L’œil et l’Oreille, d’après Federico Fellini et Nino Rota, mise en scène de Mathieu Bauer direction musicale de Sylvain Cartigny

 

Fellini-Rota_018 - copie 

L’Oeil et l’Oreille d’après les œuvres de Federico Fellini et Nino Rota, mise en scène de Mathieu Bauer, direction musicale de Sylvain Cartigny


Pour Mathieu Bauer, théâtre, musique et cinéma ont toujours eu partie liée et guident ses mises en scène et sa programmation à la direction du Nouveau Théâtre de Montreuil. Il est l’homme de la situation, selon Bruno Boutleux, directeur général de l’ADAMI , pour orchestrer cette soirée unique qui, depuis quelques années, ouvre la saison théâtrale du Rond-Point.  Cette Société pour l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes créée en 1955, perçoit et répartit les droits de propriété intellectuelle des comédiens, danseurs, chanteurs, musiciens et chefs d’orchestre (environ 73. 000 artistes). Elle aide aussi des projets soit plus de 1.300 chaque année pour un montant de plus de dix-huit millions d’euros. Par des opérations ponctuelles, elle entend mettre en valeur les artistes émergeants, en organisant notamment Talents Adami Paroles d’acteurs (Voir Le Théâtre du blog). *  Ces manifestations publiques visent à  favoriser l’emploi des interprètes en musique, danse, théâtre et cinéma.  D’où cette carte blanche, donnée à un metteur en scène confirmé, pour réaliser un spectacle grand format mettant en valeur de jeunes professionnels.

Nino Rota (1911-1979) et Federico Fellini (1920-1993) étaient depuis longtemps dans le viseur de Mathieu Bauer qui avait déjà réuni des documents sur ce couple fétiche du cinéma qui travailla vingt-six ans ensemble, dans une admiration mutuelle. « La musique me rend mélancolique. « (…) « La musique me rend triste», disait le réalisateur avec sa rencontre- «coup de foudre » avec le compositeur.  Il le tient pour le plus grand de son temps, et l’apprécie pour sa légèreté, sa «miraculeuse présence-absence ».  Ce protégé d’Arturo Toscanini a signé et dirigé des opéras,  ballets et œuvres instrumentales mais aussi cent soixante-dix musiques de film! Avec lui, la bande-son est devenue un élément essentiel de l’univers fellinien, au même titre que l’image, jusqu’à la porter, comme dans Huit et demi.

Avec son vieux complice, Sylvain Cartigny, auteur des arrangements musicaux, Mathieu Bauer s’est attaché à retracer le parcours commun de ces artistes, en abordant par l’univers sonore, l’œuvre du grand cinéaste. Un narrateur (Stéphane Chivot) raconte les grandes étapes de cette filmographie impressionnante, depuis Le Cheik blanc (1952), début de leur collaboration jusqu’à Prova d’orchestra (1978), un an avant la mort de Nino Rota : « Disparu comme une fabuleuse onde sonore », regretta le réalisateur.

 Le visuel du spectacle nait des partitions, jouées à jardin par l’orchestre du Nouveau Théâtre de Montreuil avec dix-neuf interprètes et, à cour, par Mathieu Bauer à la batterie et Sylvain Cartigny, au piano. Au rythme de la musique, sur un écran en fond de scène, le graphiste Brecht Evens**, tapi dans l’ombre, lance à grands traits et petits pointillés, des dessins évocateurs, mi-naïfs, mi-abstraits. Une touche onirique, dans de légères volutes de vapeur qui flottent au-dessus du plateau…

L’orchestre, installé à une longue table garnie de victuailles, n’a rien à envier aux comédiens, tous excellents. Gianfranco Poddighe se grime en sosie de Marcello Mastroianni, l’acteur fétiche depuis la Dolce Vita ; puis devient un rocker convaincant, dans Svalutation (Dévaluation), tube d’Adriano Celentano illustrant la fièvre contestataire des années soixante-dix en Italie. Traduction : « De jour en jour l’essence coûte plus cher/ alors que la lire s’effondre /dévaluation, dévaluation ! »  A cette époque, Federico Fellini se disait contre la violence : « J’ai besoin d’ordre car je suis moi-même une transgression.»

A l’occasion, la table devient podium pour la mezzo-soprano Pauline Sikirdji, charismatique, dans La Dolce Vita (chantée à l’époque par Katyna Ranieri). La blonde Éléonore Auzou-Connes, elle aussi de la bande du Nouveau Théâtre de Montreuil, a la stature majestueuse d’une Anita Ekberg. Elle se déguise en exigeant et impitoyable maestro de Prova d’orchestra, dans un numéro bien réglé comme la plupart.

Réussies, les irruptions de Bonaventure Gacon clamant ad libitum : « Volio una dona ! » du haut d’un mât, à l’instar du vieux d’Amarcord perché sur un arbre. Ce clown imposant interrompt le spectacle au bout d’une heure et demi, en charriant une brouette brinquebalante, alors que le chaos a envahi la scène comme le terrorisme, en Italie, à la fin des années de plomb…

 Montée en cinq jours, cette soirée unique nous plonge avec justesse et émotion dans l’univers fellinien. Nostalgique, on se remémore la grande époque de Cinecitta et du septième art italien… On regrettera seulement que ce travail exceptionnel n’ait pas de suite. 

 Mireille Davidovici

 Le 3 septembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris 8ème) T. 01 44 95 98 21.

 *Talents Adami Paroles d’acteurs : Uneo uplusi eurstrage dies d’après Eschyle et Sophocle, mise en scène de Gwenaël Morin du 7 au 12 octobre, Atelier de Paris, 2 route du Champ de Manœuvre,  Cartoucherie de Vincennes. T. 01 41 74 17 07.

 ** Les livres de Brecht Evens, prix spécial du jury du Festival de la bande dessinée d’Angoulême 2019, sont édités par Actes Sud.

 

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...