à transformations de Daniel Mestanza et Philippe Poirot, nous fait passer d’une situation à une autre.
 Alexandra Castellon joue tous les rôles avec aisance. Jérôme Boivin et Philippe Thibault ont créé une musique électronique qui  prend une place importante, en prolongeant l’écriture de la fable, en se logeant entre les mots et en lui donnant une tension dramatique encore plus riche. Elle résonne comme si elle était une double parole/voix des différents intervenants. « La voix de la comédienne me donne aussi des idées,  dit le compositeur, la musique n’est pas écrite dans le texte; à moi, de la rêver, de l’inventer, avec le metteur en scène ».
Cette dimension se fait l’écho de situations que les personnages expriment ou ressentent, ou qui se transmettent entre la petite fille, ses camarades, l’enseignante, la mère, tel un nuage de plus en plus noir, au-dessus du chemin de l’école de cette élève drôle, imaginative  mais étrange aux yeux des autres : « Je fais mes devoirs. Je n’entends plus rien. Je lis. Je copie. Je ne pense plus à rien. Si c’était possible, j’aimerais jouer toute la journée avec des girafes en élastiques, avec des fleurs en élastiques, des petites étoiles en élastiques et aussi avoir Ricky en élastiques, des villes en élastiques et moi aussi en élastiques pour m’envoyer là où je n’ai pas envie d’aller. À l’école, par exemple. Et j’aimerais que mon école aussi soit en élastiques pour qu’elle se rompe facilement ».

  On voit rarement dans un spectacle autant de justesse dramatique et de qualité esthétique. Le texte, politique, dénonce la violence souvent souterraine qui s’infiltre dans les pratiques éducatives, et dans le rapport à l’autre entre élèves et adultes. Seules en effet la force, et bien souvent la moquerie, ont les pleins pouvoirs dans cette micro-société qu’est une école… pourtant censée former notre sens civique et critique pour affronter avec lucidité et respect, la vie d’adulte.
Un spectacle coup-de-poing, tour à tour drôle et tragique pour enfants (dix ans), adolescents et… très grands enfants ! 

 Elisabeth Naud

Théâtre de la Manufacture/C.D.N. de Nancy-Lorraine, jusqu’au 18 décembre, puis en tournée en France et à l’étranger. T: 03 83 37 12 99

 

Pinnochio

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Pinocchio d’après Collodi, texte et mis en scène de Joël Pommerat (à partir de huit ans)

  Cinq ans après sa création ici, (voir Le Théâtre du Blog ci-dessous), nous n’avons pas changé d’avis et cet impeccable spectacle parait tout neuf, dans une mise en scène d’une qualité exceptionnelle. L’adaptation de ce conte, d’une noirceur absolue quand elle est revisitée par Joël Pommerat, est d’une grande intelligence dramaturgique et d’une précision absolue quant à la direction d’acteurs, tous excellents (Myriam Assouline, Sylvain Caillat, Pierre-Yves Chapalain, Daniel Dubois, Maya Vignando). Et la scénographie, capitale chez Joël Pommerat, à la fois simple et d’une véritable imagination poétique, est grâce à un univers lumineux et sonore comme on en voit rarement, en parfaite unité avec sa mise en scène.
On retrouve sur le grand plateau des Ateliers Berthier, avec le même plaisir, les personnages de cette adaptation destinée en priorité aux enfants: le narrateur, pour qui rien n’est plus important que la vérité, la fée en grande robe blanche surdimensionnée et, bien sûr, le petit bonhomme en proie à ses mensonges, devenu agressif et insolent, qui ne veut pas avouer que son père est pauvre, son père qui s’est privé d’un manteau pour lui acheter un livre de classe… L’expérience de Pinocchio que peut comprendre tout enfant à qui ce spectacle est d’abord destiné, pose une vraie question:  Peut-on  quitter l’enfance, tout en restant libre ?

  Seul absent de cette reprise, Philippe Lehembre, qui jouait le père de Pinocchio, a déserté cette vallée de larmes mais on se souviendra longtemps de ce comédien aux merveilleux yeux bleus, aussi discret que formidablement présent.
Bref, la reprise de ce Pinocchio est un vrai bonheur théâtral, même si parfois le texte comporte quelques facilités, devant lequel tout adulte retrouve des yeux d’enfant.

Ph. du V.

Théâtre de l’Odéon/Ateliers Berthier,  8 boulevard Berthier, 75017 Paris, T: 01 44 85 40 40,  jusqu’au 3 janvier.

http://theatredublog.unblog.fr/wp-admin/post.php?post=274&action=edit

Asa Nisi Masa

Asa Nisi Masa chorégraphie, scénographie et conception vidéo de José Montalvo

 RTEmagicC_AsaNisiMasa_uneIncantation poétique, Asa Nisi Masa renvoie au film de Federico Fellini, Huit et demi, où Asa Nisi Masa, une formule magique lancée par une fillette, permet au jeune Guido de faire un plongeon onirique dans son enfance.
Au début du spectacle, le public est incité à la prononcer, suivant une gestuelle indiquée par les danseurs. Un rituel qu’ils répéteront sur scène, pour ponctuer les changements de tableaux. La pièce, destinée au jeune public, s’organise en rêves successifs, comme autant de contes où la danse, comme souvent chez le chorégraphe, flirte avec la vidéo. Les images, projetées sur grand écran en fond de scène, convoquent des animaux de toute taille, de tous poils et plumes, en peluche ou en chair et en os.

Volatiles graciles ou de poulailler, fauves bondissants, singes, tortues… se rejoindront sur une kora géante, voguant, telle l’arche de Noé. Le chorégraphe a l’art de démultiplier les échelles de grandeur : un énorme gorille regarde avec mépris la frêle danseuse qui, en bas de l’écran, dompte des oiseaux ; des éléphants viennent se percher sur la tête des interprètes.
Dans une deuxième partie, encore plus délirante, Don Quichotte et ses moulins à vent débarquent dans le métro parisien, station Asa Nisi Masa… En solo ou en tribu, les danseurs, eux aussi, de styles et d’apparences disparates, jouent avec les images, et vice et versa. Hip-hop, danse classique ou contemporaine, rythmes africains, flamenco, claquettes, figures acrobatiques coexistent, accentuant le caractère baroque de ces histoires à dormir debout (au bon sens du terme).

 » Sur un sujet aussi universel que l’enfance et l’animalité, toutes les danses se rassemblent, dialoguent et se mélangent, commente le maître d’œuvre. Finalement, cette pièce, je l’ai écrite d’abord pour moi, pour laisser encore résonner l’extravagance de mes émerveillements d’enfant. »
Asa Nisi Masa, créée la saison passée au Théâtre National de Chaillot, où José Montalvo est artiste permanent, subjugue petits et grands par la magie de ses images et l’alacrité de ses danseurs.

Le baroque de la pièce s’affirme grâce à une impeccable synchronisme entre les mouvements des uns et des autres, la conjugaison du virtuel et du réel, et la maîtrise extraordinaire d’un désordre organisé. Une petite fausse note : les costumes ne sont pas du meilleur goût, et c’est dommage…
La tournée ne fait que commencer, ne manquez pas ce spectacle s’il arrive dans votre région, surtout si vous avez des enfants.

 Mireille Davidovici

 Vu à  Bonlieu/Scène Nationale d’Annecy, le  21 novembre. Théâtre intercommunal Le Forum de Fréjus/Saint-Raphaël, les 29 et 30 novembre ; MA scène nationale-Pays de Montbéliard, les 2 et 3 décembre; Espace des Arts de Châlon-sur-Saône, les 10 et 11 décembre ; Théâtre du Vellein, (38) les 16 et 17 décembre ; Théâtre-Cinéma Paul Eluard de Choisy-le-Roi, les 19 et 20 décembre.
Maison de la Danse à Lyon, du 5 au 9 janvier ; Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois, les 15 et 16 janvier ; Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine, les 27 et 28 janvier; Le Rive Gauche, 76800 Saint-Étienne-du-Rouvray
les 28 et 29 février ; Théâtre municipal de Charleville-Mézières, les et 4 mars ;Théâtre de Bourg-en-Bresse, les 16 et 17 mars ; Le Carré Belle Feuille, Boulogne-Billancourt  les 3 et 4 avril ; Le Pin Galant, à Mérignac  les 3 et 4 mai ; Odyssud, à  Blagnac du 25 au 29 mai; Théâtre National de Chaillot, Paris du 11 au 20 mai ; Châteauvallon/C.N.C.D.C , le 7 juin.

 

Udo complètement à l’Est

UdoUdo complètement à l’Est, texte et mise en scène de Métilde Weyergans et Samuel Hercule, création musicale de Mathieu Ogier

 Blanche-Neige est un conte allemand dont la version la plus connue est celle de Jacob et Wilhem Grimm (1812) dont on ne compte plus les adaptations pour la scène, la BD  et bien sûr le  cinéma qui ont commencé il y a un siècle  avec le film muet, en noir et blanc de J. Searle Dawley.
 Une reine, malheureuse de ne pas avoir d’enfant, se pique le doigt en cousant : quelques gouttes de sang tombent sur la neige. «Si j’avais, dit-elle, un enfant, au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène !». Et peu après, elle meurt, en accouchant d’une petite fille. Le roi se remarie avec une femme  jolie mais méchante et jalouse de Blanche-Neige. Son miroir magique lui répète qu’elle est la plus belle du royaume mais reconnaît un jour que  Blanche-Neige  est devenue plus belle.
 La reine demande alors à un chasseur de la tuer et de lui en rapporter le cœur, mais il n’obéit pas et l’abandonne Blanche-Neige dans les bois, qui, seule, découvre une  petite maison abritant sept nains qui ont pitié d’elle, la cachent et l’emploient comme servante. La reine, apprend, toujours grâce à son miroir qu’elle vit toujours, et  elle essaye trois fois de la faire mourir. Déguisée en paysanne, elle lui fait croquer une pomme empoisonnée à Blanche-Neige qui  tombe comme morte.
Les nains, accablés de tristesse, la mettent dans un cercueil de verre pour que tous puissent l’admirer.Un prince en tombe amoureux et obtient leur permission d’emporter le cercueil, mais, en route, le morceau de pomme coincé dans la gorge de Blanche-Neige se dégage, et elle se réveille. Le prince la demande en mariage; invitée à la fête, la reine est condamnée à danser avec des chaussures de fer chauffées au rouge…
 Un psychanalyste comme Bruno Bettelheim s’était beaucoup intéressé aux contes de fées, «miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité ». Et sur le petit plateau, Mathieu Ogier qui a sans doute aussi lu Bruno Bettelheim, sait nous parler de cette Blanche-Neige mais d’une autre façon:  « Vous connaissez l’histoire ? Mais je peux vous le dire, moi : ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Pas du tout.Dans ce livre, on parle d’un roi. Une seule fois, à la première page, après plus rien. Tout le monde s’en fout complètement du père de Blanche-Neige. Et ce père, ce roi, c’est moi. Udo, je m’appelle Udo, mais dans l’histoire, on dit juste «le roi». Mais il est où, ce «roi» pendant tout ce temps où sa petite fille est en danger? C’est bizarre, non ? Et il fait quoi ? Il s’est sans doute passé quelque chose dans sa vie pour qu’il soit si transparent… Comme un fantôme. Peut-être qu’il faudrait lui poser la question, au roi… Vous voulez que je vous raconte mon histoire? ».
 Ainsi commence  ce court (quarante-cinq minutes) mais très beau et poétique spectacle pour enfants.  Matthieu Ogier, seul à un pupitre, raconte d’abord cette histoire merveilleuse et cruelle, en tournant les pages d’un livre illustré, puis en joue le prolongement imaginé par Métilde Weyergans et Samuel Hercule.On le voit ainsi mimant Udo dans le train qui l’emmène très loin de son royaume, un ensemble de hautes tours de H.L.M. !. Avec des moyens très simples, les metteurs en scène suggèrent une situation, un lieu comme la vitre embuée d’un wagon (photo plus haut). Ce  fameux roi, en réalité, un pauvre trapéziste au chômage, reçoit une proposition de travail dans un cirque… installé tout au bout du Transsibérien.
Il va donc quitter donc femme et fille pour un long voyage dans une Russie neigeuse et glacée que l’on voit, comme les autres personnages de cette épopée, sur un écran, comme par magie grâce à de minuscules projecteurs, mais les flocons  de neige sont  soufflés  à vue par un ventilateur.

Tout va donc bien pour le trapéziste qui a retrouvé du travail, mais le dernier jour du sixième mois de son contrat, il rate le filet et fait une grave chute, ici métaphoriquement figurée par l’écroulement d’une trentaine de grosses boîtes de conserve blanches et rouges. Il s’en sortira mais deviendra amnésique pendant huit ans, ce qui rappelle évidemment la mort supposée de Blanche-Neige.
Il
finit par retrouver sa fille mais c’est maintenant une jolie jeune femme qu’il ne reconnaît pas vraiment…  Udo travaille toujours dans un cirque  où… faute de mieux, il vend à l’entracte des pommes d’amour! Vous savez : celles enrobées de caramel rouge qui font rêver les enfants, à l’inverse de la fameuse pomme empoisonnée, croquée par Blanche-Neige. C’est une  triste fin  mais moins cruelle que celle du conte  traditionnel!
Mathieu Ogier nous raconte l’histoire de cet Udo, avec beaucoup d’intelligence, de simplicité et une excellente diction. Quentin, son frère, à la console, apporte bruitages en direct et musique qui servent d’appui aux images  illustrant cet
impeccable et beau spectacle, mis en scène avec une grande rigueur par leurs auteurs sur la petite scène du café des Œillets où il a été chaleureusement applaudi par les adultes…
Nous souhaitons vraiment aussi que les groupes d’enfants puissent le voir, dès que cela sera à nouveau possible.

Philippe du Vignal

Café des Oeillets au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, Paris (4ème). Les représentations sont bien maintenues jusqu’au 28 novembre, et ensuite jusqu’au 20 février (dès huit ans). T: 01.42.74.22.

 

Les trois Moines

 

Les trois Moines par le Théâtre national d’art pour les enfants de Pékin

PEJ-3moinesC’est une des  pièces les plus connues du  répertoire du Théâtre national d’art pour les enfants qui, depuis près de soixante ans, transmet aux plus jeunes des pièces anciennes et modernes du théâtre chinois. Les Trois Moines, célèbre conte traditionnel transmis de génération en génération, traduit sous la forme d’une petite histoire, un proverbe qui montre avec ironie la tendance à vouloir se reposer sur les autres : «Un moine seul porte deux seaux d’eau, deux moines portent un seul seau et quand ils sont trois, ils manquent d’eau… »
Il y a eu une version (1980) dans un registre cocasse, réalisée par Ah Da, artiste du studio d’animation de Shanghai, mais cette lecture à la fois théâtrale et chorégraphique  montre toute la richesse et la subtilité de la culture chinoise.

Sans dialogue,  avec seulement  quatre interprètes, on nous  conte ici avec danses, musique, projection lumineuses et arts martiaux, l’arrivée successive de trois moines, un petit, un gros et un maigre, dans un monastère situé au sommet d’une montagne. L’approvisionnement en eau, qui oblige à descendre jusqu’à la rivière, finit par semer la zizanie entre eux, jusqu’au jour où un incendie se déclare, mettant tout le monde d’accord. Cette fable théâtralisée veut  dénoncer l’égoïsme, la paresse et l’hypocrisie de l’espèce humaine.
Sur scène, un grand paravent demi-circulaire, en fils blancs tendus, servira à la projection des images, quelques accessoires et, à cour, un discret percussionniste assis en tailleur avec tambourins, petits gongs pour rythmer les différents moment de cette pièce muette.
Concentration, sens de l’espace, gestuelle, danse costumes unité de jeu: ici, tout relève des plus anciennes traditions du spectacle chinois, et impeccable, (moins les graphismes contemporains projetés assez vulgaires dans la forme et l’expression), et cette représentation de théâtre pour enfants est du même niveau, très élevé, que celles pour adultes.
Seul ennui: peut-être avons-nous perdu notre âme d’enfant, mais la fable nous a paru assez peu claire… Sans doute est-elle suffisamment connue en Chine pour être, sans paroles,  comprise de tous mais en Occident?  Peut-être aurait-il fallu quelques mots de temps en temps, en voix off, pour nous guider. Que cela ne vous empêche pas de tenter l’expérience: ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir à Paris du théâtre chinois pour enfants…

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  Paris du 11 au 14 novembre.

POP UP garden

POP UP Garden, direction artistique de Davide Venturini et Francesco Gandi, chorégraphie de Stefano Questorio et Valentina Consoli

 

POP UP Garden 03@Ilaria CostanzoLa compagnie T.P.O. est bien connue pour avoir créé un théâtre d’images d’une haute technologie, chorégraphié et plutôt destiné au jeune public. POP UP Garden relève d’une relation singulière et ludique  avec les arts visuels, et se vit donc comme le fruit d’une expérimentation sur les nouveaux langages digitaux, associés à la danse, la musique et la poésie. Le concept de ce théâtre  se caractérise par un espace qui interagit avec le public.
  Avec une installation scénique bi-frontale dotée d’un tapis de danse sensible, équipé de capteurs à pression et d’une technologie sophistiquée, cette création rafraîchissante a pour thème, universellement proche et réconfortant, la nature et des jardins. Inspirée des livres de Gilles Clément, paysagiste, botaniste et écrivain (Traité succinct de l’art involontaire, 1997…).
  Nous assistons ici à une rencontre inédite entre Nature et Science qui, foncièrement technique et manipulatrice, touche à la Nature, élément irréductible et non manipulable, en l’associant au théâtre et à la danse. POPUP garden est un spectacle vivant qui flirte de façon  insistante, avec la technologie. Il suffit d’un rien comme le pas léger de Stefano Questorio ou la danse charmante et poétique de Valentina Consoli sur un tapis dessiné, pour qu’agisse la magie et qu’apparaissent alors des images solaires ou lunaires, terrestres ou célestes, arides ou gorgées de vie, avec feuilles vertes sur leurs tiges élégantes, pétales de fleurs épanouies, et oiseaux délicats d’estampes japonaises.
Les enfants confiants et facétieux déposent un pied léger sur la scène, de manière imaginaire depuis la salle, puis physiquement, à la fin du spectacle. C’est un drôle de sol qui bouge sous nos pieds, et dont on ne maîtrise rien. Aussitôt surgissent, glissent et s’échappent des images vidéo, admirables autant qu’inaccessibles, mirages entrevus et envolés aussitôt, avec des nuages blancs dans le ciel bleu, ou des pivoines rouges et charnues, qui semblent fuir la terre même.
Aux couleurs chaudes et chatoyantes de l’automne, succède le grand hiver sec et rude qui investit l’espace, entre fumées et étrangetés insaisissables. Après la mort, la vie renaît, victorieuse, faisant fi du passé et tendant le doigt vers les horizons futurs. Cette forme visuelle et sonore, mouvante et immersive, donne à voir  images, sons et couleurs d’une haute technologie. Mouvements, sons et voix sont repris par des caméras et micros invisibles, et jouent avec les déplacements des interprètes.
Parler de la planète est d’une actualité brûlante : terre, plantes et fleurs, l’homme est un jardinier qui observe et entretient ce que la Nature lui procure: une matière aidée par le vent, la pluie et le soleil  mais aussi meurtrie par le froid et le gel.  Ces mouvements volatils et transparents sont recueillis par les êtres attentifs à ce trésor collectif qui cultivent leur jardin pour leur survie.

 Énergie, vents et tempêtes, courants d’air et flux d’eau, la terre ne cesse jamais une danse que l’homme suit avec plus ou moins de bonheur. Cette leçon artistique envoûtante est aussi un hommage subtil rendu à la Terre et à l’enfance inventive.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 5 au 14 novembre. Tél : 01 53 65 30 00. Bonlieu-scène nationale Annecy, du 5 au 7 janvier. Cluses, le 9 janvier. Maison des arts du Léman, Thonon-Evian-Publier, les 15 et 16 janvier. Lux-Scène nationale de Valence, du 20 au 22 janvier. Espace Malraux-Scène nationale Chambéry-Savoie, du 8 au 12 février.

 

L’Orchestre de papier

 

L’Orchestre de papier  conception et  jeu de Max Vandervorst, mise en scène d’Alain Moreau

image  Deux feuilles pliées en éventail, et c’est le froissement d’ailes d’un papillon qui s’envole ; un souffle dans un carton posé sur un verre d’eau, et l’on entend coasser une grenouille. Un cône de papier percé de trous devient pipeau, flûte ou trompette selon la taille de l’instrument. Un boîte de lessive Bonux sera le corps d’une guitare basse…
Max Vadervost, compositeur et maître belge en «lutherie sauvage», invente et présente depuis 1988, des instruments de musique fabriqués à partir d’objets de fortune.

Entre ses doigts, tout devient matière sonore. Après des bouteilles en plastique et des boîtes de conserve vides, le musicien s’attaque, à coups de ciseaux, au papier et au carton. Orchestre de papier exploite toutes les ressources de ce matériau banal. Peu à peu, le montreur de sons fabrique et  exhibe devant nous sa panoplie de vents, cordes et percussions, dont il joue en alternance ou  simultanément.
  Homme-orchestre, il excelle aussi bien dans le jazz, le rock-and-roll que dans la musak de bal, ou se lance dans une tyrolienne endiablée avec, respectivement, une boîte de Toblerone et de Vache-qui-rit en guise de maracas, collées sur ses chaussures, accompagnée d’une rhombe tournoyant sur son chapeau pointu. Il y a du clown chez ce poète, fondateur aussi d’une Maison de la Patophonie qu’il définit ainsi : royaume musical aux frontières ondulantes.
 La musique y est célébrée au quotidien, sauf le 21 juin qui est la fête du silence. On y accède par le soupir d’une porte, une promenade au clair de la lune, un soir de poubelles dans les rues de Bruxelles, en interprétant Plaisir d’Amour sur une gamme de pots de fleurs dans la jardinerie d’un Bricorama. La fantaisie est au rendez-vous.
Les enfants, à qui s’adresse ce spectacle ludique, ne s’y trompent pas : ils se taisent ou rient, séduits par la virtuosité, l’inventivité, la drôlerie et la désinvolture de l’artiste. Et les adultes ne sont pas en reste. Courez voir ce spectacle réjouissant, avec ou sans enfants…

Mireille Davidovici

Le Grand Parquet, 35 rue d’Aubervilliers 75018 T: 01 40 05 01 50 jusqu’au 15 novembre. http://www.maxvandervorst.be/spectacles/spectacles-en-tournee/l-orchestre-de-papier/

En fer et en os

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En Fer et en os, texte et mise en scène de Rachid Bouali

C’est l’histoire pas banale du naïf Wilber qui, parti au marché avec les dernières économies de la famille pour acheter une vache, revient avec une armure du plus bel effet. Cuissardes, haubert, heaume, bouclier… Sa panoplie brille de mille feux. Devant nos yeux ébahis, apparaît un chevalier dont la superbe impressionne tout le village.
Magie du théâtre ! Le plateau est pourtant nu, sans accessoires, ni décor, ni vidéo. A peine quelques nuances de lumière et un tintement de clochette par ci, par là.  Rachid Bouali, seul en scène, maîtrise parfaitement son art.

L’Ecole Lecoq aura sans aucun doute nourri ce comédien particulièrement doué pour faire d’un geste, une épopée. Une foule de personnages truculents naissent de ses jeux de voix et sa langue bien pendue bruisse d’images puissantes et fertilise tout l’espace.
Le chevalier fait son chemin. Sûr de lui, il part à la conquête du monde. Malheureusement, son armure, métaphore de toutes les carapaces, drame du paraître, le rend imperméable aux subtilités de l’extérieur, emprisonne son identité, obscurcit sa vue comme son écoute et crée des péripéties aussi fines que cocasses.
L’écriture, inventive et espiègle, fait de Wilber, un cousin du prince de Motordu. On lui dit « manger », il entend « danger », « attaque » pour « barque ». Complètement parano le chevalier ! Sa femme le rassure, ce n’est que « le chat du voisin ».
Il saute hors du lit : « Des farazins ! Je m’en doutais ! » Et voilà comment le chat qui miaule près du cimetière se change en «horde qui a passé la frontière». Le quiproquo évoque aussi bien les différences de perception au sein du couple, que les intolérances et préjugés qui déforment la vision politique du monde.
La rencontre avec un oiseau philosophe ouvre de belles perspectives de réflexion : «De quelle réalité veux-tu parler ? De la tienne ou de la mienne ?» Elle apprend à relativiser la notion d’ennemi. L’oiseau, impeccablement campé en trois mouvements, propose d’abandonner ce heaume qui enserre nos idées pour s’ouvrir à une généreuse vision panoramique.   

  Spectacle conseillé à partir de huit ans, mais les plus jeunes restent suspendus à l’univers de mots déployé sur le plateau. Que de nuances… Les parents, qu’ils soient lecteurs assidus de Boris Cyrulnik ou simples amateurs de belles histoires, goûteront toutes les subtilités d’une fable délicatement engagée.

Stéphanie Ruffier

 Maison du théâtre pour enfants, tous les jours sauf les dimanches 12 et 19 juillet, à 14h15.

Les Inséparables

 

Les Inséparables d’après Colas Gutman, mise en scène de Léna Bréban, spectacle pour enfants dès 6 ans

IMG_7734-682x1024« Avec Delphine, on a conclu un pacte. Premièrement, faire en sorte que Papa se sépare de Pierrette. Deuxièmement, remettre Papa avec Maman ». cette adaptation du roman de Colas Gutman raconte l’histoire d’une famille recomposée à travers les yeux de Delphine et Simon qui vivent douloureusement la séparation de leurs parents. Leur père vient de se remarier avec une mère de deux enfants dont chacun doit partager leur chambre. Ils détestent leur belle-mère et plus encore la séparation qu’on leur impose.
N’ayant pu réussir à séparer leur père de leur belle-mère malgré les pièges tendus, ils parviennent tout de même à quitter leurs nouveaux «frère et sœur»  pour se retrouver ensemble dans leur chambre chez leur mère à qui ils sont confiés.
La mise en scène subtile de Léna Bréban transforme les comédiens en marionnettes à mi-corps devant un castelet à deux niveaux qui instaure une distance comique dans ce drame familial vécu par nombre d’enfants. Rachel Arditi, Laure Calamy, Julie Pilod, Alexandre Zambeaux interprètent avec finesse ces six personnages souvent drôles, parfois émouvants.

Edith Rappoport

 

Théâtre Paris Villette jusqu’au 12 juillet. T: 01 40 03 72 23; resa@-paris-villette.fr, et en tournée toute la saison prochaine.
Le roman est publié aux éditions de l’Ecole des Loisirs.

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