La Loi des prodiges ou La réforme Goutard de et avec François de Bauer

La Loi des prodiges  ou La réforme Goutard de et avec François de Bauer

 

 ©Victor Tonelli

©Victor Tonelli

Ce solo interprété par l’auteur, un jeune comédien issu du Conservatoire national, est  l’histoire d’un étudiant en histoire, Rémi Goutard qui devient député. Il se lance alors dans une curieuse réforme: la mise au point d’un programme d’éradication de l’art et des artistes… François de Bauer avait déjà créé, il y a quatre ans dans le off d’Avignon  cette Réforme Goutard avec un certain succès. Et ce spectacle qui avait été joué à la Loge il y a deux ans, a eu le temps de se roder.

Mais pourquoi ce Goutard au destin assez exceptionnel rêve-t-il de ce monde idéal mais surréaliste qui ferait économiser à la France un paquet de subventions? Avec face à lui, Régis Duflou un artiste assez prétentieux et qui assume  bêtement sa radicalité. La Loi des prodiges, cela commence avec la naissance du bébé Rémy mais son père ne peut être là car il essaye péniblement de vendre son dernier scénario.
Incontestablement, le comédien François de Bauer est très doué. Impeccable diction, gestuelle et mime virtuose, toute en souplesse-on pense souvent à Buster Keaton-quand, depuis sa chaise, il fait couler son corps au sol. Sens des enchaînements, glissements aussi rapides que fabuleux d’un personnage à l’autre même si l’on s’y perd parfois un peu, et relation privilégiée avec son public qu’il emmène là où il veut.  Et souvent étonnant d’invention et de drôlerie mais sans aucun effet de manches ni vulgarité… Et à un rythme fluide et soutenu pendant une heure quarante, ce qui n’est pas donné à tous les jeunes ou moins jeunes comédiens. Dans la lignée du Philippe Caubère d’autrefois… Avec sur le plateau tout noir, rien, c’est à dire trois chaises noires, l’un à jardin, l’autre à cour, et la dernière accrochée en l’air sur une passerelle en fond de scène comme dans un tableau de René Magritte.
Il y a de de remarquables fulgurances de texte dans un scène qui rappelle bien entendu celle du Pauvre dans Dom Juan: – Tenez, je vais vous donner une pièce. Mais sachez une chose : c’est la dernière fois que je débourse un centime pour les artistes. » Ce à quoi le clown-mendiant lui répond : -Dans c’cas, monsieur, je n’la prend pas. Rémi : -Vous êtes sûr ? » – Le clown mendiant : -Absolument, je ne reviendrai pas sur ma fière décision. Rémi- « Bon Alors, je la laisse sur ce banc, à qui la trouvera…. Et la dernière réplique du clown-mendiant est des plus savoureuses :-Euh… Si j’la trouve, c’est pas pareil. » Sur ce terrain teinté de burlesque et d’absurde,  François de Bauer a construit cinq séquences chronologiques dans un décor des plus beaux qui soient, c’est à dire imaginaire… Et là, grâce à son sens de l’invention de l’espace, il est incomparable de virtuosité dans sa solitude sur un plateau nu.

Mais, oui, il y a un mais… François de Bauer maîtrise beaucoup moins bien le temps scénique : la dramaturgie, quoi qu’en pense son auteur, qui se lance au passage quelques fleurs dans sa note d’intention, se ressent d’une écriture à base d’improvisations qui tombe souvent dans les redites, voire la logorrhée… Et on ne voit pas toujours bien où il veut nous emmener avec ce texte brillant sans doute mais qui part un peu dans tous les sens : comme souvent dans les solos, l’interprète quand il en est l’auteur, a tendance comme ici à se regarder jouer et à se faire plaisir… Et il faudrait absolument qu’il s’empare d’une paire de ciseaux: son spectacle gagnerait alors beaucoup, si François de Bauer le concentrait et le faisait passer à un format plus court : une heure et quelque. Bref, ces cent minutes nous ont paru bien longuettes. Le public semblait apprécier comme nous cette performance d’acteur mais restait plus réservé sur ce texte intéressant mais pléthorique.
Voilà, vous êtes prévenus mais si voulez découvrir un comédien solide et brillant à la fois, cela vaut le coup d’aller y voir…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 13 mai. T. : 01 43 28 36 36.

 

 


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