Lettre ouverte des théâtres genevois : Clic, clic, clic, l’heure de la presse culturelle a sonné

Lettre ouverte des théâtres genevois : Clic, clic, clic, l’heure de la presse culturelle a sonné…

Cette lettre est publiée en exclusivité par Le Courrier, quotidien suisse de langue française édité à Genève. Indépendant des principaux groupes de presse Tamedia et Ringier et, en Suisse romande, le seul quotidien régional payant financé à 70 % par les abonnements et soutenu par ses lecteurs à 80 % en tenant compte des souscriptions.

 

 

©x

©x

Le Courrier met l’accent sur la Culture du clic:, face à la disparition programmée de la presse régionale et nationale de service public, nous, institutions théâtrales genevoises et organisations professionnelles des domaines du théâtre et de la danse, nous mobilisons pour exprimer notre inquiétude et notre consternation vis-à-vis de l’agenda de démantèlement du journalisme culturel. L’accès à la Culture est un droit fondamental et l’affaiblissement des relais d’une information indépendante et critique est grave.
Le cœur de l’activité de nos institutions est de programmer des artistes et construire des ponts entre leurs créations et les publics. Pour soutenir, valoriser et transmettre cette importante mission, il est primordial d’avoir une presse régionale et nationale de service public forte qui connaisse les institutions, ses acteurs et le territoire qu’ils occupent. Depuis plusieurs années, nous sommes choqués d’assister aux nouvelles politiques de rentabilité qui guident les choix éditoriaux et stratégiques en vigueur dans la majorité des médias régionaux et nationaux. La pensée unique qui régit ce nouvel agenda économique-sous couvert du développement digital des médias et des nouvelles pratiques de l’audience–n’est autre que le démantèlement d’une pensée plurielle et démocratique.

©x

©x Théâtre de Carouge


Tamedia ferme deux imprimeries et procède à des licenciements sans précédent. Suppressions de postes et mesures d’économie à la RTS. “55 équivalents temps plein seront supprimés en 2025 à la RTS”, Le Temps, 12.09.24. Plus de 170 personnalités ont publié une tribune où ils appellent au maintien d’une presse régionale forte, indépendante, multiple et impliquée. (…) Récemment, Le Courrier a lancé un appel à signatures pour la survie de la presse locale et pour éviter “un désert journalistique”. L’éditeur Tamedia renouvelle sa direction en Suisse romande= les rédacteurs en chef de La Tribune de Genève et de 24 heures sont sur le départ.(…)
À la rubrique culturelle de La Tribune de Genève, sur huit journalistes, il n’en reste qu’un.  Chez Tamedia, c’est la politique du clic qui décide de tout. Les critiques de spectacles, pourtant si précieuses pour l’écosystème culturel, n’obtiennent pas suffisamment de clics pour être considérées. (voir Médias: quand le capitalisme prédateur menace la démocratie”, dans Le Temps du  9 janvier.

 

©x Joan-Mompart directeur du Théâtre pour enfants Ams Stram Gram

©x Joan-Mompart directeur du Théâtre pour enfants Ams Stram Gram

Continuons de clamer haut et fort l’importance d’une presse culturelle critique, professionnelle et spécialisée, à la fois pour les publics, les artistes, les institutions, ainsi que pour la santé de la démocratie. Les médias, les acteurs·ices culturel·les ainsi que les publics forment ensemble un cercle vertueux permettant de concevoir des visions plurielles de la société. Lorsqu’un maillon de cette chaîne manque, c’est tout l’écosystème qui est en péril.
Une présence dans les médias est un besoin vital pour diffuser la Culture au-delà des frontières du lieu de monstration et pour inscrire les pratiques dans un espace collectif. Le travail des journalistes culturels consiste non seulement à couvrir l’actualité artistique mais aussi à construire un discours essentiel au milieu culturel et à la garantie de son accès. Ce travail  représente aussi l’archive d’une époque, un regard sur le monde à un instant .
Si nous ne disposons pas d’un levier économique suffisant qui permette de contrer ce mouvement en marche, nous pensons essentiel et urgent de nous rassembler et d’alerter, au nom d’un esprit critique, sur les dangers qui menacent notre avenir d’artistes, journalistes, travailleurs culturels, (télé)spectateurs, autrice et auteurs, lectrices et lecteurs, et surtout, de citoyennes et citoyens.

L’Abri, Théâtre des Amis, Théâtre Am Stram Gram, La Bâtie-Festival de Genève, Théâtre de Carouge, La Comédie de Genève, Théâtre du Crève-cœur, Théâtre le douze dix-huit, Théâtre du Galpon, Scènes du Grütli, Théâtre du Loup, Maison Saint-Gervais, Genève, Théâtre desMarionnettes, Meyrin Culture, Théâtre de l’Orangerie, Théâtre de la Parfumerie, Pavillon ADC, POCHE /GVE, Théâtricul, Théâtre de l’Usine, Festival Antigel, Festival Les Créatives, Rencontres professionnelles de Danses Genève (R P Danses), TIGRE, faîtière genevoise des producteurs de théâtre indépendant et professionnel.


Archive pour mars, 2025

Antoine et Cléopâtre, texte et mise en scène de Tiago Rodrigues, avec quelques citations de la pièce éponyme de William Shakespeare (traduction Jean-Michel Desprats)

Antoine et Cléopâtre, texte et mise en scène de Tiago Rodrigues, avec quelques citations de la pièce éponyme de William Shakespeare (traduction Jean-Michel Desprats)

 Des noms, emmêlés, cognés, liés, inséparables, inusables : Antoine et Cléopâtre. Tout est là, dans ce duo amoureux mythique, dansé, parlé et ordonné par Sofia Dias et Vitor Roriz. C’est l’histoire d’un amour tellement fusionnel qu’il abolit tout : ils ne sont ni reine ni général, tout est fondu autour d’eux. Il n’y a plus d’histoire… L’Histoire, la grande, la politique surnage parfois dans le flot de la passion comme un noyé qui remonterait à la surface, presque intact, mais déjà très éloigné d’une forme consistante ; ou comme ces statues antiques trouvées dans le golfe d’Alexandrie et remontées ruisselantes par des grues anachroniques…
On entendra le nom d’Octavie, l’épouse diplomatique et romaine, de Marc-Antoine. Ici, elle n’est que «l’autre femme », l’objet des fureurs de l’Égyptienne, pourtant la préférée. On parle de guerre et Marc Antoine, pour ainsi dire, se trompe de navire et suit celui de Cléopâtre, « Égypte », abandonnant sa flotte, égaré dans le présent de la passion.

©x

©x

L’histoire est reléguée derrière une brume, on entend quelques fragments de Shakespeare comme un écho lointain. Pour son Antoine et Cléopâtre, Tiago Rodrigues a inventé un langage dramatique particulier. L’effet produit par son texte ressemble à celui de la musique répétitive : toujours semblable et jamais pareil, comme l’eau d’une rivière, disait l’un de ses pionniers, Steve Reich. Antoine, Cléopâtre : les deux noms s’attirent, se répètent de façon obsessionnelle. Non pas comme dans Roméo et Juliette : « ton nom seul est mon ennemi », mais plutôt ton nom seul abolit l’ennemi qui est en toi, il est le monde entier, il est toi… Antoine raconte, instant par instant, ce que fait Cléopâtre et vice versa (que l’auteur songeait à prendre comme titre de la pièce), dans un récit étroitement tricoté, en même temps que les danseurs s’éloignent l’un de l’autre, se rapprochent, dessinent modestement l’espace, toujours s’adressant à nous, puisque c’est un récit…Récit particulier, on le voit : émietté, s’écoulant comme autant de grains de sable, lassant, berceur, drôle parfois, avec la grâce parfaite (c’est-à-dire sans effets) de ses interprètes, dont le jeu se reflète sur les disques colorés d’un mobile léger. Tiago Rodrigues, dès l’écriture de sa pièce (2014) voulait faire travailler le spectateur : on peut dire qu’il y arrive. La forme obsessionnelle du spectacle l’éloigne de nous, le temps de découvrir cette singularité et d’entrer dans son fonctionnement.
On s’en échappe parfois, ou elle nous échappe, mais une fois sorti de la salle, se produit comme une décantation, et le récit masqué se dégage de ses voiles. Antoine, Cléopâtre : dans le temps suspendu de la passion, l’histoire continue… On pense à un autre texte de Tiago Rodrigues, Le Chœur des amants : osez parler de l’amour. Nous sommes prévenus : c’est toute une expédition de les accompagner.

Christine Friedel

Un spectacle créé il y a onze ans à Lisbonne et repris en 2016 dans ce meme théâtre de la Bastille ( voir Le Théâtre du Blog)et l’an passé au festival d’Avignon que son auteur dirige maintenant.C’est une sorte de paraphrase poétique où Tiago Rodrigues reprend à son compte l’histoire politico-sentimentale des célèbres amants qui voulaient bâtir un immense empire en réunissant leur cœur et leur pays. A noter : Shakespeare semblait aimer ces titres avec deux prénoms. Troilus et Cressida, Roméo et Juliette… Ici, aucun véritable décor sinon une toile partant des cintres et allant jusqu’au bord de scène comme celles qu’utilisent les photographes dans leur studio.. Dans le fond, sans doute pour dire (pléonastiquement!) l’instabilité des amours et des vies humaines, un mobile façon Calder mais sans poésie et laid, avec deux grands disques en plastique ocre et deux autres plus petits, bleu foncé accrochés à de minces barres en inox!

Un banc en bois avec un électrophone pour disques trente-trois tours dont la pochette est bien placée verticalement pour qu’on puisse la voir et on entendra quelques courts extraits de la bande-son originale composée par Alex North pour Mankiewicz Cléopâtre avec cet autre couple mythique que formaient Elisabeth Taylor et Richard Burton, Et sans doute Tiago Rodrigndu tiutues a-t-il voulu à partir de ce texte répétitif, créer une osmose entre le public et Sofia DiasVitor Roriz. Il insiste même un peu lourdement : «Cette collaboration artistique inspirée par l’idée d’une collaboration amoureuse. Nous collaborons aussi avec l’histoire, avec Plutarque, avec Shakespeare. Et, finalement, nous collaborons avec le public, cet indispensable et ultime collaborateur. » Et cela fonctionne? Pas bien du tout, malgré la présence indéniable de ce couple: on comprend mal certaines phrases (le français n’est pas leur langue maternelle et ces chorégraphes ne sont pas des acteurs.) le récit coule bien lentement: « Sofia, dit Tiago Rodrigues, parle obsessionnellement d’un Antoine et Vítor avec la même minutie, de Cléopâtre. Sofia décrit tous les faits et gestes d’un Antoine vivant. »

Mais ce spectacle qui participe à la fois d’une chorégraphie, surtout des mains, mais aussi d’une performance orale avec une distance et une reprise incessante et systématique des mêmes termes, est trop long: Antoine dit, Cléopâtre dit… Il aurait sans doute fallu aérer les choses et ce qui est  évoqué ici, pourrait l’être en quarante-cinq minutes, au lieu de quarante-vingt dix. Il y a comme une sorte de volonté systématique de déconstruction du langage, assez  laborieuse et vite exaspérante, avec un usage systématique de la troisième personne, et un côté provoc un peu facile, du genre performance pour les nuls. Bref, on a connu Tiago Rodrigues mieux inspiré… Ce texte, parfois délicat mais estouffadou: trop fabriqué et fondé sur la répétition du langage, manque d’épaisseur… Malgré quelques belles images reprises plusieurs fois sur le vin et les fruits, les plaisirs de la vie et de l’amour au bord de la Méditerranée, qui font par moments penser à Justine de Laurence Durell, nous sommes resté sur notre faim. Et le public? Mon voisin s’est vite endormi, d’autres somnolaient mais la salle était divisée: certains ont applaudi fortement mais des spectateurs, comme un jeune couple, sont restés les bras croisés… Donc à vous de décider.

 Philippe du Vignal

 Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème). T. : 01 43 57 42 14.

 

Le paysage théâtral français au Japon

Le Paysage théâtral français au Japon

Japonismes 2018 qui accueillait en France des manifestations culturelles selon plusieurs  modes d’expressions artistiques de l’archipel est déjà loin dans nos souvenirs. Initiées par son gouvernement, ces manifestations hors du pays avaient vues comme des dépenses inutiles aux yeux de nombreux japonais. Puis, de 2019 à 2020, le covid 19 a bouleversé l’équilibre du monde entier, en particulier les échanges culturels. Ce n’est rien comparé à ce qui risque d’arriver en Europe, prise entre le marteau russe et l’enclume des Etas-Unis. Mais au pays du Soleil levant, comme nous venons de le voir en février, la Culture française se porte bien: avec le théâtre et la danse mais aussi à travers la mode, la haute-couture, et notre éternelle cuisine…  Le spectacle européen a lui aussi une belle visibilité à Tokyo et dans ces environs. Les chorégraphies Promise de Sharon Eyal dont la compagnie est maintenant implantée en France, se joue fin février début mars et Jungle Book d’Akram Khan, notre voisin londonien,y sera présenté en juin prochain.

 

©x

©x

A Shizuoka, une ville au pied du mont Fuji (700.000 habitants), le festival mondial de théâtre dirigé par Satoshi Miyagi accueillera en avril les équipes françaises de Lacrima de Caroline Guila Nguyen, un spectacle qui vient d’être joué au Théâtre de l’Odéon à Paris et Dans la mesure de l’impossible de Tiago Rodrigues. Une version japonaise d’Edmond, texte et mise en scène d’Alexis Michalik qui reprend l’histoire de la création de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et qui s’est joué longtemps au Théâtre du Palais-Royal à Paris et en régions (voir pour tous ces spectacles, Le Théâtre du Blog) va être jouée trois semaines! en avril au Parco, une salle mythique de Tokyo.

Enfin l’Opéra de Paris est invité en moyenne tous les deux ans, à venir danser un ballet de son répertoire, au Bunka Kaikan, un centre culturel à Tokyo avec une salle de 2.300 places et une autre de 649. Particularité  récente à signaler et que nous avons pu constater: avant chaque représentation: on distribue une petite feuille avec dessins explicatifs et code de bonne conduite: «Eteindre son téléphone, rester assis confortablement mais sans se pencher pour ne pas gêner la personne derrière soi. Il faut être silencieux, et surtout ne pas manger, ne pas chercher dans son sac quelque chose !» Il faut signaler que tous ces spectacles affichent complet, le plus souvent, au début des réservations!

Jean Couturier

Le Musée recopié, performance participative conçue par Simon Gauchet et l’École parallèle imaginaire.

 Le Musée recopié, performance participative conçue par Simon Gauchet et l’École parallèle imaginaire

 Pas tout de suite et pas tout à la fois! L’exposition Suzanne Valadon continue bien jusqu’au 26 mai. mais le Centre Georges Pompidou à Paris fermera pour cinq ans de travaux de sécurité, isolation et restructuration des espaces. Cinq ans ! Réouverture en 2030 ! Deo volente… dirons-nous en croisant vaguement les doigts.
Il fallait donc agir, poser un acte de consolation, avec un geste presque enfantin, joyeux, simple : proposer à qui veut et en accepte les règles, de copier ensemble des œuvres du musée. Sous la houlette de Simon Gauchet et de sa compagnie bretonne l’École parallèle imaginaire, ont été distribués aux cinq cents copistes dûment inscrits : une tablette en contreplaqué, des feuilles de papier format raisin -ou Jésus-de nombreux crayons de couleur et des gommes, au cas où.
Ils ont été répartis dans plusieurs secteurs pour que mille trois cents œuvres soient soient copiées. Deux jours (un samedi et un dimanche) pour construire une mémoire très particulièe et très brève de ce musée. Jeu, performance, mise en scène, défi : l’opération tient du marathon caritatif, mais, sans tapage télévisuel, Deo gratias !

©x

©x

Les visiteurs déambulent tranquillement entre ces «œuvres» en train de se faire et les tableaux qu’il voit d’un œil neuf, à travers le regard et le geste des copistes. Peu ou pas de professionnels, autant d’attaques de la couleur : brumeuse avec les crayons délicatement inclinés, puissante avec passages et repassages d’un même ton jusqu’à obtenir une matière, qui n‘irait pas jusqu’à rivaliser avec celle du tableau, mais…
Les dessins finis sont présentés dans une salle où leur place varie : l’accrochage réalisé par petites pièces aimantées, bouge au gré des nouveaux arrivages et du coup d’œil des visiteurs, invités à composer leur propre accrochage et leur musée idéal. Tous galéristes !  Nous voilà, les voilà comme des enfants à l’école : appliqués, fiers et insatisfaits, fébriles et joyeux. C’est terminé et les participants emporteront leur œuvre chez eux. Des «médiateurs culturels » se sont promis de récupérer discrètement quelques dessins abandonnés et les autres seront détruits, selon les droits sur la propriété intellectuelle. Et pendant ce temps, le centre Georges Pompidou commence à fabriquer sa chrysalide, en vue de sa métamorphose. C’est fini mais cela recommencera ailleurs…

 Christine Friedel

 Du 10 au 12 avril, Simon Gauchet présentera à la MC 93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis) L’Expérience de l’arbre, avec l’artiste de nô Tatsushige Udaka.

Calendrier des travaux au Centre Georges Pompidou: voir le site.

1234

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...