La France, Empire, de et par Nicolas Lambert

La France, Empirede et par Nicolas Lambert

Après la trilogie L’A-Démocratie consacrée au pétrole, au nucléaire et à l’armement et à toutes mes malversations commises avec le silence au plus haut sommet de l’Etat ( entre autres avec Le Floch-Prigent, Roland Dumas… (voir Le Théâtre du Blog) Avec La France, Empire, Nicolas Lambert parle des nombreuses et redoutables opérations dans une douce France belliqueuse souvent à l’autre bout du monde.
Il revient dans ce solo-documentaire à  la fois sur les souvenirs personnels d’une enfance heureuse en Picardie et la mise en place d’un gigantesque empire colonial au nom de la République puis à son démantèlement sans que cessent les magouilles en toute genre quand ces pays retrouveront leur indépendance.
Il ne dévoile aucun véritable secret mais ravive notr mémoire en feuillettant avec nous les actions militaires et gouvernementales où s’illustrèrent nombre de personnages (tous masculins) peu recommandables de notre Histoire nationale, et cela, jusqu’à aujourd’hui. Comme en Espagne, Portugal, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne… la France a toujours tenu à cacher dans les livres scolaires du premier et second degré mais aussi à l’Université, les épisodes gênants, voire pas reluisants du tout, de ses  colonisations en Asie, Afrique, Amérique… Et encore maintenant, il y faut tout l’acharnement des journalistes d’investigation pour arriver à faire ressurgir certains faits peu glorieux de notre nation en exercice dans ses ex-colonies.
« Parfois, j’ai l’impression, dit-il, que Marianne, notre symbole depuis la Révolution, ne se porte pas très bien… Je me suis sincèrement demandé comment elle allait dans ces Républiques qui se succèdent et semblent si embarrassées d’appliquer sa devise Liberté, Égalité, Fraternité pour tous ses enfants.  Alors je me suis mis dans sa peau et je suis allé voir un psy… Et il est apparu que les troubles qu’elle portait, pourraient venir de ce qui ne se dit pas, d’une génération à l’autre.
Et Nicolas Lambert rappelle que, dans un sujet de brevet des collèges, on demandait aux élèves de «montrer en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne !  Moi-même, n’étant pas bien au courant de ce que fait l’armée… Je me suis mis à chercher. »
Et il a effectué un gros travail de recherche pour construire ce qui s’apparente à un théâtre documentaire mais où on ne voit ni écrits ni  photos, sauf à la toute fin quand il déroule le rouleau du synopsis de son prochain spectacle.
Et dans ce « théâtre d’investigation » comme il dit, il y a des pépites : documents très révélateurs soixante ans après, discours d’hommes politiques, procès-verbaux d’auditions, conférences de presse, écoutes téléphoniques, questions à l’Assemblée Nationale… Une recherche sérieuse et Nicolas Lambert connait bien ce dont il parle.

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Ici, pas de règlements de compte, mais dit-il, « en m’interrogeant sur cette histoire effacée de nos mémoires collectives, je me suis rendu compte combien ça résonnait dans mon propre parcours et celui de mon entourage. » Et ainsi défilent, les discours bien connus qu’il a connu, enfant admiratif:  » Eh bien ! moi, Général de Gaulle, je vais vous faire une promesse, une promesse pour ce Noël 1941. Chers enfants de France, vous recevrez bientôt une visite. La visite de la Victoire. Ah ! comme elle sera belle, vous verrez !… » (…)  Paris ! Paris outragé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! Libéré par lui-même avec le concours de la France tout entière, de la France éternelle.

« La France éternelle, c’était les soldats de la Nationale 20″. Mais il apprend en tournée avec un spectacle  à Dakar qu’ils venaient justement de tout l’Empire colonial. «L’armée au service des valeurs de la République » du Brevet de ma fille, pas celle qui collaborait avec les Nazis, avait massacré des centaines d’autres soldats français, qui venaient de libérer l’hexagone. Alors que le général de Gaulle était au pouvoir. Mon héros de la paix.» Puis il cite les incroyables mots frisant le racisme de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République
Et dans le genre aigre-doux, ces aussi incroyables phrases tirées du Voyage de Macoco, Méthode de lecture par Henriette François (1959): « Macoco est un petit enfant noir. Mamadi est la maman de Macoco, elle est jolie. Sambo est le papa de Macoco, il est noir.
Et le général Bugaud tel qu’on le voit dans Les Conquêtes d’Afrique une pièce de Théodore Cogniard et Hippolyte Cogniard (1855): «Sachez-le donc : cette terre d’Afrique est à nous ! Cette terre d’Afrique est désormais une terre française. Bientôt le drapeau Bleu Blanc Rouge flottera au sommet de tous vos minarets.» (…) « Louis Faidherbe, c’était la pacification du Sénégal avec des dizaines et des dizaines de villages incendiés avec tout le monde dedans… Très belle statue à Lille! »

« Bugeaud, le maréchal Bugeaud, c’était la pacification de l’Algérie par les enfumades, les razzias. « Exterminez-les tous, jusqu’au dernier ! » Et Nicolas Lambert enfonce encore le clou, en six mots radicaux : très belle statue, rue de Rivoli… (…) Ou alors, si les militaires qui ont fait la conquête des barbares, leur nom est toujours partout en ville, plutôt que dans des musées où on les regarderait comme une trace d’un passé… Ce serait toujours des valeurs de la République? Tous ces grands noms de la colonisation, ou de la décolonisation… » Et il rappelle aux jeunes générations ce qu’on leur a soigneusement caché. Des centaines de morts à Paris? Tués par la police? Des Français musulmans d’Algérie ? Comme la guerre d’Algérie très longtemps appelée «événements d’Algérie »…

Et il met le doigt où cela fait mal, à propos de l’ex-hôpital «franco-musulman» de Bonbigny maintenant nommé Avicenne. « Franco d’un côté, musulman de l’autre… ‘Des choux d’un côté, des carottes de l’autre ? La tribu des uns, la tribu des autres ? Ou alors deux religions, je ne sais pas : les musulmans d’un côté, Notre-Dame-la-France de l’autre ? En tout cas, ce n’est pas clair… Pourtant, c’est la République laïque qui a nommé ça «Hôpital Franco-musulman».
« En tout cas, je n’ai jamais appris que toutes les insurrections d’outre-mer seront écrasées par des colonnes de soldats français, par des tapis de bombes… De l’Algérie à la Syrie, en passant par le Viêt Nam, et puis après à Madagascar, et puis après au Cameroun… Je n’ai jamais vu que l’après-guerre… C’est des guerres lancées par le Général de Gaulle L’après-guerre, c’est trente ans de guerre… et pas glorieuse… pour éviter le démantèlement de l’Empire français. De l’Empire français de la République. » Pierre Messmer. C’est lui qui dirigeait ces combats au Cameroun : devenu Premier Ministre de la Cinquième République, à la fin de sa vie il était à l’Académie Française. Quand on lui parlait du napalm au Cameroun, il disait: «C’est pas important. » Et comme le souligne Nicolas Lambert, récemment le général François Lecointre, chef d’état-major des armées appuiera cette théorie : «La création de forces spéciales européennes en Afrique renvoie à la doctrine théorisée par  le maréchal Hubert  Lyautey et vise à sécuriser les zones conquises en y réinstallant l’ordre public, une fois ces zones pacifiées.»

 

Nicolas Lambert ne triche jamais et cela fait la force du spectacle, même s’il ne fait pas toujours dans la nuance. Il va aux meilleures sources comme Les Guerres lointaines de la paix. Civilisation et barbarie depuis le XIX ème siècle de Sylvain Venayre (2023) et dit parfis crûment les choses : (au Maroc) Jusqu’à huit cent prostituées au service d’une clientèle surtout militaire qui pouvait trouver là, de quoi assouvir de supposés besoins dans un certain confort. Marianne proxénète. À la tête d’un bordel militaire.» (…) Ce serait utile, une expo, pour raconter que le Maroc a fait partie de la République française. On a oublié de me l’apprendre à l’école, moi… » L’après-guerre, comme il le rappelle justement c’est aussi loin de la France…  trente ans de guerre ou d’opérations militaire, quel que soit le gouvernement en place…
Et il finit en racontant comment très loin de la métropole, «un monsieur spécial des forces spéciales, Bob Denard est allé régulièrement renverser des gouvernements comoriens, ou parfois tuer un ou deux chefs d’État des Comores quand il le jugeait nécessaire. » Et ce qui se passe aux Comores, dit-il aussi, est loin d’être clair.

Rien à dire: Nicolas Lambert a réuni l’indispensable matériau pour faire avec une rigueur exemplaire, un bon spectacle d’agit-prop… Oui mais voilà sur le plateau, il ne s’en tire pas très bien. D’abord, la construction dramaturgique est d’une insigne faiblesse  et cela commence par une mauvais et long sketch où sa fille de quinze ans lui demande son aide pour une devoir d’histoire.
Puis il accumule les faits historiques les uns après les autres sur deux heures et c’est estouffadou… Comme disaient nos grands-mères, qui trop embrasse mal étreint.  Bavard, le spectacle traîne en longueur et aurait mérité des coups de ciseaux. .«L’écriture du scénario, disait le grand cinéaste Frank Capra, est la partie la plus difficile… la moins comprise et la moins remarquée.» Mais cela vaut aussi pour le théâtre,quelque soit sa forme, surtout et même, pour un solo comme celui-ci. Il manque de toute évidence à La France, Empire, une véritable dramaturgie…
Et côté jeu, nous l’avons connu mieux inspiré. Pourquoi imiter de Gaulle assez bien mais trop souvent? Cela devient lassant et quand il parodie François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing ou Emmanuel Macron, là, c’est franchement raté… Nicolas Lambert devait faire un réel effort et éviter de laisser tomber ses phrases comme si cela allait de soi, ce qui est plutôt gênant. Nous avons eu souvent la désagréable impression qu’il nous faisait un grand honneur d’être là. Bref, il n’a pas un vrai contact avec le public…
Il semble oublier que, sur un plateau, il y a une règle d’or: pour un acteur, rien n’est jamais acquis d’avance, et chaque soir, il lui faut recommencer et convaincre. Pourquoi, surtout vers la fin, chuchote-t-il parfois comme s’il était dans un salon? Là, il y a encore aussi du travail. Le public, plus très jeune, a applaudi mais pas chaleureusement. Nous ne sommes peut-être pas tombés sur le bon soir… et le spectacle pourrait progresser mais il y faudra plus de rigueur dans le jeu, et un véritable élagage du texte, si Nicolas Lambert veut attirer les jeunes…

 Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville, 16 passage Piver (donnant dans la rue du Faubourg du temple) Paris (XI ème)

Du 2 au 21 juillet, au Onze, 11 boulevard Raspail, Avignon.

 

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