Comme à la maison d’Eric Romand et Bénédicte Fossey, mise en scène de Pierre Cassignard

 

IMG_901Comme à la maison d’Eric Romand et Bénédicte Fossey, mise en scène de Pierre Cassignard

Cela se passe dans une maison bourgeoise de la Sarthe. Curieuse impression de déjà vu quand on arrive dans la salle et qu’on voit le décor de Jacques Voizot: une salle à manger au papier peint défraîchi avec un escalier menant au premier étage, une porte dans le fond, une fenêtre sur cour et des murs de brique rouges apparente.: un décor recyclé qui a appartenu sur ce même plateau, il y a quelques années à un autre spectacle. Mais qu’importe…

Un soir de Saint-Sylvestre, Suzanne, une forte femme à l’accent du Sud-Ouest prononcé (excellente Annie Gregorio) la femme d’un garagiste en phase terminale de cancer allongé  sur son lit au premier étage  et qu’on ne verra jamais, reçoit ses enfants: Sylvie, une belle et jeune comédienne qui semble avoir quelque mal à trouver des rôles.

Et, catastrophe, elle est enceinte d’un amant, député mais surtout marié et père de deux enfants,  et elle croit naïvement et un peu trop vite qu’il va divorcer fissa pour vivre avec elle. Ce qu’il ne fera pas bien entendu et ce qui la plongera dans les larmes ,et le désespoir absolu. Il y a aussi son frère, Michel, la quarantaine, un garçon bourru, un peu compliqué employé principal du garage paternel (Pierre-Olivier Mornas) mais qui, le lui rappelle gentiment sa mère, n’a pas les épaules pour le diriger. Michel est affublé d’une épouse nunuche qui rêve que, grâce à une prochaine insémination artificielle, elle puisse avoir enfin un enfant. Le  petit dernier de cette tribu, Titou travaille au Canada. Bourré de fric, il fait des cadeaux somptueux à toute la famille mais, en désaccord avec son frère sur l’avenir du garage, il va vite se bagarrer avec lui ! Et on apprendra qu’homosexuel, il a un ami là-bas… et d’origine congolaise, mais qu’il sont venus ensemble, et qu’il va le rejoindre en voiture à Paris après la petite sauterie familiale du 31 décembre. Enfin dans ce tableau de famille, on apprend que la sœur de Suzanne ( Françoise Pinkwasser) toujours en fauteuil roulant à cause d’une péridurale qui s’est mal passée a donné naissance à Sylvie… dont elle est  donc la véritable mère!

La pièce est de la même veine que Mange ! (Avant que ça ne refroidisse) des mêmes auteurs avec aussi un peu la même bande : Jeoffroy Bourdenet qui joue ici Titou, Lisa Martino, remarquable comédienne qu’on a vu autrefois chez André Engel ( Sylvie), Aude Thirion ( l’épouse de Michel) et Pierre Cassignard qui signe la mise en scène.  Cela se passait le 1er janvier, avec déjà une certaine Suzanne, son mari et sa sœur, autour d’un dîner avec leurs enfants qui allait mal tourner…

C’est toujours dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes, en cuisine comme au théâtre.  Et Bertolt Brecht l’avait bien compris et avait exploité le filon avec La Noce chez les petits bourgeois. Le repas en famille bien arrosé étant le meilleur détonateur pour faire ressurgir les vérités bien cachées et les vieux conflits entre membres d’une même tribu et les pièces rapportées. Suzanne, mère autoritaire choisit les mots les plus durs pour humilier ses enfants surtout Sylvie. La mise en scène de Pierre Cassignard est juste et d’une grande précision, et on voit que les acteurs ont déjà joué ensemble d’où une bonne unité de jeu; vedettariat, sans effets racoleurs, et à un rythme soutenu.

Le texte est parfois facile, mais intelligent et jamais vulgaire, et les répliques cinglantes et le plus souvent impitoyables-font mouche à tous les coups. Et très drôles, en particulier, quand Suzanne, la mère quand elle parle à sa fille Sylvie ou décrit son pauvre mari dont on annoncera la mort à la fin de la pièce, ou quand Titou annonce à son frère que c’est lui l’acquéreur… jusque là inconnu du garage familial.  Bien campés, ils sont tous comiques, parfois un peu touchants dans leur désarroi.

Une bonne leçon que le théâtre dit public-où on ne rit pas souvent à des créations souvent trop longues et bavardes-ferait bien de méditer. C’est si bon de rire  pendant une grande heure, et le public ne s’en prive pas, en connivence avec ces excellents acteurs, très crédibles et qui, on le voit tout de suite, ont un réel plaisir à jouer cette pochade sur la vie d’une famille française ordinaire qui est un peu celle de tout le monde. Dans la lignée d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Que demande le peuple?  Peut-être une chose: qu’un Centre Dramatique National invite cette création. Cela ferait bouger-légèrement-les lignes entre théâtre public et théâtre privé. Enfin, du Vignal, vous êtes bien gentil mais mêlez-vous de ce qui vous regarde, et vous rêvez complètement…

Philippe du Vignal

Théâtre de Paris, 15, rue Blanche  75009   Paris IXème T : 01.42.80.01.81, jusqu’au 31 décembre.

 

 


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