Le Kojiki

Kojiri

Le Kojiki- Demande à ceux qui dorment, texte et mise en scène d’Yann Allegret

 

Le Théâtre Dunois présente la première création jeune public de la compagnie (&) So Weiter, (plus facile à écrire qu’à prononcer !)  qui propose aussi recherches et rencontres, entre autres, avec des sportifs comme pour La Plénitude des Cendres (voir Le Théâtre du Blog). Le Kojiki s’inspire d’une très ancienne légende japonaise, dont le texte vient d’être réédité dans une jolie version illustrée, aux éditions Gallimard-Jeunesse. Une  version radiophonique a aussi été enregistrée, et diffusée sur France Culture*.
Un père est venu embrasser dans son lit sa fille, dont la mère est absente. C’est certainement cette absence inhabituelle qui la contrarie un peu et l’empêche de s’endormir. Elle s’imagine tout un monde et une voix qui  lui pose deux questions auxquelles elle devra impérativement répondre sous peine de ne plus jamais fermer les yeux. Comment tout a commencé ? Pourquoi tu es toi-même ?  Deux interrogations que la petite fille relaiera à son père qui, pour bien y répondre,  lui racontera une histoire qui va remonter  jusqu’avant la création du monde.
C’est évidemment un récit initiatique qui prend la forme d’une épopée avec deux héros, Izanami et Izanagi, sorte de démiurges. Comme dans beaucoup d’autres textes, l’idée est de raconter une belle histoire aux enfants pour répondre à leurs premières questions et angoisses existentielles.  Comme dans Kant, un texte  magnifique de Jon Fos, où là aussi, un père doit répondre à son fils qui ne trouve pas le sommeil…
Aurélia Poirier incarne la petite fille en pyjama; elle évolue parmi des éléments réalistes : table et chaise, lit-c’est là la force du conte et du rêve- qui vont se retrouver noyés dans la fumée et la couleur. Maya Vignando  (la mère) et Pascal Farré, (le père) jouent aussi les deux divinités. Il s’agit de rêves aux lumières très colorées;  les comédiens s’enduisent aussi de pigments de couleur et lancent des confettis .
Mais le jeu trop appuyé, et les gestes, trop amples, manquent de naturel.  Quant à l’histoire, déjà  bien difficile à suivre, elle se perd en circonvolutions, malgré une belle idée de départ. Avec des situations  décrites, au lieu d’être simplement jouées. Certains effets fonctionnent mal  et ce qui est donné à voir est souvent trop riche; bref,  nous sommes vite noyés par une abondance de couleurs et de paroles. Un peu d’épure dans la mise en scène et l’écriture, aurait  sans doute amélioré cette légende.
Le Théâtre pour le jeune public est une alchimie difficile mais peut être magnifique, quelque soit l’âge. Ici les ingrédients sont là mais la mayonnaise ne prend pas malgré des idées et de bons acteurs .

Julien Barsan

Théâtre Dunois à Paris,  les 23 et 30 mai à 18h; les 24 et 30 mai à 16h, et le 27 mai à 15h  T. 01 45 86 39 24

*http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4760404


De Passage

De Passage de Stéphane Jaubertie, conception et mise en scène de Johanny Bert

Unknown «Il faut que je te dise. Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme : hier, aujourd’hui, et demain», premières paroles philosophiques de ce spectacle à la prose poétique cadencée, dite  par  un conteur; sur un écran, il y a aussi toute la magie animée d’un théâtre d’ombres, encadré d’un manteau d’arlequin orné d’une guirlande festive de loupiotes  rougeoyantes.
Johanny Bert poursuit  la création de son propre langage scénique avec des acteurs et des « formes marionnettiques », et le spectateur, , entend l’histoire, casque sur la tête. Une voix intime lui dit: «D’où tu es, si tu regardes bien, tu peux voir dans le noir. Tu peux voir l’enfant seul, dans son lit. Regarde. Tu verras qu’il ne dort pas. Il a les yeux ouverts, et, dans ses yeux, il y a des images.»
C’est bien ici la matière onirique de l’imaginaire ardent et enfantin d’un garçon de neuf ans, combinée avec des images familières et standard que chacun véhicule et dont se saisit le metteur en scène.
Le garçon pense à des jolies choses le soir, tandis que sa mère travaille de nuit à l’unité des soins palliatifs de l’hôpital; le matin ramène la mère et le jour près de l’enfant. Mais, ce soir-là, le sommeil ne lui vient pas: les images qui l’habitent sont trop fortes. Attiré alors par la lumière, il se lève et, en pyjama, met ses chaussures et son manteau, avant de sortir dans la nuit froide rejoindre sa mère à l’autre bout de la ville.

La voix douce demande au spectateur de regarder le garçon marcher dans le noir : lui seul, le voit, en temps réel et en ombre chinoise, traverser solitairement la nuit des autres qui dorment, telle une apparition :«Aster, mimosa, véronique de Perse…neige, nivéole, primevère. Il se dit que les fleurs, à peine, on les nomme, que déjà elles s’effacent.»Les fleurs déclinent toutes les saisons, d’une année à l’autre ; il faut savoir les saisir.
L’enfant  est le symbole des jeunes qui découvrent les lois de l’existence; entre ce qui est dit et ce théâtre d’image, c’est  tout  un apprentissage du temps, ce fabricant d’expériences… Les personnages du récit apparaissent, puis s’en vont comme cette mère élégante en talons, figures graphiques ou silhouettes se mouvant entre ombre et lumière.
Le conteur, de son côté, surgit, se retire mais entre aussi dans l’image, comme par un tour de magie gracieuse.  Le spectateur a, lui, le sentiment d’une épreuve existentielle, de la fragilité de la vie, et de la brièveté du bonheur, puis de la longue lutte contre le malheur, avant l’abandon final à la mort. Entre-temps,  des jours  s’effeuillent pour nous tous êtres de passage, au-delà des infortunes et des maladies qui nous happent. Passage qui est celui aussi de la filiation, de la mère au fils, du fils à l’adulte qui se détache  de la mère originelle pour en trouver une autre d’adoption, ou inversement, entre secrets, aveux tardifs ou inavoués,  et mensonges déjoués.
Saluons l’engagement serein et efficace de Maxime Dubreuil, Ludovic Molière, Laëtitia Le Mesle, Christophe Luiz et Cécile Vitrant dans ce conte d’aujourd’hui, à la fois sombre et lumineux, destiné aux enfants que nous sommes restés.

 Véronique Hotte

 Le Théâtre de Lorient-Centre Dramatique National, spectacle familial à partir de 9 ans,  joué les 29 et 30 avril.

 

Dormir cent ans.

Dormir cent ans, texte et et mise en scène de Pauline Bureau

timthumb.phpPauline Bureau, avec ce spectacle pour le jeune public, vise ce moment si particulier de la  vie, ce passage délicat vers l’âge adulte, quand on n’est pas encore adolescent, mais plus tout à fait enfant. Avec un corps qui change, des rituels amoureux qui s’annoncent, des angoisses, d’autres rapports avec les parents, et des rêves.
   Aurore (douze ans) et Théo (treize ans) font partie de ces enfants aimés et choyés mais un peu livrés à eux-mêmes : leurs parents, obnubilés par leur travail, rentrent tard.
Ce qui leur laisse du temps pour se construire un imaginaire : Théo s’invente un ami homme-grenouille issu d’une bande dessinée, et Aurore, elle,  joue du piano et compte tout: le nombre de notes qu’elle joue, les mots qu’elle écrit… Et se demande dans quel sens, il faut tourner la langue quand on embrasse, qui fait alors le premier pas, comment ça doit se passer pour ne pas être ridicule.

Après une première partie qui retrace, de manière séparée, le quotidien des deux enfants, la metteuse en scène,  nous plonge ensuite dans les rêves  où vont se rencontrer Aurore et Théo, qui chevaucheront un tigre, et traverseront une rivière. Pauline Bureau interroge ce passage vers l’adolescence  avec des mots mais aussi  grâce à un dispositif scénique ingénieux, une grande avant-scène délimitée par une série de cloisons servant d’écran aux projections vidéo.
La métaphore qu’offre cette scénographie, celle du passage et des épreuves, est assez claire; c’est aussi le caché, ce qui est derrière le mur, qu’Aurore et Léo auront à découvrir. Les vidéos, dans la première partie, montrent plutôt un décor de fond très réussi, avec  les images d’un environnement grandeur nature. Il y a aussi un frigo qui sert de porte d’entrée et de sortie pour l’ami imaginaire de Théo,  et un canapé, lieu d’une bataille de coussins qui fera voler des plumes, effet théâtral des plus conventionnels… mais toujours efficace, quand il est bien éclairé.

Ce dispositif permet aussi d’entrer dans la tête de ces pré-ados ; on quitte alors le réel, pour se retrouver dans une forêt imaginaire, peuplée de tigres rugissants et d’oiseaux bienfaiteurs. On a alors vraiment l’impression de vivre les choses, grâce à ces projections d’images qui occupent tout l’espace scénique.
Les comédiens sont impeccables: en particulier, Marie Nicolle qui passe très vite du personnage de Théo à celui de sa mère un peu vamp, et Géraldine Martineau, impressionnante d’émotion dans le rôle d’Aurore. Elle a le visage et la corpulence d’une petite fille, avec une voix et un ton remarquablement justes.
Saluons cette création jeune public prévue pour un grand plateau, avec les moyens techniques et un nombre de comédiens au-delà des standards du genre; on lui espère une longue vie, pour que tous puissent s’émerveiller,  s’interroger, et passer un moment de théâtre en famille.
C’est un spectacle qui laissera sûrement un bon souvenir aux enfants et qui montre la vitalité du théâtre jeune public d’aujourd’hui.

Julien Barsan

Théâtre Paris-Villette, jusqu’au 8 mars T : 01 40 03 72 23.

 

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Les Voyages fantastiques

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Les Voyages fantastiques, de Jules Verne à Méliès, texte et mise  en scène de Ned Grujic

 

Ces voyages fantastiques sont nés d’une fusion écrite et réalisée par Ned Grujic. Soit trois des voyages imaginés par Jules Verne (1828-1905) dans ses fameux romans: De la Terre à la lune, Voyage au centre de la terre et Vingt mille lieues sous les mers, et les studios de Georges Méliès (1861-1938) qui avait appris le métier de mécanicien  et se perfectionna en anglais à Londres où il fut vendeur au rayon corset d’un magasin, il en profitera pour y apprendre la prestidigitation. Trois choses des plus utiles pour son avenir. En effet revenu à Paris, il rachète en 1888, le théâtre de Robert Houdin, le célèbre illusionniste et y présente des spectacles qui finissent par des projections de photos peintes sur verre qui connaissent vite le succès.
Il crée l’Académie de Prestidigitation, devenue en 1893, premier syndicat des Illusionnistes de France, et deux ans plus tard, invité à une répétition privée de la fameuse première projection publique du Cinématographe inventée par les frères Lumière, à l’hôtel Scribe boulevard des Capucines, il comprend tout de suite ce qu’il peut faire avec une telle machine. Et il va réaliser de 1896 à 1914, dans ses studios à Montreuil que nous avons visités, environ 600 films de 1 à 40 minutes, (surtout féerie, science-fiction et récits historiques) qui passionnèrent les surréalistes.
Avec un sens inouï du trucage et des effets spéciaux qu’il reprend de la photographie comme la sur-impression, les fondus enchaînés, l’arrêt caméra qui permet de modifier personnages et accessoires, mais aussi des trompe-l’œil pour les décors qu’il peint lui-même à plat. 

  Georges Méliès est toujours à la frontière entre théâtre et cinéma, et ses films seront vus dans le monde entier mais disparaîtront, quand, ruiné par des procès aux Etats-Unis, il revendit ses studios ; son œuvre  renaîtra grâce à Léon Druhot de Ciné-Journal et à l’inlassable et mythique Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque.
  On retrouve donc ici Georges Méliès, son épouse et sa petite équipe de tournage qui préparent, jouent aussi trois petits films inspirés par les célèbres voyages imaginés par Jules Verne. Magie et trucages sont bien entendu au rendez-vous, mais il y a aussi nombres d’accessoires et des toiles peintes, marionnettes, ombres chinoises, appareils à bulles. Sans énormes moyens techniques mais avec des portes ouvertes sur un rêve de cinéma en train de se fabriquer: bien vu! Les acteurs jouent sans parler pendant les tournages, dans le style jeu très expressionniste du cinéma muet, avec musiques d’ambiance signées Jean-Sébastien Bach, Piotr Tchaïkovky, Claude Debussy, Camille Saint-Saens, Igor Stravinsky et Eric Satie.
   C’est assez malin, et loin de toute prétention ; Ned Grujic (créateur du Petit Poilu illustré, très beau spectacle sur la guerre de 14-18, voir Le Théâtre du Blog) dirige bien ses acteurs/chanteurs, et a conçu une mise en scène précise, avec très réussis: une scénographie de Danièle Rozier, des costumes  de Karine Delaunay, des effets spéciaux dus à Christophe Oliver Dupuy, et une captation par rétroprojection d’images en direct pour figurer les décors des petits films.
 Dans un bel aller et retour entre naïveté et réalisme distancié, et sans pédagogie appuyée. Deux petites réserves : un peu longuettes, ces séquences gagneraient à subir un coup de ciseaux et les comédiens quand ils parlent, ont tendance à en rajouter quelques louches, tapent parfois sur les fins de phrase, ce qui n’est vraiment pas nécessaire…
  Le charme de cette création tout public, à la fois intelligente et qui ne triche jamais, (et où les plus jeunes sont considérés comme de spectateurs adultes), tient à ce qu’il peut être vu avec plaisir par les enfants qui, visiblement, y prennent un grand plaisir, même s’ils ne comprennent pas tout de cet univers d’il y a déjà un siècle, où on tournait les films avec un appareil à manivelle et des grandes bobines de pellicule ! Mais aussi par leurs parents qui apprécient la construction de ces séquences, à la fois artisanales et théâtralement efficaces. Donc loin, très loin des tablettes électroniques, et pourtant parfois si près : Georges Méliès était un grand poète, et ses films furent copiés/collés sans scrupule par les réalisateurs américains. Pas très adroit en affaires, il s’est retrouvé ruiné, et tint avec son épouse une petite boutique de friandises dans l’ancienne gare Montparnasse détruite en 1966…
 Ces Voyages fantastiques se jouent à la périphérie de Paris, dans un quartier qui n’en est pas un, coincé entre boulevards extérieur et périphérique,  mais ils méritent largement le voyage.

Philippe du Vignal

Espace Paris-Plaine 13 rue du Général Guillaumat 75015 Paris jusqu’au 28 février, et en tournée. Métro Porte de Versailles, bus PC ou tramway.
www. Les trottoirs.com

 

 

La petite Sirène

 

La petite Sirène de  Julien Köberich,  d’après  Hans  Christian Andersen, mise en scène collective, La briganderie

 12084_0  L’écrivain danois Hans Christian Andersen (1805-1875) a beaucoup écrit : romans, pièces de théâtre (qui ne sont guère connues), poésies et surtout, à partir de 1843, cent cinquante-six contes qui le rendirent célèbre dans son pays, puis dans le monde entier! Il fréquenta, au cours de nombreux voyages, des écrivains comme Charles Dickens, Honoré de Balzac, Alphonse de Lamartine, Henri Heine…). 
 Ces contes furent traduits en quelque soixante langues, dont, bien sûr, le français. Souvent autobiographiques, comme Le Vilain petit canard, Le stoïque Soldat de plomb, ou le célébrissisime La petite fille aux allumettes, inspiré par la vie de sa grand-mère enfant, qu’on avait envoyée mendier, et qui avait passé toute une journée sous un pont sans manger. Conte qui  inspira nombre de metteurs en scène comme Jean Renoir, Aki Kaurimäski,
Et  La Petite sirène  qui fut l’objet de huit adaptations au cinéma! U
ne petite sirène qui vivait sous la mer auprès de son père, le roi de la mer, sa grand-mère et ses cinq sœurs. A quinze ans, autorisée à nager jusqu’à la surface pour  voir le monde extérieur, elle aperçoit un navire avec un beau prince de son âge. Mais il y eut une tempête, et il tombe à l’eau. Elle le ramène, inconscient, au rivage où une jeune femme surgit; la sirène s’éclipse, et le prince, enfin réveillé, la voit et et pense que c’est elle l’a sauvé.
  La grand-mère de la petite sirène lui dit que les hommes vivaient moins longtemps que les sirènes mais qu’ils avaient une âme éternelle. Ce qu’elle voulut aussi avoir. Pour cela, lui dit-elle, tu dois te faire aimer et épouser un homme; elle alla trouver alors la sorcière des mers qui lui remit un philtre pour transformer sa queue de poisson en jambes d’être humain.
  Mais la sorcière exige alors de la sirène qu’elle lui donne sa voix magnifique et lui coupe la langue. La petite sirène but le philtre et ressent une terrible douleur. Quand elle se réveille, le prince, amoureux d’elle, la conduisit au palais mais ne peut oublier la jeune fille qui, croyait-il, l’avait sauvé. Un jour, obligé par ses parents d’épouser une princesse, il dit à la petite sirène qu’il préférerait se marier avec elle mais qu’il se devait d’aller rencontrer cette jeune fille qui, croit-il, qui l’avait trouvé sur le rivage, et  annonce leur mariage.
  Désespérée, la petite sirène voit alors ses sœurs à la surface de la mer. « Si tu frappais le prince avec ce couteau, lui dirent-elles, tu redeviendrais sirène et pourrais vivre avec nous. »  Mais la petite sirène  ne se résout pas à tuer le prince, se jette dans la mer mais, au lieu de se transformer en écume, « invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l’époux, puis monta avec les autres enfants de l’air sur un nuage rose qui s’éleva dans le ciel… »
   Merveilleux conte, mais qui évidemment, résiste mal à l’épreuve d’un petit plateau. Julien Köberich annonce tout de suite la couleur : avec Chloé Genet, ils vont jouer les sept personnages principaux ! A coup de masques-cagoules, de perruques et costumes vite enfilés par l’un, derrière une mer figurée par un châssis de toiles, pendant que l’autre se lance dans un petit monologue/récit pour faire passer le temps… Les masques sont  plutôt réussis mais l’adaptation bien médiocre! Cerise sur le gâteau, ces petites scènes mal reliées entre elles sont souvent surjouées, comme s’il était obligatoire de criailler et de minauder, quand on s’adresse à un public d’enfants, en majorité de cinq à sept ans qui regardent sans rien dire, trop petits pour envoyer des SMS, mais dont les parents semblent déçus, sans doute conscients qu’on devrait leur donner le meilleur, et non cette petite bouillie aussi indigeste qu’ennuyeuse de cinquante minutes qu’heureusement, rassurons-les, leurs pauvres enfants oublieront très vite.
  Le théâtre Essaïon s’honorerait en ne programmant pas ce genre de chose vraiment approximative, dont on ne voit pas bien ce que l’on pourrait sauver. En tout cas, à éviter absolument pour vos enfants comme pour vous…

Philippe du Vignal 

Théâtre Essaïon, 6, Rue Pierre au Lard 75004 Paris jusqu’au 1er avril.

http://www.labriganderie.fr/index.html?site=la-briganderie

 

 

Le petit poilu illustré

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Le petit Poilu illustré, texte d’Alexandre Letondeur, mise en scène de Ned Grujic

 

  Paul et Ferdinand, deux jeunes poilus racontent les grands moments historiques et la vie quotidienne de la guerre de 14-18 ( plus de neuf millions de  soldats tués !) aux enfants comme aux adultes. Le dernier combattant français, Lazare Ponticelli, est mort en 2011, et  le dernier allemand, Erick Kästner, en 2008. Il y a eu de nombreux spectacles en ce centenaire sur la guerre de 14 mais le texte et l’interprétation d’Alexandre Letondeur et Romain Puyuelo,  comme la mise en scène de Ned Grujic, sont  exceptionnels.
  Le plateau de la salle voûtée du Théâtre Essaion n’en est pas vraiment un, puisque les deux comédiens jouent  à même le sol, entre deux gros et beaux piliers de pierre blanche. Pas de véritable décor mais juste quelques accessoires : des valises, un tableau noir, deux drapeaux français, une caisse qui sert de banc, une belle trompette en cuivre et un accordéon, deux ridicules petits fusils en bois, plus terribles encore que les vrais dans leur dérision, et comme costumes :  capotes militaires, calots et casques d‘époque. A chaque thème abordé, une séquence  sur  cette effroyable boucherie, avec des extraits de lettres, de journaux,  de témoignages de combattants dans leurs tranchées….
 Le récit de la mobilisation d’abord,  avec le traumatisme qu’elle produisit chez de jeunes hommes arrachés à leurs champs, parlant, par exemple occitan comme  sur les bords du Lot d’où ils partirent en saluant leur hameau: « Adieu Montarnal, nous ne te reverrons jamais » et, comme me l’avait commenté sobrement une vieille paysanne du même hameau: «  Et ils ne sont jamais revenus ».
 Il y a aussi la bataille de la Marne, les lettres de la famille, l’offensive qui tourna à la catastrophe du piteux général Nivelle en 1917, au chemin des dames, avec quelque 200. 000  Français  en deux mois, la fraternisation le soir de Noël entre  ennemis…qui ne dura pas  bien longtemps, thème qu’avait traité Jérôme Savary dans Noël au front, un formidable spectacle, la bataille de Verdun (1916) avec une perte de 200.000 hommes de chaque côté !
  Mais rien de morbide  ou de sinistre dans ce spectacle, malgré l’horreur et le bruit des bombes  mais plutôt un certain burlesque, une certaine fantaisie, grâce à un jeu distancié, et à un savant mélange de récits, dialogues, jeu masqué, et marionnettes pour dire la vie des tranchées, avec de la musique classique, du rap et des chansons d’époque.
  La mise en scène et la direction d’acteurs de Ned Grujic sont d’une grande sensibilité (comme on avait pu déjà le repérer quand il avait dirigé Les Pompières poétesses (voir Le Théâtre du Blog). Et les deux acteurs/clowns, très en harmonie, ont un jeu -diction et gestuelle – de grande qualité. Pas de temps mort : en quelque cinquante-cinq minutes, c’est une évocation (mais sans aucun pathos) de cette guerre atroce,  qui ne peut laisser personne indifférent.
Les spectateurs adultes et les enfants n’ont évidemment pas le même regard, mais c’est justement ce mélange qui constitue un bon et véritable public, très attentif et qui rit souvent. Et un petit garçon de neuf ans a eu le mot de la fin : « Merci, monsieur, c’était super ! » Que dire de plus? On espère que ce spectacle, qui va sûrement être longtemps joué, le soit dans  de meilleures conditions. Mais, même ici, ne le ratez pas, et surtout si vous pouvez, emmenez-y des enfants…
 Pierre Etaix en a dit le plus grand bien et nous aussi.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Essaïon 6 rue Pierre au lard, jusqu’au 15 avril,  les mercredis, samedis et dimanches à 16h; et tous les jours à 16 heures pendant les vacances scolaires du 14 février au 1er mars inclus.

À pas contés

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A Pas contés: Festival international jeune et tous publics à Dijon.

 

Pour sa quatorzième édition, ce festival international fait la part belle à la création. Parmi les trente spectacles présentés sur deux semaines (15-27 février), il a invité, entre autres, des compagnies québécoises et belges. Il y en a pour tous les âges : petits, moyens, grands et au-delà. Il y en a aussi pour tous les goûts : théâtre, marionnettes, danse, musique, et même cinéma, sont au programme !  L‘événement investit une dizaine de salles de spectacle, dont un nouveau lieu dédié au Théâtre jeunesse : La Minoterie.

 

la_minoterieD’anciens bâtiments militaires dans le quartier de l’Arsenal, au bord du canal de Bourgogne, ont été convertis en un lieu artistique ouvert depuis peu. Une vaste halle flanquée de quatre salles s’ouvre sous un toit en verrières aux belles poutres métalliques. L’architecte a habillé les murs de bois, façon Kapla, rappelant les jeux de construction enfantins et rendant ce bâtiment industriel plus chaleureux.
Imaginée par Christian Duchange, directeur de la compagnie l’Artifice, la Minoterie se veut une maison des artistes, une plate-forme de travail et d’échanges ouverte à tous les publics. Elle
a accueilli pendant le festival des installations, des représentations, et le sixième salon international du livre jeunesse présentant une vingtaine de petits éditeurs d’albums peu connus du grand public. Et des lectures et des rencontres dont une rencontre autour de l’association Labo 07***, le 21 février.

 Les écritures dramatiques jeunesse

 Chambre de résonance de l’émergence d’une littérature dramatique pour la jeunesse, Labo 07 créé en 2007 s’attache à la diffusion internationale des écritures dramatiques jeunesse d’aujourd’hui. Ses activités découlent d’un comité de lecture, constitué d’une quinzaine de professionnels, qui sélectionne des pièces françaises et étrangères que l’association diffuse dans l’hexagone et au-delà pour qu’elles trouvent le chemin de la scène.
Aujourd’hui ces écritures sont vivaces et d’une grande variété, allant du voyage initiatique à la saga familiale ou à des pièces plus intimistes. Il n’y a pas de différence formelle entre le théâtre jeunesse et son aîné, on y retrouve les mêmes tendances : depuis l’éclatement des formes jusqu’à l’écriture épique ou chorale. On constate de même une parole forte et sans concession sur les réalités du monde ; un souci de la musicalité et du rythme de la langue, une liberté de ton défiant la censure ou l’autocensure.
Ce théâtre écrit par des adultes (y compris des auteurs dit « généralistes ») porte sur le monde un regard neuf et offre, de ce fait, une approche à la fois ludique et tragique des situations. Ce détour en terre d’enfance engendre un répertoire d’une grande richesse, que ce soit pour les enfants, les éducateurs, les parents, les metteurs en scène et les comédiens.
Il constitue aussi une manne pour les éditeurs de théâtre (Très Tôt théâtre créé dès1987 par Dominique Bérody, l’Ecole des loisirs, Lansman, Actes sud, Théâtrales jeunesse, l’Arche, Espace 34…) car les chiffres de vente jeunesse dépassent largement ceux du « théâtre généraliste ». Dans ce domaine en pleine expansion, Labo 07 s’est donné plusieurs missions. Sélectionner des pièces francophones ou de langues étrangères rassemblées dans des « valises» à destination des professionnels : metteurs en scène, enseignants, bibliothécaires. Promouvoir des comités de lecture d’élèves en France et à l’étranger. Favoriser autour de cette littérature théâtrale des échanges entre les professionnels et les jeunes de différents pays. Organiser des événements dans les festivals.Dernièrement, il a publié une anthologie du théâtre jeunesse européen, fruit de ses nombreuses lectures.

 Étonnantes écritures européennes pour la jeunesse

Le recueil propose, sous forme d’extraits, 31 pièces regroupées par thématiques et représentant vingt-quatre pays. Pour se repérer dans le foisonnement de textes venus de l’étranger, les coordinatrices de l’ouvrage, Karine Serres et Marianne Ségol, ont opéré par  coups de cœur, en s’attachant au côté novateur et théâtral de l’écriture,et  en optant pour des pièces récentes et originales, déjà représentées dans leur pays d’origine. On constate que, contrairement aux idées reçues, aucun sujet n’est impossible à aborder : amour, sexualité, genre, immigration, suicide et même la Shoah… Mais ces pièces n’ont pas la noirceur du répertoire généraliste car il ne faut pas priver d’espoir les enfants.
Alors qu’en France, l’écriture théâtrale pour la jeunesse se caractérise par un recherche sur la langue, une poétique et la création d’images, la plupart des textes étrangers abordent les mêmes sujets mais de manière plus réaliste, plus documentaire, évoquant les problèmes de l’enfance de  façon plus frontale. Des analyses et des textes théoriques sur la dramaturgie pour la jeunesse viennent compléter ce panorama ouvert sur l’Europe.

 Mireille Davidovici

 

A pas contés : T. 03 80 30 98 99 ; www.apascontes.fr La Minoterie 75 avenue Jean Jaurès 21000 Dijon Tramway T2, arrêt JeanJaurès
Compagnie L’Artifice, responsable de la coordination et du développement. T : 03 80 48 03 22 / 06 82 54 19 64 ,
accueil.laminoterie@gmail.com

Labo 07 :Labo 07 : http://laboo7.eu/

 Etonnantes écritures européennes pour la jeunesse, éditions Théâtrales, 400 pages, 25 euros.

 

The Cat in the hat

The Cat in the hat cat-300x204The Cat in the hat d’après Le chat chapeauté du Dr Seuss, mise en scène de Katie Mitchell  (à partir de six ans).

  Ce Cat in the hat fait partie d’un parcours « Enfance et jeunesse », qui a lieu pendant quatre mois  avec  le Théâtre de la Ville, le Théâtre Monfort, le Centquatre, la Gaieté Lyrique et le Grand Parquet.
Dénominateur commun: présenter des spectacles  de théâtre, musique ou danse, en plusieurs langues  aux plus jeunes à partir de trois ans.

  Imaginée par  Theodor Seuss,  dit le docteur Seuss, auteur et illustrateur américain (1904-1991), auteur d’une soixantaine de livres pour enfants dont un classique du genre The Cat in the hat ou Le Grincheux qui voulait gâcher Noël.
C’est l’histoire  d’un chat doté d’une longue queue et d’un très haut chapeau qui arrive chez  un petit garçon et sa sœur Sally pour leur apprendre à s’amuser , alors qu’ils regardent la pluie tomber… Il y a aussi, mené par un comédien/ manipulateur un gros poisson rouge dans un bocal qui fait plein de bêtises et  ose même  en sortir. Et deux petites créatures qui adorent jouer au cerf-volant…

  Katie Mitchell, qui,  par ailleurs, monte Tchekov ou Crimp, s’est pris de passion pour ce livre pour enfants et a voulu mettre en scène ces personnages un peu délirants en transposant l’histoire écrite et dessinée du Dr Seuss. Une scène bleue pâle avec des  accessoires ou praticables: commode, petite maison, lit, etc… le plus souvent traités traités en deux dimensions, comme ces bruitages écrits, très drôles : Plop ou Bump qui tombent du ciel. Mais il y a aussi de vrais bruitages admirablement bien faits, par exemple le bruit que fait le chat quand il boit son café…
La gestuelle des comédiens anglais , en particulier celle du Chat, très bien  joué par Angus Wright, est tout à fait remarquable et la voix off en français  efficace, et ils  font même l’effort de dire quelques phrases dans la langue de Molière.  Les petits enfants, voire parfois très jeunes ( deux à trois ans) regardent, semble-t-il, avec un certain plaisir, ce Cat in the hat.

  Alors, que demande le peuple? Nous avons dû perdre notre innocence mais le spectacle, nous a laissé sur notre faim… La faute à quoi? Certains des livres du Dr  Seuss ont été adaptés au cinéma, mais cette transposition  sur scène, pourtant bien  faite ne fonctionne pas vraiment et l’on s’ennuie assez vite. Cela pose question, puisque le spectacle ne dure que trente cinq minutes! Sans doute,  et surtout  à cause d’un scénario et d’un dialogue  pauvrets; bref, on ne passe pas impunément de la page d’album en deux dimensions dotée de quelques phrases,  à une scène de théâtre.
Pas sûr non plus que l’expression graphique- même bien réalisée et assez drôle- et,  ici, exploitée de façon trop systématique,  suffise à créer de la poésie…Surtout avec des  éclairages aussi neutres et aussi plats.  Pour avoir  assisté à de très nombreux spectacles pour enfants, il nous semble qu’il sont en général plus sensibles à des images magiques , comme celles  que peut créer un Philippe Genty, ou bien entendu, dans un tout autre genre, et le grand Joël Pommerat avec Cendrillon.

  Alors à voir? A vous de  décider ; il est toujours difficile de juger de l’intérêt d’un spectacle pour enfants, puisque nous ne le sommes plus du tout, mais là, très franchement, nous ne le conseillons pas… Irions-nous  avec  notre Léontine préférée aux sept ans révolus? Désolé pour nos amis anglais,  mais la réponse est non!
Signalons par ailleurs (sans cocorico aucun) la reprise du très bon Bouli année zéro de Fabrice Melquiot, (tout public à partir de huit ans),  mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta du 5 au 8 janvier dans cette même salle.

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  jusqu’au 30 décembre.

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